LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

PSYCHOTHÉRAPIE FAMILIALE ET THÉRAPIE SYSTÉMIQUE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

PSYCHOTHÉRAPIE FAMILIALE ET THÉRAPIE SYSTÉMIQUE

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La psychothérapie familiale et les thérapies systémiques proposent un changement important de perspective.

Lorsqu’une personne présente une difficulté, elles ne demandent pas uniquement :

« Qu’est-ce qui se passe en elle ? »

Elles peuvent également demander :

« Qu’est-ce qui se passe entre les personnes, dans leurs relations, leurs interactions et le système auquel elles appartiennent ? »

Une difficulté individuelle peut évidemment avoir des dimensions personnelles, biologiques ou psychologiques.

Mais elle apparaît toujours dans un environnement.

Famille.

Couple.

École.

Travail.

Groupe social.

Culture.

La pensée systémique cherche donc à comprendre comment différents éléments s’influencent mutuellement.

Qu’est-ce qu’un système ?

Un système est un ensemble d’éléments en interaction.

Dans une famille, le comportement d’une personne influence les autres.

Et leurs réactions l’influencent à leur tour.

Un changement chez un membre peut modifier l’équilibre de l’ensemble.

Le système familial n’est donc pas simplement une addition d’individus vivant sous le même toit.

Il possède des relations, des règles, des habitudes, des rôles et une histoire.

Penser en interactions

Une adolescente rentre de plus en plus tard.

Ses parents deviennent plus contrôlants.

Elle ressent ce contrôle comme une preuve qu’ils ne lui font pas confiance.

Elle dissimule davantage ses activités.

Les parents découvrent certains mensonges.

Ils renforcent encore la surveillance.

Elle devient encore plus secrète.

Qui a commencé ?

La question peut être moins utile que :

comment ce cycle se maintient-il aujourd’hui ?
La causalité circulaire

La pensée systémique a beaucoup développé l’idée de causalité circulaire.

A influence B.

B réagit.

La réaction de B influence A.

A modifie alors son comportement.

Et ainsi de suite.

Cela contraste avec une causalité strictement linéaire :

A provoque B.

Circulaire ne signifie pas responsabilité égale

Cette distinction est essentielle.

La causalité circulaire peut être très utile pour comprendre des interactions ordinaires.

Mais elle ne doit jamais devenir une manière de répartir artificiellement la responsabilité.

Lorsqu’une personne exerce :

violence ;

maltraitance ;

abus sexuel ;

intimidation ;

contrôle coercitif ;

la responsabilité de cet acte lui appartient.

On ne transforme pas la violence en simple « danse relationnelle ».

Les origines des thérapies systémiques

Les approches systémiques se développent particulièrement au milieu du XXe siècle.

Elles sont influencées par plusieurs domaines :

théorie générale des systèmes ;

cybernétique ;

théorie de la communication ;

anthropologie ;

psychologie ;

psychiatrie.

Différentes écoles apparaissent ensuite.

Elles ne proposent pas toutes la même théorie ni les mêmes techniques.

Gregory Bateson

Les travaux de Gregory Bateson ont joué un rôle important dans le développement de la pensée systémique et de l’étude de la communication.

Ses recherches et celles de collaborateurs ont influencé plusieurs courants de thérapie familiale.

Certaines hypothèses historiques issues de cette période ont toutefois été fortement discutées ou abandonnées.

Le double bind

La notion de double contrainte ou double bind est notamment associée à Bateson et à ses collaborateurs.

Elle décrit schématiquement une situation dans laquelle une personne reçoit des messages contradictoires à différents niveaux et dispose de peu de possibilités pour sortir de cette contradiction.

Cette notion a eu une grande influence historique.

Une hypothèse qui a parfois été trop loin

Certaines théories anciennes ont tenté de relier directement certaines formes de communication familiale à la schizophrénie.

Ces formulations ont parfois conduit à culpabiliser les familles, notamment les mères.

Cette causalité simpliste n’est pas justifiée.

La schizophrénie ne doit pas être présentée comme produite par une mauvaise communication familiale.

La famille n’est pas coupable de tout

La thérapie familiale ne devrait jamais devenir :

« Si votre enfant souffre, c’est parce que votre famille fonctionne mal. »

Une difficulté psychologique peut être influencée par de nombreux facteurs :

biologiques ;

développementaux ;

psychologiques ;

relationnels ;

sociaux ;

environnementaux.

Le système familial constitue une dimension possible, non l’explication universelle.

Le symptôme dans le système

Certaines approches systémiques s’intéressent à la fonction que peut prendre un symptôme dans une organisation familiale.

Par exemple, un conflit autour d’un enfant peut mobiliser toute la famille et détourner temporairement l’attention d’un conflit conjugal.

Cette hypothèse peut parfois être utile.

Mais elle doit rester une hypothèse.

L’enfant n’est pas malade « pour sauver ses parents »

Il serait dangereux de transformer une lecture systémique en affirmation :

« Votre enfant développe ce symptôme pour maintenir votre couple. »

Un symptôme n’est pas nécessairement une stratégie volontaire ou inconsciente au service de la famille.

Le thérapeute doit éviter de construire une histoire élégante qui dépasse ce que la situation permet réellement de conclure.

Le patient désigné

La thérapie familiale utilise parfois l’expression patient désigné.

Une famille consulte parce qu’un membre est présenté comme celui qui a le problème.

« C’est lui qui ne va pas. »

Le thérapeute peut alors examiner le contexte relationnel plus large.

Celui qui porte le symptôme

Le fait qu’une personne manifeste le symptôme le plus visible ne signifie pas nécessairement qu’elle constitue à elle seule tout le problème familial.

