LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
JEU — THÉRAPIE PAR LE JEU
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La thérapie par le jeu utilise le jeu comme moyen d’expression, de communication et de travail thérapeutique, principalement avec les enfants, même si certaines de ses techniques peuvent être adaptées à d’autres âges.
Chez l’adulte, la psychothérapie repose souvent sur une capacité à raconter :
« Voilà ce qui s’est passé. »
« Voilà ce que j’ai ressenti. »
« Voilà ce que je pense aujourd’hui. »
L’enfant ne possède pas toujours cette capacité verbale, non parce qu’il n’a rien à exprimer, mais parce que son développement ne lui permet pas encore d’organiser toute son expérience sous forme de récit.
Il peut pourtant montrer énormément de choses lorsqu’il joue.
Construire.
Détruire.
Inventer une histoire.
Faire combattre deux personnages.
Cacher une figurine.
Soigner une peluche.
Faire recommencer vingt fois la même scène.
Le jeu peut devenir un langage thérapeutique.
Mais cette idée exige immédiatement une précaution fondamentale :
le jeu d’un enfant n’est pas un code secret que le thérapeute pourrait automatiquement déchiffrer.
Le jeu dans le développement de l’enfant
Le jeu occupe une place importante dans le développement.
L’enfant y expérimente :
les rôles ;
les règles ;
les relations ;
la coopération ;
la frustration ;
la victoire ;
la perte ;
la peur ;
la maîtrise ;
l’imagination ;
la créativité.
Il peut jouer ce qu’il connaît.
Ce qu’il souhaite.
Ce qu’il redoute.
Ce qu’il a vu.
Ou simplement ce qu’il trouve amusant.
Le jeu possède donc une richesse psychologique considérable sans que chaque élément ait nécessairement une signification clinique.
Jouer n’est pas seulement se distraire
Pour un enfant, jouer peut être une manière de penser.
Une poupée tombe.
L’enfant la soigne.
Un dinosaure attaque une maison.
Une figurine se cache.
Une famille imaginaire part en voyage.
À travers ces situations, l’enfant organise des scénarios, expérimente des conséquences et attribue des intentions aux personnages.
Le thérapeute peut entrer dans cet espace sans obliger immédiatement l’enfant à traduire tout ce qu’il fait en mots.
Pourquoi utiliser le jeu en psychothérapie ?
Un enfant amené en consultation peut entendre :
« Alors, explique-moi pourquoi tu es triste. »
Il peut répondre :
« Je sais pas. »
Cette réponse peut être parfaitement sincère.
Il ne possède peut-être pas encore les mots.
Ou ne connaît pas suffisamment le thérapeute.
Ou ne souhaite pas parler.
Ou ne comprend pas exactement ce que les adultes attendent de lui.
Le jeu offre une autre porte d’entrée.
Un espace moins frontal
Parler directement de soi peut être intimidant.
Jouer avec deux figurines crée une certaine distance.
L’enfant peut raconter :
« Lui, il ne veut plus aller à l’école. »
Le thérapeute n’a pas besoin de répondre immédiatement :
« Donc, c’est toi qui ne veux plus aller à l’école. »
Il peut rester dans le jeu :
« Qu’est-ce qui lui fait détester l’école ? »
L’enfant conserve la possibilité de parler directement ou indirectement.
Le jeu symbolique
Dans le jeu symbolique, un objet peut représenter autre chose.
Une boîte devient une maison.
Une chaise devient une voiture.
Une figurine devient un professeur.
Une couverture devient une grotte.
Cette capacité permet de créer un monde suffisamment éloigné de la réalité pour pouvoir l’explorer.
Mais symbolique ne signifie pas codé.
Une grotte ne possède pas une signification psychologique universelle.
Aucun dictionnaire du jeu
Il serait dangereux de raisonner ainsi :
un enfant enferme une poupée dans une boîte = il a été enfermé ;
il fait combattre deux figurines = ses parents se disputent ;
il dessine un monstre = il a subi un traumatisme ;
il joue une scène sexuelle = tel événement précis s’est nécessairement produit.
