LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

PSYCHOTHÉRAPIE HUMANISTE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

PSYCHOTHÉRAPIE HUMANISTE

90 sections thématiques

La psychothérapie humaniste regroupe plusieurs approches qui placent au centre du travail thérapeutique la personne dans sa globalité, son expérience subjective, sa liberté, sa capacité de choix et ses possibilités de développement.

Elle s’est développée notamment à partir des années 1950, dans un contexte où deux grands courants dominaient largement la psychologie et la psychothérapie :

la psychanalyse, centrée notamment sur les conflits inconscients ;

le comportementalisme, centré sur les comportements observables et les apprentissages.

Les psychologues humanistes ont voulu ouvrir une autre voie.

Ils ne niaient pas nécessairement l’existence de l’inconscient, des apprentissages ou des déterminismes.

Mais ils considéraient qu’une personne ne pouvait pas être comprise uniquement comme le produit :

de ses pulsions ;

de son passé ;

de ses symptômes ;

de ses conditionnements.

L’être humain possède également une capacité à :

prendre conscience ;

choisir ;

créer ;

donner du sens ;

modifier sa manière de vivre ;

développer ses potentialités.

La question thérapeutique devient alors moins :

« Qu’est-ce qui ne fonctionne pas chez cette personne ? »

que :

« Comment cette personne vit-elle son expérience, qu’est-ce qui entrave actuellement son développement et dans quelles conditions peut-elle retrouver davantage de liberté pour devenir l’auteur de sa propre vie ? »

Une famille d’approches

Il n’existe pas une unique psychothérapie humaniste.

Le terme désigne une famille de courants.

On y associe notamment :

l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers ;

la Gestalt-thérapie ;

certaines approches existentielles ;

certaines psychothérapies expérientielles ;

le focusing ;

des approches centrées sur les émotions.

Plusieurs de ces méthodes possèdent leurs propres théories et techniques et sont étudiées séparément dans cet ouvrage.

La psychothérapie humaniste constitue donc davantage une orientation générale qu’un protocole unique.

La « troisième force »

La psychologie humaniste a parfois été appelée la troisième force de la psychologie, après la psychanalyse et le comportementalisme.

Parmi les figures qui lui sont fréquemment associées figurent notamment :

Carl Rogers ;

Abraham Maslow ;

Rollo May ;

ainsi que, dans des traditions proches ou partiellement liées, différents fondateurs des approches gestaltistes et existentielles.

Mais ces auteurs ne défendaient pas tous exactement la même conception de la psychothérapie.

Une vision globale de la personne

La perspective humaniste refuse généralement de réduire quelqu’un à son diagnostic.

Une personne peut présenter une dépression.

Elle n’est pas « une dépressive ».

Elle peut souffrir d’anxiété.

Elle n’est pas uniquement « une anxieuse ».

Elle possède :

une histoire ;

des relations ;

des valeurs ;

des désirs ;

des contradictions ;

des capacités ;

des limites ;

des projets.

Le symptôme fait partie de son expérience.

Il n’en constitue pas la totalité.

La personne avant la catégorie

Les diagnostics peuvent être utiles.

Ils peuvent aider à :

communiquer entre professionnels ;

organiser certaines prises en charge ;

identifier certains risques ;

orienter vers des traitements adaptés.

La psychothérapie humaniste ne nécessite donc pas de les rejeter.

Elle rappelle simplement qu’une classification ne dit jamais tout d’une personne.

Deux individus portant le même diagnostic peuvent vivre des expériences profondément différentes.

L’expérience subjective

La manière dont une personne vit une situation constitue une donnée centrale.

Deux personnes peuvent connaître le même événement objectif et lui donner des significations très différentes.

Une séparation peut être vécue comme :

un abandon ;

une libération ;

un échec ;

une catastrophe ;

une transition ;

ou plusieurs de ces choses simultanément.

Le thérapeute cherche donc à comprendre le monde tel qu’il est vécu par la personne.

Comprendre de l’intérieur

Cela ne signifie pas croire automatiquement que toute perception subjective correspond exactement à la réalité extérieure.

Une personne peut se tromper.

Mais avant de corriger sa perception, le thérapeute cherche à comprendre :

« Comment le monde apparaît-il depuis l’endroit où vous vous trouvez ? »

Cette compréhension constitue une base essentielle de la relation thérapeutique.

La phénoménologie

Certaines approches humanistes et existentielles ont été influencées par la phénoménologie.

