LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

PSYCHOTHÉRAPIE SENSORIMOTRICE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

PSYCHOTHÉRAPIE SENSORIMOTRICE

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La psychothérapie sensorimotrice est une approche psychothérapeutique qui accorde une place importante au corps, aux sensations, aux mouvements, aux impulsions d’action et aux réactions physiologiques dans le travail thérapeutique.

Elle est principalement associée aux travaux de Pat Ogden et s’est développée à partir des années 1980, notamment dans l’accompagnement des personnes ayant vécu des expériences traumatiques et dans le travail avec certaines difficultés d’attachement.

Son principe général peut être résumé simplement :

ce que nous vivons psychologiquement ne se manifeste pas uniquement dans nos pensées et nos paroles. Notre manière de respirer, de nous orienter, de nous immobiliser, de nous protéger, de nous rapprocher ou de nous éloigner participe également à notre expérience.

La psychothérapie sensorimotrice propose donc de travailler simultanément avec plusieurs dimensions :

pensées ;

émotions ;

sensations corporelles ;

mouvements ;

postures ;

impulsions ;

relations.

Elle ne remplace pas la parole.

Elle lui ajoute une autre voie d’exploration.

Une psychothérapie, pas une technique corporelle isolée

La psychothérapie sensorimotrice ne consiste pas simplement à demander :

« Où sentez-vous cela dans votre corps ? »

Elle possède un cadre théorique et clinique structuré.

Le travail corporel est intégré à une relation psychothérapeutique et à une compréhension plus large du fonctionnement de la personne.

Il ne s’agit donc ni :

d’un massage ;

d’une gymnastique ;

d’une méthode de relaxation ;

d’un traitement médical du corps.

Pourquoi s’intéresser au corps ?

Lorsqu’une personne vit une situation menaçante, son organisme réagit.

Le cœur peut accélérer.

Les muscles se tendre.

La respiration changer.

L’attention se focaliser.

Le corps peut se préparer à :

fuir ;

se défendre ;

s’immobiliser ;

chercher de l’aide.

Ces réactions possèdent une dimension biologique normale.

Après le danger

Une fois la situation terminée, les réactions diminuent généralement.

Mais certaines personnes continuent à réagir très fortement à des situations qui rappellent, directement ou indirectement, une expérience antérieure.

Un bruit.

Une proximité.

Une posture.

Une voix.

Une sensation.

Le corps peut participer à cette réaction avant même que la personne ait consciemment compris ce qui l’a déclenchée.

« Je sais que je suis en sécurité, mais mon corps réagit »

Cette phrase est fréquente dans le travail sur le traumatisme.

La personne peut rationnellement savoir :

« Cette situation n’est pas la même. »

Et pourtant ressentir :

tension ;

tremblements ;

accélération cardiaque ;

envie de fuir ;

immobilité.

La psychothérapie sensorimotrice cherche notamment à travailler cet écart entre la compréhension intellectuelle et la réaction vécue.

Le traumatisme

Le traumatisme constitue l’un des principaux domaines auxquels cette approche s’est intéressée.

Mais il faut éviter une simplification devenue très populaire :

« Le corps garde tout en mémoire. »

Cette phrase peut être utilisée comme métaphore.

Elle ne signifie pas que les muscles, la posture ou les sensations contiennent un enregistrement exact des événements passés.

Le corps n’est pas une archive vidéo

Une sensation corporelle peut être réelle et importante.

Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure :

« Cette sensation prouve qu’un événement précis m’est arrivé. »

Cette distinction est essentielle, particulièrement lorsqu’il existe des souvenirs incomplets ou incertains.

Sensation et souvenir ne sont pas identiques

Une personne ressent une oppression dans la poitrine pendant une séance.

Cette sensation mérite d’être explorée.

Mais le thérapeute ne devrait pas annoncer :

« Votre corps se souvient d’un traumatisme que votre esprit a oublié. »

Une telle interprétation dépasse ce que la sensation permet d’établir.

L’observation du présent

Le travail sensorimoteur commence souvent par ce qui se passe maintenant.

« Que remarquez-vous lorsque vous racontez cela ? »

La personne peut observer :

une tension dans les épaules ;

les mains qui se ferment ;

les pieds qui poussent contre le sol ;

le souffle qui devient plus court ;

une envie de détourner le regard.

