LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

THÉRAPIE EXISTENTIELLE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

THÉRAPIE EXISTENTIELLE

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La thérapie existentielle est une approche psychothérapeutique qui s’intéresse aux grandes questions auxquelles tout être humain peut être confronté au cours de son existence :

liberté ;

responsabilité ;

choix ;

sens ;

solitude ;

relations ;

finitude ;

mort ;

incertitude ;

identité ;

authenticité.

Elle ne part pas nécessairement de l’idée qu’une souffrance psychologique constitue avant tout un symptôme à éliminer.

Certaines souffrances appartiennent aussi au fait même d’être humain.

Perdre quelqu’un.

Vieillir.

Devoir choisir sans connaître toutes les conséquences.

Découvrir que certaines possibilités sont définitivement perdues.

Ne pas savoir ce qui arrivera demain.

Se demander ce que l’on veut faire du temps qui reste.

La thérapie existentielle cherche alors moins à fournir une réponse universelle qu’à accompagner la personne dans une question fondamentale :

« Comment vais-je vivre avec la réalité qui est la mienne ? »

Une famille d’approches plutôt qu’une méthode unique

Il n’existe pas une seule thérapie existentielle parfaitement standardisée.

Le terme rassemble différentes traditions philosophiques et psychothérapeutiques.

Parmi les figures fréquemment associées à ce courant figurent notamment :

Søren Kierkegaard ;

Friedrich Nietzsche ;

Martin Heidegger ;

Jean-Paul Sartre ;

Martin Buber ;

ainsi que, dans le champ clinique :

Ludwig Binswanger ;

Medard Boss ;

Viktor Frankl ;

Rollo May ;

Irvin Yalom.

Ces auteurs ne défendent évidemment pas tous la même conception de l’être humain.

La psychothérapie existentielle s’est construite à partir de plusieurs de leurs interrogations.

La philosophie rencontre la clinique

La philosophie existentielle s’interroge notamment sur :

ce que signifie exister ;

choisir ;

être libre ;

être responsable ;

être avec les autres ;

savoir que l’on va mourir.

La psychothérapie existentielle transpose certaines de ces questions dans la rencontre avec une personne concrète.

Elle ne transforme pas pour autant la séance en cours de philosophie.

La question reste toujours :

qu’est-ce que cela signifie dans cette vie particulière ?
Une souffrance n’est pas toujours une maladie

Une personne vient de perdre son conjoint après quarante ans de vie commune.

Elle est profondément triste.

Elle ne sait plus comment organiser ses journées.

Elle se demande :

« À quoi sert maintenant le reste de ma vie ? »

La thérapie existentielle ne cherche pas nécessairement à transformer immédiatement cette expérience en pathologie.

La question du sens peut être légitime.

Cela ne signifie pas nier les troubles psychologiques

Reconnaître une dimension existentielle à la souffrance ne signifie pas que :

dépression ;

trouble anxieux ;

traumatisme ;

trouble psychotique

n’existent pas.

Une personne peut avoir besoin d’une prise en charge spécifique tout en étant confrontée simultanément à des questions existentielles.

Les deux niveaux peuvent coexister.

Les quatre préoccupations existentielles de Yalom

Irvin Yalom a largement contribué à diffuser la psychothérapie existentielle.

Il décrit notamment quatre préoccupations fondamentales :

la mort ;

la liberté ;

l’isolement existentiel ;

l’absence ou la recherche de sens.

Ces thèmes ne constituent pas une liste obligatoire.

Ils fournissent plutôt une carte pour penser certaines difficultés humaines.

La mort

Nous savons que notre existence est limitée.

Cette connaissance peut rester en arrière-plan pendant de longues périodes.

Puis un événement la rapproche brutalement :

maladie ;

accident ;

deuil ;

vieillissement ;

mort d’un proche.

La personne découvre soudain que le temps n’est pas infini.

La peur de mourir

Elle peut prendre de nombreuses formes.

Peur de :

souffrir ;

disparaître ;

laisser ses proches ;

ne pas avoir suffisamment vécu ;

ne pas savoir ce qui vient après ;

perdre le contrôle.

La thérapie ne prétend pas supprimer l’incertitude fondamentale liée à la mort.

La mort peut modifier la manière de vivre

La conscience de la finitude peut également poser une autre question :

« Puisque mon temps est limité, à quoi veux-je réellement le consacrer ? »

La mort n’est alors pas seulement envisagée comme la fin de la vie.

Elle éclaire les choix de la vie présente.