L’idée générale consiste à porter attention à l’expérience telle qu’elle apparaît, avant de vouloir immédiatement l’expliquer par une théorie.

Que ressentez-vous ?

Que remarquez-vous ?

Que signifie cette situation pour vous ?

Comment la vivez-vous maintenant ?

Le thérapeute cherche à rester proche de l’expérience.

Ici et maintenant

Beaucoup d’approches humanistes accordent une place importante au présent.

Cela ne signifie pas oublier le passé.

Le passé apparaît aussi dans le présent :

dans les souvenirs ;

les émotions ;

les habitudes ;

les attentes ;

les relations.

La question peut devenir :

« Que se passe-t-il en vous maintenant lorsque vous racontez cela ? »

Le passé n’est pas supprimé

Une personne peut raconter une enfance difficile.

Le thérapeute humaniste ne répond pas :

« Le passé ne compte pas, concentrons-nous sur aujourd’hui. »

Il peut explorer cette histoire tout en observant la manière dont elle est vécue aujourd’hui.

Le passé est travaillé à partir de son influence actuelle.

Carl Rogers

Carl Rogers est l’une des figures majeures de la psychologie humaniste.

Son approche centrée sur la personne a profondément influencé la psychothérapie moderne.

Elle repose notamment sur l’idée qu’un climat relationnel particulier peut favoriser le développement psychologique.

Trois attitudes thérapeutiques sont particulièrement associées à Rogers :

empathie ;

congruence ;

considération positive inconditionnelle.

L’empathie

L’empathie consiste à essayer de comprendre l’expérience de la personne depuis son propre cadre de référence.

Le thérapeute cherche à saisir :

ce qu’elle ressent ;

ce qu’elle signifie ;

comment elle organise son expérience.

Il ne s’agit pas de ressentir exactement la même chose qu’elle.

Empathie et sympathie

La sympathie peut signifier :

« Je suis désolé pour vous. »

L’empathie cherche davantage :

« J’essaie de comprendre ce que cette expérience représente pour vous. »

Les deux peuvent être humaines.

Mais elles ne sont pas identiques.

L’empathie n’est pas l’approbation

Comprendre quelqu’un ne signifie pas approuver tous ses comportements.

Le thérapeute peut comprendre :

la colère ;

la peur ;

la jalousie ;

sans considérer automatiquement les comportements qui en découlent comme acceptables.

Cette distinction est fondamentale.

La congruence

La congruence désigne notamment l’authenticité du thérapeute dans la relation.

Il ne cherche pas à jouer artificiellement le rôle d’un expert froid et inaccessible.

Il reste une personne réelle.

Mais authenticité ne signifie pas absence de limites.

Dire tout ce que l’on pense ?

Non.

Un thérapeute congruent ne transforme pas la séance en lieu où il exprime toutes ses réactions personnelles.

Il choisit ce qu’il partage en fonction de l’intérêt thérapeutique.

La spontanéité n’abolit pas la responsabilité professionnelle.

La considération positive inconditionnelle

Rogers décrit également une attitude de considération positive inconditionnelle.

La personne peut être accueillie sans devoir gagner le droit d’être respectée.

Cela ne signifie pas que tous ses comportements soient approuvés.

On peut respecter une personne tout en désapprouvant clairement certains actes.

Être accepté sans devoir jouer un rôle

Certaines personnes ont appris très tôt :

« Je serai aimé si je réussis. »

« Je serai accepté si je ne dérange pas. »

« Je serai apprécié si je suis fort. »

Elles développent alors parfois une manière de vivre fortement organisée autour des attentes extérieures.

La relation thérapeutique peut offrir une expérience différente.

Les conditions de valeur

Dans la théorie rogérienne, les conditions de valeur correspondent à l’idée qu’une personne apprend progressivement qu’elle doit répondre à certaines conditions pour être considérée positivement.

Par exemple :

« Je vaux quelque chose seulement si je réussis. »

« Je mérite d’être aimé uniquement si je fais plaisir aux autres. »

Ces conditions peuvent éloigner la personne de certaines expériences internes.

Le concept de soi

Nous construisons progressivement une représentation de nous-mêmes.

« Je suis forte. »

« Je suis faible. »

« Je suis généreux. »

« Je suis incapable. »

« Je dois toujours réussir. »

Cette représentation peut être plus ou moins souple.

L’incongruence

Un conflit peut apparaître entre :

l’expérience réellement vécue ;

et l’image que la personne pense devoir maintenir.

