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HYPNOTHÉRAPIE

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HYPNOTHÉRAPIE

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L’hypnothérapie désigne l’utilisation de l’hypnose dans un cadre thérapeutique par un professionnel formé à son emploi.

Elle se distingue de l’autohypnose, abordée au chapitre 9, dans laquelle la personne apprend à utiliser elle-même certaines procédures hypnotiques. En hypnothérapie, un professionnel accompagne le processus, choisit et adapte les interventions en fonction de la personne, de l’objectif thérapeutique et de ce qui se produit pendant la séance.

L’hypnose fascine depuis longtemps parce qu’elle se situe à la frontière de plusieurs expériences familières : concentration intense, absorption, imagination, modification de l’attention, diminution de l’intérêt porté à l’environnement et augmentation de la réceptivité à certaines suggestions.

Elle a également été entourée de mythes.

Dormir sous le contrôle d’un hypnotiseur.

Perdre sa volonté.

Révéler involontairement tous ses secrets.

Retrouver avec exactitude n’importe quel souvenir oublié.

Être « reprogrammé ».

Ces représentations correspondent mal à la pratique clinique contemporaine.

L’hypnose thérapeutique n’est ni un pouvoir exercé sur l’esprit d’une personne ni un accès magique à son inconscient. C’est une manière particulière d’utiliser l’attention, l’imagination, l’expérience corporelle et la suggestion dans un objectif thérapeutique.

Qu’est-ce que l’hypnose ?

Il n’existe pas une définition unique capable de rendre compte de toutes les théories de l’hypnose.

Elle est généralement décrite comme un état ou un processus impliquant une attention focalisée, une diminution relative de l’attention portée à certains éléments périphériques et une capacité accrue à répondre à certaines suggestions.

Le mot état lui-même fait débat selon les modèles théoriques.

Certains chercheurs insistent davantage sur un état de conscience particulier.

D’autres sur les processus cognitifs, les attentes, la motivation, le contexte social et la manière dont la personne répond aux suggestions.

Ces débats théoriques n’empêchent pas l’utilisation clinique de procédures hypnotiques.

Hypnose ne signifie pas sommeil

Le terme vient historiquement d’un vocabulaire lié au sommeil, ce qui entretient la confusion.

Pourtant, une personne hypnotisée n’est généralement pas endormie.

Elle peut entendre.

Répondre.

Parler.

Bouger.

Réfléchir.

Elle peut parfois être extrêmement concentrée.

Les expressions comme :

« Dormez ! »

appartiennent surtout à certaines traditions ou mises en scène.

Elles ne décrivent pas littéralement ce qui se produit.

L’absorption

Nous connaissons déjà des expériences d’absorption dans la vie quotidienne.

Lire un roman et ne plus entendre immédiatement quelqu’un entrer dans la pièce.

Conduire sur une route familière et réaliser soudain que plusieurs kilomètres ont passé.

Être tellement absorbé par un film que le reste de la pièce semble disparaître momentanément.

Ces situations ne sont pas identiques à une séance d’hypnose, mais elles montrent que l’attention humaine peut naturellement se concentrer au point de modifier la perception de l’environnement.

L’hypnose utilise et structure certaines capacités de ce type.

L’induction hypnotique

Une séance commence souvent par une induction.

Le professionnel guide progressivement l’attention.

Il peut proposer de fixer un point.

De fermer les yeux.

D’observer la respiration.

De porter attention à certaines sensations.

D’imaginer un lieu.

De compter.

Ou simplement d’écouter sa voix.

Il n’existe pas une induction universelle.

Certaines sont lentes.

D’autres rapides.

Certaines utilisent beaucoup de relaxation.

D’autres presque pas.

La relaxation n’est pas obligatoire

Hypnose et relaxation sont souvent associées.

Une personne peut effectivement devenir très détendue pendant une séance.

Mais la relaxation n’est pas une condition indispensable.

Une personne peut être hypnotiquement absorbée tout en restant relativement active.

Certaines interventions utilisent même le mouvement.

L’hypnose ne doit donc pas être réduite à une relaxation profonde accompagnée de suggestions.

L’approfondissement

Après l’induction, certains praticiens utilisent des procédures dites d’approfondissement.

Descendre symboliquement un escalier.

Compter.