Un enfant peut être celui qui :

crie ;

refuse l’école ;

se replie ;

présente des difficultés.

Mais les interactions autour de lui peuvent également mériter d’être travaillées.

Ne pas nier la souffrance individuelle

L’idée de patient désigné ne doit pas servir à dire :

« Votre dépression n’existe pas, c’est votre famille qui est malade. »

Une personne peut réellement présenter un trouble ou une souffrance individuelle.

Le travail systémique ajoute un niveau d’analyse.

Il ne doit pas effacer les autres.

Les frontières familiales

Certaines approches s’intéressent aux frontières entre les membres et sous-groupes familiaux.

Parents.

Enfants.

Fratrie.

Couple.

Grands-parents.

Ces frontières peuvent être plus ou moins claires.

Une frontière trop rigide

Dans certaines familles, chacun fonctionne presque indépendamment.

Peu de communication.

Peu d’aide.

Peu de partage.

La distance peut devenir importante.

Une frontière trop diffuse

À l’inverse, certaines familles laissent très peu d’espace individuel.

Tout le monde sait tout.

Décide de tout.

Intervient partout.

Une séparation psychologique ou pratique devient difficile.

Ni fusion ni isolement obligatoires

La thérapie ne cherche pas un modèle familial unique.

Certaines familles sont naturellement très proches.

D’autres valorisent davantage l’autonomie.

La question est de savoir si l’organisation permet suffisamment :

de sécurité ;

de liberté ;

de communication ;

d’adaptation.

Salvador Minuchin et la thérapie structurale

Le psychiatre Salvador Minuchin est une figure majeure de la thérapie familiale structurale.

Cette approche s’intéresse notamment :

à la structure familiale ;

aux sous-systèmes ;

aux frontières ;

aux alliances ;

à la hiérarchie ;

aux interactions.

Le thérapeute observe comment la famille s’organise concrètement.

Les sous-systèmes

Une famille comporte plusieurs sous-systèmes.

Le couple.

Les parents.

La fratrie.

Une même personne peut appartenir à plusieurs d’entre eux.

Une femme peut être simultanément :

conjointe ;

mère ;

fille ;

sœur.

Les règles ne sont pas nécessairement identiques dans chacun de ces espaces.

Le sous-système parental

Les parents doivent pouvoir exercer certaines fonctions parentales sans que l’enfant devienne responsable de leurs décisions.

Lorsque les frontières deviennent confuses, un enfant peut parfois être entraîné dans des responsabilités qui ne correspondent pas à sa place.

Parentification

On parle parfois de parentification lorsqu’un enfant assume durablement des responsabilités émotionnelles ou pratiques excessives pour son âge et sa position.

Il peut devenir :

confident d’un parent ;

médiateur du couple ;

protecteur ;

responsable de frères et sœurs.

Aider occasionnellement sa famille n’est pas en soi pathologique.

La question concerne la charge, la durée et le coût pour l’enfant.

« Tu es l’homme de la maison maintenant »

Après une séparation ou un décès, un enfant peut recevoir implicitement ou explicitement une fonction d’adulte.

Cette responsabilité peut être valorisante en apparence tout en devenant extrêmement lourde.

La thérapie peut aider à rendre aux adultes ce qui relève de leur responsabilité.

Les coalitions

Deux membres peuvent former une alliance particulièrement forte contre un troisième.

Par exemple :

un parent et un enfant contre l’autre parent.

Le thérapeute peut observer ces configurations sans immédiatement attribuer des intentions malveillantes.

La triangulation

Lorsqu’un conflit entre deux personnes devient difficile à supporter, une troisième peut être entraînée dans la relation.

C’est l’une des formes de triangulation.

Un couple en conflit peut, par exemple, communiquer principalement à travers son enfant.

« Dis à ton père… »

« Explique à ta mère… »

L’enfant devient intermédiaire.

Sortir l’enfant du conflit

Un objectif thérapeutique peut être de restaurer une communication directe entre adultes.

L’enfant n’a pas à devenir :

messager ;

juge ;

confident ;

arbitre.

Le protéger signifie notamment lui rendre sa place d’enfant.

Murray Bowen

Murray Bowen a développé une autre tradition importante de thérapie familiale.

Il s’intéresse notamment :

à la différenciation de soi ;

aux triangles ;

aux processus émotionnels familiaux ;

à la transmission intergénérationnelle.

La différenciation

La différenciation de soi désigne, dans cette tradition, la capacité à rester émotionnellement lié aux autres tout en conservant suffisamment sa propre position.

Ce n’est ni :

fusion ;

ni rupture.

Une personne peut aimer sa famille et ne pas penser exactement comme elle.

Se différencier sans couper

Dire :

« Je ne suis pas d’accord »

sans devoir :

se soumettre ;

attaquer ;

disparaître

peut constituer un changement important.

La différenciation n’exige pas nécessairement de rompre avec sa famille.

La coupure émotionnelle

Certaines personnes gèrent une relation familiale très chargée en coupant presque complètement le contact.

Cette coupure peut parfois être nécessaire, notamment lorsqu’une relation est dangereuse ou abusive.

Elle ne doit donc jamais être automatiquement interprétée comme une incapacité psychologique à se différencier.

La sécurité prime sur la théorie.

Transmission intergénérationnelle

Les familles transmettent de nombreuses choses :

valeurs ;

histoires ;

croyances ;

habitudes ;

rôles ;

manières de communiquer ;

secrets ;

attentes.

Certaines transmissions sont explicites.

D’autres beaucoup moins.