Mais il ne faut pas romantiser la maladie

Dire à une personne gravement malade :

« Cette épreuve est une chance qui va vous apprendre à vivre »

peut être profondément violent.

La personne n’a aucune obligation de transformer sa maladie en révélation.

Elle peut :

avoir peur ;

être en colère ;

trouver la situation injuste.

La thérapie accompagne ce qui existe réellement.

La liberté

La thérapie existentielle accorde une place importante à la liberté humaine.

Mais cette liberté ne signifie pas :

« Vous pouvez devenir absolument tout ce que vous voulez. »

Nous naissons et vivons dans des conditions que nous n’avons pas choisies.

Famille.

Corps.

Époque.

Pays.

Histoire.

Santé.

Événements.

Certaines contraintes sont considérables.

Liberté située

La question devient plutôt :

« Dans ce qui ne dépend pas de moi, qu’est-ce qui dépend encore de moi ? »

Cette conception évite deux extrêmes :

penser que nous contrôlons tout ;

penser que nous ne pouvons jamais rien choisir.

Les cartes que l’on reçoit

Nous ne choisissons pas toutes les cartes.

Mais nous pouvons parfois choisir une partie de la manière de les jouer.

Et parfois la marge de manœuvre est très faible.

La thérapie doit respecter cette réalité.

La responsabilité

Liberté et responsabilité sont étroitement liées.

Si je peux choisir certaines choses, mes choix ont des conséquences.

Cela peut être inconfortable.

Une personne peut préférer penser :

« Je n’avais absolument aucun choix. »

Parfois, c’est effectivement vrai.

Mais parfois, reconnaître qu’un choix existe oblige également à en assumer le prix.

Responsabilité ne signifie pas culpabilité

Une personne n’est pas responsable :

de la violence qu’elle a subie ;

de la maladie qui lui arrive ;

du décès d’un proche ;

des choix d’une autre personne.

La thérapie existentielle ne doit jamais transformer la responsabilité en accusation universelle.

La responsabilité commence parfois après l’événement

Je n’ai pas choisi ce qui m’est arrivé.

Mais je peux éventuellement choisir une partie de ce que j’en fais maintenant.

Cette distinction peut être importante.

Le choix

Choisir signifie souvent renoncer.

Choisir une direction professionnelle ferme d’autres possibilités.

Choisir une relation implique de ne pas vivre certaines autres vies possibles.

Choisir de partir possède un prix.

Choisir de rester aussi.

L’angoisse du choix

Nous voudrions parfois une décision :

sans risque ;

sans perte ;

sans regret possible.

Elle n’existe pas toujours.

La thérapie existentielle peut aider à supporter cette réalité :

un choix important peut rester incertain même lorsqu’il est profondément réfléchi.

Ne pas choisir est parfois un choix

Reporter indéfiniment une décision peut également produire des conséquences.

La personne ne reste pas nécessairement immobile.

Le temps continue.

Certaines possibilités disparaissent.

Mais attendre peut aussi être légitime

Il serait simpliste d’affirmer :

« Ne pas choisir, c’est choisir. »

Parfois, la personne a réellement besoin de :

temps ;

informations ;

sécurité ;

récupération.

L’attente peut elle-même être une décision raisonnable.

L’incertitude

Une grande partie de l’existence ne peut être totalement sécurisée.

Nous ne savons pas exactement :

combien de temps une relation durera ;

si un projet réussira ;

si nous regretterons une décision ;

ce que sera notre santé dans dix ans.

Chercher une certitude absolue peut empêcher de vivre.

La thérapie ne fournit pas une garantie

Le thérapeute ne peut pas dire :

« Quittez votre emploi, vous ne le regretterez jamais. »

Ou :

« Restez avec cette personne, tout ira bien. »

Il peut aider à examiner :

valeurs ;

peurs ;

conséquences ;

possibilités.

Mais le choix reste celui de la personne.

L’angoisse existentielle

L’approche existentielle distingue parfois l’anxiété pathologique d’une angoisse inhérente à l’existence.

Choisir peut angoisser.

Aimer peut angoisser parce que l’on peut perdre.

Vivre peut angoisser parce que la vie est incertaine.

Toute anxiété n’a pas à être supprimée

Une personne qui change entièrement de vie peut ressentir de l’anxiété sans que cela signifie :

« Mauvaise décision. »

L’émotion peut simplement accompagner l’importance du choix.

Quand l’angoisse devient envahissante

Cela ne signifie pas qu’une anxiété sévère doit être philosophiquement admirée.

