LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
LES ÉMOTIONS
63 sections thématiques
Nous parlons continuellement de nos émotions.
« Je suis heureux. »
« J’ai peur. »
« Ça m’énerve. »
« Je suis déçu. »
Elles semblent tellement familières qu’il pourrait paraître inutile de les expliquer.
Pourtant, les émotions sont au cœur d’une grande partie de notre fonctionnement psychologique. Elles influencent notre attention, nos souvenirs, nos décisions, nos relations, nos comportements et parfois même notre manière d’interpréter une situation.
Elles peuvent nous aider.
Nous avertir.
Nous mobiliser.
Nous rapprocher des autres.
Mais elles peuvent également nous submerger, nous tromper sur certains faits ou nous pousser vers des comportements que nous regretterons ensuite.
Une émotion est une information. Elle n’est ni un ordre auquel nous devons obéir ni une preuve automatique que notre interprétation de la situation est exacte.
Qu’est-ce qu’une émotion ?
Il n’existe pas une définition unique parfaitement consensuelle.
Une émotion peut néanmoins être comprise comme une réponse complexe impliquant plusieurs dimensions :
une expérience subjective ;
des réactions corporelles ;
une interprétation de la situation ;
une tendance à agir ;
des expressions parfois visibles.
Lorsque nous avons peur, par exemple, il ne se passe pas uniquement quelque chose « dans notre tête ».
Le corps se prépare.
L’attention change.
Certaines pensées deviennent plus accessibles.
Une envie d’agir apparaît.
L’émotion mobilise l’ensemble de la personne.
Émotion, sentiment et humeur
Les mots sont souvent utilisés comme synonymes.
On peut toutefois établir certaines distinctions utiles.
Une émotion est généralement relativement brève et liée à une situation ou à une interprétation.
Un sentiment peut être plus élaboré et plus durable.
Une humeur constitue une tonalité émotionnelle plus diffuse qui peut persister sans objet clairement identifiable.
Nous pouvons ressentir une émotion de colère après une remarque et rester de mauvaise humeur plusieurs heures après que la situation est terminée.
Les frontières ne sont évidemment pas toujours nettes.
Les émotions fondamentales
Certaines théories ont proposé l’existence d’émotions dites fondamentales ou de base.
On retrouve souvent :
joie ;
tristesse ;
peur ;
colère ;
dégoût ;
surprise.
Mais la manière de classer les émotions dépend des modèles théoriques.
Il serait donc imprudent de considérer une liste particulière comme un alphabet universel et définitif de la vie émotionnelle.
Les émotions complexes
Notre expérience dépasse largement quelques catégories.
Nous pouvons ressentir :
honte ;
culpabilité ;
jalousie ;
envie ;
fierté ;
nostalgie ;
soulagement ;
gratitude ;
admiration ;
déception ;
tendresse.
Certaines de ces émotions impliquent des représentations complexes de soi, des autres et des normes sociales.
Plusieurs émotions simultanément
Nous n’éprouvons pas nécessairement une seule émotion à la fois.
Une personne peut être heureuse de voir son enfant partir construire sa vie et profondément triste de le voir quitter la maison.
Elle peut ressentir :
fierté ;
joie ;
inquiétude ;
nostalgie.
Simultanément.
Chercher absolument l’émotion véritable peut donc être inutile.
Plusieurs émotions contradictoires peuvent être authentiques en même temps.
L’ambivalence
L’ambivalence est souvent vécue comme un problème.
« Si je l’aime, je ne devrais pas être en colère contre lui. »
Pourquoi ?
Nous pouvons aimer quelqu’un et être furieux contre son comportement.
Être soulagé d’une décision et regretter ce qu’elle nous fait perdre.
Vouloir partir et souhaiter rester.
La complexité émotionnelle n’est pas nécessairement une incohérence psychologique.
À quoi servent les émotions ?
Les émotions ont différentes fonctions.
Elles peuvent attirer notre attention vers quelque chose d’important.