Ces éléments deviennent du matériel thérapeutique.

Observer sans immédiatement expliquer

Le thérapeute peut demander :

« Que se passe-t-il dans vos mains ? »

plutôt que :

« Vous serrez les poings parce que vous avez une colère refoulée contre votre père. »

La première question ouvre l’exploration.

La seconde impose déjà une histoire.

L’attention dirigée

La personne peut être invitée à porter momentanément son attention sur :

une sensation ;

un mouvement ;

une posture ;

un point de contact avec le sol.

L’objectif n’est pas de scanner continuellement son corps.

Il s’agit d’observer une expérience précise suffisamment longtemps pour mieux comprendre son évolution.

Une approche expérientielle

La psychothérapie sensorimotrice est donc fortement expérientielle.

Le thérapeute ne se contente pas de discuter d’un comportement.

Il peut inviter la personne à remarquer ce qui se passe lorsqu’elle modifie légèrement :

sa position ;

son regard ;

son mouvement ;

sa distance.

Une expérience minuscule peut être importante

Une personne dit :

« Je n’arrive jamais à dire non. »

Le thérapeute peut lui proposer, si elle l’accepte, d’observer ce qui se produit lorsqu’elle place doucement une main devant elle dans un geste de limite.

Le mouvement peut sembler très simple.

Mais il peut faire apparaître :

peur ;

tension ;

soulagement ;

culpabilité ;

sentiment de puissance.

Le travail se poursuit à partir de ce qui apparaît réellement.

Le mouvement comme expérience, pas comme symbole

Lever la main ne signifie pas universellement :

« poser une limite ».

Pour une personne, cela peut effectivement représenter un arrêt.

Pour une autre :

saluer ;

se protéger ;

demander la parole.

Le sens doit être construit avec la personne.

Les impulsions d’action

Face à une menace, une personne peut ressentir une impulsion :

repousser ;

courir ;

se protéger ;

crier ;

se recroqueviller ;

chercher quelqu’un.

Dans certaines situations traumatiques, ces actions n’ont pas pu être réalisées.

La personne était :

trop jeune ;

immobilisée ;

surprise ;

dominée ;

incapable de s’échapper.

Explorer une action empêchée

Le travail sensorimoteur peut parfois permettre d’explorer, dans un cadre sécurisé, certaines impulsions protectrices.

Par exemple, pousser doucement avec les mains contre un coussin ou une surface.

L’objectif n’est pas de reconstituer littéralement la scène traumatique.

Il s’agit d’expérimenter une capacité d’action qui n’était pas disponible auparavant.

« Terminer une réponse » : prudence

Certaines approches corporelles utilisent l’idée qu’une réponse défensive restée inachevée pourrait être « complétée ».

Cette formulation peut être cliniquement utile comme modèle.

Mais elle ne doit pas être présentée comme une mécanique biologique parfaitement démontrée dans chaque cas.

Le corps humain n’est pas un programme bloqué qu’un mouvement précis suffirait à terminer.

La fuite

Une personne qui n’a pas pu fuir peut explorer la sensation de pouvoir aujourd’hui :

se lever ;

reculer ;

s’éloigner ;

choisir une distance.

Le point essentiel peut être moins le mouvement lui-même que l’expérience :

« Maintenant, j’ai une possibilité de choix. »

La défense

Une personne peut expérimenter :

pousser ;

dire « stop » ;

redresser le corps ;

prendre davantage d’espace.

Ces gestes peuvent accompagner un travail psychologique sur les limites.

Mais ils ne sont pas imposés.

L’immobilisation

Face à une menace, l’immobilisation peut constituer une réponse automatique.

Une personne peut ensuite se reprocher :

« Je n’ai rien fait. »

Le travail thérapeutique peut aider à comprendre qu’une absence de mouvement dans une situation menaçante ne signifie pas nécessairement consentement ou faiblesse.

Le gel n’est pas un choix moral

Une réaction d’immobilisation peut apparaître automatiquement dans certaines situations de danger.

La personne ne doit pas être culpabilisée parce qu’elle n’a pas :

crié ;

frappé ;

couru.

Le travail thérapeutique peut contribuer à réduire cette culpabilité.

Orientation et environnement

Une autre dimension concerne la capacité à s’orienter vers l’environnement actuel.