Une personne se considère comme :

« toujours forte ».

Puis elle traverse une période où elle ne peut plus tenir.

L’expérience devient menaçante pour son identité.

« Je n’ai pas le droit d’être faible »

Le problème ne réside pas seulement dans la fatigue.

Il réside aussi dans l’impossibilité de l’intégrer à l’image de soi.

La thérapie peut permettre :

« Je peux être une personne solide et connaître des moments où j’ai besoin d’aide. »

L’identité devient plus souple.

La tendance actualisante

Rogers propose l’idée d’une tendance actualisante : une orientation générale de l’organisme vers le développement et la réalisation de ses potentialités lorsque les conditions sont suffisamment favorables.

Cette idée constitue un principe théorique central de son approche.

Elle ne doit pas être transformée en loi biologique simpliste selon laquelle toute personne se développerait automatiquement dans une direction idéale dès qu’on la laisse libre.

Abraham Maslow

Abraham Maslow est une autre figure majeure de la psychologie humaniste.

Il s’est intéressé notamment :

aux besoins humains ;

à la motivation ;

à l’accomplissement de soi.

Sa célèbre hiérarchie des besoins est souvent représentée sous forme de pyramide.

La pyramide de Maslow

Cette représentation est devenue extrêmement populaire.

Elle suggère différents niveaux de besoins, souvent présentés comme :

physiologiques ;

sécurité ;

appartenance ;

estime ;

accomplissement de soi.

Mais sa version populaire est souvent beaucoup plus rigide que la pensée originale.

Les besoins ne montent pas proprement un escalier

Les êtres humains peuvent :

créer dans la pauvreté ;

aimer dans l’insécurité ;

chercher du sens pendant une maladie ;

sacrifier leur confort pour une valeur.

Les besoins ne fonctionnent donc pas nécessairement comme cinq cases devant être remplies dans un ordre absolu.

La pyramide constitue surtout une représentation pédagogique.

L’accomplissement de soi

La psychologie humaniste s’est beaucoup intéressée à la possibilité de développer ses capacités et de vivre d’une manière davantage cohérente avec ses valeurs.

Mais l’accomplissement de soi ne signifie pas :

devenir exceptionnel ;

réussir socialement ;

atteindre une version parfaite de soi.

Il peut signifier vivre d’une manière plus authentique et plus cohérente avec ce qui compte réellement.

Une psychologie qui ne s’intéresse pas uniquement à la maladie

L’un des apports importants du mouvement humaniste a été de demander :

« Que signifie bien fonctionner psychologiquement ? »

et pas uniquement :

« Comment expliquer la maladie ? »

Créativité.

Autonomie.

Sens.

Relations.

Croissance.

Choix.

Ces dimensions ont pris une place plus importante.

Mais attention à l’idéalisation de la croissance

La notion de développement personnel peut facilement devenir une nouvelle obligation.

« Vous devez réaliser votre potentiel. »

« Vous devez devenir votre meilleure version. »

Une psychothérapie humaniste ne devrait pas transformer la croissance en compétition permanente.

Une personne n’a pas besoin d’optimiser chaque dimension de son existence pour avoir de la valeur.

La liberté

La liberté constitue une dimension importante de nombreuses approches humanistes et existentielles.

La personne peut avoir davantage de possibilités de choix qu’elle ne le pense.

Mais cette liberté n’est jamais absolue.

Nous ne choisissons pas :

notre naissance ;

une grande partie de notre histoire ;

certaines maladies ;

de nombreux événements.

Liberté située

La question thérapeutique devient donc :

« Dans la situation qui est réellement la vôtre, quelle marge de choix existe encore ? »

Parfois elle est large.

Parfois très petite.

Mais même une petite marge peut avoir une importance considérable.

Ne pas culpabiliser au nom de la liberté

Dire :

« Vous choisissez votre vie »

peut devenir extrêmement injuste lorsqu’une personne vit :

violence ;

discrimination ;

pauvreté ;

maladie ;

handicap ;

contraintes sociales importantes.

La perspective humaniste doit reconnaître les limites réelles imposées par le contexte.

Responsabilité

La liberté est souvent associée à la responsabilité.

Une personne ne contrôle pas tout ce qui lui arrive.

Mais elle peut parfois progressivement choisir ce qu’elle fait de certaines situations.

Responsabilité ne signifie pas culpabilité.

« Ce n’est pas votre faute » et « vous pouvez agir »

Ces deux idées peuvent parfois coexister.

Une personne n’est pas responsable d’avoir subi une violence.

