LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
IFS — INTERNAL FAMILY SYSTEMS
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L’Internal Family Systems, généralement abrégé IFS, est un modèle psychothérapeutique développé à partir des années 1980 par le thérapeute familial américain Richard C. Schwartz.
Son nom peut prêter à confusion.
Il ne s’agit pas d’une thérapie familiale au sens classique, même si le modèle est né de l’expérience de Schwartz en thérapie familiale et systémique. Il ne s’agit pas non plus de considérer qu’une personne posséderait littéralement plusieurs personnalités indépendantes.
L’IFS part d’une idée différente : la vie psychique peut être comprise comme composée de différentes « parties » qui portent des émotions, des croyances, des besoins, des souvenirs et des stratégies parfois contradictoires.
Une partie veut avancer.
Une autre a peur.
Une partie souhaite faire confiance.
Une autre surveille chaque signe de danger.
Une partie veut se reposer.
Une autre affirme qu’il faut continuer à travailler.
Une partie veut quitter une relation.
Une autre redoute tellement la solitude qu’elle préfère rester.
Nous connaissons tous, sous une forme ou une autre, ce type de dialogue intérieur.
L’IFS propose de ne pas immédiatement chercher à supprimer l’une de ces positions, mais à comprendre ce qu’elle essaie de faire et pourquoi elle estime devoir le faire.
La multiplicité psychique
Dans le langage courant, nous disons facilement :
« Une partie de moi veut y aller, mais une autre préfère rester. »
« Je sais que ce n’est pas rationnel, mais quelque chose en moi panique. »
« J’ai envie de lui pardonner et, en même temps, une partie de moi refuse. »
L’IFS prend cette expérience de multiplicité au sérieux et en fait le centre de son modèle.
Cette multiplicité est considérée comme largement normale.
Elle n’implique pas automatiquement un trouble dissociatif ou une fragmentation pathologique de la personnalité.
Des parties, pas des personnes indépendantes
Le vocabulaire de l’IFS personnifie parfois fortement les différentes tendances internes.
On peut parler à une partie.
Lui demander son âge.
Explorer ce qu’elle craint.
Observer ce qu’elle essaie d’obtenir.
Ce langage constitue un cadre thérapeutique.
Il ne faut pas nécessairement le comprendre littéralement comme la preuve que plusieurs êtres distincts habiteraient psychologiquement la même personne.
Pour certains patients, cette personnification rend l’expérience intérieure beaucoup plus accessible.
Pour d’autres, elle peut sembler artificielle.
Le modèle doit rester au service de la personne, et non l’inverse.
Le système intérieur
Schwartz a transposé à la vie psychique certaines idées issues de la pensée systémique.
Dans une famille, chaque membre réagit aux autres.
Une modification chez l’un peut modifier l’équilibre de l’ensemble.
L’IFS applique une logique comparable aux différentes parties de la vie intérieure.
Une partie extrêmement critique peut tenter de contrôler une partie considérée comme impulsive.
Une partie perfectionniste peut chercher à empêcher une partie vulnérable d’être exposée au jugement.
Une partie qui évite les relations peut essayer de protéger une partie qui a profondément souffert d’un abandon.
Le comportement visible prend alors place dans un système de protection.
Une intention protectrice
L’une des idées les plus caractéristiques de l’IFS est que les parties problématiques sont souvent considérées comme ayant une intention protectrice.
Prenons une voix intérieure qui répète :
« Tu es nul. Tu dois travailler davantage. Ce n’est jamais assez. »
La première réaction peut être de vouloir éliminer cette voix.
Dans le modèle IFS, le thérapeute peut plutôt demander :
« Qu’est-ce que cette partie craint qu’il arrive si elle cesse de vous pousser ? »
La réponse peut être :
« J’ai peur qu’on se moque encore de moi. »
La critique intérieure peut alors être comprise comme une stratégie maladroite destinée à éviter une nouvelle humiliation.
Comprendre n’est pas approuver
Dire qu’une stratégie possède une intention protectrice ne signifie pas qu’elle soit bonne ou qu’elle doive continuer.
Une partie peut protéger en produisant des conséquences très coûteuses.
Éviter toutes les relations protège contre le rejet.
Mais empêche également l’intimité.
Travailler sans arrêt protège peut-être contre la peur d’être considéré comme inutile.
