LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

PLEINE CONSCIENCE — APPROCHES THÉRAPEUTIQUES FONDÉES SUR LA MINDFULNESS

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

PLEINE CONSCIENCE — APPROCHES THÉRAPEUTIQUES FONDÉES SUR LA MINDFULNESS

79 sections thématiques

La pleine conscience, ou mindfulness, occupe aujourd’hui une place particulière dans le paysage psychothérapeutique.

Elle peut être pratiquée seule.

Elle peut être intégrée ponctuellement à une psychothérapie.

Elle peut constituer l’un des processus d’une approche plus large, comme l’ACT ou la DBT.

Elle peut également être au cœur de programmes structurés, développés pour répondre à des objectifs précis.

C’est cette dernière dimension que nous allons examiner ici.

Nous avons déjà étudié la méditation et la pleine conscience comme outils thérapeutiques généraux. Il faut maintenant distinguer cette utilisation large des interventions spécifiquement construites autour de la mindfulness.

Car toutes les pratiques de pleine conscience ne sont pas équivalentes.

Faire trois minutes d’attention à la respiration pendant une séance ne signifie pas suivre une thérapie fondée sur la pleine conscience.

Participer à un programme MBSR ne signifie pas nécessairement suivre une psychothérapie.

Et le mot mindfulness apposé sur une activité ne garantit ni sa qualité ni son efficacité.

De la pratique contemplative aux interventions contemporaines

Les pratiques d’attention méditative possèdent une histoire ancienne, notamment dans différentes traditions contemplatives asiatiques.

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, certaines de ces pratiques ont progressivement été adaptées dans des contextes occidentaux de santé et de psychologie.

L’une des étapes majeures de cette évolution est le développement, à la fin des années 1970, du programme Mindfulness-Based Stress Reduction, ou MBSR, par Jon Kabat-Zinn.

Quelques décennies plus tard, d’autres programmes structurés ont été développés, notamment la Mindfulness-Based Cognitive Therapy, ou MBCT.

La mindfulness est alors devenue non seulement une pratique méditative, mais également un élément de différentes interventions psychologiques structurées.

Que signifie « fondé sur la pleine conscience » ?

Une intervention fondée sur la pleine conscience utilise de manière organisée des pratiques destinées à développer une certaine qualité d’attention à l’expérience présente.

La personne apprend notamment à remarquer :

pensées ;

émotions ;

sensations ;

impulsions ;

réactions automatiques.

Elle cherche progressivement à les observer sans devoir immédiatement :

les supprimer ;

les croire ;

les éviter ;

ou agir en fonction d’elles.

Cette compétence est ensuite reliée aux difficultés pour lesquelles la personne participe au programme.

Ce n’est pas simplement apprendre à se détendre

La relaxation peut survenir.

Mais elle n’est pas toujours l’objectif principal.

Une séance de pleine conscience peut même être inconfortable.

La personne remarque davantage :

sa tension ;

son agitation ;

ses pensées ;

sa tristesse.

Le travail ne consiste donc pas nécessairement à produire immédiatement un état agréable.

Il consiste souvent à modifier la relation entretenue avec l’expérience.

Le MBSR

Le Mindfulness-Based Stress Reduction a été développé par Jon Kabat-Zinn à l’Université du Massachusetts.

Le programme a initialement été conçu pour des personnes confrontées à différents problèmes de santé et à un stress important.

Il a ensuite été largement diffusé dans de nombreux contextes.

Le MBSR est traditionnellement proposé sous forme d’un programme structuré de plusieurs semaines, souvent en groupe.

Les pratiques du MBSR

Le programme peut notamment inclure :

méditation assise ;

balayage corporel ;

mouvements conscients ;

attention à la respiration ;

méditation marchée ;

pratiques informelles dans la vie quotidienne.

Les participants sont généralement invités à pratiquer également entre les séances.

L’objectif n’est pas uniquement d’apprendre quelques exercices isolés.

Il s’agit de développer progressivement une manière différente de rencontrer certaines expériences.

MBSR et psychothérapie

Une distinction importante doit être conservée :

le MBSR n’est pas automatiquement une psychothérapie.

Il peut être proposé dans différents cadres de santé, de prévention ou de gestion du stress.

Le professionnel qui anime un programme MBSR n’est pas nécessairement psychothérapeute.

Cela ne diminue pas l’intérêt du programme.

Cela précise simplement sa nature.