Mais elle peut progressivement reprendre du pouvoir sur certaines décisions concernant sa vie actuelle.

La thérapie peut soutenir cette reprise sans lui attribuer la responsabilité de ce qu’elle a subi.

L’authenticité

La psychothérapie humaniste valorise souvent l’authenticité.

Mais qu’est-ce qu’être authentique ?

Ce n’est pas :

dire tout ce que l’on pense ;

agir selon chaque impulsion ;

refuser tout compromis.

L’authenticité suppose plutôt une meilleure connaissance de ce que l’on ressent, souhaite et valorise, afin de pouvoir agir plus consciemment.

Le faux soi ?

Certaines personnes ont développé une manière d’être très adaptée aux attentes extérieures.

Toujours agréable.

Toujours compétente.

Toujours disponible.

Toujours calme.

La thérapie peut aider à explorer ce qui se trouve derrière cette adaptation.

Mais il faut éviter de décréter :

« Voilà votre vrai moi et voilà votre faux moi. »

L’identité humaine est plus complexe.

Les rôles

Nous jouons tous différents rôles.

Parent.

Professionnel.

Ami.

Conjoint.

Enfant de nos parents.

Ces rôles ne sont pas nécessairement faux.

Le problème apparaît lorsqu’une personne ne peut plus exister en dehors d’un rôle devenu obligatoire.

La relation thérapeutique comme expérience

Dans les approches humanistes, la relation thérapeutique n’est pas seulement un moyen de transmettre une technique.

Elle constitue elle-même une partie du changement.

Être entendu différemment peut permettre à une personne de s’entendre elle-même autrement.

Une expérience de non-jugement

Une personne révèle quelque chose qu’elle cache depuis longtemps.

Elle s’attend à :

rejet ;

mépris ;

condamnation.

Le thérapeute accueille son récit sans la réduire à cet élément.

Cette expérience peut modifier la manière dont elle se perçoit.

Mais le thérapeute n’est pas un miroir passif

La caricature du thérapeute humaniste serait :

« Hum-hum… je comprends… et qu’est-ce que cela vous fait ? »

Une bonne thérapie humaniste peut être beaucoup plus active.

Le thérapeute peut :

reformuler ;

questionner ;

confronter ;

attirer l’attention sur une contradiction ;

proposer une expérience.

L’important est la manière dont il le fait.

La non-directivité

L’approche rogérienne a souvent été qualifiée de non directive.

Cela ne signifie pas que le thérapeute ne fait rien.

Il ne cherche simplement pas à imposer :

les objectifs ;

les valeurs ;

les décisions

à la personne.

Qui décide de la bonne vie ?

Le thérapeute peut avoir ses propres valeurs.

Mais il ne devrait pas décider que son modèle personnel doit devenir celui du patient.

Mariage.

Divorce.

Carrière.

Religion.

Parentalité.

Mode de vie.

Ces décisions appartiennent à la personne.

La confrontation humaniste

Une confrontation peut être douce et très précise.

« Vous me dites que ce travail vous détruit, puis quelques minutes plus tard que vous n’avez aucune raison de penser à partir. J’entends deux choses différentes. »

Le thérapeute ne décide pas laquelle est vraie.

Il aide la personne à entendre sa propre contradiction.

Le silence

Le silence peut avoir une place importante.

Il permet parfois :

de ressentir ;

de réfléchir ;

de ne pas remplir immédiatement l’espace.

Mais le silence n’est pas automatiquement thérapeutique.

Un thérapeute silencieux pendant cinquante minutes n’est pas nécessairement profond.

L’émotion

Les approches humanistes accordent souvent une grande place à l’expérience émotionnelle.

Une émotion n’est pas uniquement quelque chose qu’il faut éliminer.

Elle peut informer sur :

besoin ;

valeur ;

limite ;

perte ;

danger ;

désir.

Mais l’émotion n’est pas non plus un oracle.

« Je le sens donc c’est vrai »

Non.

Une émotion est réelle en tant qu’expérience.

Son interprétation peut être incorrecte.

Je peux réellement ressentir que quelqu’un me rejette sans que cette personne ait effectivement l’intention de me rejeter.

La thérapie aide à respecter l’émotion sans la transformer automatiquement en preuve.

La Gestalt-thérapie

La Gestalt-thérapie, déjà étudiée dans un chapitre spécifique, appartient historiquement à la grande famille humaniste et expérientielle.

