LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
THÉRAPIE ORIENTÉE SOLUTIONS
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La thérapie orientée solutions, souvent appelée thérapie brève centrée sur les solutions ou Solution-Focused Brief Therapy — SFBT, est une approche psychothérapeutique développée principalement à partir des années 1980 par Steve de Shazer, Insoo Kim Berg et leurs collaborateurs au Brief Family Therapy Center de Milwaukee.
Son point de départ est particulier.
Lorsqu’une personne vient en thérapie, il est évidemment possible d’explorer longuement :
pourquoi le problème existe ;
comment il s’est construit ;
quelles en sont les causes ;
ce qui l’entretient.
La thérapie orientée solutions pose également une autre série de questions :
« Qu’aimeriez-vous voir changer ? »
« Comment saurez-vous que les choses vont mieux ? »
« Existe-t-il déjà des moments où le problème est moins présent ? »
« Qu’est-ce qui fonctionne, même un peu ? »
« Quel serait le prochain petit changement observable ? »
L’approche ne nie pas l’existence du problème.
Elle choisit simplement de ne pas faire de sa compréhension exhaustive une condition préalable au changement.
Comprendre le problème n’est pas toujours nécessaire pour commencer à changer
Une personne peut parfaitement connaître l’origine de ses difficultés et rester bloquée.
À l’inverse, elle peut parfois commencer à modifier sa vie sans avoir encore compris toutes les causes de ce qui lui arrive.
La thérapie orientée solutions exploite cette possibilité.
Elle cherche notamment :
les ressources déjà présentes ;
les exceptions au problème ;
les compétences oubliées ;
les changements souhaités ;
les signes concrets d’amélioration.
Une thérapie brève
Cette approche appartient historiquement au champ des thérapies brèves.
Mais brève ne signifie pas :
expéditive ;
superficielle ;
miraculeuse.
Il n’existe pas un nombre de séances universellement adapté à tout le monde.
La brièveté vient surtout de la volonté de ne pas prolonger le travail au-delà de ce qui est utile.
Une influence systémique
La thérapie orientée solutions s’est développée dans un environnement fortement influencé par les thérapies familiales et systémiques.
Mais elle s’est progressivement distinguée par son intérêt particulier pour :
les objectifs ;
les exceptions ;
les ressources ;
les descriptions d’un avenir préféré.
Elle peut être utilisée avec :
individus ;
couples ;
familles ;
enfants ;
adolescents ;
groupes.
Du problème vers la solution
Une idée centrale est que le langage utilisé pour décrire le problème n’est pas nécessairement le même que celui qui permet de construire une solution.
Une personne peut expliquer pendant une heure pourquoi son couple va mal.
Cela ne lui dit pas automatiquement :
à quoi ressemblerait un couple allant mieux.
Décrire ce que l’on veut
« Je ne veux plus être anxieux. »
C’est compréhensible.
Mais que souhaite la personne à la place ?
Pouvoir :
sortir seule ;
dormir ;
reprendre son travail ;
prendre le train ;
voir ses amis ;
cesser de vérifier constamment ?
Un objectif positif et observable fournit davantage de direction.
« Je veux ne plus être déprimé »
Le thérapeute peut demander :
« Si la situation commençait à s’améliorer, qu’est-ce que vous feriez différemment ? »
La personne répond peut-être :
« Je me lèverais avant midi. »
« Je prendrais une douche. »
« Je répondrais à ma sœur. »
« Je recommencerais à cuisiner. »
Le changement devient visible.
Une solution n’est pas simplement l’absence du problème
Si le problème disparaissait, qu’est-ce qui prendrait sa place ?
Cette question est essentielle.
Ne plus se disputer ne dit pas encore comment un couple souhaite vivre.
Ne plus procrastiner ne dit pas encore ce que la personne veut accomplir.
Ne plus boire ne dit pas encore comment elle souhaite organiser ses soirées.
Construire l’avenir préféré
La thérapie orientée solutions invite souvent la personne à décrire précisément un avenir dans lequel les choses se sont améliorées.
Pas nécessairement une vie parfaite.
Une vie suffisamment différente pour que le changement soit reconnaissable.
La question miracle
L’un des outils les plus connus est la question miracle.
Dans sa forme classique, le thérapeute propose une expérience de pensée.
