LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
SOMMEIL ET PSYCHISME
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Le sommeil et le fonctionnement psychologique entretiennent une relation étroite et réciproque. Notre état émotionnel peut modifier la manière dont nous dormons, tandis qu’une mauvaise nuit peut influencer dès le lendemain notre attention, notre patience, notre motivation et notre manière de réagir aux événements.
Il suffit parfois de quelques nuits difficiles pour constater que nous ne sommes plus tout à fait la même personne face aux contrariétés ordinaires. Ce qui aurait été facilement supporté devient irritant, une décision paraît plus compliquée et une inquiétude prend davantage de place.
Pour autant, toute difficulté de sommeil n’est pas psychologique. Le sommeil dépend également de facteurs biologiques, médicaux, environnementaux et comportementaux.
Le sommeil n’est pas simplement une interruption de la vie éveillée : il participe directement aux conditions psychologiques dans lesquelles nous vivons cette vie.
Le sommeil participe à notre équilibre psychologique
Pendant le sommeil, le cerveau ne cesse pas de fonctionner. Différents processus participent notamment à la consolidation de certains apprentissages, à la mémoire et à la régulation du fonctionnement émotionnel.
Une nuit insuffisante peut donc avoir des conséquences beaucoup plus larges qu’une simple sensation de fatigue.
Nous pouvons devenir plus irritables, avoir davantage de difficulté à maintenir notre attention ou éprouver une moindre tolérance à la frustration. Une tâche habituellement simple peut demander un effort inhabituel.
Cela explique également pourquoi il est parfois imprudent de tirer des conclusions importantes sur soi-même ou sur sa vie au milieu d’un épuisement important.
Le problème est peut-être réel, mais notre capacité à l’évaluer sereinement peut momentanément être diminuée.
Les émotions peuvent empêcher de dormir
Nous avons tous connu une soirée durant laquelle le corps était fatigué mais l’esprit continuait à travailler.
Une conversation revient en mémoire. Un problème professionnel cherche encore sa solution. Une inquiétude concernant le lendemain apparaît au moment où les sollicitations extérieures disparaissent.
La nuit ne crée pas nécessairement ces préoccupations.
Elle supprime une partie de ce qui nous en distrayait pendant la journée.
Une émotion qui semblait relativement discrète peut alors prendre davantage de place dans le silence.
Cela explique pourquoi une période de stress, une séparation, un deuil, une inquiétude financière ou un conflit peut temporairement modifier le sommeil sans que la personne souffre nécessairement d’un trouble durable.
Lorsque la situation émotionnelle évolue, le sommeil peut lui aussi retrouver progressivement son fonctionnement habituel.
Vouloir absolument dormir peut maintenir éveillé
Le sommeil possède une particularité frustrante : nous ne pouvons pas simplement décider de nous endormir.
Nous pouvons créer des conditions favorables, mais nous ne pouvons pas commander directement le moment précis où le sommeil arrivera.
Après plusieurs mauvaises nuits, cette impossibilité peut devenir une source d’inquiétude.
La personne regarde l’heure et calcule : « Si je m’endors maintenant, il me reste six heures. »
Quelques minutes plus tard : « Maintenant, seulement cinq heures et demie. »
La chambre devient progressivement un lieu d’évaluation.
Suis-je suffisamment fatigué ? Vais-je réussir à dormir ? Comment vais-je fonctionner demain ?
Plus l’enjeu devient important, plus l’état d’alerte peut augmenter.
Un paradoxe apparaît alors : la volonté de contrôler le sommeil produit précisément une activation qui ne lui est pas favorable.
La peur de la mauvaise nuit
Après plusieurs épisodes difficiles, certaines personnes ne craignent plus seulement d’être fatiguées. Elles commencent à craindre la nuit elle-même.
L’inquiétude peut apparaître dès la fin de l’après-midi.
« Est-ce que cela va recommencer ce soir ? »
La personne surveille les premiers signes de fatigue et interprète leur absence comme une mauvaise nouvelle. Elle peut modifier son programme, refuser certaines activités ou commencer à organiser une partie de sa vie autour de la protection de son sommeil.
Cette anticipation donne à la nuit suivante une importance considérable.
Une mauvaise nuit occasionnelle devient alors plus qu’un désagrément : elle semble confirmer que le problème est toujours présent.
Le sommeil peut ainsi devenir un objet de surveillance permanente alors qu’il fonctionne généralement mieux lorsqu’il n’a pas à être contrôlé minute par minute.