Lorsqu’une personne est fortement absorbée par un souvenir ou une réaction traumatique, le thérapeute peut l’aider à remarquer :

la pièce ;

les objets ;

la lumière ;

les sons ;

la sortie ;

la présence actuelle du thérapeute.

Revenir au présent

Il ne s’agit pas de dire :

« Oubliez le passé. »

Il s’agit de maintenir suffisamment de contact avec le présent pour pouvoir travailler le passé sans être entièrement englouti par lui.

Le regard

Le regard peut être important.

Certaines personnes fixent constamment la porte.

D’autres évitent tout contact visuel.

D’autres surveillent intensément le thérapeute.

Ces comportements peuvent être explorés.

Mais ils ne doivent pas être décodés automatiquement.

« Vous ne me regardez pas donc… »

Une absence de contact visuel peut avoir de nombreuses raisons :

anxiété ;

habitude culturelle ;

fatigue ;

autisme ;

concentration ;

inconfort ;

préférence personnelle.

Le thérapeute doit éviter les conclusions rapides.

La posture

La posture peut également être observée.

La personne se recroqueville lorsqu’elle parle d’une situation.

Puis se redresse lorsqu’elle évoque une autre.

Cette différence peut être intéressante.

Mais aucune posture ne possède une signification universelle.

Le corps ne ment jamais ?

Cette formule est trompeuse.

Le corps réagit.

Mais ses réactions doivent être interprétées dans leur contexte.

Une accélération cardiaque peut correspondre à :

peur ;

excitation ;

effort ;

caféine ;

maladie ;

stress.

Une réaction corporelle est une information.

Pas un verdict.

La fenêtre de tolérance

La psychothérapie sensorimotrice utilise fréquemment le concept de fenêtre de tolérance, largement diffusé dans le travail sur le traumatisme.

Il désigne schématiquement une zone dans laquelle une personne peut rester suffisamment présente pour :

ressentir ;

penser ;

observer ;

interagir.

Hyperactivation

Lorsque l’activation devient trop importante, la personne peut ressentir :

panique ;

agitation ;

tension ;

colère ;

hypervigilance ;

accélération des pensées.

Le travail peut alors viser à retrouver suffisamment de stabilité.

Hypoactivation

À l’inverse, certaines personnes peuvent se sentir :

engourdies ;

absentes ;

très ralenties ;

déconnectées.

Le thérapeute peut chercher à augmenter doucement le contact avec le présent.

Une carte, pas un thermomètre exact

La fenêtre de tolérance constitue un modèle clinique utile.

Elle ne correspond pas à une mesure biologique précise possédant des limites identiques chez tous.

La zone de tolérance varie selon :

personne ;

moment ;

situation ;

fatigue ;

environnement.

Réguler ne signifie pas rester calme

Une personne psychologiquement saine n’est pas calme vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Colère.

Excitation.

Tristesse.

Peur.

Ces états font partie de la vie.

La régulation signifie davantage pouvoir traverser les variations sans perdre systématiquement toute capacité de choix.

Les ressources

Avant d’approcher certains souvenirs difficiles, le thérapeute peut chercher avec la personne des ressources qui l’aident à rester suffisamment présente.

Elles peuvent être :

internes ;

relationnelles ;

corporelles ;

environnementales.

Ressource corporelle

Cela peut être simplement :

sentir les pieds sur le sol ;

s’appuyer contre le dossier ;

observer un objet agréable ;

modifier sa posture ;

respirer naturellement.

Mais aucune technique ne fonctionne pour tout le monde.

La respiration

La respiration est souvent utilisée dans les pratiques corps-esprit.

Mais demander à quelqu’un de se concentrer sur sa respiration peut parfois augmenter :

angoisse ;

hypervigilance ;

sentiment d’étouffement.

Le thérapeute doit donc adapter l’intervention.

Les pieds au sol

« Sentez vos pieds sur le sol » est devenu une consigne presque automatique dans certains milieux thérapeutiques.

Elle peut être utile.

Mais si elle ne l’est pas, il faut changer.

La personne n’a pas échoué au grounding parce qu’elle ne ressent pas immédiatement un apaisement.

Le choix est une ressource

Pouvoir dire :

« Je ne veux pas faire cet exercice »

constitue parfois une expérience thérapeutique importante.