Imaginer s’enfoncer confortablement dans un fauteuil.

Se déplacer progressivement vers un lieu imaginaire.

L’objectif est généralement d’augmenter l’absorption ou de stabiliser l’expérience.

Mais la profondeur hypnotique n’est pas une mesure simple et universelle de l’efficacité thérapeutique.

Une personne n’a pas besoin d’être « totalement partie » pour bénéficier d’une intervention.

La suggestion

La suggestion est un élément central.

Le thérapeute peut proposer une expérience :

« Vous pouvez peut-être remarquer que votre main devient plus légère. »

Ou une possibilité :

« Lorsque cette situation se représentera, vous pourrez retrouver plus facilement cette sensation de calme. »

Une suggestion n’est pas un ordre magique.

La personne l’interprète à travers son imagination, ses attentes et ses capacités.

Certaines suggestions fonctionnent mieux que d’autres.

Et certaines ne produisent rien.

Suggestion directe et indirecte

Une suggestion directe peut être formulée clairement :

« Votre respiration devient plus calme. »

Une suggestion indirecte laisse davantage de place :

« Certaines personnes remarquent qu’en prenant le temps d’écouter leur respiration, quelque chose commence naturellement à se modifier. »

Les deux formes peuvent être utilisées.

Le choix dépend du praticien, du patient et du contexte.

Il n’existe pas une règle selon laquelle l’indirect serait toujours plus profond ou plus respectueux.

Milton Erickson

Le psychiatre américain Milton H. Erickson a profondément influencé l’hypnose clinique moderne.

Son approche utilisait notamment :

métaphores ;

histoires ;

suggestions indirectes ;

utilisation de ce que la personne apportait ;

adaptation très individualisée.

L’hypnose dite ericksonienne est aujourd’hui extrêmement populaire.

Mais tout ce qui est commercialisé sous cette appellation ne correspond pas nécessairement exactement au travail historique d’Erickson.

Le terme a connu une diffusion beaucoup plus large que son contexte d’origine.

Utiliser plutôt que combattre

Une idée importante de l’approche ericksonienne est celle d’utilisation.

Supposons qu’une personne soit très agitée.

Le thérapeute n’est pas obligé de dire :

« Calmez-vous. »

Il peut intégrer cette agitation au processus.

« Vous pouvez remarquer cette énergie présente maintenant et laisser votre attention suivre ce mouvement… »

Au lieu de considérer tout ce qui ne correspond pas au plan comme une résistance, le thérapeute peut travailler avec ce qui est déjà là.

La personne reste active

L’image d’un patient passif recevant une programmation mentale est trompeuse.

La personne hypnotisée participe à l’expérience.

Elle imagine.

Interprète.

Répond.

Accepte certaines suggestions et pas d’autres.

Son histoire, ses attentes et ses capacités influencent ce qui se produit.

L’hypnose est donc mieux comprise comme une interaction que comme une prise de contrôle.

Peut-on perdre sa volonté ?

La croyance selon laquelle l’hypnotiseur pourrait prendre possession de la volonté d’une personne est très répandue.

Les spectacles d’hypnose renforcent cette impression.

Mais les comportements observés sur scène se produisent dans un contexte particulier : volontariat, attentes, sélection de participants réceptifs, pression sociale, jeu et mise en scène.

Cela ne signifie pas qu’une personne hypnotisée devient incapable de toute décision.

Le consentement et le cadre restent essentiels.

L’hypnose ne rend pas invulnérable à l’influence

Dire que l’hypnose ne supprime pas automatiquement la volonté ne signifie pas qu’aucune influence n’est possible.

Une personne se trouve dans une relation avec un professionnel auquel elle peut accorder une autorité importante.

Les suggestions, les attentes et la confiance peuvent influencer son expérience.

C’est précisément pourquoi l’éthique et la compétence du praticien sont importantes.

Le mythe du contrôle absolu est faux.

Mais nier toute influence serait tout aussi simpliste.

L’hypnose et la douleur

La douleur constitue l’un des domaines importants de l’hypnose clinique.

Certaines procédures peuvent modifier :

l’attention portée à la douleur ;

son intensité ressentie ;

son caractère désagréable ;

l’anxiété qui l’accompagne ;

la manière dont la personne anticipe certaines situations douloureuses.

