LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
IMAGE DE SOI
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L’image de soi est la représentation que nous construisons de notre propre personne. Elle comprend ce que nous pensons être, les qualités et les défauts que nous nous attribuons, les rôles dans lesquels nous nous reconnaissons, nos capacités supposées, notre manière d’imaginer le regard des autres et les histoires que nous racontons sur nous-mêmes.
Elle ne doit pas être confondue avec l’estime de soi. L’estime de soi concerne davantage la valeur que nous nous accordons ; l’image de soi répond plutôt à la question : « Qui est-ce que je pense être ? » On peut ainsi posséder une représentation assez précise de soi tout en se jugeant sévèrement, ou au contraire avoir une bonne estime de soi tout en découvrant progressivement certaines dimensions de sa personnalité.
L’image de soi n’est ni une photographie objective ni une pure invention. Elle se construit à partir d’éléments réels, mais ceux-ci sont sélectionnés, interprétés et organisés dans une histoire personnelle qui peut évoluer.
Nous nous découvrons d’abord dans le regard des autres
Avant de pouvoir construire une représentation complexe de lui-même, l’enfant reçoit continuellement des informations sur ce qu’il est. On lui dit qu’il est calme, difficile, drôle, intelligent, maladroit, courageux, timide, paresseux ou responsable. Certaines de ces descriptions correspondent à des comportements observés ; d’autres reflètent davantage les attentes et les interprétations des adultes.
À force d’être répétée, une description peut devenir une identité. L’enfant qui entend constamment qu’il est timide peut finir par anticiper lui-même qu’il ne saura pas parler aux autres. Celui qui est présenté comme « le raisonnable de la famille » peut apprendre à dissimuler ses propres difficultés parce que son rôle consiste précisément à ne pas en créer.
Cela ne signifie pas que les paroles de l’enfance déterminent définitivement l’adulte. Elles fournissent plutôt certains des premiers matériaux à partir desquels la représentation de soi est construite.
Les étiquettes peuvent devenir des scénarios
Une étiquette simplifie une personne complexe en une caractéristique facilement reconnaissable. Elle peut être positive et néanmoins devenir contraignante.
Être « l’intelligent » peut rendre l’échec difficile à supporter. Être « la gentille » peut compliquer l’apprentissage du refus. Être « le fort » peut rendre presque honteuse la demande d’aide. Être « le drôle » peut créer l’impression qu’il faut continuer à amuser les autres même lorsque l’on va mal.
Les étiquettes négatives sont évidemment susceptibles de peser davantage : « je suis nul en maths », « je ne termine jamais rien », « je suis incapable de vivre en couple ». Une expérience particulière devient alors une affirmation générale, puis cette affirmation influence les comportements futurs.
Le problème n’est pas de posséder des caractéristiques relativement stables. Il apparaît lorsque la description devient une prison : « puisque je suis comme ça, je ne peux pas agir autrement. »
Ce que nous faisons et ce que nous sommes
L’image de soi devient particulièrement rigide lorsque nous transformons chaque comportement en définition de notre personne.
Échouer à un examen peut devenir « je suis stupide ». Abandonner un projet devient « je suis incapable de persévérer ». Avoir peur dans une situation devient « je suis lâche ».
Cette généralisation efface le contexte et toutes les expériences contradictoires. Une personne peut avoir abandonné trois projets et en avoir mené dix autres jusqu’au bout ; pourtant, si son image d’elle-même est organisée autour de l’idée qu’elle ne termine rien, les dix réussites risquent d’être considérées comme des exceptions.
Apprendre à distinguer l’acte de l’identité ne signifie pas refuser toute responsabilité. Cela permet simplement de produire des descriptions plus exactes : « j’ai abandonné ce projet » fournit davantage d’informations utiles que « je suis quelqu’un qui abandonne toujours ».
Une image de soi peut être en retard sur la réalité
Nous changeons parfois plus rapidement que l’image que nous conservons de nous-mêmes.
Une personne longtemps timide peut avoir développé de solides compétences sociales tout en continuant à se présenter comme « extrêmement timide ». Quelqu’un qui a connu une longue période de difficultés financières peut continuer à penser et agir comme si toute dépense menaçait immédiatement sa sécurité, même lorsque sa situation a changé.
L’image de soi possède donc une certaine inertie. Nous continuons parfois à nous définir à partir d’une version ancienne de nous-mêmes.
Cette persistance est particulièrement visible lorsque les autres continuent eux aussi à nous attribuer notre ancien rôle. Revenir dans sa famille après plusieurs années peut donner l’étrange impression de redevenir momentanément celui ou celle que l’on était autrefois.