Lorsqu’elle :

paralyse ;

envahit ;

provoque des attaques de panique ;

rétrécit fortement la vie,

des interventions thérapeutiques spécifiques peuvent être nécessaires.

Le sens

La question du sens de la vie occupe une place importante dans certaines approches existentielles.

Mais elle est parfois mal formulée.

Comme s’il existait quelque part une réponse unique que chacun devrait découvrir.

La thérapie peut poser une question plus concrète :

« Qu’est-ce qui donne du sens à votre vie ? »

Le sens peut être pluriel

Il peut venir de :

relations ;

famille ;

foi ;

travail ;

création ;

transmission ;

service ;

connaissance ;

nature ;

engagement ;

projet ;

amour.

Il n’existe pas nécessairement une mission spectaculaire.

Une vie ordinaire peut avoir du sens

Élever ses enfants.

Prendre soin d’un jardin.

Écrire.

Aider quelqu’un.

Faire correctement son travail.

Aimer quelques personnes.

Ces choses peuvent constituer une vie profondément significative.

Viktor Frankl et la logothérapie

Viktor Frankl, psychiatre et neurologue autrichien, développe la logothérapie, approche centrée sur la recherche de sens.

Son travail a été profondément marqué par son expérience des camps de concentration nazis.

Il insiste sur la possibilité pour l’être humain de rechercher un sens même dans des circonstances extrêmement difficiles.

Une idée à manier avec prudence

Le travail de Frankl est parfois transformé en slogan :

« Toute souffrance a un sens. »

C’est beaucoup trop simple.

Une souffrance n’a pas nécessairement besoin d’être :

utile ;

méritée ;

nécessaire ;

envoyée pour enseigner quelque chose.

La personne peut éventuellement construire du sens malgré ce qu’elle a subi.

Ce n’est pas la même chose.

Ne pas imposer un sens

Dire à quelqu’un qui vient de perdre son enfant :

« Cela devait arriver pour une raison »

peut être d’une grande violence.

Le thérapeute ne possède pas la signification de l’expérience de l’autre.

Le sens peut venir plus tard

Une personne peut d’abord simplement survivre.

Puis, des années plus tard, décider :

d’aider d’autres personnes ;

d’écrire ;

de transmettre ;

de créer quelque chose.

Ce sens ultérieur ne rend pas l’événement initial nécessaire ou bon.

Le vide existentiel

Certaines personnes ne souffrent pas principalement d’un événement précis.

Elles disent :

« Tout va à peu près bien, mais je ne vois pas pourquoi je fais tout cela. »

Travail.

Maison.

Obligations.

Week-end.

Vacances.

Puis recommencer.

Un sentiment de vide peut apparaître.

Le vide n’est pas automatiquement une dépression

Mais une dépression doit parfois être envisagée.

Il faut distinguer :

perte d’intérêt liée à un trouble de l’humeur ;

épuisement ;

ennui ;

crise de sens ;

transition de vie.

Ces situations peuvent se ressembler sans être identiques.

La solitude existentielle

Une personne peut être entourée et néanmoins éprouver une solitude profonde.

La thérapie existentielle distingue parfois la solitude sociale de l’isolement existentiel.

Il existe une partie de notre expérience que personne ne peut vivre exactement à notre place.

Personne ne peut mourir à notre place

Personne ne peut entièrement :

choisir pour nous ;

ressentir notre douleur ;

vivre notre conscience.

Cette séparation appartient à la condition humaine.

Mais elle ne rend pas les relations inutiles.

Au contraire.

Être séparé permet aussi la rencontre

Deux personnes distinctes peuvent :

se parler ;

s’aimer ;

s’accompagner ;

se reconnaître.

Une relation n’abolit pas entièrement la solitude existentielle.

Elle peut cependant la rendre habitable.

La relation thérapeutique

Dans la thérapie existentielle, la relation entre thérapeute et personne possède une importance particulière.

Le thérapeute n’est pas seulement un technicien appliquant une méthode.

Il rencontre un autre être humain.

La rencontre

Des penseurs comme Martin Buber ont influencé certaines conceptions relationnelles avec la distinction entre :

relation Je-Cela ;

relation Je-Tu.

Sans transformer la psychothérapie en philosophie abstraite, cette idée rappelle que la personne ne doit pas être réduite à :

diagnostic ;

symptôme ;

cas clinique.

Le thérapeute est également humain

Certaines approches existentielles acceptent davantage la présence réelle du thérapeute dans la relation.

Mais cela ne signifie pas que la séance devient centrée sur lui.

Une éventuelle révélation personnelle doit servir le travail de la personne.

