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STRESS

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

STRESS

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Le stress fait partie des mécanismes normaux d’adaptation. Il apparaît lorsque nous percevons qu’une situation exige de nous une mobilisation particulière : agir rapidement, résoudre un problème, faire face à une menace, nous adapter à un changement ou accomplir quelque chose d’important.

Il n’est donc pas, par définition, un ennemi.

Une certaine activation peut nous aider à concentrer notre attention, mobiliser notre énergie et réagir efficacement. Le problème apparaît lorsque les exigences deviennent trop importantes, trop nombreuses ou trop durables par rapport aux ressources dont nous disposons.

Le stress n’est alors plus seulement une mobilisation ponctuelle. Il peut devenir un état presque permanent dans lequel l’organisme et le psychisme trouvent de moins en moins d’occasions de récupérer.

Le problème n’est pas que nous soyons capables de nous mobiliser sous pression. Il apparaît lorsque la pression devient notre état habituel et que nous ne savons plus vraiment ce que signifie revenir au calme.

Une réponse d’adaptation avant d’être un problème

Lorsqu’une situation est perçue comme importante ou menaçante, l’organisme se prépare à y répondre.

L’attention se concentre davantage sur ce qui semble prioritaire, certaines sensations physiques apparaissent et les préoccupations secondaires peuvent momentanément passer au second plan.

Cette mobilisation possède une fonction.

Avant un examen, une présentation ou une décision importante, une certaine tension peut même améliorer la préparation. Elle rappelle que l’enjeu compte et fournit une énergie supplémentaire pour agir.

Nous parlons pourtant souvent du stress comme s’il était nécessairement mauvais.

Ce n’est pas sa simple présence qui pose problème, mais notamment son intensité, sa durée, sa répétition et notre possibilité de récupérer après la situation.

Une activation ponctuelle suivie d’un retour au calme n’a pas le même effet qu’une succession de difficultés qui ne laisse pratiquement aucun espace de récupération.

Nous ne sommes pas stressés uniquement par les événements

Deux personnes confrontées à une situation comparable peuvent réagir très différemment.

Cela ne signifie pas que l’une exagère.

Nous évaluons continuellement, souvent très rapidement, ce que représente une situation et les ressources dont nous disposons pour y faire face.

Une tâche importante peut être vécue comme un défi lorsque nous nous sentons suffisamment préparés. La même tâche peut devenir très stressante si nous doutons de nos compétences, manquons de temps ou savons que les conséquences d’un échec seront importantes.

Le stress dépend donc en partie de la relation entre les exigences perçues et les ressources perçues.

Cette dimension psychologique ne signifie pas que tout stress serait « dans la tête ».

Une personne confrontée à une surcharge professionnelle réelle, à des difficultés financières ou à plusieurs responsabilités simultanées n’a pas simplement besoin de modifier sa manière de penser. Certaines contraintes existent objectivement.

Comprendre le stress demande de regarder à la fois la personne et la situation.

Stress aigu et stress qui s’installe

Un stress aigu apparaît en réponse à une situation précise.

Une urgence survient, un problème doit être réglé ou une échéance approche. L’organisme se mobilise puis, lorsque l’événement se termine, la tension peut progressivement diminuer.

Le stress chronique fonctionne différemment.

Il n’existe parfois même plus un événement unique que nous pourrions identifier. Les contraintes s’enchaînent : travail, problèmes familiaux, préoccupations matérielles, responsabilités, manque de repos et imprévus.

Chaque difficulté prise séparément semblerait peut-être supportable.

C’est leur accumulation qui devient coûteuse.

La personne continue souvent à fonctionner. Elle accomplit ce qu’elle doit faire, répond aux demandes et s’habitue progressivement à son état de tension.

C’est précisément ce qui peut rendre le stress prolongé difficile à reconnaître : ce qui était exceptionnel devient la nouvelle normalité.

Les signes ne sont pas identiques chez tout le monde

Le stress peut se manifester de nombreuses manières.

Certaines personnes remarquent surtout une agitation intérieure ou une irritabilité inhabituelle. D’autres constatent des difficultés de concentration, des oublis ou une impression d’être continuellement pressées.

Le corps peut également participer à cette expérience : tensions musculaires, fatigue, perturbations du sommeil ou autres sensations peuvent accompagner les périodes de stress.

Les comportements changent parfois eux aussi. Une personne devient moins patiente, reporte certaines tâches, travaille sans interruption ou recherche davantage de distractions pour couper temporairement avec ses préoccupations.

