LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
STRATÉGIES D’ADAPTATION — COPING
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Nous ne pouvons pas empêcher toutes les difficultés d’apparaître dans notre vie. Nous pouvons en revanche développer différentes manières d’y répondre.
En psychologie, le terme coping désigne l’ensemble des stratégies qu’une personne mobilise pour faire face à une situation qu’elle perçoit comme difficile, stressante ou exigeant davantage de ressources que d’habitude.
Ces stratégies peuvent consister à agir directement sur le problème, modifier notre manière de l’interpréter, réguler les émotions qu’il provoque, demander de l’aide ou, parfois, prendre momentanément de la distance.
Il n’existe pas une stratégie parfaite applicable à toutes les situations.
Bien s’adapter ne signifie pas toujours combattre davantage. Cela signifie trouver une réponse suffisamment adaptée à ce qui peut être changé, à ce qui doit être traversé et à ce qui devra peut-être être accepté.
Nous faisons déjà du coping sans le savoir
Face à une difficulté, nous cherchons spontanément à retrouver un certain équilibre.
Nous analysons la situation, appelons quelqu’un, faisons une promenade, travaillons davantage, cherchons des informations, prenons du recul ou essayons momentanément de penser à autre chose.
Toutes ces réactions peuvent appartenir aux stratégies d’adaptation.
Certaines sont conscientes : nous décidons délibérément de préparer un plan.
D’autres deviennent presque automatiques parce qu’elles ont été utilisées de nombreuses fois auparavant.
Nous possédons ainsi progressivement un répertoire personnel de réponses aux difficultés.
La question n’est pas de savoir si nous utilisons des stratégies d’adaptation. Nous le faisons tous. Il est plus intéressant d’observer lesquelles nous utilisons, dans quelles situations et avec quelles conséquences.
Agir directement sur le problème
Lorsqu’une situation peut être modifiée, l’action constitue souvent une réponse particulièrement utile.
Un problème financier peut nécessiter de revoir certaines dépenses. Une difficulté professionnelle peut demander une conversation, une réorganisation ou une recherche d’informations. Une surcharge peut nécessiter de supprimer certaines tâches ou d’en déléguer d’autres.
Ces stratégies sont centrées sur le problème.
Elles cherchent à modifier les circonstances qui produisent la difficulté plutôt qu’à agir uniquement sur les émotions qu’elles provoquent.
Mais leur efficacité dépend d’une condition essentielle : il faut qu’une marge d’action existe réellement.
Nous pouvons préparer un entretien. Nous ne pouvons pas garantir la décision de la personne qui se trouvera en face de nous.
Une partie importante de l’adaptation consiste donc à identifier correctement ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas.
Agir sur l’émotion n’est pas fuir le problème
Certaines situations ne peuvent pas être résolues immédiatement.
Après une perte, par exemple, aucune action ne peut simplement annuler ce qui s’est produit.
La personne doit alors également faire face aux émotions provoquées par la situation.
Parler, écrire, pleurer, rechercher du soutien, pratiquer une activité apaisante ou prendre momentanément de la distance peut permettre de réduire suffisamment l’intensité émotionnelle pour continuer à fonctionner.
Ces stratégies ne modifient pas nécessairement le problème extérieur, mais elles modifient la manière dont nous pouvons le traverser.
Les considérer systématiquement comme de l’évitement serait une erreur.
Nous avons parfois besoin de retrouver suffisamment de stabilité avant de pouvoir agir efficacement.
Le soutien des autres
Demander de l’aide constitue une stratégie d’adaptation importante.
Cette aide peut être pratique : quelqu’un nous accompagne, prend en charge une tâche ou nous fournit une information.
Elle peut également être émotionnelle : une personne écoute, rassure ou reste simplement présente.
Pourtant, recevoir de l’aide n’est pas toujours facile.
Certaines personnes ont appris qu’elles devaient tout résoudre seules. Elles acceptent volontiers d’aider les autres mais se sentent gênées lorsqu’elles deviennent elles-mêmes celles qui ont besoin de quelque chose.
Cette asymétrie peut les priver d’une ressource essentielle.
Savoir recevoir ne diminue pas la capacité à donner.
Au contraire, une relation véritablement réciproque suppose que les rôles puissent parfois s’inverser. Refuser systématiquement toute aide peut même empêcher l’autre d’exercer sa propre volonté de soutien.
L’évitement peut être utile… momentanément
L’évitement possède une mauvaise réputation en psychologie, mais toutes les formes d’évitement ne sont pas identiques.
