LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ

14 sections thématiques

La personnalité correspond à l’ensemble relativement stable de nos manières de percevoir le monde, de penser, de ressentir, d’entrer en relation et de réagir aux situations. Chacun possède donc des traits de personnalité particuliers : certains sont plus réservés, plus méfiants, plus spontanés, plus dépendants du regard des autres ou davantage attachés au contrôle.

Posséder un trait marqué ne signifie pas présenter un trouble de la personnalité.

On parle de trouble lorsque certains modes de fonctionnement deviennent particulièrement rigides, durables et envahissants, apparaissent dans différents domaines de la vie et entraînent une souffrance importante ou des difficultés significatives dans les relations, le travail ou d’autres aspects du quotidien.

Un trouble de la personnalité ne signifie pas avoir une “mauvaise personnalité”. Il décrit un fonctionnement devenu suffisamment rigide pour réduire durablement les possibilités d’adaptation de la personne.

Des traits aux troubles

Nous pouvons tous nous reconnaître ponctuellement dans certains traits associés aux troubles de la personnalité.

Nous pouvons être méfiants après une trahison, rechercher l’attention dans certaines situations, craindre l’abandon dans une relation importante ou souhaiter contrôler davantage notre environnement lorsque nous nous sentons en insécurité.

Un comportement isolé ne suffit donc pas.

La notion de trouble suppose une organisation plus générale et persistante. Les mêmes difficultés tendent à réapparaître dans différentes situations et à produire des conséquences répétées.

La question n’est pas simplement : « Cette personne agit-elle parfois ainsi ? »

Il faut plutôt se demander si cette manière de fonctionner constitue un modèle durable, peu flexible et suffisamment problématique pour affecter profondément sa vie.

Une construction qui s’inscrit dans le temps

La personnalité se développe progressivement à partir de nombreux éléments : dispositions individuelles, expériences, relations précoces, apprentissages, environnement familial, culture et événements de vie.

Les troubles de la personnalité ne peuvent donc pas être expliqués par une cause unique.

Il serait notamment simpliste d’affirmer qu’ils sont toujours produits par une mauvaise éducation ou nécessairement par un traumatisme.

Des expériences difficiles peuvent jouer un rôle chez certaines personnes sans constituer une explication universelle.

Parce que la personnalité est en développement pendant l’enfance et l’adolescence, une grande prudence est nécessaire avant de transformer des comportements observés chez un jeune en identité pathologique définitive.

Un adolescent intense, instable ou provocateur n’est pas nécessairement un adulte présentant un trouble de la personnalité en devenir.

Les grandes catégories traditionnellement utilisées

Les classifications diagnostiques ont longtemps regroupé plusieurs troubles de la personnalité en trois grands ensembles, souvent appelés clusters A, B et C.

Le premier rassemble traditionnellement des fonctionnements considérés comme particulièrement méfiants, distants ou inhabituels. Le deuxième regroupe des fonctionnements davantage associés à l’intensité émotionnelle, à l’impulsivité ou à certaines difficultés relationnelles. Le troisième concerne notamment des fonctionnements marqués par l’anxiété, l’évitement ou un besoin important de contrôle ou de dépendance.

Cette organisation facilite la présentation, mais la réalité est moins parfaitement compartimentée.

Une personne peut présenter des traits appartenant à plusieurs catégories, et les conceptions contemporaines accordent également une place croissante à une approche plus dimensionnelle, qui considère la sévérité du fonctionnement et les traits présents plutôt que de vouloir absolument ranger chaque personne dans une case totalement séparée.

Personnalité paranoïaque, schizoïde et schizotypique

La personnalité paranoïaque est notamment caractérisée par une méfiance persistante et une tendance à interpréter les intentions des autres comme potentiellement hostiles ou malveillantes. Des remarques ambiguës peuvent être perçues comme des attaques, et les offenses peuvent être difficiles à oublier.

Cela ne signifie pas que toute personne méfiante présente ce trouble. Après une trahison ou dans un environnement réellement dangereux, la prudence peut être parfaitement compréhensible.

La personnalité schizoïde est associée à un détachement important des relations sociales et à une expression émotionnelle souvent limitée dans les interactions. La personne peut préférer fortement les activités solitaires sans nécessairement vivre cette solitude comme une souffrance.

La personnalité schizotypique peut comporter des particularités importantes dans les relations, les croyances, les perceptions, la pensée ou la manière de communiquer.

Ces appellations ne doivent pas être confondues avec la schizophrénie. Les ressemblances terminologiques ne signifient pas qu’il s’agit du même trouble.

