LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

PHOTOTHÉRAPIE ET PHOTOGRAPHIE THÉRAPEUTIQUE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

PHOTOTHÉRAPIE ET PHOTOGRAPHIE THÉRAPEUTIQUE

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La photographie peut entrer dans le travail thérapeutique de nombreuses manières.

Regarder une ancienne photo.

Choisir une image.

Prendre soi-même une photographie.

Créer un autoportrait.

Construire une série.

Photographier un lieu important.

Travailler avec un album familial.

Associer une image à une émotion, une relation ou une période de vie.

La photographie possède une particularité importante par rapport à de nombreuses autres médiations créatives : elle entretient avec la réalité une relation très forte.

Une photographie semble dire :

« Cela a existé. »

Une personne était là.

Un lieu était ainsi.

Une scène s’est produite devant un objectif.

Mais cette apparente objectivité peut être trompeuse.

Une photographie montre quelque chose de réel, tout en ne montrant jamais toute la réalité.

Elle contient un cadrage.

Un instant.

Un angle.

Ce qui se trouve devant l’appareil.

Et tout ce qui reste hors champ.

Cette tension entre trace du réel et construction du regard fait précisément de la photographie une médiation thérapeutique particulièrement riche.

Plusieurs pratiques différentes

Les termes utilisés dans ce domaine ne sont pas toujours parfaitement uniformes.

On peut notamment rencontrer :

photothérapie ;

photographie thérapeutique ;

photographie utilisée en psychothérapie.

Ces pratiques peuvent se chevaucher, mais il est utile de ne pas les confondre systématiquement.

La photographie utilisée par un thérapeute

Un psychothérapeute peut utiliser des photographies comme médiations dans une thérapie.

Photos personnelles.

Albums.

Images choisies.

Autoportraits.

Photographies réalisées entre les séances.

La photographie devient alors un outil intégré au processus psychothérapeutique.

La photographie thérapeutique

L’expression photographie thérapeutique peut également désigner des pratiques photographiques utilisées pour favoriser :

expression ;

connaissance de soi ;

créativité ;

bien-être ;

réflexion personnelle.

Elles ne constituent pas nécessairement une psychothérapie.

Une personne peut, par exemple, réaliser seule un projet photographique sur son rapport au corps et en retirer beaucoup.

Cela peut être profondément transformateur sans qu’un psychothérapeute soit présent.

Pourquoi la photographie peut-elle être intéressante ?

Parce qu’elle permet simultanément de :

regarder ;

choisir ;

cadrer ;

conserver ;

revenir ;

montrer ;

cacher ;

comparer.

Elle peut mettre une certaine distance entre la personne et ce qu’elle vit.

Quelque chose qui semblait uniquement intérieur devient visible sur un support.

Regarder autrement

Un exercice peut consister simplement à demander :

« Photographiez quelque chose qui représente votre état actuel. »

La personne photographie une fenêtre fermée.

Le thérapeute ne conclut pas :

« Vous vous sentez enfermée. »

Il demande :

« Qu’est-ce qui vous a fait choisir cette fenêtre ? »

Elle répond peut-être :

« Parce qu’elle donne sur le jardin de ma grand-mère et que je me sens bien ici. »

La signification appartient à l’auteur.

Une photographie n’est pas un test projectif automatique

Comme pour le dessin ou la peinture, il faut éviter le décodage simpliste.

Photographier beaucoup de portes ne signifie pas nécessairement rechercher une sortie.

Photographier des ombres ne prouve pas une dépression.

Faire des autoportraits ne révèle pas automatiquement un narcissisme.

Ne jamais se photographier ne signifie pas nécessairement une mauvaise estime de soi.

La photographie ouvre une conversation.

Elle ne fournit pas seule le diagnostic.

Le cadrage

Photographier implique de choisir ce qui entre dans l’image.

Et donc ce qui n’y entre pas.

Deux personnes placées exactement au même endroit peuvent produire deux photographies radicalement différentes.

L’une cadre le ciel.

L’autre le sol.

L’une photographie la foule.

L’autre un détail sur un mur.

Cette sélection peut devenir intéressante à explorer.

Le hors-champ

Toute photographie contient un hors-champ.

Quelque chose existe autour de l’image mais n’apparaît pas.

Cette caractéristique peut devenir une métaphore thérapeutique particulièrement utile.

« Qu’est-ce qui n’apparaît pas sur cette photo ? »

Parfois, la réponse transforme complètement son sens.

La photo parfaite

Une photographie montre une famille souriante autour d’une table.

Vue isolément, elle pourrait raconter :

« Une famille heureuse. »

Mais une personne peut expliquer :

« Mes parents se disputaient depuis trois heures. Ils se sont arrêtés trente secondes pour la photo. »

L’image n’est pas fausse.