Pendant la nuit, un miracle se produit et le problème qui a conduit la personne en thérapie est résolu.
Mais puisqu’elle dormait, elle ne sait pas que le miracle a eu lieu.
La question devient :
« Demain matin, quel sera le premier petit signe qui vous fera comprendre que quelque chose a changé ? »
Le miracle n’est pas une croyance magique
Il s’agit d’un dispositif conversationnel.
Le thérapeute ne prétend pas qu’un miracle surnaturel va résoudre le problème.
La question permet de contourner momentanément :
« Ce n’est pas possible. »
Elle invite à décrire le résultat souhaité.
Le premier signe
La personne peut répondre :
« Je me réveillerais sans cette boule au ventre. »
Le thérapeute peut poursuivre :
« Et si cette boule était un peu moins forte, qu’est-ce que vous feriez ensuite ? »
« Je me lèverais immédiatement. »
« Et ensuite ? »
« J’ouvrirais les volets. »
L’avenir souhaité commence à devenir comportementalement concret.
Que remarquerait quelqu’un d’autre ?
Une question fréquente consiste à demander :
« Qui serait la première personne à remarquer que quelque chose a changé ? »
Puis :
« Que remarquerait-elle ? »
Cette question permet d’explorer le changement dans les relations.
Exemple dans un couple
« Si votre relation allait mieux, que remarqueriez-vous demain matin ? »
« Nous nous parlerions normalement. »
C’est encore vague.
Le thérapeute peut demander :
« Qu’est-ce que vous feriez exactement ? »
« Je lui demanderais comment il a dormi. »
« Et que ferait-il probablement ? »
La solution devient une interaction observable.
Les exceptions
Une autre notion centrale est celle d’exception.
Une exception est un moment où le problème :
n’apparaît pas ;
apparaît moins ;
dure moins longtemps ;
a moins de conséquences.
Le problème n’est pas toujours identique
Une personne dit :
« Nous nous disputons tout le temps. »
Le thérapeute peut demander :
« Y a-t-il eu récemment un moment où vous auriez normalement pu vous disputer et où cela ne s’est pas produit ? »
La personne se souvient :
« Dimanche matin, ça s’est plutôt bien passé. »
Ce moment devient intéressant.
Examiner l’exception
Que s’est-il passé dimanche ?
Qu’avez-vous fait différemment ?
Qu’a fait l’autre ?
Quelles étaient les circonstances ?
Comment avez-vous réussi à ne pas poursuivre la dispute ?
La thérapie cherche ce qui pourrait être reproduit.
L’exception n’a pas besoin d’être spectaculaire
Le problème est parfois seulement :
10 % moins intense.
Cela peut suffire pour découvrir une différence utile.
Exception volontaire ou accidentelle
Le thérapeute peut demander :
« Comment avez-vous fait pour que cela arrive ? »
Mais parfois la personne répond :
« Je n’en sais rien. C’était juste une bonne journée. »
Il faut respecter cette réponse.
Toute exception n’est pas nécessairement le résultat d’une stratégie consciente.
Ne pas attribuer artificiellement une compétence
Chercher les ressources ne signifie pas inventer une maîtrise que la personne ne reconnaît pas.
L’approche doit rester crédible.
Les ressources
Une personne en difficulté peut oublier ce qu’elle sait déjà faire.
Le problème occupe tout l’espace.
La thérapie peut remettre en lumière :
expériences antérieures ;
relations ;
compétences ;
persévérance ;
connaissances ;
stratégies ayant déjà fonctionné.
Une question simple
« Vous vivez cette situation depuis deux ans. Comment avez-vous réussi à tenir jusqu’ici ? »
Cette question ne minimise pas la souffrance.
Elle cherche ce qui a permis à la personne de continuer.
Survivre est parfois déjà une compétence
Dans certaines situations, l’objectif immédiat n’est pas :
réussir brillamment.
C’est :
tenir ;
protéger les enfants ;
aller travailler ;
continuer un traitement ;
demander de l’aide.
Ces actes peuvent constituer des ressources importantes.
Les questions d’échelle
Les questions d’échelle sont un autre outil caractéristique.
Le thérapeute peut demander :
« Sur une échelle de 0 à 10, où 0 représente la situation la plus difficile et 10 la situation suffisamment bonne pour que vous n’ayez plus besoin de venir ici, où êtes-vous aujourd’hui ? »
La personne répond :
« 3. »
Pourquoi 3 et pas 0 ?