Les réussites que nous intégrons… et celles que nous annulons
Une expérience réussie devrait théoriquement modifier la représentation que nous avons de nos capacités. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas.
Lorsque la réussite contredit fortement notre image de nous-mêmes, nous pouvons l’expliquer par la chance, la facilité de la tâche, l’aide reçue ou la faiblesse des autres. En revanche, un échec compatible avec notre croyance est immédiatement considéré comme une confirmation.
Une personne persuadée qu’elle n’est pas intelligente peut réussir brillamment et conclure que « cette fois, c’était facile ». Si elle échoue ensuite une fois, elle pense : « je le savais ».
Le problème n’est donc pas seulement de vivre des expériences nouvelles. Encore faut-il leur permettre de modifier l’histoire que nous racontons sur nous-mêmes.
Le regard des autres n’est pas un miroir parfait
Nous avons besoin des autres pour nous connaître. Ils peuvent observer certains comportements que nous ne remarquons pas et nous offrir un point de vue précieux.
Mais leur jugement n’est jamais parfaitement objectif. Chacun nous perçoit depuis sa propre histoire, ses attentes, ses besoins et la relation qu’il entretient avec nous.
La même personne peut être décrite comme déterminée par l’un et obstinée par l’autre, prudente ou peureuse, généreuse ou incapable de dire non, indépendante ou distante. Les faits observés peuvent être proches tandis que leur interprétation change.
Construire son image de soi suppose donc d’écouter le regard extérieur sans lui céder entièrement la définition de notre identité.
Lorsque l’entourage refuse ce que nous devenons
Les changements personnels ne sont pas toujours immédiatement acceptés par ceux qui nous connaissent.
Une personne autrefois très disponible commence à poser des limites. Son entourage peut lui dire qu’elle est devenue égoïste. Quelqu’un qui n’osait jamais donner son opinion commence à s’affirmer et on lui reproche d’avoir « changé ».
Parfois, le reproche est exact : nous pouvons réellement évoluer d’une manière problématique. Mais il arrive aussi que le changement dérange simplement un équilibre relationnel ancien.
L’image que les autres ont de nous peut donc entrer en conflit avec celle que nous sommes en train de construire. Grandir implique parfois d’accepter que certaines personnes continuent pendant un temps à parler à une ancienne version de nous.
Comparaison sociale et identité
Nous ne nous évaluons pas dans le vide. Une partie de notre représentation dépend des groupes auxquels nous appartenons.
Une personne peut se considérer excellente dans une activité jusqu’au jour où elle rejoint un groupe beaucoup plus expérimenté. Ses compétences objectives n’ont pas diminué, mais son point de comparaison a changé.
Le mécanisme fonctionne également dans l’autre sens. Changer d’environnement peut soudainement révéler une capacité qui semblait auparavant ordinaire parce que tout le monde autour de nous la possédait.
La comparaison peut donc fournir des informations, mais elle devient trompeuse lorsqu’elle transforme systématiquement la position relative en définition personnelle. Être moins compétent que quelqu’un dans un domaine ne signifie pas être incompétent.
Les réseaux sociaux et la présentation de soi
Les réseaux sociaux ont rendu particulièrement visible une dimension ancienne de la vie humaine : nous ne montrons jamais exactement la même chose de nous-mêmes à tout le monde.
Nous choisissons ce que nous racontons à un collègue, un ami proche ou un inconnu. Sur internet, cette sélection peut devenir beaucoup plus consciente : photographies, opinions, réussites, voyages, activités et moments heureux construisent une représentation publique.
Cette présentation n’est pas nécessairement fausse. Le problème apparaît lorsqu’une personne commence à confondre la partie qu’elle expose avec la totalité de ce qu’elle doit être.
Maintenir une identité publique peut alors devenir épuisant. Il faut continuer à correspondre au personnage que les autres connaissent, parfois longtemps après qu’il ne représente plus exactement la réalité intérieure.
Les rôles sociaux
Nous sommes simultanément plusieurs choses : parent, enfant de quelqu’un, conjoint, ami, professionnel, voisin, membre d’un groupe ou personne engagée dans certaines activités.
Ces rôles participent à l’image de soi sans l’épuiser.
La difficulté apparaît lorsqu’un rôle absorbe presque toute l’identité. Une personne qui se définit exclusivement par son métier peut être profondément désorientée lors d’un licenciement ou de la retraite. Un parent ayant organisé toute son existence autour de ses enfants peut éprouver un vide considérable lorsqu’ils deviennent autonomes.
La perte du rôle devient alors presque une perte de soi.
Diversifier son identité ne signifie pas diminuer l’importance de ce qui compte. Cela permet de ne pas faire reposer toute la représentation de soi sur une seule dimension susceptible de changer.
