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IDENTITÉ — DEVENIR SOI SANS RESTER PRISONNIER DE SON PASSÉ

LA SANTÉ AVANT TOUT · Développement personnel

IDENTITÉ — DEVENIR SOI SANS RESTER PRISONNIER DE SON PASSÉ

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Nous répondons souvent à la question « Qui suis-je ? » en racontant notre histoire. Nous évoquons notre famille, notre métier, nos études, nos réussites, nos échecs, nos relations, les événements qui nous ont marqués et les rôles que nous avons occupés.

Tout cela participe à notre identité. Mais rien de tout cela, pris séparément, ne suffit à nous définir entièrement.

Notre passé explique une partie de ce que nous sommes devenus. Il ne possède pas pour autant un droit de décision permanent sur ce que nous pouvons encore devenir.

Construire son identité ne consiste ni à effacer son histoire ni à inventer artificiellement une nouvelle personnalité. Il s’agit de reconnaître ce qui nous a construits, de choisir ce que nous voulons conserver et de cesser de traiter comme définitives certaines définitions de nous-mêmes qui appartiennent surtout à une ancienne période de notre vie.

Notre identité est plus vaste que nos rôles

Nous pouvons être parent, conjoint, professionnel, ami, aidant, entrepreneur, étudiant ou responsable d’un projet. Ces rôles occupent parfois une place considérable et peuvent durer des décennies.

Ils ne constituent pourtant qu’une partie de notre identité.

La difficulté apparaît lorsqu’un rôle devient tellement dominant que nous ne savons plus très bien qui nous sommes en dehors de lui. Une personne ayant consacré une grande partie de sa vie à ses enfants peut se retrouver désorientée lorsqu’ils deviennent autonomes. Quelqu’un dont l’identité repose presque entièrement sur son métier peut vivre une retraite, un licenciement ou une reconversion comme une disparition personnelle.

Le rôle a changé. La personne, elle, continue d’exister.

Nous pouvons donc investir pleinement nos rôles sans leur confier la totalité de notre définition. Cette distinction permet de traverser plus facilement les transitions et laisse de la place aux autres dimensions de notre existence.

Les définitions reçues dans l’enfance peuvent rester longtemps actives

Une partie de notre identité s’est construite avant que nous soyons capables de la choisir.

La famille, l’école et l’entourage ont posé sur nous des mots : sérieux, difficile, intelligent, maladroit, timide, courageux, paresseux, fragile, responsable, bizarre, brillant, incapable ou raisonnable.

Certains de ces qualificatifs correspondaient peut-être à une réalité observée. D’autres reflétaient surtout le regard, les attentes, les inquiétudes ou les limites de ceux qui les prononçaient.

Le problème n’est pas seulement que certaines étiquettes aient pu être injustes. Même une étiquette positive peut devenir contraignante lorsqu’elle nous oblige à continuer à jouer un personnage.

L’enfant « raisonnable » peut devenir l’adulte qui n’ose jamais déranger. Celui qui devait être « le fort » peut avoir du mal à montrer une difficulté. Celui que l’on disait incapable peut continuer à éviter certaines expériences longtemps après avoir acquis les compétences nécessaires.

Devenir soi suppose parfois de réexaminer ces définitions anciennes et de demander lesquelles décrivent encore réellement la personne que nous sommes.

Ce que nous avons fait n’est pas tout ce que nous sommes

Nous pouvons nous identifier fortement à nos décisions passées.

Une erreur devient : « je suis quelqu’un qui échoue ». Une relation difficile devient : « je choisis toujours mal ». Une période de désorganisation devient : « je suis incapable d’être organisé ».

Nous transformons alors un ensemble d’événements en identité générale.

Cette conclusion est rarement nécessaire.

Nous pouvons avoir mal décidé sans être condamnés à mal décider. Avoir abandonné plusieurs projets et apprendre ensuite à terminer. Avoir été dépendants de l’approbation extérieure et devenir progressivement plus autonomes.