Mais peut conduire à l’épuisement.
Contrôler chaque détail peut diminuer temporairement l’incertitude.
Mais rendre la vie extrêmement rigide.
Le travail thérapeutique cherche à comprendre la fonction avant de chercher une autre manière de répondre.
Les exilés
Dans la terminologie IFS, certaines parties sont appelées exilés.
Elles sont généralement associées à des expériences douloureuses et à des émotions vulnérables.
Peur.
Honte.
Solitude.
Tristesse.
Sentiment d’abandon.
Impuissance.
Ces parties sont dites « exilées » parce que le système intérieur peut chercher à les maintenir à distance afin de ne pas ressentir leur souffrance.
Une vulnérabilité mise à l’écart
Une personne peut avoir appris très tôt :
« Si je montre que j’ai besoin de quelqu’un, je serai blessée. »
La vulnérabilité devient dangereuse.
D’autres stratégies apparaissent alors.
Ne dépendre de personne.
Tout contrôler.
Ne jamais demander.
Rester constamment occupé.
Se montrer dur.
Dans le vocabulaire IFS, ces stratégies peuvent protéger un exilé portant la peur d’être abandonné.
Les managers
Les managers, ou gestionnaires, constituent une autre catégorie classique du modèle.
Ils cherchent généralement à prévenir les difficultés avant qu’elles surviennent.
Ils anticipent.
Organisent.
Contrôlent.
Perfectionnent.
Évitent certains risques.
Surveillent l’image donnée aux autres.
Un manager peut dire :
« Prépare tout parfaitement et personne ne pourra te critiquer. »
Ou :
« Ne montre jamais que tu es perdu. »
Ou encore :
« Ne fais confiance à personne avant d’être absolument certain. »
Le contrôle comme prévention
Les managers fonctionnent souvent selon une logique préventive.
Ils veulent empêcher que quelque chose de douloureux se produise.
Ils peuvent être extrêmement efficaces.
Une personne perfectionniste peut réussir professionnellement grâce à une capacité d’organisation remarquable.
Mais cette même stratégie peut devenir épuisante si elle ne peut jamais s’arrêter.
L’IFS cherche donc à distinguer la capacité de la contrainte.
Être organisé est une ressource.
Être incapable de tolérer la moindre imperfection est autre chose.
Les pompiers
Une troisième catégorie est celle des firefighters, généralement traduits par pompiers.
Contrairement aux managers qui cherchent à prévenir l’apparition d’une douleur, les pompiers interviennent lorsque cette douleur est déjà présente ou menace de surgir.
Leur objectif est alors :
faire cesser l’expérience le plus rapidement possible.
Ils peuvent pousser vers :
consommation ;
nourriture ;
évitement ;
colère ;
activité compulsive ;
écrans ;
sexualité ;
isolement ;
comportements impulsifs ;
ou toute autre stratégie susceptible de détourner rapidement l’attention.
Éteindre l’incendie
Une personne se sent humiliée.
Une douleur ancienne s’active.
Elle boit.
Ou mange compulsivement.
Ou commence une dispute.
Ou passe cinq heures sur son téléphone.
Dans le modèle IFS, la question n’est pas uniquement :
« Pourquoi faites-vous quelque chose d’aussi mauvais pour vous ? »
Elle devient aussi :
« Qu’est-ce que cette stratégie essaie d’éteindre ? »
La réponse peut ouvrir une compréhension différente du comportement.
Un pompier peut créer un autre incendie
Une stratégie de soulagement immédiat peut provoquer de nouveaux problèmes.
L’alcool réduit temporairement une émotion puis entraîne d’autres conséquences.
La colère fait disparaître momentanément la vulnérabilité mais détruit une relation.
L’évitement réduit l’anxiété aujourd’hui et la renforce demain.
Le comportement possède donc une logique sans être nécessairement une solution efficace.
Comprendre cette logique permet de travailler autrement que par simple condamnation.
Managers et pompiers peuvent se combattre
Le système intérieur peut devenir particulièrement conflictuel.
Un manager dit :
« Contrôle-toi. »
Un pompier répond :
« Je n’en peux plus, je veux juste arrêter de penser. »
Après un comportement impulsif, le manager revient :
« Tu vois ? On ne peut vraiment pas te faire confiance. À partir de demain, contrôle total. »
Puis la pression augmente.