La peur :
« Il existe peut-être un danger. »
La colère :
« Quelque chose me paraît injuste, menaçant ou contraire à mes limites. »
La tristesse :
« Quelque chose d’important a été perdu. »
La joie :
« Cette expérience mérite peut-être d’être recherchée ou partagée. »
Mais il faut ajouter un mot essentiel :
peut-être.
Une émotion informe, elle ne prouve pas
J’ai peur.
Cela prouve que mon organisme détecte une menace ou interprète la situation comme menaçante.
Cela ne prouve pas nécessairement qu’un danger réel est présent.
Je suis jaloux.
Cela montre que quelque chose menace peut-être ma sécurité relationnelle.
Cela ne prouve pas que mon partenaire me trompe.
Je me sens coupable.
Cela peut signaler que j’ai transgressé une valeur.
Mais cela ne prouve pas automatiquement que j’ai réellement commis une faute.
L’émotion mérite d’être écoutée sans être transformée en tribunal infaillible.
Le corps
Une émotion possède souvent une dimension corporelle très nette.
Cœur accéléré.
Respiration modifiée.
Tension musculaire.
Chaleur.
Frissons.
Nœud dans l’estomac.
Gorge serrée.
Larmes.
Ces sensations peuvent parfois apparaître avant même que nous ayons clairement identifié l’émotion.
« Je ne sais pas ce que je ressens »
Tout le monde n’identifie pas facilement ses émotions.
Certaines personnes perçoivent surtout :
fatigue ;
tension ;
malaise ;
irritabilité ;
agitation.
Elles savent que quelque chose se passe sans parvenir immédiatement à le nommer.
Cela ne signifie pas qu’elles ne ressentent rien.
La capacité à identifier précisément son expérience émotionnelle varie.
Mettre un mot
Nommer une émotion peut aider à organiser l’expérience.
« Je suis mal »
est très large.
Est-ce :
de la peur ?
de la honte ?
de la colère ?
de la tristesse ?
de la jalousie ?
de l’impuissance ?
Plus le mot devient précis, plus nous pouvons parfois comprendre ce dont l’émotion parle.
Mais le mot n’est pas tout
Trouver une étiquette ne résout pas automatiquement l’émotion.
Dire :
« C’est de la colère »
n’explique pas encore :
pourquoi elle est là ;
ce qu’elle signifie ;
ce qui l’a déclenchée ;
ce que nous allons en faire.
Le vocabulaire émotionnel est un outil, pas une solution magique.
L’interprétation
Entre un événement et une émotion, notre interprétation joue souvent un rôle majeur.
Un ami ne répond pas à notre message.
Une personne pense :
« Il doit être occupé. »
Une autre :
« Il m’évite. »
Une troisième :
« Il lui est peut-être arrivé quelque chose. »
Même événement.
Émotions différentes.
L’événement compte.
Mais la signification que nous lui attribuons compte également.
L’histoire personnelle
Nos réactions émotionnelles se construisent aussi à travers notre histoire.
Une remarque anodine pour une personne peut toucher un point extrêmement sensible chez une autre.
Pourquoi ?
Parce qu’elle réveille :
une expérience ;
une peur ;
une blessure ;
une croyance ;
une association.
Cela ne signifie pas que la réaction est irrationnelle.
Elle possède souvent une logique dans l’histoire de la personne.
Le contexte
Nous ne réagissons pas de la même manière selon notre état.
Une remarque reçue après une bonne nuit peut être facilement relativisée.
La même remarque reçue après :
trois nuits difficiles ;
une journée stressante ;
un conflit ;
une mauvaise nouvelle,
peut déclencher une réaction beaucoup plus forte.
L’émotion dépend donc également des ressources disponibles au moment où l’événement survient.
La fatigue
La fatigue réduit souvent notre marge de régulation.
Nous devenons plus irritables.
Plus sensibles.
Moins patients.
Cela ne signifie pas que toutes les émotions ressenties pendant la fatigue sont fausses.
Mais leur intensité peut être modifiée par notre état physiologique.
La faim
L’état du corps influence également l’humeur et certaines réactions.
Une personne affamée, épuisée ou douloureuse ne dispose pas nécessairement des mêmes ressources émotionnelles.
