LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
PSYCHODRAME
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Le psychodrame est une méthode psychothérapeutique qui utilise la mise en scène, le jeu de rôles et l’action pour explorer des expériences psychologiques et relationnelles.
Au lieu de seulement raconter une situation, la personne peut la représenter.
Une conversation difficile peut être rejouée.
Une relation peut être mise en scène.
Une situation passée peut être revisitée.
Une rencontre future peut être préparée.
Un conflit intérieur peut être représenté par plusieurs personnages.
Une parole jamais prononcée peut trouver une place dans l’espace thérapeutique.
Le psychodrame introduit ainsi une dimension particulière :
ce qui est raconté peut devenir momentanément une scène.
Mais cette scène n’est ni une reconstitution historique certaine, ni un spectacle théâtral destiné à être réussi.
Elle constitue un espace thérapeutique de travail.
Jacob Levy Moreno
Le psychodrame est principalement associé au psychiatre Jacob Levy Moreno, qui développe cette approche au cours de la première moitié du XXe siècle.
Moreno s’intéresse fortement :
aux relations humaines ;
aux groupes ;
à la spontanéité ;
à la créativité ;
aux rôles sociaux ;
aux interactions entre les personnes.
Son travail donnera également naissance à la sociométrie, destinée à étudier certaines structures relationnelles au sein des groupes.
De la parole à l’action
Une personne raconte :
« Chaque fois que mon responsable me critique, je reste silencieuse. Puis je rentre chez moi furieuse contre moi-même. »
Dans une thérapie uniquement verbale, le thérapeute peut explorer :
ses pensées ;
ses émotions ;
son histoire ;
ses réactions.
En psychodrame, il peut également proposer :
« Voulez-vous mettre cette scène en place ? »
La situation quitte alors momentanément le récit pour entrer dans l’action.
La scène thérapeutique
L’espace de la séance peut représenter :
un bureau ;
une maison ;
une chambre ;
une rue ;
un souvenir ;
un lieu imaginaire.
Il n’est pas nécessaire de disposer d’un décor réaliste.
Une chaise peut devenir un bureau.
Une autre peut représenter une personne.
Quelques mètres de pièce peuvent suffire à créer symboliquement un espace relationnel.
Le protagoniste
Dans le psychodrame classique de groupe, la personne dont la situation est travaillée est souvent appelée le protagoniste.
Elle apporte :
une situation ;
une relation ;
une difficulté ;
une question.
Elle ne doit pas nécessairement arriver avec un scénario préparé.
La scène se construit progressivement avec le thérapeute et, selon le dispositif, avec les autres participants.
Le directeur
Le professionnel conduisant le psychodrame est traditionnellement appelé le directeur.
Il aide à :
choisir la scène ;
organiser l’espace ;
attribuer les rôles ;
proposer certaines techniques ;
maintenir le cadre ;
réguler l’intensité émotionnelle ;
favoriser l’intégration de ce qui apparaît.
Diriger ne signifie pas écrire l’histoire du protagoniste à sa place.
Les ego auxiliaires
Dans le psychodrame de groupe, d’autres participants peuvent parfois jouer des personnages importants de la scène.
Un parent.
Un conjoint.
Un collègue.
Un ami.
Une partie de soi.
Ils sont traditionnellement appelés ego auxiliaires.
Ils ne prétendent pas être réellement ces personnes.
Ils occupent temporairement un rôle dans la représentation.
Le public ou le groupe
Les autres participants peuvent assister à la scène.
Le groupe n’est pas simplement un public de théâtre.
Il constitue une partie du cadre thérapeutique.
Après la mise en scène, les membres peuvent notamment partager ce que celle-ci a évoqué chez eux.
Mais ils ne sont pas là pour juger la performance du protagoniste.
Les grandes phases du psychodrame
Une séance classique est souvent organisée autour de trois grands moments :
l’échauffement ;
l’action ;
le partage ou l’intégration.
Cette structure permet de ne pas passer brutalement d’une conversation ordinaire à une scène émotionnellement intense.
L’échauffement
L’échauffement aide les participants à entrer progressivement dans le travail.
Il peut comporter :
discussion ;
mouvement ;
exercice relationnel ;
exploration du thème du jour ;
choix du protagoniste.
L’objectif est de créer suffisamment de sécurité et de disponibilité pour que le travail puisse commencer.
L’action
Pendant la phase d’action, la scène est construite et jouée.
Le directeur peut utiliser différentes techniques.
La scène peut être :
arrêtée ;
reprise ;
modifiée ;
regardée depuis une autre position ;
prolongée vers une possibilité différente.
Le psychodrame ne cherche donc pas nécessairement à reproduire exactement ce qui s’est passé.