Elle travaille notamment avec :

présence ;

awareness ;

contact ;

expérience ;

relation ;

expérimentations.

Elle possède cependant sa propre théorie et ne doit pas être réduite à une simple variante de Rogers.

Le focusing

Le focusing, développé à partir des travaux d’Eugene Gendlin, est également lié à la tradition humaniste et expérientielle.

Il accorde une place particulière au felt sense, ce ressenti global encore difficile à formuler.

Là encore, le ressenti n’est pas traité comme une vérité surnaturelle ou infaillible.

Il devient un matériau d’exploration.

Les approches expérientielles

Ces approches considèrent souvent que comprendre intellectuellement un problème ne suffit pas toujours.

Une personne peut savoir :

« Je dois poser des limites. »

Elle peut l’avoir compris depuis dix ans.

Mais elle n’arrive toujours pas à dire non.

La thérapie cherche alors une expérience nouvelle plutôt qu’une explication supplémentaire.

Savoir et vivre

Il existe une différence entre :

« Je sais que j’ai le droit d’exister pour moi-même »

et ressentir réellement, dans une relation :

« Je peux dire non et la relation ne disparaît pas nécessairement. »

Cette différence entre compréhension intellectuelle et expérience vécue est centrale dans plusieurs thérapies humanistes.

Le corps

Certaines approches humanistes et expérientielles utilisent les sensations corporelles.

Tension.

Respiration.

Posture.

Mouvement.

Mais le corps ne constitue pas un dictionnaire secret.

Une tension dans les épaules ne signifie pas automatiquement :

« vous portez les problèmes de votre famille ».

Les associations personnelles priment sur les symbolismes universels.

La créativité

Dessin.

Mouvement.

Écriture.

Jeu de rôle.

Images.

Ces médiations peuvent être intégrées dans certaines thérapies humanistes.

Elles permettent parfois d’exprimer ce qui reste difficile à formuler verbalement.

Elles ne constituent pas des tests projectifs donnant accès à une vérité cachée.

La chaise vide

La technique de la chaise vide, souvent associée à la Gestalt, peut permettre à une personne de s’adresser symboliquement :

à quelqu’un ;

à une partie d’elle-même ;

à une personne absente ;

à une situation.

Elle peut favoriser l’expression émotionnelle.

Mais elle n’est pas adaptée à tout le monde et ne doit pas être imposée comme un spectacle émotionnel.

Intensité émotionnelle et efficacité

Pleurer énormément pendant une séance ne prouve pas que la thérapie fonctionne.

Une séance calme peut produire un changement profond.

Inversement, une expérience émotionnelle intense peut être utile.

L’intensité n’est simplement pas une mesure automatique de qualité.

Le thérapeute ne doit pas provoquer pour provoquer

Certaines pratiques historiques ont parfois valorisé des interventions très confrontantes.

Mais pousser une personne jusqu’à l’effondrement émotionnel n’est pas une preuve de compétence.

Le travail expérientiel doit respecter :

consentement ;

rythme ;

sécurité ;

capacité d’intégration.

La personne sait-elle toujours ce qui est bon pour elle ?

La psychologie humaniste accorde une grande confiance à la capacité de la personne à développer une direction propre.

Mais cela ne signifie pas qu’elle dispose toujours immédiatement de toutes les informations nécessaires.

Nous pouvons :

nous tromper ;

nous auto-saboter ;

répéter des habitudes ;

minimiser un danger.

Le thérapeute n’abandonne donc pas son jugement professionnel.

Respecter l’autonomie n’est pas devenir indifférent

Une personne dit :

« Je veux rester dans cette situation même si elle me fait souffrir. »

Le thérapeute peut respecter son droit de décision tout en explorant :

ce qui la retient ;

les conséquences ;

les risques ;

les alternatives.

Autonomie et réflexion clinique ne sont pas incompatibles.

Les limites du relativisme

« Chacun possède sa vérité » est une formule séduisante mais insuffisante.

Nous possédons chacun une expérience subjective.

Mais certaines réalités peuvent être vérifiées.

Le thérapeute humaniste n’a pas besoin de nier les faits pour respecter les perceptions.

Traumatisme

Une approche humaniste peut accompagner des personnes ayant vécu un traumatisme.

La relation sécurisante, le respect du rythme et la restauration du choix peuvent être particulièrement importants.

Mais certaines personnes peuvent également bénéficier d’approches spécifiquement développées pour le traumatisme.

Humaniste ne signifie pas automatiquement spécialisée dans toutes les problématiques.

