LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
THÉRAPIES PSYCHOCORPORELLES
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Les thérapies psychocorporelles regroupent différentes approches qui accordent une place importante au corps dans le travail psychothérapeutique.
Elles partent d’un constat simple : nous ne vivons pas nos expériences uniquement sous forme de pensées.
La peur peut s’accompagner d’une accélération cardiaque.
La honte peut modifier la posture et le regard.
La colère peut produire une tension musculaire.
Le stress peut influencer la respiration.
Une situation relationnelle peut être ressentie comme une contraction, une agitation, une envie de s’éloigner ou au contraire de se rapprocher.
Le corps participe donc à l’expérience psychologique.
Mais cette idée doit immédiatement être accompagnée d’une précision essentielle :
le corps n’est pas un dictionnaire secret permettant de découvrir automatiquement la vérité psychologique d’une personne.
Une douleur à l’épaule ne signifie pas nécessairement qu’elle « porte trop de responsabilités ».
Une tension dans la gorge ne prouve pas qu’elle « retient des paroles ».
Une posture ne révèle pas à elle seule un traumatisme.
Le travail psychocorporel ne consiste pas à décoder le corps comme un ensemble de symboles universels.
Il consiste plutôt à intégrer les sensations, les mouvements, la respiration, la posture et l’expérience corporelle au travail psychothérapeutique.
Une famille très large
L’expression thérapies psychocorporelles ne désigne pas une méthode unique.
Elle peut recouvrir des approches très différentes par :
leur histoire ;
leur théorie ;
leurs techniques ;
leur formation ;
leur niveau de validation scientifique.
Certaines appartiennent clairement au champ psychothérapeutique.
D’autres sont utilisées comme techniques complémentaires.
D’autres encore se situent davantage dans le bien-être ou le développement personnel.
Il faut donc éviter de parler des « thérapies psychocorporelles » comme si toutes possédaient le même statut.
Le corps dans l’histoire de la psychothérapie
Le corps n’a jamais été totalement absent de la psychologie.
Même lorsque les thérapies privilégiaient la parole, les cliniciens observaient :
agitation ;
immobilité ;
respiration ;
regard ;
tension ;
expression faciale ;
gestes.
Mais certaines écoles ont voulu lui donner une place beaucoup plus centrale.
Wilhelm Reich
Wilhelm Reich, d’abord psychanalyste, développe au XXe siècle des conceptions reliant conflits psychiques et organisation corporelle.
Il introduit notamment la notion de cuirasse caractérielle, puis de cuirasse musculaire.
Selon lui, certaines tensions corporelles chroniques participeraient aux mécanismes de défense psychologique.
Ses travaux ont influencé de nombreuses approches corporelles ultérieures.
Une influence historique ne signifie pas validation de toutes les théories
Certaines conceptions de Reich ont eu une influence importante dans l’histoire des psychothérapies corporelles.
D’autres affirmations qu’il développera ultérieurement, notamment autour de l’« orgone », ne disposent pas d’un fondement scientifique établi.
Il faut donc distinguer :
importance historique ;
validité scientifique.
Alexander Lowen et l’analyse bioénergétique
Alexander Lowen, qui travaille avec Reich, développe ensuite l’analyse bioénergétique.
Cette approche associe notamment :
travail corporel ;
respiration ;
posture ;
mouvement ;
expression émotionnelle ;
travail verbal.
Elle considère que certains modes corporels peuvent être liés à l’histoire émotionnelle et relationnelle.
Les limites de l’interprétation corporelle
Observer qu’une personne se contracte lorsqu’elle évoque une situation peut être cliniquement intéressant.
En conclure :
« Cette contraction prouve que votre père vous a traumatisé »
serait injustifié.
Une observation corporelle ouvre une question.
Elle ne fournit pas automatiquement la réponse.
Le corps comme expérience présente
Une approche psychocorporelle peut demander :
« Que remarquez-vous maintenant dans votre corps lorsque vous racontez cela ? »
La personne peut répondre :
« J’ai les épaules tendues. »
Le thérapeute peut explorer :
« Que se passe-t-il si vous observez cette tension quelques secondes ? »
Le travail reste ancré dans l’expérience actuelle.
Sensation et interprétation
Il est utile de distinguer :
la sensation ;
l’interprétation de la sensation.
« J’ai une pression dans la poitrine » décrit une expérience.
« Cette pression signifie que mon corps se souvient de ma naissance » est une interprétation.
Les deux ne possèdent pas le même statut.
Interoception
L’interoception désigne la perception des signaux internes du corps.
Elle concerne notamment :
battements cardiaques ;
respiration ;
température ;
faim ;
tension ;
besoin d’uriner ;
certaines sensations viscérales.