La personnalité borderline

Le trouble de la personnalité borderline, également appelé trouble de la personnalité limite, est notamment associé à une instabilité importante dans les relations, l’image de soi et les émotions, ainsi qu’à une impulsivité pouvant être marquée.

La peur de l’abandon peut prendre une place considérable.

Une relation peut être vécue avec une très grande intensité, et une distance réelle ou supposée peut provoquer une détresse importante. La perception de soi peut également varier fortement selon les périodes et les situations.

Certaines personnes présentent des comportements auto-agressifs ou suicidaires, mais ceux-ci ne sont ni une définition complète du trouble ni présents de la même manière chez toutes les personnes concernées.

Le terme « borderline » est parfois utilisé abusivement pour qualifier toute personne émotionnelle, conflictuelle ou changeante.

Cette utilisation transforme un diagnostic complexe en jugement et contribue fortement à la stigmatisation.

La personnalité narcissique

Le trouble de la personnalité narcissique est l’un des diagnostics psychologiques les plus banalisés sur Internet.

Une personne égoïste, infidèle, manipulatrice ou simplement désagréable est rapidement qualifiée de « narcissique », voire de « pervers narcissique ».

Le trouble de la personnalité narcissique est pourtant beaucoup plus précis. Il peut notamment associer un besoin important d’admiration, un sentiment de grandeur, des attentes particulières concernant le traitement reçu et des difficultés d’empathie.

Derrière certaines manifestations très assurées peut également exister une estime de soi particulièrement vulnérable aux critiques ou aux échecs.

Aimer être admiré, être ambitieux ou avoir parfois un comportement égocentrique ne suffit évidemment pas à établir ce diagnostic.

Et il est important de rappeler que l’expression « pervers narcissique » ne correspond pas à un diagnostic psychiatrique officiel, même si elle est largement employée dans le langage courant.

Personnalités antisociale et histrionique

Le trouble de la personnalité antisociale implique notamment un mode durable de transgression des droits d’autrui, pouvant comporter tromperie, irresponsabilité, impulsivité ou comportements agressifs.

Le mot « antisocial » provoque ici une confusion fréquente.

Dans le langage courant, il désigne parfois quelqu’un qui évite les autres. Ce n’est pas son sens dans cette appellation diagnostique. Une personne solitaire ou introvertie n’est pas pour autant « antisociale » au sens clinique.

Le trouble de la personnalité histrionique est notamment associé à une recherche importante d’attention et à une expression émotionnelle pouvant être particulièrement démonstrative.

Là encore, aimer être remarqué, être théâtral ou exprimer fortement ses émotions ne suffit pas à caractériser un trouble.

Le contexte culturel est également important : une manière d’exprimer les émotions considérée comme spectaculaire dans un environnement peut être beaucoup plus ordinaire dans un autre.

Personnalités évitante, dépendante et obsessionnelle-compulsive

Le trouble de la personnalité évitante associe notamment une inhibition sociale, un sentiment d’inadéquation et une forte sensibilité à l’évaluation négative.

La personne peut souhaiter profondément entrer en relation tout en évitant certaines situations parce qu’elle craint le rejet ou l’humiliation.

Il ne doit pas être automatiquement confondu avec la timidité ou l’introversion.

Le trouble de la personnalité dépendante concerne notamment un besoin excessif d’être pris en charge, pouvant conduire à des difficultés importantes lorsqu’il faut prendre certaines décisions seul, exprimer un désaccord ou risquer de perdre une relation.

Le trouble de la personnalité obsessionnelle-compulsive est associé à une préoccupation importante pour l’ordre, les règles, le perfectionnisme et le contrôle.

Malgré son nom, il ne doit pas être confondu avec le TOC. Dans le trouble obsessionnel-compulsif, les obsessions et compulsions occupent une place centrale ; le trouble de la personnalité obsessionnelle-compulsive concerne davantage un mode général et durable de fonctionnement.

Une approche dimensionnelle de la personnalité

Les catégories diagnostiques possèdent une utilité, mais elles rencontrent également une difficulté : les êtres humains ne se présentent pas toujours sous la forme de catégories parfaitement séparées.

Une personne peut présenter plusieurs traits marqués sans correspondre exactement à une description classique. Une autre peut répondre à des caractéristiques relevant de plusieurs troubles.

Les approches dimensionnelles cherchent davantage à déterminer à quel point le fonctionnement de la personnalité est perturbé et quels traits sont particulièrement présents.

Cette manière de penser évite en partie l’impression qu’il existerait, d’un côté, des personnalités parfaitement normales et, de l’autre, quelques catégories humaines totalement différentes.

Il existe des continuités.

La différence clinique dépend notamment de la rigidité, de la sévérité et des conséquences du fonctionnement.