Cette question peut être très productive.
« Qu’est-ce qui fait que vous êtes déjà à 3 ? »
La personne identifie alors ce qui fonctionne déjà.
Passer de 3 à 4
Le thérapeute ne demande pas nécessairement :
« Comment allez-vous arriver à 10 ? »
Il peut demander :
« À quoi ressemblerait un 4 ? »
Le changement devient plus accessible.
Un point peut être considérable
Sur une échelle thérapeutique, passer de 3 à 4 peut signifier :
sortir deux fois dans la semaine ;
reprendre un repas avec la famille ;
dormir une heure de plus ;
répondre à un appel.
Le chiffre n’a pas de valeur scientifique absolue.
Il sert à organiser la conversation.
Les échelles ne mesurent pas objectivement la personne
Un 5 aujourd’hui et un 5 la semaine suivante ne sont pas nécessairement parfaitement comparables.
L’échelle est principalement un outil clinique et conversationnel.
Elle ne remplace pas une mesure psychométrique lorsqu’une telle mesure est nécessaire.
Échelle de confiance
On peut également demander :
« De 0 à 10, à quel point êtes-vous confiant dans votre capacité à faire ce changement ? »
Si la réponse est 2, l’objectif prévu est peut-être trop ambitieux.
Échelle de motivation
Une autre question peut concerner l’importance du changement.
Mais il faut éviter de transformer les échelles en interrogatoire permanent.
Elles sont utiles lorsqu’elles ouvrent une réflexion.
Les petits changements
La thérapie orientée solutions accorde une grande importance aux petits changements.
L’idée est qu’une modification modeste peut parfois modifier progressivement un système plus large.
Une matinée différente
Une personne déprimée ne reconstruit pas toute sa vie en une journée.
Elle peut commencer par :
se lever ;
ouvrir les volets ;
prendre son petit-déjeuner à table.
Ce n’est pas une guérison.
C’est un mouvement.
Petit ne signifie pas insignifiant
Lorsque quelqu’un est profondément bloqué, une action apparemment minuscule peut demander un effort considérable.
Le thérapeute doit évaluer la taille du changement depuis la réalité de la personne.
« Si ça marche, faites-en davantage »
Une formule souvent associée à l’approche orientée solutions peut être résumée ainsi :
si quelque chose fonctionne, continuez ou faites-en davantage.
Cela semble évident.
Pourtant, nous passons souvent davantage de temps à analyser ce qui échoue qu’à identifier ce qui fonctionne.
« Si ça ne marche pas, essayez autre chose »
Répéter éternellement une stratégie inefficace simplement parce qu’elle paraît logique peut maintenir le problème.
Le thérapeute cherche alors :
« Qu’avez-vous déjà essayé ? »
« Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? »
« Que pourrait-on faire autrement ? »
Ne pas répéter une solution devenue problème
Un parent crie pour obtenir l’obéissance.
L’enfant résiste davantage.
Le parent crie encore plus.
La stratégie est intensifiée alors qu’elle contribue peut-être au cycle.
Changer de stratégie peut être plus utile que l’appliquer avec davantage de force.
Mais une stratégie peut avoir besoin de temps
« Essayez autre chose » ne signifie pas abandonner une intervention efficace après deux tentatives.
Certaines méthodes nécessitent :
répétition ;
apprentissage ;
temps.
La flexibilité ne doit pas devenir instabilité permanente.
Les compliments thérapeutiques
Les thérapeutes orientés solutions utilisent parfois des compliments ou validations mettant en évidence :
efforts ;
ressources ;
réussites.
Par exemple :
« Malgré votre peur, vous êtes venu aujourd’hui. »
Un compliment doit être crédible
Une flatterie artificielle est rapidement perçue.
« Vous êtes incroyablement courageux » après chaque phrase peut devenir vide.
Le compliment thérapeutique doit être lié à quelque chose de réellement observé.
Le langage de compétence
La personne arrive souvent avec un langage de déficience :
« Je suis incapable. »
« Je rate tout. »
« Je n’ai aucune volonté. »
Le thérapeute cherche parfois à faire apparaître une histoire plus complexe.
Pas pour nier les difficultés.