La capacité à percevoir ces signaux varie considérablement d’une personne à l’autre.
Sentir davantage n’est pas toujours mieux
Certaines personnes sont très peu conscientes de leurs sensations corporelles.
D’autres les surveillent constamment.
Une personne souffrant de panique ou d’anxiété de santé peut être extrêmement attentive au moindre battement cardiaque.
L’objectif thérapeutique n’est donc pas toujours :
« Ressentez davantage votre corps. »
Il peut être :
développer une relation plus flexible avec les sensations.
Le mouvement
Le mouvement peut être utilisé pour explorer :
limites ;
distance ;
proximité ;
impulsion ;
stabilité ;
choix.
Une personne peut par exemple expérimenter physiquement :
avancer ;
reculer ;
s’arrêter ;
tourner ;
prendre davantage d’espace.
Le mouvement devient alors une expérience thérapeutique.
Le mouvement n’est pas un test de personnalité
Une personne qui bouge peu n’est pas nécessairement :
réprimée ;
dépressive ;
traumatisée.
Elle peut simplement :
être fatiguée ;
avoir mal ;
être timide ;
préférer l’immobilité ;
avoir une limitation physique.
Le contexte reste indispensable.
La posture
La posture influence parfois l’expérience subjective et reflète parfois un état momentané.
Mais les affirmations selon lesquelles une posture précise permettrait de lire directement :
personnalité ;
traumatisme ;
mensonge ;
histoire familiale
doivent être considérées avec prudence.
Expérimenter plutôt qu’interpréter
Une utilisation thérapeutique plus rigoureuse consiste à proposer :
« Essayez cette position, puis une autre. Qu’est-ce que vous remarquez ? »
La personne produit elle-même l’information pertinente.
La respiration
La respiration est fréquemment intégrée aux pratiques psychocorporelles.
Elle peut être observée ou volontairement modifiée.
Une respiration plus lente et confortable peut, dans certaines situations, participer à une diminution de l’activation physiologique.
Mais la respiration ne doit pas être transformée en solution universelle.
« Respirez profondément »
Cette consigne apparemment anodine peut être peu utile, voire désagréable, pour certaines personnes.
Respirer trop profondément ou trop rapidement peut favoriser une hyperventilation.
Chez une personne souffrant de panique, la surveillance permanente de la respiration peut également renforcer l’anxiété.
L’objectif est généralement une respiration confortable plutôt qu’une performance respiratoire.
La respiration comme information
Une personne peut remarquer :
« Chaque fois que je parle de cette situation, je bloque ma respiration. »
Cette observation peut devenir une piste de travail.
Mais elle ne prouve pas à elle seule pourquoi cela se produit.
Le toucher
Certaines approches psychocorporelles utilisent le toucher.
D’autres jamais.
Lorsqu’il existe, le toucher thérapeutique pose des questions particulièrement importantes de :
consentement ;
limites ;
pouvoir ;
sécurité ;
formation.
Le consentement au toucher doit être explicite
Le fait qu’une personne ait accepté une psychothérapie ne signifie pas qu’elle accepte d’être touchée.
Le thérapeute doit expliquer :
pourquoi le toucher est proposé ;
où ;
comment ;
avec quelle possibilité de refus.
La personne doit pouvoir dire non sans avoir à se justifier.
Un consentement peut changer
Une personne peut accepter un exercice puis vouloir l’interrompre.
Elle en a le droit.
Le consentement n’est pas donné une fois pour toutes.
Le toucher et le traumatisme
Chez certaines personnes ayant vécu :
violence ;
agression ;
abus,
un toucher peut provoquer une réaction importante.
Chez d’autres, il peut être vécu comme sécurisant.
On ne peut pas le savoir à partir du diagnostic seul.
Le thérapeute ne doit pas décider que « le corps en a besoin »
Aucune théorie psychocorporelle ne justifie de passer outre le refus d’une personne.
Un refus n’est pas automatiquement une « résistance » à dépasser.
Les limites corporelles
Certaines interventions utilisent le corps pour travailler la capacité à :
dire stop ;
maintenir une distance ;
repérer une proximité inconfortable ;
s’éloigner ;
choisir.
Ces expériences peuvent être particulièrement intéressantes lorsque les limites sont difficiles à identifier verbalement.
Exemple
Le thérapeute se tient à plusieurs mètres.
La personne indique quand elle souhaite qu’il s’arrête d’avancer.
L’exercice peut permettre d’observer :
à quelle distance apparaît l’inconfort ;
si elle ose dire stop ;
ce qu’elle ressent lorsqu’elle le fait.
