LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
PHOBIES
17 sections thématiques
Avoir peur de quelque chose ne signifie pas nécessairement avoir une phobie. Nous pouvons craindre les chiens après avoir été mordus, être mal à l’aise en hauteur ou détester prendre l’avion sans que cette peur bouleverse notre vie.
La phobie se caractérise par une peur particulièrement intense face à un objet ou une situation déterminée, accompagnée généralement d’un fort désir d’évitement. La réaction peut apparaître alors même que la personne sait que le danger réel est faible ou que son niveau de peur est disproportionné.
Cette conscience ne suffit pas toujours à modifier la réaction.
Dans une phobie, le problème n’est pas simplement de « savoir » que quelque chose est peu dangereux. Le système de peur peut continuer à réagir comme si le danger était immédiat malgré ce que la personne sait rationnellement.
De la peur normale à la phobie
La peur appartient au fonctionnement humain normal. Elle devient problématique lorsqu’elle est très intense, persistante et suffisamment importante pour modifier significativement les comportements.
Une personne peut ne pas aimer les araignées et les éviter lorsqu’elle en rencontre une. Une autre peut vérifier longuement chaque pièce, refuser certains logements, éviter la campagne ou ressentir une détresse importante à la simple possibilité d’en voir une.
La différence ne repose donc pas uniquement sur l’objet de la peur.
Elle dépend aussi de son intensité, de sa persistance, de l’évitement qu’elle provoque et de son impact sur la vie quotidienne.
Certaines phobies sont relativement faciles à contourner. D’autres peuvent limiter considérablement les études, le travail, les déplacements, les relations ou l’accès à certains soins.
Les phobies spécifiques
Les phobies spécifiques concernent un objet ou une situation relativement bien délimitée.
Elles peuvent porter sur certains animaux, les hauteurs, les orages, le sang, les injections, les blessures, les transports ou encore certaines situations particulières.
Il existe une immense variété de peurs possibles. Le fait qu’une peur possède un nom ne signifie cependant pas automatiquement qu’elle constitue une catégorie clinique indépendante.
Les listes populaires de « phobies » peuvent donner l’impression qu’il existe un diagnostic distinct pour chaque objet imaginable. En réalité, l’important est surtout le fonctionnement de la peur, sa persistance et ses conséquences.
Deux personnes ayant peur du même objet peuvent également présenter des degrés de difficulté très différents.
La phobie sociale
Certaines peurs concernent principalement les situations dans lesquelles la personne pense pouvoir être observée, jugée, humiliée ou évaluée négativement.
Il peut s’agir de parler devant un groupe, manger devant d’autres personnes, participer à une conversation, rencontrer des inconnus ou accomplir une action lorsqu’on se sent observé.
La difficulté ne se résume pas à être timide.
Une personne réservée peut parfaitement participer à la vie sociale sans souffrance majeure. Dans l’anxiété sociale, la peur du jugement et ses conséquences peuvent devenir suffisamment importantes pour entraîner une détresse ou des évitements considérables.
L’anticipation joue souvent un rôle important : la situation peut être vécue mentalement plusieurs jours auparavant, puis analysée longuement après coup.
L’agoraphobie
L’agoraphobie est parfois réduite à la « peur des grands espaces » ou à la peur de sortir de chez soi. Cette représentation est trop étroite.
La difficulté concerne davantage certaines situations dans lesquelles la personne craint qu’il soit difficile de s’échapper ou d’obtenir de l’aide si elle se sent soudainement très mal.
Les transports en commun, les files d’attente, les lieux très fréquentés, certains espaces ouverts ou fermés et le fait d’être seul à l’extérieur peuvent ainsi devenir difficiles.
Dans les formes importantes, le territoire dans lequel la personne se sent en sécurité peut progressivement se réduire.
Elle peut encore sortir accompagnée mais plus seule, puis limiter davantage ses déplacements.
L’évitement devient alors l’un des principaux mécanismes maintenant la difficulté.
Comment une phobie peut-elle apparaître ?
Il n’existe pas une seule histoire valable pour toutes les phobies.
Certaines commencent après une expérience particulièrement effrayante : morsure, accident, enfermement, malaise dans un lieu public ou autre événement associé à une forte peur.
D’autres se développent sans événement fondateur clairement identifiable.
Nous pouvons également apprendre certaines peurs en observant les réactions des autres ou en recevant continuellement des informations présentant une situation comme dangereuse.
Enfin, toutes les associations ne se construisent pas avec la même facilité. Certains types de menaces semblent particulièrement susceptibles de déclencher des réactions de peur.
Chercher absolument « l’événement qui a créé la phobie » n’est donc pas toujours nécessaire pour comprendre comment elle fonctionne aujourd’hui.