Pour éviter qu’elles deviennent l’identité entière.
La personne est experte de sa propre vie
Cette idée est importante dans l’approche.
Le thérapeute possède une expertise clinique.
Mais la personne connaît :
son quotidien ;
ses relations ;
ses préférences ;
son histoire.
La solution ne doit pas être fabriquée entièrement par le professionnel.
Une posture de « non-savoir »
Certaines traditions orientées solutions insistent sur une posture de curiosité et de non-savoir.
Cela ne signifie pas que le thérapeute ne sait rien.
Cela signifie qu’il évite de croire trop rapidement qu’il connaît mieux que la personne ce que son expérience signifie.
Les questions plutôt que les prescriptions
Le thérapeute utilise beaucoup les questions.
Mais il ne s’agit pas de poser des questions mécaniques tirées d’un manuel.
La conversation doit rester naturelle.
Trop de questions peut devenir épuisant
« Et ensuite ? »
« Et quoi d’autre ? »
« Qui le remarquerait ? »
« Et que ferait-il ? »
Utilisées sans sensibilité, ces questions peuvent donner l’impression d’un interrogatoire.
La technique doit rester au service de la rencontre.
La première séance
La première rencontre cherche souvent à préciser :
ce que la personne souhaite obtenir ;
comment elle reconnaîtra l’amélioration ;
ce qui fonctionne déjà ;
quelles exceptions existent ;
quel petit changement pourrait être tenté.
L’histoire du problème peut être explorée lorsqu’elle est utile, mais elle n’occupe pas nécessairement la majorité du temps.
« Qu’espérez-vous de notre travail ? »
Cette question permet d’éviter une psychothérapie sans direction.
La réponse peut évoluer.
Mais un premier cap est posé.
Quand l’objectif appartient à quelqu’un d’autre
Un adolescent est envoyé par ses parents.
Un salarié est envoyé par son employeur.
Un couple vient parce qu’un seul des deux souhaite sauver la relation.
Le thérapeute doit identifier :
qui veut quoi ?
Le visiteur involontaire
Dans certaines formulations historiques de la thérapie orientée solutions, différents types de relations thérapeutiques ont été décrits selon que la personne :
identifie ou non un problème ;
souhaite ou non changer quelque chose ;
voit ou non une manière d’agir.
Ces catégories peuvent aider le thérapeute à adapter son travail, mais elles ne doivent pas devenir des étiquettes rigides.
Ne pas fabriquer un objectif à la place de la personne
Un adolescent dit :
« Moi, je n’ai rien demandé. Ma mère veut que je sois moins sur mon téléphone. »
Le thérapeute peut chercher :
« Y a-t-il quelque chose, vous, que vous aimeriez voir différent ? »
Peut-être :
« Qu’elle arrête de me surveiller. »
Un objectif de travail peut éventuellement émerger à partir de là.
Le couple
La thérapie orientée solutions est fréquemment utilisée dans le travail avec les couples.
Plutôt que de consacrer toute la séance à déterminer qui a commencé le conflit, le thérapeute peut demander :
« Comment saurez-vous que votre relation va mieux ? »
Une soirée réussie
Le couple peut identifier une soirée récente où les choses se sont mieux passées.
Que s’est-il passé ?
Qui a fait quoi ?
Qu’est-ce qui était différent ?
Ces informations peuvent devenir plus utiles qu’une nouvelle reconstitution de la centième dispute.
Mais les faits importants ne doivent pas disparaître
Une orientation vers les solutions ne signifie pas :
ignorer une infidélité ;
minimiser une violence ;
passer sous silence une dépendance ;
éviter un traumatisme.
Certains événements exigent d’être nommés.
Violence conjugale
Il serait particulièrement dangereux de demander uniquement :
« Quand réussissez-vous à ne pas vous disputer ? »
si l’un des partenaires exerce :
violence ;
menaces ;
contrôle coercitif.
La sécurité et la responsabilité doivent être évaluées.
Une violence n’est pas simplement un problème de communication à résoudre ensemble.
Les familles
Avec les familles, l’approche peut chercher :
moments où la coopération fonctionne ;
exceptions aux conflits ;
ressources familiales ;
changements observables.
Chaque membre peut décrire son propre avenir préféré.
