LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
MUSICOTHÉRAPIE
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La musicothérapie utilise la musique, les sons, le rythme, la voix et parfois le silence dans un cadre thérapeutique défini.
Elle ne consiste pas simplement à écouter une musique agréable pour se détendre.
Écouter son album préféré peut évidemment procurer du plaisir, aider à traverser une émotion, accompagner un souvenir ou diminuer momentanément une tension. La musique fait spontanément partie des moyens que les êtres humains utilisent pour modifier leur état intérieur.
Mais la musicothérapie ajoute autre chose : un objectif thérapeutique, un cadre, une relation avec un professionnel formé et une utilisation réfléchie de l’expérience musicale.
La personne n’a pas besoin d’être musicienne.
Elle n’a pas besoin de savoir chanter.
Elle n’a pas besoin de connaître le solfège.
Elle peut même penser qu’elle n’a « aucune oreille musicale ».
La musique n’est pas utilisée pour produire une œuvre réussie.
Elle devient une médiation thérapeutique.
La musique accompagne l’être humain
La musique intervient très tôt dans notre expérience.
Berceuses.
Voix des proches.
Rythmes.
Comptines.
Chansons.
Plus tard, certaines musiques deviennent associées à des périodes entières de notre vie.
Quelques secondes suffisent parfois pour faire revenir :
une personne ;
une maison ;
un voyage ;
une époque ;
une relation ;
une émotion.
Cette puissance évocatrice explique en partie l’intérêt thérapeutique de la musique.
Une musique peut modifier notre état
Le rythme peut entraîner le mouvement.
Une musique lente peut favoriser un ralentissement.
Une musique très énergique peut augmenter l’activation.
Une mélodie peut apaiser une personne et en irriter une autre.
La même chanson peut donner envie de danser aujourd’hui et provoquer des larmes demain.
L’effet d’une musique dépend donc autant de la personne et du contexte que de la musique elle-même.
Il n’existe pas de musique universellement relaxante
Certaines compilations sont présentées comme :
« musique anti-stress » ;
« fréquence de guérison » ;
« musique qui soigne l’anxiété ».
Une musique douce peut effectivement être apaisante pour certaines personnes.
Mais aucune œuvre n’est automatiquement relaxante pour tout le monde.
Une chanson lente peut être liée à un deuil.
Une musique classique peut rappeler une période pénible.
Une mélodie joyeuse peut être insupportable lorsqu’une personne traverse une grande tristesse.
Le thérapeute ne choisit donc pas uniquement en fonction des caractéristiques musicales.
Il tient compte de l’histoire de l’auditeur.
Deux grandes modalités
On distingue souvent deux grands types de musicothérapie :
la musicothérapie réceptive ;
la musicothérapie active.
Cette distinction est utile, même si certaines pratiques combinent les deux.
La musicothérapie réceptive
Dans une approche réceptive, la personne écoute de la musique ou des sons sélectionnés dans un objectif thérapeutique.
L’écoute peut être suivie d’un échange.
Qu’avez-vous ressenti ?
Quelles images sont apparues ?
Quels souvenirs ?
Quelles sensations ?
Qu’est-ce qui vous a dérangé ?
Qu’est-ce qui vous a surpris ?
La musique devient un support permettant d’accéder à une expérience puis de la travailler.
Écouter n’est pas passif
Le terme « réceptif » pourrait laisser croire que la personne ne fait rien.
Pourtant, l’écoute peut mobiliser intensément :
attention ;
mémoire ;
émotions ;
imagination ;
sensations corporelles.
La personne participe activement à l’expérience même lorsqu’elle ne produit aucun son.
La musicothérapie active
Dans une approche active, la personne participe à la production sonore.
Elle peut :
chanter ;
utiliser des percussions ;
jouer d’un instrument ;
improviser ;
produire des sons avec sa voix ;
créer un rythme ;
composer une chanson ;
jouer avec le thérapeute.
La qualité artistique n’est pas l’objectif.
« Je ne sais pas jouer »
Cette phrase apparaît fréquemment.
Elle révèle parfois une crainte d’être évalué.
Mais une séance de musicothérapie n’est pas un conservatoire.
Un tambour peut être frappé une seule fois.
Deux personnes peuvent produire quelques sons.
Une improvisation peut être très simple.