Particulièrement pour une personne dont les limites ont été fréquemment ignorées.

Consentement continu

Un consentement donné au début d’une séance ne vaut pas automatiquement pour tous les exercices qui suivront.

Le thérapeute peut vérifier :

« Est-ce que vous souhaitez continuer ? »

« Voulez-vous ralentir ? »

« Préférez-vous arrêter ? »

Le contrôle reste autant que possible du côté de la personne.

Le toucher

La psychothérapie sensorimotrice ne nécessite pas nécessairement de toucher le patient.

De nombreux exercices peuvent être réalisés sans contact physique.

Si un professionnel utilise le toucher dans un cadre où cela est autorisé et adapté, les règles de consentement et de formation doivent être particulièrement rigoureuses.

Aucun toucher surprise

Un thérapeute ne devrait pas poser soudainement une main sur une personne traumatisée sous prétexte de l’aider à se réguler.

Une intervention supposée rassurante peut devenir intrusive.

Le consentement doit être explicite.

Le thérapeute n’a pas à franchir les limites pour les « travailler »

Cette idée mérite d’être répétée.

Provoquer volontairement une violation de limite pour permettre ensuite au patient de se défendre n’est pas une justification acceptable.

La sécurité du cadre précède l’expérimentation.

Le rythme

Le travail sensorimoteur utilise souvent des interventions relativement graduelles.

Une expérience difficile peut être approchée par petites portions.

La personne observe ce qui se produit sans nécessairement replonger immédiatement dans toute l’intensité du souvenir.

Titration

Le terme titration, également utilisé dans plusieurs approches du traumatisme, désigne cette manière de travailler avec de petites quantités d’activation à la fois.

Le principe est :

approcher suffisamment pour travailler ;

pas au point de submerger systématiquement.

Pendulation

Certaines approches parlent également de pendulation pour décrire le mouvement de l’attention entre :

une expérience difficile ;

et une expérience plus stable ou plus confortable.

Ces notions doivent rester des outils cliniques, non des lois physiologiques universelles.

Ne pas rechercher la catharsis

Une séance spectaculaire pendant laquelle la personne :

tremble ;

pleure ;

crie

n’est pas automatiquement plus efficace.

L’objectif n’est pas de produire une décharge émotionnelle impressionnante.

Le travail doit pouvoir être intégré.

Trembler ne prouve pas qu’un traumatisme « sort du corps »

Des tremblements peuvent apparaître pendant une expérience émotionnelle intense.

Ils sont réels.

Mais il serait excessif d’affirmer que le corps expulse ainsi physiquement le traumatisme.

Le langage thérapeutique doit rester prudent.

La dissociation

La dissociation peut constituer une difficulté importante dans certains traumatismes.

La personne peut se sentir :

détachée ;

irréelle ;

absente ;

comme observatrice d’elle-même.

Une attention corporelle intense n’est pas toujours immédiatement appropriée.

Le corps peut lui-même être déclencheur

Pour certaines personnes, porter l’attention sur les sensations internes augmente la détresse.

Le thérapeute peut alors privilégier :

l’environnement ;

le mouvement ;

le regard ;

des repères externes.

Le travail corporel doit s’adapter à la personne et non l’inverse.

L’attachement

La psychothérapie sensorimotrice ne s’intéresse pas uniquement au traumatisme ponctuel.

Elle peut également travailler certaines difficultés relationnelles liées à l’attachement.

Proximité.

Distance.

Demande d’aide.

Limites.

Confiance.

La distance relationnelle

Une personne peut se sentir immédiatement envahie lorsque quelqu’un s’approche.

Une autre peut ressentir une grande anxiété lorsque l’autre s’éloigne.

La thérapie peut explorer ces réactions à travers :

parole ;

sensation ;

position dans l’espace ;

mouvement.

Expérimenter la bonne distance

Le thérapeute peut demander :

« À quelle distance vous sentez-vous suffisamment à l’aise pour continuer à parler ? »

La personne peut découvrir qu’elle n’avait jamais pensé avoir le droit de régler cette distance.

Cette expérience peut ensuite être reliée à d’autres relations.

Approcher et s’éloigner

Pouvoir :

avancer ;

reculer ;

s’arrêter

peut devenir une expérience de choix relationnel.

