LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

PARDON

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

PARDON

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Le pardon est souvent présenté comme une étape presque obligatoire après une blessure : il faudrait pardonner pour avancer, pour retrouver la paix ou pour ne plus rester prisonnier du passé. Cette conception contient une intuition importante, mais elle devient problématique lorsqu’elle transforme le pardon en devoir imposé à la personne blessée.

Pardonner ne signifie pas nier ce qui s’est passé, déclarer que ce n’était pas grave, oublier, excuser l’auteur, reprendre la relation ou lui rendre la place qu’il occupait auparavant.

Le pardon concerne d’abord la relation que nous entretenons avec ce qui nous a été fait.

Pardonner peut signifier cesser de laisser une blessure ancienne décider continuellement de notre présent. Ce n’est pas nécessairement rendre quelque chose à celui qui nous a blessés ; c’est parfois se rendre à soi-même la permission de continuer.

Une notion chargée de significations différentes

Deux personnes peuvent employer le mot « pardon » en parlant de réalités très différentes.

Pour l’une, pardonner signifie ne plus ressentir de colère. Pour une autre, cela signifie renoncer à se venger. Une troisième y voit une réconciliation, tandis qu’une autre considère qu’elle a pardonné tout en ne souhaitant plus jamais revoir la personne concernée.

Les traditions familiales, culturelles, morales ou spirituelles donnent également au pardon des significations particulières.

Il est donc difficile de discuter du pardon sans préciser ce que l’on entend par ce mot.

Psychologiquement, il est utile de distinguer au minimum plusieurs processus : reconnaître la blessure, diminuer progressivement son emprise émotionnelle, renoncer éventuellement à certaines formes de revanche et décider séparément de l’avenir de la relation.

Ces étapes ne sont pas identiques et ne se produisent pas nécessairement ensemble.

Pardonner n’est pas nier

Un pardon construit sur la négation de la blessure est fragile.

« Ce n’était rien », « j’exagère peut-être », « il y a pire » ou « je dois passer au-dessus » peuvent parfois permettre de continuer momentanément, mais ils ne signifient pas nécessairement que ce qui s’est produit a été intégré.

Reconnaître une blessure n’oblige pas à l’entretenir. Cela permet simplement de partir de la réalité.

Une personne peut dire : « ce que tu as fait m’a profondément blessé et je refuse que cela continue » tout en choisissant progressivement de ne plus organiser sa vie autour de cet événement.

Le pardon n’a donc pas besoin de diminuer la gravité des faits pour diminuer leur pouvoir sur le présent.

Comprendre n’est pas excuser

Comprendre pourquoi quelqu’un a agi d’une certaine manière peut modifier notre regard.

Nous pouvons découvrir son histoire, ses peurs, ses limites, les modèles familiaux qu’il a reproduits ou les circonstances dans lesquelles son comportement est apparu.

Cette compréhension peut parfois réduire la colère. Elle peut aussi ne rien changer au jugement porté sur l’acte.

Une explication n’est pas une absolution.

Dire qu’une personne avait elle-même beaucoup souffert ne signifie pas que ce qu’elle a fait devient acceptable. De nombreuses personnes souffrent sans infliger la même chose aux autres.

La compréhension répond à la question « comment cela a-t-il pu arriver ? ». La responsabilité répond à une autre question : « que faisons-nous du fait que cela est arrivé ? »

Les deux peuvent coexister.

Pardonner n’est pas oublier

L’expression « pardonner et oublier » crée une confusion particulièrement importante.

La mémoire ne fonctionne pas sur commande. Nous ne pouvons pas décider d’effacer volontairement un événement important simplement parce que nous souhaitons pardonner.

Et oublier n’est pas toujours souhaitable.

Se souvenir peut permettre de reconnaître une situation dangereuse, de maintenir une limite ou d’éviter de reproduire certaines erreurs. Une personne qui a été trompée financièrement n’a pas besoin d’oublier le fonctionnement de la tromperie pour cesser d’en être émotionnellement prisonnière.

Le souvenir peut rester alors que sa charge change.