Il n’existe pas de note à obtenir.
Improviser
L’improvisation musicale permet de produire quelque chose sans tout prévoir.
Une personne commence un rythme.
Le thérapeute répond.
Elle accélère.
Il suit ou introduit une variation.
Un dialogue se construit sans mots.
Cette expérience peut permettre de travailler certains aspects de la relation.
Un dialogue sonore
Dans une conversation ordinaire, nous alternons :
parler ;
écouter ;
interrompre ;
attendre ;
répondre.
Une improvisation musicale peut contenir des phénomènes comparables.
Une personne joue constamment sans laisser d’espace.
Une autre attend toujours que le thérapeute commence.
Une autre encore change immédiatement de rythme dès que le professionnel la rejoint.
Ces comportements peuvent devenir intéressants à explorer.
Mais ils ne doivent pas être interprétés mécaniquement.
Pas de diagnostic musical
Une personne qui joue très fort n’est pas nécessairement agressive.
Une personne qui produit peu de sons n’est pas nécessairement inhibée.
Un rythme irrégulier ne révèle pas automatiquement un trouble psychologique.
La musique fournit une expérience à explorer.
Elle n’est pas un test diagnostique secret.
Le rythme
Le rythme possède une place particulière.
Il organise le temps.
Il permet la répétition.
L’anticipation.
La synchronisation.
Deux personnes peuvent produire ensemble un rythme très simple et faire l’expérience d’une coordination immédiate.
Cette dimension peut être particulièrement utile lorsque la communication verbale est difficile.
Synchronisation
Jouer ensemble demande parfois d’écouter suffisamment l’autre pour s’ajuster.
Accélérer.
Ralentir.
Laisser de la place.
Revenir.
Cette coordination peut créer un sentiment de connexion.
Mais la synchronisation ne doit pas devenir une obligation.
Une personne peut également avoir besoin d’expérimenter son propre rythme sans devoir constamment s’adapter.
Trouver son rythme
Certaines personnes passent une grande partie de leur vie à suivre celui des autres.
Le thérapeute peut parfois proposer :
« Commencez. Je vais vous suivre. »
Cette consigne très simple peut devenir étonnamment difficile.
La personne doit décider :
quand commencer ;
à quelle vitesse ;
quand changer ;
quand s’arrêter.
La musique devient alors une expérience d’initiative.
Être suivi
Pour quelqu’un qui s’est toujours adapté, entendre le thérapeute suivre son rythme peut constituer une expérience relationnelle inhabituelle.
La personne n’a pas à anticiper l’autre.
Elle peut produire quelque chose et constater que quelqu’un s’ajuste à elle.
L’intérêt thérapeutique se trouve alors moins dans la musique elle-même que dans ce qui se passe entre les deux personnes grâce à la musique.
Prendre sa place
Le volume peut également devenir un terrain d’exploration.
Certaines personnes osent à peine produire un son.
Elles peuvent progressivement expérimenter :
jouer un peu plus fort ;
maintenir leur rythme ;
ne pas disparaître dès que quelqu’un d’autre intervient.
Il ne s’agit pas de conclure que « jouer fort = confiance en soi ».
Il s’agit de permettre une expérience différente.
Le silence
La musicothérapie travaille aussi avec le silence.
Le silence entre deux sons peut créer :
attente ;
tension ;
repos ;
espace.
Une personne peut éprouver le besoin de remplir immédiatement tout silence.
Une autre peut s’y sentir très bien.
Le silence n’a pas une signification unique.
La voix
La voix est un instrument particulier parce qu’elle appartient directement au corps.
Parler.
Fredonner.
Chanter.
Respirer.
Produire une voyelle.
Explorer différents volumes.
La voix peut devenir une médiation puissante.
Mais elle peut également être associée à beaucoup de vulnérabilité.
« Je chante faux »
Beaucoup de personnes refusent de chanter parce qu’elles ont entendu un jour :
« Tu chantes faux. »
Dans un contexte thérapeutique, la question n’est pas la justesse musicale.
Une personne peut produire un son sans chercher à interpréter une chanson.
Le thérapeute doit néanmoins respecter le refus.
Personne n’a besoin de chanter pour que la musicothérapie soit possible.
Les chansons
Une chanson connue peut servir de support thérapeutique.