La MBCT

La Mindfulness-Based Cognitive Therapy, ou thérapie cognitive fondée sur la pleine conscience, a notamment été développée par Zindel Segal, Mark Williams et John Teasdale.

Elle associe des éléments issus des approches cognitives à des pratiques de pleine conscience.

Son développement a été particulièrement lié à la prévention de certaines rechutes dépressives.

Pourquoi la dépression peut-elle revenir ?

Après un épisode dépressif, certaines personnes peuvent devenir particulièrement vulnérables à certains enchaînements mentaux.

Une baisse d’humeur apparaît.

Puis :

« Ça recommence. »

« Je vais replonger. »

« Je ne m’en sortirai jamais. »

La personne commence à analyser son état.

Elle rumine.

La baisse d’humeur initiale devient progressivement une spirale beaucoup plus large.

Reconnaître la spirale plus tôt

La MBCT cherche notamment à aider la personne à reconnaître plus rapidement :

les changements d’humeur ;

les pensées automatiques ;

les ruminations ;

les réactions corporelles.

L’objectif n’est pas de garantir :

« Vous ne serez plus jamais triste. »

Il est plutôt de développer une capacité à identifier certains processus avant qu’ils ne prennent toute la place.

Le mode « faire »

Nous passons une grande partie de notre vie à résoudre des problèmes.

Quelque chose ne correspond pas à ce que nous voulons.

Nous analysons l’écart.

Puis cherchons une solution.

Ce mode de résolution est extrêmement utile.

Si la voiture ne démarre pas, il faut trouver pourquoi.

Si un document contient une erreur, il faut la corriger.

Mais cette stratégie peut devenir moins efficace lorsqu’elle est appliquée continuellement à certains états intérieurs.

« Pourquoi ne suis-je pas heureux ? »

Une personne se sent triste.

Elle cherche immédiatement :

« Pourquoi ? »

Puis :

« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

« Pourquoi les autres y arrivent-ils ? »

« Quand est-ce que cela va finir ? »

L’esprit tente de résoudre la tristesse comme un problème mécanique.

Mais l’analyse répétée peut parfois nourrir la rumination.

Le mode « être »

Les interventions fondées sur la pleine conscience introduisent souvent une autre manière de rencontrer l’expérience.

Au lieu de chercher immédiatement à modifier ce qui est présent, la personne peut d’abord constater :

« La tristesse est là. »

« Voilà les pensées qui arrivent avec elle. »

« Voilà ce que je ressens dans mon corps. »

Cette reconnaissance peut interrompre momentanément la lutte.

« Être » ne signifie pas renoncer à agir

Il ne s’agit pas de choisir définitivement entre :

être ;

et faire.

Nous avons besoin des deux.

La pleine conscience peut permettre :

observer d’abord ;

agir ensuite avec davantage de choix.

Le problème n’est pas l’action.

Le problème est parfois l’action automatique.

La décentration

Un processus important est la décentration.

La personne apprend progressivement à considérer ses pensées comme des événements mentaux.

« Je suis inutile »

peut devenir :

« Une pensée disant que je suis inutile vient d’apparaître. »

La pensée n’est pas supprimée.

Mais elle n’occupe plus exactement la même position.

Pensée n’est pas fait

Cette distinction paraît évidente intellectuellement.

Pourtant, lorsque nous sommes fortement émus, une pensée peut être vécue comme une réalité immédiate.

« Personne ne m’aime. »

« Je vais échouer. »

« Je ne supporterai pas ça. »

La pleine conscience peut aider à reconnaître :

« Voilà ce que mon esprit me dit actuellement. »

Il devient alors possible de vérifier plutôt que d’obéir automatiquement.

Le raisin sec

Un exercice devenu célèbre dans certains programmes consiste à manger très lentement un raisin sec.

Le participant observe :

forme ;

texture ;

odeur ;

goût ;

mouvements de la bouche ;

impulsion à avaler.

L’intérêt n’est évidemment pas le raisin lui-même.

L’exercice montre combien une activité ordinaire peut être réalisée sans véritable attention.

Une expérience ordinaire devient un laboratoire

Le même principe peut être appliqué à :

marcher ;

boire ;

se laver ;

écouter ;

respirer.

Ces exercices ne cherchent pas à rendre chaque geste extraordinairement profond.

Ils entraînent simplement la capacité à diriger volontairement l’attention.

Le balayage corporel

Le body scan occupe une place importante dans plusieurs programmes.