Le jeu peut fournir des éléments d’observation et d’exploration.
Il ne constitue pas à lui seul une preuve historique.
Observer avant d’interpréter
Le thérapeute peut observer :
les thèmes qui apparaissent ;
les émotions ;
les répétitions ;
les changements ;
la manière dont l’enfant utilise les personnages ;
sa réaction lorsque quelque chose se passe dans le jeu.
Mais observer n’est pas conclure.
Une hypothèse thérapeutique reste une hypothèse.
Elle peut être confrontée à d’autres informations plutôt que transformée immédiatement en vérité.
Le thérapeute entre dans le monde de l’enfant
Parfois, l’enfant invite le thérapeute à jouer.
« Toi, tu es le docteur. »
Ou :
« Tu es le méchant. »
Le thérapeute peut accepter un rôle.
Mais il doit rester attentif à ce que l’enfant construit.
Il ne s’agit pas de prendre le contrôle de l’histoire pour la transformer en leçon éducative.
Suivre le jeu
Dans certaines approches non directives, le thérapeute suit largement l’initiative de l’enfant.
L’enfant choisit les jouets.
Les personnages.
L’histoire.
Le thérapeute accompagne, reflète et pose les limites nécessaires.
Cette liberté peut permettre à l’enfant de disposer d’un espace dans lequel il n’est pas constamment dirigé par un adulte.
Thérapie par le jeu centrée sur l’enfant
Les approches de thérapie par le jeu centrées sur l’enfant ont notamment été influencées par la tradition humaniste et l’approche centrée sur la personne.
Le thérapeute cherche à offrir une relation caractérisée par :
acceptation ;
présence ;
compréhension ;
sécurité ;
limites cohérentes.
Le jeu devient alors le moyen principal par lequel cette relation thérapeutique se développe.
Approches plus directives
Toutes les thérapies par le jeu ne sont pas non directives.
Certaines proposent des activités spécifiques.
Le thérapeute peut introduire :
un jeu sur les émotions ;
une histoire à compléter ;
une situation sociale ;
une activité de résolution de problème ;
un jeu de rôle ;
un exercice d’exposition adapté à l’âge.
Le jeu devient alors un support pour un objectif thérapeutique déterminé.
Jouer librement et jouer avec un objectif
Les deux ne s’opposent pas nécessairement.
Une séance peut comporter un temps où l’enfant dirige davantage le jeu et un autre où le thérapeute propose une activité.
L’important est de savoir pourquoi l’intervention est utilisée.
Un jeu thérapeutique n’a pas besoin d’être totalement libre pour respecter l’enfant.
Mais il ne devrait pas devenir un interrogatoire déguisé.
Les figurines
Les figurines permettent de représenter :
familles ;
animaux ;
personnages imaginaires ;
héros ;
métiers ;
situations sociales.
L’enfant peut attribuer différents rôles.
Le thérapeute peut demander :
« Qui est celui-ci ? »
« Que veut-il ? »
« Qu’est-ce qui se passe ensuite ? »
Ces questions restent ouvertes.
Elles laissent l’enfant construire l’histoire.
Les poupées
Les poupées peuvent être utilisées dans des jeux de soin, de famille, d’école ou de vie quotidienne.
L’enfant peut nourrir une poupée.
La gronder.
La protéger.
L’abandonner.
La coucher.
Ces actions peuvent être intéressantes à explorer.
Mais elles ne permettent pas à elles seules de reconstituer ce qui se passe réellement dans la famille.
Les animaux
Les animaux sont souvent particulièrement utiles parce qu’ils créent une distance supplémentaire.
Un enfant peut avoir du mal à parler d’un garçon qui a peur.
Il peut plus facilement raconter l’histoire d’un petit lapin qui n’ose pas sortir de son terrier.
Le thérapeute peut travailler avec cette histoire sans forcer l’enfant à reconnaître immédiatement :
« Le lapin, c’est toi. »
Les marionnettes
Les marionnettes permettent également de créer des dialogues.