Pourquoi celle-ci ?
À quelle période est-elle associée ?
Que représente-t-elle ?
Une personne peut construire une sorte de bande sonore de sa vie.
Chansons d’enfance.
D’adolescence.
D’amour.
De séparation.
De deuil.
De reconstruction.
La musique devient alors une porte d’entrée vers l’histoire personnelle.
La bande sonore d’une vie
On pourrait demander :
« Quelle chanson représente votre enfance ? »
« Laquelle représente une période où vous vous sentiez libre ? »
« Quelle musique ne pouvez-vous plus écouter ? »
Les réponses peuvent ouvrir des conversations extrêmement riches.
Mais aucune chanson ne possède une signification universelle.
C’est la relation personnelle avec elle qui compte.
Musique et mémoire autobiographique
Une chanson peut réveiller des souvenirs avec une grande intensité.
Un morceau entendu trente ans auparavant peut faire revenir :
un lieu ;
une personne ;
une odeur ;
une ambiance.
Cette association entre musique, émotion et mémoire est particulièrement intéressante en musicothérapie.
Mais le souvenir reste soumis aux propriétés générales de la mémoire humaine.
Une chanson n’est pas une machine à remonter le temps
Une émotion très forte peut donner l’impression :
« Je suis exactement revenu à ce moment. »
Mais le souvenir actuel reste une reconstruction.
La musique peut faciliter son évocation.
Elle ne garantit pas que chaque détail apparu soit historiquement exact.
Cette prudence reste importante, notamment lorsque des souvenirs incertains apparaissent.
Composer
La personne peut également écrire ou composer une chanson.
Quelques mots peuvent suffire.
Un refrain.
Une phrase.
Un rythme.
L’objectif n’est pas de produire un morceau commercialisable.
La composition peut aider à organiser une expérience.
Dire autrement
Certaines choses semblent difficiles à prononcer dans une conversation ordinaire.
Une chanson permet parfois une formulation différente.
La répétition d’un refrain peut donner une force particulière à une phrase.
« Je n’étais pas responsable. »
« Je peux partir. »
« Tu me manques. »
« Je suis encore là. »
La musique porte les mots d’une autre manière.
Écrire pour quelqu’un
Une chanson peut être adressée à :
une personne absente ;
un parent ;
un enfant ;
un conjoint ;
une personne décédée ;
soi-même.
Comme avec l’écriture thérapeutique, le texte n’a pas besoin d’être envoyé ou partagé.
La création peut constituer l’intervention elle-même.
Deuil et musique
La musique accompagne traditionnellement les rites de deuil dans de nombreuses cultures.
En thérapie, une chanson peut permettre de retrouver le lien avec une personne décédée.
Cela peut être réconfortant.
Ou extrêmement douloureux.
Le thérapeute doit respecter les deux possibilités.
La chanson du défunt
Une personne dit :
« C’était sa chanson préférée. Je ne peux plus l’écouter. »
Le travail ne consiste pas nécessairement à lui faire écouter immédiatement le morceau.
On peut d’abord explorer ce qu’il représente.
Puis, éventuellement, décider ensemble si et quand une écoute serait pertinente.
L’objectif n’est pas de provoquer l’émotion maximale.
Musique et tristesse
Nous n’écoutons pas toujours une musique joyeuse pour nous sentir mieux.
Une personne triste peut choisir une musique triste.
Cela peut lui permettre de se sentir comprise.
Accompagnée.
De donner une forme à l’émotion.
La régulation émotionnelle ne consiste donc pas toujours à remplacer immédiatement une émotion désagréable par son contraire.
Musique et colère
Une musique intense peut accompagner la colère.
Elle peut aider certaines personnes à la reconnaître ou à l’exprimer symboliquement.
Mais écouter une musique agressive ne constitue pas automatiquement une catharsis thérapeutique.
Le thérapeute peut explorer ce que l’expérience produit réellement.
La personne se sent-elle mieux ?
Plus activée ?
Plus claire ?
Plus enfermée dans sa colère ?
Musique et anxiété
La musique peut être utilisée pour travailler l’anxiété de plusieurs manières.
Écoute régulatrice.
Respiration accompagnée d’un rythme.
Improvisation.
Exposition à certaines situations musicales.
Expression des sensations.