« Chez nous, on ne parle pas de ça »

Une famille peut transmettre une règle sans jamais l’écrire.

On ne parle pas :

de maladie ;

d’argent ;

de sexualité ;

de conflits ;

de décès ;

de certaines personnes.

Le silence lui-même devient une tradition.

Les loyautés familiales

Une personne peut ressentir qu’un choix personnel constitue une trahison.

Changer de métier.

Épouser quelqu’un que la famille n’aurait pas choisi.

Vivre loin.

Gagner davantage.

Adopter d’autres valeurs.

La thérapie peut explorer ces loyautés sans considérer automatiquement la famille comme un obstacle.

Le génogramme

Le génogramme est un outil fréquemment utilisé dans certaines thérapies familiales et systémiques.

Il ressemble à un arbre généalogique enrichi.

Il peut représenter :

membres de la famille ;

couples ;

séparations ;

enfants ;

décès ;

relations ;

événements importants.

Plusieurs générations

Le génogramme peut permettre d’observer des répétitions ou des événements familiaux sur plusieurs générations.

Divorces.

Migrations.

Décès précoces.

Métiers.

Ruptures.

Maladies.

Mais observer une répétition ne prouve pas automatiquement l’existence d’une cause psychologique transgénérationnelle.

Attention aux histoires trop parfaites

Trois femmes de la même famille divorcent à quarante ans.

C’est intéressant.

Mais cela ne prouve pas l’existence d’une « programmation familiale du divorce à quarante ans ».

Une coïncidence ou une répétition peut susciter des questions.

Elle ne constitue pas à elle seule une explication.

Le transgénérationnel

Le terme transgénérationnel est aujourd’hui très utilisé.

Certaines transmissions familiales sont parfaitement documentables :

traumatismes ;

conditions sociales ;

croyances ;

comportements ;

styles relationnels ;

effets biologiques ou environnementaux dans certains contextes.

Mais certaines affirmations populaires vont beaucoup plus loin que les données disponibles.

Les secrets de famille

Un secret peut influencer les relations.

Qui sait ?

Qui ne sait pas ?

Qui protège qui ?

Qu’est-ce qui peut être dit ?

La thérapie peut aider à comprendre ces dynamiques.

Mais elle ne doit pas partir à la recherche d’un secret supposé simplement parce qu’un symptôme existe.

« Il doit y avoir quelque chose »

Cette idée peut devenir dangereuse.

Un thérapeute ne doit pas transformer l’absence d’information en preuve qu’un secret traumatique existe nécessairement.

L’hypothèse ne doit pas fabriquer son propre fait.

Virginia Satir

Virginia Satir constitue une autre figure importante de la thérapie familiale.

Son approche a beaucoup insisté sur :

communication ;

estime de soi ;

congruence ;

relations ;

croissance personnelle.

Elle cherchait notamment à aider les familles à développer des échanges plus authentiques et plus respectueux.

Communication congruente

Une communication congruente cherche à rapprocher :

ce que la personne ressent ;

ce qu’elle pense ;

ce qu’elle exprime.

Elle ne signifie pas dire brutalement tout ce qui traverse l’esprit.

L’authenticité n’abolit pas le respect.

L’école de Milan

L’école de Milan a également joué un rôle majeur dans l’histoire des thérapies systémiques.

Elle a développé différentes manières d’explorer :

relations ;

croyances ;

règles ;

jeux familiaux.

Les questions circulaires sont notamment devenues un outil important.

Les questions circulaires

Au lieu de demander uniquement :

« Pourquoi êtes-vous en colère contre votre père ? »

le thérapeute peut demander :

« Quand votre père se met en colère, qui dans la famille essaie généralement de le calmer ? »

Puis :

« Et que fait votre mère à ce moment-là ? »

La question fait apparaître les relations entre plusieurs personnes.

Changer de perspective

Le thérapeute peut demander à un enfant :

« Qui pense que maman est la plus inquiète quand tu ne vas pas à l’école ? »

Cette question ne cherche pas nécessairement une vérité objective.

Elle explore la représentation que chacun possède du système familial.

Le recadrage

Le recadrage consiste à proposer une autre manière de comprendre un comportement.

Une adolescente décrite comme :

« insupportablement opposante »

peut également être vue comme :

« cherchant maladroitement davantage d’autonomie ».

Le comportement n’est pas nié.

Sa signification possible est élargie.

Recadrer n’est pas excuser

Comprendre qu’une agressivité exprime parfois une peur ne signifie pas que l’agression devient acceptable.

Une nouvelle compréhension doit aider à intervenir plus efficacement.

Elle ne doit pas supprimer les limites.

L’homéostasie familiale

Certaines théories systémiques utilisent la notion d’homéostasie pour décrire la tendance d’un système à maintenir un certain équilibre.

Même lorsqu’un fonctionnement est insatisfaisant, il peut être devenu familier et relativement stable.

Un changement chez une personne peut donc provoquer des réactions chez les autres.

Quand une personne change

Une personne commence à dire non.

La famille répond :

« Tu as changé. »

C’est vrai.

Et le système doit s’adapter.

Les autres peuvent essayer, consciemment ou non, de rétablir l’ancien fonctionnement.

Le changement peut déranger

Une amélioration individuelle ne produit pas toujours immédiatement une harmonie familiale.

Quelqu’un qui cesse de tout prendre en charge laisse nécessairement des tâches que d’autres devront assumer.

Son changement peut donc créer des tensions avant de produire un nouvel équilibre.

Les règles familiales

Certaines règles sont explicites.

« Nous mangeons ensemble le dimanche. »

D’autres sont implicites.