Le pompier revient encore plus fortement.
Ce cycle peut durer longtemps.
La guerre intérieure
Beaucoup de personnes arrivent en thérapie avec un projet :
« Je veux me débarrasser de cette partie de moi. »
Le problème est qu’une partie attaquée peut se défendre davantage.
L’IFS cherche à transformer la relation interne.
Au lieu de :
« Comment éliminer mon anxiété ? »
la personne peut progressivement demander :
« Qu’est-ce que cette partie anxieuse essaie d’empêcher ? »
Ce déplacement ne suffit pas toujours à résoudre le problème.
Mais il change la position depuis laquelle il est abordé.
Le Self
L’IFS ne se limite pas aux différentes parties.
Le modèle propose également l’existence d’un Self, généralement conservé sous son terme anglais.
Le Self est décrit comme une qualité centrale de présence capable d’entrer en relation avec les parties sans être entièrement confondue avec elles.
Dans la théorie IFS, le Self n’est pas simplement une partie supplémentaire.
Il représente une capacité particulière de conscience, de curiosité, de calme et de relation.
Les « 8 C »
L’IFS décrit traditionnellement plusieurs qualités associées au Self, souvent regroupées en anglais autour de huit mots commençant par C :
Curiosity — curiosité ;
Compassion — compassion ;
Clarity — clarté ;
Connectedness — connexion ;
Confidence — confiance ;
Courage — courage ;
Creativity — créativité ;
Calm — calme.
Ces qualités servent de repères dans le modèle.
Elles ne doivent pas devenir un test rigide permettant de décider si une personne est ou non « dans son Self ».
Le Self n’est pas une perfection intérieure
Une mauvaise compréhension consisterait à imaginer :
« Mes parties sont mes problèmes et mon Self est mon vrai moi parfait. »
Le modèle cherche justement à réduire la guerre intérieure.
Les parties ne sont pas des déchets psychologiques.
Elles appartiennent à l’histoire de la personne.
Le Self est plutôt conçu comme une position depuis laquelle elles peuvent être rencontrées avec davantage de curiosité et moins de peur.
Le concept de Self : modèle ou réalité ?
Le Self occupe une place centrale dans la théorie IFS.
Mais il faut distinguer l’utilité thérapeutique d’un concept de la démonstration scientifique de son existence comme entité psychologique distincte.
Certaines personnes comprennent le Self de manière psychologique.
D’autres lui donnent une signification plus spirituelle.
Le modèle peut accueillir différentes lectures.
Dans une présentation rigoureuse, il est préférable de préciser que le Self appartient au cadre théorique de l’IFS plutôt que de le présenter comme une structure anatomique ou neurologique démontrée.
Être « blended »
L’IFS utilise le terme blending lorsqu’une partie occupe tellement l’expérience qu’elle semble devenir toute la personne.
La personne ne pense plus :
« Une partie de moi a peur. »
Elle vit :
« Je suis la peur. »
Ou :
« Je suis nul. »
Ou :
« Je dois absolument partir. »
La partie et la conscience semblent momentanément fusionnées.
Se désidentifier sans rejeter
Le travail cherche souvent un certain unblending, une désidentification.
La personne peut passer de :
« Je suis incapable »
à :
« Une partie de moi est convaincue que je suis incapable. »
La difficulté n’a pas disparu.
Mais une distance apparaît.
Cette distance peut permettre d’examiner la croyance au lieu d’être entièrement gouverné par elle.
Demander à une partie de reculer
Le thérapeute peut proposer :
« Est-ce que cette partie pourrait prendre un peu de recul pour que nous puissions mieux la connaître ? »
Cette formulation peut sembler étrange lorsqu’on découvre l’IFS.
Elle utilise volontairement la personnification.
Pour certaines personnes, cela facilite énormément l’exploration.
Pour d’autres, une formulation moins imagée sera préférable :
« Pouvez-vous observer cette réaction sans être complètement absorbé par elle ? »
Le principe thérapeutique peut être adapté au langage de la personne.
Une partie qui ne veut pas reculer
Il arrive qu’une réaction reste extrêmement présente.
L’IFS ne devrait pas transformer cela en échec.
On peut demander :
« Qu’est-ce qui vous inquiète dans l’idée de prendre un peu de distance ? »
La réponse peut être :
« Si je me détends, quelque chose de mauvais va arriver. »
La résistance devient alors elle-même une information.