L’objectif dépend du problème.
Une playlist relaxante ne constitue pas à elle seule un traitement de tous les troubles anxieux.
La musique comme ressource
Une personne peut identifier quelques morceaux qui l’aident dans différentes situations.
Pas nécessairement pour supprimer l’émotion.
Mais pour :
ralentir ;
se mobiliser ;
marcher ;
traverser un moment difficile ;
retrouver un souvenir de sécurité ;
se concentrer.
La musique devient alors une ressource accessible en dehors des séances.
Attention à la dépendance
Comme tout outil de régulation, la musique peut devenir indispensable.
« Je ne peux sortir de chez moi qu’avec mes écouteurs. »
« Je ne peux dormir que si cette musique joue. »
Le thérapeute peut alors examiner si la ressource soutient l’autonomie ou commence à fonctionner comme une condition obligatoire.
Musique et traumatisme
La musique peut offrir une voie d’expression lorsque les mots sont difficiles.
Le rythme peut aider certaines personnes à retrouver une organisation.
La création peut permettre d’exprimer une expérience indirectement.
Mais la musique peut également déclencher des souvenirs traumatiques.
Une chanson associée à un événement peut provoquer une réaction extrêmement forte.
Le déclencheur musical
Un morceau diffusé dans un magasin peut soudain rappeler une période traumatique.
Le thérapeute peut travailler cette association.
Mais il ne doit pas conclure qu’une réaction intense prouve un événement dont la personne n’avait aucun souvenir.
Comme toute évocation, la musique peut activer mémoire, imagination et association.
Elle n’est pas un détecteur historique.
Choisir la musique avec prudence
Dans un travail traumatique, imposer une musique « émotionnelle » peut être une mauvaise idée.
Le thérapeute peut demander :
« Voulez-vous choisir vous-même ? »
« Préférez-vous quelque chose de familier ? »
« Souhaitez-vous arrêter ? »
La personne doit conserver une marge de contrôle.
Musique et dissociation
Certaines personnes peuvent utiliser le son pour retrouver davantage de contact avec l’environnement.
Un rythme clair.
Une voix.
Un instrument.
Mais certaines musiques très immersives peuvent au contraire favoriser une sensation de retrait chez d’autres personnes.
Le thérapeute observe donc la réaction réelle.
Il n’existe pas un effet identique pour tous.
Musicothérapie et dépression
La musicothérapie a été étudiée notamment dans différents contextes de dépression.
Elle peut permettre :
expression émotionnelle ;
engagement ;
relation ;
activation ;
plaisir ;
créativité.
Mais elle ne doit pas être présentée comme une méthode qui « guérit la dépression grâce à la musique ».
Son intérêt dépend du cadre, de la personne et de la manière dont elle s’intègre éventuellement à d’autres soins.
Retrouver du plaisir
Dans certaines périodes dépressives, la capacité à éprouver du plaisir peut fortement diminuer.
La musique peut parfois fournir une activité suffisamment accessible pour renouer progressivement avec une expérience positive.
Mais il faut éviter :
« Écoutez votre chanson préférée et vous irez mieux. »
Une personne dépressive peut constater qu’une musique autrefois aimée ne lui fait plus rien.
Cette absence de réaction mérite d’être accueillie sans culpabilisation.
La musique et les personnes âgées
La musicothérapie est également utilisée auprès de personnes âgées, notamment dans différents contextes institutionnels.
Des chansons familières peuvent soutenir :
interaction ;
expression ;
engagement ;
évocation autobiographique ;
plaisir partagé.
Chez certaines personnes présentant des troubles neurocognitifs, la musique peut rester accessible alors que d’autres capacités sont fragilisées.
Musique et troubles neurocognitifs
Une personne qui parle peu peut parfois chanter une chanson connue.
Cela peut être très émouvant pour l’entourage.
Mais il faut éviter d’en tirer des conclusions excessives sur l’ensemble de ses capacités cognitives.
La mémoire musicale et les autres fonctions cognitives ne se détériorent pas nécessairement de manière identique.
Ne pas tester la personne avec la musique
Faire écouter une chanson pour vérifier :
« Est-ce qu’elle se souvient encore ? »
peut transformer un moment de relation en examen.
La musicothérapie cherche d’abord à utiliser ce qui reste disponible pour créer une expérience significative.
