LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
RÉUSSITE
14 sections thématiques
La réussite semble être une notion simple jusqu’au moment où l’on essaie de la définir. Pour certains, elle signifie gagner suffisamment d’argent pour vivre confortablement. Pour d’autres, construire une famille, exercer un métier apprécié, créer quelque chose, obtenir une reconnaissance sociale, disposer de temps libre ou simplement mener une existence conforme à ses convictions.
Le problème apparaît lorsque nous adoptons une définition de la réussite sans nous demander si elle nous appartient réellement.
Nous pouvons alors consacrer des années à atteindre un objectif reconnu par notre environnement et découvrir, une fois celui-ci obtenu, qu’il ne produit pas la satisfaction attendue.
La psychologie de la réussite ne consiste donc pas seulement à comprendre comment atteindre des objectifs. Elle interroge également les raisons pour lesquelles nous les poursuivons, le prix que nous sommes prêts à payer et ce que nous considérons finalement comme une vie réussie.
Réussir n’est pas seulement atteindre quelque chose. Encore faut-il que ce que nous atteignons mérite, pour nous, le chemin parcouru pour l’obtenir.
Qui définit la réussite ?
Nous ne construisons pas nos ambitions dans le vide.
La famille, l’école, le milieu social et culturel transmettent très tôt certaines représentations de ce qu’est une « bonne vie ». Diplômes, profession, revenus, logement, couple, enfants, statut ou reconnaissance peuvent devenir des repères permettant de mesurer notre progression.
Ces repères ne sont pas nécessairement mauvais. Beaucoup correspondent à des aspirations parfaitement légitimes.
Mais un objectif peut être désirable socialement sans être personnellement essentiel.
Une personne peut poursuivre une carrière prestigieuse parce qu’elle a appris que réussir signifie obtenir un statut élevé, alors qu’elle aurait préféré une activité moins valorisée mais davantage compatible avec la vie qu’elle souhaite mener.
Une autre peut au contraire renoncer à une ambition importante parce que son entourage considère qu’elle vise trop haut.
Définir sa réussite demande donc parfois de distinguer ce que nous désirons réellement de ce que nous avons appris à considérer comme désirable.
Réussite extérieure et réussite intérieure
La réussite possède une dimension visible.
Un diplôme, une entreprise, une promotion, une œuvre terminée ou un objectif financier peuvent être constatés extérieurement.
Mais il existe également une dimension subjective.
Une personne peut être considérée comme très réussie par son entourage et se sentir profondément insatisfaite. Une autre possède peu de signes extérieurs de réussite et considère pourtant avoir construit exactement la vie qu’elle souhaitait.
Ces deux dimensions ne doivent pas nécessairement être opposées.
Nous pouvons vouloir obtenir des résultats concrets et éprouver une satisfaction personnelle à les atteindre.
La difficulté apparaît lorsque la réussite extérieure devient le seul indicateur disponible.
Si nous avons besoin d’une validation permanente pour considérer qu’un accomplissement possède de la valeur, nous risquons de dépendre continuellement du regard d’autrui pour savoir si notre propre vie est réussie.
L’ambition n’est pas un défaut
L’ambition est parfois présentée soit comme une qualité absolue, soit comme une recherche excessive de pouvoir ou de reconnaissance.
Elle peut pourtant prendre des formes très différentes.
Vouloir développer une entreprise, écrire plusieurs livres, atteindre un haut niveau dans une discipline, approfondir des connaissances ou améliorer sa situation matérielle peut constituer une orientation parfaitement cohérente.
L’ambition devient problématique lorsqu’elle exige continuellement de sacrifier ce que la personne considère elle-même comme essentiel, ou lorsqu’aucun résultat ne peut jamais être suffisamment satisfaisant.
Il existe donc une différence entre vouloir davantage et être incapable de reconnaître ce qui existe déjà.
Une ambition saine peut dire : « je suis satisfait de ce que j’ai construit et je souhaite continuer ».
Elle n’a pas besoin de transformer chaque étape franchie en preuve qu’il reste encore trop à faire.
La réussite demande souvent du temps invisible
Nous voyons facilement le résultat final et beaucoup moins ce qui l’a précédé.
Une entreprise apparaît lorsqu’elle commence à fonctionner. Un auteur devient visible lorsqu’un livre rencontre son public. Une personne semble soudain compétente alors que ses connaissances se sont construites pendant des années.