Les protecteurs d’abord
Dans un travail IFS, on ne cherche généralement pas à contourner brutalement les parties protectrices pour atteindre au plus vite les blessures profondes.
Les managers et pompiers peuvent avoir de bonnes raisons de craindre ce qui se trouve derrière eux.
Le thérapeute cherche donc à établir suffisamment de confiance.
« Qu’est-ce que vous craignez qu’il arrive si nous nous approchons de cette douleur ? »
Cette question peut être plus importante que l’exploration immédiate du souvenir.
Le danger du « allons directement à l’enfant blessé »
Le langage des parties peut donner envie de chercher immédiatement un enfant intérieur vulnérable.
Mais toute difficulté actuelle ne cache pas nécessairement une scène infantile précise.
Et même lorsqu’une expérience ancienne est importante, il n’est pas toujours pertinent d’y accéder immédiatement.
La sécurité et le rythme restent prioritaires.
Une psychothérapie n’est pas une fouille archéologique dans laquelle la réussite dépendrait de la découverte du souvenir le plus ancien.
Les fardeaux
L’IFS utilise le terme burdens, généralement traduit par fardeaux, pour désigner certaines croyances, émotions ou charges que des parties auraient acquises à travers des expériences difficiles.
Par exemple :
« Je ne mérite pas d’être aimé. »
« Tout est ma faute. »
« Je dois être parfait pour être accepté. »
Le travail peut chercher à aider la partie à se libérer de ce fardeau.
Le « déchargement »
Dans le modèle IFS, certaines interventions utilisent un processus symbolique de déchargement ou unburdening.
Une personne peut imaginer qu’elle dépose une charge.
La brûle.
La laisse partir avec l’eau.
La rend à quelqu’un.
La confie au vent.
Ces représentations peuvent avoir une forte valeur expérientielle.
Mais elles doivent être comprises comme des processus thérapeutiques symboliques.
Elles ne prouvent pas qu’une substance psychique réelle a physiquement quitté le corps.
L’imagerie thérapeutique
L’IFS utilise beaucoup l’imagination.
Rencontrer une partie.
Observer son apparence.
Lui demander ce qu’elle veut.
Imaginer un lieu sûr.
Revenir symboliquement auprès d’une version plus jeune de soi.
Ces expériences peuvent être puissantes.
Comme dans l’hypnose, l’EMDR ou d’autres méthodes utilisant l’imagerie, leur intensité ne garantit cependant pas leur exactitude historique.
IFS et mémoire
Une personne peut, pendant une séance, voir apparaître une scène ancienne.
Elle peut avoir l’impression :
« Voilà enfin ce qui s’est réellement passé. »
La prudence reste indispensable.
La mémoire humaine est reconstructive.
Une image apparue pendant un travail avec les parties peut correspondre à :
un souvenir ;
une reconstruction ;
une association ;
une représentation symbolique ;
ou un mélange de plusieurs éléments.
L’IFS ne doit pas être utilisé comme méthode de récupération de preuves historiques.
L’émotion est réelle, l’interprétation reste à examiner
Une personne peut être profondément bouleversée par une scène intérieure.
Son émotion mérite d’être accueillie.
Mais accueillir l’émotion ne nécessite pas d’affirmer :
« Cette scène est donc historiquement exacte. »
Les deux niveaux peuvent rester séparés.
« Ce qui apparaît vous touche profondément. Voyons ce que cela signifie pour vous. »
Cette position permet le travail sans transformer le thérapeute en enquêteur du passé.
IFS et traumatisme
L’IFS est aujourd’hui fréquemment utilisé dans le travail avec des personnes ayant vécu des expériences traumatiques.
Le modèle peut être particulièrement attirant parce qu’il considère certaines réactions comme des stratégies protectrices plutôt que comme des défauts.
Hypervigilance.
Évitement.
Engourdissement émotionnel.
Colère.
Contrôle.
Ces réactions peuvent être explorées à partir de leur fonction.
Respecter les protections
Une personne qui évite certains souvenirs n’est pas nécessairement « résistante ».
Une partie d’elle peut considérer cet évitement comme indispensable.
Le thérapeute peut donc travailler d’abord avec la protection.
« Que craignez-vous qu’il arrive si cette personne se rapproche de ce souvenir ? »
Cette approche peut réduire la confrontation intérieure.