Musicothérapie et enfants
Avec les enfants, la musique peut être particulièrement accessible.
Percussions.
Chansons.
Jeux rythmiques.
Imitations.
Création sonore.
Le thérapeute peut utiliser ces médiations pour soutenir :
communication ;
attention partagée ;
expression ;
tour de rôle ;
interaction.
L’intervention doit rester adaptée à l’enfant et à ses besoins.
Les adolescents
La musique occupe souvent une place importante dans la construction identitaire à l’adolescence.
Genres musicaux.
Artistes.
Paroles.
Groupes.
Une chanson peut exprimer quelque chose que l’adolescent ne souhaite pas encore formuler directement.
Le thérapeute peut demander :
« Qu’est-ce que tu aimes dans ce morceau ? »
plutôt que :
« Cette chanson prouve que tu es déprimé. »
Les paroles de chansons
Une personne peut s’identifier fortement à certaines paroles.
Le thérapeute peut les utiliser comme point de départ.
Quelle phrase est importante ?
Pourquoi ?
Qu’est-ce qu’elle exprime mieux que vos propres mots ?
L’analyse reste centrée sur ce que la chanson signifie pour la personne.
Les préférences musicales ne diagnostiquent pas
Écouter du métal ne signifie pas être violent.
Aimer des chansons tristes ne signifie pas être dépressif.
Écouter constamment de la musique romantique ne révèle pas automatiquement une dépendance affective.
Les goûts musicaux sont influencés par de nombreux facteurs.
Le thérapeute doit éviter les raccourcis culturels.
Musicothérapie et autisme
La musicothérapie est également utilisée avec certaines personnes autistes.
La musique peut offrir un support pour :
interaction ;
attention partagée ;
communication ;
expression ;
coordination.
Mais les profils autistiques sont extrêmement variés.
Certaines personnes adorent la musique.
D’autres sont hypersensibles à certains sons.
L’intervention doit respecter les particularités sensorielles et les préférences.
Sensibilité au son
Une musique considérée comme douce peut être pénible pour une personne ayant une forte sensibilité auditive.
Certains instruments.
Certaines fréquences.
Certains volumes.
peuvent provoquer un inconfort important.
Le thérapeute doit demander et observer plutôt que supposer.
Musicothérapie et handicap
La musique peut constituer une médiation intéressante lorsque certaines formes de communication verbale ou motrice sont limitées.
Un son.
Un mouvement.
Un rythme.
Une réponse vocale.
peuvent participer à une interaction.
Mais le thérapeute doit éviter d’infantiliser la personne.
Une limitation fonctionnelle ne supprime ni les goûts, ni l’histoire, ni la dignité adulte.
Groupe de musicothérapie
La musicothérapie peut se pratiquer en groupe.
Les participants peuvent :
jouer ensemble ;
improviser ;
écouter ;
chanter ;
composer.
Le groupe ajoute une dimension relationnelle.
Chacun doit trouver une place dans un ensemble.
Jouer ensemble
Un participant prend toute la place sonore.
Un autre disparaît.
Un troisième soutient constamment le rythme des autres.
Ces phénomènes peuvent être explorés.
Mais le groupe n’est pas un laboratoire permettant de conclure immédiatement :
« Vous faites exactement pareil dans toutes vos relations. »
La séance fournit une expérience à comparer avec le reste de la vie.
Le groupe et l’appartenance
Produire quelque chose ensemble peut créer un sentiment d’appartenance très rapidement.
Plusieurs personnes qui ne se connaissent presque pas peuvent parvenir à créer un rythme commun.
Cette expérience peut être particulièrement importante pour des personnes isolées.
Mais le groupe doit conserver un cadre de confidentialité et de respect.
Musique enregistrée ou musique vivante
Les deux peuvent être utilisées.
Une musique enregistrée permet d’accéder à un immense répertoire.
La musique vivante permet davantage d’adaptation instantanée.
Le thérapeute peut modifier :
tempo ;
volume ;
rythme ;
harmonie ;
durée.
Il peut répondre directement à ce que produit la personne.
Le thérapeute musicien
Le musicothérapeute peut posséder des compétences musicales importantes.
Mais son objectif n’est pas de montrer son talent.