Cette visibilité tardive crée parfois l’illusion d’une réussite rapide.
Le travail préparatoire, les essais, les erreurs, les projets abandonnés et les périodes durant lesquelles rien ne semblait avancer disparaissent du récit.
Comparer notre chantier en cours au résultat terminé de quelqu’un d’autre produit donc une comparaison profondément déséquilibrée.
Une grande partie de la réussite se construit pendant des périodes où elle n’est encore visible pour personne.
L’absence de reconnaissance immédiate ne signifie pas nécessairement absence de progression.
Talent, travail et circonstances
Les récits de réussite aiment les explications simples.
Une personne aurait réussi grâce à son talent, sa volonté ou son travail.
Ces éléments peuvent évidemment jouer un rôle considérable, mais ils n’agissent jamais seuls.
Les circonstances comptent également : rencontres, ressources disponibles, environnement familial, opportunités, époque, lieu, santé, situation économique et parfois hasard.
Reconnaître le rôle des circonstances ne retire rien au travail fourni.
Inversement, reconnaître l’importance du travail ne signifie pas que toute personne obtenant moins de résultats aurait nécessairement moins travaillé.
Deux personnes peuvent fournir des efforts comparables et rencontrer des conditions très différentes.
La réussite n’est donc pas une preuve automatique de supériorité personnelle, pas plus que l’absence de réussite visible ne constitue une preuve d’insuffisance.
Persévérance et capacité à changer de stratégie
La persévérance est souvent associée à la réussite.
Effectivement, de nombreux objectifs demandent de continuer malgré les difficultés, les résultats insuffisants ou les périodes de découragement.
Mais persévérer ne signifie pas répéter indéfiniment une stratégie qui ne fonctionne pas.
Une personne peut rester fidèle à son objectif tout en modifiant profondément la manière de l’atteindre.
Cette capacité est essentielle.
L’obstination protège parfois du découragement, mais elle peut aussi enfermer dans une voie devenue inefficace.
Savoir abandonner une méthode, un calendrier ou une hypothèse n’est pas nécessairement abandonner le projet.
La persévérance intelligente conserve la direction tout en acceptant de modifier le chemin.
L’échec fait partie du processus
Une réussite racontée après coup semble souvent beaucoup plus logique qu’elle ne l’était pendant sa construction.
Nous retenons les décisions qui ont fonctionné et oublions les impasses.
Pourtant, les erreurs peuvent fournir des informations impossibles à obtenir autrement.
Un projet qui échoue révèle parfois un mauvais positionnement, une compétence manquante ou une hypothèse incorrecte. L’échec devient alors une donnée permettant d’ajuster la suite.
Cela ne signifie pas qu’il faille glorifier tous les échecs.
Certains coûtent beaucoup et n’apportent aucune leçon extraordinaire.
Mais considérer toute erreur comme une preuve d’incapacité rend l’expérimentation presque impossible.
Construire quelque chose de nouveau implique nécessairement une part d’incertitude.
L’échec possède son propre chapitre ; ici, l’essentiel est de comprendre qu’une trajectoire de réussite contient rarement uniquement des réussites.
Le piège du prochain objectif
Atteindre un objectif procure souvent une satisfaction plus courte que prévu.
Après quelques jours ou quelques semaines, ce qui paraissait exceptionnel devient normal.
Un nouveau seuil apparaît alors.
Encore un diplôme. Encore un client. Encore un projet. Encore davantage de revenus, d’audience ou de reconnaissance.
Cette adaptation permet de continuer à progresser, mais elle comporte un risque : repousser continuellement le moment où nous nous autoriserons à considérer que quelque chose a été accompli.
La réussite devient alors une ligne d’horizon.
Elle recule à mesure que nous avançons.
Prendre le temps de reconnaître une étape ne ralentit pas nécessairement la progression. Cela permet simplement de ne pas traverser toute sa vie en considérant uniquement ce qui manque encore.
Réussite et comparaison
Nous évaluons souvent nos résultats relativement à ceux des autres.
Un revenu qui nous satisfaisait peut soudain sembler insuffisant lorsque nous découvrons celui d’un collègue. Une réussite professionnelle peut perdre une partie de sa valeur lorsque quelqu’un du même âge obtient davantage de reconnaissance.
La comparaison fournit parfois des informations utiles. Elle peut montrer ce qui est possible ou nous aider à identifier une stratégie intéressante.
