LA SANTÉ AVANT TOUT · Développement personnel
SE RESPECTER — NE PLUS SE TRAITER COMME SON PROPRE ADVERSAIRE
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Nous parlons facilement du respect que nous devons aux autres : ne pas les humilier, tenir compte de leurs limites, reconnaître leur dignité, éviter de les utiliser et ne pas leur imposer ce que nous ne voudrions pas subir nous-mêmes. Pourtant, nous pouvons appliquer ces principes avec beaucoup moins de rigueur lorsqu’il s’agit de nous.
Nous pouvons nous parler avec une brutalité que nous n’accepterions pas envers quelqu’un que nous aimons, négliger continuellement nos besoins, sacrifier nos priorités dès qu’une demande extérieure apparaît ou nous imposer des exigences impossibles à satisfaire. Nous pouvons également accepter de certaines personnes des comportements que nous jugerions immédiatement inacceptables s’ils concernaient quelqu’un d’autre.
Se respecter ne consiste pas à se placer au-dessus des autres. Il s’agit de se reconnaître comme une personne dont les besoins, les limites, le temps, les engagements et la dignité méritent eux aussi d’être pris en considération.
Le respect de soi se voit davantage dans les actes que dans les déclarations
Nous pouvons affirmer que nous nous respectons tout en prenant régulièrement des décisions qui disent le contraire. Le respect de soi apparaît dans la manière dont nous organisons concrètement notre vie.
Il se manifeste lorsque nous protégeons un temps nécessaire, lorsque nous refusons une demande que nous ne pouvons raisonnablement pas accepter, lorsque nous tenons compte de notre fatigue, lorsque nous ne laissons pas continuellement nos projets passer après ceux de tout le monde ou lorsque nous refusons un comportement humiliant.
Il apparaît également dans des décisions beaucoup moins visibles : ne pas nous promettre constamment des choses que nous savons ne pas tenir, ne pas gaspiller volontairement des ressources dont nous avons besoin ou ne pas rester indéfiniment dans une situation uniquement parce que nous avons peur de provoquer un changement.
Le respect de soi n’est donc pas seulement une manière de penser à soi. Il devient une manière de se traiter dans les décisions ordinaires.
Observer la manière dont nous nous parlons
Notre dialogue intérieur peut être exigeant sans devenir destructeur. Il existe une différence considérable entre reconnaître « je n’ai pas suffisamment préparé ce travail » et conclure « je suis incapable ». La première phrase décrit un problème sur lequel nous pouvons agir ; la seconde transforme une situation en condamnation générale.
Certaines personnes utilisent envers elles-mêmes des mots qu’elles considéreraient comme cruels s’ils étaient adressés à un enfant, un ami ou un collègue. Elles pensent parfois que cette dureté les oblige à progresser.
La précision est pourtant plus utile que l’insulte. Si nous avons commis une erreur, nous avons besoin de savoir laquelle. Si nous avons manqué de discipline, il faut comprendre où et pourquoi. Nous humilier n’ajoute aucune information permettant de mieux agir.
Se respecter signifie pouvoir se dire une vérité désagréable sans utiliser cette vérité comme prétexte pour se maltraiter.
Tenir compte de ses besoins sans les transformer en exigences absolues
Nos besoins comptent, mais ils ne peuvent pas toujours être satisfaits immédiatement. Vivre avec d’autres personnes implique des compromis, des responsabilités et des périodes pendant lesquelles une priorité extérieure prend légitimement davantage de place.
Se respecter ne signifie donc pas considérer chaque besoin personnel comme prioritaire. Il signifie éviter qu’ils soient systématiquement les seuls à pouvoir être sacrifiés.
Lorsqu’une situation exceptionnelle exige beaucoup de nous pendant quelques jours ou quelques semaines, nous pouvons consciemment l’accepter. Lorsque l’exception devient le fonctionnement permanent, il faut réexaminer l’équilibre.
Nous pouvons nous demander : si cette situation continue ainsi pendant plusieurs mois, est-elle encore compatible avec la manière dont je veux vivre ? Cette question permet souvent de distinguer l’effort temporaire du renoncement permanent à soi-même.
Respecter son temps et ses engagements envers soi
Nous prenons généralement plus au sérieux un rendez-vous avec une autre personne qu’un rendez-vous pris avec nous-mêmes. Une plage prévue pour un projet personnel peut disparaître dès qu’une demande extérieure apparaît, même lorsqu’elle n’est pas urgente.
Bien sûr, certaines demandes méritent de modifier nos plans. Mais si notre temps est toujours considéré comme disponible par défaut, nos propres projets avancent uniquement avec ce qui reste.
Se respecter implique de reconnaître que le temps consacré à ce qui compte pour nous possède lui aussi une valeur. Une activité personnelle n’a pas besoin d’être rémunérée, urgente ou comprise par notre entourage pour mériter une place.
Cela suppose également de ne pas remplir chaque espace disponible. Le repos, la réflexion, les relations et le temps non programmé ne sont pas nécessairement des intervalles inutilisés qu’il faudrait immédiatement transformer en productivité.
