LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
INTERPERSONNELLE — THÉRAPIE INTERPERSONNELLE
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La thérapie interpersonnelle, souvent abrégée TIP en français et IPT (Interpersonal Psychotherapy) en anglais, est une psychothérapie structurée qui s’intéresse aux liens entre les difficultés psychologiques d’une personne et son contexte relationnel actuel.
Elle a été développée à partir des années 1970 par Gerald Klerman, Myrna Weissman et leurs collaborateurs, initialement dans le traitement de la dépression.
Son point de départ n’est pas que les relations seraient responsables de tous les troubles psychologiques.
Il est plus précis : notre état psychologique influence nos relations, et nos relations influencent à leur tour notre état psychologique.
Une dépression peut conduire une personne à s’isoler.
Cet isolement diminue les occasions de recevoir du soutien.
Le manque de soutien peut renforcer la dépression.
Un conflit conjugal peut augmenter la détresse.
La détresse peut rendre la communication plus difficile.
La communication détériorée intensifie le conflit.
La TIP cherche à intervenir dans ces cercles en travaillant sur les relations, les rôles sociaux, les transitions et les pertes qui occupent actuellement une place importante dans la vie de la personne.
Une psychothérapie centrée sur le présent
La TIP s’intéresse principalement aux difficultés interpersonnelles actuelles.
Cela ne signifie pas que l’enfance ou l’histoire personnelle sont considérées comme inutiles.
L’histoire aide à comprendre la personne.
Mais la thérapie cherche surtout à identifier :
qu’est-ce qui se passe aujourd’hui dans sa vie relationnelle et sur quoi pouvons-nous agir ?
Une personne peut avoir appris certaines manières de fonctionner très tôt.
La TIP ne doit pas nécessairement reconstruire toute cette histoire pour commencer à travailler sur une relation actuelle.
Une thérapie structurée
La thérapie interpersonnelle est généralement relativement structurée et limitée dans le temps dans ses formes classiques.
Elle comporte souvent trois grandes phases :
une phase initiale ;
une phase de travail ;
une phase de terminaison.
Cette structure ne signifie pas que chaque séance serait programmée minute par minute.
Elle fournit plutôt une direction claire au traitement.
La phase initiale
Au début de la thérapie, le professionnel cherche à comprendre la difficulté qui amène la personne à consulter.
Il explore également son environnement relationnel.
Qui compte actuellement dans sa vie ?
Avec qui vit-elle ?
Qui peut lui apporter du soutien ?
Quelles relations sont conflictuelles ?
Y a-t-il eu récemment une perte ?
Une séparation ?
Un changement professionnel ?
Une naissance ?
Un départ des enfants ?
Une maladie ?
Une retraite ?
La question n’est pas seulement :
« Quels symptômes présentez-vous ? »
Mais également :
« Dans quel monde relationnel ces difficultés se produisent-elles ? »
L’inventaire interpersonnel
La TIP utilise traditionnellement un inventaire interpersonnel.
Il s’agit d’examiner les relations importantes de la personne.
Famille.
Couple.
Amis.
Collègues.
Autres personnes significatives.
Le thérapeute peut chercher à comprendre la nature de ces relations, leur proximité, leurs tensions, les attentes de chacun et les changements récents.
Cet inventaire ne consiste pas à attribuer une note aux proches.
Il permet de construire une carte du contexte relationnel.
Toutes les relations ne jouent pas le même rôle
Une personne peut avoir beaucoup de connaissances et se sentir profondément seule.
Une autre possède seulement deux relations proches mais se sent suffisamment entourée.
Le nombre de contacts ne suffit donc pas.
Le thérapeute cherche notamment à comprendre :
qui est disponible ;
pour quoi ;
dans quelles limites ;
et comment la personne utilise ou n’utilise pas ce réseau.
Le soutien réel et le soutien imaginé
Une personne peut penser :
« Personne ne m’aiderait. »
Le thérapeute peut demander :
« À qui avez-vous demandé ? »
Parfois, personne.
La croyance est alors une hypothèse qui mérite d’être vérifiée.
Mais il arrive également que la personne ait demandé et n’ait réellement reçu aucun soutien.
La thérapie ne doit pas transformer toute solitude en erreur cognitive.
Certaines personnes sont effectivement insuffisamment soutenues.
Les domaines problématiques classiques
La TIP classique organise généralement le travail autour de plusieurs grands domaines interpersonnels.