La psychologie n’existe pas indépendamment du corps.
Avant d’élaborer une théorie complexe sur certaines irritations, il peut parfois être utile de vérifier des besoins très élémentaires.
Le sommeil
Un manque de sommeil peut affecter :
la réactivité émotionnelle ;
l’attention ;
la tolérance à la frustration ;
la capacité à prendre du recul.
Le sommeil ne résout évidemment pas tous les problèmes psychologiques.
Mais un organisme épuisé gère moins facilement certaines émotions.
Les hormones
Des variations hormonales peuvent également influencer l’expérience émotionnelle.
Mais elles ne doivent pas devenir une explication automatique utilisée pour disqualifier ce qu’une personne ressent.
Dire :
« Ce sont tes hormones »
peut devenir une manière d’éviter d’écouter un problème réel.
Une influence biologique n’annule pas le contenu possible de l’émotion.
Les émotions sont-elles universelles ?
Les humains partagent de nombreux mécanismes émotionnels.
Mais la culture influence :
la manière de nommer les émotions ;
leur expression ;
les situations dans lesquelles elles sont acceptables ;
les comportements associés.
Certaines cultures valorisent davantage la retenue.
D’autres permettent une expression plus visible.
La biologie et la culture participent donc toutes deux à notre vie émotionnelle.
Les règles émotionnelles
Nous apprenons très tôt des règles implicites.
« Un garçon ne pleure pas. »
« Une fille ne doit pas se mettre en colère. »
« Dans notre famille, on ne montre pas ses problèmes. »
« Il faut toujours rester fort. »
Ces règles influencent ce que nous nous autorisons à ressentir ou, plus exactement, ce que nous nous autorisons à reconnaître et exprimer.
Une émotion interdite ne disparaît pas nécessairement
Si une personne apprend :
« La colère est mauvaise »
elle peut ne plus dire :
« Je suis en colère. »
Mais l’émotion peut apparaître autrement.
Irritation.
Sarcasme.
Retrait.
Tension.
Ressentiment.
Interdire le mot ne supprime pas nécessairement l’expérience.
Ressentir n’est pas agir
C’est l’une des distinctions les plus importantes.
Nous pouvons ressentir :
une colère intense ;
une jalousie ;
une envie de fuir ;
une envie de crier.
L’émotion et l’impulsion sont réelles.
Mais elles ne déterminent pas automatiquement le comportement.
J’ai le droit de ressentir ma colère. Cela ne me donne pas le droit de frapper quelqu’un.
Les émotions ne sont pas morales
Nous jugeons parfois nos émotions.
« Je ne devrais pas être jaloux. »
« Je suis horrible d’être soulagé. »
« Je n’ai pas le droit d’être en colère. »
Une émotion apparaît.
Elle n’est pas un acte volontaire au même titre qu’un comportement choisi.
La responsabilité commence davantage dans ce que nous faisons de cette émotion.
La culpabilité d’avoir une émotion
Nous pouvons créer une deuxième émotion à propos de la première.
Je suis triste.
Puis honteux d’être triste.
Je suis anxieux.
Puis en colère contre moi-même parce que je suis anxieux.
Je suis jaloux.
Puis coupable d’être jaloux.
La souffrance initiale se trouve alors accompagnée d’un jugement supplémentaire.
Accepter une émotion
Accepter ne signifie pas approuver.
Cela signifie reconnaître :
« Voilà ce qui est présent en moi actuellement. »
Nous pouvons ensuite décider quoi en faire.
Refuser intérieurement l’existence d’une émotion déjà présente ne la fait pas nécessairement disparaître.
Exprimer ses émotions
L’idée selon laquelle il faudrait toujours exprimer immédiatement toutes ses émotions est simpliste.
L’expression peut être utile.
Mais le moment, la personne, le contexte et la manière comptent.
Dire exactement tout ce que nous ressentons au moment où nous le ressentons peut parfois aggraver une situation.
La régulation émotionnelle implique aussi la capacité de choisir comment et quand exprimer.
Tout garder
À l’autre extrême, ne jamais rien exprimer peut créer d’autres difficultés.