Authenticité

L’authenticité est un terme fréquent dans les approches existentielles.

Il peut désigner une manière de vivre davantage en accord avec :

valeurs ;

choix ;

réalité personnelle.

Mais le concept doit être utilisé avec prudence.

« Être soi-même » n’est pas toujours clair

Quel soi ?

Celui qui a peur ?

Celui qui veut partir ?

Celui qui souhaite rester ?

Celui d’aujourd’hui ?

Celui d’il y a dix ans ?

L’être humain contient des contradictions.

L’authenticité n’est pas nécessairement la découverte d’un « vrai soi » caché quelque part.

Authenticité et impulsivité

Dire :

« Je suis authentique, donc je dis tout ce que je pense »

ne constitue pas nécessairement une maturité psychologique.

Être authentique n’interdit pas :

réflexion ;

retenue ;

responsabilité envers les autres.

Les valeurs

La thérapie existentielle peut explorer ce qui compte réellement pour la personne.

Pas ce qu’elle devrait valoriser selon :

famille ;

société ;

thérapeute.

Mais ce qu’elle souhaite défendre dans sa propre vie.

Valeurs héritées

Nous recevons beaucoup de valeurs avant même de pouvoir les choisir.

Réussite.

Famille.

Religion.

Travail.

Argent.

Statut.

Devoir.

La thérapie peut permettre de demander :

« Lesquelles sont encore les miennes ? »

Rejeter toutes les valeurs héritées n’est pas plus libre

Une valeur transmise par la famille peut parfaitement devenir une valeur personnellement choisie.

L’autonomie ne consiste pas à faire systématiquement le contraire de ce que l’on nous a appris.

Conformité

Certaines personnes construisent leur existence principalement autour des attentes extérieures.

Bon enfant.

Bon conjoint.

Bon professionnel.

Toujours ce qu’il faut.

Puis une question apparaît :

« Et moi, qu’est-ce que je voulais ? »

La crise existentielle

Elle peut survenir à différents moments.

Adolescence.

Départ des enfants.

Rupture.

Maladie.

Deuil.

Retraite.

Changement professionnel.

Vieillissement.

Réussite elle-même.

La crise après la réussite

Une personne atteint enfin l’objectif poursuivi pendant vingt ans.

Puis elle pense :

« Et maintenant ? »

La réussite n’apporte pas automatiquement le sens attendu.

Ce phénomène peut être profondément déstabilisant.

Les transitions

Les périodes de transition sont particulièrement propices aux questions existentielles.

L’ancienne identité ne correspond plus totalement.

La nouvelle n’est pas encore construite.

La personne se trouve entre deux versions de sa vie.

Retraite

Pendant des décennies :

« Je suis médecin. »

« Je suis commerçant. »

« Je suis enseignant. »

Puis l’activité s’arrête.

La question devient :

« Qui suis-je lorsque je ne suis plus mon métier ? »

Les enfants quittent la maison

Un parent peut ressentir simultanément :

fierté ;

soulagement ;

tristesse ;

vide.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un problème à supprimer.

Une organisation entière de la vie est en train de changer.

Vieillissement

Vieillir confronte à :

modification du corps ;

temps restant ;

pertes ;

transmission ;

priorités.

La thérapie existentielle peut fournir un espace pour parler de ces réalités sans les recouvrir immédiatement de discours sur le « bien vieillir ».

Le regret

Avec l’âge, certaines possibilités disparaissent.

Une personne peut penser :

« J’aurais dû… »

« Si seulement… »

Le thérapeute ne peut pas rendre le passé différent.

Mais il peut aider à examiner ce que le regret signifie aujourd’hui.

Le passé ne peut plus être choisi

Le présent contient cependant parfois encore des choix.

Une personne regrette de ne pas avoir davantage dit à ses proches qu’elle les aimait.

Elle ne peut pas modifier les années précédentes.

Elle peut éventuellement commencer aujourd’hui.

Les possibilités perdues

Toutes ne peuvent pas être récupérées.

Il faut parfois faire le deuil d’une vie qui n’aura pas lieu.

Cette réalité est difficile.

La thérapie ne doit pas promettre que :

« Tout est encore possible. »

Ce n’est pas toujours vrai.

Ce qui reste possible

La question devient alors :

« Parmi les possibilités qui existent encore, lesquelles méritent votre temps ? »

Cette formulation peut être plus réaliste que l’injonction :

« Il n’est jamais trop tard. »

Parfois, il est effectivement trop tard pour certaines choses.

Mais pas nécessairement pour toutes.