Le choix après le traumatisme

Le traumatisme implique souvent une perte de contrôle.

Le cadre thérapeutique peut donc redonner des choix :

parler ou ne pas parler aujourd’hui ;

ralentir ;

faire une pause ;

refuser un exercice.

Ces choix ne sont pas de simples détails.

Ils peuvent faire partie du travail.

Ne pas forcer le récit

Une personne n’a pas besoin de raconter immédiatement chaque détail d’un événement traumatique pour que le thérapeute la croie ou commence à l’aider.

Le rythme doit être adapté.

Anxiété

Une psychothérapie humaniste peut explorer :

la manière dont la personne vit son anxiété ;

les conflits qu’elle rencontre ;

ses besoins ;

ses choix ;

son rapport à elle-même.

Mais lorsqu’un trouble anxieux spécifique répond bien à une intervention structurée, il peut être utile d’envisager cette option également.

Dépression

Le travail peut porter sur :

perte de sens ;

relations ;

auto-dévalorisation ;

isolement ;

conditions de vie ;

émotions ;

besoins.

Mais une dépression sévère peut nécessiter une évaluation et une prise en charge plus large.

La relation thérapeutique ne doit pas devenir une justification pour ignorer d’autres besoins.

Estime de soi

Une personne peut arriver en disant :

« Je veux avoir davantage confiance en moi. »

La thérapie humaniste peut examiner :

à quelles conditions elle s’accorde de la valeur ;

à qui elle essaie de plaire ;

ce qu’elle considère comme acceptable chez elle ;

ce qu’elle rejette.

Le travail ne consiste pas nécessairement à répéter :

« Je suis formidable. »

S’accepter n’est pas renoncer à changer

Je peux reconnaître :

« Je suis actuellement ainsi »

et souhaiter modifier certains comportements.

L’acceptation permet parfois de changer sans transformer le changement en guerre contre soi-même.

Honte

La honte peut être particulièrement sensible à la qualité de la relation thérapeutique.

Une personne peut avoir construit l’idée :

« Si quelqu’un me connaît vraiment, il me rejettera. »

Pouvoir être connue progressivement sans être humiliée peut modifier cette conviction.

Le thérapeute ne donne pas la valeur

Il ne dit pas :

« Je vous accorde enfin le droit d’avoir de la valeur. »

Le travail vise plutôt à ce que la personne ne dépende plus entièrement d’une validation extérieure pour se reconnaître comme digne de respect.

Couple et famille

Les principes humanistes peuvent également être utilisés dans le travail relationnel.

Écoute empathique.

Authenticité.

Expression des besoins.

Respect de l’autonomie.

Mais une approche centrée uniquement sur l’empathie serait insuffisante dans certaines situations de violence ou de contrôle.

La sécurité et les responsabilités doivent rester clairement identifiées.

Enfants et adolescents

Une relation thérapeutique respectueuse peut être particulièrement importante pour un jeune habitué à ce que les adultes parlent à sa place.

Le thérapeute peut créer un espace où son expérience est prise au sérieux.

Cela ne signifie pas supprimer toutes les limites adultes.

L’enfant n’est pas un adulte miniature

Son autonomie dépend de :

son âge ;

son développement ;

sa situation.

Une approche humaniste avec l’enfant doit adapter ses principes à cette réalité.

Vieillissement

Les questions humanistes restent pertinentes à tout âge.

Qui suis-je lorsque je ne travaille plus ?

Que signifie cette période de ma vie ?

Que reste-t-il possible ?

Comment vivre avec certaines pertes ?

Le développement humain ne s’arrête pas à quarante ans.

Fin de vie

Les approches humanistes et existentielles peuvent également accompagner la fin de vie.

Le thérapeute peut accueillir :

peur ;

colère ;

regrets ;

souvenirs ;

questions de sens ;

relations.

Il n’a pas pour mission d’imposer une sérénité exemplaire.

La spiritualité

Certaines personnes intègrent la spiritualité à leur manière de comprendre leur existence.

Une psychothérapie humaniste peut accueillir cette dimension lorsqu’elle est importante pour elles.

Le thérapeute n’a pas à :

confirmer ;

nier ;

imposer

une croyance spirituelle.

Il travaille avec la signification qu’elle possède dans la vie de la personne.

Sens et valeurs

Les questions :

« Qu’est-ce qui compte pour moi ? »

« Comment veux-je vivre ? »

« Qu’est-ce qui donne du sens à mon existence ? »

occupent une place importante dans plusieurs approches humanistes et existentielles.