Ils ont réellement souri.

Mais elle ne contient qu’un fragment de la situation.

Une photographie ne prouve pas une relation

Deux personnes qui sourient ensemble sur une photographie peuvent :

s’aimer ;

être en conflit ;

se réconcilier ;

jouer un rôle ;

poser pour l’appareil.

L’image ne permet pas de reconstruire à elle seule la qualité de leur relation.

Le contexte reste indispensable.

Les albums familiaux

Les albums constituent une matière particulièrement riche.

Ils racontent souvent une histoire familiale sélectionnée.

Anniversaires.

Vacances.

Mariages.

Naissances.

Fêtes.

Mais ils contiennent rarement :

les disputes ;

les journées ordinaires ;

les longues périodes difficiles ;

les absences ;

les secrets.

Un album est donc à la fois mémoire et sélection.

Qui prend les photos ?

Une question apparemment simple peut être très révélatrice :

« Qui photographiait toujours la famille ? »

Parfois, une personne apparaît très peu dans les albums parce qu’elle était constamment derrière l’appareil.

Son absence visuelle ne signifie pas son absence réelle.

Au contraire, elle peut avoir été celle qui fabriquait la mémoire familiale.

Celui qui manque sur les photos

Certaines absences sont importantes.

Une personne décédée.

Un parent éloigné.

Un membre de la famille exclu.

Quelqu’un qui refusait les photos.

Le thérapeute peut explorer ce que cette absence signifie pour la personne.

Mais il ne doit pas décider à sa place.

Les photos d’enfance

Regarder une photographie de soi enfant peut provoquer une expérience particulière.

« C’était moi. »

Et simultanément :

« J’ai du mal à croire que c’était moi. »

La photographie peut créer un lien entre différentes périodes de l’identité.

Se regarder enfant

Une personne extrêmement sévère envers elle-même peut regarder une photographie de ses huit ans.

Le thérapeute peut demander :

« Que pensez-vous de cet enfant ? »

Elle répond :

« Il a l’air perdu. »

Puis :

« Lui parleriez-vous comme vous vous parlez aujourd’hui ? »

La photographie devient un support permettant de déplacer le regard.

Mais la photo ne raconte pas l’enfance entière

Un enfant souriant sur toutes les photos peut avoir été heureux.

Ou avoir vécu des difficultés invisibles.

Un enfant sérieux peut simplement ne pas aimer sourire devant l’appareil.

Il serait dangereux d’utiliser les expressions photographiées pour reconstruire une histoire psychologique complète.

La photographie et la mémoire

Les photographies peuvent soutenir la mémoire autobiographique.

Elles fournissent des repères :

personnes ;

lieux ;

vêtements ;

objets ;

époques.

Elles peuvent faire revenir des souvenirs oubliés depuis longtemps.

Mais elles peuvent également influencer la manière dont nous reconstruisons nos souvenirs.

Se souvenir de la photo ou de l’événement ?

Nous avons parfois vu une photographie tellement souvent que nous ne savons plus très bien si nous nous souvenons réellement de la scène ou si nous nous souvenons de l’image.

Une personne peut dire :

« Je me rappelle parfaitement ce jour-là. »

Mais certains éléments de son souvenir peuvent avoir été construits à partir :

de la photo ;

des histoires familiales ;

des commentaires répétés.

La mémoire reste reconstructive.

Une photo n’authentifie pas tous les souvenirs associés

La photographie peut confirmer certains éléments.

Ces personnes étaient présentes.

Ce lieu existait.

Cette scène a été photographiée.

Mais elle ne confirme pas automatiquement :

ce qui s’est passé avant ;

ce qui s’est passé après ;

ce que chacun ressentait ;

ce qui a été dit.

Le thérapeute doit maintenir cette distinction.

Le travail du deuil

Les photographies occupent souvent une place importante dans le deuil.

Après un décès, certaines personnes regardent énormément les photos.

D’autres les rangent.

D’autres encore ne peuvent pas les regarder pendant longtemps.

Aucune de ces réactions ne constitue en elle-même la bonne manière de faire son deuil.

Choisir une photographie

Le thérapeute peut proposer :

« Si vous le souhaitez, apportez une photographie importante de cette personne. »

Le travail peut ensuite porter sur :

le moment photographié ;

la relation ;

ce que l’image évoque ;

ce qui manque ;

ce que la personne souhaite conserver du lien.

Continuer le lien

Une photographie peut permettre de maintenir une place symbolique à une personne décédée.

Elle ne signifie pas nécessairement que le deuil est « bloqué ».

Conserver des photos est une manière ordinaire de préserver une mémoire et un lien.

Le travail thérapeutique ne vise pas à effacer les morts de la vie des vivants.