Aucun de ces signes n’est spécifique au stress.

Il serait donc imprudent d’attribuer automatiquement une manifestation persistante à une cause psychologique sans considérer les autres explications possibles.

L’intérêt est surtout de repérer les changements qui apparaissent ou s’intensifient lorsque la pression augmente.

La surcharge n’est pas seulement une question de quantité

Nous pouvons être débordés par le nombre de tâches, mais également par leur nature.

Dix petites obligations simples ne produisent pas nécessairement le même stress que trois situations comportant une forte incertitude ou une grande responsabilité.

Le sentiment de contrôle joue également un rôle important.

Une charge importante que nous avons choisie peut parfois être mieux vécue qu’une charge plus faible entièrement imposée.

De même, savoir pourquoi nous faisons un effort peut modifier la manière dont nous le supportons.

Cela ne signifie pas que le sens annule la fatigue.

Un projet profondément désiré peut nous épuiser si nous dépassons continuellement nos ressources.

La motivation peut nous permettre d’aller plus loin. Elle ne rend pas les ressources humaines infinies.

L’accumulation des petites tensions

Nous reconnaissons facilement les grands événements stressants.

Nous sous-estimons parfois les petites contraintes répétées.

Une interruption permanente, un environnement bruyant, des démarches administratives, des problèmes techniques, des retards, des messages auxquels il faut répondre ou une multitude de décisions minuscules peuvent progressivement produire une charge importante.

Aucun événement ne semble suffisamment grave pour expliquer l’épuisement ressenti.

La personne se demande alors pourquoi elle est si fatiguée alors qu’« il ne s’est rien passé ».

Mais il s’est passé beaucoup de petites choses.

Le psychisme ne comptabilise pas uniquement les catastrophes. Il doit également traiter la répétition des sollicitations ordinaires.

Comprendre cette accumulation permet parfois d’agir sur plusieurs petites sources de tension plutôt que d’attendre de découvrir une cause spectaculaire qui n’existe pas.

Le besoin de contrôle

Le stress augmente souvent lorsque nous avons l’impression de ne pas maîtriser ce qui va se passer.

Nous essayons alors naturellement d’augmenter notre contrôle : davantage prévoir, vérifier, anticiper et organiser.

Cette stratégie est très utile jusqu’à un certain point.

Préparer ce qui peut l’être réduit réellement certaines difficultés.

Mais le contrôle possède une limite.

Nous ne pouvons pas garantir la réaction des autres, empêcher tous les imprévus ni connaître parfaitement l’avenir.

Lorsque l’organisation devient une tentative d’éliminer toute incertitude, elle risque de produire elle-même une tension permanente.

La question utile devient alors : qu’est-ce qui mérite d’être préparé et quelle part d’incertitude dois-je accepter parce qu’aucune préparation raisonnable ne pourra la supprimer ?

Le stress professionnel n’est pas uniquement un problème individuel

Face au stress au travail, les solutions proposées concernent souvent la personne : mieux s’organiser, respirer, apprendre à prendre du recul ou améliorer sa gestion du temps.

Ces outils peuvent être utiles.

Mais ils ne doivent pas masquer les conditions de travail.

Une charge irréaliste, des objectifs contradictoires, un manque chronique de personnel, une absence de reconnaissance ou des relations professionnelles destructrices ne deviennent pas acceptables simplement parce qu’un salarié apprend à mieux gérer son stress.

Il existe des situations dans lesquelles l’environnement doit être modifié.

Demander à une personne de devenir toujours plus résistante peut finir par transformer un problème collectif ou organisationnel en défaut individuel.

La psychologie du travail et l’épuisement professionnel sont développés dans leurs chapitres respectifs.

Récupérer n’est pas simplement arrêter de travailler

Nous pouvons cesser une activité tout en continuant mentalement à la poursuivre.

Le corps est sur le canapé mais l’esprit prépare déjà la journée suivante.

La récupération psychologique demande parfois une véritable rupture d’attention.

Une activité différente, un échange agréable, du mouvement, une occupation créative ou simplement une période durant laquelle aucune performance n’est attendue peuvent permettre cette transition.

Les besoins diffèrent selon les personnes.

Pour l’une, récupérer signifie voir des amis. Pour une autre, après une journée remplie d’interactions, la meilleure récupération consiste précisément à retrouver le silence.