Mais le thérapeute ne fournit pas lui-même la réponse.

Le thérapeute n’est pas un maître spirituel

Il n’est pas là pour révéler à la personne :

sa mission ;

sa destinée ;

son véritable chemin.

Il peut l’aider à réfléchir.

La direction reste la sienne.

Psychothérapie humaniste et développement personnel

Les deux domaines se croisent parfois.

Mais une psychothérapie reste une relation thérapeutique professionnelle destinée à travailler une souffrance, une difficulté ou un fonctionnement psychologique.

Le développement personnel peut avoir des objectifs beaucoup plus larges.

La frontière mérite d’être conservée.

L’image parfois trop optimiste de l’être humain

La psychologie humaniste a parfois été critiquée pour une vision jugée trop optimiste de la nature humaine.

Les êtres humains ne cherchent pas toujours spontanément :

croissance ;

coopération ;

authenticité.

Ils peuvent aussi :

mentir ;

dominer ;

détruire ;

manipuler.

Une théorie thérapeutique doit pouvoir reconnaître cette réalité.

Respecter une personne sans idéaliser l’humanité

L’humanisme thérapeutique ne nécessite pas de croire que tout comportement humain est fondamentalement bon.

Il demande plutôt de traiter une personne comme un sujet capable de réflexion et de choix, sans la réduire immédiatement à ses comportements les plus problématiques.

Les facteurs communs

Plusieurs éléments valorisés historiquement par les thérapies humanistes sont aujourd’hui reconnus comme importants bien au-delà de ce courant :

alliance thérapeutique ;

empathie ;

collaboration ;

respect ;

qualité de la relation.

Ils sont parfois décrits comme des facteurs communs à différentes psychothérapies.

La relation suffit-elle ?

Pas toujours.

Une bonne alliance est importante.

Mais certaines difficultés bénéficient de techniques spécifiques.

Une personne peut se sentir profondément comprise et continuer à souffrir d’une phobie sévère qui pourrait bénéficier d’un travail d’exposition.

La relation et la technique ne doivent pas nécessairement être opposées.

Relation ou méthode : un faux duel

Une technique appliquée sans alliance peut échouer.

Une excellente alliance sans intervention adaptée peut également atteindre ses limites.

Une psychothérapie contemporaine peut donc chercher à réunir :

qualité relationnelle ;

compréhension individualisée ;

méthodes adaptées.

Les données scientifiques

L’évaluation scientifique des psychothérapies humanistes dépend fortement du modèle étudié.

Certaines approches, notamment centrées sur la personne et expérientielles, disposent de recherches soutenant leur efficacité dans différents contextes.

Mais l’expression « thérapie humaniste » regroupe des pratiques très diverses.

On ne peut donc pas attribuer automatiquement le même niveau de preuve à tout ce qui se présente sous cette étiquette.

Les résultats ne dépendent pas uniquement de l’étiquette

Formation du thérapeute.

Qualité de l’alliance.

Problème rencontré.

Préférences de la personne.

Cadre.

Compétence.

Tous ces éléments peuvent influencer le résultat.

Dire :

« cette thérapie est humaniste »

ne suffit pas à garantir sa qualité.

La formation

Un thérapeute humaniste sérieux doit disposer d’une formation réelle.

La bienveillance seule ne constitue pas une qualification professionnelle.

Savoir écouter un ami et exercer la psychothérapie sont deux choses différentes.

Le risque du vocabulaire séduisant

Authenticité.

Potentiel.

Alignement.

Énergie.

Libération.

Vrai soi.

Ces mots peuvent être utilisés dans des contextes très différents.

Ils ne prouvent pas qu’une pratique possède une base théorique solide ni que le praticien est compétent.

Le pouvoir existe aussi dans une thérapie humaniste

Même lorsqu’un thérapeute affirme :

« Vous êtes l’expert de vous-même »,

il reste dans une position professionnelle particulière.

La personne peut accorder beaucoup d’importance à ses paroles.

Le thérapeute doit donc rester conscient de son influence.

Ne pas imposer sous couvert de liberté

Un thérapeute peut subtilement valoriser certains choix.

Quitter son emploi.

Rompre.

Pardonner.

Se réconcilier.

« Écoutez votre cœur. »

Ces conseils peuvent sembler libérateurs tout en orientant fortement la personne.

Le respect de l’autonomie exige davantage de prudence.