« On ne contredit jamais papa. »

« Les problèmes restent dans la famille. »

« Il faut toujours aider, même lorsqu’on n’en peut plus. »

La thérapie peut rendre ces règles visibles.

Une règle peut avoir eu une fonction

Une famille ayant vécu une grande précarité peut avoir appris :

« On ne gaspille jamais rien. »

Cette règle a pu être indispensable.

Plus tard, dans un contexte différent, elle peut devenir excessivement rigide.

La thérapie peut aider à distinguer :

ce qui a protégé autrefois ;

ce qui aide encore aujourd’hui.

Les mythes familiaux

Une famille peut construire certaines représentations collectives.

« Nous sommes une famille forte. »

« Chez nous, personne ne divorce. »

« Nous nous débrouillons toujours seuls. »

Ces récits peuvent soutenir l’identité familiale.

Ils peuvent aussi rendre certaines réalités impossibles à reconnaître.

« Chez nous, tout va bien »

Une famille peut avoir beaucoup de difficultés à admettre :

souffrance ;

conflit ;

maladie psychologique.

Demander de l’aide peut alors sembler trahir l’identité familiale.

Le thérapeute doit comprendre la fonction de cette représentation avant de chercher à la modifier.

Le cycle de vie familial

Les familles traversent différentes transitions.

Formation du couple.

Naissance des enfants.

Entrée à l’école.

Adolescence.

Départ des enfants.

Vieillissement.

Retraite.

Décès.

Chaque étape nécessite une réorganisation.

Une règle adaptée hier peut devenir inadéquate

Un enfant de six ans et un adolescent de seize ans ne peuvent pas être encadrés exactement de la même manière.

La famille doit régulièrement modifier :

frontières ;

autonomie ;

responsabilités ;

règles.

Certaines crises apparaissent lorsque le système n’arrive pas à effectuer cette transition.

L’adolescence

L’adolescent cherche généralement davantage :

d’autonomie ;

d’intimité ;

d’expériences extérieures à la famille.

Les parents doivent simultanément continuer à exercer une fonction de protection.

La négociation peut devenir difficile.

Contrôle et autonomie

Plus les parents s’inquiètent, plus ils contrôlent.

Plus l’adolescent se sent contrôlé, plus il cache.

Plus il cache, plus les parents s’inquiètent.

Une thérapie familiale peut aider à interrompre ce cycle sans déclarer :

« les parents doivent tout laisser faire »

ou

« l’adolescent doit obéir sans discussion ».

Le départ des enfants

Lorsque les enfants deviennent autonomes, les parents doivent parfois redéfinir :

leur couple ;

leur quotidien ;

leur identité ;

leur relation avec leurs enfants devenus adultes.

Une difficulté à effectuer cette transition peut créer des tensions importantes.

L’enfant adulte

Une personne de quarante ans reste l’enfant de ses parents.

Mais elle n’est plus un enfant au sens relationnel.

Les familles doivent parfois apprendre à passer :

de l’autorité parentale

à une relation entre adultes.

Les grands-parents

Les grands-parents peuvent constituer :

ressource ;

soutien ;

transmission ;

mais aussi parfois source de conflit.

Qui décide pour l’enfant ?

Jusqu’où peuvent-ils intervenir ?

Les frontières intergénérationnelles doivent parfois être renégociées.

Les familles recomposées

Une famille recomposée ne peut pas toujours reproduire immédiatement le modèle d’une famille constituée depuis la naissance des enfants.

Elle doit construire progressivement :

rôles ;

autorité ;

liens ;

rituels ;

frontières.

Le beau-parent ne possède pas automatiquement la même place que le parent.

Les loyautés de l’enfant

Un enfant peut craindre qu’aimer son beau-parent signifie trahir son autre parent.

Cette loyauté peut créer des comportements difficiles à comprendre.

La thérapie familiale peut aider les adultes à ne pas obliger l’enfant à choisir affectivement.

Adoption

Les familles adoptives peuvent rencontrer certaines questions particulières autour :

des origines ;

de l’appartenance ;

de l’histoire ;

de l’identité ;

des liens familiaux.

Mais l’adoption ne doit pas devenir l’explication automatique de chaque difficulté rencontrée par l’enfant ou l’adulte adopté.

Parler des origines

Les besoins varient selon :

l’âge ;

l’histoire ;

la personne ;

les informations disponibles.

Le thérapeute ne doit ni imposer une quête des origines ni empêcher une personne de s’y intéresser.

Familles d’accueil

Les familles d’accueil vivent également des configurations particulières.

Attachement.

Séparation.

Relations avec la famille d’origine.

Institutions.

Incertitude.

Le travail systémique peut aider à penser ces différents liens sans réduire la situation à une seule relation.

Migration

Une migration peut bouleverser l’organisation familiale.

Les enfants apprennent parfois plus rapidement la langue et les codes du nouveau pays.

Ils peuvent devenir interprètes ou médiateurs pour leurs parents.

Les rôles peuvent alors être partiellement inversés.

Deux cultures

Les familles migrantes peuvent devoir articuler :

culture d’origine ;

culture du pays d’accueil ;

attentes générationnelles ;

religion ;

langue ;

valeurs.

Le conflit ne signifie pas nécessairement que l’une des cultures est problématique.

Il peut concerner la manière dont la famille négocie leur coexistence.

Familles multiculturelles

Dans les familles multiculturelles, des différences peuvent apparaître concernant :

éducation ;

autorité ;

autonomie ;

religion ;

relations avec la famille élargie.

Le thérapeute doit éviter d’interpréter automatiquement une différence culturelle comme un dysfonctionnement psychologique.