Mais elle devient destructrice lorsque la valeur de chaque résultat dépend de l’existence de quelqu’un qui a fait mieux.
Il existera presque toujours une personne plus riche, plus connue, plus rapide, plus diplômée ou plus performante dans un domaine donné.
Si réussir exige d’être supérieur à tous les autres, l’objectif devient pratiquement impossible.
La comparaison la plus informative reste parfois celle avec notre propre point de départ.
Le prix de la réussite
Tout objectif possède un coût.
Il demande du temps, de l’énergie, de l’argent ou des renoncements. Plus l’objectif est important, plus ce coût peut devenir considérable.
La question n’est donc pas seulement : « puis-je réussir ? »
Il faut également demander : « qu’est-ce que je suis prêt à payer pour cette réussite ? »
Certaines périodes exigent temporairement davantage de travail. Ce choix peut être parfaitement cohérent lorsque la personne sait pourquoi elle le fait et accepte le prix.
La difficulté apparaît lorsque le coût augmente progressivement sans jamais être réévalué.
Une réussite professionnelle obtenue au prix de tout ce que la personne considérait comme important peut finir par ressembler à une victoire beaucoup moins évidente.
Le coût acceptable n’est pas universel. Il appartient à chacun de le déterminer en fonction de ses priorités.
Réussir après avoir changé de définition
Nos critères de réussite peuvent évoluer.
Ce qui semblait essentiel à vingt ans ne l’est pas nécessairement à quarante ou soixante.
Changer d’objectif n’annule pas le chemin déjà parcouru.
Une personne peut avoir construit une carrière puis décider que son temps est devenu plus important qu’une nouvelle promotion. Une autre peut avoir privilégié sa famille pendant plusieurs années et choisir ensuite de développer un projet professionnel ambitieux.
La réussite n’a pas besoin d’être définie une fois pour toutes.
Elle peut accompagner les différentes périodes de la vie.
Rester fidèle à soi-même ne signifie pas rester fidèle éternellement à tous les objectifs que nous avons autrefois choisis.
Nous pouvons changer parce que nous avons appris, vécu et compris davantage.
La réussite peut rester discrète
Toutes les réussites ne produisent pas un résultat spectaculaire.
Sortir d’une situation destructrice, reconstruire sa vie après une épreuve, apprendre à poser une limite, terminer une formation tardivement ou créer une petite activité permettant enfin de vivre comme on le souhaite peuvent représenter des réussites considérables.
Elles n’apparaissent pas nécessairement dans les classements.
Notre époque rend très visibles certaines formes de réussite : argent, audience, statut, performance ou apparence.
Ce qui est visible n’est pourtant pas automatiquement ce qui possède le plus de valeur.
Certaines réussites changent profondément une existence sans jamais produire de signe extérieur impressionnant.
Leur discrétion ne diminue pas leur importance.
Quand la réussite ne suffit jamais
La recherche de réussite peut devenir épuisante lorsque la valeur personnelle dépend presque entièrement des résultats.
Chaque objectif atteint apporte alors un soulagement temporaire, mais jamais une sécurité durable.
Il faut rapidement réussir autre chose pour continuer à se sentir suffisamment valable.
La personne ne poursuit plus seulement un projet. Elle cherche continuellement une preuve d’elle-même.
Cette dynamique peut être associée au perfectionnisme, à la comparaison permanente ou au syndrome de l’imposteur, abordés dans leurs chapitres respectifs.
Lorsque la réussite devient indispensable pour avoir le droit de se respecter, l’enjeu dépasse largement la simple ambition.
À retenir
La réussite ne possède pas de définition universelle. Elle peut être professionnelle, financière, relationnelle, créative, personnelle ou prendre plusieurs formes simultanément.
Le travail, les compétences et la persévérance comptent, mais les circonstances et les opportunités jouent également un rôle. Réussir ne prouve donc pas une supériorité humaine, pas plus qu’un résultat insuffisant ne résume la valeur d’une personne.
Une réussite durable demande aussi de regarder son prix, de reconnaître les étapes déjà franchies et d’accepter que les objectifs puissent évoluer avec la vie.
La question n’est finalement pas seulement : « Ai-je réussi ? » Elle est aussi : « Ce que j’ai construit ressemble-t-il suffisamment à la vie que je voulais construire ? »
Aucun résultat pour cette recherche. Essaie un autre mot.
Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.