Le repos efficace n’est donc pas toujours l’absence d’activité. Il correspond davantage à un changement permettant aux systèmes continuellement sollicités de ne plus l’être de la même manière.

Supprimer le stress n’est pas un objectif réaliste

Une vie sans stress supposerait probablement une vie sans enjeu, sans changement et sans responsabilité.

Même les événements heureux peuvent être stressants lorsqu’ils demandent une adaptation importante.

Un déménagement désiré, un mariage, la naissance d’un enfant ou le lancement d’un projet peuvent simultanément produire enthousiasme et tension.

L’objectif psychologique n’est donc pas de parvenir à une absence permanente de stress.

Il s’agit plutôt de conserver une capacité de mobilisation lorsque cela est nécessaire puis de pouvoir revenir suffisamment vers un état de récupération.

Le problème n’est pas la vague.

C’est l’absence continuelle de rivage.

Agir sur plusieurs niveaux

Lorsqu’un stress devient important, chercher une seule solution peut être insuffisant.

Certaines sources peuvent être supprimées. D’autres peuvent être réduites. Certaines tâches peuvent être reportées, déléguées ou simplifiées. Une difficulté peut nécessiter une conversation, tandis qu’une autre échappe presque totalement à notre contrôle.

Nous pouvons également agir sur notre manière d’y répondre : mieux distinguer les priorités, réduire certaines exigences que nous nous imposons ou accepter de ne pas résoudre simultanément tous les problèmes.

Cette approche rejoint les stratégies d’adaptation — coping développées dans le chapitre précédent.

La question n’est donc pas uniquement « comment puis-je supporter davantage ? »

Elle peut devenir : « qu’est-ce qui peut être supprimé, modifié, partagé, accepté ou traité autrement ? »

Cette formulation évite de considérer automatiquement l’augmentation de notre résistance comme la seule solution disponible.

Quand le stress commence à occuper toute la vie

Une période particulièrement exigeante peut nécessiter temporairement davantage d’efforts.

Mais lorsque l’état d’urgence devient permanent, les frontières entre travail, repos et vie personnelle peuvent progressivement disparaître.

La personne pense à ses obligations dès le réveil et continue à les anticiper au moment de se coucher.

Même les moments libres deviennent des périodes de préparation pour ce qui vient ensuite.

Il peut alors être utile de se demander depuis combien de temps cette situation devait être « temporaire ».

Nous sommes capables de fonctionner longtemps en mode exceptionnel.

Le danger est parfois d’oublier que l’exception devait avoir une fin.

Reconnaître cette installation ne signifie pas nécessairement pouvoir modifier immédiatement toutes les circonstances. Cela permet au moins de ne plus considérer comme normale une organisation qui demande continuellement davantage que ce que nous pouvons durablement fournir.

Quand demander de l’aide ?

Un stress ponctuel ne nécessite pas nécessairement d’accompagnement psychologique.

Une aide peut devenir utile lorsque la tension reste élevée pendant une longue période, perturbe fortement le sommeil, les relations ou la capacité à fonctionner, ou lorsque la personne a l’impression de ne plus parvenir à retrouver de périodes de récupération.

Des manifestations physiques persistantes ou inhabituelles ne doivent pas être attribuées automatiquement au stress. Une évaluation médicale peut être nécessaire selon leur nature et leur intensité.

Sur le plan psychologique, un accompagnement peut permettre d’identifier les sources de stress, les stratégies qui l’entretiennent éventuellement et les marges d’action disponibles.

Les différentes méthodes thérapeutiques utilisées pour travailler le stress seront présentées dans la partie Psychothérapie.

À retenir

Le stress est d’abord un mécanisme d’adaptation qui nous permet de mobiliser des ressources face à une situation exigeante. Il devient problématique lorsqu’il est trop intense, trop fréquent ou trop durable et que les périodes de récupération deviennent insuffisantes.

Notre manière d’évaluer une situation joue un rôle, mais le stress ne peut pas être réduit à une mauvaise manière de penser. Les contraintes matérielles, professionnelles, relationnelles et sociales sont parfois parfaitement réelles.

Apprendre à gérer le stress ne doit donc pas signifier apprendre à supporter indéfiniment davantage.

La véritable question n’est pas seulement de savoir combien de pression nous sommes capables de supporter. Elle est aussi de vérifier régulièrement si toute cette pression est réellement nécessaire, ce que nous pouvons modifier et si nous nous accordons encore le droit de redescendre lorsque l’urgence est passée.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.