Mais la signification appartient à la personne.
L’ancrage
Les pratiques dites d’ancrage ou de grounding sont fréquentes.
Elles peuvent utiliser :
contact des pieds avec le sol ;
observation de l’environnement ;
mouvement ;
pression sur un objet ;
orientation visuelle.
L’objectif est souvent de renforcer le contact avec l’expérience présente.
L’ancrage n’est pas une obligation d’immobilité
Pour certaines personnes, rester assis en sentant leurs pieds est utile.
Pour d’autres, marcher ou regarder autour d’elles fonctionne mieux.
Une technique d’ancrage doit être adaptée.
Traumatisme
Les approches psychocorporelles sont fréquemment utilisées dans le champ du traumatisme.
L’idée générale est que l’expérience traumatique peut affecter :
réactions physiologiques ;
attention ;
mouvement ;
sentiment de sécurité ;
rapport au corps.
Cette observation est compatible avec de nombreuses connaissances contemporaines.
Mais certaines formulations populaires vont beaucoup plus loin que ce que les données permettent d’affirmer.
« Le corps garde tout en mémoire »
Cette phrase peut être utilisée comme métaphore.
Elle devient problématique si elle est comprise littéralement.
Le corps n’est pas un enregistrement vidéo caché du passé.
Une sensation actuelle ne permet pas de reconstituer avec certitude un événement ancien.
Mémoire implicite
Il existe différentes formes de mémoire et d’apprentissage qui ne nécessitent pas toujours un souvenir autobiographique conscient.
Une réaction peut donc être influencée par des apprentissages antérieurs sans que la personne puisse raconter précisément leur origine.
Mais cela ne permet pas au thérapeute d’inventer cette origine.
Le danger des souvenirs « retrouvés »
Une personne ressent une contraction pendant un exercice.
Le thérapeute affirme :
« Votre corps se souvient probablement d’un abus. »
Cette suggestion peut être extrêmement problématique.
Une sensation n’est pas une preuve historique.
Travailler sans fabriquer d’histoire
Il est parfaitement possible de travailler avec :
la peur ;
la tension ;
l’envie de fuir ;
le sentiment de vulnérabilité
sans prétendre savoir quel événement ancien les a produits.
Activation et régulation
Certaines approches psychocorporelles cherchent à aider la personne à reconnaître différents niveaux d’activation.
Elle peut apprendre à repérer :
agitation ;
tension ;
accélération ;
engourdissement ;
immobilité ;
fatigue.
Puis expérimenter différentes manières de modifier ou tolérer ces états.
Réguler ne signifie pas être toujours calme
Une personne psychologiquement saine peut :
être en colère ;
être excitée ;
avoir peur ;
être énergique.
Le but n’est pas d’atteindre un état permanent de calme.
La régulation implique plutôt une capacité à passer d’un état à un autre sans rester systématiquement prisonnier d’une réaction.
Hyperactivation
Elle peut se manifester par :
agitation ;
vigilance intense ;
accélération cardiaque ;
tension ;
difficulté à rester immobile.
Certaines interventions chercheront à diminuer cette activation lorsque cela est utile.
Hypoactivation
D’autres personnes peuvent présenter :
engourdissement ;
ralentissement ;
impression d’absence ;
difficulté à sentir le corps ;
immobilité.
Le travail ne consiste alors pas nécessairement à les calmer davantage.
Il peut chercher à restaurer progressivement :
mouvement ;
orientation ;
énergie ;
contact.
Une technique opposée selon la personne
Deux personnes traumatisées peuvent donc avoir besoin de stratégies différentes.
L’une peut bénéficier d’un ralentissement.
L’autre d’un mouvement plus actif.
Le diagnostic seul ne détermine pas l’exercice.
La fenêtre de tolérance
La notion de fenêtre de tolérance est souvent utilisée dans les thérapies du traumatisme.
Elle désigne schématiquement une zone d’activation dans laquelle la personne peut rester suffisamment présente pour traiter l’expérience.
C’est une carte clinique utile.
Mais ce n’est pas une mesure physiologique exacte permettant de déterminer objectivement :
« Vous êtes à 72 % hors de votre fenêtre. »
Le système nerveux autonome
Les thérapies psychocorporelles utilisent fréquemment le vocabulaire du système nerveux autonome.
Sympathique.
Parasympathique.
Activation.
Récupération.
Ces notions ont une base physiologique réelle.
Mais leur vulgarisation peut devenir excessivement simpliste.
Le système sympathique n’est pas « mauvais »
L’activation sympathique permet notamment :
effort ;
mobilisation ;
adaptation.
Nous en avons besoin.