Un événement autrefois capable d’envahir immédiatement tout le présent peut devenir progressivement une partie de l’histoire personnelle : il existe toujours, mais il ne dirige plus tout.

Pardonner n’est pas se réconcilier

La réconciliation nécessite au moins deux personnes. Le pardon peut n’en concerner qu’une.

Nous pouvons renoncer à nourrir une vengeance et ne plus souhaiter vivre dans la colère tout en décidant que la relation est terminée.

Cette distinction est fondamentale lorsque la confiance a été profondément rompue.

Reprendre une relation implique de nouvelles questions : l’autre reconnaît-il ce qu’il a fait ? Son comportement a-t-il changé ? La sécurité est-elle suffisante ? Une confiance peut-elle raisonnablement être reconstruite ?

Le pardon ne répond pas automatiquement à ces questions.

Une personne peut donc pardonner et fermer définitivement une porte.

Pardonner n’est pas refaire confiance

La confiance repose sur l’évaluation d’une certaine fiabilité.

Si quelqu’un a utilisé plusieurs fois une confidence contre nous, nous pouvons cesser de lui en vouloir sans décider pour autant de lui confier de nouveau nos informations les plus intimes.

Si quelqu’un a rompu un engagement important, le pardon ne transforme pas immédiatement son comportement passé en preuve de fiabilité future.

La confiance peut être reconstruite lorsque les comportements changent suffisamment longtemps pour fournir de nouvelles raisons de l’accorder. Elle peut également rester limitée.

Le pardon ne crée aucune obligation de remettre exactement les mêmes clés entre les mêmes mains.

Le pardon demandé trop tôt

Lorsqu’une blessure vient de se produire, l’entourage cherche parfois rapidement une résolution.

« Il s’est excusé, maintenant il faut passer à autre chose. »

Cette pression répond parfois davantage à l’inconfort de l’entourage qu’au rythme de la personne blessée.

Le pardon ne peut pas toujours précéder la compréhension de ce qui s’est passé. Il faut parfois du temps pour mesurer les conséquences, identifier ce qui a été perdu et comprendre ce que l’on ressent réellement.

Demander immédiatement à une personne de pardonner peut même déplacer la responsabilité : l’attention quitte le comportement de celui qui a blessé pour se concentrer sur l’incapacité supposée de la victime à « tourner la page ».

Le refus temporaire de pardonner n’est pas nécessairement une volonté de vengeance. Il peut simplement signifier que le travail intérieur n’est pas terminé.

L’excuse et le pardon

Une excuse sincère peut faciliter le pardon, mais elle ne le garantit pas.

Dire « pardon » n’est pas toujours équivalent à reconnaître ce qui a été fait. Certaines excuses cherchent surtout à faire cesser le conflit : « je suis désolé que tu l’aies mal pris », « je m’excuse si tu t’es senti blessé ».

La responsabilité reste alors déplacée vers la réaction de l’autre.

Une reconnaissance plus complète implique généralement de pouvoir nommer son propre comportement, reconnaître ses conséquences et accepter que l’autre ne retrouve pas immédiatement sa confiance.

L’excuse devient plus crédible lorsque le comportement futur confirme les paroles.

Mais même une excuse parfaitement sincère ne donne pas un droit au pardon immédiat.

Peut-on pardonner sans excuses ?

Oui, si l’on donne au pardon le sens d’un processus intérieur.

La personne responsable peut être absente, décédée, inaccessible, ne jamais reconnaître les faits ou continuer à considérer qu’elle n’a rien fait de mal.

Si notre possibilité d’avancer dépendait entièrement de ses excuses, elle conserverait alors un pouvoir considérable sur notre avenir.

Certaines personnes choisissent donc de travailler sur ce qu’elles portent sans attendre la reconnaissance qui ne viendra peut-être jamais.

Cela ne signifie pas inventer les excuses de l’autre à sa place. Nous pouvons accepter qu’il ne reconnaîtra probablement jamais ce qu’il a fait et décider néanmoins que notre existence ne restera pas suspendue à cette reconnaissance.