La photographie absente

Parfois, il n’existe aucune photo.

Ou presque aucune.

Cette absence peut être douloureuse.

Le travail thérapeutique peut alors utiliser :

des souvenirs ;

des lieux ;

des objets ;

des images symboliques.

Une relation ne devient pas moins réelle parce qu’elle n’a pas été photographiée.

L’autoportrait

L’autoportrait photographique peut être utilisé pour travailler :

identité ;

image corporelle ;

regard sur soi ;

rôles ;

émotions ;

transitions de vie.

Mais il ne se réduit pas au selfie.

Il peut être construit, indirect, symbolique ou même ne montrer qu’une partie du corps.

Se photographier soi-même

Prendre son propre portrait implique plusieurs décisions.

Comment veux-je apparaître ?

De près ou de loin ?

Avec quel vêtement ?

Quel regard ?

Quel décor ?

Quelle lumière ?

La personne contrôle une partie importante de sa représentation.

Cela peut devenir thérapeutiquement intéressant.

Être photographié par quelqu’un d’autre

L’expérience change lorsqu’une autre personne tient l’appareil.

« Comment me voit-il ? »

« Que va-t-il montrer ? »

« Est-ce que je peux demander une autre photo ? »

« Puis-je refuser celle-ci ? »

Des questions de confiance et de contrôle peuvent apparaître.

Le droit de ne pas être photographié

Ce droit est fondamental.

Une personne peut accepter une activité photographique sans accepter d’être elle-même photographiée.

Le thérapeute ne doit jamais transformer :

« Je ne veux pas être sur la photo »

en résistance qu’il faudrait vaincre.

Le consentement à l’image est une limite réelle.

Voir son image

Certaines personnes éprouvent beaucoup de difficulté à regarder des photographies d’elles-mêmes.

Elles voient immédiatement :

poids ;

âge ;

imperfections ;

asymétries ;

défauts supposés.

L’image déclenche une critique extrêmement rapide.

Le travail peut consister à observer cette réaction.

« Je suis horrible sur cette photo »

Le thérapeute n’est pas obligé de répondre :

« Mais non, vous êtes magnifique. »

Cette contradiction risque de ne rien modifier.

Il peut demander :

« Qu’est-ce que vous regardez en premier ? »

« Que vous dites-vous ? »

« Regardez-vous les autres avec la même sévérité ? »

Le travail porte alors sur la manière de regarder.

L’image corporelle

La photographie peut être utilisée avec prudence dans le travail autour de l’image corporelle.

Elle peut permettre d’examiner :

la différence entre corps vécu et corps regardé ;

les angles ;

les poses ;

la sélection ;

les comparaisons ;

l’influence des images sociales.

Mais ce domaine exige beaucoup de discernement.

Les troubles des conduites alimentaires

Chez une personne présentant un trouble alimentaire ou une forte préoccupation corporelle, l’utilisation de photographies peut parfois intensifier :

vérifications ;

comparaisons ;

critique ;

surveillance corporelle.

L’outil ne doit donc pas être utilisé automatiquement sous prétexte qu’il concerne l’image de soi.

Les photos « avant/après »

Les images avant/après peuvent être particulièrement puissantes.

Mais elles peuvent également réduire une transformation humaine à une modification visible du corps.

Une personne peut aller psychologiquement mieux sans que cela apparaisse sur une photographie.

Inversement, une transformation physique spectaculaire ne renseigne pas nécessairement sur son bien-être.

Réseaux sociaux et représentation de soi

La photographie occupe aujourd’hui une place considérable dans les réseaux sociaux.

Nous ne produisons plus seulement des images pour conserver un souvenir.

Nous produisons parfois des images destinées à être :

vues ;

évaluées ;

aimées ;

commentées ;

partagées.

La relation à l’image de soi s’en trouve profondément modifiée.

La sélection invisible

Une personne prend vingt photographies.

Elle en conserve une.

La retouche.

La publie.

Les autres voient uniquement le résultat.

Puis ils comparent cette image sélectionnée avec leur propre apparence quotidienne.

La comparaison est structurellement déséquilibrée.

L’image numérique n’est pas la personne

Filtres.

Lumière.

Angle.

Retouches.

Pose.

Sélection.

Une photographie numérique peut être très éloignée de l’apparence habituelle.

Cela ne signifie pas nécessairement tromper.

Toute photographie est déjà une sélection.

Mais oublier cette sélection peut favoriser des comparaisons irréalistes.

« Photogénique »

Certaines personnes sont très différentes en mouvement et sur une image fixe.

Une photographie capture une fraction de seconde.

Elle peut figer une expression qui n’est presque jamais visible dans la vie réelle.