L’entourage ne comprend pas.
Les besoins ne sont pas communiqués.
Les tensions s’accumulent.
Une émotion contenue n’est pas automatiquement dangereuse, mais une impossibilité chronique à exprimer quoi que ce soit peut peser sur les relations et sur la personne.
Pleurer
Les larmes peuvent accompagner :
tristesse ;
joie ;
colère ;
soulagement ;
épuisement ;
frustration.
Pleurer ne signifie pas nécessairement être faible.
Et ne pas pleurer ne signifie pas nécessairement ne rien ressentir.
Les personnes diffèrent considérablement dans leur expression émotionnelle.
La colère
La colère peut signaler :
injustice ;
frustration ;
atteinte à une limite ;
impuissance ;
menace.
Elle mobilise.
Elle peut donner l’énergie nécessaire pour agir.
Mais elle peut également conduire à des comportements destructeurs lorsqu’elle est transformée directement en action.
La colère a donc sa propre logique sans posséder un droit automatique de commandement.
La peur
La peur protège.
Elle attire notre attention vers un danger possible.
Sans peur, nous prendrions probablement des risques considérables.
Mais le système de peur peut également réagir à des dangers surestimés ou à des situations qui ne sont plus dangereuses aujourd’hui.
Une émotion utile peut donc devenir excessive dans certains contextes.
La tristesse
La tristesse accompagne souvent la perte.
Elle peut ralentir.
Faire rechercher le soutien.
Orienter l’attention vers ce qui a été perdu.
Mais une tristesse intense ou persistante ne doit pas automatiquement être romantisée comme un processus nécessaire.
Selon son contexte et son évolution, elle peut aussi appartenir à une difficulté nécessitant une attention particulière.
Le dégoût
Le dégoût possède une fonction protectrice évidente dans certains contextes.
Un aliment avarié.
Une odeur suspecte.
Mais il peut également concerner des comportements ou des situations sociales.
Lorsqu’il est appliqué à des groupes humains, il peut devenir un mécanisme puissant de rejet et de déshumanisation.
Une émotion naturelle n’est donc pas nécessairement un guide moral fiable.
La joie
La joie mérite également d’être comprise.
Elle favorise parfois :
l’approche ;
le partage ;
l’exploration ;
la connexion sociale.
Mais nous pouvons aussi avoir peur de la joie.
« Si je me réjouis trop, quelque chose va arriver. »
Certaines personnes apprennent à réduire leur enthousiasme pour se protéger d’une éventuelle déception.
La surprise
La surprise apparaît lorsqu’un événement ne correspond pas à ce que nous attendions.
Elle est généralement brève.
Puis elle se transforme selon la signification de l’événement.
Surprise joyeuse.
Surprise inquiète.
Surprise déçue.
Elle montre à quel point notre cerveau fonctionne à partir d’attentes sur ce qui devrait se produire.
La honte
La honte touche souvent l’identité.
« Il y a quelque chose de mauvais chez moi. »
Elle peut pousser à se cacher.
Éviter.
Disparaître du regard des autres.
Une honte intense peut devenir extrêmement douloureuse, particulièrement lorsqu’elle se construit autour d’une caractéristique ou d’une expérience que la personne ne devrait pas avoir à considérer comme honteuse.
La culpabilité
La culpabilité concerne davantage ce que nous pensons avoir fait.
« J’ai mal agi. »
Elle peut avoir une fonction utile lorsqu’elle conduit à :
reconnaître ;
réparer ;
modifier un comportement.
Mais elle peut également devenir excessive ou apparaître alors qu’aucune responsabilité réelle n’existe.
La jalousie
La jalousie concerne souvent la peur de perdre une relation, une place ou quelque chose auquel nous tenons.
Elle peut fournir une information sur notre insécurité.
Mais elle ne prouve pas que la menace est réelle.
Elle ne justifie pas non plus le contrôle d’autrui.
L’envie
L’envie apparaît lorsque quelqu’un possède quelque chose que nous désirons.
Elle est souvent honteuse parce qu’elle contredit l’image généreuse que nous voulons avoir de nous-mêmes.