S’il joue tellement bien que le patient n’ose plus produire un son, sa compétence musicale devient paradoxalement un obstacle.
Il doit savoir utiliser la musique au service de la relation thérapeutique.
Musicothérapeute et professeur de musique
Les deux métiers sont différents.
Un professeur de musique cherche principalement à développer des compétences musicales.
Technique.
Instrument.
Lecture.
Interprétation.
Le musicothérapeute utilise la musique pour travailler des objectifs thérapeutiques.
Une même activité musicale peut donc avoir des finalités très différentes.
Un musicien n’est pas automatiquement musicothérapeute
Savoir parfaitement jouer du piano ne suffit pas.
La musicothérapie demande également des compétences concernant :
relation thérapeutique ;
psychologie ;
cadre ;
observation ;
objectifs ;
éthique ;
adaptation aux populations accompagnées.
Les formations et la réglementation du titre peuvent varier selon les pays.
Le choix du professionnel
Il peut être utile de demander :
quelle formation en musicothérapie ?
Avec quelles populations travaille-t-il ?
Dans quel cadre ?
Quels sont les objectifs ?
Comment évalue-t-il l’évolution ?
La présence de musique dans un cabinet ne suffit pas à définir une musicothérapie.
Musique et médecine
La musique est parfois utilisée dans des contextes hospitaliers.
Avant ou après certaines interventions.
Dans des services de soins.
En oncologie.
En soins palliatifs.
Dans la prise en charge de la douleur.
Ces utilisations peuvent avoir des objectifs différents :
anxiété ;
confort ;
expression ;
relation ;
qualité de vie.
Il faut distinguer une intervention musicale ponctuelle d’une véritable psychothérapie.
La douleur
La musique peut détourner une partie de l’attention, modifier l’état émotionnel et offrir un support de régulation.
Chez certaines personnes, elle peut contribuer à diminuer l’expérience subjective de la douleur ou l’anxiété qui l’accompagne.
Cela ne signifie pas que la musique traite la cause médicale de la douleur.
Les soins palliatifs
Dans les soins palliatifs, la musique peut parfois permettre :
présence ;
communication ;
souvenirs ;
expression ;
lien avec les proches ;
apaisement.
Une chanson peut devenir une manière de rester en relation lorsqu’une longue conversation est difficile.
La musicothérapie peut alors participer à l’accompagnement sans prétendre supprimer la réalité de la fin de vie.
Musique et spiritualité
La musique possède également une dimension spirituelle ou religieuse importante dans de nombreuses cultures.
Chants.
Hymnes.
Musique sacrée.
Mantras.
Le thérapeute peut respecter cette dimension lorsqu’elle appartient à la personne.
Mais il ne doit pas imposer sa propre spiritualité.
Une musique sacrée pour l’un peut n’être qu’une œuvre musicale pour l’autre.
Une expérience spirituelle n’a pas besoin d’être médicalisée
Une personne peut vivre une musique comme une expérience profondément spirituelle.
La psychothérapie n’a pas besoin de réduire automatiquement cette expérience à un mécanisme psychologique.
Elle peut travailler avec ce que cette expérience signifie pour la personne.
Inversement, le thérapeute n’a pas à présenter une émotion musicale intense comme la preuve objective d’une réalité spirituelle particulière.
Les « fréquences thérapeutiques »
Internet regorge d’affirmations concernant certaines fréquences sonores supposées :
réparer l’ADN ;
guérir les organes ;
éliminer l’anxiété ;
augmenter l’intelligence ;
rééquilibrer des énergies spécifiques.
Ces affirmations dépassent largement ce que permet d’établir la musicothérapie scientifique.
Un son peut avoir des effets perceptifs, émotionnels ou physiologiques.
Cela ne valide pas automatiquement toutes les propriétés thérapeutiques attribuées à une fréquence précise.
Les battements binauraux
Les battements binauraux sont également souvent associés à des promesses importantes.
Ils ont fait l’objet de recherches concernant notamment l’attention, la relaxation ou l’anxiété.
Les résultats ne justifient pas de les présenter comme une technologie capable de reprogrammer précisément le cerveau ou de traiter à elle seule des troubles psychologiques.
Ils peuvent éventuellement constituer une expérience sonore parmi d’autres.