Prendre temporairement de la distance avec une situation lorsque nous sommes trop bouleversés peut être utile. Reporter une conversation de quelques heures pour retrouver son calme peut éviter une escalade inutile.
Le problème apparaît lorsque le report devient permanent.
Une personne anxieuse évite une situation qui lui fait peur et ressent immédiatement un soulagement. Ce soulagement renforce l’envie d’éviter la prochaine fois.
Progressivement, le comportement peut s’étendre à davantage de situations.
La stratégie qui protégeait à court terme commence alors à réduire la liberté à long terme.
Pour évaluer une stratégie, il est donc souvent nécessaire de regarder non seulement ce qu’elle produit maintenant, mais également ce qu’elle construit avec le temps.
Ce qui soulage n’est pas toujours ce qui aide
De nombreuses stratégies produisent un bénéfice immédiat.
Éviter une conversation, repousser une tâche, manger pour calmer une émotion, faire un achat impulsif ou passer plusieurs heures à se distraire peut momentanément diminuer une tension.
Ce soulagement est réel.
Mais la conséquence ultérieure peut être différente.
La conversation reste à avoir, la tâche devient plus urgente ou une difficulté supplémentaire apparaît.
Il est donc utile de distinguer deux questions : « Est-ce que cela me soulage ? » et « Est-ce que cela m’aide réellement ? »
Une bonne stratégie d’adaptation peut parfois être inconfortable à court terme.
Poser une limite, demander de l’aide ou affronter progressivement une difficulté n’apporte pas toujours un soulagement immédiat, mais peut améliorer durablement la situation.
Une stratégie peut fonctionner ici et échouer ailleurs
Nous avons tendance à réutiliser les méthodes qui nous ont déjà aidés.
C’est logique.
Une personne ayant appris que travailler davantage lui permet de résoudre les difficultés professionnelles peut appliquer la même stratégie chaque fois qu’elle rencontre un problème.
Mais davantage d’effort ne résout pas tout.
Face à un épuisement, travailler encore plus peut précisément aggraver la situation.
De la même manière, analyser minutieusement un problème peut être excellent lorsqu’une solution existe et devenir une rumination lorsque nous cherchons une certitude impossible.
Aucune stratégie n’est bonne uniquement par sa nature.
Son efficacité dépend de son adéquation à la situation.
La flexibilité psychologique consiste notamment à ne pas utiliser le même outil simplement parce qu’il est celui que nous maîtrisons le mieux.
Adapter la stratégie au degré de contrôle
Une distinction particulièrement utile concerne le contrôle réel que nous possédons sur une situation.
Lorsqu’un problème est largement contrôlable, agir directement peut être pertinent.
Lorsqu’il ne l’est que partiellement, il faut souvent combiner action et adaptation émotionnelle.
Et lorsqu’un événement est irréversible, consacrer toute son énergie à essayer de modifier ce qui ne peut plus l’être risque de prolonger inutilement la lutte.
Cette distinction n’est pas toujours facile à établir.
Nous pouvons sous-estimer notre marge d’action et nous résigner trop vite. Nous pouvons également la surestimer et nous épuiser à essayer de contrôler les décisions, les émotions ou les comportements des autres.
Une question simple peut aider : quelle est la plus petite partie de cette situation sur laquelle je peux réellement agir ?
Même lorsqu’une grande partie échappe à notre contrôle, cette marge peut parfois suffire à retrouver un sentiment d’action.
Les stratégies changent avec les ressources disponibles
Nous ne faisons pas face aux difficultés de la même manière lorsque nous sommes reposés, soutenus et matériellement en sécurité que lorsque plusieurs problèmes se cumulent.
Une stratégie qui fonctionnait habituellement peut devenir temporairement inaccessible.
La personne sait parfaitement ce qu’elle devrait faire mais ne dispose plus de l’énergie nécessaire pour le faire.
Cela explique pourquoi les conseils apparemment simples peuvent parfois être inutiles : ils supposent des ressources que la personne n’a précisément plus à ce moment-là.
L’adaptation doit donc tenir compte de la situation réelle.
Lorsque les ressources diminuent, la priorité peut devenir beaucoup plus élémentaire : assurer le nécessaire, réduire certaines exigences, accepter une aide ou traverser la journée avant de reconstruire des projets plus importants.
Nous ne pouvons pas demander au même organisme de fonctionner comme s’il disposait continuellement des mêmes réserves.
Les expériences passées construisent nos réponses
Nos stratégies d’adaptation ne viennent pas de nulle part.