Des objectifs différents
Le parent souhaite :
« Qu’il obéisse. »
L’adolescent souhaite :
« Qu’on me laisse tranquille. »
La thérapie doit construire un objectif suffisamment partagé pour permettre un travail.
Par exemple :
réduire les cris ;
clarifier certaines règles ;
augmenter certaines marges d’autonomie.
Les enfants
Avec les enfants, les questions peuvent être adaptées de manière :
concrète ;
imagée ;
ludique.
On peut utiliser :
dessins ;
échelles visuelles ;
objets ;
histoires.
« Comment saurais-tu que ça va mieux ? »
Un enfant peut répondre :
« Je jouerais à nouveau avec Lucas. »
Cette réponse peut être beaucoup plus informative qu’une longue discussion abstraite sur son bien-être.
L’école
Les approches orientées solutions ont également été adaptées à des contextes scolaires.
Un enseignant peut être invité à observer :
quand le problème est moins présent ;
dans quelles matières ;
avec quels adultes ;
à quels moments.
Cela peut révéler des conditions facilitantes.
Le travail
Dans un contexte professionnel, l’approche peut aider à préciser :
objectif ;
obstacles ;
ressources ;
prochaine étape.
Mais elle ne doit pas transformer un problème organisationnel en simple problème individuel.
Une entreprise toxique n’est pas résolue par une question miracle
Si les conditions de travail sont objectivement destructrices, la solution peut nécessiter :
modification organisationnelle ;
protection ;
droit du travail ;
départ.
La psychologie ne doit pas rendre la personne responsable d’un système qui dysfonctionne.
Dépression
La thérapie orientée solutions peut être utilisée avec certaines personnes présentant des symptômes dépressifs.
Elle peut aider à identifier :
ce qui reste possible ;
les moments légèrement meilleurs ;
les activités encore accessibles ;
les relations soutenantes.
Mais le désespoir doit être évalué
Demander :
« Que ferez-vous lorsque tout ira mieux ? »
peut être extrêmement difficile pour une personne sévèrement déprimée.
Le thérapeute doit adapter son langage.
Et lorsqu’un risque suicidaire existe, une évaluation appropriée de la sécurité est indispensable.
Le futur peut être momentanément invisible
La personne peut répondre :
« Je n’arrive pas à imaginer que ça aille mieux. »
Il ne faut pas insister mécaniquement.
On peut travailler plus modestement :
« Qu’est-ce qui rendrait aujourd’hui légèrement moins difficile ? »
Anxiété
L’approche peut aider à définir ce que la personne ferait si l’anxiété occupait moins de place.
Mais certaines difficultés anxieuses bénéficient également de techniques spécifiques comme l’exposition.
Une thérapie orientée solutions peut être intégrée à d’autres interventions.
Traumatisme
Le travail orienté solutions peut aider certaines personnes traumatisées à retrouver :
ressources ;
sécurité ;
objectifs ;
sentiment de compétence.
Mais il ne doit pas servir à éviter systématiquement le traumatisme lorsque celui-ci nécessite un traitement spécifique.
« Ne parlons pas du passé, parlons des solutions »
Cette phrase serait une caricature.
Le passé peut être pertinent.
La personne peut avoir besoin de raconter.
La question est plutôt :
combien de temps et de quelle manière l’exploration du passé contribue-t-elle au changement recherché ?
Le passé comme source de solutions
Le passé ne contient pas seulement l’origine des problèmes.
Il contient aussi :
anciennes réussites ;
périodes de résistance ;
compétences ;
personnes aidantes ;
solutions oubliées.
« Avez-vous déjà traversé quelque chose de comparable ? »
La réponse peut rappeler à la personne une capacité qu’elle ne voyait plus.
Deuil
Avec une personne endeuillée, une orientation exclusive vers les solutions serait maladroite.
Il n’existe pas de « solution » à la mort d’une personne aimée.
Mais il peut exister des questions concernant :
comment continuer ;
ce qui aide ;
les moments un peu moins difficiles ;
ce que la personne souhaite préserver du lien.
Certains problèmes ne se résolvent pas
Maladie chronique.
Handicap.
Perte irréversible.
Certaines situations doivent être vécues plutôt que supprimées.
L’orientation vers les solutions doit alors signifier :
chercher une vie plus habitable dans une réalité qui ne peut pas entièrement être changée.