Le mouvement sert alors le travail psychologique.

Les limites corporelles

Certaines personnes ont beaucoup de difficulté à percevoir ou défendre leurs limites.

Le travail peut inclure :

gestes d’arrêt ;

positionnement ;

distance ;

orientation du corps.

Mais une limite psychologique ne se résume pas à un geste.

Le transfert dans la vie quotidienne reste essentiel.

Du cabinet à la vie réelle

Dire « stop » à un coussin peut être utile.

Mais le changement devient réellement important lorsque la personne peut progressivement :

refuser une demande ;

quitter une situation ;

exprimer un désaccord ;

demander de l’espace.

L’exercice thérapeutique doit servir la vie.

Les croyances

La psychothérapie sensorimotrice travaille également avec les pensées et les croyances.

Par exemple :

« Je suis impuissant. »

« Je n’ai pas le droit de me défendre. »

« Je dois disparaître pour être en sécurité. »

Une expérience corporelle nouvelle peut parfois permettre d’examiner ces croyances autrement.

Le corps et la cognition travaillent ensemble

La méthode ne propose pas :

corps contre pensée.

Elle cherche plutôt à intégrer :

cognition ;

émotion ;

sensation ;

action.

La personne peut simultanément :

comprendre ;

ressentir ;

expérimenter.

Le traumatisme développemental

L’approche est également utilisée avec certaines personnes ayant vécu des expériences relationnelles difficiles répétées pendant l’enfance.

Dans ces situations, il n’existe pas toujours un événement unique.

Le travail peut concerner :

sécurité ;

identité ;

limites ;

régulation ;

relations.

Attention au concept fourre-tout

Le terme traumatisme développemental est très utilisé.

Il peut décrire des expériences cliniquement importantes.

Mais il ne doit pas devenir une explication automatique de toute difficulté adulte.

L’histoire doit être explorée sans fabriquer rétrospectivement un traumatisme pour chaque problème.

Honte

La honte possède souvent une forte dimension corporelle.

Envie de :

se cacher ;

baisser les yeux ;

réduire sa présence.

Le thérapeute peut aider la personne à observer ces réactions sans l’obliger immédiatement à les modifier.

Retrouver une posture différente

À certains moments, la personne peut expérimenter ce que cela produit de :

lever légèrement la tête ;

regarder autour d’elle ;

prendre davantage d’espace.

L’objectif n’est pas d’adopter une « posture de confiance » magique.

Il s’agit d’explorer ce que différents positionnements rendent possible.

Colère

La colère peut être ressentie à travers :

chaleur ;

tension ;

impulsion ;

mouvement.

Certaines personnes la craignent énormément.

Le travail peut permettre de distinguer :

sentir la colère ;

l’exprimer ;

agir violemment.

Une colère peut devenir une information

Elle peut signaler :

une limite franchie ;

une injustice ;

un besoin.

Mais elle n’est pas automatiquement juste dans son interprétation.

Comme toute émotion, elle doit être comprise dans son contexte.

Peur

La peur peut être travaillée en observant :

ce qui déclenche ;

ce qui se passe corporellement ;

ce qui augmente ou réduit la réaction ;

quelles possibilités d’action existent.

L’objectif n’est pas nécessairement de supprimer toute peur.

La peur possède aussi une fonction protectrice.

Impuissance

Après certaines expériences, la personne peut conserver un sentiment très fort :

« Je ne peux rien faire. »

Le travail thérapeutique peut progressivement introduire de petites expériences de capacité d’action.

Choisir.

Bouger.

S’arrêter.

Refuser.

Demander.

Le mot important : progressivement

Une personne qui s’est longtemps sentie impuissante ne devient pas autonome parce qu’elle a réalisé un exercice de cinq minutes.

Les expériences thérapeutiques doivent être répétées, intégrées et transférées.

Le récit

La psychothérapie sensorimotrice n’interdit pas le récit.

La personne peut raconter son histoire.

Mais le thérapeute peut parfois interrompre doucement le flux narratif pour observer ce qui se passe dans l’expérience actuelle.

Raconter peut parfois éloigner de l’expérience

Une personne peut raconter un événement extrêmement grave avec une vitesse impressionnante, comme si elle récitait un rapport.