Nos comportements passés fournissent des informations. Ils révèlent parfois des habitudes ou des difficultés qu’il serait absurde d’ignorer. Mais une tendance n’est pas une sentence.

L’identité devient dangereusement rigide lorsque nous utilisons ce que nous avons fait hier pour interdire à la personne d’aujourd’hui d’essayer autre chose.

Les réussites peuvent également devenir des prisons

Nous pensons facilement que seules les identités négatives nous limitent. Les identités valorisantes peuvent le faire aussi.

Être celui qui réussit, celui qui sait, celui qui aide tout le monde, celui qui ne renonce jamais ou celui qui trouve toujours une solution procure une reconnaissance importante.

Mais que se passe-t-il lorsque nous ne savons pas ? Lorsque nous avons besoin d’aide ? Lorsque nous voulons abandonner une responsabilité que nous avons longtemps assumée ?

Nous pouvons continuer à maintenir un rôle uniquement parce que les autres nous connaissent ainsi.

La réussite passée crée alors une obligation de continuité.

Reconnaître une force ne signifie pas devoir la démontrer constamment. Nous pouvons avoir été excellents dans un domaine et choisir de ne plus lui consacrer notre vie. Nous pouvons être très compétents et redevenir débutants ailleurs.

Une identité suffisamment solide peut contenir cette contradiction : « j’ai été cela, je le suis peut-être encore en partie, mais je ne suis pas obligé d’y rester enfermé. »

Distinguer les faits, les interprétations et les étiquettes

Lorsque nous parlons de nous-mêmes, ces trois niveaux se mélangent facilement.

« J’ai changé trois fois de projet » est un fait. « Je n’arrive jamais à savoir ce que je veux » est déjà une interprétation. « Je suis instable » devient une étiquette identitaire.

L’interprétation peut parfois être juste, mais elle mérite d’être examinée.

Peut-être avons-nous effectivement une difficulté à maintenir une direction. Peut-être aussi avons-nous changé parce que nous avons découvert de nouvelles informations, parce que les projets précédents n’étaient plus pertinents ou parce que les circonstances ont évolué.

Revenir aux faits permet de rouvrir l’analyse.

Nous pouvons alors identifier plus précisément ce qui doit être travaillé sans condamner l’ensemble de notre personne.

Cette précision améliore aussi notre capacité à changer. Il est beaucoup plus facile de modifier un comportement concret que de lutter contre une définition globale comme « je suis comme ça ».

Nous pouvons conserver nos racines sans leur confier notre avenir

Nos origines participent profondément à notre identité : famille, culture, langue, territoire, histoire sociale, traditions et expériences collectives.

Évoluer ne nécessite pas de les renier.

Mais la fidélité aux racines peut être confondue avec l’obligation de reproduire exactement les mêmes choix.

Nous pouvons conserver une valeur transmise par notre famille tout en l’exprimant autrement. Aimer une culture sans adopter toutes ses normes. Être reconnaissants envers ceux qui nous ont précédés sans choisir la même vie.

Certaines personnes ressentent une culpabilité lorsqu’elles dépassent socialement, professionnellement ou financièrement leur milieu d’origine. D’autres craignent qu’un changement important soit vécu comme une trahison.

Pourtant, appartenir ne signifie pas rester identique.

Nous pouvons emporter une partie de notre histoire avec nous sans lui demander l’autorisation de chaque étape suivante.

L’identité se construit aussi par les choix répétés

Nous ne découvrons pas nécessairement un « vrai soi » entièrement constitué qui attendrait quelque part d’être révélé.

Une partie de notre identité se construit par ce que nous choisissons de faire régulièrement.

Si nous décidons de devenir plus fiables, ce ne sont pas seulement nos intentions qui construiront cette identité, mais les engagements que nous tiendrons progressivement. Si nous voulons devenir plus autonomes, cette autonomie se développera à travers les décisions que nous apprendrons à prendre.

L’action apporte alors de nouvelles preuves sur nous-mêmes.