Mais elle n’annule pas les précautions nécessaires dans tout travail du traumatisme.
IFS et dissociation
La question demande une attention particulière.
Le langage des parties peut parfois ressembler à celui utilisé par des personnes vivant des phénomènes dissociatifs importants.
Mais la multiplicité psychique proposée par l’IFS ne doit pas être automatiquement assimilée à un trouble dissociatif de l’identité.
Inversement, un thérapeute ne doit pas utiliser le modèle des parties pour banaliser une dissociation clinique importante.
Une évaluation adaptée reste nécessaire.
Ne pas fabriquer des parties
Un risque existe lorsqu’un praticien devient trop enthousiaste avec le modèle.
« Quelle partie dit cela ? »
« Et derrière elle, quelle autre partie ? »
« Quel âge a cette partie ? »
À force, la personne peut se sentir obligée de produire une architecture intérieure correspondant aux attentes du thérapeute.
L’IFS doit aider à organiser l’expérience.
Il ne devrait pas contraindre l’expérience à entrer dans son vocabulaire.
Toutes les personnes ne pensent pas en parties
Certaines personnes disent immédiatement :
« Oui, je comprends parfaitement. »
D’autres répondent :
« Je ne ressens absolument pas les choses comme ça. »
Le thérapeute peut adapter son langage.
Il peut parler de :
tendance ;
réaction ;
mode de fonctionnement ;
position intérieure ;
pensée ;
stratégie.
L’efficacité d’une psychothérapie ne devrait pas dépendre de la capacité du patient à adopter exactement la métaphore préférée du professionnel.
La critique intérieure
La critique intérieure constitue un exemple fréquent.
Une personne entend intérieurement :
« Tu n’es jamais assez bon. »
L’approche classique pourrait chercher à contester cette pensée.
L’IFS peut demander :
« Qu’essaie cette partie critique d’obtenir ? »
La réponse peut être :
« Elle pense que si elle me critique avant les autres, je serai mieux préparé. »
Le travail change alors.
Il ne s’agit plus uniquement de démontrer que la critique est fausse.
Il faut également rassurer ou réorganiser le système qui croit en avoir besoin.
Le perfectionnisme
Une partie perfectionniste peut penser :
« Si tout est irréprochable, personne ne pourra nous attaquer. »
Le thérapeute peut reconnaître son travail.
Elle a peut-être contribué à de nombreuses réussites.
Puis explorer son coût.
Fatigue.
Peur de l’erreur.
Procrastination.
Impossibilité de terminer.
L’objectif n’est pas nécessairement d’éliminer l’exigence.
Il peut être de permettre à cette capacité de devenir moins tyrannique.
La procrastination
La procrastination peut également être comprise comme un conflit entre parties.
Une partie exige :
« Il faut absolument réussir parfaitement. »
Une autre répond :
« Si je ne commence pas, je ne pourrai pas échouer. »
Une troisième cherche à fuir la tension par une distraction immédiate.
Cette lecture peut aider certaines personnes à sortir de l’explication morale :
« Je suis simplement paresseux. »
Mais elle ne remplace pas les stratégies comportementales concrètes qui peuvent aussi être nécessaires.
Les addictions
L’IFS peut considérer certains comportements addictifs comme des tentatives de protection ou de régulation.
Cette perspective peut réduire la honte.
Mais une addiction ne doit pas être réduite à un dialogue avec une partie.
Les dimensions biologiques, comportementales, sociales et médicales peuvent être importantes.
Dans certaines situations, une prise en charge spécialisée est indispensable.
Le modèle des parties peut alors constituer un élément parmi d’autres.
Les troubles alimentaires
De même, le langage des parties peut aider à comprendre certains conflits :
une partie contrôle l’alimentation ;
une autre cherche un soulagement immédiat ;
une autre souffre de l’image corporelle.
Mais les troubles des conduites alimentaires peuvent présenter des risques physiques sérieux.
Une approche psychothérapeutique ne doit pas faire oublier les autres dimensions de la prise en charge lorsqu’elles sont nécessaires.
IFS et anxiété
Une partie anxieuse peut être abordée comme une sentinelle.
Elle surveille.
Imagine le pire.
Prépare.
Vérifie.
Le thérapeute peut demander :
« Que craignez-vous qu’il arrive si vous cessez de surveiller ? »
La réponse peut révéler une logique de protection.