Le but thérapeutique n’est pas de « désactiver le sympathique ».
Le parasympathique n’est pas simplement le bouton calme
La physiologie est plus complexe qu’une opposition :
sympathique = stress ;
parasympathique = paix.
Les états humains résultent de multiples systèmes en interaction.
Théorie polyvagale
La théorie polyvagale, développée par Stephen Porges, a fortement influencé certaines pratiques psychocorporelles et le langage contemporain du traumatisme.
Elle propose notamment des modèles concernant les états autonomes et la sécurité sociale.
Une théorie influente mais discutée
Certaines idées de la théorie polyvagale sont très populaires dans les milieux thérapeutiques.
Cependant, plusieurs de ses affirmations anatomiques, évolutives ou physiologiques font l’objet de débats scientifiques.
Elle ne doit donc pas être présentée comme une description définitivement établie du fonctionnement du système nerveux.
Une métaphore clinique peut rester utile
Un modèle peut parfois aider une personne à comprendre son expérience sans que chaque détail biologique soit confirmé.
Il faut simplement distinguer :
outil clinique ;
fait physiologique démontré.
Psychothérapie sensorimotrice
La psychothérapie sensorimotrice, présentée au chapitre 49, appartient à cette grande famille psychocorporelle.
Elle utilise notamment :
sensations ;
postures ;
mouvements ;
impulsions d’action
dans un travail psychothérapeutique structuré.
Elle constitue une approche spécifique et ne doit pas être confondue avec toutes les thérapies corporelles.
Somatic Experiencing
Le Somatic Experiencing, développé par Peter Levine, est une autre approche fréquemment associée au travail corporel du traumatisme.
Elle porte une attention particulière aux sensations, à l’activation et à la manière dont la personne traverse progressivement certaines expériences corporelles.
Titration et pendulation
Cette approche utilise notamment des notions comme :
titration — travailler avec de petites quantités d’activation ;
pendulation — passer entre des expériences plus difficiles et des ressources ou sensations plus tolérables.
Ces notions ont également influencé d’autres pratiques.
Des affirmations à nuancer
Certaines présentations du Somatic Experiencing utilisent des explications concernant :
énergie traumatique ;
réponses animales ;
décharge corporelle.
Ces formulations ne doivent pas être transformées en lois biologiques établies.
Les tremblements ou mouvements spontanés peuvent survenir.
Ils ne constituent pas une preuve qu’un traumatisme vient d’être « libéré du corps ».
TRE et tremblements
Certaines pratiques utilisent volontairement des exercices destinés à provoquer des tremblements.
Elles sont parfois présentées comme permettant au corps de « décharger » le stress ou le traumatisme.
Cette interprétation dépasse ce que l’on peut conclure simplement de la présence de tremblements.
Une réaction corporelle peut être réelle sans que l’explication proposée soit démontrée.
La catharsis corporelle
L’idée selon laquelle il faudrait :
crier ;
frapper ;
trembler ;
pleurer intensément
pour « libérer » une émotion accumulée a eu une grande influence dans certaines approches.
Mais l’intensité émotionnelle ne constitue pas en elle-même un mécanisme de guérison.
Frapper pour évacuer la colère
Frapper un coussin peut donner une sensation de décharge.
Cela ne signifie pas nécessairement que la personne apprend à mieux gérer sa colère.
Dans certains contextes, répéter des comportements agressifs peut même entretenir l’activation.
La question reste :
qu’est-ce que la personne apprend ?
Une émotion n’est pas une substance
La colère n’est pas un liquide accumulé dans les muscles qu’il faudrait faire sortir.
Une métaphore de « libération » peut correspondre au ressenti subjectif.
Elle ne doit pas être confondue avec une description physiologique littérale.
Le cri primal
Certaines approches historiques ont accordé une place importante à l’expression émotionnelle intense, notamment au cri.
Elles ont pu avoir une influence culturelle considérable.
Mais leur statut scientifique et leur efficacité ne doivent pas être supposés à partir de leur caractère spectaculaire.
Plus intense n’est pas plus profond
Une séance calme peut produire un changement important.
Une séance spectaculaire peut ne rien modifier durablement.
Le niveau de bruit n’est pas un indicateur de profondeur thérapeutique.
Mouvement spontané
Une personne peut ressentir pendant une séance :
envie de repousser ;
se protéger ;
se redresser ;
s’éloigner.
Le thérapeute peut éventuellement explorer cette impulsion de manière contrôlée.
Une action symbolique
Une personne qui n’a pas pu se défendre dans une situation passée peut expérimenter aujourd’hui un mouvement de protection.
Cela peut avoir une valeur subjective importante.