Historiquement, on retrouve notamment :
le deuil ;
les conflits ou différends interpersonnels ;
les transitions de rôle ;
les déficits ou difficultés interpersonnelles.
Les formulations ont évolué selon les adaptations et les populations.
L’objectif est de choisir un axe principal suffisamment précis pour orienter le traitement.
Le deuil
La perte d’une personne importante bouleverse à la fois la vie émotionnelle et le monde relationnel.
La personne n’a pas seulement perdu quelqu’un.
Elle peut avoir perdu :
un compagnon quotidien ;
un confident ;
une organisation familiale ;
une identité ;
des projets ;
une manière de vivre.
La TIP peut travailler le deuil en aidant à reconnaître ce qui a été perdu et à reconstruire progressivement une vie relationnelle dans laquelle l’absence existe désormais.
Le deuil n’est pas un problème à effacer
Une psychothérapie n’a pas pour objectif de supprimer l’attachement au défunt.
Elle ne doit pas non plus imposer une vitesse de deuil.
La personne peut continuer à aimer quelqu’un qui n’est plus là.
Le travail consiste davantage à permettre à la vie de continuer sans exiger que le lien affectif soit détruit.
Quand la relation perdue structurait toute la vie
Une personne perd son conjoint après quarante ans de vie commune.
La difficulté n’est pas uniquement la tristesse.
Qui appeler lorsqu’une décision doit être prise ?
Avec qui manger ?
Que faire le dimanche ?
Comment se définir socialement ?
Comment rencontrer d’autres personnes sans avoir l’impression de remplacer le défunt ?
Le travail interpersonnel examine aussi ces dimensions très concrètes.
Les conflits interpersonnels
Un autre domaine central concerne les désaccords relationnels persistants.
Couple.
Famille.
Travail.
Amitié.
Les personnes peuvent avoir des attentes différentes sans parvenir à les négocier.
L’un attend davantage de proximité.
L’autre davantage d’autonomie.
L’un pense qu’un parent âgé doit être pris en charge par toute la fratrie.
Les autres ne partagent pas cette conception.
Le conflit peut alors devenir chronique.
Les attentes
La TIP s’intéresse notamment à ce que chacun attend de la relation.
Certaines attentes sont explicites.
D’autres jamais formulées.
« S’il m’aimait, il devrait comprendre sans que j’aie besoin de demander. »
Mais l’autre personne ne sait parfois même pas qu’une demande existe.
Clarifier les attentes peut révéler que le conflit porte moins sur une absence d’affection que sur deux conceptions différentes de la relation.
Trois situations possibles dans un conflit
Un conflit peut se trouver à différents stades.
Les personnes négocient encore activement.
Ou le conflit est devenu répétitif et semble bloqué.
Ou la relation est pratiquement terminée mais l’une des personnes continue à attendre un changement qui ne vient plus.
Le travail ne sera pas identique dans ces trois situations.
Parfois, il faut améliorer la négociation.
Parfois, accepter qu’une attente ne sera probablement pas satisfaite.
Résoudre n’est pas toujours réconcilier
Une thérapie interpersonnelle ne doit pas partir du principe que toute relation doit être sauvée.
Certains conflits peuvent être négociés.
D’autres conduisent à une séparation.
Une résolution peut signifier :
modifier la relation ;
réduire les attentes ;
poser une limite ;
prendre de la distance ;
ou mettre fin au lien.
La réussite thérapeutique ne se mesure pas au nombre de relations conservées.
La violence n’est pas un simple différend
Cette distinction est essentielle.
Une situation de violence, de menace ou de contrôle coercitif ne doit pas être présentée comme :
« Vous avez tous les deux des attentes différentes et devez mieux communiquer. »
Une relation asymétrique dans laquelle une personne impose sa volonté par la peur nécessite une analyse différente.
La sécurité prime sur la négociation relationnelle.
Les transitions de rôle
Notre vie est traversée par des changements.
Devenir parent.
Changer de travail.
Perdre son emploi.
Partir à la retraite.
Déménager.
Se marier.
Divorcer.
Être diagnostiqué avec une maladie.
Devenir aidant.
Voir les enfants quitter la maison.
Ces changements modifient notre place dans le monde.
La TIP appelle beaucoup de ces situations des transitions de rôle.