La personne déplace progressivement son attention dans différentes parties du corps.

Elle observe les sensations présentes.

Ou leur absence.

Le but n’est pas de produire une relaxation parfaite.

Quand le corps devient difficile à observer

Chez certaines personnes, le balayage corporel peut augmenter :

anxiété ;

douleur perçue ;

souvenirs ;

inconfort ;

dissociation.

L’exercice doit alors être adapté.

Une intervention structurée n’est pas une prison méthodologique.

Le protocole sert le participant.

Le participant ne doit pas être forcé de servir le protocole.

Les mouvements conscients

Certains programmes utilisent des mouvements doux inspirés notamment du yoga.

La personne porte attention :

au mouvement ;

aux sensations ;

aux limites corporelles.

Il ne s’agit pas de performance physique.

Les exercices doivent pouvoir être adaptés aux capacités et limitations de chacun.

Les limites corporelles

Une personne ne devrait jamais être encouragée à dépasser une douleur importante simplement pour « rester avec l’expérience ».

La pleine conscience n’abolit pas le bon sens.

Observer une sensation et ignorer un signal physique potentiellement important sont deux choses différentes.

La pratique assise

La méditation assise peut utiliser :

respiration ;

sons ;

sensations ;

pensées ;

émotions ;

attention ouverte.

La durée peut augmenter progressivement.

Mais davantage de minutes ne signifie pas automatiquement davantage de bénéfices.

La qualité et l’adaptation de la pratique comptent.

La pratique quotidienne

Les programmes structurés accordent souvent une place importante à la pratique entre les séances.

Cette régularité peut contribuer à l’apprentissage.

Mais elle peut également devenir un terrain de perfectionnisme.

« Je n’ai pas fait mes exercices hier. »

« J’ai raté le programme. »

Le thérapeute ou l’instructeur doit éviter de transformer la mindfulness en nouvelle source de culpabilité.

Observer le non-respect de la pratique

Même l’absence de pratique peut devenir une information.

Pourquoi n’ai-je pas médité ?

J’ai oublié ?

Je n’en avais pas envie ?

L’exercice était désagréable ?

Mon emploi du temps était irréaliste ?

Je me suis rebellé contre l’obligation ?

L’objectif n’est pas de donner une mauvaise note.

Il est de comprendre ce qui se passe.

Les pratiques informelles

La pleine conscience peut être introduite dans des moments ordinaires.

Se brosser les dents.

Marcher jusqu’à la voiture.

Boire un verre d’eau.

Attendre dans une file.

Écouter quelqu’un.

Ces pratiques rendent la compétence moins dépendante d’un temps spécifique consacré à la méditation.

Les trois minutes

Certains programmes utilisent des pratiques courtes permettant de revenir rapidement à l’expérience présente.

Une personne peut prendre quelques minutes pour :

constater ce qui se passe ;

porter attention à la respiration ;

élargir ensuite l’attention au corps et à l’environnement.

Ces pratiques brèves peuvent devenir plus facilement utilisables dans la vie quotidienne.

Reconnaître les signes précoces

Dans la prévention des rechutes, l’un des objectifs peut être d’identifier les premiers changements.

Sommeil perturbé.

Isolement.

Ruminations.

Irritabilité.

Perte d’activité.

Pensées particulières.

La pleine conscience n’est alors qu’une partie d’un plan plus large.

Le plan d’action

Reconnaître un signal précoce ne suffit pas toujours.

Il faut parfois agir.

Reprendre contact avec quelqu’un.

Réorganiser certaines activités.

Consulter.

Réactiver des stratégies déjà utiles.

Le travail thérapeutique relie donc conscience et action.

Mindfulness et rumination

La rumination constitue l’une des cibles importantes de plusieurs interventions fondées sur la pleine conscience.

Une personne peut apprendre à reconnaître :

« Je suis en train de résoudre mentalement le même problème pour la vingtième fois. »

Cette reconnaissance permet éventuellement de déplacer l’attention vers autre chose.

Ne pas lutter contre la rumination par une nouvelle rumination

Un piège serait :

« Pourquoi est-ce que je rumine encore ? »

« Je devrais avoir dépassé ça. »

« Ma mindfulness ne marche pas. »

La personne ajoute une deuxième couche de jugement au processus initial.

Le travail consiste parfois simplement à constater :

« Voilà la rumination revenue. »

Puis revenir à l’activité choisie.