Mais comprendre la sentinelle n’empêche pas d’utiliser d’autres interventions lorsque l’anxiété nécessite un travail comportemental, cognitif ou autre.
IFS et colère
Une partie en colère peut protéger une vulnérabilité.
Mais ce n’est pas toujours le cas.
La colère peut également répondre directement à une injustice ou à une limite franchie.
Il serait réducteur de chercher systématiquement une peur cachée derrière toute colère.
L’IFS est un modèle d’exploration.
Il ne devrait pas devenir une formule universelle :
« Derrière X se cache toujours Y. »
IFS et honte
Le modèle peut être particulièrement intéressant lorsque la personne déteste certaines de ses réactions.
« Je hais cette partie de moi qui panique. »
Le thérapeute peut alors remarquer qu’une autre partie déteste la partie anxieuse.
Le système contient donc déjà un conflit supplémentaire.
Plutôt que de forcer l’acceptation, on peut explorer également la partie critique :
« Qu’est-ce qui vous inquiète dans cette anxiété ? »
Quand une partie déteste une autre partie
C’est un phénomène fréquent dans le modèle.
Une partie dit :
« Cette faiblesse me dégoûte. »
Une autre :
« J’ai peur. »
Le thérapeute ne décide pas que la première est mauvaise et la seconde bonne.
Il cherche à comprendre les deux.
La partie dure peut elle aussi avoir peur :
« Si nous sommes faibles, nous serons encore blessés. »
La guerre intérieure devient progressivement intelligible.
Le couple et l’IFS
L’IFS peut être utilisé dans le travail relationnel.
Deux partenaires peuvent apprendre à distinguer leurs réactions protectrices.
Une remarque active une partie vulnérable chez l’un.
Un protecteur répond par l’attaque.
Cette attaque active la peur de l’autre.
Son protecteur se retire.
Le premier ressent davantage l’abandon.
Le cycle s’intensifie.
Cette lecture peut aider à ralentir l’interaction.
Mais une partie n’excuse pas un comportement
Dire :
« C’est mon protecteur qui a crié »
ne retire pas la responsabilité.
Le langage thérapeutique ne doit pas devenir une manière de se désengager de ses actes.
La personne entière reste responsable de son comportement.
Comprendre une partie peut aider à modifier celui-ci.
Cela ne l’efface pas.
Violence et responsabilité
Cette distinction devient essentielle en présence de violence.
Une personne violente peut avoir une histoire douloureuse et des réactions protectrices.
Cela ne transforme pas la violence en phénomène neutre du système.
La sécurité de la personne qui la subit reste prioritaire.
L’IFS, comme toute approche relationnelle ou compassionnelle, ne doit pas utiliser la compréhension psychologique pour diluer la responsabilité.
Le Self comme leader intérieur
Le modèle décrit parfois le travail comme le passage d’un système dominé par des protecteurs à un système davantage Self-led, guidé par le Self.
L’idée n’est pas que les parties disparaissent.
Elles peuvent conserver leurs qualités.
Un manager peut garder son organisation sans contrôler toute la vie.
Une partie vigilante peut continuer à remarquer les risques sans déclencher une alarme permanente.
Une partie spontanée peut apporter du plaisir sans devoir prendre le contrôle dans chaque moment difficile.
Les parties peuvent changer de rôle
Une idée importante de l’IFS est qu’une partie n’est pas réductible à son comportement actuel.
Une partie critique peut également posséder :
discernement ;
exigence ;
capacité d’analyse.
Une partie hypervigilante peut posséder :
attention ;
intuition des situations ;
capacité à anticiper.
Lorsque la charge diminue, certaines qualités peuvent rester disponibles sans les conséquences excessives de l’ancien rôle.
Une famille intérieure sans chef autoritaire
La métaphore familiale aide à comprendre l’objectif.
Le Self n’est pas censé devenir un dictateur qui ordonne aux parties de se taire.
Le système devient davantage coopératif.
Les différentes réactions peuvent transmettre leurs informations sans prendre automatiquement le contrôle.
Cette image explique pourquoi l’IFS parle de système plutôt que d’une simple collection de pensées.
IFS et compassion
Le modèle encourage fortement une attitude de curiosité et de compassion envers les réactions internes.
Mais compassion ne signifie pas absence de limites.