Le partage
Après la scène, le groupe revient progressivement à une position d’observation et de parole.
Les participants peuvent partager ce que le travail a réveillé dans leur propre expérience.
L’idée n’est pas :
« Voilà ce que tu aurais dû faire. »
Mais plutôt :
« Cette scène m’a rappelé quelque chose de mon histoire. »
Le partage réduit la position d’expert extérieur jugeant le protagoniste.
Jouer une scène réelle
Une personne peut représenter une situation qui s’est réellement produite.
Une dispute.
Une rupture.
Une humiliation.
Une rencontre.
Le thérapeute peut demander :
« Où étiez-vous ? »
« Où se trouvait l’autre personne ? »
« Que s’est-il passé ? »
La scène prend progressivement forme.
Mais la scène n’est pas un enregistrement
Même lorsqu’elle représente un événement réel, elle repose sur :
le souvenir ;
le point de vue ;
l’état actuel ;
la reconstruction.
Elle ne permet pas de savoir exactement ce qui s’est produit.
Le psychodrame travaille avec l’expérience subjective de la scène, non avec une vidéo du passé.
Le renversement de rôle
L’une des techniques les plus connues est le renversement de rôle.
Le protagoniste quitte momentanément son propre rôle et prend celui de l’autre personne.
Par exemple, il joue son père.
Puis revient dans son propre rôle.
Cette expérience peut permettre de regarder la relation depuis une autre position.
Comprendre l’autre sans lui donner raison
Prendre le rôle d’une autre personne ne signifie pas :
excuser ;
pardonner ;
nier ce qu’elle a fait ;
adopter son point de vue.
Il s’agit d’une exploration.
Une personne peut mieux comprendre le fonctionnement d’un proche et continuer à considérer son comportement comme inacceptable.
Le risque du renversement de rôle
Le thérapeute doit éviter :
« Maintenant que vous avez joué votre père, vous comprenez qu’il vous aimait réellement. »
Cette conclusion n’appartient pas au thérapeute.
La personne peut au contraire découvrir :
« Même en essayant de me mettre à sa place, je ne trouve aucune justification à ce qu’il faisait. »
Cette découverte est tout aussi recevable.
Le double
Une autre technique classique est celle du double.
Une personne se place près du protagoniste et peut proposer une formulation de ce qu’elle imagine qu’il pourrait ressentir ou penser.
Par exemple :
« J’ai envie de partir mais je n’ose pas. »
Le protagoniste reste libre de répondre :
« Oui, exactement. »
ou :
« Non, pas du tout. »
Le double propose, il ne révèle pas
Le double ne possède aucun accès privilégié à l’inconscient du protagoniste.
Il formule une hypothèse.
Le protagoniste peut :
l’accepter ;
la modifier ;
la rejeter.
Cette liberté est essentielle.
Le miroir
Dans la technique du miroir, le protagoniste peut observer une représentation de sa propre scène depuis l’extérieur.
Quelqu’un d’autre reprend momentanément son rôle.
Cette distance peut lui permettre de remarquer des éléments qu’il percevait difficilement lorsqu’il était engagé dans l’action.
Se voir de l’extérieur
Une personne peut constater :
« Je pensais que j’étais agressive, mais je me vois surtout complètement paralysée. »
Ou :
« Je n’avais jamais remarqué que je m’excusais à chaque phrase. »
Cette observation peut ouvrir un travail intéressant.
Mais elle ne constitue pas une vérité objective sur la personne entière.
Le soliloque
Le protagoniste peut être invité à exprimer à voix haute ce qui se passe intérieurement pendant une scène.
« Je souris, mais en réalité j’ai peur. »
« Je veux lui dire non. »
« Je me demande déjà comment éviter le conflit. »
Le soliloque rend accessibles certains éléments qui resteraient autrement invisibles aux autres participants.
La chaise vide
La chaise vide est souvent associée à différentes approches thérapeutiques, notamment à la Gestalt, mais elle peut également être utilisée dans des dispositifs psychodramatiques.
Une chaise représente une personne absente.
Le protagoniste peut lui parler.
Puis éventuellement changer de place et explorer une autre position.
Parler à quelqu’un qui n’est pas là
La personne représentée peut être :
un parent ;
un ancien partenaire ;
une personne décédée ;
un collègue ;
ou même une version antérieure de soi.
La scène peut permettre d’exprimer quelque chose qui n’a jamais pu être dit.
Mais elle ne permet pas de savoir ce que la personne absente aurait réellement répondu.
Le mort ne répond pas à travers la chaise
Dans un travail de deuil, cette distinction est particulièrement importante.