Mindfulness et anxiété

Différentes interventions fondées sur la pleine conscience ont également été étudiées dans l’anxiété.

La personne peut apprendre à observer :

anticipations ;

sensations ;

impulsions d’évitement.

Mais cela ne signifie pas que la mindfulness constitue nécessairement le traitement de première intention pour chaque trouble anxieux.

Certaines approches spécifiques, notamment les interventions comportant une exposition adaptée, peuvent être particulièrement importantes selon le problème.

Mindfulness et stress

Le MBSR est précisément né autour de la question du stress et de l’adaptation à certaines difficultés de santé.

La pleine conscience peut aider à modifier la relation aux facteurs de stress.

Mais elle ne supprime pas nécessairement les facteurs eux-mêmes.

Une charge de travail impossible reste une charge de travail impossible.

Le risque de responsabiliser uniquement l’individu

Une organisation peut proposer :

« Atelier mindfulness pour gérer le stress. »

Très bien.

Mais si les salariés travaillent dans des conditions chroniquement intenables, le problème ne peut pas être réduit à leur capacité de méditer.

Une intervention individuelle ne doit pas servir à masquer une difficulté structurelle.

La « McMindfulness »

Le terme McMindfulness est parfois utilisé de manière critique pour désigner une mindfulness simplifiée, commercialisée et détachée de tout examen du contexte.

Respirez.

Acceptez.

Soyez présent.

Puis retournez supporter exactement la même situation.

Cette critique rappelle une limite importante : la régulation personnelle ne doit pas remplacer toute réflexion sur les causes sociales, relationnelles ou professionnelles de la souffrance.

Accepter ou changer ?

Une intervention équilibrée pose deux questions :

Que puis-je apprendre à traverser différemment ?

et

Qu’est-ce qui doit réellement changer ?

Parfois, le travail porte sur la réaction intérieure.

Parfois, il faut modifier la situation.

Souvent, les deux sont nécessaires.

La pleine conscience dans la douleur chronique

Des programmes de mindfulness ont été étudiés dans différents contextes de douleur chronique.

Ils peuvent notamment travailler :

attention ;

réactions émotionnelles ;

catastrophisme ;

rapport aux sensations ;

qualité de vie.

Ils ne permettent pas de conclure que la douleur serait uniquement psychologique.

Observer la douleur n’est pas nier la douleur

Une personne peut apprendre à distinguer :

la sensation ;

la peur de la sensation ;

les anticipations ;

les tensions supplémentaires ;

les pensées catastrophiques.

Cette distinction peut modifier l’expérience globale.

Elle ne supprime pas nécessairement la cause physique.

Les maladies chroniques

La pleine conscience peut également être utilisée pour aider certaines personnes à vivre avec :

incertitude ;

limitations ;

traitements ;

fatigue ;

changements corporels.

Mais elle ne doit jamais devenir :

« Acceptez votre maladie et cessez de vous plaindre. »

L’acceptation thérapeutique n’est pas une injonction au silence.

La compassion envers soi

Certaines interventions associent mindfulness et compassion.

Une personne remarque une difficulté.

Puis observe la manière dont elle se traite intérieurement.

« Tu es encore incapable. »

« Tu ne fais jamais rien correctement. »

Le travail peut inclure une réponse moins punitive.

La compassion n’est pas l’indulgence

Se traiter avec moins de brutalité ne signifie pas renoncer à toute responsabilité.

Une personne peut reconnaître :

« J’ai fait quelque chose que je regrette »

sans ajouter :

« Je suis une personne sans valeur. »

La responsabilité porte sur l’acte.

L’autodestruction n’est pas nécessaire pour la rendre sérieuse.

Mindfulness et sommeil

Certaines interventions utilisent des pratiques de pleine conscience dans les difficultés de sommeil.

Elles peuvent aider notamment lorsque la personne lutte mentalement pendant des heures :

« Il faut absolument que je dorme. »

« Demain sera catastrophique. »

Mais la mindfulness ne remplace pas nécessairement les approches spécifiques de l’insomnie lorsque celles-ci sont indiquées.

Méditer pour s’endormir

Une pratique peut favoriser l’endormissement.

Mais si elle devient :

« Je dois réussir ma méditation sinon je ne dormirai pas »,

elle peut paradoxalement ajouter une nouvelle pression.

L’objectif est de réduire la lutte, pas d’inventer une nouvelle condition obligatoire du sommeil.