Un personnage peut dire ce que l’enfant n’ose pas dire directement.
Le thérapeute peut répondre à travers une autre marionnette.
Le jeu facilite alors une conversation qui aurait été beaucoup plus difficile en face-à-face.
Les maisons et univers miniatures
Des maisons de poupées ou des univers miniatures permettent d’organiser spatialement les personnages.
Qui habite où ?
Qui reste dehors ?
Qui dort avec qui ?
Qui décide ?
L’espace peut devenir un support narratif.
Mais là encore, la disposition n’est pas un test projectif permettant de connaître automatiquement la réalité familiale.
Le bac à sable
Certaines approches utilisent le jeu de sable ou des formes de sandplay.
La personne construit une scène dans un bac à sable à l’aide de figurines et d’objets.
Cette médiation peut favoriser l’expression symbolique et la création d’un univers.
Les interprétations théoriques varient selon les écoles.
Une scène construite dans le sable doit rester une production symbolique, non une radiographie objective de l’inconscient.
Construire
Blocs.
Lego.
Cubes.
Matériaux divers.
La construction peut offrir un moyen particulièrement accessible à certains enfants qui aiment moins le dessin ou les jeux de personnages.
Construire puis transformer une structure peut également permettre de travailler :
planification ;
frustration ;
flexibilité ;
coopération ;
persévérance.
Le sens dépend de l’objectif thérapeutique.
Détruire
Un enfant peut également aimer détruire ce qu’il vient de construire.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’il est agressif ou psychologiquement destructeur.
Détruire fait partie de nombreux jeux.
La question devient intéressante lorsqu’elle est replacée dans l’ensemble de la situation.
Que se passe-t-il ?
Comment l’enfant réagit-il ?
Que fait-il ensuite ?
Reconstruit-il ?
Abandonne-t-il ?
Invite-t-il le thérapeute à participer ?
Jeux de société
Les jeux de société peuvent être utilisés pour observer et travailler certaines situations interpersonnelles.
Attendre son tour.
Perdre.
Gagner.
Respecter une règle.
Négocier.
Supporter la frustration.
Mais la séance ne doit pas devenir un examen comportemental permanent.
Un enfant qui se met en colère parce qu’il perd une partie ne révèle pas nécessairement un trouble.
Il peut simplement être déçu.
La frustration dans le jeu
Le jeu permet parfois de rencontrer une frustration à petite échelle.
Perdre une partie.
Ne pas réussir une construction.
Attendre.
Le thérapeute peut aider l’enfant à reconnaître ce qui se passe et à chercher une autre réponse.
L’apprentissage se produit dans une situation réelle mais relativement protégée.
Les jeux coopératifs
Tous les jeux n’exigent pas un gagnant et un perdant.
Les jeux coopératifs peuvent permettre de travailler :
coordination ;
communication ;
entraide ;
résolution de problème.
Ils peuvent être particulièrement intéressants lorsqu’un enfant vit toute interaction comme une compétition.
Le jeu de rôle
Le jeu peut servir à répéter une situation.
Demander de l’aide à un professeur.
Répondre à un camarade.
Dire non.
Entrer dans un groupe.
Parler d’une peur.
L’enfant peut essayer différentes réponses sans subir immédiatement les conséquences du monde réel.
Changer les rôles
Le thérapeute peut jouer l’enfant pendant que l’enfant joue le parent ou le professeur.
Cette inversion peut être amusante et instructive.
Elle permet d’explorer comment l’enfant perçoit l’autre.
Mais ce qu’il joue reste sa représentation de l’autre.
Ce n’est pas une lecture objective des intentions de cette personne.
Les histoires
Le thérapeute peut utiliser des histoires.
Inventer un personnage qui rencontre un problème comparable.
Demander à l’enfant d’imaginer la suite.
Créer plusieurs fins.
L’histoire permet de parler d’un problème sans demander immédiatement :
« Et toi, pourquoi fais-tu ça ? »
Les super-héros
Un enfant peut utiliser un héros ou inventer son propre personnage.