Une personne peut imaginer :
« Je pense qu’il m’aurait répondu ceci. »
Cette réponse peut avoir une grande valeur émotionnelle.
Mais le thérapeute ne doit pas la présenter comme un message réellement reçu de la personne décédée.
Le psychodrame travaille avec une représentation psychique.
Les scènes imaginaires
Le psychodrame n’est pas limité aux souvenirs.
Une personne peut mettre en scène :
un avenir redouté ;
une décision ;
un entretien ;
une confrontation ;
une conversation qu’elle souhaite avoir.
La scène devient alors un espace d’essai.
Préparer une conversation
Une personne doit annoncer une décision difficile.
Elle peut jouer la scène plusieurs fois.
Première version : elle évite.
Deuxième : elle devient agressive.
Troisième : elle parvient à formuler clairement sa position.
Le psychodrame permet d’expérimenter plusieurs réponses avant la situation réelle.
Répétition comportementale
Dans ce type de travail, le psychodrame rejoint parfois certaines techniques utilisées dans d’autres psychothérapies.
La personne ne cherche pas uniquement à comprendre.
Elle s’entraîne.
Elle teste.
Elle ajuste.
La frontière entre écoles thérapeutiques peut alors devenir moins rigide que leurs théories respectives.
Les conflits intérieurs
Un psychodrame peut également représenter plusieurs parties d’une même personne.
Une chaise :
« Je veux partir. »
Une autre :
« Je dois rester. »
Une troisième :
« J’ai peur de regretter. »
Le protagoniste peut occuper successivement chacune de ces positions.
Donner une voix aux contradictions
Nous sommes souvent traversés par plusieurs tendances simultanées.
Le psychodrame permet de les rendre visibles.
Cela peut éviter de réduire le problème à :
« Je ne sais pas ce que je veux. »
La personne peut découvrir qu’elle sait plusieurs choses différentes, mais qu’elles entrent en conflit.
Les rôles
Moreno accordait une grande importance à la notion de rôle.
Nous occupons différents rôles dans la vie :
parent ;
enfant ;
professionnel ;
ami ;
conjoint ;
responsable ;
aidant.
Certains sont choisis.
D’autres imposés.
Certains deviennent tellement dominants que d’autres dimensions de la personne disparaissent.
« Je suis toujours celle qui tient »
Une personne peut découvrir qu’elle occupe continuellement le rôle de :
celle qui aide ;
celle qui rassure ;
celle qui organise ;
celle qui ne craque jamais.
Le psychodrame peut lui permettre d’expérimenter momentanément un autre rôle.
Demander.
Recevoir.
Refuser.
Ne pas savoir.
Rôle et identité
Un rôle n’est pas toute l’identité.
Être mère ne signifie pas n’être que mère.
Être malade ne signifie pas devenir uniquement un patient.
Être responsable d’une équipe ne signifie pas devoir diriger toutes ses relations personnelles.
Le travail sur les rôles peut aider à retrouver une plus grande diversité identitaire.
Spontanéité
Moreno considérait la spontanéité comme une capacité importante.
Il ne s’agit pas simplement de faire n’importe quoi sur une impulsion.
La spontanéité peut être comprise comme la possibilité de produire une réponse relativement nouvelle et adaptée à une situation.
Sortir du scénario automatique
Une personne connaît parfaitement son scénario habituel.
Quelqu’un critique.
Elle se justifie.
L’autre insiste.
Elle s’énerve.
Puis elle culpabilise.
Le psychodrame peut interrompre la scène :
« Essayons autre chose. »
La personne expérimente alors une réponse qu’elle n’aurait peut-être jamais imaginée dans l’action réelle.
Créativité
La créativité occupe également une place importante dans la pensée de Moreno.
Face à une situation, plusieurs réponses peuvent parfois être possibles.
La thérapie peut aider à élargir le répertoire.
Le but n’est pas de trouver une réaction parfaite.
Il est de ne plus être condamné à une seule.
Le psychodrame de groupe
Le psychodrame s’est historiquement développé comme méthode de groupe.
Le groupe offre une richesse particulière.
Les autres peuvent jouer des rôles.
Observer.
Partager.
Reconnaître certaines expériences.
Le protagoniste découvre parfois que ce qu’il croyait absolument singulier résonne chez plusieurs personnes.
Le groupe comme laboratoire relationnel
Les relations réelles du groupe peuvent également devenir importantes.
Qui prend la parole ?
Qui disparaît ?
Qui protège tout le monde ?
Qui se sent rejeté ?
Qui entre constamment en compétition ?
Le groupe peut faire apparaître certains fonctionnements relationnels dans le présent.