Familles LGBT+

Une thérapie familiale peut accompagner des familles comportant :

parents LGBT+ ;

enfants LGBT+ ;

familles recomposées ;

différentes configurations parentales.

Le thérapeute doit distinguer les difficultés relationnelles internes des difficultés produites par :

stigmatisation ;

discrimination ;

rejet social.

Lorsqu’un enfant fait son coming out

Le travail familial peut parfois aider :

l’enfant ou l’adolescent à être entendu ;

les parents à comprendre leurs réactions ;

la famille à maintenir ou reconstruire le lien.

L’objectif thérapeutique n’est évidemment pas de modifier l’orientation sexuelle de la personne.

Religion et famille

La religion peut constituer :

ressource ;

identité ;

communauté ;

source de sens.

Elle peut également devenir un lieu de conflit lorsque les membres évoluent différemment.

Le thérapeute n’a pas à imposer :

croyance ;

incroyance ;

pratique ;

abandon de la pratique.

Il travaille sur la relation et la liberté des personnes.

Le handicap

Lorsqu’un membre de la famille vit avec un handicap, l’ensemble de l’organisation familiale peut être affecté.

Temps.

Soins.

Finances.

Responsabilités.

Relations fraternelles.

Projets.

La thérapie peut offrir un espace où chacun peut exprimer son expérience.

Les frères et sœurs

Les frères et sœurs d’un enfant nécessitant beaucoup de soins peuvent parfois se sentir :

invisibles ;

coupables de leurs propres besoins ;

obligés d’être « faciles ».

Le travail familial peut permettre de reconnaître leur place sans opposer les souffrances.

La maladie chronique

Une maladie chronique peut progressivement réorganiser toute la famille.

Le risque est que chaque relation soit définie uniquement par :

soigner ;

protéger ;

surveiller ;

s’inquiéter.

La thérapie peut aider à préserver d’autres dimensions des liens.

Le deuil familial

Un décès touche chaque membre différemment.

L’un parle beaucoup.

L’autre se tait.

L’un veut regarder les photos.

L’autre ne le supporte pas.

Ces différences peuvent créer des incompréhensions.

La famille peut croire :

« Il ne souffre pas »

simplement parce qu’il ne souffre pas de la même manière.

Un deuil collectif, des deuils individuels

La famille a perdu la même personne.

Mais chacun a perdu une relation différente.

Le conjoint perd son partenaire.

L’enfant perd son parent.

Le frère perd son frère.

La thérapie peut aider à laisser coexister ces expériences.

Le suicide dans une famille

Après un suicide, la famille peut être traversée par :

culpabilité ;

colère ;

questions sans réponse ;

honte ;

silence.

Un accompagnement adapté peut aider à éviter que chaque membre reste seul avec sa propre interprétation.

Mais la thérapie ne peut pas toujours fournir une explication certaine au geste de la personne décédée.

Les secrets après un décès

Certaines informations peuvent apparaître après la mort.

Cela peut bouleverser la représentation que la famille avait de son histoire.

Le travail thérapeutique peut aider à intégrer ces nouvelles informations sans prétendre reconstruire parfaitement les motivations de la personne absente.

Les conflits de fratrie

Les rivalités entre frères et sœurs peuvent persister longtemps à l’âge adulte.

Héritage.

Parents vieillissants.

Reconnaissance.

Favoritisme ancien.

Responsabilité des soins.

Un événement actuel peut réactiver une histoire vieille de plusieurs décennies.

« Maman t’a toujours préféré »

Une discussion sur la maison familiale peut devenir en réalité une discussion sur quarante ans de sentiment d’injustice.

Le thérapeute peut aider à distinguer :

le problème concret actuel ;

l’histoire relationnelle qu’il réactive.

Les parents vieillissants

Lorsque les parents perdent de l’autonomie, les enfants adultes doivent parfois prendre des décisions ensemble.

Qui aide ?

Qui paie ?

Qui se déplace ?

Qui décide ?

Les anciens rôles de fratrie peuvent réapparaître.

La famille à distance

Les familles contemporaines vivent parfois dans plusieurs villes ou pays.

La proximité relationnelle ne correspond plus nécessairement à la proximité géographique.

La thérapie systémique doit intégrer :

visioconférence ;

mobilité ;

familles transnationales ;

communications numériques.

Réseaux sociaux et famille

Les conflits familiaux peuvent désormais continuer en permanence par :

messages ;

groupes familiaux ;

réseaux sociaux.

Une dispute ne s’arrête plus nécessairement lorsque chacun rentre chez lui.

Le téléphone prolonge le système relationnel.

Les groupes familiaux numériques

Un simple groupe de messagerie peut révéler certaines dynamiques :

qui répond toujours ?

qui est ignoré ?

qui transmet les nouvelles ?

qui organise ?

qui quitte le groupe après chaque conflit ?

Ces comportements peuvent être explorés sans leur attribuer automatiquement une signification pathologique.

La famille choisie

La famille ne se réduit pas nécessairement aux liens biologiques ou juridiques.

Certaines personnes construisent des liens extrêmement importants avec :

amis ;

communautés ;

proches choisis.

Le thérapeute doit demander :

« Qui compte réellement dans votre système relationnel ? »

plutôt que présumer la réponse.

Thérapie familiale sans toute la famille

Il n’est pas toujours nécessaire que tous les membres soient présents.

Une approche systémique peut travailler avec :

une personne ;

un couple ;

une partie de la famille.

Modifier la manière dont une personne répond aux interactions peut parfois modifier le système.

« Il refuse de venir »

La thérapie n’est donc pas nécessairement impossible.