Colère, ressentiment et pardon

La colère peut avoir une fonction importante après une blessure. Elle signale qu’une limite a été franchie, qu’une injustice a été ressentie ou qu’une valeur importante a été violée.

Chercher à la supprimer immédiatement au nom du pardon peut empêcher d’entendre ce qu’elle indique.

Mais la colère peut aussi se transformer en ressentiment durable lorsque l’événement est continuellement rejoué, nourri et réactualisé.

Le ressentiment donne parfois l’impression de maintenir une forme de justice : tant que je reste en colère, ce qui s’est passé n’est pas oublié.

Pourtant, la souffrance permanente de la personne blessée ne constitue pas une sanction nécessairement ressentie par celui qui l’a blessée.

Se libérer progressivement du ressentiment ne revient donc pas à déclarer l’acte acceptable. Cela peut simplement signifier refuser de continuer à payer quotidiennement pour quelque chose que quelqu’un d’autre a fait.

Le désir de vengeance

Après une humiliation ou une trahison, imaginer que l’autre souffre à son tour peut donner le sentiment qu’un équilibre serait rétabli.

Ce désir ne signifie pas nécessairement que la personne passera à l’acte. Une pensée de revanche peut exprimer une demande de justice, de reconnaissance ou de réparation.

Le problème apparaît lorsque la vengeance devient le centre de la vie psychologique. L’auteur de la blessure continue alors d’occuper une place considérable, même en son absence.

Renoncer à la vengeance ne signifie pas renoncer à toute conséquence. Nous pouvons demander réparation, poser des limites, rompre une relation ou utiliser les recours appropriés sans organiser notre existence autour de la volonté de faire souffrir l’autre.

Justice et vengeance ne sont pas nécessairement synonymes.

Se pardonner à soi-même

Le pardon ne concerne pas seulement ce que les autres nous ont fait.

Nous pouvons rester longtemps enfermés dans une faute, une mauvaise décision ou un comportement dont nous avons honte.

Se pardonner ne consiste pas à conclure que ce que nous avons fait était finalement acceptable. Lorsque nous avons causé un tort, la responsabilité reste nécessaire.

Il peut être important de reconnaître les faits, réparer ce qui peut l’être, présenter des excuses lorsque cela est pertinent et modifier le comportement qui a causé le problème.

Mais aucune réparation ne permet de revenir dans le passé et de devenir la personne qui n’a jamais commis cette erreur.

À un moment, continuer à se punir ne répare plus rien.

Se pardonner peut alors signifier accepter de ne pas être réductible au pire comportement que l’on a eu et prendre la responsabilité de vivre autrement à partir de maintenant.

Pardonner à la personne que nous étions

Il existe une autre forme de pardon envers soi-même.

Nous pouvons reprocher à notre ancien « moi » de ne pas avoir compris plus tôt, de ne pas être parti, d’avoir fait confiance, d’avoir accepté une situation ou de ne pas avoir pris une décision qui semble aujourd’hui évidente.

Mais nous jugeons alors le passé avec les informations, l’expérience et la maturité acquises depuis.

La personne que nous étions ne disposait pas nécessairement de ce que nous savons maintenant.

Cela ne signifie pas qu’elle n’a commis aucune erreur. Cela signifie qu’il est injuste d’exiger d’elle qu’elle ait utilisé une connaissance qu’elle n’avait pas encore.

Nous pouvons apprendre du passé sans demander à notre ancienne version d’avoir été celle que nous sommes devenus grâce, précisément, à ce que nous avons appris depuis.

Les blessures répétées

Pardonner plusieurs fois le même comportement sans qu’aucune conséquence ne change peut transformer progressivement le pardon en permission implicite.

« Il recommencera, mais je finirai toujours par pardonner » n’est plus seulement une question intérieure. Une dynamique relationnelle s’est installée.

Le pardon n’interdit pas la limite.

Nous pouvons pardonner et dire : « cela ne se reproduira plus avec moi parce que je ne resterai plus dans cette situation ».