Mais le geste actuel ne change pas l’événement passé.
Il crée une nouvelle expérience présente.
L’expérience corrective
Certaines interventions psychocorporelles cherchent à permettre une expérience différente :
poser une limite ;
choisir la distance ;
interrompre ;
dire non ;
prendre de l’espace.
Le changement peut alors être vécu corporellement et relationnellement.
Le corps dans les relations
Nous ajustons continuellement :
distance ;
orientation ;
regard ;
ton de voix ;
posture
dans nos interactions.
Les approches psychocorporelles peuvent utiliser ces éléments pour explorer certaines dynamiques relationnelles.
Proximité
Une personne peut constater qu’elle accepte systématiquement une proximité physique qui lui déplaît.
Elle peut expérimenter :
reculer ;
lever une main ;
dire stop.
L’exercice rend concret un thème qui était jusque-là seulement verbal.
Assertivité corporelle
L’assertivité ne dépend pas uniquement des mots.
La personne peut travailler :
voix ;
posture ;
regard ;
distance.
Mais il n’existe pas une posture universelle de l’assertivité.
Le regard
Certaines personnes évitent le regard pour différentes raisons :
anxiété ;
culture ;
autisme ;
traumatisme ;
préférence personnelle.
Forcer le contact visuel au nom de la confiance en soi serait simpliste.
Culture
Les usages corporels diffèrent selon les cultures.
Distance interpersonnelle.
Toucher.
Regard.
Gestes.
Expression émotionnelle.
Une interprétation psychocorporelle doit tenir compte de ces différences.
Genre et corps
Le rapport au corps est également influencé par :
genre ;
éducation ;
normes sociales ;
expériences relationnelles.
Certaines personnes ont appris très tôt :
à prendre peu de place ;
à ne pas montrer certaines émotions ;
à contrôler leur apparence.
Le travail corporel peut faire apparaître ces dimensions sans les réduire à la biologie.
Image corporelle
Les approches psychocorporelles peuvent parfois être intégrées au travail sur :
image du corps ;
honte corporelle ;
sentiment d’étrangeté ;
rapport au mouvement.
Mais elles doivent éviter d’imposer un idéal de corps :
détendu ;
ouvert ;
souple ;
expressif.
Un corps douloureux
Une personne vivant avec une douleur chronique peut avoir développé une relation difficile avec son corps.
Elle peut le percevoir comme :
ennemi ;
obstacle ;
source permanente de menace.
Un travail psychocorporel peut parfois aider à différencier les expériences corporelles.
Mais il ne doit jamais suggérer que la douleur est simplement émotionnelle.
La douleur est réelle
Le fait qu’une intervention psychologique puisse modifier une partie de l’expérience douloureuse ne signifie pas que la douleur est imaginaire.
La douleur est une expérience complexe impliquant des dimensions :
biologiques ;
psychologiques ;
contextuelles.
Maladie chronique
Une personne atteinte d’une maladie chronique peut travailler :
rapport au corps ;
limites ;
fatigue ;
adaptation ;
perte de capacités ;
nouvelles possibilités.
Mais le thérapeute doit respecter les contraintes physiques réelles.
« Écoutez votre corps »
Cette phrase est souvent utilisée comme si elle était toujours simple.
Mais le corps peut envoyer des signaux :
ambigus ;
contradictoires ;
difficiles à interpréter.
Une personne anxieuse peut ressentir une alarme corporelle très forte dans une situation objectivement sûre.
Écouter le corps ne signifie pas obéir automatiquement à chaque sensation.
Corps et panique
Dans le trouble panique, l’attention excessive aux sensations corporelles peut entretenir le problème.
Le travail peut donc consister non pas à approfondir indéfiniment l’écoute interne, mais à apprendre :
à tolérer ;
à contextualiser ;
à moins catastropher.
Corps et dissociation
Certaines personnes dissociées ressentent peu leur corps.
On pourrait penser qu’il suffit de leur demander :
« Fermez les yeux et concentrez-vous sur vos sensations. »
Ce n’est pas toujours adapté.
Une attention interne intense peut parfois augmenter :
désorientation ;
déréalisation ;
angoisse.
Commencer par l’extérieur
Pour certaines personnes, il est préférable de commencer par :
regarder la pièce ;
nommer des objets ;
sentir le contact d’une chaise ;
bouger ;
marcher.
Le retour au corps peut être progressif.
Les yeux ouverts
Fermer les yeux n’est pas une condition du travail corporel.
Certaines personnes se sentent plus en sécurité les yeux ouverts.
Cette préférence doit être respectée.