L’imagerie peut également être utilisée pour transformer symboliquement certaines caractéristiques de l’expérience.

Modifier l’expérience ne signifie pas nier la douleur

Si une intervention hypnotique réduit une douleur, cela ne signifie pas que celle-ci était imaginaire.

La douleur est une expérience réelle et complexe dans laquelle interviennent des processus sensoriels, émotionnels, cognitifs et contextuels.

Agir sur certaines dimensions psychologiques de la douleur n’annule pas l’existence éventuelle d’une cause physique.

L’hypnose ne doit donc pas devenir une manière de dire :

« Puisque vous pouvez modifier la douleur avec votre esprit, elle n’existe pas vraiment. »

Hypnose et soins médicaux

L’hypnose est parfois utilisée comme complément dans certains contextes médicaux ou procéduraux.

Gestion de la douleur.

Anxiété avant certains soins.

Accompagnement de gestes médicaux.

Mais son utilisation dépend de la situation, des compétences professionnelles et des protocoles.

Une hypnose efficace sur l’anxiété ne remplace évidemment pas le traitement médical nécessaire à la cause d’un problème.

Hypnose et anxiété

L’hypnose peut être utilisée pour travailler certaines manifestations anxieuses.

Relaxation.

Imagerie.

Anticipation d’une situation.

Sentiment de sécurité.

Modification de certaines réponses automatiques.

Elle peut être intégrée à une psychothérapie plus large.

Son intérêt dépend notamment du type d’anxiété et de la manière dont elle est utilisée.

L’hypnose n’est pas automatiquement un traitement complet de tout trouble anxieux.

Hypnose et phobies

Une personne peut imaginer progressivement une situation redoutée sous hypnose.

Elle peut travailler des sensations de contrôle ou répéter mentalement certaines réponses.

Mais si le problème repose notamment sur un évitement important, le travail imaginaire ne remplace pas toujours la confrontation adaptée avec la situation réelle.

L’hypnose peut être un outil.

Elle ne doit pas devenir un moyen sophistiqué de continuer à éviter ce qui doit progressivement être affronté.

Hypnose et traumatisme

L’hypnose peut être utilisée dans certains accompagnements du traumatisme.

Elle peut contribuer à :

la stabilisation ;

la régulation ;

la création d’images de sécurité ;

le travail sur certaines réactions ;

la restauration d’un sentiment de contrôle.

Mais elle exige une grande prudence.

Une personne traumatisée n’a pas nécessairement besoin d’entrer plus profondément dans ses souvenirs.

Elle peut d’abord avoir besoin de pouvoir revenir au présent.

Hypnose et dissociation

Hypnose et phénomènes dissociatifs possèdent certaines proximités phénoménologiques, ce qui demande une attention particulière chez certaines personnes.

Un thérapeute doit pouvoir reconnaître une dissociation importante et adapter son intervention.

Encourager systématiquement une personne à « partir loin », quitter son corps ou se détacher de la situation peut être inadapté si elle a précisément tendance à perdre facilement son ancrage dans le présent.

L’objectif thérapeutique n’est pas toujours d’aller plus profondément.

Parfois, il consiste à revenir davantage ici.

Le grand problème des souvenirs

L’hypnose possède une histoire particulièrement délicate concernant la mémoire.

L’idée selon laquelle elle permettrait de retrouver fidèlement des souvenirs oubliés est très séduisante.

Elle est aussi dangereuse.

La mémoire humaine n’est pas un enregistrement vidéo stocké intact dans le cerveau.

Elle est reconstructive.

Sous hypnose comme hors hypnose, une personne peut produire :

des souvenirs ;

des associations ;

des images ;

des reconstructions ;

des erreurs ;

des éléments imaginés ;

ou des mélanges de plusieurs sources.

La confiance dans un souvenir n’en garantit pas l’exactitude

L’un des risques importants est qu’une personne puisse sortir d’une séance avec une forte impression de certitude.

« Je l’ai vu clairement, donc cela s’est forcément passé ainsi. »

Mais la vivacité d’une image ne constitue pas une preuve historique.

L’émotion associée non plus.

Une personne peut être profondément bouleversée par une représentation qui n’est pas pour autant une reproduction exacte d’un événement.

Cette distinction est essentielle.