Le thérapeute peut travailler avec les personnes présentes.

Il ne peut cependant pas prétendre connaître précisément l’expérience de celui qui n’est pas là.

Ne pas parler à la place de l’absent

« Votre mari pense certainement… »

Non.

Le thérapeute peut proposer :

« Vous imaginez qu’il pense… »

Cette nuance maintient la distinction entre hypothèse et réalité.

Les enfants en séance

La présence des enfants peut être très informative.

Le thérapeute observe :

qui parle pour qui ;

qui interrompt ;

qui protège ;

qui se rapproche de qui.

Mais observer une interaction pendant une séance ne permet pas de résumer toute la famille.

Le cabinet constitue une situation particulière.

Faire jouer la famille

Certaines thérapies utilisent :

dessin ;

jeu ;

objets ;

sculpture familiale ;

mise en scène.

Ces médiations peuvent rendre visibles certaines représentations relationnelles.

Elles ne sont pas des tests permettant de découvrir automatiquement une vérité cachée.

La sculpture familiale

Les membres peuvent être placés dans l’espace pour représenter la manière dont quelqu’un perçoit la famille.

Très proches.

Éloignés.

Tournés les uns vers les autres.

Cette représentation peut ouvrir une conversation.

Elle reste subjective.

« Pourquoi m’as-tu mise si loin ? »

La scène peut faire apparaître un sentiment qui n’avait jamais été formulé.

Mais le placement ne prouve pas objectivement la qualité réelle de la relation.

Il montre quelque chose de l’expérience actuelle de celui qui construit la sculpture.

Les tâches familiales

Certaines approches proposent des exercices entre les séances.

Modifier une routine.

Organiser un temps commun.

Changer la manière de répondre à une situation.

Ces tâches doivent avoir un objectif clair.

La famille n’est pas une classe qui doit rendre ses devoirs.

Observer ce qui change

Une petite modification peut produire des effets inattendus.

Un parent cesse de répéter dix fois la même consigne.

L’enfant réagit différemment.

L’autre parent intervient autrement.

Le thérapeute observe alors la nouvelle configuration.

Le paradoxe

Certaines écoles systémiques historiques ont utilisé des interventions paradoxales.

Elles pouvaient notamment prescrire ou recadrer certains comportements de manière inattendue.

Ces techniques ont joué un rôle important dans l’histoire du domaine.

Elles nécessitent toutefois prudence et compétence.

La thérapie n’est pas un jeu de manipulation

Le thérapeute ne doit pas essayer d’être plus rusé que la famille.

Les interventions opaques destinées à provoquer secrètement un comportement posent des questions éthiques.

Les pratiques contemporaines privilégient souvent davantage :

collaboration ;

transparence ;

autonomie.

Approches narratives

Les thérapies narratives, étudiées précédemment, ont également été influencées par les perspectives systémiques et sociales.

Elles s’intéressent notamment aux histoires que les familles construisent autour :

des problèmes ;

des identités ;

des relations.

Elles peuvent aider à desserrer certaines descriptions devenues totalisantes.

« Il est le problème de la famille »

Cette phrase peut enfermer un enfant dans un rôle.

Chaque comportement futur est ensuite lu à travers cette identité.

Le travail thérapeutique peut chercher des moments où cette description ne correspond pas à la réalité.

Approches centrées solutions

Les thérapies orientées solutions peuvent également être utilisées avec les familles.

Elles demandent notamment :

ce qui fonctionne déjà ;

ce que la famille souhaite obtenir ;

quand le problème est moins présent ;

quel petit changement serait observable.

Cette orientation sera développée dans son chapitre spécifique.

Thérapie familiale et psychothérapie individuelle

Ces approches ne sont pas concurrentes par principe.

Une personne peut bénéficier :

d’un travail individuel ;

d’un travail familial ;

ou des deux.

La question est de déterminer quel niveau d’intervention est pertinent.

Tout ne doit pas devenir familial

Une personne peut souhaiter travailler quelque chose qui lui appartient intimement.

Elle n’a pas besoin d’amener sa famille dans chaque difficulté.

La thérapie systémique ne signifie pas que tous les problèmes doivent être traités collectivement.

Et tout ne doit pas devenir individuel

Inversement, demander à un enfant de modifier seul un comportement alors que toute l’organisation familiale contribue au problème peut être insuffisant.

Le niveau d’intervention doit correspondre à la situation.

Le thérapeute systémique

Il ne cherche pas seulement :

« Qui a raison ? »

Il observe plutôt :

« Que se passe-t-il quand A fait ceci ? »

« Que fait B ensuite ? »

« Et que fait C lorsque B réagit ainsi ? »

Il cartographie les interactions.

Neutralité, multipartialité

Certains thérapeutes préfèrent parler de multipartialité plutôt que de neutralité.

L’idée est de pouvoir reconnaître successivement la perspective de plusieurs membres sans devenir l’allié permanent d’un camp.

Comprendre n’est pas approuver

Le thérapeute peut comprendre pourquoi un parent devient très contrôlant parce qu’il a peur.

Il peut simultanément reconnaître que ce contrôle est devenu excessif.

Les deux niveaux peuvent coexister.

L’enfant doit pouvoir être entendu

Dans une thérapie familiale, les adultes ne doivent pas monopoliser la définition du problème.

Un enfant ou un adolescent doit pouvoir exprimer son expérience selon son âge et ses capacités.

Mais il ne doit pas devenir responsable de résoudre le conflit familial.

Confidentialité

La confidentialité devient complexe lorsqu’il existe plusieurs participants.

Que se passe-t-il lorsqu’un membre contacte seul le thérapeute ?

