LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
PSYCHOLOGIE DU CHANGEMENT
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Nous voulons changer beaucoup de choses au cours de notre vie.
Une habitude.
Un comportement.
Une manière de réagir.
Un environnement.
Un travail.
Une relation.
Une organisation quotidienne.
Parfois même une partie de la manière dont nous nous percevons.
Et pourtant, une expérience revient souvent :
savoir qu’un changement serait souhaitable ne suffit pas nécessairement à le produire.
Nous pouvons parfaitement comprendre ce qu’il faudrait faire et continuer pendant des mois, voire des années, à faire autre chose.
Ce paradoxe n’est pas simplement une question de volonté.
Changer signifie souvent modifier un équilibre déjà installé.
Même lorsqu’il ne nous convient plus, cet équilibre possède un avantage considérable :
nous le connaissons.
Pourquoi changer est-il difficile ?
Un comportement répété devient progressivement plus facile à reproduire.
Nous connaissons le chemin.
Nous savons à quoi nous attendre.
Nous avons construit des habitudes, des automatismes, des réactions et parfois tout un environnement autour de cette manière de fonctionner.
Changer demande donc davantage que décider :
« À partir de demain, je fais autrement. »
Il faut parfois désapprendre une réponse habituelle, supporter une période d’incertitude et répéter suffisamment une nouvelle manière d’agir pour qu’elle devienne progressivement plus naturelle.
L’ancien fonctionnement possède l’avantage de l’expérience.
Le nouveau possède seulement, au début, celui de l’intention.
Vouloir changer et vouloir que tout reste pareil
Nous pouvons souhaiter sincèrement un changement tout en souhaitant simultanément conserver certains avantages de la situation actuelle.
Ce n’est pas nécessairement de l’hypocrisie.
C’est de l’ambivalence.
Une personne peut vouloir changer de travail et craindre de perdre sa sécurité.
Quitter une relation et redouter la solitude.
Modifier son alimentation et ne pas vouloir renoncer aux habitudes associées aux moments de plaisir.
Devenir plus autonome et continuer à rechercher l’approbation familiale.
Vouloir deux choses contradictoires est une expérience humaine parfaitement possible.
L’ambivalence
Nous imaginons parfois que la motivation devrait être claire :
soit je veux changer ;
soit je ne veux pas.
Dans la réalité, nous pouvons être à 60 % convaincus et à 40 % réticents.
Puis l’inverse le lendemain.
L’ambivalence n’indique pas nécessairement que le changement est une mauvaise idée.
Elle signifie souvent que le changement possède à la fois des bénéfices et un prix.
Comprendre ce prix permet parfois de mieux comprendre pourquoi nous résistons.
Le coût de ne pas changer
Lorsque nous réfléchissons à une transformation, nous examinons souvent son coût.
Combien d’efforts ?
Combien de temps ?
Quels risques ?
Qu’est-ce que je vais perdre ?
Mais rester exactement comme aujourd’hui possède également un coût.
La question complète devient donc :
« Quel est le prix du changement ? »
mais aussi :
« Quel sera le prix de l’absence de changement dans six mois, deux ans ou dix ans ? »
Ne rien modifier n’est pas toujours une option neutre.
Le changement commence rarement au même moment pour tout le monde
Une personne peut voir depuis longtemps qu’un proche devrait modifier quelque chose.
Elle lui explique.
Elle insiste.
Elle argumente.
Mais le proche n’est pas nécessairement au même endroit psychologique.
Il peut ne pas considérer la situation comme problématique.
Ou reconnaître le problème sans vouloir encore agir.
Ou vouloir agir sans savoir comment.
Nous pouvons accompagner quelqu’un.
Nous ne pouvons pas toujours produire sa décision à sa place.
Reconnaître le problème
Le changement devient difficile lorsqu’une personne ne considère pas qu’il existe quelque chose à changer.
Les autres peuvent voir les conséquences.
Elle peut les minimiser.
Les expliquer autrement.
Les attribuer uniquement aux circonstances.
Dans cette phase, répéter davantage de conseils n’entraîne pas nécessairement davantage de changement.
Une information ne peut produire son effet que lorsqu’elle rencontre une personne suffisamment disposée à l’examiner.
« Je sais »
Nous avons tous probablement prononcé cette phrase.
« Je sais que je devrais dormir davantage. »
« Je sais que je dois arrêter de repousser. »
« Je sais que cette situation ne me convient plus. »
Le savoir est important.
Mais il existe une distance entre :
savoir ;
vouloir ;
décider ;
commencer ;
continuer.