La question d’adaptation
« Qu’est-ce qui vous aide les jours où vous vivez un peu mieux avec cette situation ? »
Cette formulation peut être plus juste que :
« Comment allons-nous résoudre le problème ? »
Les exceptions peuvent être dangereusement mal utilisées
Une personne victime de violence dit :
« Il n’est pas violent tous les jours. »
Ce n’est pas une exception à amplifier comme si elle indiquait une solution relationnelle.
Le contexte de sécurité change entièrement la signification de l’information.
Une technique n’interprète pas seule la réalité
La même question peut être excellente dans une situation et inadéquate dans une autre.
Le jugement clinique reste indispensable.
Les devoirs entre les séances
Certaines thérapies orientées solutions proposent des observations ou expériences entre les séances.
Par exemple :
« Observez les moments où le problème est légèrement moins présent. »
L’objectif est de rendre visibles des différences qui passent habituellement inaperçues.
La tâche de la première séance
Historiquement, certaines formes de l’approche ont proposé des tâches comme observer ce qui se passe dans la vie que la personne souhaite continuer.
Cette idée déplace l’attention.
La vie n’est pas composée uniquement de ce qu’il faut réparer.
Ce que l’on veut conserver
Une thérapie ne doit pas seulement demander :
« Que faut-il changer ? »
Elle peut également demander :
« Qu’est-ce qui fonctionne et que vous ne voulez surtout pas perdre ? »
Cette question protège les ressources existantes.
Le changement prétraitement
Parfois, entre la prise de rendez-vous et la première séance, la situation s’améliore déjà.
Le thérapeute peut demander :
« Qu’est-ce qui a changé depuis que vous avez décidé de consulter ? »
Ce phénomène est appelé parfois changement prétraitement.
Décider de demander de l’aide peut déjà modifier quelque chose
La prise de rendez-vous peut :
redonner espoir ;
clarifier une décision ;
modifier une interaction ;
déclencher une première action.
Ces changements méritent d’être observés.
Les compétences transférables
Une personne réussit à être assertive au travail mais pas avec sa famille.
La question peut devenir :
« Qu’est-ce que vous faites au travail qui pourrait vous être utile ailleurs ? »
Une compétence existe déjà.
Elle doit être transférée.
L’identité
La thérapie orientée solutions peut également modifier la manière dont la personne se raconte.
« Je suis quelqu’un qui abandonne toujours. »
Le thérapeute peut demander :
« Pouvez-vous me parler d’une situation où vous avez continué malgré la difficulté ? »
L’objectif n’est pas de prouver que la personne a tort.
Il est d’introduire une histoire moins absolue.
Les mots « toujours » et « jamais »
Ils sont souvent intéressants.
« Nous nous disputons toujours. »
« Je ne réussis jamais rien. »
Une exception, même petite, suffit à montrer que la réalité est plus complexe.
Mais l’exception ne doit pas invalider la souffrance
Dire :
« Vous voyez, vous avez réussi une fois, donc votre problème n’est pas si grave »
serait une erreur.
Une exception ouvre une possibilité.
Elle n’annule pas le problème.
Le thérapeute cherche les différences qui font une différence
Une variation apparemment minime peut révéler un mécanisme utile.
Pourquoi ce mardi-là était-il différent ?
Pourquoi cette conversation s’est-elle mieux passée ?
Pourquoi avez-vous réussi à sortir ce jour-là ?
Et parfois il n’y a pas de réponse
La personne peut simplement ne pas savoir.
Le thérapeute ne doit pas forcer une explication.
L’incertitude est acceptable.
La coopération
Un principe important consiste à travailler avec la manière dont la personne fonctionne plutôt que contre elle.
Si elle refuse un exercice, on peut chercher :
pourquoi ;
ce qui serait plus acceptable ;
quel autre chemin existe.
La résistance
Les premières thérapies brèves ont beaucoup réfléchi à la notion de résistance.
L’approche orientée solutions tend à moins considérer la personne comme résistante et davantage à examiner si la proposition thérapeutique correspond réellement à :
ses objectifs ;
ses capacités ;
sa situation.
« Le patient ne coopère pas »
Peut-être.
Mais peut-être aussi que le thérapeute propose quelque chose qui n’a aucun sens pour lui.
Cette possibilité doit rester ouverte.