Le travail et l’image de soi
La profession possède une place particulière parce qu’elle combine compétences, reconnaissance sociale, revenu, statut et sentiment d’utilité.
La question « que faites-vous dans la vie ? » montre d’ailleurs combien nous utilisons facilement l’activité professionnelle comme raccourci pour présenter une personne.
Une réussite professionnelle peut renforcer certaines dimensions de l’image de soi, mais une difficulté professionnelle peut également être interprétée beaucoup trop largement. Perdre son emploi devient parfois « je ne sers plus à rien », alors que seule une situation professionnelle a changé.
Le chômage, l’épuisement professionnel et la retraite peuvent ainsi provoquer des remaniements identitaires qui dépassent largement la question économique.
Relations amoureuses et image de soi
Le couple peut modifier profondément la manière dont une personne se perçoit. Être aimé, désiré et reconnu peut renforcer certaines dimensions positives de l’image de soi.
Mais une relation peut également devenir le principal miroir disponible. Si le partenaire critique continuellement l’apparence, les capacités ou la personnalité, la personne peut progressivement intégrer ces jugements.
Après une rupture, elle ne perd alors pas seulement la relation : elle peut devoir reconstruire une représentation d’elle-même qui avait été organisée pendant des années autour du regard du partenaire.
À l’inverse, une relation saine ne consiste pas à fournir continuellement une image positive de l’autre. Elle permet aussi d’exprimer des désaccords sans transformer ceux-ci en définition globale de sa personne.
Le corps fait partie de l’image de soi sans la résumer
Notre apparence contribue à notre représentation personnelle, mais l’image corporelle constitue seulement une partie de l’image de soi.
Une personne peut se considérer comme intelligente, affectueuse, curieuse, compétente professionnellement et insatisfaite de son apparence. Une autre peut être très satisfaite de son corps tout en ayant une représentation très négative de ses capacités.
Cette distinction explique pourquoi le chapitre précédent consacré à l’image corporelle ne peut pas remplacer celui-ci. Le corps répond à la question de la manière dont nous nous représentons physiquement ; l’image de soi englobe beaucoup plus largement la personne que nous pensons être.
Les contradictions font partie de nous
Nous aimons les définitions simples, mais les êtres humains sont souvent contradictoires.
Une personne peut être courageuse dans son travail et très anxieuse dans sa vie affective. Elle peut être extrêmement patiente avec les enfants et rapidement irritée avec les adultes. Elle peut aimer la compagnie et avoir besoin de longues périodes de solitude.
Chercher absolument une étiquette unique produit donc une image de soi artificiellement pauvre.
Une représentation plus mature accepte davantage les formulations conditionnelles : « dans certaines situations, je fonctionne ainsi ; dans d’autres, autrement ». Cela n’est pas une incohérence. Le comportement humain dépend aussi du contexte, de la relation, de l’enjeu et de l’état dans lequel nous nous trouvons.
« Je suis comme ça »
Cette phrase peut exprimer une connaissance réaliste de soi. Elle peut aussi devenir un excellent moyen de ne plus rien examiner.
Quelqu’un peut dire qu’il est colérique, jaloux, désorganisé ou incapable de parler de ses émotions comme si une caractéristique actuelle constituait une loi biologique définitive.
Reconnaître ses tendances est utile. Les transformer en destin l’est beaucoup moins.
Une image de soi suffisamment souple peut intégrer deux informations simultanément : « j’ai tendance à fonctionner ainsi » et « je peux apprendre à fonctionner autrement dans certaines situations ».
Le changement ne demande pas nécessairement de devenir une autre personne. Il peut consister à agrandir progressivement le nombre de comportements dont nous sommes capables.
Les erreurs de connaissance de soi
Nous pouvons nous tromper sur nous-mêmes dans les deux directions. Certaines personnes sous-estiment continuellement leurs capacités ; d’autres les surestiment. Certaines se pensent extrêmement généreuses alors que leur entourage vit surtout leur aide comme une manière de contrôler. D’autres se considèrent égoïstes simplement parce qu’elles commencent à protéger leurs propres besoins.
La connaissance de soi demande donc davantage qu’une introspection. Elle se construit aussi en observant nos comportements réels, leurs conséquences et les réactions suffisamment fiables de plusieurs personnes.
Une critique isolée ne constitue pas une vérité. Mais lorsqu’un même retour apparaît dans des contextes différents et auprès de personnes indépendantes les unes des autres, il peut mériter d’être examiné.
La souplesse consiste à pouvoir remettre en question son image de soi sans accepter automatiquement toute définition venue de l’extérieur.