Le rôle central de l’évitement
L’évitement constitue l’un des mécanismes les plus importants pour comprendre la persistance de nombreuses phobies.
Supposons qu’une personne craigne fortement les ascenseurs. Elle arrive devant l’un d’eux, ressent une montée de peur et choisit l’escalier.
La peur diminue presque immédiatement.
Ce soulagement est réel et renforce le comportement : éviter semble avoir fonctionné.
Mais la personne n’a pas pu découvrir ce qui se serait passé si elle avait pris l’ascenseur. Elle ne sait pas si son anxiété aurait fini par diminuer ni si la catastrophe anticipée se serait réellement produite.
L’évitement apporte donc une solution très efficace à court terme tout en empêchant parfois l’acquisition de nouvelles informations susceptibles de modifier la peur.
Les comportements de sécurité
Une personne n’évite pas toujours complètement la situation. Elle peut l’affronter uniquement à certaines conditions.
Elle prend l’avion, mais seulement si elle peut surveiller continuellement les réactions du personnel. Elle utilise un ascenseur, mais uniquement accompagnée. Elle participe à une réunion, mais prépare mentalement chaque phrase longtemps à l’avance.
Ces stratégies peuvent être parfaitement compréhensibles et permettre de maintenir certaines activités.
Mais lorsqu’elles deviennent indispensables, la personne peut attribuer l’absence de catastrophe non pas au fait que la situation était suffisamment sûre, mais au comportement protecteur : « tout s’est bien passé uniquement parce que j’avais fait ceci ».
La conviction de danger reste alors intacte.
Tous les comportements rassurants ne sont pas problématiques. La question est de savoir s’ils facilitent temporairement l’action ou deviennent une condition sans laquelle la personne se considère incapable d’affronter la situation.
L’anticipation peut être pire que la situation
Dans certaines phobies, une grande partie de la souffrance se produit avant la confrontation.
La personne imagine ce qui pourrait arriver, anticipe ses propres réactions et cherche des moyens d’éviter le moment redouté.
Un rendez-vous prévu vendredi peut ainsi produire une peur dès le lundi.
Lorsque la situation arrive enfin, elle est parfois moins difficile que les quatre jours passés à l’imaginer.
Mais la mémoire peut ensuite sélectionner surtout les moments d’inconfort et renforcer la conviction que l’expérience était terrible.
Une phobie peut donc occuper beaucoup plus de temps psychologique que la durée réelle des situations redoutées.
La peur de la peur
Après avoir vécu une réaction de peur très intense, certaines personnes commencent à redouter non seulement la situation initiale, mais également leur propre réaction.
« Et si je panique ? »
« Et si je tremble ? »
« Et si je perds le contrôle devant tout le monde ? »
La peur devient alors partiellement autoréférentielle : la personne a peur d’avoir peur.
Les sensations corporelles sont surveillées avec une grande attention. Le moindre changement peut être interprété comme le début de la réaction redoutée.
Cette surveillance augmente parfois la perception des sensations, qui deviennent à leur tour plus inquiétantes.
Le problème initial s’élargit alors à la crainte de ce que son propre organisme pourrait faire.
Savoir que la peur est excessive ne suffit pas
L’une des expériences les plus frustrantes consiste à comprendre parfaitement que sa peur est disproportionnée sans réussir à la faire disparaître.
L’entourage peut alors répondre : « mais tu sais bien qu’il ne va rien arriver ».
Précisément : la personne le sait parfois déjà.
Le problème n’est donc pas nécessairement un manque d’information.
Les systèmes impliqués dans les réactions de peur ne se modifient pas uniquement parce qu’une explication rationnelle leur a été donnée.
Cela explique pourquoi argumenter longuement avec une personne en pleine réaction phobique produit parfois peu d’effet.
La raison reste importante, mais certains apprentissages émotionnels doivent également évoluer.
Les proches entre aide et accommodation
Lorsqu’une personne souffre d’une phobie, son entourage cherche naturellement à l’aider.
Il peut prendre en charge certaines tâches, vérifier des lieux, modifier des trajets ou fournir continuellement des assurances.
À court terme, ces adaptations diminuent la souffrance.
Mais si toute la vie familiale commence à s’organiser autour de l’évitement, l’entourage peut involontairement participer au maintien de la peur.
L’autre extrême n’est pas meilleur : se moquer, forcer brutalement la confrontation ou minimiser la peur peut augmenter la détresse et détériorer la confiance.
Aider ne signifie donc ni tout éviter à la place de la personne, ni la pousser sans préparation dans ce qu’elle redoute.
Les phobies peuvent s’étendre
Une peur commence parfois de manière très précise puis gagne progressivement des situations voisines.