L’autonomie
La thérapie cherche à rendre progressivement le thérapeute inutile.
Si la personne sait :
identifier ce qui fonctionne ;
reproduire certaines solutions ;
observer les petits changements ;
mobiliser ses ressources,
elle dépend moins du professionnel.
Espacer les séances
Dans certaines pratiques orientées solutions, les séances peuvent être espacées lorsque la personne progresse.
Cela lui permet d’expérimenter davantage entre les rencontres.
La fréquence dépend toutefois de la situation.
La fin de la thérapie
La thérapie peut se terminer lorsque la personne estime avoir atteint un niveau suffisamment satisfaisant ou lorsqu’elle possède les moyens de continuer seule.
Elle n’a pas besoin d’avoir atteint un hypothétique « 10 parfait ».
« Suffisamment bien »
Une personne peut dire :
« Je suis à 8. Ce n’est pas parfait, mais je n’ai plus besoin de thérapie. »
Cela peut être une excellente fin.
La psychothérapie n’a pas pour mission de supprimer toute difficulté humaine.
Prévenir les difficultés futures
Avant la fin, on peut demander :
« Qu’est-ce qui pourrait vous faire redescendre ? »
« Comment le remarqueriez-vous ? »
« Que pourriez-vous faire ? »
Les ressources construites deviennent un plan de continuité.
Si le problème revient
La personne peut savoir :
ce qui avait fonctionné ;
qui contacter ;
quels signes surveiller ;
quelles actions reprendre.
Le retour d’une difficulté ne signifie pas que tout le travail est perdu.
Les limites de l’approche
La thérapie orientée solutions est parfois critiquée pour le risque de :
minimiser les problèmes ;
aller trop rapidement vers le positif ;
négliger l’histoire ;
sous-estimer certaines psychopathologies ;
donner l’impression qu’une solution existe toujours immédiatement.
Ces critiques doivent être prises au sérieux.
Le positivisme forcé
« Regardons ce qui va bien ! »
peut devenir insupportable pour quelqu’un qui vient de vivre une catastrophe.
La thérapie orientée solutions n’a pas à devenir une thérapie de l’optimisme obligatoire.
Écouter avant de chercher la solution
Une personne peut avoir besoin d’être entendue.
La reconnaissance de la souffrance n’est pas du temps perdu.
Elle fait partie de la relation thérapeutique.
Le problème contient parfois une information essentielle
Une douleur psychologique peut signaler :
violence ;
deuil ;
injustice ;
épuisement ;
danger.
Chercher immédiatement une solution individuelle pourrait masquer ce qui doit d’abord être reconnu.
Les causes peuvent parfois être importantes
Certaines situations nécessitent de comprendre :
déclencheurs ;
mécanismes ;
traumatisme ;
fonctionnement familial ;
conditions médicales.
L’idée selon laquelle les causes ne sont jamais nécessaires serait aussi excessive que l’idée inverse selon laquelle elles doivent toujours être entièrement connues.
Une approche pragmatique
La force de la thérapie orientée solutions réside notamment dans son pragmatisme.
Si comprendre davantage aide :
on comprend.
Si une exception fournit une piste :
on l’explore.
Si une stratégie fonctionne :
on l’utilise.
Si elle ne fonctionne pas :
on réévalue.
Les preuves scientifiques
La thérapie brève centrée sur les solutions a fait l’objet de nombreuses études dans différents contextes.
Les recherches suggèrent des effets positifs pour différentes difficultés et populations, mais la qualité méthodologique et les résultats varient selon les études et les domaines.
Il serait donc excessif de la présenter comme une solution universelle ou systématiquement supérieure aux autres psychothérapies.
Une difficulté particulière pour la recherche
L’approche peut être utilisée :
seule ;
dans des institutions ;
en complément d’autres interventions ;
sur des durées très variables.
Cela rend les comparaisons complexes.
Comme toujours, il faut examiner :
population ;
problème ;
protocole ;
comparateur ;
résultats étudiés.
Ce qu’elle apporte au-delà de son école
Même lorsqu’un thérapeute ne pratique pas exclusivement la SFBT, plusieurs de ses questions peuvent enrichir d’autres approches.