Dire :

« Je suis laid parce que cette photo est mauvaise »

revient à laisser une fraction de seconde représenter tout un visage vivant.

Prendre des photos plutôt que se photographier

Le travail thérapeutique n’a pas besoin d’être centré sur le visage ou le corps.

Une personne peut photographier :

des lieux ;

des objets ;

des détails ;

des paysages ;

des couleurs ;

des traces ;

des chemins.

Ces images peuvent devenir des représentations de son expérience sans exposition directe de son corps.

Photographier son quotidien

Un exercice peut consister à prendre chaque jour une photographie d’un élément qui a retenu l’attention.

Pas nécessairement quelque chose de beau.

Une tasse.

Une rue.

Une lumière.

Un désordre.

Un arbre.

Après plusieurs semaines, la série peut montrer ce que la personne remarque dans sa vie.

Attention : remarquer n’est pas diagnostiquer

Si une personne photographie beaucoup de fenêtres, cela ne signifie pas que son inconscient réclame la liberté.

Le thérapeute peut simplement demander :

« Vous avez remarqué que les fenêtres reviennent souvent. Qu’est-ce qui vous attire chez elles ? »

Peut-être existe-t-il un sens.

Peut-être aime-t-elle simplement l’architecture.

La série photographique

Une série permet de développer un thème dans le temps.

« Ce qui me donne de l’énergie. »

« Les endroits où je me sens bien. »

« Ce que je veux conserver. »

« Ce qui change. »

« Les traces de mon quotidien. »

La répétition peut faire apparaître des éléments qui auraient été difficiles à remarquer dans une seule image.

Photographier les ressources

Une personne peut créer un répertoire visuel de ce qui l’aide.

Un lieu.

Une personne, avec son accord.

Un animal.

Une activité.

Un objet.

Une couleur.

Une phrase photographiée.

Le téléphone devient alors un petit album de repères personnels.

Photographier ce qui compte

Un autre exercice peut porter sur les valeurs.

« Photographiez quelque chose qui représente ce qui compte pour vous. »

Une personne photographie une table familiale.

Une autre ses chaussures de marche.

Une autre une bibliothèque.

Une autre un outil de travail.

La photographie fournit ensuite un point de départ à la conversation.

Valeur et objet ne sont pas identiques

Photographier une maison ne signifie pas nécessairement valoriser les biens matériels.

La maison peut représenter :

sécurité ;

famille ;

autonomie ;

travail accompli ;

racines.

Le sens n’est pas contenu automatiquement dans l’objet.

Photographier un problème

Une personne peut également représenter symboliquement une difficulté.

Un mur.

Un carrefour.

Un nœud.

Un espace encombré.

Le problème devient visible sous une autre forme.

Cela peut faciliter l’externalisation.

Puis photographier une possibilité

Le thérapeute peut proposer ensuite :

« Photographiez quelque chose qui représente une possibilité face à ce problème. »

Une ouverture.

Un outil.

Une personne.

Un chemin.

Mais l’exercice ne doit pas se transformer en obligation d’optimisme.

Parfois, la personne ne voit encore aucune possibilité.

Cette réponse doit pouvoir être accueillie.

La photographie et les thérapies narratives

La photographie se combine particulièrement bien avec certaines pratiques narratives.

Une personne peut créer une série représentant :

les différentes périodes de sa vie ;

ses résistances ;

ses ressources ;

ses appartenances ;

les personnes importantes ;

les endroits où elle s’est reconstruite.

Les images deviennent des supports d’un récit plus complexe.

Le photolangage

Des ensembles d’images peuvent être utilisés pour faciliter l’expression.

Le thérapeute dispose plusieurs photographies et demande :

« Choisissez celle qui représente le mieux votre état actuel. »

La personne n’a pas produit l’image.

Mais le choix lui permet d’exprimer quelque chose.

Une image choisie n’a pas de sens prédéfini

Deux personnes peuvent sélectionner exactement la même photographie pour des raisons opposées.

Une route vide peut représenter :

liberté ;

solitude ;

peur ;

voyage ;

avenir ;

perte.

La valeur thérapeutique réside dans l’association faite par la personne.

Les métaphores visuelles

La photographie permet facilement de travailler avec des métaphores.

Une porte entrouverte.

Une racine.

Un pont.

Une fissure.

Une ombre.

Mais la métaphore doit émerger de la personne ou être proposée comme hypothèse.

Elle ne doit pas devenir un système de traduction automatique.

Rephotographier un lieu

Retourner dans un endroit important et le photographier aujourd’hui peut créer une confrontation entre :

souvenir ;

présent ;

changement.

La maison paraît plus petite.

La rue a changé.

Un arbre a disparu.

La photographie peut matérialiser le passage du temps.