Une personne peut dire intérieurement :
« Je comprends que cette partie veuille fuir cette conversation parce qu’elle a peur. Mais je vais quand même rester quelques minutes et essayer de parler calmement. »
Comprendre et décider restent deux processus différents.
IFS et pleine conscience
L’IFS partage avec certaines pratiques de pleine conscience une capacité à observer les pensées et émotions sans être entièrement confondu avec elles.
Mais il ajoute une dimension relationnelle.
Au lieu de simplement remarquer :
« Il y a de la peur »,
la personne peut entrer en dialogue avec la partie qui a peur.
Les deux approches peuvent donc présenter des ressemblances sans être identiques.
IFS et thérapie des schémas
Des rapprochements peuvent également être faits avec la thérapie des schémas, qui utilise notamment le concept de modes.
Les modèles ne sont cependant pas interchangeables.
Ils possèdent leurs propres théories, méthodes et vocabulaire.
Le fait que plusieurs psychothérapies décrivent différentes positions internes ne signifie pas qu’elles parlent exactement du même phénomène.
IFS et psychodrame
Certaines explorations IFS peuvent être mises en scène ou externalisées.
Mais cela ne transforme pas l’IFS en psychodrame.
Le psychodrame possède sa propre histoire et ses propres méthodes.
De même, dessiner ses différentes parties peut être utile sans que la séance devienne automatiquement une art-thérapie.
Les médiations peuvent circuler entre approches tout en conservant des cadres distincts.
L’IFS peut-il être pratiqué seul ?
Certaines personnes utilisent le langage des parties pour leur propre réflexion.
« Quelle partie de moi réagit actuellement ? »
« De quoi a-t-elle peur ? »
« Qu’essaie-t-elle de protéger ? »
Cela peut favoriser une attitude moins punitive envers soi.
Mais l’auto-exploration possède des limites.
Lorsqu’un travail déclenche une détresse importante, une dissociation ou des souvenirs traumatiques difficiles à contenir, un accompagnement professionnel peut être préférable.
Ne pas transformer l’introspection en assemblée permanente
Le modèle peut être séduisant au point que chaque décision devienne :
« Il faut que je consulte toutes mes parties. »
Cette utilisation peut finir par compliquer inutilement la vie.
Parfois, nous savons ce que nous devons faire.
Une hésitation ordinaire n’exige pas toujours une cartographie complète du système intérieur.
Une bonne méthode thérapeutique doit augmenter la liberté.
Pas créer une nouvelle obligation d’analyse.
Les limites du modèle
L’IFS possède aujourd’hui une forte visibilité et un intérêt clinique croissant.
Il a également fait l’objet de recherches, mais son corpus empirique reste moins développé que celui de certaines psychothérapies disposant de décennies d’essais nombreux pour des troubles spécifiques.
Il faut donc éviter deux positions extrêmes :
« L’IFS n’a aucune valeur parce que tous ses concepts ne sont pas établis comme structures objectives. »
et :
« L’IFS explique enfin le fonctionnement réel de tout esprit humain. »
Une théorie peut être cliniquement utile sans que chacun de ses concepts doive être pris littéralement.
La question des preuves
L’évaluation scientifique doit distinguer plusieurs questions.
Les personnes bénéficiant d’une intervention IFS s’améliorent-elles pour certaines difficultés ?
Comment ces résultats se comparent-ils à d’autres interventions ?
Quels éléments du traitement produisent les changements ?
Les catégories de parties proposées par le modèle correspondent-elles à des structures psychologiques objectivement distinctes ?
Ces questions ne sont pas équivalentes.
L’efficacité éventuelle d’une thérapie ne démontre pas automatiquement chaque détail de sa théorie.
Le succès du langage des parties
L’un des attraits de l’IFS est probablement sa capacité à transformer le rapport à certains comportements.
« Je suis autodestructeur »
peut devenir :
« Une réaction en moi cherche désespérément à arrêter une souffrance. »
« Je suis faible »
peut devenir :
« Une partie de moi a très peur. »
Ce déplacement peut réduire la honte et ouvrir une investigation plus précise.
Mais il ne doit pas supprimer l’action nécessaire.
Comprendre pourquoi quelque chose arrive constitue une étape.
Changer ce qui doit être changé en est une autre.