Confondre ces étapes explique pourquoi nous pouvons être surpris de constater qu’une prise de conscience très claire n’a produit aucun changement durable.
L’intention
Une intention générale indique une direction.
« Je veux être moins stressé. »
« Je veux mieux m’organiser. »
« Je veux davantage prendre soin de moi. »
Mais elle ne précise pas encore ce qui doit réellement changer.
Une intention devient plus opérationnelle lorsqu’elle peut être traduite en comportements observables.
Que vais-je faire différemment ?
Quand ?
Dans quelle situation ?
Avec quelle fréquence ?
Qu’est-ce qui remplacera l’ancien comportement ?
Plus le changement reste abstrait, plus il est facile de le repousser.
Commencer trop grand
L’enthousiasme initial pousse souvent à vouloir tout transformer en même temps.
Nouveau rythme.
Nouvelle alimentation.
Sport.
Organisation.
Sommeil.
Travail.
Maison.
Relations.
Pendant quelques jours, la mobilisation peut être impressionnante.
Puis la vie ordinaire revient.
Fatigue.
Imprévu.
Contraintes.
Le programme devient difficile à maintenir et son abandon est interprété comme un échec personnel.
Un changement spectaculaire n’est pas nécessairement un changement durable.
Le petit changement
Une modification limitée peut sembler insignifiante.
Pourtant, elle possède un avantage important :
elle peut être répétée.
Et ce qui est répétable peut progressivement devenir une nouvelle base.
Cela ne signifie pas qu’il faille toujours avancer lentement.
Certaines situations exigent une rupture nette.
Mais lorsque l’objectif concerne une transformation durable des habitudes, commencer par quelque chose de suffisamment réaliste peut être plus efficace que construire immédiatement une vie idéale impossible à maintenir.
Motivation et action
Nous attendons souvent d’avoir envie pour commencer.
Mais la motivation n’arrive pas toujours avant l’action.
Elle peut également apparaître après.
Faire quelque chose produit parfois un premier résultat.
Le résultat donne une impression de progrès.
Le progrès augmente la motivation.
Puis la motivation facilite l’action suivante.
Ainsi, la séquence n’est pas toujours :
motivation → action.
Elle peut devenir :
petite action → progrès perçu → motivation → nouvelle action.
Les jours sans motivation
Si une habitude dépend entièrement de l’envie du moment, elle devient fragile.
Certaines journées, l’envie existe.
D’autres, non.
Le changement durable nécessite souvent une organisation capable de survivre aux jours ordinaires.
Cela peut passer par des horaires.
Des rappels.
Un environnement préparé.
Une règle simple.
Une action minimale.
La question devient :
« Que puis-je encore faire lorsque je n’ai pas envie de faire beaucoup ? »
L’environnement
Nous attribuons facilement nos comportements à notre personnalité.
Mais l’environnement exerce une influence considérable.
Ce qui est visible attire davantage l’attention.
Ce qui est facile est davantage utilisé.
Ce qui demande plusieurs étapes est plus facilement repoussé.
Modifier l’environnement peut donc parfois être plus efficace que lutter constamment contre lui.
Préparer à l’avance ce dont on aura besoin.
Éloigner certaines distractions.
Rendre une action souhaitée plus accessible.
Créer un rappel visible.
La volonté n’a pas besoin de mener seule tous les combats.
Les déclencheurs
De nombreux comportements apparaissent dans des situations particulières.
Une heure.
Un lieu.
Une émotion.
Une personne.
Une activité précédente.
Une habitude peut être déclenchée presque automatiquement par le contexte.
Comprendre ces déclencheurs permet de dépasser :
« Je fais toujours ça. »
pour arriver à :
« Je fais surtout ça lorsque… »
Cette précision ouvre davantage de possibilités de changement.
Remplacer plutôt que supprimer
Dire :
« Je ne ferai plus cela »
laisse parfois un espace vide.
Or l’ancien comportement remplissait souvent une fonction.
Se distraire.
Se calmer.
Éviter.
Obtenir une récompense.
Passer le temps.
Créer une pause.
Le supprimer sans alternative peut rendre le changement difficile.
Une question devient alors essentielle :
« Qu’est-ce que je vais faire à la place lorsque la même situation se présentera ? »
Le bénéfice caché d’un comportement
Un comportement peut être problématique et malgré tout apporter quelque chose.
Procrastiner évite momentanément l’inconfort.
Ne jamais dire non évite certains conflits.
Contrôler rassure temporairement.
Se retirer protège d’un risque de rejet.
Cela ne signifie pas que la personne souhaite consciemment conserver son problème.
Cela signifie que le comportement possède une fonction.