Mindfulness et troubles alimentaires

Certaines approches utilisent la pleine conscience pour travailler :

sensations alimentaires ;

impulsions ;

émotions ;

automatismes.

Mais ce domaine nécessite beaucoup de prudence.

Une personne déjà extrêmement attentive à son corps, à son alimentation ou à ses sensations n’a pas nécessairement besoin de davantage de surveillance.

L’intervention doit être intégrée à une compréhension globale du trouble.

Mindfulness et addictions

La pleine conscience a également été intégrée à certains programmes destinés aux conduites addictives.

Une compétence importante peut être d’observer une envie sans devoir immédiatement y répondre.

L’envie monte.

Change.

Diminue parfois.

Cette expérience peut montrer qu’une impulsion n’est pas nécessairement un ordre.

« Urge surfing »

Certaines interventions utilisent la métaphore du surf sur l’envie.

L’impulsion est comparée à une vague.

Elle apparaît.

Monte.

Puis évolue.

La personne apprend à la traverser plutôt qu’à essayer immédiatement de la supprimer ou de lui obéir.

Cette technique peut faire partie d’un travail plus large sur les addictions.

Mindfulness et traumatisme

La pleine conscience peut être utile dans certains traitements du traumatisme.

Mais elle doit être adaptée.

Une pratique standard demandant de fermer les yeux et d’explorer longuement les sensations internes peut être très difficile pour certaines personnes.

Une approche sensible au traumatisme

Une pratique adaptée peut proposer :

yeux ouverts ;

attention externe ;

durée courte ;

possibilité de bouger ;

choix du point d’attention ;

interruption libre.

La personne conserve davantage de contrôle.

La pleine conscience devient alors une invitation, non une épreuve d’endurance.

La dissociation

Une apparente immobilité peut être interprétée à tort comme un état méditatif profond.

La personne peut en réalité être dissociée.

Le professionnel doit être attentif :

à la présence ;

à l’orientation ;

à la capacité de répondre ;

au vécu rapporté.

Calme visible et régulation ne sont pas synonymes.

Quand la méditation intensifie la difficulté

Certaines personnes rapportent pendant certaines pratiques :

anxiété importante ;

sentiment d’irréalité ;

souvenirs pénibles ;

agitation ;

désorganisation.

La bonne réponse n’est pas automatiquement :

« Continuez, c’est votre résistance. »

L’intervention doit être réévaluée.

Les pratiques intensives

Les recherches portant sur un programme thérapeutique structuré de quelques semaines ne permettent pas de conclure automatiquement sur les effets d’une retraite méditative intensive.

Quelques minutes quotidiennes et plusieurs heures de méditation par jour sont des expositions très différentes.

Le mot méditation ne suffit pas à rendre les pratiques comparables.

Mindfulness et psychose

Certaines adaptations de la pleine conscience ont été étudiées auprès de personnes présentant des troubles psychotiques.

Cela ne signifie pas que toute pratique méditative est adaptée à toute phase ou à toute personne.

Le cadre, la stabilité, la durée, la manière d’aborder les expériences internes et l’accompagnement professionnel deviennent particulièrement importants.

Une pratique n’a pas à être héroïque

Il n’existe aucun mérite thérapeutique particulier à supporter une méditation qui déstabilise profondément.

Une personne peut arrêter.

Ouvrir les yeux.

Bouger.

Parler.

Choisir un autre exercice.

La capacité à reconnaître sa limite peut elle-même constituer un progrès thérapeutique.

La mindfulness chez l’enfant

Certaines pratiques sont adaptées aux enfants.

Écouter un son jusqu’à sa disparition.

Observer une respiration pendant quelques instants.

Marcher lentement.

Identifier les sensations.

Les exercices doivent être courts, concrets et adaptés au développement.

Un enfant n’a pas besoin de rester immobile vingt minutes pour apprendre l’attention.

Les adolescents

Avec les adolescents, l’approche doit éviter le ton moralisateur :

« Vous devriez méditer au lieu de regarder votre téléphone. »

La mindfulness peut devenir une expérience intéressante si elle répond à une difficulté réelle.

Stress.

Concentration.

Réactivité.

Sommeil.

Mais elle n’a pas besoin de devenir une nouvelle leçon imposée par les adultes.

Le groupe

De nombreux programmes structurés sont proposés en groupe.

Le groupe permet :

apprentissage partagé ;

normalisation des difficultés ;

échanges sur la pratique ;

soutien.