Quand une identité protège
Certaines identités personnelles servent de protection psychologique. Se définir comme celui qui n’a besoin de personne peut éviter de reconnaître la peur d’être abandonné. Se présenter comme quelqu’un qui « s’en fiche toujours » peut protéger contre la possibilité d’être blessé.
Ces identités ne sont pas nécessairement conscientes ou mensongères. Elles peuvent s’être construites progressivement parce qu’elles permettaient de fonctionner dans un environnement particulier.
La difficulté apparaît lorsqu’une protection ancienne continue à définir la personne dans un contexte où elle n’est plus nécessaire.
Comprendre pourquoi une image de soi s’est construite permet parfois de la modifier sans mépriser celui ou celle que nous avons dû être auparavant.
Les grandes ruptures identitaires
Certaines périodes de vie obligent à répondre de nouveau à la question « qui suis-je ? ». Une séparation, un deuil, une maladie, un handicap, une migration, une reconversion, la perte d’un emploi, le départ des enfants ou la retraite peuvent modifier plusieurs repères simultanément.
Cette désorientation n’indique pas nécessairement un trouble psychologique. Lorsque des éléments centraux de notre existence changent, il est logique que notre représentation personnelle demande du temps pour se réorganiser.
Nous pouvons même éprouver le sentiment étrange de ne plus nous reconnaître tout en n’ayant pas encore construit la version suivante de notre identité.
Ces périodes intermédiaires sont inconfortables précisément parce que l’ancienne définition ne convient plus et que la nouvelle n’est pas encore complètement formée.
Peut-on vraiment se connaître ?
Une connaissance absolument complète de soi paraît improbable. Nous évoluons, nous nous découvrons dans des situations nouvelles et certaines réactions ne deviennent visibles que lorsqu’un événement particulier nous confronte à elles.
Cela ne rend pas la connaissance de soi inutile. Cela invite simplement à la considérer comme une construction toujours révisable.
Dire « voilà comment je me connais aujourd’hui » laisse davantage de place à l’évolution que « voilà ce que je suis définitivement ».
Nous ne sommes pas obligés de résoudre une fois pour toutes la question de notre identité. Nous pouvons continuer à l’affiner au fil de l’expérience.
Construire une image de soi plus juste
Une image de soi équilibrée n’est pas une image uniquement positive. Se décrire comme merveilleux, compétent et généreux en toutes circonstances ne serait pas davantage réaliste que se considérer incapable de tout.
Il s’agit plutôt de construire une représentation suffisamment large pour accueillir les forces, les limites, les contradictions, les réussites, les erreurs et les possibilités de changement.
Cela suppose notamment de vérifier les généralisations : est-ce réellement « toujours » ? Est-ce vrai dans tous les contextes ? Existe-t-il des expériences qui contredisent cette définition ? Cette description vient-elle de mes observations actuelles ou d’une ancienne étiquette que je continue à porter ?
L’objectif n’est pas de fabriquer une meilleure publicité de soi-même. Il est de se rapprocher d’une représentation suffisamment fidèle pour pouvoir vivre et décider à partir d’elle.
Quand demander de l’aide ?
Un accompagnement peut être utile lorsque l’image de soi est extrêmement négative, rigide ou instable au point d’entraîner une souffrance importante. Il peut également être pertinent après une période qui bouleverse fortement l’identité, lorsque la personne ne parvient plus à retrouver des repères suffisamment stables.
Certaines difficultés psychologiques peuvent influencer profondément la perception de soi. Dans ces situations, il est important de comprendre l’ensemble du fonctionnement plutôt que de chercher uniquement à remplacer des pensées négatives par des affirmations positives.
Les différentes manières de travailler thérapeutiquement sur l’identité et la représentation de soi relèvent de la partie Psychothérapie.
À retenir
L’image de soi est l’histoire que nous construisons pour répondre à la question : « Qui suis-je ? » Cette histoire s’appuie sur notre expérience réelle, mais également sur les regards reçus, les étiquettes, les comparaisons, les rôles sociaux et l’interprétation que nous faisons de nos réussites et de nos échecs.
Elle peut donc être suffisamment fidèle pour nous orienter, mais elle peut aussi devenir trop ancienne, trop étroite ou profondément influencée par des jugements qui ne nous appartiennent plus.
Nous avons besoin d’une certaine continuité pour savoir qui nous sommes, mais également d’assez de souplesse pour reconnaître que nous changeons.
Se connaître ne consiste pas à s’enfermer dans une définition définitive. C’est savoir suffisamment qui nous sommes aujourd’hui pour avancer, tout en laissant de la place à celui ou celle que nous pouvons encore devenir.
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