Pour changer durablement un comportement, il est souvent utile de comprendre ce qu’il nous apporte avant de vouloir simplement le supprimer.
L’identité
Certains changements touchent à l’image que nous avons de nous-mêmes.
« Je suis comme ça. »
Cette phrase peut décrire une tendance réelle.
Mais elle peut également transformer un comportement répété en identité définitive.
Il existe une différence entre :
« J’ai tendance à abandonner lorsque je rencontre cette difficulté »
et
« Je suis quelqu’un qui abandonne toujours. »
La première formulation décrit un fonctionnement.
La seconde semble annoncer un destin.
Changer sans devenir quelqu’un d’autre
Le changement n’exige pas nécessairement de rejeter celui que nous étions.
Notre ancien fonctionnement s’est parfois construit pour de bonnes raisons.
Il nous a aidés à traverser une période.
À nous protéger.
À nous adapter.
Puis les circonstances ont changé.
Une stratégie autrefois utile peut devenir encombrante.
Nous pouvons alors la remercier pour ce qu’elle a permis sans être obligés de la conserver éternellement.
Le changement imposé
Tous les changements ne sont pas choisis.
Licenciement.
Séparation.
Maladie.
Déménagement.
Décès.
Modification familiale.
Perte financière.
Vieillissement.
Dans ces situations, le défi psychologique n’est pas de décider si nous voulons le changement.
Il a déjà eu lieu.
Il faut progressivement reconstruire un équilibre autour d’une réalité que nous n’avons pas demandée.
L’adaptation ne signifie pas nécessairement approuver ce qui s’est passé.
Accepter une réalité n’est pas déclarer qu’elle était souhaitable.
Résister au changement
La résistance n’est pas toujours irrationnelle.
Un changement peut réellement être mauvais.
Une nouvelle organisation peut supprimer quelque chose d’utile.
Une innovation peut créer de nouveaux problèmes.
Une relation peut exiger une concession excessive.
Il ne faut donc pas transformer toute réticence en peur pathologique du changement.
Avant de demander :
« Pourquoi est-ce que je résiste ? »
il peut être utile de demander :
« Est-ce que ce changement me convient réellement ? »
La peur de perdre
Un changement implique souvent une perte, même lorsqu’il est positif.
Changer de travail peut signifier perdre des collègues.
Déménager, perdre des habitudes.
Se marier, renoncer à certaines formes de liberté.
Devenir parent, transformer profondément son emploi du temps.
Réussir, parfois perdre une ancienne identité.
Nous pouvons donc être heureux d’avancer et tristes de quitter simultanément.
Ces émotions ne s’annulent pas.
La peur de réussir
Nous parlons souvent de peur de l’échec.
Mais réussir peut également modifier un équilibre.
Davantage de responsabilités.
Davantage d’attentes.
Une nouvelle position sociale.
La nécessité de maintenir le résultat.
Parfois, réussir signifie également ne plus pouvoir se raconter :
« Je pourrais le faire si je voulais. »
Il faut alors confronter le projet à la réalité.
Ce que l’on appelle parfois « peur de réussir » peut donc recouvrir plusieurs inquiétudes différentes qu’il vaut mieux identifier précisément.
Les autres ne changent pas forcément avec nous
Lorsqu’une personne change, son entourage doit parfois s’adapter.
Quelqu’un qui disait toujours oui commence à dire non.
Quelqu’un qui demandait constamment conseil décide seul.
Quelqu’un qui acceptait certaines remarques pose une limite.
Le changement peut déranger non parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il modifie un équilibre relationnel ancien.
Lorsque nous changeons notre place dans une relation, l’autre peut essayer de nous remettre à l’ancienne.
« Tu as changé »
Cette phrase peut être un reproche.
Mais changer n’est pas nécessairement une faute.
Nous sommes supposés apprendre, évoluer et réviser certaines manières de fonctionner.
La véritable question n’est pas :
« Ai-je changé ? »
mais :
« Ce changement correspond-il davantage à la personne que je veux devenir et aux valeurs que je souhaite vivre ? »
Revenir en arrière
Une ancienne habitude réapparaît.
Une réaction que l’on croyait dépassée revient.
Une semaine d’efforts est suivie de plusieurs jours d’abandon.
Nous pouvons alors conclure :
« Tout est fichu. »
Mais une interruption ne supprime pas automatiquement ce qui a été appris.
Le danger principal n’est pas toujours l’écart.
C’est l’interprétation de l’écart comme preuve que tout changement est impossible.
Le problème n’est pas d’avoir interrompu. Le problème est de transformer l’interruption en abandon définitif.