Une thérapie qui peut prendre son temps

Certaines psychothérapies humanistes sont relativement longues.

D’autres peuvent être brèves.

Il n’existe pas de durée obligatoire.

La fin dépend :

des objectifs ;

du travail effectué ;

des besoins ;

du cadre.

Comment savoir si le travail avance ?

Le progrès peut apparaître lorsque la personne :

comprend mieux son expérience ;

reconnaît davantage ses besoins ;

exprime plus clairement ses limites ;

prend des décisions plus conscientes ;

tolère mieux certaines émotions ;

se sent moins obligée de jouer un rôle ;

développe des relations plus satisfaisantes.

Il ne se mesure pas uniquement à la disparition d’un symptôme.

Mais le symptôme compte aussi

Une personne consulte parce qu’elle souffre.

Si après une longue période elle se comprend merveilleusement mais reste exactement aussi handicapée par le problème qui l’avait amenée, la question de l’efficacité doit être posée.

La profondeur de la relation ne dispense pas d’évaluer les résultats.

Quand envisager une autre approche ?

Lorsque :

le problème nécessite une intervention spécifique ;

aucune amélioration significative n’apparaît ;

le cadre ne convient pas ;

la personne souhaite davantage de structure ;

une prise en charge complémentaire est nécessaire.

Changer ou compléter une approche n’annule pas le travail déjà réalisé.

La liberté de ne pas aimer cette manière de travailler

Certaines personnes apprécient une thérapie ouverte, relationnelle et exploratoire.

D’autres préfèrent :

des objectifs très précis ;

des exercices ;

une structure importante ;

des explications techniques.

Aucune préférence ne constitue un défaut psychologique.

La meilleure thérapie n’est pas nécessairement celle qui correspond à l’idéal du thérapeute.

Une influence beaucoup plus large que son étiquette

L’un des paradoxes de la psychologie humaniste est que certaines de ses idées sont aujourd’hui si largement intégrées qu’elles ne semblent plus appartenir à une école particulière.

Écouter réellement la personne.

Collaborer avec elle.

Respecter son autonomie.

Ne pas la réduire à un diagnostic.

Tenir compte de ses valeurs.

Construire une relation thérapeutique authentique et professionnelle.

Ces principes ont largement dépassé les frontières du mouvement humaniste.

Une question centrale

La psychothérapie humaniste pose finalement une question qui reste pertinente quelle que soit l’école thérapeutique :

la personne qui entre dans le cabinet est-elle seulement l’objet d’une intervention ou reste-t-elle pleinement sujet de sa propre existence ?

La technique peut être excellente.

Le diagnostic peut être exact.

Le thérapeute peut posséder énormément de connaissances.

Mais aucune de ces choses ne devrait transformer celui qui consulte en objet passif que le professionnel serait chargé de réparer.

À retenir

La psychothérapie humaniste désigne une famille d’approches qui accordent une place centrale à :

l’expérience subjective ;

la relation thérapeutique ;

l’empathie ;

l’authenticité ;

l’autonomie ;

la liberté ;

la responsabilité ;

les valeurs ;

le développement de la personne.

Elle s’est notamment développée autour de figures telles que Carl Rogers et Abraham Maslow, parallèlement à d’autres courants humanistes, expérientiels et existentiels.

L’approche centrée sur la personne de Rogers a particulièrement mis en avant l’empathie, la congruence et la considération positive inconditionnelle.

Les thérapies humanistes ne constituent cependant pas un ensemble homogène. Certaines possèdent des méthodes très spécifiques, comme la Gestalt-thérapie ou le focusing.

Elles ne doivent pas non plus être réduites à une écoute passive ou à une philosophie selon laquelle il suffirait de « devenir soi-même ».

La personne vit toujours dans un contexte réel, avec des contraintes réelles. Sa liberté existe à l’intérieur de cette réalité et non en dehors d’elle.

Enfin, respecter l’expérience subjective ne signifie pas confondre sentiment et fait, ni considérer que toutes les interprétations se valent.

L’apport majeur de la psychothérapie humaniste est peut-être d’avoir rappelé une évidence que toute technique risque parfois de faire oublier : celui qui vient demander de l’aide n’est ni un diagnostic, ni un ensemble de symptômes, ni un problème à résoudre. C’est une personne entière, avec une histoire qu’elle n’a pas entièrement choisie, une réalité qu’elle ne contrôle pas complètement, mais aussi une capacité à comprendre, décider, créer du sens et participer activement à la direction que prendra la suite de sa vie.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.