Par exemple :
« Qu’aimeriez-vous obtenir de cette thérapie ? »
« Comment saurons-nous que cela fonctionne ? »
« Quand le problème est-il moins présent ? »
« Qu’est-ce qui vous aide déjà ? »
Ces questions sont devenues utiles bien au-delà de l’approche elle-même.
Une psychothérapie ne devrait pas oublier la destination
Il est possible de devenir extrêmement compétent dans l’analyse d’un problème sans jamais demander :
« Où voulez-vous aller ? »
La thérapie orientée solutions remet cette question au centre.
Du pourquoi au comment
« Pourquoi suis-je comme cela ? »
peut être une question importante.
Mais elle peut parfois être accompagnée d’une autre :
« Comment aimeriez-vous vivre différemment ? »
Les deux questions ne s’excluent pas.
Une différence essentielle
La personne n’est pas considérée uniquement comme porteuse d’un problème.
Elle est également porteuse :
d’expériences ;
de compétences ;
de relations ;
de ressources ;
de possibilités.
Même lorsqu’elle ne les voit plus.
Pas de solution préfabriquée
Le thérapeute ne possède pas une boîte contenant :
solution pour couple ;
solution pour anxiété ;
solution pour adolescent.
Une solution n’en est une que si elle fonctionne dans la vie particulière de la personne.
La solution peut être inattendue
Une personne pense qu’elle doit :
devenir plus sociable.
En travaillant, elle découvre que son objectif réel est plutôt :
assumer son besoin de solitude tout en conservant quelques relations importantes.
La solution n’était pas de devenir quelqu’un d’autre.
Une bonne question change parfois le problème
Une personne demande :
« Comment puis-je empêcher ma mère de me critiquer ? »
Elle ne contrôle pas sa mère.
La question peut devenir :
« Comment voulez-vous répondre lorsqu’elle vous critique ? »
Une partie du problème redevient accessible à son action.
Ce qui dépend de soi
L’approche peut être particulièrement utile pour distinguer :
ce que la personne peut modifier ;
ce qu’elle peut influencer ;
ce qui ne dépend pas d’elle.
Une solution réaliste travaille principalement là où une marge existe.
Une solution n’est pas toujours une réparation
Parfois, la solution est :
partir ;
accepter ;
renoncer ;
demander de l’aide ;
poser une limite ;
faire autrement ;
vivre avec ce qui ne peut pas être changé.
Le mot solution doit être compris largement.
À retenir
La thérapie orientée solutions est une approche psychothérapeutique brève développée notamment par Steve de Shazer, Insoo Kim Berg et leurs collaborateurs.
Elle déplace une partie de l’attention du problème vers :
l’avenir souhaité ;
les objectifs ;
les exceptions ;
les ressources ;
les compétences ;
les petits changements déjà possibles.
Parmi ses outils les plus connus figurent :
la question miracle ;
les questions d’échelle ;
la recherche des exceptions ;
l’exploration des changements prétraitement ;
les questions portant sur les ressources et les réussites antérieures.
Elle ne suppose pas qu’il soit toujours nécessaire de comprendre entièrement l’origine d’un problème avant de commencer à le modifier.
Mais cela ne signifie pas que le passé, les causes ou la souffrance doivent être ignorés.
Une utilisation rigide de l’approche pourrait conduire à :
positivité forcée ;
minimisation du traumatisme ;
méconnaissance d’une violence ;
sous-estimation d’un trouble nécessitant une intervention spécifique.
La recherche de solutions doit donc rester ancrée dans la réalité.
Certaines situations peuvent être résolues.
D’autres peuvent seulement être améliorées.
D’autres encore ne peuvent pas être changées et nécessitent de construire une manière différente de vivre avec elles.
La grande contribution de cette approche est peut-être une question extrêmement simple que la psychothérapie peut facilement oublier lorsqu’elle étudie longuement ce qui ne va pas :
« Comment saurons-nous que cela va mieux ? »
Car une personne peut comprendre parfaitement son problème sans encore savoir quelle vie elle souhaite construire à sa place.
La thérapie orientée solutions commence précisément à cet endroit : non pas en niant ce qui fait souffrir, mais en refusant que le problème soit la seule chose que l’on regarde. Elle cherche les premiers signes de la vie que la personne voudrait retrouver, puis travaille avec elle pour transformer ces signes, parfois minuscules, en changements suffisamment réels pour qu’elle puisse continuer sans avoir besoin du thérapeute.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.