Le héros peut posséder une capacité dont l’enfant aimerait disposer.
Courage.
Protection.
Rapidité.
Invisibilité.
Le thérapeute peut explorer :
« Quand ce pouvoir serait-il utile ? »
La fiction devient un moyen d’identifier des besoins et des ressources.
Le monstre
Les peurs infantiles sont parfois représentées sous forme de monstres.
Le thérapeute peut aider l’enfant à dessiner ou construire le monstre.
Lui donner un nom.
Imaginer ce qui le rend plus petit.
Mais il faut éviter de supposer que le monstre représente nécessairement une personne réelle.
Il peut être simplement la forme donnée à une peur.
Donner une forme à l’émotion
Le jeu permet d’externaliser.
« Si ta colère était un animal, lequel serait-elle ? »
L’enfant peut répondre :
« Un dragon. »
Le thérapeute peut alors travailler avec le dragon.
Quand apparaît-il ?
Qu’est-ce qui l’énerve ?
Comment sait-on qu’il arrive ?
Qu’est-ce qui l’aide à ralentir ?
La colère devient quelque chose que l’enfant peut observer plutôt qu’une identité :
« Je suis méchant. »
Externaliser sans nier la responsabilité
Dire :
« C’est le dragon de la colère »
peut aider à prendre de la distance.
Mais l’enfant doit également apprendre :
« Même quand le dragon arrive, je reste responsable de ce que je fais. »
Externaliser une émotion ne signifie pas attribuer les comportements à une créature indépendante.
La métaphore aide à réguler.
Elle ne supprime pas la responsabilité.
Apprendre à reconnaître les émotions
Des jeux peuvent aider l’enfant à identifier :
joie ;
tristesse ;
peur ;
colère ;
dégoût ;
honte ;
jalousie ;
frustration.
Des cartes.
Des personnages.
Des expressions faciales.
Des histoires.
Mais le but n’est pas de transformer chaque séance en cours théorique sur les émotions.
Les émotions prennent surtout leur sens lorsqu’elles sont reliées à l’expérience.
Quand l’enfant ne veut pas parler
Un enfant peut jouer pendant plusieurs séances sans parler directement de ce qui inquiète les adultes.
Cela ne signifie pas nécessairement que rien ne se passe.
La relation thérapeutique se construit.
Mais le professionnel doit également être capable d’évaluer si le cadre choisi permet réellement d’avancer.
Le respect du rythme ne doit pas devenir absence totale de direction lorsque la situation nécessite une intervention précise.
Le silence
Certains enfants parlent très peu.
Le jeu permet de rester ensemble sans remplir chaque silence.
Le thérapeute peut commenter sobrement :
« Tu as choisi cette figurine. »
« Tu construis un mur très haut. »
Il n’a pas besoin de demander constamment :
« Pourquoi ? »
Le « pourquoi » répété peut transformer le jeu en interrogatoire.
L’enfant qui ne joue pas
Tous les enfants n’aiment pas le jeu symbolique.
Certains préfèrent construire.
Dessiner.
Parler.
Bouger.
Résoudre des énigmes.
Utiliser des jeux vidéo ou des supports numériques.
Un thérapeute ne doit pas conclure qu’un enfant est inaccessible simplement parce qu’il ne joue pas de la manière prévue par son modèle.
Le jeu et l’anxiété
Un enfant anxieux peut utiliser le jeu pour représenter certaines situations redoutées.
Séparation.
École.
Médecin.
Dormir seul.
Le thérapeute peut introduire progressivement différentes réponses.
Dans certaines approches, le jeu peut également accompagner une exposition adaptée à l’âge.
Exemple : peur du médecin
Une peluche devient le patient.
L’enfant joue le médecin.
Il examine la peluche.
Puis les rôles changent.
L’enfant peut découvrir les instruments.
Mettre en scène ce qui l’inquiète.
Cette familiarisation peut réduire l’inconnu.
Le jeu prépare alors une situation réelle.