Mais retourner n’est pas toujours souhaitable

Un lieu associé à un traumatisme peut être extrêmement difficile à revisiter.

Il ne faut pas encourager quelqu’un à s’y rendre simplement pour obtenir une photographie symbolique.

La sécurité et la préparation restent prioritaires.

Une image du lieu trouvée ailleurs peut parfois suffire.

Ou aucune image.

Traumatisme et photographie

La photographie peut être utilisée dans certains travaux autour du traumatisme.

Elle peut aider à :

reconstruire une continuité ;

identifier des ressources ;

travailler l’identité ;

représenter le présent ;

documenter une reconstruction.

Mais elle peut aussi réactiver fortement certains souvenirs.

Photographier le traumatisme n’est pas nécessaire

Il n’est pas nécessaire de reproduire ou de mettre en scène une scène traumatique pour travailler thérapeutiquement.

Une personne peut photographier ce qui représente :

sa sécurité actuelle ;

sa capacité à choisir ;

ses limites ;

ce qu’elle a reconstruit ;

son avenir.

Le travail thérapeutique ne doit pas rechercher l’image la plus spectaculaire.

Les photographies d’un événement traumatique

Dans certaines situations, il existe de vraies photographies de l’événement ou de ses conséquences.

Accident.

Catastrophe.

Violence.

Ces images peuvent être extrêmement difficiles à regarder.

Leur utilisation éventuelle doit être réfléchie et ne doit jamais être imposée sous prétexte d’exposition thérapeutique.

Une image peut devenir intrusive

Certaines photographies restent mentalement très présentes après avoir été vues.

Cela concerne particulièrement les images violentes ou choquantes.

Le thérapeute doit donc penser non seulement à ce qui se passe pendant la séance, mais également à ce que la personne emportera mentalement après.

Photographie et violence

Lorsqu’une photographie documente réellement une blessure ou une situation, elle peut avoir une fonction factuelle dans d’autres cadres :

médical ;

juridique ;

protection.

Mais la psychothérapie n’a pas pour fonction principale de déterminer seule la valeur probatoire de ces images.

Le thérapeute doit distinguer soutien psychologique et enquête.

Images intimes

La photographie peut également toucher à des images extrêmement privées.

Photos de couple.

Nudité.

Images sexuelles.

Photographies médicales.

Le cadre doit être particulièrement rigoureux.

Un thérapeute ne doit pas demander des images intimes sans justification clinique claire et cadre professionnel approprié.

Le droit à l’intimité

Une personne peut parler d’une photographie sans la montrer.

Elle peut la décrire.

Dire ce qu’elle représente.

Le thérapeute n’a pas besoin de voir toutes les images pour travailler sur ce qu’elles signifient.

Photographie et identité

Une personne possède souvent plusieurs images d’elle-même.

Professionnelle.

Familiale.

Intime.

Sociale.

Numérique.

La photographie peut aider à explorer ces identités.

« Sur quelle photo avez-vous l’impression de vous reconnaître ? »

La réponse peut être surprenante.

« Ce n’est pas moi »

Une personne regarde une ancienne photographie.

« Je ne reconnais plus cette femme. »

Cette phrase peut ouvrir un travail sur :

changement ;

perte ;

transformation ;

identité.

Qui était-elle ?

Qu’est-ce qui demeure ?

Qu’est-ce qui a disparu ?

Qu’est-ce qu’elle souhaiterait retrouver ?

Les transitions de vie

La photographie peut accompagner :

adolescence ;

maternité ou paternité ;

séparation ;

migration ;

maladie ;

retraite ;

vieillissement ;

changement professionnel.

Une série d’images peut donner une forme visible à une transition qui n’est pas encore complètement formulée.

Vieillissement et photographie

Les photos confrontent directement au passage du temps.

Une personne peut comparer son visage actuel avec celui de vingt ans auparavant.

Cette comparaison peut provoquer :

tendresse ;

fierté ;

nostalgie ;

tristesse ;

rejet.

Le travail thérapeutique peut explorer le rapport au vieillissement sans imposer l’injonction :

« Il faut aimer toutes vos rides. »

Maladie et transformation corporelle

Une maladie ou un traitement peut modifier l’apparence.

Cheveux.

Poids.

Cicatrices.

Mobilité.

Certaines personnes utilisent la photographie pour documenter cette transformation ou se réapproprier leur image.

D’autres ne veulent surtout pas être photographiées.

Les deux positions sont légitimes.

La cicatrice

Photographier une cicatrice peut être :

un acte de réappropriation ;

une documentation ;

une création esthétique ;

ou une expérience extrêmement pénible.

Le sens appartient à la personne.

La photographie ne doit pas imposer l’idée que montrer son corps serait nécessaire pour l’accepter.

