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RÉGULATION ÉMOTIONNELLE

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RÉGULATION ÉMOTIONNELLE

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Réguler ses émotions ne signifie ni les supprimer, ni les contrôler parfaitement, ni rester calme en toutes circonstances. Une émotion est une réaction qui nous informe qu’un événement possède une importance particulière pour nous. La peur signale une menace réelle ou perçue, la colère peut apparaître lorsqu’une limite semble franchie, la tristesse accompagne souvent une perte, tandis que la joie nous rapproche de ce qui nous procure satisfaction ou sécurité.

Le problème n’est donc pas d’éprouver des émotions. Il apparaît lorsque leur intensité, leur durée ou la manière dont nous y réagissons nous fait souffrir ou nous conduit régulièrement à des comportements que nous regrettons.

La régulation émotionnelle désigne l’ensemble des processus par lesquels nous influençons nos émotions : leur apparition, leur intensité, leur durée, la manière dont nous les exprimons et ce que nous décidons d’en faire.

Réguler une émotion ne consiste pas à lui interdire d’exister. Il s’agit de pouvoir l’entendre sans lui remettre automatiquement les commandes.

Une émotion n’est pas une décision

Lorsque nous ressentons quelque chose, plusieurs phénomènes se produisent presque simultanément : réactions corporelles, pensées, souvenirs, interprétation de la situation et impulsion à agir.

La colère peut donner envie de répondre immédiatement. La peur peut pousser à fuir. La tristesse peut conduire à se retirer. Mais l’impulsion produite par l’émotion n’est pas encore une décision.

Cette distinction crée un espace essentiel.

Nous pouvons être très en colère et choisir de ne pas envoyer immédiatement le message que nous venons d’écrire. Nous pouvons avoir peur et décider malgré tout d’accomplir quelque chose que nous considérons important.

L’émotion possède donc une influence réelle sans déterminer nécessairement le comportement final.

La régulation commence souvent dans cet espace entre « je ressens » et « je fais ».

Toutes les émotions ont une fonction

Classer les émotions en « positives » et « négatives » peut être pratique, mais cette distinction devient trompeuse lorsqu’elle laisse penser que certaines devraient disparaître.

Une émotion désagréable peut être parfaitement adaptée.

La peur nous aide à détecter certains dangers. La colère peut nous signaler qu’une situation nous paraît injuste ou qu’une limite importante a été franchie. La tristesse nous oblige parfois à reconnaître une perte que nous aurions préféré éviter.

Inversement, une émotion agréable n’entraîne pas nécessairement une bonne décision. L’enthousiasme peut conduire à sous-estimer certains risques, par exemple.

Il est donc plus utile de se demander ce que l’émotion nous indique et si elle correspond suffisamment à la situation présente.

L’objectif n’est pas d’avoir uniquement des émotions agréables, mais de pouvoir utiliser les informations qu’elles contiennent sans être entièrement gouverné par elles.

Identifier ce que l’on ressent

Il est difficile de réguler quelque chose que l’on ne parvient pas à identifier.

Nous disons parfois simplement : « ça ne va pas », alors que plusieurs émotions différentes peuvent se cacher derrière cette impression.

Sommes-nous tristes, frustrés, humiliés, inquiets, déçus, jaloux, coupables ou épuisés ?

Nommer plus précisément une émotion aide souvent à comprendre ce dont elle parle.

La colère ressentie après une remarque peut masquer une blessure liée au sentiment d’avoir été méprisé. Une inquiétude avant une rencontre peut être liée moins à la rencontre elle-même qu’à la peur d’être jugé.

Il ne s’agit pas de trouver à tout prix le mot psychologique parfait. Il suffit souvent de passer d’une sensation globale de malaise à une compréhension un peu plus précise de ce qui nous touche.

L’intensité change notre manière de penser

Lorsque l’émotion devient très intense, notre champ mental peut se rétrécir.

Dans une forte colère, nous remarquons surtout les éléments qui confirment notre colère. Dans une période d’anxiété importante, notre attention se dirige facilement vers ce qui pourrait mal se passer.

Ce phénomène explique pourquoi certaines discussions deviennent presque impossibles lorsqu’elles ont atteint un niveau émotionnel trop élevé.

Continuer à argumenter n’améliore pas nécessairement la compréhension. Chacun cherche alors davantage à se défendre qu’à écouter.

Prendre temporairement de la distance peut être utile, à condition qu’il s’agisse réellement d’une pause et non d’une manière de faire disparaître définitivement le problème.

Attendre que l’intensité diminue permet parfois de retrouver des nuances qui étaient momentanément devenues invisibles.

Accepter n’est pas approuver

L’acceptation émotionnelle est parfois mal comprise.