Ruminer au moment du coucher
Le coucher constitue un moment particulièrement favorable aux pensées répétitives.
Il n’y a plus de conversation, de travail ou d’activité demandant notre attention. L’esprit peut revenir vers ce qui n’a pas été résolu.
Certaines personnes commencent alors à organiser mentalement le lendemain. D’autres rejouent des événements de la journée ou imaginent différents scénarios futurs.
Chercher une solution au lit peut donner l’impression d’utiliser utilement ce temps d’éveil.
Mais lorsque la réflexion devient répétitive, le cerveau associe progressivement le lit non seulement au sommeil mais également à une période intense de pensée.
Les mécanismes des ruminations ont été développés dans le chapitre précédent consacré aux ruminations et pensées envahissantes.
Toutes les pensées nocturnes ne peuvent évidemment pas être empêchées. L’enjeu consiste surtout à ne pas considérer que chaque problème apparaissant à minuit doit être résolu avant de pouvoir dormir.
Une mauvaise nuit modifie notre perception du lendemain
Le manque de sommeil ne change pas uniquement notre niveau d’énergie.
Il peut également modifier la manière dont nous évaluons les événements.
Une remarque paraît plus agressive, un contretemps plus important et une tâche plus décourageante. Nous pouvons réagir plus vivement puis regretter ensuite une réponse que nous aurions probablement formulée autrement dans un meilleur état de récupération.
Cette observation permet parfois de créer une distance utile.
Lorsque nous savons que nous avons très peu dormi, nous pouvons tenir compte de cette donnée avant de conclure qu’une situation est catastrophique ou qu’une relation est soudain devenue insupportable.
Cela ne signifie pas que toutes nos émotions après une mauvaise nuit seraient fausses.
Elles peuvent simplement être amplifiées par un organisme disposant de moins de ressources pour les réguler.
Sommeil, anxiété et humeur
Les difficultés de sommeil peuvent accompagner de nombreuses périodes de souffrance psychologique.
L’anxiété peut rendre l’endormissement difficile lorsque l’esprit anticipe continuellement les problèmes. Certaines personnes se réveillent également avec des pensées anxieuses qui rendent le retour au sommeil compliqué.
Les troubles de l’humeur peuvent eux aussi s’accompagner de modifications du sommeil, qui ne prennent pas toujours la même forme. Certaines personnes dorment moins, d’autres davantage, et la qualité du sommeil peut être ressentie comme insuffisante malgré une durée importante.
Il faut cependant éviter le raisonnement inverse trop rapide.
Mal dormir ne permet pas, à lui seul, de conclure à un trouble anxieux ou dépressif.
Le sommeil constitue un élément du fonctionnement général, pas un diagnostic en soi.
Le sommeil n’est pas identique pour tout le monde
Nous n’avons pas tous exactement les mêmes besoins ni les mêmes rythmes.
Certaines personnes fonctionnent naturellement mieux tôt le matin, tandis que d’autres sont davantage actives le soir. Les besoins évoluent également avec l’âge et les périodes de vie.
Les recommandations générales peuvent fournir des repères, mais elles ne doivent pas transformer le sommeil en nouvelle performance.
Une personne qui commence à mesurer continuellement chaque minute de sommeil, chaque réveil et chaque indicateur fourni par un appareil peut parfois devenir plus préoccupée par son sommeil qu’elle ne l’était auparavant.
Les outils de suivi peuvent être utiles, mais leurs données doivent rester des informations plutôt que devenir un jugement quotidien sur la qualité de la nuit.
Le ressenti pendant la journée reste lui aussi important.
Rythmes, habitudes et environnement
Le psychisme n’explique évidemment pas tout.
Les horaires irréguliers, le travail de nuit, le bruit, la lumière, la température, certaines habitudes de soirée ou différentes substances peuvent modifier le sommeil.
Une journée très peu active et une journée physiquement ou mentalement chargée ne produisent pas non plus nécessairement les mêmes conditions.
Les dimensions pratiques du sommeil, du mouvement et de l’hygiène de vie appartiennent également à la partie Santé & Bien-être du site.
Dans une perspective psychologique, ce qui nous intéresse particulièrement est la relation que la personne construit avec son sommeil : les attentes, les peurs, les habitudes mentales et les comportements qui peuvent progressivement accompagner les difficultés.
Il faut maintenir les deux dimensions ensemble sans attribuer systématiquement au psychisme ce qui peut avoir une autre origine.