Cette distinction est particulièrement importante dans les relations marquées par la manipulation, l’emprise ou la violence. Le pardon ne doit jamais être utilisé pour exiger qu’une personne reste exposée à un danger.

La sécurité passe avant la réconciliation.

Le pardon dans les familles

Les blessures familiales sont souvent particulièrement complexes parce qu’elles s’inscrivent dans une longue histoire.

Une phrase prononcée aujourd’hui peut réveiller vingt années d’expériences similaires. Un conflit apparemment mineur peut porter le poids d’anciennes injustices jamais reconnues.

La pression au pardon y est également forte : « c’est ta mère », « c’est ton père », « c’est ton frère », « la famille reste la famille ».

Le lien familial explique l’importance émotionnelle de la relation, mais il ne supprime pas automatiquement les limites personnelles.

Pardonner à un membre de sa famille ne signifie pas nécessairement retrouver la proximité attendue par l’entourage. Certaines relations deviennent possibles seulement à distance ; d’autres ne le deviennent plus du tout.

Le pardon comme liberté intérieure

Lorsque le pardon devient possible, son effet le plus important n’est pas toujours la disparition complète de la douleur.

Il peut plutôt modifier la place occupée par l’événement.

Nous n’attendons plus que l’autre souffre pour nous autoriser à aller mieux. Nous n’attendons plus forcément qu’il comprenne, reconnaisse ou répare l’intégralité de ce qui ne peut parfois plus être réparé.

Le passé reste vrai, mais il cesse progressivement d’exiger une réponse quotidienne.

Cette conception du pardon ne demande pas d’aimer celui qui nous a blessés, de reprendre contact ou de modifier notre jugement sur ses actes.

Elle consiste davantage à reprendre possession du présent.

Et si l’on ne veut pas pardonner ?

Le pardon ne peut pas être transformé en nouvelle obligation morale universelle sous peine de devenir une violence supplémentaire.

Certaines personnes ne souhaitent pas utiliser ce mot. Elles préfèrent parler d’acceptation, de détachement, de libération ou simplement de continuation de leur vie.

Elles peuvent parfaitement ne plus être envahies par leur passé sans déclarer : « je pardonne ».

L’objectif psychologique n’est pas de produire une phrase particulière.

Il est possible d’avancer sans réconciliation, sans oubli et même sans employer le concept de pardon.

Ce qui importe est de savoir si la blessure continue à gouverner l’existence ou si la personne a progressivement retrouvé la liberté de vivre au-delà d’elle.

Quand demander de l’aide ?

Un accompagnement peut être utile lorsque la blessure reste continuellement présente, lorsque la colère ou les ruminations occupent une place envahissante, ou lorsqu’une personne se sent obligée de pardonner alors qu’elle ne se sent pas prête.

Il peut également être pertinent lorsqu’une culpabilité ancienne empêche de se reconstruire malgré une reconnaissance réelle de ses responsabilités et les réparations possibles.

Dans les situations de violence ou d’emprise, l’objectif prioritaire n’est pas de travailler rapidement sur le pardon mais de retrouver de la sécurité, des limites et une capacité de décision.

Les différentes approches permettant de travailler sur les blessures relationnelles, la culpabilité, le traumatisme ou le ressentiment appartiennent à la partie Psychothérapie.

À retenir

Pardonner n’est ni oublier, ni excuser, ni nier, ni se réconcilier, ni refaire confiance.

Le pardon ne change pas le passé et ne transforme pas un acte injuste en acte acceptable. Il peut en revanche modifier la place que cet acte continue d’occuper dans le présent.

Nous pouvons comprendre sans excuser, pardonner sans reprendre la relation, nous souvenir sans rester enfermés dans le souvenir et avancer même lorsque l’autre ne reconnaîtra jamais ce qu’il a fait.

Pardonner, lorsque nous choisissons de le faire, n’est pas donner à l’autre la permission d’avoir fait ce qu’il a fait. C’est nous donner à nous-mêmes la permission de ne pas lui abandonner également tout ce qui vient après.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.