Le jeu et les compétences sociales
Certaines interventions utilisent le jeu pour travailler :
attendre son tour ;
écouter ;
entrer dans une conversation ;
comprendre certaines règles sociales ;
gérer un désaccord.
Ces activités peuvent être utiles à certains enfants.
Mais elles doivent être individualisées.
L’objectif n’est pas de fabriquer un comportement social standardisé identique pour tous.
Le jeu et le TDAH
Chez certains enfants présentant des difficultés d’attention ou d’impulsivité, des activités ludiques peuvent être utilisées pour travailler :
attente ;
inhibition ;
planification ;
organisation ;
régulation émotionnelle.
Mais la thérapie par le jeu ne constitue pas automatiquement un traitement complet du TDAH.
Les besoins peuvent être beaucoup plus larges.
Le jeu et l’autisme
Le jeu peut également être utilisé avec des enfants autistes.
Mais il faut éviter d’imposer un modèle unique du « bon jeu ».
Un enfant peut jouer différemment.
Répéter certaines activités.
S’intéresser fortement à un sujet particulier.
Préférer une interaction moins symbolique.
Le thérapeute doit rencontrer l’enfant là où il se trouve plutôt que chercher uniquement à normaliser sa manière de jouer.
Le jeu répétitif
Une scène peut revenir encore et encore.
Le même accident.
La même bataille.
Le même personnage qui disparaît.
Cette répétition peut attirer l’attention du thérapeute.
Mais elle ne possède pas une seule explication.
L’enfant peut chercher à maîtriser une histoire.
Explorer différentes variantes.
Répéter quelque chose qu’il aime.
Ou travailler une expérience émotionnelle.
Le contexte est indispensable.
Jeu et traumatisme
Des enfants ayant vécu des événements traumatiques peuvent parfois intégrer certains éléments dans leurs jeux.
Mais le thérapeute ne doit pas chercher activement à provoquer une reconstitution.
Il ne s’agit pas de pousser l’enfant :
« Montre-moi ce qui s’est passé avec les poupées. »
Une telle demande peut devenir suggestive, intrusive et potentiellement dommageable.
Le jeu traumatique
Certaines scènes peuvent sembler rigides, répétitives et fortement chargées émotionnellement.
Le thérapeute peut les accompagner et aider l’enfant à retrouver davantage de sécurité ou de possibilités.
Mais il doit résister à la tentation de reconstruire immédiatement un événement précis à partir du jeu.
Le jeu est un matériau thérapeutique.
Pas un procès-verbal.
Le danger des questions suggestives
Cette question est particulièrement importante lorsqu’un adulte soupçonne une maltraitance ou une agression.
Si le thérapeute demande :
« Montre-moi avec la poupée où il t’a touché »,
alors que l’enfant n’a rien rapporté de tel, il introduit déjà une hypothèse.
Les entretiens destinés à établir des faits dans un contexte de protection ou judiciaire nécessitent des compétences et des procédures spécifiques.
La psychothérapie et l’investigation ne doivent pas être confondues.
Un enfant peut inventer sans mentir
L’imagination est une fonction normale du jeu.
Un enfant peut dire :
« Le papa a mangé la maison et ensuite il est parti sur Mars. »
Il ne cherche pas nécessairement à tromper le thérapeute.
Il joue.
L’adulte doit conserver la distinction entre narration imaginaire et témoignage factuel.
Et lorsqu’un enfant révèle quelque chose ?
La situation change lorsqu’un enfant rapporte spontanément un événement préoccupant.
Le thérapeute doit écouter avec sérieux.
Éviter les interrogatoires suggestifs.
Noter précisément ce qui a été dit selon les règles professionnelles applicables.
Et agir conformément aux obligations de protection et au cadre juridique concerné lorsque la sécurité de l’enfant est en jeu.
La prudence interprétative ne signifie jamais ignorer une révélation.
Les limites dans la salle de jeu
Thérapie par le jeu ne signifie pas :
« L’enfant peut faire absolument tout ce qu’il veut. »
Le thérapeute pose des limites.