Même un changement désiré peut être difficile
Une promotion peut être souhaitée et provoquer de l’anxiété.
Une naissance peut être heureuse et bouleverser profondément l’identité, le couple, le sommeil et la liberté.
La retraite peut être attendue depuis des années puis produire un sentiment de vide.
Une transition n’est pas difficile uniquement lorsqu’elle est imposée.
Gagner quelque chose peut aussi signifier perdre autre chose.
L’ancien rôle et le nouveau
Le thérapeute peut explorer :
qu’est-ce qui a été perdu avec l’ancien rôle ?
Qu’est-ce qui est difficile dans le nouveau ?
Quelles compétences restent disponibles ?
Quelles nouvelles relations deviennent nécessaires ?
Une personne devenue retraitée peut avoir perdu beaucoup plus qu’un salaire.
Une structure quotidienne.
Un statut.
Des collègues.
Une utilité ressentie.
Une identité professionnelle.
Nommer ces pertes aide à comprendre pourquoi « enfin ne plus travailler » ne produit pas automatiquement le bonheur attendu.
La maladie comme transition de rôle
Une maladie peut modifier la manière dont une personne se perçoit et la manière dont les autres se comportent avec elle.
Elle peut passer de :
« Je suis celle qui aide tout le monde »
à :
« J’ai besoin d’aide. »
Cette transition peut être extrêmement difficile.
Le travail thérapeutique peut porter sur la manière de demander, recevoir, négocier et conserver autant que possible une identité qui ne se réduit pas à la maladie.
Devenir aidant
Le changement peut concerner non pas sa propre maladie mais celle d’un proche.
Un conjoint devient aidant.
Un enfant adulte s’occupe de son parent.
Les rôles familiaux changent.
Une relation auparavant réciproque peut devenir fortement asymétrique.
La personne peut aimer profondément son proche et ressentir simultanément épuisement, colère ou désir d’avoir du temps pour elle.
Ces émotions ne s’annulent pas.
Les difficultés interpersonnelles
Certaines personnes consultent sans qu’un conflit précis ou une transition récente explique l’ensemble de leurs difficultés.
Elles peuvent avoir depuis longtemps du mal à créer ou maintenir des relations satisfaisantes.
Peu de relations proches.
Isolement.
Ruptures répétées.
Difficulté à faire confiance.
Relations extrêmement instables.
Le travail peut alors porter davantage sur les patterns relationnels qui se répètent.
Le terme « déficit » demande de la prudence
Le vocabulaire historique de la TIP parle parfois de déficits interpersonnels.
Le terme peut donner l’impression que la personne serait défectueuse socialement.
Une formulation plus actuelle peut être préférable : difficultés interpersonnelles, isolement ou pauvreté du réseau relationnel.
La question thérapeutique reste :
qu’est-ce qui empêche actuellement la personne de construire les relations dont elle aurait besoin ?
La solitude
La solitude ne correspond pas nécessairement à l’absence physique de personnes.
Une personne peut être entourée et ne se sentir proche de personne.
Le thérapeute peut explorer :
quelles relations existent ;
quelles relations manquent ;
ce que la personne souhaite réellement ;
ce qu’elle redoute ;
et ce qui se produit lorsqu’une possibilité de rapprochement apparaît.
La thérapie ne doit pas imposer la sociabilité
Toutes les personnes n’ont pas besoin d’un grand réseau.
Une personne introvertie peut être parfaitement satisfaite de quelques relations choisies.
L’objectif n’est pas de fabriquer un individu extrêmement sociable.
Le critère est plutôt l’écart entre les relations que la personne possède et celles dont elle aurait besoin ou qu’elle souhaite réellement.
Communication et TIP
La communication occupe naturellement une place importante.
Mais la TIP ne se réduit pas à enseigner quelques phrases.
Le thérapeute peut examiner une conversation concrète.
Qui a dit quoi ?
Qu’attendiez-vous ?
Qu’avez-vous répondu ?
Qu’avez-vous voulu dire ?
Qu’a probablement compris l’autre ?
Que n’avez-vous pas dit ?
Cette analyse permet parfois de voir exactement où la communication s’est détériorée.
L’analyse de communication
Une personne raconte :
« J’ai demandé à mon mari de m’aider et il m’a ignorée. »
Le thérapeute peut demander :
« Qu’avez-vous dit exactement ? »
Elle répond :
« Je lui ai dit : “Ce serait bien si quelqu’un pensait parfois à faire quelque chose dans cette maison.” »
La phrase exprime une frustration réelle.