Photographie et estime de soi

Certains projets cherchent à produire une image de soi plus valorisante.

Cela peut avoir un intérêt.

Mais l’estime de soi ne devrait pas dépendre uniquement de la capacité à obtenir une photographie flatteuse.

Le travail peut également porter sur la possibilité de se considérer avec respect lorsque l’image ne correspond pas aux critères esthétiques souhaités.

Les séances photographiques « thérapeutiques »

Certaines prestations commerciales présentent une séance photo comme une thérapie de l’estime de soi.

Une séance réalisée avec respect peut effectivement être une expérience positive.

Elle peut permettre à quelqu’un de se voir autrement.

Mais le mot thérapeutique ne transforme pas automatiquement le photographe en psychothérapeute.

Les rôles doivent rester clairs.

Photographe et thérapeute

Un photographe maîtrise notamment :

lumière ;

cadrage ;

technique ;

direction photographique.

Un thérapeute travaille avec :

processus psychologiques ;

cadre clinique ;

relation ;

vulnérabilité ;

objectifs thérapeutiques.

Une personne peut posséder les deux formations.

Mais l’une ne découle pas automatiquement de l’autre.

Qui possède la photographie ?

La question est particulièrement importante.

Si le thérapeute prend une photo du patient :

où est-elle enregistrée ?

Qui peut la voir ?

Combien de temps est-elle conservée ?

Peut-elle être supprimée ?

Existe-t-il une copie ?

Ces éléments doivent être clarifiés.

Le téléphone personnel du thérapeute

Utiliser un téléphone personnel pour photographier un patient pose des questions évidentes de confidentialité.

Synchronisation automatique.

Cloud.

Galerie.

Sauvegarde.

Applications ayant accès aux images.

La facilité technique ne supprime pas les obligations de protection des données.

Consentement à la photographie

Le consentement doit être :

explicite ;

informé ;

réversible lorsque cela est possible ;

distinct des autres consentements thérapeutiques.

Accepter une thérapie ne signifie pas accepter d’être photographié.

Consentement à l’utilisation

Il faut également distinguer :

être photographié ;

conserver la photographie dans le dossier ;

la montrer en supervision ;

l’utiliser en formation ;

la publier ;

l’exposer.

Ce sont des usages différents.

Un consentement à l’un n’autorise pas automatiquement les autres.

Une belle photo reste confidentielle

Le thérapeute peut être fier d’une image réalisée dans un projet.

Cela ne lui donne pas le droit de la publier sur son site ou ses réseaux sociaux.

Même anonymisée, une photographie peut être identifiable.

La protection de la personne prime sur l’intérêt esthétique ou promotionnel.

Les enfants et les photographies

Avec les enfants, la prudence est renforcée.

L’enfant peut utiliser un appareil pour photographier :

ce qu’il aime ;

ce qui lui fait peur ;

sa maison ;

ses jouets ;

son quotidien.

Ces images peuvent faciliter la conversation.

Mais elles peuvent également contenir des informations sur d’autres personnes et sur la vie familiale.

Consentement et mineurs

Les règles concernant le consentement des responsables légaux et celui du mineur dépendent du contexte et du cadre juridique.

Au-delà des obligations formelles, l’enfant lui-même doit être respecté autant que possible dans son souhait d’être ou non photographié.

L’autorisation d’un adulte ne devrait pas transformer l’enfant en objet photographique.

Photographier les autres

Un exercice thérapeutique ne donne pas le droit de photographier n’importe qui.

Une personne qui réalise un projet sur sa famille doit respecter l’intimité et les droits des autres.

La médiation thérapeutique ne suspend pas les règles ordinaires de consentement et de confidentialité.

Les espaces publics

Prendre des photographies à l’extérieur peut également soulever des questions concernant les personnes reconnaissables, les lieux privés ou la diffusion ultérieure des images.

Le thérapeute doit anticiper ces dimensions lorsqu’il propose un exercice.

La photographie numérique

Le numérique a profondément changé le rapport aux images.

Nous pouvons produire des centaines de photographies en quelques minutes.

Les modifier.

Les supprimer.

Les partager immédiatement.

Cette abondance peut elle-même devenir un sujet thérapeutique.

Photographier au lieu de vivre

Certaines personnes ressentent le besoin de documenter presque chaque expérience.

Repas.

Voyage.

Concert.

Rencontre.

Le thérapeute peut explorer :

« Que se passe-t-il si vous ne prenez pas de photo ? »

Parfois apparaît la peur :

« Si je ne photographie pas, le moment disparaîtra. »

La photographie comme mémoire externe

Le téléphone devient progressivement une archive autobiographique.

Des milliers d’images retracent plusieurs années.