Sociométrie
Moreno développa la sociométrie pour étudier les choix et relations à l’intérieur des groupes.
Qui choisit qui ?
Qui est souvent choisi ?
Qui reste isolé ?
Quels sous-groupes apparaissent ?
Cette dimension historique a contribué à la réflexion sur les dynamiques de groupe.
Le psychodrame individuel
Le psychodrame peut également être utilisé en individuel.
Il n’y a alors pas d’autres participants pour incarner les personnages.
On peut utiliser :
chaises ;
objets ;
positions dans l’espace ;
changements de rôle ;
imaginaire.
Le thérapeute peut parfois participer à certaines représentations selon le cadre utilisé.
Psychodrame psychanalytique
Certaines traditions, notamment francophones, ont développé un psychodrame psychanalytique.
Il associe la mise en scène à une compréhension psychanalytique des processus psychiques et relationnels.
Il peut être individuel ou groupal selon les dispositifs.
Son cadre et ses objectifs peuvent différer du psychodrame morénien classique.
Psychodrame et dramathérapie
Les deux utilisent la mise en scène.
Mais ils ne sont pas identiques.
Le psychodrame travaille souvent directement à partir :
des relations ;
de l’histoire ;
des rôles ;
des conflits ;
des situations personnelles du protagoniste.
La dramathérapie, étudiée précédemment, utilise plus largement les ressources du théâtre :
fiction ;
personnages ;
histoires ;
masques ;
improvisation ;
distance esthétique.
Les frontières peuvent néanmoins se chevaucher.
Fiction ou autobiographie
Une scène psychodramatique peut être très proche d’un événement réel.
Une dramathérapie peut travailler longtemps avec un personnage fictif.
Mais cette distinction n’est pas absolue.
L’essentiel est de savoir quel cadre est proposé et pourquoi.
Psychodrame et théâtre
Le psychodrame n’est pas un cours de théâtre.
Il n’exige pas :
talent ;
mémoire ;
diction ;
capacité d’improvisation artistique.
Une personne peut être extrêmement mal à l’aise avec le théâtre et néanmoins participer à une mise en scène thérapeutique très simple.
Il n’y a pas de bonne performance
Le protagoniste n’a pas besoin de jouer correctement sa mère.
Il joue sa représentation actuelle de sa mère dans cette scène.
Cette nuance est fondamentale.
« Mais ma mère ne parlerait jamais comme ça »
Peut-être.
Le psychodrame ne prétend pas produire une imitation parfaite.
Le travail porte sur ce que cette figure représente dans l’expérience du protagoniste.
Si l’objectif est de savoir exactement ce que la mère pense réellement, il faut lui demander — lorsqu’elle est disponible et que cela est approprié.
Le psychodrame avec les enfants
Le jeu et la mise en scène peuvent être particulièrement accessibles aux enfants.
Ils peuvent utiliser :
figurines ;
marionnettes ;
personnages ;
histoires ;
jeux de rôle.
Mais les mêmes règles de prudence que dans la thérapie par le jeu s’appliquent.
Ne pas transformer le jeu en interrogatoire
Un enfant met en scène un personnage violent.
Cela ne prouve pas qu’il subit lui-même cette violence.
Le thérapeute ne doit pas introduire des scénarios suggestifs destinés à obtenir une révélation attendue.
Le jeu thérapeutique ne doit pas devenir une enquête déguisée.
Les adolescents
Le psychodrame peut être particulièrement intéressant à l’adolescence parce qu’il permet parfois de travailler autrement que par une conversation directe prolongée.
Relations familiales.
Pairs.
Conflits.
Identité.
Pression sociale.
Situations scolaires.
Une scène peut rendre un problème immédiatement concret.
Le risque du ridicule
L’adolescent peut aussi trouver l’exercice profondément embarrassant.
« Je ne vais pas jouer mon père devant tout le monde. »
Cette limite doit être respectée.
La participation forcée détruirait précisément la sécurité nécessaire au travail.
La honte
Le psychodrame expose davantage que certaines thérapies verbales.
Se lever.
Occuper l’espace.
Parler.
Jouer devant d’autres personnes.
Pour quelqu’un très sensible au jugement, cela peut être difficile.
Le thérapeute doit ajuster progressivement l’intensité.
Observer avant de jouer
Un participant peut parfois commencer par observer.
Puis tenir un petit rôle.
Puis, éventuellement, travailler une scène personnelle.
L’engagement n’a pas besoin d’être immédiat.
Traumatisme
Le psychodrame peut être utilisé dans certains accompagnements du traumatisme.
Mais la mise en scène possède une puissance émotionnelle importante.