Mais la demande concrète reste implicite.
Le travail peut consister à transformer l’attente en communication plus claire.
Dire clairement ce que l’on demande
Une demande pourrait devenir :
« J’ai besoin que tu t’occupes des courses le jeudi. Est-ce que tu peux le faire ? »
L’autre peut accepter.
Refuser.
Négocier.
Mais la relation dispose au moins d’un objet précis.
La communication directe ne garantit pas que nous obtiendrons ce que nous voulons.
Elle permet de savoir davantage à quoi nous avons affaire.
Communication directe ne signifie pas brutalité
Dire clairement quelque chose ne signifie pas :
« Je dis tout ce que je pense sans filtre. »
Une communication efficace tient compte :
de l’objectif ;
du moment ;
de la relation ;
du ton ;
des limites de l’autre.
La franchise peut être respectueuse.
La violence verbale n’est pas une forme supérieure d’authenticité.
Les jeux de rôle
Le thérapeute peut proposer de répéter une conversation.
Il joue le rôle de l’autre personne.
Le patient essaie de formuler sa demande.
Puis ils analysent ce qui se passe.
Ce type de répétition permet de préparer une interaction réelle.
Il peut également révéler une difficulté :
la personne commence avec une demande puis s’excuse tellement qu’elle finit par la retirer elle-même.
Inverser les rôles
Le patient peut parfois jouer l’autre personne.
Cette expérience peut aider à imaginer comment le message pourrait être reçu.
Mais elle ne permet pas de connaître objectivement ce que l’autre pense.
Le jeu de rôle explore des hypothèses.
Il ne donne pas accès à l’esprit d’une personne absente.
Les émotions et les relations
La TIP travaille également les émotions.
Une émotion peut renseigner sur ce qui se passe dans une relation.
Colère.
Tristesse.
Peur.
Honte.
Jalousie.
Mais l’objectif n’est pas seulement de ressentir davantage.
Il est souvent de relier l’émotion à la situation interpersonnelle et de déterminer ce qu’elle peut aider à comprendre ou à faire.
La colère
Une colère peut signaler qu’une limite a été franchie.
Ou qu’une attente n’a pas été satisfaite.
Le thérapeute peut demander :
« Qu’auriez-vous voulu obtenir de cette personne ? »
La question transforme parfois une colère diffuse en demande identifiable.
Mais toutes les attentes ne pourront pas être satisfaites.
Le travail peut alors porter sur ce constat.
La tristesse
La tristesse peut apparaître lorsqu’une relation ou un rôle a été perdu.
Elle peut également accompagner la reconnaissance qu’une relation ne deviendra probablement jamais ce que la personne espérait.
Cette reconnaissance peut être douloureuse.
Mais elle peut libérer de longues années d’attente.
Le réseau social
La TIP peut chercher à renforcer ou réorganiser le réseau relationnel.
Cela ne signifie pas simplement :
« Sortez davantage. »
La question est beaucoup plus précise.
De quel type de soutien la personne a-t-elle besoin ?
Émotionnel ?
Pratique ?
Social ?
Qui pourrait éventuellement le fournir ?
Une seule personne n’a pas toujours à remplir toutes les fonctions.
Une relation ne peut pas tout fournir
Un partenaire peut être important sans pouvoir être simultanément :
conjoint ;
meilleur ami ;
seul confident ;
partenaire de toutes les activités ;
unique soutien pratique ;
unique source de reconnaissance.
Une diversification relationnelle peut parfois réduire la pression exercée sur une relation.
Cela ne signifie pas diminuer son importance.
Demander de l’aide
Certaines personnes possèdent un réseau mais ne l’utilisent jamais.
Elles ont appris :
« Je dois me débrouiller seule. »
La thérapie peut travailler concrètement la demande d’aide.
À qui ?
Pour quoi ?
Comment ?
La personne peut découvrir que recevoir n’est pas nécessairement devenir dépendante.
Recevoir une réponse négative
Demander comporte un risque.
L’autre peut dire non.
La thérapie ne peut pas garantir une réponse favorable.
Elle peut aider à distinguer :
« Cette personne refuse cette demande »
de :
« Je ne mérite jamais d’être aidé. »
Une relation possède des limites sans que celles-ci définissent toute la valeur de la personne.