Ne pas accepter des autres ce que nous considérons nous-mêmes comme irrespectueux
Le respect de soi rencontre inévitablement la question des relations. Nous ne pouvons pas contrôler la manière dont les autres se comportent, mais nous pouvons décider de ce que nous acceptons de laisser s’installer dans notre vie.
Un désaccord n’est pas nécessairement un manque de respect. Une critique non plus. Quelqu’un peut nous contredire, refuser une demande ou être mécontent de nous tout en nous respectant parfaitement.
Le problème se situe ailleurs : humiliations répétées, mépris, dévalorisation permanente, intrusion systématique dans nos limites ou comportements qui utilisent notre disponibilité comme si elle était due.
Se respecter peut alors demander une conversation, une limite, une prise de distance ou parfois une décision plus importante. La forme dépend de la situation. Mais s’habituer à l’irrespect ne le transforme pas en respect.
Cesser de devoir mériter continuellement le droit de prendre soin de soi
Nous pouvons avoir tendance à nous autoriser certaines choses seulement après avoir suffisamment travaillé, suffisamment aidé ou répondu à toutes les obligations possibles. Le repos devient une récompense, le plaisir une permission et le temps personnel quelque chose qu’il faut d’abord mériter.
Cette logique peut fonctionner ponctuellement, mais elle devient problématique lorsqu’elle organise toute l’existence. Il restera presque toujours quelque chose à faire. Si nous devons terminer toutes les obligations avant de nous accorder une place, cette place risque de ne jamais arriver.
Prendre soin de soi ne signifie pas éviter l’effort. Nous pouvons travailler intensément, traverser des périodes exigeantes et choisir consciemment certains sacrifices. La différence est que ces sacrifices s’inscrivent dans une décision, plutôt que dans l’idée permanente que nos propres besoins comptent toujours moins.
Le respect de soi permet l’effort sans faire de l’épuisement une preuve de valeur.
Se respecter aussi après une erreur
Il est relativement facile de se respecter lorsque nous sommes satisfaits de nos décisions. La question devient plus intéressante lorsque nous avons réellement mal agi, échoué ou pris une décision que nous regrettons.
Se respecter ne consiste pas à nier l’erreur. Nous pouvons reconnaître notre responsabilité, présenter des excuses, réparer ce qui peut l’être et accepter certaines conséquences.
Mais une erreur ne crée pas l’obligation de nous punir indéfiniment. Une fois la responsabilité assumée et les leçons tirées, continuer à nous condamner n’améliore ni le passé ni la suite.
Le respect de soi permet donc de rester responsable sans transformer la responsabilité en destruction de soi. Nous pouvons avoir fait quelque chose que nous désapprouvons profondément sans décider que nous ne méritons plus notre propre respect.
Ne pas confondre respect de soi et orgueil
Se respecter ne signifie pas avoir toujours raison, refuser toute critique ou considérer ses propres besoins comme supérieurs à ceux des autres.
Au contraire, une personne suffisamment solide dans son respect d’elle-même peut plus facilement reconnaître une erreur. Elle n’a pas besoin de défendre chaque décision comme si toute remise en question menaçait sa valeur.
Elle peut également demander de l’aide, changer d’avis ou reconnaître qu’une autre personne possède davantage de compétences dans un domaine. Aucun de ces comportements ne diminue sa dignité.
L’orgueil cherche parfois à protéger une image. Le respect de soi peut se permettre davantage de réalité : nous pouvons être imparfaits, avoir besoin des autres et nous tromper sans devenir pour autant moins dignes de considération.
Construire une relation avec soi qui reste habitable
Nous passons notre vie avec nous-mêmes. Il est donc étrange de construire cette relation principalement autour du reproche, de la surveillance et de l’insatisfaction.
Nous pouvons attendre beaucoup de nous sans devenir notre propre adversaire. Nous pouvons nous fixer des objectifs, corriger nos comportements et refuser certaines de nos propres excuses tout en restant capables de reconnaître nos efforts et nos progrès.
Cette relation intérieure influence également notre capacité à recommencer. Lorsque chaque échec déclenche un procès, l’action suivante devient plus difficile. Lorsque nous pouvons analyser ce qui s’est passé sans nous écraser sous le jugement, nous conservons davantage de ressources pour agir.
Le respect de soi n’a rien d’une complaisance permanente. Il consiste à être suffisamment de son propre côté pour pouvoir se corriger sans se détruire, se pousser sans se maltraiter et recommencer sans devoir d’abord se pardonner d’être imparfait.
À retenir
Se respecter signifie accorder à sa propre personne une considération comparable à celle que nous reconnaissons légitimement aux autres. Cela concerne notre manière de nous parler, mais aussi notre temps, nos besoins, nos limites, nos projets, nos relations et les décisions que nous prenons quotidiennement.
Le respect de soi n’interdit ni l’effort, ni les compromis, ni la critique, ni la reconnaissance de nos erreurs. Il permet au contraire de les traverser sans transformer chaque difficulté en condamnation personnelle.
Il ne consiste pas davantage à exiger que les autres nous donnent toujours raison. Nous pouvons être contredits, déçus ou remis en question tout en conservant notre dignité.
Se respecter, c’est cesser d’exiger de soi ce que l’on jugerait injuste envers les autres et cesser d’accepter des autres ce que l’on sait profondément injuste envers soi.
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