Rejouer directement un événement traumatique sans préparation peut devenir extrêmement déstabilisant.
Rejouer n’est pas obligatoire
Une personne n’a pas besoin de rejouer l’agression, l’accident ou la catastrophe pour travailler thérapeutiquement.
Elle peut mettre en scène :
le présent ;
la sécurité ;
une limite ;
une ressource ;
la personne qu’elle est devenue ;
une conversation actuelle.
La profondeur thérapeutique ne se mesure pas à la violence de la scène.
La catharsis
Le psychodrame historique a accordé une place à la catharsis, c’est-à-dire à une libération ou transformation émotionnelle à travers l’action.
Une scène peut effectivement provoquer :
pleurs ;
colère ;
soulagement ;
compréhension.
Mais une émotion spectaculaire ne constitue pas à elle seule une guérison.
Pleurer beaucoup ne signifie pas nécessairement avancer beaucoup
Une séance extrêmement intense peut sembler profonde.
Pourtant, l’essentiel est aussi ce qui se passe ensuite.
La personne comprend-elle quelque chose ?
Peut-elle intégrer l’expérience ?
Cela modifie-t-il quelque chose dans sa vie ?
L’intensité n’est pas une mesure suffisante de l’efficacité.
Le risque de suractivation
Une personne peut sortir d’une scène :
désorientée ;
très agitée ;
submergée ;
dissociée.
Le thérapeute doit donc savoir :
ralentir ;
interrompre ;
revenir au présent ;
aider à rétablir une stabilité suffisante.
Le psychodrame ne consiste pas à pousser jusqu’à ce que quelque chose « sorte ».
Dé-rôlage
Après avoir joué un personnage, notamment un rôle très chargé émotionnellement, il peut être utile de marquer explicitement la sortie du rôle.
« Je ne suis plus le père de Paul. Je suis Marc. »
Ce dé-rôlage aide à séparer :
personne réelle ;
rôle joué ;
expérience thérapeutique.
Il est particulièrement important lorsque la scène a été intense.
L’ego auxiliaire peut aussi être affecté
Jouer le rôle d’un agresseur, d’un parent violent ou d’une personne décédée peut être émotionnellement difficile pour celui qui l’incarne.
Le thérapeute doit donc prendre soin non seulement du protagoniste, mais également des autres participants.
Le groupe entier participe au processus.
Les limites du groupe
Un participant ne doit pas être forcé d’accepter un rôle qu’il ne souhaite pas jouer.
Il peut dire :
« Je préfère ne pas incarner ce personnage. »
Le refus est légitime.
La solidarité thérapeutique ne signifie pas disponibilité illimitée.
Confidentialité
Les scènes peuvent révéler des informations très personnelles.
Le groupe doit donc disposer de règles claires concernant la confidentialité.
Ce qui est raconté ou joué ne doit pas devenir une conversation extérieure :
« Tu sais ce qu’elle a joué hier ? »
Comme dans toute thérapie de groupe, le professionnel peut poser la règle, mais ne peut pas garantir absolument le comportement futur de chaque participant.
Les relations réelles représentées
Lorsque des personnes réelles sont jouées, il faut conserver une distinction claire.
Le personnage représenté est :
la représentation de cette personne dans la scène du protagoniste.
Il n’est pas cette personne réelle.
Cette distinction protège contre des conclusions abusives.
Les scènes de violence conjugale
Le psychodrame peut aider à travailler :
peur ;
limites ;
préparation d’une conversation ;
reconstruction.
Mais une situation de violence réelle ne doit pas être réduite à :
« Jouons les deux points de vue pour comprendre la responsabilité de chacun. »
Dans une relation violente, la symétrisation peut devenir dangereuse.
Comprendre le fonctionnement de l’agresseur ne partage pas automatiquement la responsabilité de la violence.
Jouer l’agresseur
Demander à une victime de prendre le rôle de son agresseur peut être très déstabilisant.
Cette technique ne doit jamais être utilisée mécaniquement au nom du renversement de rôle.
Le contexte, la sécurité, le consentement et l’objectif clinique doivent primer sur la technique.
Le pardon n’est pas l’objectif obligatoire
Une scène peut conduire à :
comprendre ;
exprimer ;
poser une limite ;
faire un deuil ;
renoncer à attendre certaines excuses.
Elle n’a pas nécessairement à conduire au pardon.
La psychothérapie n’a pas à imposer la réconciliation.
La scène réparatrice
Certaines approches peuvent proposer une scène différente de ce qui s’est réellement passé.
Par exemple, la personne adulte entre symboliquement dans une scène d’enfance et protège l’enfant qu’elle était.
Cette expérience peut avoir une valeur émotionnelle importante.