La pensée « tout ou rien »
Une personne décide de suivre une nouvelle organisation.
Elle la respecte six jours.
Le septième, tout déraille.
Elle pense :
« J’ai raté. »
Pourtant, six jours sur sept constituent une réalité très différente de zéro jour sur sept.
Le perfectionnisme peut transformer une amélioration réelle en sentiment d’échec.
Le changement durable a rarement besoin d’une exécution parfaite.
Il a besoin d’un retour suffisamment rapide après les écarts.
Recommencer
Recommencer est une compétence.
Nous valorisons beaucoup la capacité à ne jamais interrompre.
Mais la vie produit des interruptions.
Vacances.
Maladie.
Urgence.
Fatigue.
Travail.
Événement familial.
La question n’est donc pas seulement :
« Comment ne jamais m’arrêter ? »
Elle est aussi :
« Comment reprendre lorsque je me suis arrêté ? »
Celui qui sait recommencer possède un avantage considérable sur celui qui exige de lui-même une continuité parfaite.
Mesurer le progrès
Nous remarquons facilement ce qui reste à faire.
Moins ce qui a déjà changé.
Une personne peut avoir diminué fortement un comportement et ne voir que les moments où il persiste.
Comparer uniquement la situation réelle avec l’objectif idéal produit facilement de la frustration.
Il peut être utile de comparer également :
aujourd’hui avec le point de départ.
Le progrès n’est pas uniquement la distance restant à parcourir.
C’est aussi celle qui a déjà été parcourue.
Le temps du changement
Certains changements sont rapides.
Une décision peut modifier une vie en quelques minutes.
D’autres nécessitent des mois ou des années.
Nous pouvons comprendre quelque chose aujourd’hui et mettre longtemps à le traduire complètement dans notre comportement.
Cela ne signifie pas nécessairement que rien ne se passe.
Les transformations psychologiques ne progressent pas toujours en ligne droite.
Il peut y avoir :
avancée ;
stagnation ;
retour apparent ;
nouvelle avancée.
La trajectoire globale compte davantage que chaque journée prise isolément.
Peut-on changer les autres ?
Nous pouvons influencer.
Informer.
Encourager.
Poser des limites.
Donner un exemple.
Proposer une aide.
Expliquer les conséquences d’un comportement.
Mais nous ne contrôlons pas la décision intérieure d’une autre personne.
Cette limite est parfois douloureuse.
Nous pouvons voir quelqu’un reproduire un comportement qui lui fait du mal et ne pas réussir à le convaincre.
Aider n’est pas posséder le pouvoir de transformer.
Changer pour quelqu’un
Une relation peut donner une motivation puissante.
Une personne décide de modifier un comportement parce qu’elle ne veut pas perdre quelqu’un.
Cette motivation peut être réelle.
Mais pour durer, le changement doit souvent finir par acquérir également une valeur personnelle.
Sinon, lorsque la pression extérieure disparaît, l’ancien fonctionnement peut reprendre toute sa place.
« Je change parce que tu me l’exiges »
et
« J’ai compris pourquoi je veux moi aussi ce changement »
ne construisent pas exactement la même dynamique.
Quand comprendre ne suffit plus
Certaines difficultés sont profondément installées.
Traumatismes.
Addictions.
Anxiété importante.
Comportements compulsifs.
Relations répétitivement destructrices.
Dépression.
Dans ces situations, savoir ce qu’il faudrait changer ne signifie pas nécessairement pouvoir le faire seul.
Un accompagnement professionnel peut aider à comprendre les mécanismes qui maintiennent le problème et à construire progressivement d’autres réponses.
Les méthodes utilisées pour favoriser le changement psychologique appartiennent au domaine de la psychothérapie et seront développées séparément.
À retenir
Changer n’est pas simplement remplacer une mauvaise décision par une bonne.
C’est souvent modifier un système déjà organisé autour d’habitudes, de bénéfices, de peurs, de relations et d’automatismes.
Nous pouvons vouloir changer et avoir peur de changer.
Commencer puis interrompre.
Revenir en arrière puis repartir.
Comprendre longtemps avant de réussir à agir autrement.
Un changement durable n’exige pas nécessairement une motivation parfaite ni une trajectoire sans faute.
Il demande surtout de pouvoir continuer à ajuster.
Observer.
Corriger.
Recommencer.
Et lorsque l’ancien fonctionnement réapparaît, se rappeler qu’une interruption n’efface pas nécessairement le chemin déjà parcouru.
Changer, ce n’est pas devenir parfait du premier coup. C’est cesser progressivement de considérer l’ancienne manière de faire comme la seule manière possible.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.