Le deuil

Le deuil confronte directement à plusieurs thèmes existentiels :

mort ;

absence ;

identité ;

solitude ;

sens ;

continuité de la vie.

La personne doit apprendre à vivre dans un monde où quelqu’un n’est plus physiquement présent.

La thérapie n’efface pas l’absence

Elle ne remplace pas la personne perdue.

Elle peut aider à reconstruire une manière de vivre avec cette absence.

Le lien peut également continuer sous une autre forme :

souvenir ;

valeurs transmises ;

rituels ;

histoire partagée.

La maladie grave

Une maladie grave peut bouleverser :

projets ;

priorités ;

identité ;

rapport au corps ;

rapport au temps.

Certaines personnes veulent parler de leurs traitements.

D’autres de leur peur.

D’autres de ce qu’elles laisseront.

D’autres encore veulent simplement parler d’autre chose.

La thérapie doit suivre leurs besoins.

Fin de vie

La psychothérapie existentielle peut avoir une place particulière dans l’accompagnement de la fin de vie.

Les questions peuvent concerner :

peur de mourir ;

souffrance ;

famille ;

culpabilité ;

réconciliation ;

héritage ;

spiritualité ;

sens.

Le thérapeute n’apporte pas de réponse universelle à la mort.

Spiritualité

La spiritualité peut occuper une place importante dans la vie d’une personne.

La thérapie existentielle peut accueillir :

foi ;

doute ;

prière ;

questionnement ;

expérience spirituelle ;

absence de croyance.

Elle n’a pas à imposer une position.

La foi n’élimine pas toutes les questions

Une personne croyante peut avoir peur de mourir.

Une personne athée peut vivre la mort avec sérénité.

Aucune réaction ne doit être imposée par une théorie.

Le thérapeute n’est pas directeur spirituel

Il peut accueillir une dimension spirituelle lorsqu’elle est importante pour la personne.

Mais il ne devrait pas utiliser son pouvoir thérapeutique pour :

convertir ;

déconvertir ;

imposer ses convictions.

L’absurde

Certaines traditions existentielles confrontent également l’être humain à l’idée qu’il n’existe peut-être pas de sens prédéterminé.

Pour certaines personnes, cette idée est angoissante.

Pour d’autres, elle ouvre une liberté :

si le sens n’est pas entièrement donné, il peut aussi être construit.

Le sens construit

Une personne peut décider que sa vie sera consacrée à :

ses enfants ;

une œuvre ;

une cause ;

une foi ;

une communauté ;

la connaissance.

Le sens peut être créé et entretenu dans les actes.

La responsabilité du sens

Cette idée peut elle-même devenir lourde.

« Si ma vie n’a pas de sens, c’est que je n’en ai pas créé. »

Ce serait une nouvelle culpabilisation.

Certaines périodes sont simplement :

confuses ;

vides ;

épuisantes.

On peut traverser un temps sans grande réponse.

Il n’est pas obligatoire d’avoir une mission

Le développement personnel contemporain valorise parfois excessivement :

mission de vie ;

vocation ;

grande passion.

Une existence peut être digne et significative sans projet spectaculaire.

La banalité peut être précieuse

Un café avec quelqu’un.

Un repas préparé.

Une promenade.

Un livre.

Un travail bien fait.

La valeur d’une vie ne se mesure pas nécessairement à sa visibilité.

La thérapie existentielle et la dépression

Lorsqu’une personne déprimée dit :

« Rien n’a de sens »,

il faut éviter de répondre immédiatement par une dissertation philosophique.

Le désespoir peut être un symptôme majeur de la dépression.

Une évaluation clinique reste nécessaire.

Risque suicidaire

Une personne peut exprimer :

« Je ne vois plus pourquoi continuer. »

Cette phrase peut relever d’une réflexion existentielle.

Elle peut également signaler un risque suicidaire.

Le thérapeute doit savoir faire la différence et évaluer la sécurité.

La philosophie ne remplace pas la protection lorsqu’un danger existe.

Le suicide comme question existentielle

Les philosophes ont largement discuté du suicide.

Mais en psychothérapie, une personne suicidaire n’est pas un sujet de débat abstrait.

Sa souffrance et sa sécurité exigent une réponse clinique appropriée.

La culpabilité existentielle

Certaines approches parlent de culpabilité existentielle lorsqu’une personne ressent qu’elle ne vit pas selon ce qu’elle considère profondément important.

Elle pense :

« Je suis en train de laisser passer ma vie. »

Cette culpabilité peut devenir un signal de réorientation.

Mais toute culpabilité n’est pas utile

Certaines personnes sont déjà excessivement culpabilisées.