Le risque de tout expliquer par l’enfance
Les protecteurs sont souvent reliés à des expériences anciennes.
Cela peut être pertinent.
Mais une difficulté actuelle peut également être liée à une situation actuelle.
Un travail réellement toxique peut produire de l’anxiété.
Une relation violente peut produire de l’hypervigilance.
Une précarité réelle peut produire une inquiétude financière.
Toutes les réactions ne sont pas des vestiges du passé.
Parfois, le système répond à un problème qui existe réellement maintenant.
L’environnement doit rester visible
Cette remarque est particulièrement importante dans toute psychothérapie centrée sur le monde intérieur.
Une personne peut travailler admirablement avec ses parties et rester dans un environnement qui continue à lui faire du mal.
Le travail thérapeutique doit parfois conduire vers l’extérieur :
poser une limite ;
demander de l’aide ;
modifier une situation ;
partir ;
agir.
La paix intérieure ne doit pas devenir une manière de s’adapter indéfiniment à l’inacceptable.
Une autre relation à soi
L’un des changements les plus intéressants proposés par l’IFS est peut-être moins la découverte de nouvelles « parties » que la modification de la manière dont la personne rencontre ce qu’elle n’aime pas en elle.
Au lieu de :
« Pourquoi suis-je encore comme ça ? »
elle peut demander :
« Qu’est-ce qui se passe en moi pour que cette réaction paraisse encore nécessaire ? »
Cette question n’est pas indulgente.
Elle est stratégique.
Nous modifions souvent mieux un mécanisme lorsque nous comprenons ce qu’il essaie d’accomplir.
Quand le protecteur n’a plus besoin de travailler autant
Une partie peut découvrir progressivement que la situation a changé.
L’enfant dépendait entièrement de son environnement.
L’adulte possède peut-être aujourd’hui davantage de choix.
Il peut partir.
Parler.
Demander de l’aide.
Choisir ses relations.
Refuser.
Une stratégie construite autrefois comme seule possibilité peut alors devenir une possibilité parmi d’autres.
C’est l’un des mouvements recherchés par le travail IFS.
Ne pas supprimer, réorganiser
L’objectif n’est donc généralement pas :
« Comment éliminer ma partie anxieuse ? »
Mais plutôt :
« Comment faire pour qu’elle n’ait plus besoin de déclencher l’alarme aussi souvent ? »
Pas :
« Comment tuer mon critique intérieur ? »
Mais :
« Pourquoi pense-t-il devoir me traiter ainsi pour me protéger ? »
Cette modification du langage transforme le conflit intérieur en négociation.
À retenir
L’Internal Family Systems, développé par Richard C. Schwartz, propose de comprendre la vie psychique comme un système composé de différentes parties pouvant porter des émotions, des croyances et des stratégies parfois contradictoires.
Le modèle distingue notamment les exilés, associés à certaines vulnérabilités et blessures, les managers, qui cherchent à prévenir les difficultés, et les pompiers, qui interviennent rapidement lorsqu’une souffrance devient difficile à supporter.
L’IFS accorde également une place centrale au Self, décrit dans le modèle comme une position de calme, de curiosité, de compassion et de clarté permettant d’entrer en relation avec les différentes parties.
Ces concepts constituent un cadre thérapeutique. Ils ne doivent pas être automatiquement interprétés comme la preuve de l’existence de plusieurs personnalités ou de structures neurologiques distinctes.
L’approche cherche particulièrement à comprendre la fonction protectrice de réactions parfois coûteuses. Comprendre cette fonction ne signifie cependant ni approuver tous les comportements ni supprimer la responsabilité personnelle.
Dans le travail du traumatisme, la prudence reste essentielle : l’imagerie ou les souvenirs apparus pendant une séance ne constituent pas des preuves historiques et les protections ne doivent pas être contournées brutalement.
Enfin, le langage des parties n’a pas besoin de convenir à tout le monde. Il reste un outil, non une obligation de penser son monde intérieur d’une manière déterminée.
L’IFS propose essentiellement de remplacer une question souvent impitoyable — « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » — par une question beaucoup plus féconde : « Qu’est-ce qui, en moi, croit encore devoir fonctionner ainsi pour me protéger ? » Comprendre la réponse ne suffit pas toujours à changer, mais cela permet de commencer le changement sans avoir d’abord à déclarer la guerre à une partie de soi-même.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.