La régression en âge

Certaines pratiques hypnotiques proposent de « revenir » à une période antérieure.

La personne peut être invitée à imaginer qu’elle retrouve un âge particulier.

Cette expérience peut avoir une valeur symbolique ou thérapeutique dans certains cadres.

Mais elle ne transforme pas l’esprit en machine permettant de revoir objectivement le passé.

Une personne adulte imaginant une scène de ses cinq ans reste une personne adulte utilisant sa mémoire et son imagination aujourd’hui.

« Vie antérieure » et hypnose

Certaines pratiques utilisent également l’hypnose pour explorer ce qui est présenté comme des vies antérieures.

Ces expériences peuvent avoir une signification personnelle, symbolique ou spirituelle pour certaines personnes.

Mais l’hypnose ne fournit pas une méthode scientifique permettant d’établir qu’une scène imaginée correspond objectivement à une existence antérieure.

Dans un cadre psychothérapeutique rigoureux, la distinction entre expérience subjective et fait démontré doit être conservée.

Ne pas suggérer un événement

Le thérapeute doit être particulièrement prudent avec les questions orientées.

« Que vous a fait cette personne ? »

présuppose déjà qu’elle a fait quelque chose.

« Est-ce que quelqu’un vous a touché ? »

introduit une possibilité précise.

Plus une personne est incertaine et cherche une réponse, plus les suggestions du thérapeute peuvent influencer ce qu’elle construit.

L’hypnose ne doit jamais devenir une enquête destinée à fabriquer une certitude.

Hypnose et habitudes

L’hypnose est fréquemment proposée pour certaines habitudes.

Tabac.

Grignotage.

Comportements répétitifs.

Le marketing promet parfois :

« Une séance et vous n’aurez plus jamais envie de fumer. »

Certaines personnes rapportent effectivement des changements rapides.

Mais aucune intervention ne devrait garantir à tous un résultat identique.

Une habitude peut être entretenue par de multiples facteurs que quelques suggestions ne suffisent pas toujours à modifier.

Arrêt du tabac

L’hypnose est populaire dans l’aide à l’arrêt du tabac.

Elle peut renforcer une décision, travailler certaines associations ou accompagner la gestion de situations déclenchantes.

Mais il faut distinguer témoignages, succès individuels et niveau global des preuves scientifiques.

L’existence de personnes ayant arrêté après une séance ne permet pas de conclure que cette méthode fonctionne ainsi pour tout le monde.

Hypnose et alimentation

L’hypnose est également proposée dans le domaine alimentaire ou pour la gestion du poids.

Il faut être particulièrement prudent avec les promesses de transformation rapide.

Le comportement alimentaire peut être influencé par la faim, les habitudes, l’environnement, les émotions, les contraintes économiques, le sommeil, des traitements, des facteurs biologiques et de nombreux autres éléments.

Une suggestion hypnotique ne remplace pas l’analyse de ces facteurs.

Hypnose et sommeil

Certaines personnes utilisent l’hypnose ou l’autohypnose pour favoriser l’endormissement ou diminuer l’activation mentale.

Les suggestions de détente et les images peuvent aider certains utilisateurs.

Mais l’hypnose ne doit pas empêcher d’examiner les causes possibles d’un trouble du sommeil persistant.

L’outil peut soutenir.

Il n’explique pas nécessairement le problème.

Hypnose et troubles fonctionnels

Des interventions hypnotiques ont également été étudiées dans certaines problématiques fonctionnelles, notamment digestives.

Dans certains domaines précis, des protocoles structurés ont été développés et évalués.

Cela illustre une distinction importante :

parler de « l’efficacité de l’hypnose » en général est trop vague.

Il faut demander :

pour quelle difficulté, avec quel protocole, comparé à quoi et avec quelles données ?
Hypnose conversationnelle

Toutes les interventions hypnotiques ne comportent pas une induction formelle avec fermeture des yeux.

Certaines utilisent un style conversationnel.

Métaphores.

Focalisation de l’attention.

Suggestions intégrées dans le dialogue.

Ce type de travail peut être qualifié d’hypnose conversationnelle.

Mais le terme est parfois utilisé très largement dans le marketing.

Une conversation persuasive n’est pas automatiquement de l’hypnose.

Les métaphores

Une métaphore peut permettre de représenter autrement une difficulté.