La dépression
La TIP a été initialement développée pour la dépression et dispose d’un important historique de recherche dans ce domaine.
Une personne dépressive peut :
se retirer ;
communiquer moins ;
abandonner certaines activités ;
se sentir indigne de soutien ;
devenir plus irritable ;
interpréter certaines interactions plus négativement.
Ces changements peuvent à leur tour fragiliser ses relations.
Le travail interpersonnel cherche à intervenir dans ce cercle.
La dépression n’est pas réduite aux relations
Dire que la TIP travaille sur les relations ne signifie pas :
« Vous êtes déprimé parce que vos relations sont mauvaises. »
La dépression est un phénomène complexe.
La TIP choisit simplement un levier thérapeutique particulier : le fonctionnement interpersonnel et le contexte social actuel.
Un modèle de traitement n’est pas obligé d’expliquer la totalité d’un trouble pour pouvoir agir sur une partie pertinente.
Le « rôle de malade »
Dans ses formulations historiques, la TIP a parfois utilisé le concept de sick role, ou rôle de malade.
L’idée était notamment de reconnaître qu’une personne dépressive ne devait pas être considérée comme moralement responsable de ses symptômes tout en restant active dans le traitement.
Ce vocabulaire doit aujourd’hui être utilisé avec nuance.
Il ne s’agit pas de construire une identité permanente de malade.
La personne traverse une difficulté qui mérite d’être reconnue sans être transformée en faute morale.
Déculpabiliser sans déresponsabiliser
« Vous n’avez pas choisi d’être déprimé »
et :
« Vous pouvez participer activement à votre traitement »
peuvent être vrais simultanément.
La TIP cherche à éviter deux extrêmes :
culpabiliser la personne ;
ou la considérer comme totalement passive.
La souffrance n’est pas une faute.
Le changement demande néanmoins souvent une participation.
La TIP et le trouble bipolaire
Des adaptations de l’approche interpersonnelle ont été développées pour différentes situations.
Une approche connue, la thérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux, s’intéresse notamment aux relations entre rythmes quotidiens, événements interpersonnels et trouble bipolaire.
Elle constitue une adaptation spécifique et ne doit pas être confondue avec la TIP classique.
Cet exemple montre comment un modèle peut évoluer pour répondre à des problématiques particulières.
La TIP chez l’adolescent
Des adaptations ont également été développées pour les adolescents.
À cet âge, les relations avec :
parents ;
pairs ;
amis ;
partenaires amoureux ;
école ;
occupent une place considérable.
Les transitions développementales sont également nombreuses.
Le travail doit naturellement être adapté à l’âge et au contexte familial.
La TIP autour de la grossesse et de la naissance
Les périodes périnatales peuvent comporter d’importantes transitions de rôle.
Devenir parent.
Modification du couple.
Rapport avec les familles.
Isolement.
Nouvelles responsabilités.
Changements professionnels.
Certaines adaptations de la TIP ont été étudiées dans ce contexte, notamment pour la dépression périnatale.
L’intérêt du modèle apparaît clairement : la période comporte précisément d’importants changements relationnels et identitaires.
La TIP chez la personne âgée
Vieillir peut également s’accompagner de nombreuses transitions.
Retraite.
Décès de proches.
Modification de l’autonomie.
Changement de domicile.
Évolution des relations familiales.
La perspective interpersonnelle peut aider à travailler non seulement la perte mais aussi la reconstruction de rôles et de liens adaptés à la nouvelle situation.
La TIP n’est pas une thérapie de couple
La confusion est possible puisque la TIP parle beaucoup de relations.
Mais elle reste généralement centrée sur la personne qui consulte.
Un conflit avec le conjoint peut constituer l’axe du travail sans que le conjoint participe aux séances.
Une thérapie de couple travaille directement avec la relation et les deux partenaires.
Les cadres sont différents.
Elle n’est pas non plus une thérapie familiale
De même, parler de relations familiales ne transforme pas automatiquement le traitement en thérapie familiale.
La TIP peut travailler la manière dont la personne vit et gère ses relations avec sa famille.
La thérapie systémique familiale, elle, peut intervenir directement auprès de plusieurs membres et travailler le système relationnel dans un autre cadre.
TIP et thérapie psychodynamique
La TIP possède certaines racines historiques liées aux conceptions interpersonnelles et psychodynamiques.
