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PSYCHOLOGIE POSITIVE

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PSYCHOLOGIE POSITIVE

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La psychologie positive est parfois résumée à tort par quelques injonctions : penser positivement, voir le bon côté des choses, sourire davantage ou apprendre à être heureux. Cette caricature est éloignée de son véritable objet.

La psychologie s’est longtemps intéressée principalement à la souffrance, aux troubles et aux difficultés humaines, ce qui était évidemment nécessaire. La psychologie positive a proposé d’étudier également ce qui permet aux individus et aux groupes de fonctionner de manière satisfaisante : forces personnelles, émotions positives, relations, engagement, sens, accomplissement, espoir ou capacité à traverser les difficultés.

Elle ne prétend pas supprimer la souffrance de l’existence.

Une vie psychologiquement riche n’est pas une vie dans laquelle tout va bien : c’est une vie dans laquelle ce qui va mal n’empêche pas nécessairement tout ce qui peut encore aller bien d’exister.

Étudier ce qui fonctionne aussi

Comprendre la dépression ne suffit pas à comprendre le bonheur. Étudier l’anxiété ne permet pas, à lui seul, d’expliquer la sérénité. De même, l’absence de trouble psychologique ne garantit pas automatiquement une vie satisfaisante.

Une personne peut ne présenter aucune difficulté psychologique majeure et avoir néanmoins le sentiment de vivre sans intérêt, sans direction ou sans relations réellement nourrissantes.

La psychologie positive s’intéresse donc à une autre partie du fonctionnement humain : non seulement réparer ce qui est endommagé, mais comprendre ce qui permet de construire, maintenir et développer ce qui soutient la vie.

Ces deux perspectives ne sont pas concurrentes.

Lorsqu’une personne souffre profondément, réduire cette souffrance peut être prioritaire. Mais une fois le danger ou la détresse diminués, une autre question apparaît : que veut-elle construire maintenant ?

Aller moins mal et aller bien ne sont pas toujours exactement la même chose.

Le bonheur n’est pas une émotion permanente

Nous utilisons le mot « bonheur » pour désigner des réalités très différentes.

Il peut s’agir d’un plaisir immédiat, d’une satisfaction générale envers sa vie, d’un sentiment de cohérence ou de la conviction que notre existence correspond suffisamment à ce que nous considérons important.

Ces dimensions peuvent diverger.

Une personne peut vivre une journée difficile tout en considérant sa vie globalement satisfaisante. Une autre peut multiplier les plaisirs immédiats et conserver un sentiment profond de vide.

Chercher à être heureux à chaque instant crée donc un objectif impossible.

La colère, la tristesse, la peur et la frustration appartiennent à la vie psychologique normale. Certaines sont même parfaitement adaptées aux circonstances.

Le bien-être ne demande pas leur disparition. Il dépend davantage de notre capacité à vivre une gamme complète d’émotions sans laisser une seule d’entre elles définir toute notre existence.

Les émotions positives ont une fonction

Joie, intérêt, gratitude, amusement, affection ou émerveillement ne sont pas simplement des décorations agréables ajoutées à une vie sérieuse.

Elles influencent notre attention, nos relations et notre disponibilité à explorer.

Lorsque nous nous sentons suffisamment en sécurité, nous sommes généralement plus disposés à découvrir, créer, rencontrer et essayer.

Les émotions positives peuvent également servir de respiration pendant les périodes difficiles.

Cela ne signifie pas qu’elles annulent la douleur.

Une personne endeuillée peut rire pendant quelques minutes et redevenir triste ensuite. Ce rire ne trahit pas son deuil. Il montre simplement que plusieurs états psychologiques peuvent coexister.

Nous n’avons pas besoin d’attendre que toute difficulté ait disparu pour avoir le droit de vivre encore des moments agréables.

La gratitude sans obligation

La gratitude occupe une place importante dans de nombreux travaux consacrés au bien-être.

Porter volontairement attention à ce qui fonctionne encore peut corriger une tendance naturelle à concentrer davantage notre attention sur les problèmes.

Mais la gratitude devient problématique lorsqu’elle est transformée en injonction.

Dire à une personne en difficulté qu’elle devrait être reconnaissante parce que « d’autres ont moins » ne résout pas ce qu’elle traverse.

Nous pouvons être reconnaissants pour certaines choses et souffrir profondément d’autres choses au même moment.

La gratitude authentique n’exige pas de nier le manque, l’injustice ou la douleur. Elle consiste plutôt à ne pas laisser ce qui manque effacer automatiquement ce qui demeure.