Pourtant, elle peut parfois fournir une information utile :
« Qu’est-ce que la réussite de cette personne révèle sur ce que je désire moi-même ? »
L’envie peut devenir soit ressentiment, soit information.
La fierté
La fierté peut accompagner :
un effort ;
une réussite ;
une progression ;
un acte conforme à nos valeurs.
Elle participe à la reconnaissance de nos capacités.
Mais certaines personnes ont appris qu’être fier serait nécessairement prétentieux.
Elles minimisent alors systématiquement leurs réussites.
Reconnaître ce que nous avons accompli ne nécessite pas de considérer les autres comme inférieurs.
La nostalgie
La nostalgie combine souvent plusieurs tonalités.
Plaisir du souvenir.
Tristesse de ce qui n’est plus.
Elle montre particulièrement bien que les émotions ne se divisent pas toujours en catégories simples :
positive ou négative.
Une expérience peut être douce et douloureuse simultanément.
Les émotions « négatives »
L’expression est courante.
Mais elle peut être trompeuse.
La peur est désagréable.
Elle peut sauver une vie.
La culpabilité est désagréable.
Elle peut conduire à réparer.
La tristesse est douloureuse.
Elle accompagne parfois l’intégration d’une perte.
Il est souvent plus utile de parler d’émotions agréables ou désagréables que de bonnes ou mauvaises émotions.
Une émotion utile peut devenir disproportionnée
Dire qu’une émotion possède une fonction ne signifie pas qu’elle est toujours adaptée à la situation.
Une alarme incendie est utile.
Si elle sonne chaque fois que nous préparons du pain grillé, elle devient problématique.
Une peur peut être protectrice et néanmoins devenir excessive.
Une culpabilité peut soutenir la responsabilité et devenir pathologique lorsqu’elle envahit tout.
Intensité et contexte
La question n’est donc pas seulement :
« Quelle émotion ressens-je ? »
Mais :
« Avec quelle intensité ? »
« Dans quel contexte ? »
« Combien de temps ? »
« Quelles conséquences ? »
La même émotion peut être parfaitement adaptée dans une situation et problématique dans une autre.
La durée
Une émotion peut persister parce que la situation continue.
Mais elle peut également être réactivée par :
les pensées ;
les souvenirs ;
les interprétations ;
les comportements.
Une dispute de cinq minutes peut ainsi alimenter plusieurs heures de rumination.
L’événement est terminé.
La réaction émotionnelle continue à être réactivée mentalement.
Les pensées et les émotions
Pensées et émotions s’influencent mutuellement.
Pensée :
« Il me méprise. »
Colère.
La colère rend ensuite plus accessibles les souvenirs des autres fois où nous nous sommes sentis méprisés.
Ces souvenirs renforcent la pensée initiale.
Un cercle se construit.
Les souvenirs dépendants de l’humeur
Notre état émotionnel peut influencer les souvenirs qui deviennent facilement accessibles.
Lorsque nous sommes découragés, les échecs passés remontent parfois plus facilement.
Cela peut donner l’impression :
« Toute ma vie a toujours été comme ça. »
Mais notre mémoire actuelle ne constitue pas nécessairement un inventaire impartial de toute notre existence.
Les décisions émotionnelles
Nous aimons opposer :
raison ;
émotion.
Mais une décision totalement dépourvue d’émotion n’est pas nécessairement idéale.
Nos émotions participent à l’évaluation :
de ce qui compte ;
de ce que nous désirons ;
de ce que nous craignons ;
de ce que nous valorisons.
Le problème apparaît davantage lorsque l’émotion du moment devient l’unique critère.
Décider au sommet de l’émotion
Une colère intense peut donner envie de :
démissionner ;
rompre ;
envoyer un message ;
répondre immédiatement.
Parfois, cette décision reste bonne le lendemain.
Parfois non.
Lorsque cela est possible, attendre que l’intensité diminue peut permettre de vérifier :
« Est-ce que je veux réellement cette décision ou est-ce que je veux surtout faire cesser l’émotion actuelle ? »
L’émotion comme messager
Une manière utile de penser l’émotion consiste à lui demander :
« Qu’est-ce que tu essaies de me signaler ? »
La colère peut parler d’une limite.