Mais elle ne réécrit pas l’histoire.
Réparer symboliquement n’est pas effacer
Le passé reste le passé.
La scène permet d’introduire aujourd’hui :
une autre position ;
une protection imaginaire ;
une parole ;
une compréhension.
Elle peut modifier le rapport actuel au souvenir.
Elle ne transforme pas l’événement historique.
La mémoire
Cette distinction est essentielle.
Une scène peut faire apparaître :
une image ;
une phrase ;
une sensation ;
une impression de souvenir.
L’intensité émotionnelle ne permet pas de conclure automatiquement que l’élément correspond exactement à un événement oublié.
Le psychodrame ne doit pas fabriquer des souvenirs
Le thérapeute doit éviter les suggestions :
« Imaginez ce que votre père a probablement fait ensuite. »
puis, plus tard :
« Vous venez de retrouver ce souvenir. »
Imaginer une scène et se souvenir d’un événement ne sont pas la même chose.
Cette frontière doit rester explicite.
Les rêves en psychodrame
Un rêve peut être mis en scène.
La personne peut jouer :
elle-même ;
un personnage ;
un animal ;
un objet ;
une partie du décor.
Cette technique permet d’explorer les associations liées au rêve.
Mais, comme dans toute interprétation des rêves, la scène ne révèle pas automatiquement une vérité cachée.
Jouer un objet
Le protagoniste peut devenir :
une porte ;
un mur ;
une valise ;
un arbre.
Cela peut sembler étrange.
Mais l’exercice peut faciliter une association.
« Si ce mur pouvait parler, que dirait-il ? »
La réponse appartient à l’imaginaire de la personne.
Elle peut être psychologiquement intéressante sans être littéralement vraie.
Le futur
Le psychodrame peut mettre en scène une situation future.
Un entretien d’embauche.
Une rencontre familiale.
Une annonce.
Une prise de parole.
La personne peut tester plusieurs manières d’y entrer.
Le « future projection »
Certaines pratiques psychodramatiques utilisent explicitement la projection dans le futur.
La personne représente une situation qu’elle imagine.
Elle peut découvrir :
ce qu’elle redoute ;
ce qu’elle souhaite ;
les obstacles qu’elle anticipe ;
les ressources dont elle pourrait avoir besoin.
Imaginer un avenir n’est pas le prédire
Une scène future n’est pas une prophétie.
Elle permet de travailler avec les anticipations présentes.
La réalité pourra être très différente.
L’intérêt réside précisément dans la préparation et l’élargissement des possibilités.
Les décisions
Une décision peut être mise en scène.
Rester.
Partir.
Accepter.
Refuser.
Chaque possibilité peut être représentée.
La personne observe ce qu’elle ressent dans chacune des positions.
Mais le thérapeute ne doit pas transformer l’exercice en oracle :
« Votre corps s’est détendu dans cette chaise, donc vous devez choisir cette option. »
Une sensation constitue une information.
Pas une décision obligatoire.
Le corps dans le psychodrame
La mise en scène engage naturellement le corps.
Distance.
Orientation.
Posture.
Déplacement.
Voix.
Le thérapeute peut observer ces éléments.
Mais il doit éviter de leur attribuer une signification universelle.
Croiser les bras n’est pas automatiquement « fermer son cœur ».
La distance
Le thérapeute peut demander :
« Placez cette personne à la distance qui correspond à votre expérience actuelle. »
Le protagoniste choisit.
Très près.
Très loin.
Cette représentation spatiale peut rendre visible une expérience relationnelle.
Elle reste subjective.
Modifier la distance
Le protagoniste peut ensuite expérimenter :
un pas plus loin ;
un pas plus près.
« Comment est-ce ici ? »
Cette expérimentation peut être particulièrement intéressante dans le travail des limites.
Dire non
Une personne peut répéter une scène où elle doit refuser quelque chose.
Première tentative :
« Euh… peut-être… je vais voir. »
Deuxième :
« Non, je ne peux pas. »
Troisième :
« Non. »
Le corps, la voix et la relation participent à l’apprentissage.
Le psychodrame et l’assertivité
Dans ce type de situation, le psychodrame peut devenir un outil concret d’apprentissage relationnel.
La personne peut expérimenter :
demander ;
refuser ;
exprimer un désaccord ;
poser une limite ;
recevoir une critique.
La mise en scène rapproche le travail de la situation réelle.
La colère
Le psychodrame peut offrir un espace pour représenter la colère.
Mais le thérapeute ne doit pas supposer que la personne doit :
crier ;
frapper un coussin ;
exploser ;
pour guérir.
La colère peut être exprimée de nombreuses manières.