Le thérapeute peut proposer :

« Est-ce que nous pouvons ralentir un instant ? Que remarquez-vous pendant que vous dites cela ? »

Ce ralentissement peut modifier le travail.

Mais ralentir n’est pas toujours mieux

Pour certaines personnes, raconter rapidement constitue momentanément la seule manière tolérable de parler.

Le thérapeute doit respecter cette protection.

Le rythme thérapeutique ne doit pas devenir une nouvelle contrainte.

La mémoire

Le travail corporel exige une prudence particulière concernant la mémoire.

Les sensations peuvent susciter :

images ;

associations ;

fragments de souvenirs.

Ils peuvent être explorés comme expériences psychologiques.

Ils ne doivent pas automatiquement être considérés comme des preuves historiques.

Faux souvenirs

Des questions très suggestives peuvent influencer la mémoire.

Le thérapeute doit éviter :

« Votre corps réagit ainsi ; quelqu’un vous a forcément fait quelque chose quand vous étiez enfant. »

Cette formulation peut créer une interprétation extrêmement lourde sans fondement suffisant.

« Je ne sais pas »

Pouvoir rester avec :

« Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé »

est parfois plus thérapeutique que construire une certitude artificielle.

La guérison psychologique n’exige pas toujours de reconstituer parfaitement le passé.

Les ressources relationnelles

Le corps ne se régule pas uniquement dans la solitude.

La présence d’une personne fiable peut contribuer au sentiment de sécurité.

Le thérapeute peut donc travailler avec la relation elle-même.

Co-régulation

Le terme co-régulation décrit la manière dont les interactions humaines peuvent influencer nos états émotionnels et physiologiques.

Voix.

Rythme.

Présence.

Prévisibilité.

Mais la co-régulation ne signifie pas que le thérapeute devient responsable de maintenir constamment le patient calme.

De la co-régulation à l’autonomie

Le travail vise progressivement à élargir les ressources disponibles.

La personne peut apprendre :

ce qui l’aide ;

ce qui l’active ;

comment demander de l’aide ;

comment retrouver suffisamment de stabilité.

La relation thérapeutique devient un appui, pas une dépendance obligatoire.

Les concepts neurobiologiques

Les psychothérapies corporelles utilisent souvent un vocabulaire neurobiologique :

système nerveux autonome ;

réponses défensives ;

activation ;

régulation.

Une partie de ce vocabulaire correspond à des phénomènes bien étudiés.

Mais certaines explications populaires vont beaucoup plus loin que les connaissances disponibles.

Neurosciences ne signifie pas preuve automatique

Ajouter :

« le cerveau » ;

« le nerf vague » ;

« le système nerveux »

à une explication ne suffit pas à la rendre scientifiquement démontrée.

Le langage neuroscientifique doit être utilisé avec précision.

Théorie polyvagale

Certaines pratiques contemporaines du traumatisme utilisent largement la théorie polyvagale.

Elle a fortement influencé le vocabulaire clinique autour de :

sécurité ;

engagement social ;

mobilisation ;

immobilisation.

Mais certaines de ses affirmations neuroanatomiques et évolutives font l’objet de discussions scientifiques importantes.

Elle ne doit donc pas être présentée comme une description incontestée du fonctionnement du système nerveux.

Une métaphore peut rester utile

Un modèle peut parfois aider une personne à comprendre son expérience sans être une description biologique complète.

Le problème apparaît lorsque le modèle pédagogique devient présenté comme un fait physiologique certain.

Sensorimoteur et EMDR

La psychothérapie sensorimotrice peut partager avec l’EMDR certains domaines d’application, notamment le traumatisme.

Mais les méthodes sont différentes.

L’EMDR possède son propre protocole structuré et utilise notamment des stimulations bilatérales.

La psychothérapie sensorimotrice travaille davantage directement avec :

sensations ;

postures ;

mouvements ;

impulsions d’action.

Sensorimoteur et TCC

Les approches ne sont pas nécessairement opposées.

Un travail sensorimoteur peut être intégré dans une prise en charge plus large comprenant :

exposition ;

travail cognitif ;

psychoéducation ;

compétences comportementales.

L’intégration doit cependant rester cohérente.

Sensorimoteur et psychodynamique

La psychothérapie sensorimotrice intègre également certaines influences psychodynamiques, notamment concernant :

attachement ;

relations ;

défenses ;

organisation de l’expérience.