Une personne découvre :

« Je ne suis pas la seule dont l’esprit part toutes les dix secondes. »

Cette normalisation peut réduire la pression de performance.

La confidentialité en groupe

Les participants peuvent partager des expériences personnelles.

Le cadre doit donc préciser les règles de confidentialité.

Comme dans toute intervention de groupe, le professionnel peut fixer des règles, mais il ne peut pas garantir avec une certitude absolue le comportement de tous les participants hors du groupe.

En ligne

Les programmes de pleine conscience existent également en ligne.

Ils peuvent améliorer l’accessibilité.

Mais plusieurs questions se posent :

qualité du programme ;

qualification de l’intervenant ;

possibilité de demander de l’aide ;

confidentialité ;

adaptation en cas de réaction difficile.

Un ensemble de vidéos préenregistrées n’offre pas le même cadre qu’un programme accompagné.

Les applications

Une application peut enseigner :

respiration ;

méditation guidée ;

body scan ;

pratiques courtes.

Elle peut être très utile.

Mais une application ne réalise pas nécessairement une évaluation clinique et ne sait pas toujours quand un exercice devrait être adapté ou interrompu.

Elle constitue un outil, non un thérapeute automatique.

La qualification de l’intervenant

La popularité de la mindfulness a créé une grande diversité de formations.

Quelques jours d’apprentissage personnel ne suffisent pas nécessairement à conduire des interventions auprès de personnes présentant des difficultés psychologiques complexes.

Il faut distinguer :

enseignant de méditation ;

instructeur d’un programme spécifique ;

professionnel de santé ;

psychothérapeute.

Ces rôles peuvent parfois se cumuler.

Ils ne sont pas interchangeables.

Connaître la pratique de l’intérieur

Dans plusieurs programmes structurés, une pratique personnelle de la mindfulness est considérée comme importante pour les intervenants.

La logique est compréhensible : il est difficile de guider une expérience que l’on connaît uniquement par un manuel.

Mais l’expérience personnelle ne remplace pas :

formation ;

compétence clinique ;

éthique ;

supervision lorsque nécessaire.

La fidélité au programme

Lorsqu’un programme a été étudié dans une forme précise, modifier profondément sa structure peut changer ce que l’on propose.

Retirer la moitié des séances.

Changer les pratiques.

Réduire fortement la durée.

Puis utiliser le même nom.

Le programme obtenu n’est plus nécessairement équivalent à celui évalué dans les recherches.

Adapter sans dénaturer

Inversement, une rigidité absolue peut être problématique.

Une personne handicapée doit pouvoir adapter certains mouvements.

Une personne traumatisée peut avoir besoin de garder les yeux ouverts.

Une pratique doit pouvoir tenir compte de la réalité humaine.

La compétence consiste à savoir ce qui peut être adapté sans perdre la cohérence de l’intervention.

Les preuves scientifiques

Les interventions fondées sur la mindfulness font l’objet d’une littérature scientifique importante.

Les résultats soutiennent leur utilité dans plusieurs domaines, mais l’efficacité varie selon :

le programme ;

la population ;

le problème ;

la qualité des études ;

le comparateur utilisé.

Il faut donc éviter deux positions extrêmes :

« La mindfulness ne sert à rien. »

ou

« La mindfulness fonctionne pour tout. »

Ni l’une ni l’autre ne correspond à une lecture sérieuse des données.

Comparer à quoi ?

Une amélioration par rapport à l’absence d’intervention n’établit pas nécessairement une supériorité par rapport à une psychothérapie active.

Cette distinction est importante lorsque l’on évalue les recherches.

Une méthode peut être utile sans être meilleure que toutes les autres.

Les effets moyens

Même lorsqu’une étude montre un bénéfice moyen, chaque participant ne répond pas de la même manière.

Certains bénéficient beaucoup.

D’autres peu.

Certains abandonnent.

Quelques-uns peuvent connaître des réactions indésirables.

Les résultats statistiques ne permettent pas de prédire parfaitement l’expérience individuelle.

Les effets indésirables doivent être reconnus

Pendant longtemps, le discours populaire autour de la méditation a souvent laissé entendre qu’elle ne pouvait produire que des effets positifs.

La recherche et les témoignages ont progressivement conduit à davantage d’attention aux expériences difficiles.

Anxiété.

Dissociation.

Souvenirs pénibles.

Agitation.