Musique et « vibrations »
Le mot vibration possède un sens physique réel dans le domaine du son.
Une onde sonore correspond effectivement à une vibration.
Mais le passage de cette réalité physique à des affirmations telles que :
« cette musique augmente votre fréquence spirituelle »
constitue un autre registre de discours.
Les deux ne doivent pas être confondus sous prétexte qu’ils utilisent le même mot.
L’effet des préférences
Une musique choisie par la personne peut parfois être plus efficace pour certains objectifs qu’une musique sélectionnée selon une théorie générale.
Les goûts personnels comptent.
Culture.
Génération.
Histoire.
Contexte.
Une chanson populaire peut être thérapeutiquement beaucoup plus pertinente qu’une œuvre techniquement sophistiquée si elle possède une signification forte pour la personne.
Créer une playlist thérapeutique
Une playlist peut être construite selon différents objectifs.
Pour ralentir.
Pour se mobiliser.
Pour accompagner une marche.
Pour traverser une période de tristesse.
Pour retrouver de l’énergie.
Mais il peut être intéressant de ne pas simplement demander :
« Quelle musique vous rend heureux ? »
Les émotions humaines sont plus complexes.
Une playlist n’est pas une ordonnance
Deux personnes présentant la même difficulté n’ont pas besoin des mêmes chansons.
La musique ne se prescrit pas comme une dose standard.
Le thérapeute peut aider la personne à identifier ce qui fonctionne pour elle.
Quand la musique entretient une émotion
Nous pouvons parfois écouter pendant des heures des morceaux qui renforcent exactement l’état dont nous essayons de sortir.
Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer toute musique triste.
Mais il peut être utile de se demander :
« Qu’est-ce que cette écoute me fait après vingt minutes ? »
La personne peut découvrir que certaines musiques l’accompagnent, tandis que d’autres l’enferment davantage dans une rumination.
La séquence musicale
Une stratégie peut consister à ne pas passer brutalement d’une musique très sombre à une musique extrêmement joyeuse.
La personne peut choisir une progression.
Une musique qui rejoint d’abord son état.
Puis une autre légèrement différente.
Puis éventuellement une musique plus mobilisatrice.
La transition peut être plus crédible émotionnellement.
La musique et l’identité
Les goûts musicaux participent parfois fortement à l’identité.
« C’est ma musique. »
« C’est le groupe qui m’a accompagné toute mon adolescence. »
Explorer cette relation peut ouvrir des questions :
Qui étais-je à cette époque ?
Que cherchais-je ?
Qu’est-ce qui est resté ?
Qu’est-ce qui a changé ?
La musique devient un fil autobiographique.
Retrouver une partie de soi
Une personne absorbée pendant des années par les responsabilités peut réentendre une chanson qu’elle adorait à vingt ans.
Elle se rappelle soudain une facette d’elle-même oubliée.
Pas nécessairement pour redevenir celle qu’elle était.
Mais pour retrouver quelque chose :
curiosité ;
énergie ;
liberté ;
créativité.
La musique peut parfois rouvrir une porte identitaire.
Le silence comme choix
La musicothérapie ne doit pas non plus remplir chaque instant de son.
Une personne peut avoir besoin de silence.
Le thérapeute doit pouvoir l’accepter.
La musique est un moyen.
Pas une obligation.
Les risques
La musicothérapie est généralement considérée comme une intervention relativement accessible, mais elle n’est pas dépourvue de précautions.
Une musique peut :
réactiver un souvenir traumatique ;
augmenter une émotion ;
provoquer une surcharge sensorielle ;
être culturellement inappropriée ;
créer un malaise ;
ou simplement ne pas convenir.
Le professionnel doit pouvoir arrêter ou modifier l’intervention.
Le volume
Le volume sonore constitue également une question très concrète.
Une séance thérapeutique n’a aucun intérêt à exposer une personne à un niveau sonore inconfortable ou potentiellement nocif.
La sécurité auditive fait partie du cadre.
Les données scientifiques
La musicothérapie a fait l’objet de recherches dans de nombreux contextes :
santé mentale ;
neurologie ;
gériatrie ;
autisme ;
douleur ;
soins hospitaliers ;
soins palliatifs.
Certains résultats sont encourageants ou favorables.
Mais les interventions sont très hétérogènes.
Écoute musicale.