Une personne se décrit comme « enfermée ».

Le thérapeute peut construire une image autour d’une porte, d’un passage ou d’un espace qui s’ouvre.

La métaphore n’a pas besoin d’être interprétée littéralement.

Elle offre une manière différente de penser et d’imaginer une possibilité.

Les suggestions post-hypnotiques

Une suggestion peut concerner une situation future.

« Lorsque vous serez devant cette porte demain, vous pourrez vous souvenir de cette respiration et prendre quelques secondes avant d’entrer. »

Cette suggestion cherche à transférer quelque chose de la séance vers la vie quotidienne.

Elle n’installe pas un programme incontrôlable dans le cerveau.

La personne reste un acteur de ce qu’elle fera ensuite.

L’hypnose ne « reprogramme » pas simplement le cerveau

Le vocabulaire de reprogrammation est extrêmement fréquent.

« Reprogrammez votre inconscient. »

« Effacez les anciens programmes. »

« Installez de nouvelles croyances. »

Ces métaphores informatiques peuvent être faciles à comprendre.

Mais elles risquent de donner une représentation excessivement mécanique du fonctionnement humain.

Un cerveau n’est pas un ordinateur dont le thérapeute remplace quelques lignes de code.

L’inconscient

Le mot inconscient est également très utilisé en hypnose.

Mais il possède plusieurs sens selon les traditions psychologiques.

Dans certaines pratiques hypnotiques, « l’inconscient » devient presque un personnage doté d’intentions et d’une connaissance supérieure.

Ce langage peut avoir une utilité métaphorique.

Il ne faut pas automatiquement le prendre comme description scientifique littérale d’une entité intérieure qui saurait tout et déciderait à notre place.

« Votre inconscient sait »

Cette phrase peut parfois rassurer.

Elle peut également devenir problématique.

L’inconscient ne possède pas nécessairement la solution parfaite à toutes les questions.

Nous pouvons avoir des automatismes contradictoires, des apprentissages anciens, des peurs et des biais.

Une psychothérapie ne consiste pas simplement à contourner la conscience pour demander la réponse à une instance intérieure omnisciente.

La suggestibilité

Les personnes diffèrent dans leur manière de répondre aux suggestions hypnotiques.

Certaines vivent facilement des expériences très fortes.

D’autres beaucoup moins.

Cela ne signifie pas que les premières sont faibles ou crédules.

La réceptivité hypnotique est une capacité particulière qui ne se réduit pas à l’intelligence ou à la volonté.

Une personne peu réceptive n’échoue pas moralement à l’hypnose.

Peut-on hypnotiser tout le monde ?

Pas de la même manière ni au même degré.

Les réponses varient considérablement.

Une personne peut être très réceptive à certains types de suggestions et moins à d’autres.

La motivation, les attentes, le contexte et les capacités individuelles interviennent.

Les affirmations :

« Tout le monde est hypnotisable »

ou :

« Seules les personnes faibles le sont »

simplifient toutes deux excessivement la réalité.

Les tests de suggestibilité

Dans certains contextes de recherche ou de pratique, des échelles évaluent la réponse à différentes suggestions hypnotiques.

Elles peuvent explorer des phénomènes comme l’imagination d’un mouvement, la sensation de lourdeur ou certaines modifications perceptives.

Ces outils décrivent une réponse dans un contexte donné.

Ils ne mesurent pas la valeur psychologique de la personne.

Hypnose de spectacle et hypnose thérapeutique

L’hypnose de spectacle cherche à produire une expérience visible et divertissante.

L’hypnothérapie poursuit un objectif thérapeutique.

Les contextes sont donc profondément différents.

Un spectacle sélectionne souvent des personnes très réceptives et volontaires.

Le thérapeute, lui, doit s’adapter à la personne qui vient consulter.

Son objectif n’est pas de démontrer son pouvoir.

Le thérapeute n’a rien à prouver

Une séance dans laquelle le patient reste parfaitement conscient de ce qui se passe n’est pas ratée.

Il n’est pas nécessaire qu’il oublie son nom, que son bras se bloque ou qu’il perde la notion du temps.

Ces phénomènes peuvent être intéressants dans certains contextes.

Ils ne constituent pas le but de la psychothérapie.