Une personne qui a vécu un malaise dans un magasin évite d’abord ce magasin, puis les grands magasins, puis les centres commerciaux, puis certains déplacements sans accompagnement.
Ce phénomène peut progressivement réduire la vie quotidienne.
La personne ne choisit pas nécessairement consciemment cette extension. Chaque nouvelle restriction paraît raisonnable prise isolément : « cette fois seulement », « jusqu’à ce que je me sente mieux ».
Mais l’accumulation finit par créer un territoire de sécurité de plus en plus étroit.
Observer cette progression suffisamment tôt permet de comprendre que le véritable problème n’est plus uniquement la peur initiale, mais la place grandissante que l’évitement prend dans l’existence.
Phobie ou prudence raisonnable ?
Toutes les peurs intenses ne sont pas irrationnelles.
Une personne réellement allergique à une substance dangereuse doit prendre des précautions. Quelqu’un vivant dans un environnement menaçant doit tenir compte de ce danger.
Le contexte est donc essentiel.
Il serait incorrect d’encourager quelqu’un à « dépasser sa peur » lorsque cette peur correspond à une menace objective importante.
La question psychologique porte davantage sur l’écart entre le danger réel et le danger perçu, ainsi que sur le coût des comportements adoptés pour se protéger.
La prudence réduit raisonnablement un risque. La phobie peut finir par organiser une grande partie de l’existence autour d’un danger très improbable ou fortement surestimé.
Pourquoi « affronte ta peur » est insuffisant
L’idée d’affronter progressivement ce que l’on évite occupe une place importante dans la compréhension de nombreuses phobies. Mais cette idée ne doit pas être transformée en consigne simpliste.
Une confrontation mal préparée, trop intense ou vécue comme imposée peut devenir une expérience extrêmement pénible.
L’objectif n’est pas de démontrer que la personne est capable de supporter le maximum de peur possible.
Il s’agit plutôt de permettre de nouveaux apprentissages : constater que certaines prédictions ne se réalisent pas, découvrir que l’anxiété peut être supportée et retrouver progressivement des possibilités que l’évitement avait supprimées.
La manière dont ce travail est organisé appartient au domaine de la Psychothérapie et sera développée dans cette partie du site.
Peut-on vivre avec une phobie sans la traiter ?
Tout dépend de sa place dans la vie.
Une personne ayant une peur intense d’un animal qu’elle ne rencontre pratiquement jamais peut considérer que cette peur ne justifie pas un travail particulier.
Une autre peut avoir une phobie apparemment très spécifique mais devoir rencontrer régulièrement la situation concernée pour travailler, voyager ou recevoir des soins.
Le diagnostic ou le nom de la peur ne suffit donc pas à décider si une intervention est nécessaire.
Le critère pratique est aussi celui de la liberté : combien de décisions la peur prend-elle à la place de la personne ?
Lorsque son influence reste minime, certaines personnes choisissent simplement de vivre avec elle. Lorsqu’elle réduit fortement les possibilités de vie, la situation est différente.
Quand demander de l’aide ?
Une aide peut être utile lorsque la peur provoque une détresse importante, lorsqu’elle entraîne des évitements nombreux ou lorsqu’elle empêche des activités nécessaires ou importantes.
Elle mérite également une attention particulière lorsqu’elle conduit à reporter des soins, empêche de travailler ou d’étudier, réduit fortement les déplacements ou impose à l’entourage des adaptations de plus en plus importantes.
Les phobies peuvent être prises en charge. Plusieurs approches thérapeutiques existent, notamment celles travaillant sur les pensées, les comportements d’évitement et l’apprentissage progressif face aux situations redoutées.
Le choix et l’organisation de ces méthodes relèvent de la Psychothérapie. Dans cette partie Psychologie, l’objectif est surtout de comprendre pourquoi une peur apparemment irrationnelle peut rester parfaitement réelle pour celui ou celle qui la ressent.
À retenir
Une phobie n’est pas une simple préférence ni une petite peur qu’il suffirait de raisonner. Elle associe une réaction de peur importante à un objet ou une situation et peut entraîner des comportements d’évitement capables de réduire progressivement la liberté de la personne.
L’évitement soulage rapidement, ce qui explique précisément pourquoi il peut renforcer la difficulté à long terme. Les comportements de sécurité et l’anticipation peuvent également maintenir la conviction que la situation est beaucoup plus dangereuse qu’elle ne l’est réellement.
Savoir rationnellement que la peur est excessive ne suffit donc pas toujours à la faire disparaître.
La mesure d’une phobie ne se trouve pas seulement dans l’intensité de la peur au moment où elle apparaît, mais dans la quantité de vie qu’il faut progressivement abandonner pour être certain de ne plus jamais la ressentir.
Aucun résultat pour cette recherche. Essaie un autre mot.
Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.