Altérations inhabituelles de l’expérience.

Ces possibilités ne justifient pas d’abandonner la mindfulness.

Elles justifient de la traiter comme une véritable intervention plutôt que comme un produit universellement inoffensif.

Le marketing de la mindfulness

La popularité entraîne inévitablement une industrie.

Cours.

Applications.

Retraites.

Certifications.

Objets.

Abonnements.

Promesses.

Une pratique sérieuse peut parfaitement être commercialisée.

Le problème commence lorsque le marketing promet :

guérison universelle ;

transformation garantie ;

bonheur permanent ;

reprogrammation totale du cerveau.

« Scientifiquement prouvé »

Cette expression mérite toujours une question supplémentaire :

qu’est-ce qui est exactement prouvé, pour qui, par rapport à quoi et avec quelle ampleur ?

Une étude favorable à la MBCT pour une indication précise ne valide pas automatiquement chaque produit utilisant le mot mindfulness.

Le cerveau « reprogrammé »

La neuroplasticité est une propriété réelle du cerveau.

L’apprentissage et l’expérience peuvent modifier son fonctionnement.

Mais les discours :

« huit semaines de méditation reprogramment complètement votre cerveau »

simplifient souvent excessivement des résultats beaucoup plus nuancés.

La mindfulness n’a pas besoin d’une promesse neurologique spectaculaire pour être utile.

Mindfulness et spiritualité

La mindfulness contemporaine possède des liens historiques avec des traditions contemplatives, notamment bouddhistes.

Les programmes cliniques modernes peuvent néanmoins être proposés dans un cadre laïque.

Une personne n’a pas besoin d’adhérer au bouddhisme pour participer à une MBCT ou un MBSR.

Ne pas effacer les origines

Laïciser une pratique ne nécessite pas de prétendre qu’elle est apparue sans histoire.

Il est possible de reconnaître les racines culturelles et contemplatives tout en expliquant que l’intervention contemporaine a été adaptée à un autre cadre.

Ne pas imposer les origines non plus

Une personne venant chercher une intervention psychologique ne doit pas se voir imposer une philosophie ou une croyance religieuse qu’elle n’a pas demandée.

Le respect fonctionne dans les deux sens.

Reconnaître l’histoire.

Respecter les convictions du participant.

Mindfulness et prière

Pour une personne croyante, certaines qualités de présence peuvent parfois résonner avec sa pratique de prière.

Mais la prière et la mindfulness clinique ne sont pas interchangeables.

La prière peut être relation à Dieu, demande, gratitude, louange ou confiance.

La mindfulness clinique travaille principalement avec l’attention et la relation à l’expérience.

Une psychothérapie n’a pas à effacer cette différence.

Quand la mindfulness ne convient pas

Une personne peut simplement ne pas aimer cette approche.

Elle peut préférer une thérapie :

plus verbale ;

plus comportementale ;

plus relationnelle ;

plus créative ;

plus active.

Cela ne signifie pas qu’elle refuse de travailler sur elle-même.

Aucune technique ne constitue un test de bonne volonté thérapeutique.

« Je déteste méditer »

Cette phrase peut être parfaitement recevable.

Le thérapeute peut explorer pourquoi.

Puis décider :

adapter ;

essayer autre chose ;

ou ne pas utiliser la méditation.

La psychothérapie possède suffisamment d’outils pour ne pas transformer la mindfulness en passage obligatoire.

Le risque de tout « mindfuliser »

Manger en pleine conscience.

Marcher en pleine conscience.

Travailler en pleine conscience.

Se doucher en pleine conscience.

Communiquer en pleine conscience.

À force, une pratique destinée à libérer de certains automatismes peut devenir une surveillance constante.

Nous n’avons pas besoin d’observer consciemment chaque seconde de notre existence.

L’automatisme possède aussi une fonction normale.

Oublier de s’observer

Il existe des moments précieux où nous ne surveillons plus notre fonctionnement.

Nous rions.

Créons.

Jouons.

Aimons.

Travaillons avec concentration.

Écoutons une chanson.

La conscience psychologique n’a pas besoin d’occuper toute la scène.

La mindfulness est une capacité à mobiliser.

Pas une obligation de vivre continuellement en position d’observateur.

De la pratique au changement

La question centrale reste :

qu’est-ce que cette pratique permet de faire différemment dans la vie ?

Une personne reconnaît plus vite une rumination.

Elle se désengage.