Elle cherche cependant à inclure plus explicitement le corps dans l’observation clinique.

Sensorimoteur et mindfulness

L’observation attentive des sensations peut ressembler à certaines pratiques de pleine conscience.

Mais le contexte et l’objectif diffèrent.

Une personne n’est pas simplement invitée à méditer.

L’attention corporelle est utilisée dans un processus psychothérapeutique structuré.

Une approche intégrative

La psychothérapie sensorimotrice est donc souvent décrite comme une approche intégrative.

Elle articule notamment :

travail corporel ;

théorie de l’attachement ;

éléments psychodynamiques ;

approches cognitives ;

pleine conscience.

Mais cette combinaison doit être distinguée d’un mélange improvisé de techniques.

Formation du thérapeute

Le travail corporel avec des personnes traumatisées nécessite une formation spécifique.

Un thérapeute ne devrait pas conclure :

« J’ai suivi un atelier de deux jours, je peux maintenant faire du trauma sensorimoteur. »

Les réactions peuvent être complexes.

Connaître ses limites

Le professionnel doit savoir reconnaître :

dissociation importante ;

risque suicidaire ;

psychose ;

troubles médicaux ;

situations nécessitant une prise en charge spécialisée.

Tout symptôme corporel n’est pas psychologique.

Le danger de psychologiser le corps

Une personne ressent :

douleur ;

vertiges ;

palpitations ;

fatigue.

Le thérapeute ne doit pas conclure automatiquement :

« Votre corps exprime un traumatisme. »

Certaines manifestations nécessitent une évaluation médicale.

La psychothérapie ne remplace pas cette évaluation.

Le corps biologique existe réellement

Une approche corps-esprit sérieuse doit justement respecter le corps suffisamment pour ne pas transformer chaque symptôme physique en symbole psychologique.

Un mal de dos peut avoir une cause physique.

Une douleur thoracique mérite parfois une évaluation médicale.

Tout n’est pas émotionnel.

Les limites scientifiques

La psychothérapie sensorimotrice dispose d’un intérêt clinique important et d’un développement croissant.

Cependant, sa base de recherche spécifique reste moins importante que celle de certaines psychothérapies plus largement étudiées, notamment certaines TCC ou l’EMDR pour le trouble de stress post-traumatique.

Ne pas confondre plausibilité et preuve

Il est plausible que le travail sur :

attention corporelle ;

régulation ;

mouvement ;

expérience relationnelle

puisse être utile.

Mais chaque mécanisme théorique avancé ne possède pas nécessairement le même niveau de démonstration.

Les témoignages

De nombreuses personnes peuvent rapporter une expérience très positive.

Ces témoignages sont importants pour comprendre l’expérience des patients.

Mais ils ne remplacent pas les études permettant d’évaluer :

efficacité ;

risques ;

comparaison avec d’autres traitements.

Pour qui ?

Cette approche peut particulièrement intéresser les personnes qui remarquent un décalage important entre :

ce qu’elles comprennent ;

et ce qu’elles ressentent corporellement.

« Je sais que je peux dire non, mais je me fige. »

« Je sais qu’il ne va rien se passer, mais mon corps panique. »

« Je comprends mon histoire, mais mes réactions restent les mêmes. »

Elle ne convient pas forcément à tout le monde

Certaines personnes :

n’aiment pas travailler avec le corps ;

se sentent envahies par les sensations ;

préfèrent une approche plus verbale ;

souhaitent une méthode davantage structurée autrement.

Il n’existe aucune obligation à travailler corporellement pour réaliser une psychothérapie profonde.

Le droit de dire non

Une personne peut dire :

« Je préfère continuer à parler. »

Ce choix doit être respecté.

Le thérapeute ne devrait pas répondre :

« C’est votre résistance à habiter votre corps. »

Le refus d’une technique n’est pas automatiquement un symptôme.

Comment se déroule une séance ?

Une séance peut commencer de manière tout à fait classique.

La personne parle d’une situation récente.

Le thérapeute écoute.

Puis il remarque :

« Pendant que vous parlez de cette réunion, votre corps semble se tendre. Est-ce que vous le remarquez aussi ? »

La personne choisit alors d’explorer ou non.