Le critère est le bénéfice thérapeutique, pas le caractère impressionnant de l’expérience.

Hypnose et contrôle

Certaines personnes viennent précisément parce qu’elles veulent « lâcher prise ».

D’autres redoutent de perdre le contrôle.

Le thérapeute peut travailler avec cette peur plutôt que la combattre.

Une personne peut commencer par une expérience très légère.

Garder les yeux ouverts.

Bouger quand elle le souhaite.

Interrompre l’exercice.

L’hypnose n’exige pas une soumission.

Le signal d’arrêt

Il peut être utile que la personne sache clairement qu’elle peut arrêter l’expérience.

Ouvrir les yeux.

Parler.

Changer de position.

Dire non.

Cette possibilité augmente parfois paradoxalement la capacité à s’engager.

La sécurité ne vient pas de la promesse :

« Il ne peut rien arriver. »

Elle vient aussi du fait :

« Si quelque chose ne me convient pas, je peux agir. »

L’alliance thérapeutique

Comme pour les autres psychothérapies, la technique ne fonctionne pas dans le vide.

La confiance, la compréhension des objectifs et le sentiment de sécurité comptent.

Une induction extrêmement sophistiquée ne compense pas nécessairement une mauvaise relation thérapeutique.

L’hypnose reste une intervention humaine réalisée dans une relation.

Hypnose et consentement

Le patient doit savoir suffisamment ce qui lui est proposé.

Le professionnel peut expliquer :

pourquoi il souhaite utiliser l’hypnose ;

ce qu’elle implique ;

quels sont les objectifs ;

quelles alternatives existent.

Une personne peut refuser l’hypnose.

Ce refus ne signifie pas automatiquement qu’elle « résiste à son inconscient ».

La formation du praticien

Le mot hypnothérapeute peut recouvrir des formations très différentes selon les pays et les cadres juridiques.

Une personne peut avoir appris des techniques hypnotiques sans posséder une formation complète en santé mentale.

Cette distinction est fondamentale.

Savoir induire une expérience hypnotique n’équivaut pas à savoir évaluer et traiter une dépression sévère, un traumatisme complexe ou un trouble psychotique.

Technique hypnotique et compétence clinique

C’est l’un des points les plus importants.

Une technique peut être relativement rapide à apprendre.

Savoir quand l’utiliser, pourquoi, avec qui, jusqu’où aller et quand s’arrêter demande beaucoup plus.

Plus le problème traité est complexe, plus la formation clinique générale du praticien devient importante.

L’hypnose ne transforme pas automatiquement son utilisateur en psychothérapeute.

Les promesses spectaculaires

Certaines publicités promettent :

« Guérir une phobie en une séance. »

« Effacer un traumatisme. »

« Trouver la cause de votre maladie dans l’inconscient. »

« Reprogrammer votre cerveau pour réussir. »

« Retrouver tous vos souvenirs. »

Ces promesses mélangent souvent des possibilités thérapeutiques réelles avec des extrapolations beaucoup plus importantes.

La prudence est particulièrement nécessaire lorsqu’une méthode semble capable de résoudre presque n’importe quel problème par le même mécanisme.

L’hypnose et les maladies physiques

L’hypnose peut influencer certaines expériences comme la douleur, le stress ou l’anxiété.

Elle peut donc avoir une place complémentaire dans certaines situations.

Mais prétendre qu’une maladie physique est produite par un « programme inconscient » que l’hypnose pourrait supprimer est une affirmation d’une tout autre nature.

Les deux ne doivent pas être confondus.

Une amélioration subjective ne prouve pas la disparition d’une maladie.

Hypnose et psychothérapie intégrative

L’hypnose peut être intégrée à différentes approches.

TCC.

Approches psychodynamiques.

Thérapies du traumatisme.

Approches humanistes.

Gestion de la douleur.

Le sens de l’intervention dépend alors du modèle thérapeutique global.

Dans une thérapie intégrative cohérente, le thérapeute sait pourquoi il introduit l’hypnose à ce moment précis.

Il ne l’ajoute pas simplement parce que la technique impressionne.

Autohypnose et hypnothérapie

L’hypnothérapie peut également conduire à l’apprentissage de l’autohypnose.

Le patient devient progressivement capable d’utiliser seul certaines procédures.