La peur d’une menace.
La tristesse d’une perte.
La jalousie d’une insécurité.
Mais après avoir entendu le message, nous devons encore vérifier les faits.
Le messager peut être sincère sans posséder toutes les informations.
Réprimer
Réprimer continuellement une émotion peut demander beaucoup d’énergie.
La personne maintient :
« Je ne ressens rien. »
Elle continue à fonctionner.
Mais l’émotion peut réapparaître autrement.
Cela ne signifie pas qu’une émotion supprimée provoquera nécessairement une maladie ou explosera forcément un jour.
Ces affirmations seraient trop simples.
Cela signifie plutôt que l’évitement émotionnel chronique peut avoir un coût psychologique.
Ruminer
À l’inverse, penser continuellement à une émotion n’est pas nécessairement la traiter.
Nous pouvons analyser pendant des heures :
pourquoi ;
comment ;
ce qu’il aurait fallu dire ;
ce que l’autre voulait vraiment dire.
La rumination donne parfois l’impression de résoudre le problème alors qu’elle maintient l’émotion active.
Ressentir et ruminer ne sont pas la même chose.
Réguler
Réguler une émotion ne signifie pas la supprimer.
Il peut s’agir de :
comprendre ce qui se passe ;
modifier l’intensité ;
choisir le comportement ;
tolérer temporairement l’émotion ;
changer une situation lorsque c’est possible ;
changer une interprétation lorsque celle-ci est erronée.
La régulation émotionnelle fera l’objet d’un chapitre spécifique.
Intelligence émotionnelle
Identifier les émotions, comprendre leur fonctionnement et les utiliser de manière adaptée participe à ce que certains modèles appellent l’intelligence émotionnelle.
Mais être émotionnellement intelligent ne signifie pas être continuellement calme, agréable ou positif.
Une personne peut posséder une bonne compréhension émotionnelle et ressentir parfois des émotions extrêmement fortes.
L’intelligence émotionnelle sera traitée séparément.
Quand les émotions deviennent difficiles à réguler
Certaines personnes vivent des variations très intenses.
Une émotion monte rapidement.
Elle semble occuper tout l’espace.
Puis retombe.
Cette réactivité peut dépendre de nombreux facteurs :
tempérament ;
stress ;
histoire ;
fatigue ;
contexte ;
certaines difficultés psychologiques.
Elle ne permet pas à elle seule de poser un diagnostic.
Ne pas diagnostiquer une personne parce qu’elle ressent beaucoup
Une personne très émotive n’est pas nécessairement instable au sens clinique.
Une personne peu expressive n’est pas nécessairement froide.
Le style émotionnel varie considérablement.
Ce qui compte davantage est la manière dont l’expérience affecte :
le fonctionnement ;
les relations ;
les décisions ;
la qualité de vie.
Les émotions et les relations
Nous n’éprouvons pas seulement nos émotions.
Nous réagissons également aux émotions des autres.
La colère de quelqu’un peut déclencher notre peur.
Sa tristesse, notre culpabilité.
Son silence, notre anxiété.
Les relations deviennent parfois des systèmes émotionnels dans lesquels chaque réaction influence la suivante.
« Tu me fais sentir… »
Cette formulation contient une part de vérité et une limite.
Le comportement d’autrui peut évidemment déclencher une émotion.
Mais notre expérience dépend également :
de notre interprétation ;
de notre histoire ;
du contexte.
Cela ne signifie pas que l’autre n’est responsable de rien.
Cela signifie qu’il existe rarement une relation mécanique :
comportement X = émotion Y chez tout le monde.
Nous ne contrôlons pas les émotions des autres
Nous pouvons influencer.
Blesser.
Rassurer.
Soutenir.
Mais nous ne pouvons pas garantir ce qu’une autre personne ressentira.
Cette limite est importante pour les personnes qui organisent toute leur vie autour de :
« Je dois faire en sorte que personne ne soit déçu, triste ou en colère à cause de moi. »
Cet objectif est impossible.