Accepter une émotion signifie reconnaître qu’elle est présente.

Cela ne signifie pas considérer qu’elle a forcément raison, ni approuver la situation qui l’a provoquée.

Nous pouvons reconnaître : « je suis jaloux », sans décider que cette jalousie prouve automatiquement une trahison. Nous pouvons constater : « j’ai peur », sans conclure que le danger est certain.

Refuser l’existence de l’émotion peut ajouter une seconde difficulté à la première : nous ressentons quelque chose et nous nous reprochons immédiatement de le ressentir.

« Je ne devrais pas être triste. »

« Je n’ai aucune raison d’être en colère. »

L’émotion initiale se double alors parfois de honte ou de culpabilité.

Reconnaître ce qui est déjà présent permet de travailler avec la réalité plutôt que contre elle.

Expression et contrôle

Exprimer une émotion ne signifie pas nécessairement la décharger sans filtre.

Dire tout ce que l’on ressent exactement au moment où on le ressent peut parfois aggraver une situation.

À l’inverse, cacher systématiquement toute émotion peut rendre les relations difficiles et favoriser l’accumulation.

Entre explosion et suppression existe un espace beaucoup plus large : l’expression ajustée.

Nous pouvons dire que nous sommes en colère sans insulter. Exprimer une déception sans humilier. Dire que nous avons peur sans exiger que l’autre supprime immédiatement toute incertitude.

La question n’est donc pas seulement : « dois-je exprimer mon émotion ? »

Elle est aussi : « comment puis-je l’exprimer de manière suffisamment fidèle à ce que je ressens sans créer inutilement un nouveau problème ? »

Le corps participe à la régulation

Une émotion n’existe pas uniquement dans les pensées.

Le rythme cardiaque, la respiration, la tension musculaire, la fatigue ou l’état général du corps participent à l’expérience émotionnelle.

C’est pourquoi certaines stratégies corporelles peuvent aider à réduire l’intensité d’une réaction : ralentir volontairement, marcher, respirer plus calmement, changer momentanément d’environnement ou simplement dormir avant de prendre une décision importante.

Cela ne signifie pas que quelques respirations résolvent tous les problèmes.

Si une situation est réellement injuste ou dangereuse, se calmer ne la rend pas acceptable.

Mais réduire temporairement l’intensité physiologique peut permettre de réfléchir avec davantage de disponibilité aux actions réellement nécessaires.

Le corps ne remplace pas la réflexion. Il peut lui rendre de l’espace.

Éviter une émotion peut la renforcer

Lorsqu’une émotion est très désagréable, il est naturel de chercher à s’en débarrasser.

Nous pouvons éviter certaines situations, nous distraire continuellement, travailler sans interruption, manger, acheter ou nous réfugier dans différentes activités afin de ne pas penser.

Certaines distractions sont parfaitement saines et permettent de récupérer.

La difficulté apparaît lorsque toute notre organisation commence à dépendre de l’évitement d’un état intérieur.

Une personne peut progressivement réduire sa vie pour éviter l’anxiété. Une autre refuse certaines conversations pour ne jamais ressentir de conflit. Une troisième reste continuellement occupée parce que le silence laisse revenir une tristesse qu’elle ne veut pas rencontrer.

L’évitement procure souvent un soulagement immédiat, ce qui explique sa puissance. Mais ce soulagement peut apprendre au cerveau que l’émotion était effectivement impossible à supporter.

À long terme, l’espace disponible pour vivre risque alors de diminuer.

Réguler n’est pas toujours se calmer

Nous associons souvent la régulation émotionnelle au retour au calme.

Pourtant, une bonne régulation peut parfois consister à agir.

Si la colère nous signale qu’une limite est continuellement violée, le problème ne se résout pas nécessairement en apprenant uniquement à être moins en colère. Il peut être nécessaire de poser cette limite.

Si la tristesse vient d’un isolement prolongé, une action relationnelle peut être plus utile qu’une simple technique d’apaisement.

Une émotion peut donc contenir une information sur ce qui doit changer.

La régulation consiste à déterminer quelle réponse est adaptée : accepter, attendre, parler, agir, demander de l’aide, quitter une situation ou simplement laisser l’émotion passer.

Le calme n’est pas toujours la finalité. Une action juste peut l’être davantage.

Les autres participent à notre régulation

Nous n’apprenons pas seuls à gérer nos émotions.

L’enfant découvre progressivement qu’une émotion intense peut être traversée lorsque quelqu’un l’aide à lui donner un sens, le rassure ou reste présent.

À l’âge adulte également, parler avec une personne de confiance peut réduire l’intensité d’une expérience émotionnelle.