Cela peut être particulièrement intéressant lorsque l’objectif concerne la régulation, la douleur, le stress ou certaines situations répétitives.

Le passage vers l’autonomie évite que chaque besoin d’hypnose exige une nouvelle séance avec le thérapeute.

La dépendance au thérapeute hypnotique

L’image du praticien possédant un pouvoir particulier peut favoriser une dépendance.

« Lui seul peut entrer dans mon inconscient. »

« Sans sa voix, je ne peux rien faire. »

Une pratique thérapeutique sérieuse devrait au contraire éviter de cultiver cette mystique.

Le thérapeute accompagne des capacités qui appartiennent aussi à la personne.

Il n’est pas propriétaire de son monde intérieur.

Les enregistrements audio

Certains thérapeutes proposent des enregistrements destinés à être réécoutés.

Ils peuvent faciliter l’entraînement ou la relaxation.

Mais un enregistrement standardisé n’est pas équivalent à une séance individualisée.

La prudence s’impose également lorsqu’une personne écoute une séance nécessitant une forte absorption dans une situation où son attention doit rester disponible, notamment pendant la conduite ou l’utilisation de machines.

Hypnose en ligne

L’hypnothérapie peut également être pratiquée à distance dans certaines situations.

Le professionnel doit alors réfléchir au cadre :

confidentialité ;

connexion ;

environnement de la personne ;

possibilité de revenir facilement au contact ;

gestion d’une réaction difficile.

L’écran ne supprime pas les exigences du travail thérapeutique.

Les enfants

Les enfants peuvent être particulièrement à l’aise avec l’imagination, les histoires et les métaphores.

Des interventions hypnotiques adaptées à l’âge peuvent donc être utilisées dans certains contextes.

Mais l’enfant doit rester un participant et non devenir l’objet d’une technique demandée uniquement par les parents.

L’objectif ne devrait pas être :

« Hypnotisez-le pour qu’il obéisse. »

La pratique thérapeutique respecte également son expérience et son développement.

Les personnes âgées

L’hypnose peut aussi être adaptée aux personnes âgées.

Comme toujours, il faut tenir compte des capacités cognitives, sensorielles et médicales de la personne.

L’âge chronologique n’est pas en soi une indication ou une contre-indication universelle.

Le protocole doit être adapté à l’individu.

Quand être particulièrement prudent

Une prudence accrue peut être nécessaire lorsque la personne présente notamment :

une dissociation importante ;

une grande instabilité psychique ;

des difficultés majeures à distinguer certaines expériences internes de la réalité extérieure ;

ou une vulnérabilité particulière aux suggestions.

Cela ne signifie pas qu’aucune intervention hypnotique ne puisse jamais être utilisée.

Cela signifie que l’évaluation et la compétence clinique deviennent particulièrement importantes.

Comment choisir un praticien ?

Quelques questions peuvent être utiles.

Quelle est sa profession de base ?

Quelle formation possède-t-il en hypnose ?

Quelle expérience a-t-il avec la difficulté concernée ?

Comment explique-t-il son travail ?

Promet-il un résultat garanti ?

Comment aborde-t-il la mémoire ?

Prétend-il retrouver avec certitude des traumatismes oubliés ?

Présente-t-il l’hypnose comme complément ou comme réponse universelle ?

Les réponses renseignent souvent autant que l’étiquette « hypnothérapeute ».

Une pratique crédible accepte ses limites

Un praticien sérieux peut dire :

« Je ne sais pas si cette méthode vous aidera. »

« Nous allons évaluer. »

« Cette situation nécessite également un autre professionnel. »

« Cette image apparue sous hypnose n’est pas une preuve historique. »

Reconnaître les limites d’une technique ne la dévalorise pas.

Cela permet au contraire de l’utiliser là où elle peut réellement être pertinente.

Que dit la recherche ?

L’hypnose a fait l’objet d’un corpus de recherches important, mais les résultats varient selon les indications et les protocoles.

Des applications disposent d’un soutien empirique intéressant, notamment dans certains domaines liés à la douleur et à des contextes cliniques précis.

Pour d’autres utilisations, les données sont plus limitées, variables ou insuffisantes pour soutenir les promesses commerciales courantes.