Un repas partagé, une personne fidèle, un problème enfin résolu ou quelques heures paisibles peuvent conserver leur valeur même au milieu d’une période difficile.

Les forces personnelles

La psychologie positive s’intéresse également aux ressources que les personnes mobilisent dans leur vie : curiosité, persévérance, créativité, prudence, courage, humour, capacité à coopérer ou à apprendre.

Identifier ses forces peut aider à comprendre pourquoi certaines situations nous conviennent davantage que d’autres.

Mais une force n’est pas toujours bénéfique lorsqu’elle est utilisée sans mesure.

La persévérance peut devenir obstination. La prudence peut devenir évitement. La générosité peut conduire à oublier systématiquement ses propres limites. Le courage peut devenir prise de risque inutile.

Une qualité n’est donc pas un bouton qu’il faudrait pousser au maximum.

La maturité consiste souvent à savoir quand utiliser une force, dans quelle proportion et quand une autre qualité doit venir l’équilibrer.

L’engagement et le plaisir d’être absorbé

Certaines activités captent notre attention au point que nous cessons momentanément de surveiller le temps.

Nous sommes suffisamment compétents pour avancer, mais l’activité reste assez exigeante pour demander toute notre concentration.

Cette expérience est souvent décrite par la notion de flow.

Elle peut apparaître dans le travail, le sport, la musique, l’écriture, le jardinage, l’artisanat ou de nombreuses autres activités.

Le plaisir n’est pas nécessairement spectaculaire. Il vient parfois simplement du fait d’être entièrement présent à ce que nous faisons.

Toutes les tâches quotidiennes ne peuvent évidemment pas produire cet état. Une vie comporte aussi des obligations répétitives.

Mais disposer régulièrement d’activités dans lesquelles nous pouvons utiliser nos compétences et nous sentir engagés contribue souvent davantage au bien-être que la recherche permanente de distraction.

Les relations comptent profondément

Une grande partie de notre bien-être dépend de la qualité de nos relations.

Il ne s’agit pas nécessairement d’avoir beaucoup d’amis.

Quelques liens dans lesquels nous pouvons compter sur quelqu’un, partager ce qui nous arrive et exister sans jouer continuellement un rôle peuvent avoir une importance considérable.

La relation fonctionne également dans les deux directions.

Aider, transmettre, écouter ou contribuer à la vie de quelqu’un peut renforcer le sentiment d’utilité et d’appartenance.

Mais la psychologie positive ne doit pas transformer la sociabilité en obligation universelle. Certaines personnes ont besoin de beaucoup plus de solitude que d’autres et peuvent parfaitement mener une vie satisfaisante avec un réseau relationnel restreint.

La question n’est pas combien de personnes nous entourent, mais si les relations que nous possédons répondent suffisamment à nos besoins relationnels réels.

Le sens dépasse le plaisir immédiat

Certaines choses importantes ne sont pas agréables au moment où nous les faisons.

Élever un enfant, accompagner un proche malade, construire une entreprise, terminer une formation ou défendre une conviction peut demander beaucoup d’efforts et provoquer des périodes de fatigue ou de doute.

Pourtant, ces activités peuvent contribuer profondément au sentiment qu’une vie a du sens.

Le plaisir et le sens ne sont donc pas interchangeables.

Une existence entièrement orientée vers le confort immédiat peut manquer de direction. À l’inverse, une vie consacrée uniquement au devoir peut finir par manquer de respiration et de joie.

L’équilibre varie selon les personnes et les périodes.

Le sens apparaît souvent lorsque nous pouvons relier nos efforts présents à quelque chose qui compte suffisamment pour nous.

Accomplissement et progression

Atteindre un objectif peut procurer une satisfaction importante, particulièrement lorsque celui-ci a demandé du temps et des efforts.

Mais l’accomplissement possède un piège : nous nous habituons souvent assez rapidement à ce qui vient d’être obtenu.

L’objectif qui semblait immense devient la nouvelle normalité et un autre apparaît immédiatement.

Si la satisfaction est continuellement repoussée au prochain résultat, la vie peut se transformer en salle d’attente.

Reconnaître le chemin parcouru ne signifie pas renoncer à progresser.

Nous pouvons être satisfaits de ce qui a été construit et vouloir continuer.

La progression devient plus saine lorsqu’elle ajoute quelque chose à notre vie plutôt que lorsqu’elle sert continuellement à prouver que ce que nous avons déjà accompli n’était pas suffisant.

Espoir, optimisme et réalité

L’espoir ne consiste pas à être certain que tout se passera bien.

Il peut simplement signifier que nous considérons qu’une possibilité d’amélioration existe encore et que certaines actions restent disponibles.