Nous ne sommes plus obligés d’attendre de nous sentir totalement différents pour agir autrement. Certains comportements nouveaux précèdent le changement dans la manière dont nous nous percevons.

Cette construction doit rester réaliste. Une action ponctuelle ne transforme pas instantanément notre identité.

Mais la répétition finit par modifier la réponse à une question importante : « Quel genre de personne suis-je en train de devenir par la manière dont je vis ? »

Choisir son identité n’est pas inventer n’importe quoi

L’idée de « devenir qui l’on veut » peut être séduisante, mais elle mérite d’être nuancée.

Nous ne choisissons pas tout.

Nous possédons une histoire, certaines capacités, des contraintes, des responsabilités et des caractéristiques qui ne disparaissent pas parce que nous décidons de les ignorer.

Construire son identité n’est donc pas se raconter une histoire sans rapport avec la réalité.

Nous pouvons en revanche décider de la signification que nous donnons à certaines expériences, des capacités que nous voulons développer, des rôles que nous acceptons encore et des directions auxquelles nous souhaitons consacrer nos ressources.

La liberté identitaire existe, mais elle travaille avec une matière déjà présente.

Nous ne partons pas d’une page blanche. Nous pouvons cependant continuer à écrire.

Le regard des autres peut être en retard sur notre évolution

Lorsque nous changeons, les personnes qui nous connaissent depuis longtemps ne mettent pas toujours immédiatement à jour l’image qu’elles ont de nous.

Elles continuent parfois à anticiper nos anciennes réactions ou à nous rappeler une version de nous-mêmes que nous ne reconnaissons plus complètement.

Ce décalage n’est pas toujours malveillant. Les relations possèdent leur propre mémoire.

Nous pouvons expliquer certains changements, mais nous ne pouvons pas obliger tout le monde à les reconnaître immédiatement.

Il faut parfois accepter que notre évolution soit réelle avant d’être validée par l’extérieur.

À l’inverse, si plusieurs personnes fiables nous signalent continuellement que notre comportement réel ne correspond pas à l’image nouvelle que nous revendiquons, cette information mérite également d’être examinée.

L’identité ne se construit ni entièrement dans le regard des autres ni entièrement dans notre déclaration personnelle. Elle se manifeste progressivement dans notre manière de vivre.

Les transitions créent parfois un espace inconfortable

Entre une ancienne identité et une nouvelle, il existe souvent une période où aucune définition ne semble complètement adaptée.

Nous ne sommes plus tout à fait la personne que nous étions, mais ce que nous devenons n’est pas encore suffisamment construit pour nous paraître naturel.

Une reconversion, une séparation, un départ, une retraite, un changement de milieu ou la fin d’un projet important peuvent créer cet espace.

Nous cherchons alors rapidement une nouvelle étiquette pour retrouver de la stabilité.

Pourtant, cette période intermédiaire peut être utile.

Nous pouvons essayer, observer, apprendre et laisser certaines réponses apparaître avec l’expérience.

Ne pas savoir exactement comment se définir pendant quelque temps ne signifie pas avoir perdu son identité.

Cela peut simplement signifier qu’elle est en train d’être réorganisée.

Nous n’avons pas besoin de raconter toute notre histoire à tout le monde

Assumer son identité ne signifie pas rendre toutes ses dimensions publiques.

Nous pouvons choisir ce que nous partageons selon les personnes, les contextes et la confiance existante.

La discrétion n’est pas nécessairement un manque d’authenticité.

Nous pouvons être sincères sans être transparents sur tout. Certaines expériences nous appartiennent et n’ont pas besoin d’être expliquées pour que notre manière de vivre soit légitime.

Cette distinction devient particulièrement importante dans un monde où l’exposition personnelle peut être confondue avec l’authenticité.

Nous ne devons pas transformer notre histoire en contenu pour prouver que nous assumons qui nous sommes.

Être soi-même concerne d’abord la cohérence de notre vie, pas la quantité d’informations que nous fournissons aux autres.