Le thérapeute ne doit pas ajouter :

« Vous êtes responsable de ne pas vivre pleinement. »

Il faut distinguer responsabilité réelle et autocondamnation.

Les limites

Reconnaître ses limites peut être douloureux.

Je ne peux pas :

tout faire ;

tout réparer ;

sauver tout le monde ;

vivre toutes les vies possibles.

L’acceptation de la limite fait partie de nombreuses réflexions existentielles.

Dire non

Choisir signifie également poser des limites.

Dire oui à quelque chose peut exiger de dire non à autre chose.

Le temps et l’énergie sont limités.

Le temps

Le temps occupe une place centrale.

Nous parlons souvent comme s’il s’agissait d’une réserve infinie :

« Un jour… »

« Plus tard… »

« Quand j’aurai le temps… »

La conscience du temps peut transformer les priorités.

Sans créer une urgence permanente

Il ne s’agit pas de vivre avec :

« Dépêche-toi, tu vas mourir. »

Cette injonction pourrait produire une nouvelle anxiété.

La conscience de la finitude peut au contraire aider à sélectionner ce qui mérite réellement de recevoir du temps.

La liberté de renoncer

Nous parlons beaucoup de la liberté de faire.

Mais il existe également une liberté de ne plus poursuivre certains objectifs.

Abandonner un projet peut parfois être un échec.

Parfois, c’est une décision lucide.

Persévérance ou obstination

La thérapie peut aider à distinguer :

« Je continue parce que cela compte pour moi »

de :

« Je continue uniquement parce que j’ai déjà investi dix ans. »

Le temps déjà investi ne peut pas être récupéré.

La question concerne ce que l’on veut faire du temps suivant.

Les relations

Aimer quelqu’un implique une vulnérabilité.

La personne peut :

partir ;

changer ;

mourir.

Une relation importante ne peut jamais être totalement sécurisée.

Vouloir supprimer toute vulnérabilité

Une personne peut éviter l’attachement pour éviter la perte.

Elle réduit ainsi le risque d’être blessée.

Mais elle réduit également la possibilité de certaines formes d’intimité.

La thérapie peut explorer ce prix.

Intimité et individualité

Être proche ne signifie pas disparaître dans l’autre.

La relation existentielle cherche souvent un équilibre entre :

connexion ;

séparation.

Deux personnes peuvent être profondément liées sans devenir une seule personne.

Le regard des autres

Nous construisons une partie de notre identité dans les relations.

Mais vivre uniquement à travers l’approbation extérieure peut créer une profonde dépendance.

La question devient :

« Qui suis-je lorsque personne n’applaudit ? »

Le thérapeute ne doit pas devenir le nouvel arbitre

Une personne peut chercher :

« Dites-moi si je fais le bon choix. »

Le thérapeute peut être tenté de répondre.

Mais une dépendance au jugement thérapeutique remplacerait simplement une autre dépendance.

La confrontation existentielle

Certaines approches existentielles utilisent une confrontation directe.

Par exemple :

« Vous dites que votre famille vous empêche de changer de métier, mais vous avez 45 ans et personne ne vous interdit juridiquement de partir. Qu’est-ce qui vous retient réellement ? »

Cette intervention peut ouvrir un travail important.

Confronter sans simplifier

Peut-être que la personne dépend financièrement de son conjoint.

Peut-être qu’elle prend soin d’un parent.

Peut-être que changer entraînerait des conséquences majeures.

La confrontation doit rester connectée à la réalité.

Le « je ne peux pas »

Certaines situations relèvent réellement de l’impossibilité.

D’autres signifient plutôt :

« Je ne peux pas sans payer un prix que je ne souhaite pas payer. »

Cette différence peut être thérapeutiquement importante.

Transformer la phrase

« Je ne peux pas quitter ce travail. »

peut parfois devenir :

« Je pourrais partir, mais actuellement je ne suis pas prêt à accepter les conséquences financières. »

La deuxième phrase rend visible un choix et son prix.

Mais elle ne doit être utilisée que lorsqu’elle correspond réellement à la situation.

La phénoménologie

Certaines approches existentielles sont fortement influencées par la phénoménologie.

Le thérapeute cherche à comprendre comment le monde apparaît à la personne.

Avant d’expliquer, il explore l’expérience.

Suspendre les conclusions

Plutôt que :

« Vous avez peur de l’engagement. »

Le thérapeute peut demander :

« Qu’est-ce que vous vivez exactement lorsque cette relation devient plus proche ? »

Cette attitude évite de faire entrer trop rapidement la personne dans une théorie.