Cette distinction est importante.

Un optimisme qui refuse de regarder les obstacles peut conduire à de mauvaises décisions. Mais un pessimisme qui considère toute tentative comme inutile peut empêcher d’utiliser les possibilités réellement présentes.

L’espoir réaliste accepte donc deux informations en même temps : la difficulté existe, et tout n’est peut-être pas encore décidé.

Cette position permet de continuer à agir sans exiger une garantie préalable de réussite.

La résilience n’est pas l’invulnérabilité

La résilience est parfois présentée comme la capacité à traverser toutes les épreuves sans être atteint.

Ce n’est pas une conception très réaliste.

Traverser une épreuve peut laisser des traces. Nous pouvons nous relever sans redevenir exactement la personne que nous étions auparavant.

La résilience concerne davantage la possibilité de poursuivre, de reconstruire ou de réorganiser sa vie malgré ce qui s’est produit.

Elle n’exige ni d’aimer l’épreuve ni de prétendre qu’elle nous a nécessairement rendus meilleurs.

Certaines expériences nous apprennent quelque chose. D’autres nous coûtent simplement beaucoup.

Reconnaître qu’une personne a réussi à continuer ne demande pas de remercier ce qui l’a blessée.

La résilience dispose de son propre chapitre, mais elle occupe naturellement une place importante dans une psychologie qui cherche à comprendre comment la vie peut continuer après une rupture.

Le piège de la positivité obligatoire

Une idée issue de la psychologie positive peut être déformée jusqu’à produire exactement l’effet inverse de celui recherché.

« Chercher ce qui va bien » devient alors « tu n’as pas le droit de dire que ça va mal ».

La souffrance est minimisée, les émotions difficiles deviennent gênantes et la personne se sent coupable de ne pas parvenir à rester positive.

Cette positivité obligatoire peut isoler.

Quelqu’un qui traverse une épreuve n’a pas toujours besoin d’entendre qu’il faut voir le bon côté. Il peut d’abord avoir besoin que ce qui lui arrive soit reconnu.

L’optimisme véritable supporte la réalité.

Il n’a pas besoin de repeindre une situation douloureuse pour continuer à chercher ce qui reste possible.

Construire plutôt que poursuivre le bonheur

Plus nous surveillons continuellement notre niveau de bonheur, plus nous risquons de constater qu’il n’est jamais assez élevé.

Une approche plus féconde consiste souvent à construire les conditions dans lesquelles une vie satisfaisante a davantage de chances d’apparaître : relations suffisamment bonnes, activités porteuses de sens, moments de plaisir, possibilité de progresser, repos, autonomie et cohérence avec certaines valeurs.

Le bonheur devient alors moins un objet que nous poursuivons directement qu’un résultat possible de la manière dont nous organisons notre existence.

Cela ne garantit rien.

Les événements imprévus, les pertes et les difficultés continueront d’exister.

Mais une vie contenant plusieurs sources de sens et de satisfaction possède davantage de points d’appui lorsqu’une de ses dimensions traverse une crise.

Quand la recherche du bien-être devient elle-même une pression

Il est possible de transformer le développement du bien-être en nouvelle obligation de performance.

Il faudrait méditer, pratiquer la gratitude, avoir de bonnes relations, faire du sport, trouver sa mission, optimiser son sommeil, cultiver ses forces et rester optimiste.

Une discipline destinée à améliorer la vie finit alors par remplir la vie d’objectifs supplémentaires.

Les pratiques de psychologie positive ne sont pas des devoirs universels.

Une personne peut trouver la gratitude très utile et détester tenir un journal. Une autre peut avoir besoin d’objectifs précis tandis qu’une troisième fonctionne mieux avec davantage de souplesse.

Ce qui soutient le bien-être doit rester au service de la personne et non devenir une nouvelle norme contre laquelle elle mesure continuellement son insuffisance.

À retenir

La psychologie positive étudie ce qui contribue au fonctionnement satisfaisant de l’être humain : émotions positives, engagement, relations, sens, accomplissement, forces personnelles, espoir et autres ressources.

Elle ne remplace pas l’étude de la souffrance psychologique et ne demande pas de nier les émotions difficiles.

Une vie satisfaisante peut contenir simultanément joie et tristesse, réussite et déception, confiance et doute. Le bien-être ne se construit pas en éliminant toute difficulté, mais en développant suffisamment de ressources, de relations et de raisons de continuer à avancer malgré elles.

Le but n’est pas de fabriquer une vie toujours positive. Il est de construire une vie suffisamment pleine pour que les jours difficiles n’en deviennent pas automatiquement toute l’histoire.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.