Elle remarque une montée de colère.

Elle évite un message impulsif.

Elle identifie un signal de rechute.

Elle demande de l’aide.

Elle accepte une émotion suffisamment longtemps pour prendre une décision.

La pratique prend son sens dans ces passages vers l’existence quotidienne.

L’autonomie

Un programme thérapeutique réussi ne devrait pas rendre la personne dépendante du groupe, de l’instructeur ou d’une application.

Progressivement, elle connaît plusieurs possibilités.

Elle sait quand une pratique l’aide.

Quand elle ne l’aide pas.

Quand elle doit l’adapter.

Et quand elle a besoin de faire complètement autre chose.

Une compétence, pas une identité

Certaines personnes finissent par se définir :

« Je suis quelqu’un de mindful. »

Pourquoi pas.

Mais thérapeutiquement, l’essentiel n’est pas de devenir membre d’une identité particulière.

Il est d’acquérir une compétence supplémentaire.

Une personne peut utiliser la pleine conscience sans faire de la méditation le centre de sa vie.

Choisir une intervention fondée sur la mindfulness

Avant de s’engager, plusieurs questions peuvent être utiles.

Quel programme est proposé ?

MBSR ?

MBCT ?

Autre intervention ?

Pour quel objectif ?

Quelle est la formation de l’intervenant ?

S’agit-il d’une psychothérapie, d’un programme de gestion du stress ou d’une pratique de bien-être ?

Comment sont gérées les difficultés éventuelles ?

Le cadre doit être compréhensible.

Une appellation précise protège la personne

Dire :

« Je propose un programme MBSR »

n’est pas la même chose que :

« Je traite votre dépression par psychothérapie. »

Dire :

« J’intègre des exercices de pleine conscience à ma pratique »

n’est pas la même chose que :

« Je pratique la MBCT. »

Les mots permettent de savoir ce que l’on reçoit réellement.

La pleine conscience comme outil de liberté

Au meilleur de son utilisation thérapeutique, la mindfulness ne cherche pas à fabriquer une personne éternellement calme.

Elle développe une possibilité supplémentaire.

Je peux remarquer ce qui arrive.

Je peux constater ce que mon esprit raconte.

Je peux reconnaître ce que mon corps ressent.

Je peux observer mon envie d’agir.

Puis je peux choisir, autant que la situation me le permet, ce que je vais faire ensuite.

C’est beaucoup moins spectaculaire que certaines promesses commerciales.

Mais thérapeutiquement, c’est déjà considérable.

À retenir

Les approches thérapeutiques fondées sur la mindfulness utilisent la pleine conscience de manière structurée afin de modifier la relation aux pensées, émotions, sensations et réactions automatiques.

Parmi les programmes les plus connus figurent le MBSR, développé par Jon Kabat-Zinn, et la MBCT, développée notamment par Zindel Segal, Mark Williams et John Teasdale.

Le MBSR est un programme structuré de réduction du stress fondé sur la pleine conscience, mais il ne constitue pas automatiquement une psychothérapie.

La MBCT associe pleine conscience et éléments de thérapie cognitive et a notamment été développée autour de la prévention de certaines rechutes dépressives.

Ces approches peuvent utiliser méditation assise, balayage corporel, mouvements conscients, attention à la respiration et pratiques intégrées à la vie quotidienne.

Leur objectif n’est pas nécessairement la relaxation. Elles cherchent notamment à développer la décentration, à reconnaître certains automatismes et à permettre davantage de choix dans la manière d’y répondre.

Les recherches soutiennent l’intérêt de plusieurs interventions fondées sur la mindfulness pour certaines indications, mais elles ne permettent pas de conclure que la pleine conscience constitue un traitement universel ou supérieur à toutes les autres approches.

La pratique peut également provoquer des expériences difficiles chez certaines personnes. Traumatisme, dissociation, forte déstabilisation psychique ou certaines autres situations peuvent nécessiter des adaptations et un encadrement approprié.

Enfin, la mindfulness ne doit pas devenir une manière d’apprendre à supporter indéfiniment une situation qui devrait réellement changer.

Le but n’est pas de passer sa vie à observer sa respiration ni de devenir parfaitement calme. La pleine conscience devient thérapeutiquement intéressante lorsqu’elle crée, entre ce qui nous arrive et ce que nous faisons ensuite, suffisamment d’espace pour qu’une réponse choisie puisse parfois remplacer une réaction automatique.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.