La personne ne peut pas être blessée.
Le matériel ne peut pas nécessairement être détruit.
Certaines règles protègent le lieu et les participants.
La liberté thérapeutique existe à l’intérieur d’un cadre.
Poser une limite sans humilier
Un thérapeute peut reconnaître l’intention :
« Tu voudrais vraiment lancer cette voiture contre moi. »
Puis poser la limite :
« Je ne te laisserai pas me faire mal. Tu peux la lancer contre ce coussin. »
L’émotion est reconnue.
Le comportement dangereux est limité.
Cette combinaison constitue elle-même un apprentissage important.
L’agressivité dans le jeu
Un enfant peut faire combattre des personnages.
Tuer symboliquement un monstre.
Détruire une construction.
Ces jeux ne signifient pas automatiquement qu’il deviendra violent.
Le jeu offre précisément un espace où certaines actions peuvent être représentées sans être réalisées dans le monde réel.
Le thérapeute observe l’ensemble du fonctionnement plutôt qu’un geste isolé.
Les parents
La thérapie d’un enfant implique souvent d’une manière ou d’une autre les parents ou responsables.
Ils peuvent fournir des informations.
Recevoir des conseils.
Modifier certaines interactions.
Soutenir le travail à domicile.
Mais leur présence soulève également une question :
que peut garder l’enfant comme espace personnel ?
Confidentialité avec l’enfant
Un enfant a besoin de savoir que tout ce qu’il fait en séance ne sera pas automatiquement raconté mot pour mot à ses parents.
Dans le même temps, le thérapeute ne peut pas promettre un secret absolu si la sécurité de l’enfant ou d’une autre personne est gravement menacée.
Le cadre doit être expliqué avec des mots adaptés à l’âge.
Que dire aux parents ?
Le thérapeute peut transmettre des éléments généraux :
objectifs ;
évolution ;
besoins ;
recommandations ;
questions de sécurité.
Il n’est pas nécessairement utile de raconter :
« Aujourd’hui, votre enfant a fait dire telle phrase à telle poupée. »
Une restitution trop détaillée peut détruire l’espace thérapeutique.
Quand les parents veulent une preuve
Un parent peut demander :
« Est-ce qu’il vous a enfin dit pourquoi il fait ça ? »
Ou :
« Qu’est-ce que son jeu signifie ? »
Le thérapeute doit résister à la pression de produire une certitude qu’il ne possède pas.
Il peut expliquer ce qu’il observe sans transformer une hypothèse en diagnostic familial.
La thérapie filiale
Certaines approches de thérapie filiale enseignent aux parents des compétences issues de la thérapie par le jeu afin qu’ils puissent réaliser des temps de jeu structurés avec leur enfant.
Le parent apprend notamment à :
suivre davantage le jeu ;
refléter les émotions ;
poser certaines limites ;
réduire les questions ou directives excessives.
Le jeu devient alors aussi un moyen de renforcer la relation parent-enfant.
Jouer avec son enfant n’est pas automatiquement faire une thérapie
Un parent qui joue avec son enfant lui offre déjà quelque chose de précieux.
Présence.
Attention.
Plaisir partagé.
Mais cela ne signifie pas qu’il devient son psychothérapeute.
La relation parent-enfant possède une fonction différente de la relation thérapeutique.
Il est important de ne pas transformer chaque moment familial en séance d’analyse.
Le thérapeute n’est pas un compagnon de jeu ordinaire
Même lorsqu’il joue, le professionnel conserve une responsabilité clinique.
Il observe.
Réfléchit.
Adapte.
Pose un cadre.
Suit les objectifs.
La séance peut être amusante.
Mais le but n’est pas simplement que l’enfant passe un bon moment.
Une thérapie peut être agréable
Inversement, le fait qu’un enfant s’amuse ne signifie pas qu’il ne travaille pas.
Nous avons parfois une vision étrange de la thérapie selon laquelle elle ne serait sérieuse que lorsqu’elle est douloureuse.