Il est donc peu utile de demander :

« Est-ce que l’hypnose marche ? »

La meilleure question est :

« Que sait-on de cette intervention hypnotique pour ce problème précis ? »

Hypnose et effet placebo

L’hypnose est parfois réduite au placebo.

À l’inverse, certains défenseurs prétendent que ses effets prouveraient l’existence d’un état mental extraordinaire.

Ces deux positions sont trop simples.

Attentes, contexte, relation thérapeutique, attention, imagination, suggestion et apprentissage peuvent tous participer aux résultats.

La recherche tente précisément de distinguer ces composantes.

Le fait que le contexte contribue à une intervention ne signifie pas que tout effet serait fictif.

L’expérience subjective mérite d’être respectée

Une personne peut vivre sous hypnose une sensation extrêmement forte.

Légèreté.

Chaleur.

Modification de la douleur.

Impression que le temps est passé très vite.

Image particulièrement vivante.

Cette expérience est réelle comme expérience subjective.

La prudence consiste seulement à ne pas lui faire dire davantage.

Une image intense n’est pas nécessairement un souvenir exact.

Une sensation inhabituelle n’est pas la preuve d’un phénomène surnaturel.

Une amélioration n’établit pas automatiquement le mécanisme qui l’a produite.

L’hypnose comme amplification de certaines capacités

Une manière prudente de comprendre l’hypnose consiste à considérer qu’elle utilise de manière structurée plusieurs capacités humaines déjà présentes :

attention ;

imagination ;

absorption ;

anticipation ;

suggestion ;

perception ;

apprentissage.

Ces capacités peuvent parfois produire des expériences étonnantes.

Mais étonnant ne signifie pas inexplicable.

Et explicable ne signifie pas sans valeur.

Sortir de l’hypnose

À la fin de la séance, le thérapeute aide généralement la personne à réorienter son attention vers l’environnement ordinaire.

Respiration.

Mouvements.

Ouverture des yeux.

Retour aux sensations de la pièce.

Certaines personnes reviennent très rapidement.

D’autres ont besoin de quelques instants.

Il ne s’agit pas de « récupérer son esprit ».

Il s’agit simplement de terminer une expérience attentionnelle particulière et de revenir pleinement à l’activité courante.

Le véritable objectif

Une séance réussie n’est pas celle dans laquelle le thérapeute démontre qu’il peut provoquer le phénomène le plus impressionnant.

Elle est celle qui sert réellement l’objectif pour lequel la personne consulte.

Parfois, l’hypnose sera centrale.

Parfois, complémentaire.

Parfois inutile.

Et parfois une autre méthode sera plus adaptée.

Une technique devient thérapeutique non parce qu’elle est spectaculaire, mais parce qu’elle est utilisée avec une indication, un objectif, un cadre et une compétence appropriés.

À retenir

L’hypnothérapie utilise l’hypnose dans un objectif thérapeutique en mobilisant notamment l’attention focalisée, l’absorption, l’imagination et la suggestion.

Elle ne correspond ni au sommeil ni à une perte automatique de volonté.

La personne participe activement à l’expérience et conserve la possibilité de communiquer, de refuser ou d’interrompre.

L’hypnose peut avoir des applications intéressantes dans plusieurs domaines, notamment certaines formes de gestion de la douleur, de l’anxiété et différents contextes cliniques, mais son niveau d’efficacité doit être examiné indication par indication.

Une prudence majeure concerne la mémoire : l’hypnose ne permet pas de récupérer avec certitude un enregistrement fidèle du passé. Une image ou un souvenir apparu sous hypnose ne constitue pas une preuve historique.

Le titre d’hypnothérapeute ne garantit pas non plus à lui seul une compétence générale en psychothérapie. Savoir induire une expérience hypnotique et savoir accompagner une difficulté psychologique complexe sont deux compétences différentes.

Enfin, l’hypnose gagne à être débarrassée aussi bien de sa réputation de pouvoir mystérieux que des promesses de « reprogrammation » universelle.

Le thérapeute ne prend pas possession d’un esprit pour y installer de nouvelles commandes. Il aide une personne à utiliser autrement certaines capacités qu’elle possède déjà — son attention, son imagination, ses perceptions et ses possibilités de réponse — afin qu’elles deviennent, lorsqu’elles sont adaptées au problème, des instruments supplémentaires de son propre changement.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.