Mais elle est devenue une approche structurée avec ses propres procédures.
Elle travaille généralement moins longuement l’interprétation des conflits inconscients et davantage les problèmes interpersonnels actuels.
Les deux approches ne sont donc pas interchangeables.
TIP et TCC
La TIP et les TCC peuvent toutes deux être structurées et orientées vers des problèmes actuels.
Mais leurs focales diffèrent.
Une TCC peut travailler principalement :
pensées ;
comportements ;
apprentissages ;
exposition ;
compétences.
La TIP organise davantage le traitement autour des relations, rôles, pertes et transitions.
Dans la pratique, certains outils peuvent néanmoins se ressembler.
Une focalisation nécessaire
L’un des principes importants de la TIP est de ne pas essayer de travailler simultanément toutes les difficultés relationnelles de la personne.
Une vie humaine contient trop de relations et trop de problèmes.
Le thérapeute cherche généralement un focus interpersonnel principal.
Cette focalisation permet d’aller suffisamment loin sur un problème au lieu de parcourir superficiellement toute la biographie.
Choisir ne signifie pas nier le reste
Une personne peut avoir :
un conflit conjugal ;
une mère malade ;
des difficultés au travail ;
peu d’amis ;
un déménagement récent.
La thérapie peut décider de travailler principalement la transition liée au rôle d’aidant.
Les autres difficultés ne cessent pas d’exister.
Elles restent dans le contexte.
Mais un axe principal organise le traitement.
La phase intermédiaire
Une fois le focus choisi, les séances travaillent concrètement les situations qui s’y rapportent.
Le thérapeute peut explorer :
les événements récents ;
les conversations ;
les émotions ;
les attentes ;
les réactions ;
les tentatives déjà réalisées ;
les personnes disponibles ;
les options possibles.
Le traitement reste ainsi relié à la vie entre les séances.
Ce qui s’est passé depuis la dernière séance
Une séance peut commencer par l’examen d’un événement interpersonnel récent.
« Vous vouliez parler à votre sœur. Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Le thérapeute ne demande pas simplement :
« Comment vous sentez-vous ? »
Il cherche à relier l’état émotionnel à ce qui s’est réellement produit dans la vie relationnelle.
Cette précision donne à la thérapie un caractère très concret.
Tester dans la vie réelle
Une nouvelle manière de communiquer peut être préparée en séance.
Puis essayée.
La séance suivante examine ce qui s’est passé.
L’autre personne a peut-être réagi différemment.
Ou exactement comme auparavant.
Dans les deux cas, la thérapie obtient de nouvelles informations.
Le monde extérieur devient une partie du processus thérapeutique.
Quand l’autre ne change pas
C’est une limite importante.
Une personne peut améliorer parfaitement sa communication et rencontrer quelqu’un qui refuse toute négociation.
La thérapie ne doit pas lui faire croire :
« Si vous trouvez les bons mots, l’autre finira forcément par changer. »
Parfois, le travail consiste précisément à reconnaître la limite de son influence.
Nous pouvons modifier notre manière de participer à une relation.
Nous ne contrôlons pas l’autre personne.
La fin de la TIP
La terminaison est généralement préparée.
Le thérapeute et le patient reviennent sur :
le problème initial ;
les changements ;
les compétences développées ;
les relations modifiées ;
les difficultés encore présentes ;
les risques futurs.
La fin peut elle-même susciter des émotions interpersonnelles.
Après tout, une relation thérapeutique se termine.
La manière dont la personne vit cette séparation peut être reconnue et travaillée.
Prévenir les rechutes
La personne peut identifier les situations susceptibles de fragiliser à nouveau son équilibre.
Isolement.
Conflit prolongé.
Nouvelle transition.
Perte.
Difficulté à demander du soutien.
L’objectif n’est pas de vivre dans la surveillance permanente.
Il est de reconnaître plus rapidement certaines situations et de savoir quelles ressources mobiliser.
La thérapie n’est pas le seul réseau
Une TIP réussie ne devrait pas aboutir à ce que le thérapeute devienne l’unique relation dans laquelle la personne se sent comprise.
Au contraire, le travail cherche autant que possible à renforcer la capacité à vivre dans le monde relationnel extérieur.
Le cabinet n’est pas destiné à remplacer durablement la vie sociale.
Les données scientifiques
La thérapie interpersonnelle fait partie des psychothérapies ayant fait l’objet d’un corpus important de recherches, particulièrement dans le domaine de la dépression.