Le monde vécu

Comment la personne vit-elle :

son corps ?

les autres ?

le temps ?

l’espace ?

ses possibilités ?

son avenir ?

Ces dimensions peuvent devenir importantes dans le travail existentiel.

Le corps

Nous n’avons pas simplement un corps comme un objet extérieur.

Nous vivons à travers lui.

Maladie.

Vieillissement.

Handicap.

Sexualité.

Douleur.

Tous peuvent modifier profondément notre manière d’exister dans le monde.

Le corps réel

La thérapie existentielle ne doit pas transformer toute expérience corporelle en symbole psychologique.

Une maladie physique reste une réalité corporelle.

La réflexion existentielle concerne ce que signifie vivre avec cette réalité.

Le diagnostic

Un diagnostic peut être utile.

Il peut permettre :

compréhension ;

accès aux soins ;

orientation thérapeutique.

Mais la personne ne se réduit jamais à son diagnostic.

« Je suis bipolaire » peut progressivement devenir :

« Je suis une personne qui vit notamment avec un trouble bipolaire. »

L’identité reste plus large.

L’étiquette peut devenir une prison

Certaines personnes commencent à interpréter toute leur existence à travers un diagnostic.

La thérapie peut aider à réintroduire :

histoire ;

valeurs ;

relations ;

projets ;

individualité.

La thérapie existentielle est-elle non directive ?

Pas nécessairement.

Le thérapeute peut :

questionner ;

confronter ;

reformuler ;

mettre en évidence des contradictions.

Mais il évite généralement de fournir une recette de vie.

Pas de mode d’emploi universel

La thérapie existentielle ne peut pas déterminer pour tout le monde :

ce qu’est une bonne vie ;

ce qu’il faut croire ;

s’il faut avoir des enfants ;

se marier ;

réussir professionnellement ;

pardonner ;

rester ;

partir.

Ces choix appartiennent à la personne.

Le pardon

Une personne n’est pas obligée de pardonner pour aller mieux.

Elle peut éventuellement choisir le pardon.

Ou décider que sa reconstruction ne passe pas par lui.

La thérapie ne doit pas imposer une morale personnelle.

Réconciliation

De même, comprendre quelqu’un n’oblige pas à reprendre une relation avec lui.

Une personne peut trouver du sens dans une séparation définitive.

Les limites de l’approche

La thérapie existentielle peut être très riche pour certaines personnes.

Mais elle ne constitue pas toujours l’intervention la plus adaptée lorsqu’un problème demande une technique spécifique.

Une phobie invalidante peut bénéficier d’une exposition structurée.

Un TOC sévère peut nécessiter une EPR.

Une insomnie chronique peut bénéficier d’une TCC-I.

Une réflexion existentielle peut compléter ces interventions sans les remplacer.

Le risque d’intellectualisation

Les thèmes existentiels peuvent attirer particulièrement les personnes qui aiment réfléchir.

Mais la thérapie peut alors devenir une discussion brillante sur :

la mort ;

la liberté ;

le sens,

sans aucun changement dans la vie.

Penser n’est pas toujours vivre

Une personne peut expliquer parfaitement Sartre et continuer à repousser depuis dix ans une décision qu’elle sait nécessaire.

Le thérapeute doit parfois revenir à une question simple :

« Et maintenant, qu’allez-vous faire ? »

Le risque inverse : l’action permanente

Il ne faut pas non plus transformer chaque réflexion en plan d’action immédiat.

Certaines questions ont besoin d’être :

pensées ;

habitées ;

mûries.

La psychothérapie peut aussi offrir un espace où une question n’est pas résolue immédiatement.

La place du silence

Face à certaines réalités, le thérapeute n’a pas de formule.

Un décès.

Une maladie incurable.

Une perte irréversible.

Le silence peut parfois être plus juste qu’une explication.

Ne pas remplir le vide à tout prix

Le professionnel peut être tenté de rassurer :

« Vous retrouverez quelqu’un. »

« Vous verrez, tout ira mieux. »

Il ne le sait pas.

Une présence authentique peut être préférable à une promesse vide.

Les preuves scientifiques

La psychothérapie existentielle est moins standardisée que certaines approches comme les TCC.

Cela rend son évaluation expérimentale plus complexe.

Certaines interventions existentielles, notamment celles centrées sur le sens, ont fait l’objet de recherches dans différents contextes, notamment :

maladie grave ;

cancer ;

soins palliatifs ;

détresse existentielle.