Relaxation
Les techniques de relaxation, abordées au chapitre 50, peuvent être intégrées à certaines approches psychocorporelles.
Mais le travail psychocorporel ne cherche pas toujours la détente.
Parfois, la personne doit apprendre à tolérer une activation normale.
Méditation et pleine conscience
Les pratiques de pleine conscience peuvent inclure :
respiration ;
sensations ;
mouvement ;
body scan.
Elles peuvent donc rejoindre le travail psychocorporel.
Mais toutes les thérapies psychocorporelles ne sont pas des thérapies de pleine conscience.
Yoga et psychothérapie
Le yoga peut être intégré à certains programmes thérapeutiques ou utilisé comme pratique complémentaire.
Des adaptations dites « trauma-informed » ou sensibles au traumatisme existent.
Mais un cours de yoga, même bénéfique, n’est pas automatiquement une psychothérapie.
Yoga sensible au traumatisme
Certaines approches cherchent notamment à redonner :
choix ;
sentiment d’agence ;
perception du corps ;
possibilité de modifier ou refuser une posture.
L’accent peut être moins placé sur la performance que sur l’expérience.
Le professeur de yoga n’est pas automatiquement psychothérapeute
La compétence corporelle et la compétence psychothérapeutique sont différentes.
Une personne peut être excellente professeure de yoga sans être formée au traitement du traumatisme.
L’inverse est également possible.
Massage
Le massage peut :
détendre ;
réduire certaines tensions ;
procurer du bien-être.
Il peut accompagner une démarche globale.
Mais le massage n’est pas automatiquement une psychothérapie.
Le massage ne « libère » pas nécessairement un traumatisme
Une émotion peut survenir pendant un massage.
Cela peut être une expérience importante pour la personne.
Mais cette réaction ne permet pas de conclure qu’un souvenir traumatique était stocké dans un muscle.
Danse-thérapie
La danse-thérapie et la thérapie par le mouvement, abordées au chapitre 16, constituent des approches médiatisées utilisant directement le mouvement.
Elles peuvent être considérées comme proches du champ psychocorporel.
Mais elles possèdent leur propre histoire et leurs propres méthodes.
Gestalt-thérapie
La Gestalt peut également intégrer :
posture ;
mouvement ;
respiration ;
expérience corporelle.
Elle n’est cependant pas réductible à une thérapie corporelle.
Focusing
Le focusing, présenté au chapitre 26, utilise notamment le felt sense, ou sens corporel global d’une situation.
Il constitue un autre exemple de travail où l’expérience corporelle participe à l’exploration psychothérapeutique.
Psychodrame
Le psychodrame engage :
corps ;
espace ;
mouvement ;
action.
Il peut produire un travail psychocorporel sans appartenir pour autant aux mêmes traditions théoriques.
Une frontière poreuse
C’est précisément pourquoi le terme « psychocorporel » doit être utilisé comme une grande famille descriptive plutôt que comme une école parfaitement délimitée.
De nombreuses psychothérapies contemporaines intègrent aujourd’hui le corps sans se définir principalement comme corporelles.
Le thérapeute et son propre corps
Le thérapeute peut également remarquer ses propres réactions corporelles pendant une séance.
Tension.
Fatigue.
Agitation.
Envie de reculer.
Ces réactions peuvent parfois l’informer sur ce qui se passe dans la relation.
Mais elles ne constituent pas une vérité sur le patient.
« Mon corps me dit que vous mentez »
Une telle affirmation serait problématique.
La réaction du thérapeute peut provenir de :
son histoire ;
ses attentes ;
sa fatigue ;
la relation ;
de nombreux facteurs.
Elle doit être réfléchie, pas transformée en détecteur de vérité.
Toucher et pouvoir thérapeutique
Lorsqu’une thérapie implique le corps, les questions de pouvoir deviennent particulièrement importantes.
Le thérapeute peut facilement donner l’impression :
qu’il sait mieux que la personne ce que son corps signifie.
Cette position doit être évitée.
Le corps appartient à la personne
C’est elle qui peut dire :
« Cette position est inconfortable. »
« Je ne veux pas faire cet exercice. »
« Je préfère rester assise. »
« Je ne veux pas être touchée. »
Ces informations ne sont pas des obstacles à la thérapie.
Elles font partie du travail.
Une personne peut ne rien ressentir
Le thérapeute demande :
« Que sentez-vous dans votre corps ? »
Réponse :
« Rien. »
Il n’est pas nécessaire d’insister jusqu’à obtenir une sensation intéressante.
« Rien » est une réponse valable.
Pas de performance corporelle
Certaines personnes deviennent anxieuses parce qu’elles pensent devoir :
sentir ;
trembler ;
pleurer ;
avoir une réaction.