Parfois, une phrase calme et ferme constitue un changement beaucoup plus important qu’une décharge spectaculaire.
Les émotions ne doivent pas être produites
Une séance n’est pas meilleure parce que tout le monde pleure.
Le thérapeute ne devrait pas pousser le protagoniste vers une émotion attendue.
Si la scène ne provoque pas l’émotion imaginée, cela fait partie de l’expérience.
L’humour
Le psychodrame peut également contenir beaucoup d’humour.
Changer de rôle.
Exagérer volontairement une situation.
Voir son propre automatisme représenté par quelqu’un d’autre.
Le rire peut créer une distance.
Il ne doit toutefois pas devenir une manière collective de ridiculiser la souffrance du protagoniste.
Le psychodrame avec les familles et les couples
Certaines techniques de mise en scène peuvent être utilisées avec :
couples ;
familles.
Les membres peuvent représenter :
une situation répétitive ;
leurs positions ;
leurs attentes.
Mais le cadre doit être particulièrement attentif aux rapports de pouvoir et à la sécurité.
« Montrez-moi votre dispute habituelle »
Une scène peut rendre immédiatement visible un cycle :
l’un critique ;
l’autre se retire ;
le premier insiste ;
le second se ferme davantage.
Voir le cycle peut aider à le modifier.
Mais la scène ne doit pas servir à désigner publiquement le coupable.
Le psychodrame en institution
La méthode ou certaines de ses techniques peuvent être utilisées dans différents contextes :
psychiatrie ;
structures médico-sociales ;
addictologie ;
réhabilitation ;
éducation thérapeutique ;
groupes spécialisés.
Le dispositif doit être adapté à la population et aux objectifs.
Les indications
Le psychodrame peut être utilisé pour travailler notamment :
difficultés relationnelles ;
conflits ;
affirmation de soi ;
transitions ;
deuil ;
traumatismes dans certains cadres adaptés ;
difficultés émotionnelles ;
répétitions relationnelles ;
préparation de situations ;
exploration identitaire.
Mais l’indication dépend du dispositif et de la personne.
Quand il convient moins bien
Une personne peut ne pas supporter :
l’exposition au groupe ;
la mise en scène ;
l’improvisation ;
l’intensité émotionnelle.
Certaines situations de grande instabilité peuvent nécessiter un cadre plus contenant ou des adaptations importantes.
Le psychodrame n’est pas une obligation pour apprendre à travailler avec ses relations.
La formation du thérapeute
Savoir animer un jeu théâtral ne suffit pas pour conduire un psychodrame thérapeutique.
Le professionnel doit pouvoir gérer :
processus de groupe ;
activation émotionnelle ;
traumatisme ;
limites ;
confidentialité ;
dynamique relationnelle ;
intégration après la scène.
La puissance du dispositif exige précisément davantage de cadre, pas moins.
L’autorité du directeur
Parce qu’il organise la scène, le directeur possède un pouvoir important.
Il peut proposer :
« Changez de rôle. »
« Répétez cette phrase. »
« Placez-vous ici. »
Ces interventions doivent rester des propositions thérapeutiques.
La personne conserve le droit de dire :
« Non. »
La scène n’appartient pas au thérapeute
Un directeur peut avoir une idée brillante de ce qu’il faudrait jouer.
Mais si cette scène n’a aucun sens pour le protagoniste, elle ne doit pas être imposée.
La créativité du thérapeute doit rester au service de la personne.
Le spectacle thérapeutique
Le psychodrame comporte un risque particulier : la séance peut devenir spectaculaire.
Beaucoup d’émotion.
Des scènes fortes.
Des révélations.
Le groupe est bouleversé.
Cela peut donner l’impression qu’un travail exceptionnel vient nécessairement d’avoir lieu.
Mais le spectacle n’est pas le critère.
L’intégration
Après une scène importante, il faut souvent revenir à la question :
« Qu’est-ce que cela change pour vous ? »
La personne peut avoir découvert :
une émotion ;
une limite ;
un besoin ;
une répétition ;
une autre manière de répondre.
L’expérience doit progressivement pouvoir être reliée à la vie réelle.
Après la séance
Certaines scènes continuent à travailler psychiquement après la séance.
La personne peut être :
fatiguée ;
émue ;
réfléchie ;
soulagée.
Le cadre doit permettre d’anticiper les réactions importantes et de savoir comment demander de l’aide si nécessaire.
L’efficacité
La recherche sur le psychodrame existe, notamment dans différents contextes cliniques et groupaux.
Certaines études et synthèses rapportent des résultats encourageants.
Mais le corpus scientifique est moins vaste et moins homogène que celui de plusieurs psychothérapies très standardisées.