Que devient une information révélée individuellement ?

Les règles doivent être expliquées dès le début.

Les secrets individuels

Comme en thérapie de couple, le professionnel doit disposer d’une politique claire concernant les informations susceptibles de modifier profondément le travail familial.

Il ne peut pas devenir durablement le gardien d’un secret qui rend la séance collective artificielle sans réfléchir aux conséquences.

Consentement

Les adultes doivent comprendre le cadre.

Pour les enfants et adolescents, les règles juridiques varient selon les situations et les pays.

Au-delà du consentement légal, il est important de rechercher autant que possible leur participation réelle.

Un enfant physiquement présent mais totalement contraint ne participe pas de la même manière.

La sécurité

Le thérapeute doit évaluer les situations dans lesquelles la parole collective pourrait mettre quelqu’un en danger.

Violence.

Maltraitance.

Contrôle coercitif.

Menaces.

Certaines informations ne peuvent pas être travaillées simplement autour d’une table familiale.

Maltraitance de l’enfant

La protection de l’enfant prime sur la préservation de l’harmonie familiale.

Une thérapie familiale ne doit pas être utilisée pour négocier avec un adulte afin que l’enfant « supporte mieux » une situation abusive.

Les obligations professionnelles de protection dépendent du cadre juridique applicable.

Inceste et abus sexuels

Il serait particulièrement dangereux de présenter l’abus sexuel comme le résultat d’un dysfonctionnement partagé par toute la famille.

L’auteur de l’abus est responsable de son acte.

La famille peut avoir besoin d’un accompagnement, mais le langage systémique ne doit jamais dissoudre cette responsabilité.

Thérapie familiale après la violence

Un travail familial peut parfois devenir possible dans certaines situations après des évaluations et protections appropriées.

Mais il ne doit jamais être présumé nécessaire.

La sécurité et l’intérêt des victimes passent avant le projet de réunification familiale.

Séparation et divorce

La thérapie familiale peut accompagner une famille lorsque les parents se séparent.

L’objectif n’est pas forcément de reformer le couple.

Il peut être d’aider la famille à construire une nouvelle organisation.

La famille continue autrement

Après un divorce, le couple conjugal peut disparaître.

Mais lorsqu’il existe des enfants, certaines fonctions parentales continuent.

La thérapie peut aider à différencier :

fin du couple ;

continuité de la parentalité.

Conflits parentaux

Les enfants souffrent particulièrement lorsqu’ils sont enrôlés dans le conflit.

Messages.

Interrogatoires.

Critiques de l’autre parent.

Obligation de choisir.

Le travail peut chercher à restaurer des frontières plus protectrices.

Quand la coparentalité directe est impossible

Dans certaines situations très conflictuelles ou dangereuses, rechercher une communication étroite entre parents peut être irréaliste.

Des formes de parentalité plus parallèles et structurées peuvent parfois être nécessaires.

Le modèle doit s’adapter à la réalité.

La thérapie familiale et l’école

Pour un enfant ou adolescent, l’école peut être une partie importante du système.

Avec les autorisations nécessaires, une coordination peut parfois être utile.

Mais le thérapeute doit respecter :

confidentialité ;

rôles professionnels ;

intérêt de l’enfant.

La thérapie familiale et les institutions

Une famille peut être entourée de nombreux professionnels :

médecins ;

éducateurs ;

enseignants ;

services sociaux ;

psychologues.

Ces systèmes professionnels peuvent eux-mêmes communiquer difficilement.

La coordination peut parfois devenir une partie importante du travail.

La famille n’est pas seule responsable

Une approche véritablement systémique devrait également regarder :

conditions sociales ;

précarité ;

discrimination ;

institutions ;

environnement.

Il serait paradoxal d’appeler une thérapie « systémique » tout en réduisant tout le système aux quatre murs de la maison.

Le contexte social

Une famille vivant dans une grande précarité peut présenter beaucoup de tensions.

La thérapie peut aider ses membres à communiquer.

Mais elle ne supprimera pas :

dettes ;

logement insalubre ;

insécurité professionnelle.

Le contexte doit rester visible.

Les rapports de pouvoir

Tous les membres d’un système ne possèdent pas le même pouvoir.

Adulte et enfant.

Employeur et salarié.

Personne dépendante et aidant.

Partenaire financièrement dépendant et partenaire contrôlant les ressources.

Une analyse systémique qui ignore le pouvoir risque de devenir injuste.

Le thérapeute fait aussi partie du système thérapeutique

Dès qu’il rencontre la famille, le thérapeute influence la situation.

Qui lui parle ?

Qui cherche son approbation ?

Qui pense qu’il prend parti ?

Comment ses propres réactions modifient-elles l’échange ?

La pensée systémique inclut également cette réflexivité.

Ne pas observer depuis une tour

Le thérapeute n’est pas totalement extérieur au système.

Ses questions orientent la conversation.

Ses silences aussi.

Il doit donc examiner son propre rôle dans ce qui se produit pendant la séance.

Le risque de l’élégance théorique

Les familles complexes peuvent produire des analyses systémiques extrêmement séduisantes.

Triangles.

Coalitions.

Frontières.

Loyautés.

Transmission.

Tout semble soudain s’emboîter.

Mais une belle carte n’est pas nécessairement le territoire.

Le thérapeute doit continuer à vérifier ses hypothèses avec les personnes concernées.

Une hypothèse doit rester révisable

Si la famille répond :

« Non, ce n’est pas du tout comme cela que nous le vivons »,

le thérapeute ne devrait pas conclure automatiquement :

« Votre système résiste à la vérité. »

Il doit pouvoir revoir sa compréhension.