Observer

Elle peut répondre :

« Oui, je serre les jambes. »

Le thérapeute peut demander :

« Que se passe-t-il si vous remarquez simplement cette tension quelques secondes ? »

La personne observe.

Expérimenter

Elle remarque peut-être une envie de reculer.

Le thérapeute peut proposer :

« Voulez-vous voir ce que cela fait de déplacer légèrement votre chaise vers l’arrière ? »

Elle essaie.

Ou refuse.

Les deux réponses sont utilisables.

Mettre du sens

La personne peut alors dire :

« C’est exactement ce que j’aurais voulu faire pendant cette réunion. Tout le monde était trop près de moi et je n’osais pas bouger. »

Le mouvement devient relié à une situation concrète.

Préparer la vie réelle

La séance peut ensuite évoluer vers :

« Comment pourriez-vous créer davantage d’espace lors de la prochaine réunion ? »

Le travail corporel rejoint alors une action quotidienne.

La psychothérapie ne s’arrête pas au ressenti

Ce point est fondamental.

Sentir son corps n’est pas une finalité.

L’objectif est que cette conscience permette davantage de :

choix ;

sécurité ;

souplesse ;

autonomie ;

capacité relationnelle.

Un corps à habiter, pas à surveiller

Une dérive possible consiste à devenir hyperattentif à chaque sensation.

« Pourquoi mon ventre s’est-il contracté ? »

« Pourquoi mon épaule a-t-elle bougé ? »

La thérapie peut alors créer une nouvelle forme de surveillance.

Toutes les sensations n’ont pas besoin d’un sens

Parfois une jambe est simplement mal installée.

Un muscle est fatigué.

Une personne a froid.

Le corps produit continuellement des sensations.

Toutes ne contiennent pas un message psychologique.

Retrouver de la spontanéité

Le but ultime n’est pas de passer sa vie à analyser son corps.

Au contraire.

Une thérapie réussie devrait permettre à la personne de vivre davantage sans devoir surveiller constamment chacune de ses réactions.

Le corps comme partenaire de l’expérience

Le corps peut fournir des informations utiles :

tension ;

confort ;

orientation ;

besoin de distance ;

activation.

Mais il n’est ni un ennemi à dompter ni un oracle à consulter.

Il participe simplement à l’expérience humaine.

À retenir

La psychothérapie sensorimotrice, principalement associée aux travaux de Pat Ogden, est une approche psychothérapeutique intégrative accordant une place importante aux sensations corporelles, aux postures, aux mouvements et aux impulsions d’action.

Elle est particulièrement utilisée dans le travail avec le traumatisme et certaines difficultés relationnelles ou d’attachement.

Le thérapeute peut aider la personne à observer ce qui se passe dans le présent, à expérimenter certains mouvements ou positions et à développer davantage de possibilités d’action.

Cette approche insiste notamment sur :

la stabilisation ;

la conscience corporelle ;

les ressources ;

le choix ;

les limites ;

la régulation ;

l’intégration des dimensions corporelles, émotionnelles et cognitives.

Mais le corps ne constitue pas une archive infaillible du passé.

Une sensation ne prouve pas qu’un événement précis a eu lieu.

Une posture n’a pas de signification universelle.

Un tremblement ne démontre pas qu’un traumatisme est en train de « sortir ».

Le travail doit également respecter le consentement, particulièrement lorsqu’il concerne la proximité physique ou le toucher.

Enfin, les modèles neurobiologiques utilisés dans les approches du traumatisme doivent être présentés avec leur niveau réel de certitude. Le vocabulaire du système nerveux ne transforme pas automatiquement une théorie en fait démontré.

La psychothérapie sensorimotrice ajoute finalement une question à celles que la psychothérapie pose depuis longtemps. Elle ne demande pas seulement : « Qu’est-ce que vous pensez ? », « Qu’est-ce que vous ressentez ? » ou « Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? » Elle demande aussi : « Que se passe-t-il dans votre corps pendant que vous vivez cela, et que devient votre expérience lorsque vous découvrez que vous pouvez aujourd’hui bouger, vous arrêter, vous éloigner, vous rapprocher, poser une limite ou choisir de ne rien faire ? » Le corps n’y révèle pas une vérité cachée : il devient l’un des lieux où une possibilité nouvelle peut être expérimentée.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.