Les émotions au travail
Le monde professionnel n’est pas émotionnellement neutre.
Reconnaissance.
Injustice.
Compétition.
Peur.
Fierté.
Frustration.
Les émotions influencent les décisions et les relations professionnelles même lorsque l’organisation prétend fonctionner uniquement rationnellement.
Le problème n’est donc pas d’avoir des émotions au travail.
Il est de savoir comment elles participent aux comportements.
Les émotions collectives
Un groupe peut également développer une atmosphère émotionnelle.
Enthousiasme.
Peur.
Colère.
Panique.
Espoir.
Ces émotions peuvent circuler rapidement et influencer les décisions collectives.
Dans certaines situations, chacun observe les autres pour savoir comment interpréter ce qui se passe.
« Si tout le monde a peur, c’est qu’il doit y avoir un danger. »
Mais une émotion collective n’est pas davantage une preuve automatique de réalité.
Les réseaux sociaux
Les contenus suscitant des émotions fortes attirent facilement l’attention.
Indignation.
Peur.
Colère.
Attendrissement.
Cela peut favoriser la diffusion de contenus précisément parce qu’ils provoquent une réaction émotionnelle immédiate.
Avant de partager, une question peut être utile :
« Est-ce que je réagis aux faits ou à l’émotion que ce contenu vient de provoquer en moi ? »
Les émotions peuvent être manipulées
Publicité.
Propagande.
Communication politique.
Marketing.
Relations interpersonnelles.
Nos émotions peuvent être sollicitées volontairement pour influencer nos décisions.
Peur de manquer.
Urgence.
Culpabilité.
Appartenance.
Admiration.
Comprendre le fonctionnement émotionnel permet donc aussi de mieux reconnaître certaines tentatives d’influence.
L’émotion n’est pas l’ennemie de la raison
L’objectif psychologique n’est pas de devenir une machine parfaitement rationnelle.
Une vie sans émotion perdrait :
attachement ;
plaisir ;
motivation ;
sens ;
désir ;
élan.
La question est plutôt de permettre un dialogue entre émotion et réflexion.
« Voilà ce que je ressens. Maintenant, qu’est-ce que je sais ? »
Quand demander de l’aide ?
Un accompagnement peut être utile lorsque les émotions deviennent extrêmement difficiles à comprendre ou à réguler, lorsqu’elles conduisent régulièrement à des comportements destructeurs, lorsqu’elles semblent presque absentes pendant une longue période ou lorsqu’elles provoquent une souffrance importante.
Une aide peut également être pertinente lorsqu’une personne vit continuellement dans la peur de ses propres émotions :
« Si je commence à pleurer, je ne m’arrêterai jamais. »
« Si je laisse sortir ma colère, je vais perdre le contrôle. »
Les méthodes thérapeutiques permettant de travailler directement avec les émotions seront développées dans la partie Psychothérapie.
À retenir
Les émotions ne sont ni des ennemies à supprimer ni des autorités auxquelles il faudrait obéir.
Elles participent à notre manière de détecter ce qui compte.
Elles nous parlent :
de danger ;
de perte ;
de limites ;
de besoins ;
de relations ;
de valeurs ;
de désirs.
Mais elles parlent depuis notre histoire, notre état actuel et notre interprétation de la situation.
Elles peuvent donc être profondément compréhensibles sans être parfaitement exactes sur les faits.
Nous n’avons pas besoin de choisir entre :
« Je dois ignorer ce que je ressens »
et
« Puisque je le ressens, c’est forcément vrai. »
Une troisième possibilité existe :
« Je prends mon émotion au sérieux. J’essaie de comprendre ce qu’elle me dit. Puis je regarde la réalité avant de décider ce que j’en fais. »
Car ressentir appartient à notre humanité.
Mais entre l’émotion et l’action existe un espace essentiel.
C’est dans cet espace que nous pouvons écouter ce que nous ressentons sans remettre à chaque émotion les clés de nos décisions.
Aucun résultat pour cette recherche. Essaie un autre mot.
Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.