Réécrire son récit ne signifie pas réécrire les faits

Avec le temps, nous pouvons comprendre différemment certains événements de notre passé.

Une période que nous considérions uniquement comme un échec peut également apparaître comme le moment où nous avons acquis certaines compétences. Une décision dont nous avons honte peut être replacée dans les informations et les ressources dont nous disposions à l’époque.

Cette nouvelle lecture ne doit pas falsifier les faits.

Nous n’avons pas besoin de transformer une mauvaise expérience en merveilleuse étape indispensable ni une erreur en décision secrètement parfaite.

Nous pouvons simplement construire un récit plus complet.

Ce qui s’est passé reste ce qui s’est passé. Mais nous ne sommes pas obligés de conserver éternellement l’interprétation que nous en avions au moment où cela s’est produit.

Notre compréhension de notre propre histoire peut mûrir avec nous.

Faire de son passé une ressource plutôt qu’une résidence

Le passé contient des apprentissages, des relations, des erreurs, des réussites et parfois des blessures profondes. Il mérite d’être reconnu.

Mais nous ne pouvons pas y vivre.

Certaines personnes consacrent une grande partie de leur énergie à maintenir une ancienne version d’elles-mêmes. D’autres essaient au contraire de couper tout lien avec ce qu’elles ont été.

Une troisième voie est possible : utiliser ce passé comme information.

Qu’est-ce que cette histoire nous a appris ? Quelles capacités avons-nous développées ? Quelles erreurs ne voulons-nous pas répéter ? Quelles valeurs voulons-nous conserver ? Qu’est-ce qui peut maintenant être laissé derrière ?

Nous n’avons pas besoin de choisir entre oublier notre histoire et lui appartenir entièrement.

Elle peut devenir un matériau à partir duquel nous construisons la suite.

Faire périodiquement le point sur la personne que nous sommes devenue

Nous actualisons régulièrement nos projets, nos outils et parfois notre organisation. Nous actualisons moins souvent la manière dont nous nous définissons.

Pourtant, certaines phrases que nous prononçons sur nous-mêmes peuvent avoir dix ou vingt ans de retard.

Il peut donc être utile, à certaines étapes de la vie, d’examiner les définitions que nous continuons à porter.

Lesquelles correspondent encore à des faits actuels ? Lesquelles appartiennent surtout à notre enfance, à une ancienne relation, à un ancien métier ou à une période difficile ? Quelles dimensions de nous-mêmes ont grandi sans obtenir encore une place suffisante dans notre manière de nous percevoir ?

Nous pouvons également regarder ce que nous souhaitons construire désormais.

Non pas une personnalité idéale entièrement nouvelle, mais quelques directions identitaires concrètes : devenir quelqu’un qui termine davantage ce qu’il commence, qui protège mieux son temps, qui ose apprendre, qui respecte davantage ses limites ou qui prend ses décisions avec plus d’autonomie.

L’identité devient alors moins une étiquette à découvrir qu’une réalité que nous continuons à habiter et à construire.

À retenir

Notre identité se nourrit de notre histoire, de nos origines, de nos relations, de nos rôles, de nos expériences et de nos choix. Aucun de ces éléments ne doit pourtant devenir à lui seul une définition définitive.

Nous pouvons reconnaître ce que notre passé a fait de nous sans lui abandonner la totalité de notre avenir. Nous pouvons conserver certaines racines, remettre en question des étiquettes anciennes, quitter des rôles devenus trop étroits et construire progressivement de nouvelles manières d’agir.

Nous n’avons pas besoin de renier celui que nous étions pour devenir autrement. L’ancienne version de nous-mêmes a vécu avec les informations, les ressources et les circonstances qui étaient les siennes. Nous pouvons la comprendre sans lui demander de continuer à diriger notre vie.

Devenir soi ne consiste peut-être pas à découvrir une identité cachée et définitive. Cela consiste aussi à garder le droit d’évoluer sans devoir demander au passé la permission de devenir la personne que le présent nous permet désormais de construire.

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