La thérapie ne doit pas créer une nouvelle obligation de performance.
Le risque de suggestion
Plus le thérapeute décrit ce que la personne est censée ressentir, plus il risque d’influencer son expérience.
« Vous devez sentir une chaleur qui monte maintenant. »
Cette formulation peut créer une attente.
Une question plus ouverte est souvent préférable :
« Que remarquez-vous, s’il y a quelque chose à remarquer ? »
Le risque de surinterprétation
Une larme apparaît.
Elle peut signifier :
tristesse ;
soulagement ;
fatigue ;
douleur ;
émotion difficile à nommer.
Le thérapeute ne doit pas automatiquement choisir l’explication.
Le langage neuroscientifique
Les approches psychocorporelles contemporaines utilisent fréquemment des termes comme :
cerveau reptilien ;
amygdale ;
nerf vague ;
système limbique ;
neuroception ;
mémoire corporelle.
Certains termes correspondent à des réalités scientifiques.
Mais leur utilisation populaire peut être approximative.
Le cerveau n’est pas trois cerveaux empilés
Le modèle simplifié du :
cerveau reptilien ;
cerveau limbique ;
néocortex
a eu une grande influence pédagogique.
Mais il ne correspond pas à une description contemporaine suffisamment précise de l’organisation cérébrale.
Il faut éviter de transformer une métaphore historique en anatomie moderne.
« L’amygdale prend le contrôle »
Cette expression peut aider à vulgariser une réaction de peur.
Mais le fonctionnement cérébral réel implique des réseaux complexes.
Une psychothérapie n’a pas besoin de raconter une fausse neuroscience pour être compréhensible.
La science n’est pas un décor marketing
Ajouter :
« neuroscientifique » ;
« vagal » ;
« somatique »
à une méthode ne démontre pas son efficacité.
Les affirmations doivent être évaluées séparément.
Les preuves scientifiques
Le niveau de recherche varie considérablement selon les approches psychocorporelles.
Certaines interventions corporelles intégrées à des psychothérapies disposent de résultats encourageants.
D’autres approches ont une base empirique encore limitée.
Certaines reposent surtout sur :
tradition clinique ;
témoignages ;
modèles théoriques.
Il serait donc incorrect d’attribuer à toute la catégorie un niveau de preuve uniforme.
Une difficulté de recherche
Les interventions sont souvent :
complexes ;
individualisées ;
composées de plusieurs éléments.
Il peut être difficile de déterminer quelle composante produit quel effet.
Mais cette difficulté méthodologique ne dispense pas de chercher des données.
L’expérience subjective compte
Une personne peut dire :
« Cette approche m’a énormément aidée. »
Son expérience mérite d’être respectée.
Mais un témoignage individuel ne suffit pas à démontrer qu’une méthode produira le même résultat chez tout le monde.
Les deux niveaux peuvent coexister.
Choisir une approche psychocorporelle
Plusieurs questions peuvent être utiles.
Quelle est la formation du praticien ?
Est-il psychothérapeute ou professionnel de santé lorsqu’il se présente comme tel ?
Quelle méthode utilise-t-il ?
Quelle place donne-t-il au toucher ?
Comment obtient-il le consentement ?
Comment présente-t-il les limites de son approche ?
Signaux de prudence
Il faut être particulièrement prudent lorsqu’un praticien affirme pouvoir :
lire les traumatismes dans la posture ;
retrouver des souvenirs grâce au corps ;
diagnostiquer une maladie psychologique à partir d’un mouvement ;
garantir la libération définitive d’un traumatisme ;
expliquer toute maladie par un conflit émotionnel ;
passer outre un refus parce que « le corps dit oui ».
Autre signal de prudence : la certitude
« Votre douleur signifie forcément… »
« Votre bassin montre que… »
« Ce tremblement prouve que… »
Le corps humain ne permet généralement pas ce niveau de certitude interprétative.
Psychothérapie et pratiques de bien-être
Certaines pratiques corporelles peuvent être très agréables et utiles sans être des psychothérapies.
C’est parfaitement acceptable.
Tout ce qui aide n’a pas besoin d’être appelé thérapie.
Une promenade peut faire du bien.
Un massage peut faire du bien.
Danser peut faire du bien.
Cela ne les transforme pas automatiquement en traitement psychothérapeutique.
Pourquoi cette distinction compte
Parce qu’une personne souffrant d’un trouble important doit savoir ce qu’elle reçoit.
Une activité de bien-être peut compléter une prise en charge.
Elle ne possède pas nécessairement les mêmes objectifs, compétences ou garanties qu’une psychothérapie.