Les résultats peuvent être encourageants, mais il serait excessif de présenter toute la famille existentielle comme une méthode unique disposant d’un niveau de preuve uniforme.

Thérapie centrée sur le sens

Des interventions contemporaines structurées ont été développées autour du sens, notamment dans certains contextes de maladie grave.

Elles montrent qu’un travail existentiel peut également être organisé et étudié.

Cela ne signifie pas que toutes les questions de sens peuvent être réduites à un protocole.

Une approche difficile à standardiser entièrement

Deux personnes viennent avec la même phrase :

« Ma vie n’a plus de sens. »

Pour l’une, le problème central est un deuil.

Pour l’autre, une dépression.

Pour une troisième, une vie construite autour des attentes des autres.

Pour une quatrième, une maladie grave.

Le même énoncé ouvre des chemins différents.

Choisir cette approche

La thérapie existentielle peut particulièrement convenir à une personne qui souhaite travailler sur :

sens ;

choix ;

valeurs ;

finitude ;

transitions ;

identité ;

responsabilité ;

solitude ;

grandes décisions.

Mais elle peut aussi être intégrée à d’autres formes de psychothérapie.

Le thérapeute

La qualité de sa formation reste essentielle.

Une connaissance superficielle de quelques concepts philosophiques ne suffit pas.

Le professionnel doit savoir distinguer :

question existentielle ;

trouble psychologique ;

danger ;

problème social ;

problème médical.

La philosophie ne doit pas écraser la personne

Le patient n’est pas là pour illustrer Heidegger, Sartre ou Yalom.

La théorie doit aider à comprendre l’expérience.

L’expérience n’a pas à se conformer à la théorie.

Une question sans réponse définitive

« Quel est le sens de ma vie ? »

Une thérapie peut ne jamais produire une phrase définitive.

Parce que le sens peut évoluer.

Ce qui donnait du sens à vingt ans peut être différent à :

quarante ;

soixante ;

quatre-vingts ans.

Le sens se vit aussi

Il ne se trouve pas nécessairement dans une grande conclusion intellectuelle.

Il peut se construire quotidiennement dans :

ce que nous faisons ;

les personnes auxquelles nous donnons du temps ;

ce que nous créons ;

ce que nous refusons ;

ce que nous transmettons.

La vie qui reste

Une personne peut avoir perdu énormément.

Elle ne peut pas modifier ce qui est arrivé.

La question existentielle n’est pas :

« Comment faire comme si rien ne s’était passé ? »

Elle peut devenir :

« Avec ce qui s’est passé et avec ce qui reste, quelle vie est encore possible ? »

Cette question n’efface rien.

Elle ouvre simplement l’avenir qui existe encore.

À retenir

La thérapie existentielle est une famille d’approches psychothérapeutiques qui explore les grandes dimensions de l’existence humaine :

liberté ;

responsabilité ;

choix ;

finitude ;

mort ;

solitude ;

relations ;

sens ;

valeurs ;

authenticité ;

incertitude.

Elle considère que toute souffrance n’est pas nécessairement un symptôme pathologique. Certaines difficultés apparaissent parce que vivre implique inévitablement :

perdre ;

choisir ;

renoncer ;

ne pas tout contrôler ;

savoir que le temps est limité.

Cela ne signifie pas qu’un trouble psychologique doit être réduit à une question philosophique. Dépression, traumatisme, TOC, phobie ou risque suicidaire peuvent nécessiter des interventions spécifiques.

La thérapie existentielle insiste également sur une liberté située. Nous ne choisissons ni tout ce qui nous arrive ni toutes les conditions dans lesquelles nous vivons. La responsabilité ne consiste donc pas à culpabiliser la personne pour ce qu’elle a subi, mais à rechercher la marge de choix qui lui appartient encore lorsqu’elle existe.

Elle ne fournit pas un sens universel à la vie et ne demande pas de transformer toute souffrance en leçon. Le sens peut être découvert, construit, modifié ou parfois momentanément absent.

Enfin, elle rappelle qu’une vie ne peut être vécue sans risque, sans perte et sans incertitude. Chercher à supprimer entièrement ces dimensions pourrait finir par supprimer une partie de la vie elle-même.

La question existentielle n’est donc pas de savoir comment obtenir une existence parfaitement sûre, parfaitement maîtrisée et débarrassée de toute angoisse. Elle est de savoir comment, dans une vie nécessairement limitée et imparfaite, choisir ce qui mérite notre temps, assumer ce qui peut l’être, accepter ce qui ne peut plus être changé et continuer à construire du sens avec ce qui demeure possible.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.