Un enfant peut apprendre, expérimenter et transformer certaines réponses en jouant.
La profondeur n’exige pas toujours la souffrance.
L’adolescent et le jeu
À l’adolescence, le mot « jeu » peut sembler infantilisant.
Il est souvent préférable d’utiliser des médiations adaptées :
jeux de stratégie ;
cartes ;
photographie ;
écriture ;
supports numériques ;
jeux narratifs ;
mise en situation.
Le principe reste similaire : créer un support permettant une communication qui ne repose pas exclusivement sur un entretien verbal classique.
Les adultes
Certaines techniques ludiques peuvent également être utilisées avec des adultes.
Jeux de rôle.
Objets.
Figurines.
Cartes.
Métaphores.
Improvisation.
Mais une utilisation adaptée est essentielle.
Le patient adulte ne doit pas se sentir traité comme un enfant simplement parce qu’un thérapeute apprécie les outils créatifs.
Les jeux vidéo
Les jeux vidéo font aujourd’hui partie de l’univers de nombreux enfants et adolescents.
Ils peuvent parfois devenir un support de conversation ou d’observation.
Coopération.
Frustration.
Identité.
Compétition.
Relations en ligne.
Mais jouer à un jeu vidéo pendant une séance ne devient pas automatiquement une thérapie.
Comme pour toute médiation, la question reste :
pourquoi l’utilisons-nous ?
Le jeu à distance
La téléconsultation a conduit certains professionnels à adapter leurs outils.
Jeux numériques.
Dessins partagés.
Histoires.
Objets disponibles au domicile.
Ces adaptations sont possibles, mais le thérapeute maîtrise moins l’environnement.
Confidentialité, présence des parents et distractions doivent notamment être considérées.
Évaluer l’évolution
Comment savoir si une thérapie par le jeu aide ?
Il ne suffit pas de dire :
« Son jeu semble plus harmonieux. »
L’évolution peut être examinée à partir des difficultés ayant motivé la consultation.
Sommeil.
Anxiété.
Crises.
Fonctionnement scolaire.
Relations.
Capacité à exprimer les émotions.
Autonomie.
Comportements problématiques.
Les critères doivent autant que possible rester reliés à la vie réelle.
Le jeu change mais la vie ne change pas
Si les séances se déroulent merveilleusement mais que la difficulté initiale reste strictement identique, il est légitime de réévaluer.
Le jeu thérapeutique n’est pas une fin en soi.
Le thérapeute peut se demander :
l’objectif était-il correct ?
L’approche est-elle adaptée ?
Faut-il davantage travailler avec les parents ?
Existe-t-il un problème scolaire, médical, développemental ou social qui n’a pas été suffisamment considéré ?
Les données scientifiques
La thérapie par le jeu recouvre plusieurs modèles et pratiques.
Il n’existe donc pas une seule intervention uniforme appelée « jeu » dont on pourrait mesurer l’efficacité globale.
Certaines approches structurées disposent de recherches favorables pour différentes difficultés de l’enfant.
La qualité et l’ampleur des données varient selon :
l’approche ;
l’âge ;
le problème ;
le contexte ;
et le protocole.
Il est préférable de parler d’une méthode précise plutôt que de considérer que toute activité ludique possède automatiquement un effet thérapeutique démontré.
Jeu thérapeutique et diagnostic
Une séance de jeu peut contribuer à l’évaluation globale d’un enfant.
Mais elle ne devrait pas devenir une machine à diagnostiquer.
Un comportement observé pendant une heure dans une pièce inconnue doit être replacé dans un ensemble beaucoup plus large :
histoire ;
développement ;
famille ;
école ;
santé ;
observations répétées ;
éventuelles évaluations spécifiques.
Un enfant est toujours plus grand que ce qu’il montre dans une salle de jeu.
Le risque de surinterprétation
Le principal danger intellectuel de cette méthode est probablement sa richesse elle-même.
Parce que le jeu produit énormément de symboles et de scénarios, l’adulte peut être tenté d’y trouver une explication à tout.