Intégration avec d’autres thérapies
Un travail psychocorporel peut être associé à :
TCC ;
psychothérapie psychodynamique ;
EMDR ;
thérapie humaniste ;
thérapie du traumatisme ;
approches intégratives.
Le corps devient alors une dimension du travail parmi d’autres.
Parole et corps ne sont pas adversaires
Il n’est pas nécessaire de choisir entre :
« parler »
et
« travailler avec le corps ».
Une personne peut parler de son expérience, remarquer simultanément une réaction corporelle, expérimenter un mouvement puis mettre cette expérience en mots.
Les modalités peuvent se compléter.
Le danger d’un nouveau dogme
Après des décennies où certaines psychothérapies ont parfois accordé trop peu de place au corps, il serait dommage de tomber dans l’excès inverse :
tout expliquer par le corps.
L’être humain est simultanément :
corporel ;
psychologique ;
relationnel ;
social ;
culturel.
Aucune dimension ne suffit seule.
Une expérience complète
Une personne raconte :
« J’ai dit non pour la première fois. »
Le thérapeute peut explorer :
ce qu’elle a pensé ;
ce qu’elle a ressenti ;
comment son corps a réagi ;
ce qui s’est passé avec l’autre ;
ce qu’elle veut faire désormais.
Le corps enrichit la compréhension.
Il ne la remplace pas.
L’autonomie
Un bon travail psychocorporel ne devrait pas rendre la personne dépendante du thérapeute pour :
se calmer ;
comprendre ses sensations ;
prendre une décision.
Elle apprend progressivement à reconnaître elle-même :
ses réactions ;
ses limites ;
ses préférences ;
les stratégies qui lui conviennent.
Le corps n’a pas toujours besoin d’être corrigé
Une personne peut trembler avant de prendre la parole.
Elle peut néanmoins parler.
Le but n’est pas nécessairement de supprimer le tremblement.
Il peut être de découvrir :
« Je peux agir même lorsque mon corps est activé. »
Une relation plus souple au corps
La personne peut progressivement passer de :
« Dès que mon cœur accélère, quelque chose va mal »
à :
« Mon cœur peut accélérer pour beaucoup de raisons. Je peux observer ce qui se passe avant de conclure. »
Cette flexibilité peut être plus importante que la recherche d’un calme permanent.
Retrouver le choix
Une grande partie du travail psychocorporel peut finalement être comprise autour du choix.
Sentir une impulsion sans devoir l’exécuter.
Ressentir une peur sans devoir fuir.
Repérer une proximité inconfortable et pouvoir reculer.
Sentir une tension et décider s’il faut :
bouger ;
rester ;
parler ;
faire une pause.
Le corps cesse progressivement d’être vécu uniquement comme quelque chose qui arrive à la personne.
Il redevient aussi un lieu où elle peut expérimenter des possibilités.
À retenir
Les thérapies psychocorporelles regroupent différentes approches intégrant l’expérience corporelle au travail psychothérapeutique.
Elles peuvent utiliser :
sensations ;
respiration ;
posture ;
mouvement ;
orientation ;
distance ;
ancrage ;
et, dans certaines méthodes, toucher.
Elles ont été influencées par plusieurs traditions historiques et contemporaines, notamment les travaux de Reich et Lowen ainsi que différentes approches somatiques du traumatisme.
Mais elles ne constituent pas une méthode unique et ne possèdent pas toutes le même niveau de validation scientifique.
Le corps peut fournir des informations précieuses sur l’expérience présente. Il ne constitue pas pour autant un détecteur de vérité, un dictionnaire symbolique ou une archive littérale permettant de reconstruire avec certitude le passé.
Une sensation est réelle.
L’interprétation que l’on en donne reste une interprétation.
Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’il est question de traumatisme et de mémoire.
Les approches psychocorporelles doivent également respecter strictement :
consentement ;
limites ;
sécurité ;
choix de la personne,
notamment lorsque le toucher ou la proximité physique sont utilisés.
Elles doivent éviter les explications neuroscientifiques simplistes, les promesses de « libération » automatique du traumatisme et l’idée qu’une réaction corporelle spectaculaire prouverait qu’un processus thérapeutique profond vient de se produire.
Enfin, intégrer le corps à la psychothérapie ne signifie pas remplacer la parole, la cognition, les relations ou le contexte social.
Le corps n’est ni un ennemi à dompter ni un oracle qui connaîtrait une vérité cachée. Il est une dimension de notre expérience. Le travail psychocorporel devient thérapeutiquement intéressant lorsqu’il aide la personne à habiter cette expérience avec davantage de conscience, de sécurité et surtout de choix.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.