Quand la personnalité protège et enferme à la fois

Certains modes de fonctionnement ont pu posséder une logique dans l’histoire d’une personne.

La méfiance protège de la trahison. Le contrôle réduit l’incertitude. La dépendance maintient la proximité. L’évitement protège du rejet. Une image très valorisée de soi peut protéger temporairement d’un profond sentiment de vulnérabilité.

Le problème apparaît lorsque la stratégie devient tellement générale qu’elle continue à être appliquée dans des situations où elle n’est plus nécessaire.

Une protection efficace dans un contexte peut devenir une prison lorsqu’elle est utilisée partout.

Comprendre cette fonction permet de dépasser le simple jugement moral.

Cela ne signifie pas que tous les comportements doivent être acceptés. Une personne peut avoir une histoire expliquant certaines réactions et rester responsable des conséquences de ses actes.

Comprendre pourquoi un comportement existe et décider jusqu’où nous pouvons l’accepter sont deux questions différentes.

Le diagnostic ne doit pas devenir une arme relationnelle

Les troubles de la personnalité sont aujourd’hui très présents dans les contenus diffusés sur les réseaux sociaux.

Des listes proposent de reconnaître « un narcissique », « un borderline » ou « un manipulateur » à partir de quelques comportements.

Cette manière de procéder comporte un risque considérable.

Après une relation difficile, disposer d’un mot peut aider à organiser son expérience. Mais attribuer un diagnostic à une personne que l’on connaît uniquement à travers un conflit ne constitue pas une évaluation psychologique.

Un partenaire peut mentir sans présenter un trouble de la personnalité. Une personne peut manipuler sans être narcissique. Quelqu’un peut être émotionnellement instable pendant une période difficile sans présenter une personnalité borderline.

Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de diagnostiquer quelqu’un pour reconnaître qu’un comportement est destructeur.

Nous pouvons poser une limite parce qu’une relation nous fait du mal, sans posséder le diagnostic de la personne qui se trouve en face.

Peut-on changer lorsque la personnalité est concernée ?

Le mot « personnalité » donne parfois l’impression que rien ne pourrait changer.

Puisque le problème concerne la personnalité, il serait inscrit définitivement dans la personne.

Cette conclusion est trop pessimiste.

Les modes de fonctionnement peuvent être durables, ce qui signifie que leur transformation demande généralement davantage qu’une simple prise de conscience. Mais durable ne signifie pas immuable.

Une personne peut apprendre à identifier certains schémas, mieux réguler ses réactions, développer d’autres manières d’entrer en relation et assouplir progressivement des stratégies devenues trop rigides.

Le changement ne signifie pas remplacer toute sa personnalité.

Il consiste davantage à augmenter le nombre de réponses disponibles afin qu’une même stratégie ne soit plus utilisée automatiquement dans toutes les situations.

Les différentes approches psychothérapeutiques concernées seront développées dans la partie Psychothérapie.

Quand demander de l’aide ?

Une évaluation peut être utile lorsque les mêmes difficultés relationnelles, émotionnelles ou comportementales se répètent depuis longtemps dans différents domaines de la vie et provoquent une souffrance importante.

Elle peut également être pertinente lorsqu’une personne a l’impression que ses réactions lui échappent continuellement, que ses relations suivent toujours le même scénario ou que ses stratégies de protection finissent systématiquement par produire ce qu’elle voulait éviter.

Une aide rapide est particulièrement importante lorsqu’existent des comportements auto-agressifs, des idées suicidaires, des conduites dangereuses ou des situations de violence.

Le diagnostic demande une évaluation globale. Quelques traits repérés dans une description ne suffisent pas.

À retenir

Les troubles de la personnalité correspondent à des modes durables de perception, de réaction et de relation devenus suffisamment rigides et envahissants pour provoquer une souffrance ou des difficultés significatives.

Ils ne doivent pas être confondus avec quelques traits de caractère isolés. Être méfiant, perfectionniste, dépendant, démonstratif ou centré sur soi dans certaines situations ne suffit pas à établir un trouble.

Les catégories traditionnelles permettent de décrire différents fonctionnements, mais les approches dimensionnelles rappellent que la personnalité humaine est beaucoup plus complexe que quelques cases diagnostiques.

Un diagnostic peut permettre de comprendre un fonctionnement et d’orienter un accompagnement. Il ne devrait jamais devenir une insulte ou une définition totale de la personne.

La personnalité est ce qui donne une certaine continuité à notre manière d’être ; lorsqu’une partie de cette continuité devient une prison, le travail psychologique consiste moins à devenir quelqu’un d’autre qu’à retrouver davantage de possibilités d’être soi.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.