Les dispositifs varient fortement :
population ;
durée ;
formation ;
type de psychodrame ;
objectifs ;
mesures utilisées.
Il faut donc éviter les déclarations générales du type :
« le psychodrame traite tous les traumatismes »
ou
« le psychodrame est scientifiquement supérieur aux thérapies verbales ».
Ces conclusions ne sont pas justifiées.
Une méthode difficile à standardiser
Le psychodrame est par nature très interactif.
La scène dépend :
du protagoniste ;
du groupe ;
du thérapeute ;
du moment.
Cette richesse clinique rend également la standardisation de la recherche plus complexe.
Cela n’empêche pas l’évaluation.
Mais cela exige de préciser ce qui a réellement été étudié.
Expérience et preuve
Une personne peut vivre une séance extrêmement importante.
Cette expérience mérite d’être reconnue.
Mais une expérience individuelle, même spectaculaire, ne permet pas à elle seule de démontrer l’efficacité générale d’une méthode.
Inversement, l’absence d’un immense corpus expérimental ne signifie pas que toute utilisation clinique soit dépourvue d’intérêt.
Les deux niveaux doivent rester distincts.
Psychodrame et autres thérapies
Certaines techniques issues du psychodrame ont progressivement circulé dans d’autres approches.
Jeux de rôles.
Chaises.
Répétition de conversations.
Renversement de perspective.
Mise en scène.
Elles peuvent aujourd’hui être utilisées dans différents cadres théoriques.
Le fait qu’une technique soit similaire ne signifie pas que les thérapies sont identiques.
La technique n’est pas la méthode entière
Utiliser une chaise vide pendant une séance ne transforme pas automatiquement la thérapie en psychodrame.
Faire un jeu de rôle ne suffit pas davantage.
Le psychodrame possède :
une histoire ;
une théorie ;
un cadre ;
des méthodes ;
une conception particulière du groupe, des rôles et de la spontanéité.
Du rôle joué au rôle vécu
Le psychodrame devient particulièrement intéressant lorsque la personne découvre :
« Je viens de réussir ici quelque chose que je croyais impossible. »
Elle a dit non.
Demandé.
Répondu.
Supporté un désaccord.
Occupé davantage d’espace.
La scène crée alors une expérience nouvelle.
Mais la vraie vie reste l’épreuve suivante
Dire non à un participant jouant le patron n’est pas exactement la même chose que dire non au vrai patron.
Le contexte réel comporte :
enjeux ;
histoire ;
conséquences.
La scène ne remplace donc pas la vie.
Elle peut la préparer.
Rejouer autrement
L’un des apports essentiels du psychodrame peut être résumé ainsi :
une situation connue peut être rejouée autrement.
Pas pour prétendre que le passé a changé.
Mais pour découvrir que la réponse actuelle n’est peut-être plus condamnée à reproduire celle d’autrefois.
À retenir
Le psychodrame, développé principalement par Jacob Levy Moreno, est une méthode psychothérapeutique utilisant l’action, les rôles et la mise en scène pour explorer les expériences psychologiques et relationnelles.
Il peut être pratiqué en groupe ou dans certains dispositifs individuels.
Parmi ses techniques classiques figurent :
le renversement de rôle ;
le double ;
le miroir ;
le soliloque ;
la mise en scène de situations passées, présentes ou futures.
Le psychodrame permet notamment d’explorer des relations, des conflits intérieurs, des rôles répétitifs et différentes possibilités de réponse. Il peut également servir à préparer concrètement certaines situations de la vie.
Mais la scène thérapeutique reste une représentation. Elle ne constitue ni un enregistrement du passé ni une preuve de ce qu’une autre personne pensait ou ressentait.
Cette distinction devient particulièrement importante lorsqu’un travail concerne le traumatisme, l’enfance ou la mémoire. Une image ou une scène apparue pendant le psychodrame ne doit pas être automatiquement transformée en souvenir historique retrouvé.
Le consentement, la possibilité de refuser un rôle, la confidentialité du groupe, la régulation de l’intensité émotionnelle et l’intégration après la scène sont essentiels.
Enfin, le psychodrame ne cherche pas à fabriquer une performance théâtrale ni une catharsis spectaculaire. Son intérêt réside dans la possibilité d’expérimenter, dans un cadre protégé, une manière différente d’occuper une situation.
Le passé ne peut pas être rejoué pour être corrigé comme si l’événement n’avait jamais existé. Mais une scène peut parfois montrer quelque chose d’essentiel : si l’histoire est déjà écrite, le rôle que nous continuerons à jouer dans les scènes suivantes ne l’est pas nécessairement.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.