Plus une interprétation est séduisante, plus il faut parfois vérifier qu’elle vient réellement de l’enfant et non de l’imagination du thérapeute.
Ne pas voler l’histoire de l’enfant
Si l’enfant fait dormir un ours sous une table, le thérapeute peut demander :
« Qu’est-ce qui se passe pour cet ours ? »
L’enfant répond peut-être :
« Il dort là parce qu’il aime bien. »
Le thérapeute n’a pas besoin de décider :
« Non, en réalité il se cache parce qu’il a peur de son père. »
La compétence thérapeutique consiste parfois précisément à ne pas savoir trop vite.
Le jeu appartient à l’enfant
Le thérapeute peut proposer.
Accompagner.
Observer.
Participer.
Mettre des mots.
Mais il ne devrait pas confisquer la signification.
Lorsque l’enfant dit :
« Ce dragon n’a pas peur, il est juste fatigué »,
le thérapeute peut accepter cette réponse.
L’enfant est l’auteur principal de son univers de jeu.
Quand le jeu devient changement
Le changement peut apparaître de manière très simple.
Un personnage qui ne pouvait jamais demander de l’aide finit par appeler quelqu’un.
Une figurine qui devait toujours gagner accepte de perdre.
Un enfant qui abandonnait toute construction après une erreur décide de recommencer.
Une scène qui se terminait toujours par une catastrophe trouve une autre possibilité.
Ces changements ne constituent pas automatiquement une guérison.
Mais ils peuvent devenir des occasions d’expérimenter quelque chose de nouveau.
Puis il faut retourner dans la vie
Comme pour toutes les médiations thérapeutiques, la salle de jeu n’est pas le monde entier.
L’enfant devra retrouver :
sa famille ;
son école ;
ses camarades ;
ses frustrations ;
ses peurs ;
ses choix.
Le travail thérapeutique devient particulièrement utile lorsque les possibilités expérimentées dans le jeu commencent progressivement à devenir disponibles ailleurs.
À retenir
La thérapie par le jeu utilise le jeu comme moyen de communication et de travail thérapeutique, particulièrement avec les enfants dont l’expérience ne peut pas toujours être exprimée facilement par un langage verbal élaboré.
Elle peut utiliser notamment :
figurines ;
poupées ;
marionnettes ;
constructions ;
jeux de société ;
histoires ;
jeux de rôle ;
univers miniatures ;
ou autres supports adaptés à l’enfant.
Certaines approches sont principalement non directives, tandis que d’autres utilisent des activités structurées pour travailler des objectifs précis.
Le jeu peut aider l’enfant à représenter une émotion, expérimenter un rôle, préparer une situation, développer certaines compétences ou construire une relation thérapeutique.
Mais le jeu n’est pas un langage codé permettant de reconstituer automatiquement l’histoire de l’enfant.
Une scène jouée n’est pas une preuve d’un événement réel. Les symboles n’ont pas de signification universelle et une prudence particulière est indispensable lorsqu’une maltraitance ou un traumatisme sont suspectés.
La thérapie par le jeu doit également respecter les limites, la confidentialité adaptée à l’âge et la place des parents, sans transformer ces derniers en spectateurs permanents du contenu des séances.
Enfin, jouer ne signifie pas que le travail serait superficiel. Pour l’enfant, le jeu peut constituer l’un de ses moyens les plus naturels d’explorer le monde.
L’adulte dispose des mots pour dire : « Voilà ce que je ressens, voilà ce que je crains et voilà ce que j’aimerais pouvoir faire autrement. » L’enfant n’a pas toujours encore ces phrases. Il peut alors poser deux figurines sur une table, construire une maison, faire parler un ours ou inventer un dragon. Le rôle du thérapeute n’est pas de prétendre connaître immédiatement le secret caché derrière le jeu, mais de créer un espace suffisamment sûr pour que l’enfant puisse progressivement y trouver sa propre manière de montrer, comprendre et transformer ce qu’il vit.
Aucun résultat pour cette recherche. Essaie un autre mot.
Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.