Improvisation.
Chant.
Intervention individuelle.
Groupe.
Durée différente.
Populations différentes.
Il est donc difficile de parler de « la musicothérapie » comme d’un traitement unique ayant un effet identique partout.
Une intervention complémentaire ou centrale
Dans certains contextes, la musicothérapie constitue une intervention principale.
Dans d’autres, elle complète :
psychothérapie ;
rééducation ;
soins médicaux ;
accompagnement institutionnel.
Sa place dépend de l’objectif.
Il n’est pas nécessaire de la présenter comme concurrente des autres approches pour reconnaître sa valeur.
La musique ne remplace pas nécessairement les mots
On entend parfois :
« Quand les mots ne suffisent plus, il reste la musique. »
La formule peut être belle.
Mais musique et parole ne sont pas obligées de s’opposer.
Une personne peut jouer quelques minutes.
Puis parler de ce qu’elle vient de vivre.
Puis rejouer.
Le son et le langage peuvent travailler ensemble.
Quand les mots arrivent après la musique
Une personne improvise un rythme très répétitif.
Elle s’arrête.
Puis dit :
« C’est exactement comme ma vie en ce moment. Je recommence toujours la même journée. »
Le thérapeute n’avait pas besoin de lui dire ce que signifiait le rythme.
La personne a construit elle-même le lien.
C’est une différence essentielle.
Ne pas interpréter à la place de la personne
Le thérapeute peut demander :
« Qu’est-ce que cette musique représente pour vous ? »
Il ne devrait pas déclarer :
« Vous avez choisi un rythme mineur parce que vous êtes dépressif. »
L’expérience musicale appartient d’abord à celui qui la vit.
De la séance à la vie
Une expérience musicale peut rester un beau moment.
Mais une psychothérapie cherche généralement à aller plus loin.
Qu’est-ce que la personne apprend ?
Peut-elle utiliser la musique différemment ?
A-t-elle découvert une manière de s’exprimer ?
De demander ?
D’écouter ?
De prendre sa place ?
De supporter un silence ?
De retrouver une activité ?
Le changement doit progressivement rejoindre la vie réelle.
La musique comme médiation, pas comme magie
La musique possède une puissance émotionnelle remarquable.
C’est précisément pourquoi il est inutile de lui attribuer des pouvoirs qu’elle n’a pas besoin de posséder.
Elle peut relier.
Évoquer.
Organiser.
Accompagner.
Mobiliser.
Apaiser.
Faire pleurer.
Faire danser.
Permettre une expression différente.
Tout cela est déjà considérable.
À retenir
La musicothérapie utilise la musique, le son, le rythme, la voix et le silence dans un cadre thérapeutique.
Elle peut être réceptive, lorsque la personne écoute et travaille à partir de l’expérience musicale, ou active, lorsqu’elle chante, improvise, joue, compose ou produit elle-même des sons.
Aucune compétence musicale préalable n’est nécessaire.
La musicothérapie peut notamment soutenir l’expression émotionnelle, la communication, la relation, la mémoire autobiographique, l’engagement et certaines capacités de régulation.
Elle est utilisée avec des enfants, des adolescents, des adultes et des personnes âgées, ainsi que dans différents contextes de santé mentale, de handicap, de neurologie, de douleur, de soins hospitaliers ou palliatifs.
Mais une musique n’a pas une signification psychologique universelle. Un rythme, une chanson ou un instrument ne permettent pas de diagnostiquer une personne.
De même, une musique qui fait surgir un souvenir ne garantit pas l’exactitude historique de chaque détail associé.
Enfin, écouter de la musique pour se sentir mieux peut être une excellente ressource personnelle sans constituer pour autant une musicothérapie. Ce qui transforme la musique en médiation thérapeutique est le cadre dans lequel elle est utilisée, l’objectif poursuivi et le travail réalisé autour de l’expérience.
La musicothérapie ne demande pas : « Savez-vous faire de la musique ? » Elle demande plutôt : « Que devient possible lorsque les sons, le rythme, la voix ou le silence entrent dans la relation thérapeutique ? » Parfois les mots viennent d’abord. Parfois ils viennent après. Et parfois quelques notes permettent simplement d’ouvrir un passage là où la conversation, seule, n’en trouvait pas encore.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.