Elle a ensuite été adaptée et étudiée pour différentes populations et problématiques.
Cela ne signifie pas qu’elle serait la meilleure thérapie pour chaque personne ou chaque difficulté.
Son niveau de preuve varie selon les indications et les adaptations considérées.
Une méthode relativement facile à expliquer
L’un des avantages de la TIP est que son principe peut être compris sans adopter une théorie psychologique très complexe.
« Quelque chose va mal dans votre vie psychologique. Regardons aussi ce qui se passe actuellement dans vos relations et dans les rôles que vous occupez. Choisissons un problème important et travaillons concrètement dessus. »
Cette simplicité apparente ne signifie pas que le travail soit simple.
Les relations humaines ne le sont jamais complètement.
Les limites d’une lecture interpersonnelle
Toutes les souffrances ne se réduisent pas aux relations.
Une personne peut posséder un excellent réseau social et rester profondément en difficulté.
Certaines problématiques nécessitent d’autres interventions.
La TIP ne doit pas transformer chaque symptôme en conséquence d’un conflit relationnel.
Elle choisit volontairement un angle de travail.
Elle n’a pas besoin de prétendre que cet angle explique tout.
Le contexte social réel
Une difficulté interpersonnelle n’est pas toujours produite par une mauvaise communication.
Une personne peut subir :
précarité ;
discrimination ;
isolement géographique ;
conditions professionnelles difficiles ;
charge familiale disproportionnée.
La psychothérapie peut aider à agir là où une marge de manœuvre existe.
Mais elle ne doit pas transformer un problème social réel en défaut individuel de compétences relationnelles.
Relation et autonomie
Travailler les relations ne signifie pas apprendre à dépendre davantage des autres.
L’autonomie humaine n’est pas l’absence de liens.
Une personne autonome peut demander de l’aide.
Recevoir.
Négocier.
Dire non.
Quitter une relation.
Rester dans une relation.
Choisir à qui elle fait confiance.
L’autonomie relationnelle consiste précisément à pouvoir participer aux liens sans y disparaître.
Nous ne guérissons pas toujours seuls
Certaines difficultés se construisent ou s’aggravent dans les relations.
Il est donc logique que certaines transformations passent également par les relations.
Une personne peut comprendre parfaitement son problème seule dans sa chambre.
Mais il lui faudra peut-être demander quelque chose à quelqu’un.
Supporter une réponse.
Reconstruire un réseau.
Faire un deuil.
Accepter un nouveau rôle.
Ou mettre fin à une relation qui ne peut plus continuer.
La psychothérapie interpersonnelle relie ainsi le travail psychologique à la vie sociale réelle.
À retenir
La thérapie interpersonnelle est une psychothérapie structurée, initialement développée notamment par Gerald Klerman et Myrna Weissman dans le traitement de la dépression.
Elle se concentre principalement sur le lien entre l’état psychologique de la personne et son contexte relationnel actuel.
Ses grands domaines classiques de travail comprennent notamment :
le deuil ;
les conflits interpersonnels ;
les transitions de rôle ;
et les difficultés interpersonnelles ou l’isolement.
La TIP utilise notamment l’inventaire interpersonnel, l’analyse détaillée de certaines communications, la clarification des attentes, les jeux de rôle et l’expérimentation de nouvelles manières d’interagir.
Elle ne considère pas que toutes les difficultés psychologiques sont provoquées par les relations et ne suppose pas que tout conflit puisse être résolu par une meilleure communication.
Certaines relations doivent être négociées.
D’autres transformées.
Certaines quittées.
Et lorsqu’il existe violence ou coercition, la situation ne doit pas être artificiellement présentée comme un simple désaccord entre deux partenaires équivalents.
La thérapie cherche finalement à renforcer la capacité de la personne à vivre dans son environnement relationnel réel plutôt qu’à faire du thérapeute son principal soutien permanent.
Nous ne contrôlons ni les réactions des autres ni toutes les pertes et transitions que la vie nous impose. Mais nous pouvons souvent travailler sur la manière dont nous demandons, répondons, négocions, construisons nos liens, traversons leurs transformations et décidons parfois de leur fin. C’est dans cet espace entre ce que les autres font et ce que nous pouvons encore faire que la thérapie interpersonnelle situe une grande partie du changement.
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