Les objectifs

Une thérapie familiale peut chercher à :

réduire certains conflits ;

améliorer la communication ;

clarifier les rôles ;

modifier des cycles interactionnels ;

protéger les enfants ;

soutenir une transition ;

augmenter l’autonomie ;

restaurer certaines relations ;

organiser une séparation.

L’objectif dépend de la famille.

Réparer toutes les relations ?

Non.

Certaines relations ne seront pas réparées.

Certaines personnes choisiront de maintenir une distance.

La thérapie ne doit pas transformer la réconciliation familiale en obligation morale.

La famille idéale n’existe pas

Il n’existe pas une structure familiale unique garantissant la santé psychologique.

Famille nucléaire.

Monoparentale.

Recomposée.

Adoptive.

Homoparentale.

Élargie.

Multigénérationnelle.

Ce n’est pas la forme seule qui détermine la qualité des relations.

Fonctionnement plutôt que conformité

La question est davantage :

les personnes peuvent-elles être suffisamment en sécurité ?

Les enfants peuvent-ils se développer ?

Les adultes peuvent-ils assumer leurs responsabilités ?

Les différences peuvent-elles exister ?

Les liens peuvent-ils évoluer ?

L’efficacité

Les thérapies familiales et systémiques ont fait l’objet de recherches dans différents domaines.

Certaines interventions familiales disposent de données solides pour plusieurs difficultés et populations.

Mais « thérapie familiale » recouvre de nombreux modèles.

Il faut donc regarder :

quelle approche ;

pour quel problème ;

avec quelle population ;

dans quel cadre.

Une méthode n’est pas efficace pour tout parce qu’elle est systémique

L’approche systémique offre une perspective particulièrement utile sur les relations.

Elle ne remplace pas automatiquement :

traitement médical ;

psychothérapie individuelle ;

intervention sociale ;

prise en charge spécialisée.

Elle constitue un niveau de travail parmi d’autres.

Quand consulter ?

Une thérapie familiale peut être envisagée lorsque :

les difficultés concernent plusieurs membres ;

un problème individuel est fortement lié aux interactions familiales ;

une transition désorganise le système ;

les conflits se répètent ;

un enfant ou adolescent se trouve au centre des tensions ;

une maladie modifie l’organisation familiale ;

une séparation nécessite une nouvelle organisation.

Choisir un thérapeute

Il est utile de vérifier :

formation en thérapie familiale ou systémique ;

expérience avec le problème concerné ;

modalités des séances ;

gestion de la confidentialité ;

place des enfants ;

manière d’évaluer les situations de violence.

Un thérapeute familial doit savoir travailler avec plusieurs perspectives sans perdre les frontières de sécurité.

Une thérapie qui déplace la question

La famille arrive parfois en disant :

« Faites changer notre fils. »

Le thérapeute ne répond pas nécessairement :

« Votre fils n’a aucun problème. »

Il peut plutôt demander :

« Que se passe-t-il autour de cette difficulté, et que peut chacun modifier pour que la situation évolue ? »

La responsabilité du changement devient plus largement distribuée lorsque cela est approprié.

Changer une relation sans changer les personnes

Deux personnes peuvent conserver :

leur caractère ;

leurs opinions ;

leurs différences.

Mais modifier leur manière d’interagir.

Cela peut suffire à transformer profondément une relation.

Le changement systémique n’exige donc pas toujours une transformation complète des individus.

Une autre manière de regarder

L’un des apports majeurs de la pensée systémique est peut-être de rappeler que le comportement humain ne se produit jamais dans le vide.

Une personne répond.

Quelqu’un réagit.

Cette réaction modifie la réponse suivante.

Une histoire relationnelle se construit.

Comprendre cette boucle peut ouvrir des possibilités qui restent invisibles lorsqu’on cherche uniquement :

« Qui est le problème ? »

À retenir

La psychothérapie familiale et les thérapies systémiques étudient les difficultés psychologiques en tenant compte des relations, des interactions et des systèmes dans lesquels les personnes vivent.

Elles s’intéressent notamment :

aux cycles relationnels ;

aux frontières ;

aux rôles ;

aux sous-systèmes ;

aux alliances ;

aux triangles ;

aux règles familiales ;

aux transitions du cycle de vie ;

aux transmissions intergénérationnelles.

Parmi les figures historiques importantes figurent notamment Gregory Bateson, Salvador Minuchin, Murray Bowen et Virginia Satir, ainsi que différentes écoles systémiques telles que l’école de Milan.

La pensée systémique utilise fréquemment une causalité circulaire : le comportement d’une personne influence celui des autres, dont les réactions influencent à leur tour la première.

Mais cette circularité ne doit jamais servir à diluer la responsabilité de la violence, de la maltraitance ou de l’abus.

Le système familial n’est pas non plus responsable de toutes les difficultés individuelles. Les facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux restent importants.

Le travail peut impliquer toute la famille, quelques membres seulement, un couple ou même une personne seule lorsque l’intervention conserve une perspective relationnelle.

Enfin, la thérapie familiale ne cherche pas nécessairement à réunir tout le monde ni à restaurer chaque relation. Certaines distances sont nécessaires et certaines ruptures protègent.

L’une de ses contributions essentielles consiste à remplacer une question souvent stérile — « Qui, dans cette famille, est le problème ? » — par une question beaucoup plus féconde : « Que se passe-t-il entre nous, qu’est-ce qui maintient cette situation, et que pouvons-nous modifier pour que chacun ne soit plus obligé de rejouer indéfiniment la même scène ? »

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.