Parcourir cette archive peut permettre d’observer :

ce qui a compté ;

ce qui a changé ;

les personnes disparues de la vie ;

les habitudes ;

les lieux.

Mais cette exploration peut aussi être émotionnellement très chargée.

Supprimer une photographie

Effacer une photo peut représenter quelque chose d’important.

Mais supprimer n’est pas nécessairement oublier.

Le thérapeute ne devrait pas encourager :

« Effacez toutes les photos de votre ancien partenaire pour tourner la page. »

Certaines personnes le souhaitent.

D’autres veulent conserver une partie de leur histoire.

La décision leur appartient.

Conserver sans regarder

Une solution intermédiaire peut parfois exister.

Déplacer les photos.

Les archiver.

Les sortir de l’accès quotidien sans les détruire.

Cette possibilité rappelle qu’entre exposition permanente et suppression définitive, il existe de nombreuses options.

Retoucher son image

La retouche peut devenir un outil créatif.

Modifier les couleurs.

Superposer.

Découper.

Transformer.

Mais lorsqu’elle sert uniquement à effacer systématiquement toute caractéristique jugée imparfaite, elle peut également participer à une relation difficile avec l’image de soi.

Le thérapeute peut explorer l’usage plutôt que condamner l’outil.

Photomontage

Le photomontage permet d’associer plusieurs images.

Passé et présent.

Personnes et lieux.

Réalité et imagination.

Il peut être utilisé pour construire une représentation symbolique d’une expérience.

Comme toujours, la création ne constitue pas une preuve factuelle.

Intelligence artificielle et images

Les outils numériques permettent désormais de modifier profondément une photographie ou de créer une image réaliste d’un événement qui n’a jamais eu lieu.

Cette évolution renforce une distinction déjà essentielle :

une image réaliste n’est pas nécessairement une trace du réel.

Dans un contexte thérapeutique, il devient encore plus important de savoir si l’on travaille avec :

une photographie originale ;

une image modifiée ;

un photomontage ;

une image générée.

Une fausse image peut produire une vraie émotion

Une image créée ou modifiée peut provoquer une émotion authentique.

Cela ne transforme pas la scène représentée en événement historique.

Cette distinction entre vérité émotionnelle et vérité factuelle est particulièrement importante lorsque la photographie entre dans un travail thérapeutique.

Photographie et exposition graduée

Dans certaines psychothérapies, des photographies peuvent également servir de supports d’exposition.

Une personne présentant une peur peut commencer par regarder certaines images avant d’affronter progressivement d’autres situations.

Dans ce cas, la photographie n’est pas utilisée comme art-thérapie mais comme outil à l’intérieur d’un protocole thérapeutique différent.

Le même support peut donc remplir plusieurs fonctions.

Photographie et communication

Une personne qui éprouve des difficultés à expliquer verbalement son expérience peut apporter une image :

« C’est comme ça que je me sens. »

La photographie devient un raccourci vers une conversation.

Le thérapeute peut ensuite demander :

« Qu’est-ce qui, dans cette image, correspond à votre expérience ? »

Il ne suppose pas le sens.

La photographie et le silence

Une image peut également rester quelques instants sans commentaire.

Tout n’a pas besoin d’être immédiatement traduit.

La personne peut regarder.

Le thérapeute aussi.

Puis éventuellement parler.

La médiation visuelle permet parfois de tolérer un silence qui serait plus difficile dans une conversation sans support.

Créer plutôt qu’expliquer

Certaines personnes sont épuisées d’expliquer leur souffrance.

Elles ont raconté leur histoire à de nombreux professionnels.

La photographie peut permettre temporairement une autre manière de travailler.

Créer.

Choisir.

Regarder.

Puis parler seulement si cela devient utile.

Quand la photographie ne convient pas

Certaines personnes détestent les photos.

D’autres associent l’appareil à :

surveillance ;

jugement ;

exposition ;

souvenirs douloureux.

Une personne peut également ne pas être intéressée par les images.

Aucune médiation n’est universelle.

Le refus doit être respecté.

Le thérapeute ne doit pas devenir metteur en scène de la guérison

Un risque particulier existe avec les médiations visuelles : rechercher des images spectaculaires.

Avant/après.

Ombre/lumière.

Personne recroquevillée puis debout face au soleil.

Ces images peuvent être belles.

Mais la vie psychologique n’est pas une campagne publicitaire.

Le changement réel peut être beaucoup moins photogénique.

Une petite image, un grand changement

Une personne photographie une porte de son appartement.

Rien de spectaculaire.

Elle explique :

« Pendant six mois, je n’arrivais presque plus à sortir seule. Hier, j’ai franchi cette porte et je suis allée acheter du pain. »

Pour elle, cette photographie contient un événement immense.