Elles se développent à travers l’éducation, les expériences, les relations et les situations déjà traversées.
Un enfant qui apprend qu’exprimer sa peur entraîne des moqueries peut devenir un adulte qui dissimule systématiquement ses difficultés. Une personne ayant découvert qu’elle ne pouvait compter que sur elle-même peut développer une autonomie remarquable tout en éprouvant beaucoup de difficulté à demander de l’aide.
Ces stratégies avaient parfois une logique dans le contexte où elles sont apparues.
Le problème survient lorsqu’elles continuent à fonctionner automatiquement dans des situations très différentes.
Comprendre l’origine d’une stratégie permet alors de reconnaître sa fonction sans considérer qu’elle doit rester inchangée toute la vie.
Ce qui nous a protégés autrefois peut parfois avoir besoin d’être adapté à la personne que nous sommes devenue.
Développer un répertoire plutôt qu’une méthode unique
Plus nous possédons de stratégies différentes, plus nous pouvons choisir celle qui correspond à la situation.
Nous pouvons résoudre un problème, demander de l’aide, prendre temporairement du recul, accepter une émotion, modifier un objectif ou simplement attendre lorsque l’action immédiate serait inutile.
Cette diversité constitue une ressource importante.
La personne psychologiquement flexible n’est pas celle qui reste toujours calme ou qui sait toujours immédiatement quoi faire.
Elle est davantage capable d’observer qu’une première stratégie ne fonctionne pas et d’en essayer une autre.
Cette capacité évite de transformer une difficulté temporaire en affrontement interminable avec une seule méthode.
Nos armes psychologiques ne sont pas toujours spectaculaires. La patience, la persévérance et le tact peuvent parfois produire davantage qu’une réaction immédiate et massive.
Mais même ces ressources doivent rester des choix adaptés, pas des obligations permanentes.
S’adapter ne signifie pas tout accepter
Le mot adaptation peut prêter à confusion.
S’adapter à une situation ne signifie pas nécessairement s’y soumettre.
Une personne confrontée à un environnement professionnel destructeur peut développer des techniques permettant de supporter davantage de pression. Mais si l’environnement reste profondément nocif, la meilleure adaptation peut finalement être de poser des limites, de chercher une autre organisation ou de partir.
Il serait dangereux de transformer le coping en art de supporter l’insupportable.
Les stratégies d’adaptation doivent aider la personne à préserver ou retrouver sa capacité d’action, pas simplement augmenter la quantité de souffrance qu’elle peut tolérer sans réagir.
Parfois nous devons apprendre à traverser une situation. Parfois nous devons la modifier. Et parfois nous devons en sortir.
Quand demander de l’aide ?
Un accompagnement peut être utile lorsque les stratégies utilisées ne permettent plus de faire face à la situation, lorsque les mêmes réactions produisent continuellement les mêmes difficultés ou lorsqu’un soulagement à court terme entraîne progressivement des conséquences importantes.
Il peut également être pertinent lorsqu’une personne sait intellectuellement ce qu’elle pourrait faire mais se trouve systématiquement incapable de mobiliser cette réponse dans les moments où elle en aurait besoin.
Le travail psychothérapeutique peut notamment permettre d’identifier les stratégies automatiques, de comprendre leur fonction et d’en développer de nouvelles. Les différentes approches seront présentées dans la partie Psychothérapie.
Demander de l’aide peut d’ailleurs constituer en soi une nouvelle stratégie d’adaptation lorsque toutes les précédentes ont consisté à essayer de tout porter seul.
À retenir
Les stratégies d’adaptation, ou coping, regroupent les différentes manières dont nous répondons aux situations difficiles.
Certaines cherchent à modifier directement le problème, d’autres à réguler les émotions qu’il provoque, à mobiliser du soutien ou à prendre temporairement de la distance.
Aucune stratégie n’est adaptée à toutes les circonstances. Ce qui aide aujourd’hui peut devenir inefficace demain, et ce qui soulage immédiatement peut parfois entretenir une difficulté à long terme.
L’enjeu n’est donc pas de découvrir une méthode parfaite, mais de développer suffisamment de flexibilité pour choisir en fonction de la situation réelle.
S’adapter, ce n’est pas apprendre à tout supporter. C’est savoir quand agir, quand attendre, quand demander de l’aide, quand changer de méthode et, parfois, quand cesser de lutter contre ce qui ne peut plus être changé afin de consacrer ses forces à ce qui peut encore l’être.
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