Dormir devient parfois une performance
Notre époque valorise beaucoup l’optimisation.
Il faudrait mieux travailler, mieux manger, mieux organiser son temps et, parfois, mieux dormir.
Cette volonté peut produire un paradoxe.
Une activité biologique normalement spontanée devient un projet à réussir.
La personne compare ses données, cherche la durée parfaite, analyse chaque réveil et évalue dès le matin si sa nuit était suffisamment « réparatrice ».
Le sommeil devient alors une nouvelle source de pression.
Prendre soin de son sommeil est utile. Chercher à produire chaque nuit un sommeil parfait est beaucoup moins réaliste.
Une vie normale contient aussi des nuits moyennes, des réveils et des périodes momentanément perturbées.
La variabilité n’est pas automatiquement un dysfonctionnement.
Le cercle fatigue, inquiétude et compensation
Après une mauvaise nuit, nous essayons naturellement de récupérer.
Mais certaines compensations peuvent modifier la nuit suivante : rester beaucoup plus longtemps au lit, dormir à des horaires inhabituels ou réduire fortement les activités par peur de la fatigue.
Ces réactions ne sont pas systématiquement problématiques. Elles dépendent du contexte et des besoins de la personne.
Cependant, lorsque toute l’organisation quotidienne commence à être gouvernée par la peur de ne pas dormir, le problème dépasse progressivement la nuit.
La personne cesse certaines activités pour préserver son énergie, puis dispose de journées moins structurées, s’inquiète davantage de son sommeil et surveille encore plus ses sensations.
La fatigue est réelle, mais les stratégies développées autour d’elle peuvent parfois participer au maintien du cercle.
C’est pourquoi il est utile de regarder non seulement ce qui se passe pendant la nuit, mais aussi la manière dont la difficulté modifie toute la journée.
Accepter une nuit imparfaite
Il est évidemment préférable de bien dormir.
Accepter qu’une nuit soit mauvaise ne signifie pas considérer le sommeil comme sans importance.
Cela signifie éviter d’ajouter à la fatigue une catastrophe anticipée.
Après une mauvaise nuit, nous pouvons adapter certaines exigences, reporter éventuellement une décision non urgente ou prévoir davantage de récupération sans conclure que toute la journée est nécessairement perdue.
Nous fonctionnons peut-être moins bien, mais rarement à zéro.
Cette attitude réduit parfois l’enjeu associé à la nuit suivante.
Le sommeil n’a alors plus à « réparer absolument » la nuit précédente. Il peut progressivement redevenir ce qu’il était avant que nous commencions à le surveiller : une fonction naturelle dont nous pouvons favoriser les conditions sans en contrôler chaque étape.
Quand demander de l’aide ?
Des difficultés occasionnelles de sommeil font partie de la vie et peuvent accompagner temporairement de nombreuses situations.
Il devient pertinent d’en rechercher la cause lorsqu’elles persistent, se répètent fréquemment, entraînent une fatigue importante pendant la journée ou modifient profondément le fonctionnement quotidien.
Une évaluation peut être nécessaire pour distinguer les dimensions psychologiques, comportementales, médicales ou liées à un trouble spécifique du sommeil.
Il est particulièrement important de ne pas supposer qu’une insomnie persistante est « seulement dans la tête ». Certains problèmes nécessitent une exploration médicale ou spécialisée.
Lorsque des facteurs psychologiques participent au maintien des difficultés, certaines psychothérapies disposent d’approches spécifiquement étudiées pour l’insomnie. Elles seront présentées dans la partie Psychothérapie.
À retenir
Le sommeil et le psychisme s’influencent dans les deux sens. Les émotions, les ruminations et le stress peuvent perturber le sommeil, tandis qu’un sommeil insuffisant peut rendre plus difficiles la concentration, la régulation émotionnelle et la gestion des contrariétés.
Une difficulté supplémentaire apparaît lorsque le sommeil lui-même devient une source d’inquiétude. Chercher à contrôler une fonction qui ne peut pas être commandée directement peut maintenir un état d’alerte peu compatible avec l’endormissement.
Il est donc utile de prendre soin de son sommeil sans exiger de chaque nuit qu’elle soit parfaite, et de rechercher les différentes causes possibles lorsqu’une difficulté devient persistante.
Nous pouvons préparer le terrain du sommeil, mais nous ne pouvons pas lui ordonner d’arriver. Parfois, retrouver confiance dans la nuit commence précisément lorsque nous cessons de lui demander de réussir un examen chaque soir.
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