Cela ne signifie pas devenir dépendant des autres pour retrouver son équilibre.

La régulation peut être personnelle et relationnelle.

Nous pouvons parfois nous apaiser seuls et, à d’autres moments, avoir besoin d’une présence, d’une écoute ou d’un regard extérieur.

Une autonomie psychologique solide ne consiste pas nécessairement à ne jamais avoir besoin de personne. Elle permet aussi de reconnaître quand le soutien d’un autre est utile.

Les stratégies qui fonctionnent aujourd’hui peuvent avoir un coût demain

De nombreux comportements permettent réellement de réduire une émotion à court terme.

Éviter, boire, manger, travailler excessivement, dépenser ou rester continuellement connecté peut procurer un soulagement immédiat.

C’est précisément pour cette raison que certains comportements deviennent répétitifs.

La question importante n’est donc pas seulement : « est-ce que cela me soulage ? »

Elle est également : « qu’est-ce que cette stratégie me coûte ensuite ? »

Une stratégie de régulation peut être efficace à court terme tout en créant davantage de difficultés à long terme.

À l’inverse, certaines réponses sont inconfortables immédiatement mais plus utiles avec le temps : avoir une conversation nécessaire, tolérer une frustration, attendre avant d’agir ou accepter de ressentir momentanément une émotion désagréable.

La régulation émotionnelle implique ainsi une perspective temporelle.

Souplesse plutôt que méthode universelle

Il n’existe pas une technique de régulation émotionnelle adaptée à toutes les situations.

Se distraire peut être utile lorsqu’un problème ne peut pas être résolu immédiatement. Dans une autre situation, cette même distraction devient évitement.

Parler aide certaines personnes à clarifier leurs émotions. D’autres ont d’abord besoin de silence.

Agir rapidement peut être indispensable face à un problème concret ; attendre est parfois préférable lorsque l’émotion risque de conduire à une réaction disproportionnée.

La compétence centrale est donc moins de posséder une méthode parfaite que de développer une certaine souplesse.

Nous pouvons nous demander : quelle émotion est présente ? Que m’indique-t-elle ? Puis-je agir sur sa cause ? Dois-je agir maintenant ? Quelle réponse risque de m’aider également demain ?

Une stratégie devient réellement utile lorsqu’elle correspond suffisamment à la situation.

Quand les émotions deviennent difficiles à réguler

Tout le monde connaît des moments où l’émotion déborde.

Une période de fatigue, une accumulation de difficultés ou un événement particulièrement important peut temporairement réduire notre capacité habituelle à prendre du recul.

La situation mérite davantage d’attention lorsque les réactions émotionnelles sont très fréquemment disproportionnées, extrêmement difficiles à apaiser ou conduisent régulièrement à des comportements dangereux, destructeurs ou profondément regrettés.

Une souffrance peut également exister dans l’autre sens : certaines personnes ont l’impression de ne plus rien ressentir ou de devoir couper systématiquement leurs émotions pour fonctionner.

Ces difficultés peuvent apparaître dans des contextes psychologiques très différents. Elles ne constituent donc pas, à elles seules, un diagnostic.

Comprendre leur origine demande de considérer l’ensemble du fonctionnement de la personne.

Quand demander de l’aide ?

Un accompagnement peut être utile lorsque les émotions perturbent fortement les relations, le travail ou la vie quotidienne, lorsque la personne se sent continuellement submergée ou lorsqu’elle organise progressivement son existence autour de l’évitement de certains états émotionnels.

Il est également important de chercher une aide adaptée lorsque la détresse conduit à des comportements mettant la personne ou d’autres personnes en danger.

La régulation émotionnelle peut être travaillée dans plusieurs formes de psychothérapie. Certaines approches lui accordent même une place centrale. Elles seront présentées dans la partie Psychothérapie, où pourront être développées les méthodes permettant d’observer, tolérer et modifier certaines réactions émotionnelles.

À retenir

Réguler une émotion ne signifie pas devenir moins sensible ni supprimer ce qui dérange. Il s’agit de développer suffisamment d’espace entre ce que nous ressentons et ce que nous faisons.

Les émotions apportent des informations, mais elles ne constituent pas toujours des descriptions exactes de la réalité. Elles peuvent être accueillies, examinées et exprimées sans devoir être suivies automatiquement.

Certaines demandent du temps, d’autres une action. Certaines peuvent être traversées seul, d’autres deviennent plus supportables lorsqu’elles sont partagées.

La maturité émotionnelle n’est pas de ne plus être bouleversé. C’est de pouvoir être bouleversé sans perdre entièrement la possibilité de choisir ce que l’on fera de ce bouleversement.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.