La valeur thérapeutique d’une image ne dépend pas de son esthétique.

Évaluer le travail

L’efficacité d’un travail photographique ne se mesure pas au nombre de belles photos réalisées.

Il faut revenir aux objectifs.

La personne comprend-elle mieux certaines expériences ?

Peut-elle regarder son histoire autrement ?

A-t-elle retrouvé une activité ?

Son rapport à son image a-t-il changé ?

A-t-elle développé davantage de possibilités d’action ?

La photographie reste un moyen.

Les données scientifiques

Les interventions utilisant la photographie ont été explorées dans différents domaines :

image de soi ;

identité ;

traumatisme ;

deuil ;

santé mentale ;

travail avec les adolescents ;

maladie ;

vieillissement ;

handicap ;

populations marginalisées.

Certaines recherches et pratiques cliniques rapportent des effets intéressants.

Mais le domaine regroupe des interventions très différentes et dispose d’un corpus moins standardisé que plusieurs psychothérapies établies.

Il serait donc excessif de parler d’une efficacité unique de « la photothérapie » pour tous les problèmes psychologiques.

Ne pas confondre popularité et validation

Une technique peut devenir très populaire sur les réseaux sociaux parce qu’elle produit des images impressionnantes.

Cela ne démontre pas son efficacité thérapeutique.

À l’inverse, une pratique disposant de peu d’images spectaculaires peut être cliniquement pertinente.

La photographie est particulièrement exposée à cette confusion parce que son résultat peut être montré.

L’image au service de la personne

La règle essentielle reste la même que pour les autres médiations créatives.

L’image doit servir le travail de la personne.

La personne ne doit pas servir à produire l’image.

Dès que la recherche esthétique, promotionnelle ou théorique devient plus importante que son expérience, le cadre thérapeutique se déplace.

Regarder ce qui est là

Une photographie peut permettre de revenir à quelque chose de très concret.

Voilà l’image.

Voilà ce qu’elle montre.

Voilà ce qu’elle ne montre pas.

Voilà ce qu’elle évoque aujourd’hui.

Une autre personne pourrait la comprendre autrement.

Et moi-même, dans dix ans, je la regarderai peut-être différemment.

Cette multiplicité n’est pas un défaut.

Elle fait partie de la richesse du support photographique.

Le hors-champ de toute vie

Nous faisons souvent avec nous-mêmes ce qu’une photographie fait avec le monde :

nous cadrons.

Nous regardons certains événements.

Nous en excluons d’autres.

Nous choisissons parfois une mauvaise journée et nous l’utilisons comme portrait de notre existence entière.

Ou une erreur comme portrait de notre personnalité.

La photographie peut rendre ce mécanisme étonnamment visible.

Changer le cadrage ne signifie pas nier ce qui était dans la première image.

Cela signifie constater qu’il existait aussi quelque chose autour.

À retenir

La photothérapie et la photographie thérapeutique utilisent les images photographiques comme supports d’expression, de réflexion, de mémoire, d’identité et de travail psychologique.

La photographie peut être apportée par la personne, choisie parmi des images existantes, produite pendant ou entre les séances, utilisée dans un autoportrait, un album, une série ou un projet narratif.

Elle peut notamment aider à explorer :

l’histoire personnelle ;

le deuil ;

l’identité ;

l’image corporelle ;

les relations ;

les ressources ;

les transitions de vie ;

les valeurs ;

la manière dont une personne se regarde et se représente.

Mais une photographie ne raconte jamais toute la réalité.

Elle montre un instant et un cadrage. Elle ne révèle pas automatiquement ce qui s’est passé avant ou après, ce que les personnes ressentaient ou la qualité réelle de leurs relations.

Elle n’est donc ni un diagnostic psychologique ni un moyen infaillible de vérifier la mémoire.

Le thérapeute doit également accorder une attention particulière au consentement, au droit à l’image, à la confidentialité, au stockage numérique et à l’utilisation éventuelle des photographies. Une image réalisée dans un cadre thérapeutique ne peut pas devenir automatiquement un support d’exposition, de formation ou de communication.

Enfin, toute pratique photographique bénéfique n’est pas nécessairement une psychothérapie. Une personne peut utiliser seule la photographie comme moyen de création, d’expression ou de connaissance de soi.

Une photographie peut sembler enfermer un instant pour toujours. Pourtant, elle ne montre qu’un morceau du monde choisi depuis un certain point de vue. En thérapie, son intérêt n’est pas de prétendre que l’image dit toute la vérité. Il est parfois exactement inverse : nous rappeler qu’autour de chaque image existe un hors-champ — et qu’autour de l’histoire que nous racontons aujourd’hui sur nous-mêmes, il peut également rester beaucoup de réalité à regarder.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.