LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
GESTALT-THÉRAPIE
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La Gestalt-thérapie est une approche psychothérapeutique développée à partir des années 1940 et 1950, notamment par Fritz Perls, Laura Perls et Paul Goodman.
Elle appartient à la famille des psychothérapies humanistes et expérientielles.
Le mot allemand Gestalt peut être traduit approximativement par forme, configuration ou ensemble organisé. L’idée centrale est qu’une expérience humaine ne peut pas toujours être comprise en isolant ses différents éléments : pensées, émotions, sensations corporelles, comportements, relations et environnement participent ensemble à la situation vécue.
La Gestalt-thérapie s’intéresse donc moins à une personne considérée comme un objet isolé qu’à la manière dont elle entre en relation avec son environnement, répond à ses besoins, construit ses expériences et rencontre les autres.
Elle accorde une place importante à ce qui se passe ici et maintenant, y compris à ce qui se produit entre le patient et le thérapeute pendant la séance.
Cette attention au présent ne signifie cependant pas que le passé serait sans importance.
Le passé est travaillé lorsqu’il continue à prendre forme dans le présent : dans une émotion, une manière d’entrer en relation, une attente, une peur, une interruption ou une situation qui semble constamment se répéter.
Une approche de l’expérience
La Gestalt-thérapie ne cherche pas seulement à expliquer pourquoi une personne fonctionne d’une certaine manière.
Elle cherche également à lui permettre d’observer comment son expérience se construit.
Une personne dit :
« Personne ne m’écoute. »
Le thérapeute peut évidemment explorer son histoire.
Mais il peut aussi observer ce qui se produit pendant la séance.
Parle-t-elle très rapidement ?
Change-t-elle immédiatement de sujet lorsqu’une émotion apparaît ?
Suppose-t-elle que le thérapeute ne s’intéresse pas à ce qu’elle dit avant même de vérifier sa réaction ?
S’interrompt-elle lorsqu’elle commence à parler d’elle ?
L’expérience présente devient alors un matériau thérapeutique.
L’ici et maintenant
L’expression « ici et maintenant » est fortement associée à la Gestalt.
Elle est parfois mal comprise comme une invitation à oublier le passé et à vivre uniquement dans l’instant.
Ce n’est pas nécessairement le sens thérapeutique.
Une personne peut raconter un événement survenu vingt ans auparavant.
Pendant qu’elle le raconte aujourd’hui, quelque chose se passe maintenant.
Sa respiration change.
Elle évite le regard.
Elle serre les mains.
Elle devient en colère.
Elle plaisante soudainement.
Elle dit :
« Cela ne me fait plus rien »
tout en ayant les larmes aux yeux.
Le thérapeute peut s’intéresser à cette expérience présente.
Le passé est donc rencontré à travers la manière dont il existe encore aujourd’hui.
Le présent n’annule pas l’histoire
Certaines difficultés ne peuvent pas être comprises sans tenir compte de l’histoire personnelle, familiale, sociale ou traumatique.
L’attention au présent ne doit pas devenir :
« Peu importe ce qui vous est arrivé, seul maintenant compte. »
Ce serait une simplification.
Le présent porte des traces de l’apprentissage, des relations et des expériences antérieures.
L’enjeu est de ne pas rester uniquement dans une explication historique lorsque quelque chose peut également être observé dans la séance actuelle.
La personne dans son environnement
La Gestalt-thérapie s’intéresse à la relation entre l’individu et son environnement.
Nous n’existons pas psychologiquement dans le vide.
Nos réactions prennent forme dans des situations.
Une personne peut être extrêmement réservée dans un environnement et très expressive dans un autre.
Autonome dans son travail et dépendante dans certaines relations.
Confiance avec ses amis et profondément inquiète dans son couple.
Demander :
« Comment est cette personne ? »
peut donc être moins informatif que demander :
« Comment fonctionne-t-elle dans cette situation et dans cette relation ? »
Le champ
Certaines conceptions gestaltistes utilisent la notion de champ.
L’expérience est comprise comme produite dans un ensemble de conditions :
la personne ;
les autres ;
le contexte ;
l’histoire ;
l’environnement social ;
la situation immédiate.
Cela permet d’éviter de considérer automatiquement toute difficulté comme une propriété interne permanente de l’individu.
Une personne qui se tait dans un environnement humiliant n’a pas nécessairement un « problème d’expression ».
Le contexte compte.
La frontière-contact
Une autre notion importante est celle de frontière-contact.
La personne est distincte de son environnement tout en étant continuellement en relation avec lui.
Nous rencontrons des personnes.
Nous recevons des informations.
Nous exprimons des besoins.
Nous acceptons.
Refusons.
Nous nous rapprochons.
Nous nous éloignons.
La frontière n’est donc pas simplement une barrière.
C’est aussi le lieu de la rencontre.
Le contact
Dans la Gestalt-thérapie, le contact désigne le processus par lequel une personne rencontre ce qui est différent d’elle.
Une conversation constitue un contact.
Une demande.
Un refus.
Une expérience sensorielle.
Une relation.
Pour qu’un contact soit possible, il faut à la fois une ouverture et une différenciation.
Si aucune frontière n’existe, il n’y a plus réellement deux personnes en relation.
Si la frontière est totalement fermée, la rencontre devient impossible.
La santé relationnelle suppose donc une certaine souplesse.
Se rapprocher et se retirer
Le contact n’est pas destiné à être permanent.
Après une rencontre, nous pouvons avoir besoin de nous retirer.
Après une activité intense, de nous reposer.
Après une conversation, de rester seuls.
Le retrait n’est donc pas automatiquement pathologique.
Il peut faire partie d’un fonctionnement normal.
La difficulté apparaît davantage lorsque certaines possibilités deviennent rigides.
Toujours se retirer.
Toujours fusionner.
Toujours satisfaire l’autre.
Toujours refuser de dépendre de quelqu’un.
La Gestalt s’intéresse particulièrement à ces répétitions.
La figure et le fond
La psychologie de la Gestalt, qui a influencé historiquement certains concepts, distingue notamment figure et fond.
Dans l’expérience, certains éléments deviennent momentanément centraux tandis que d’autres restent en arrière-plan.
Une personne travaille tranquillement.
Puis elle remarque qu’elle a faim.
La faim devient figure.
Elle mange.
Le besoin satisfait peut ensuite retourner à l’arrière-plan.
Psychologiquement, un problème peut également occuper constamment le premier plan et empêcher d’autres expériences d’émerger.
Ce qui demande notre attention
Une émotion peut devenir figure.
Une inquiétude.
Une relation.
Une tâche inachevée.
Le travail thérapeutique peut aider à observer ce qui cherche constamment à prendre le premier plan.
Pourquoi cette situation revient-elle ?
Que demande-t-elle ?
Qu’est-ce qui reste inachevé ?
Il ne faut cependant pas imaginer un mécanisme automatique selon lequel chaque pensée récurrente cacherait nécessairement un besoin profond.
La répétition est une piste d’exploration, pas une preuve.
Les situations inachevées
La Gestalt a popularisé l’idée de situations inachevées.
Une expérience non résolue peut continuer à mobiliser l’attention.
Une conversation jamais terminée.
Une colère jamais exprimée.
Une séparation incomprise.
Une décision repoussée.
Un besoin resté sans réponse.
Le travail peut permettre d’explorer ce qui reste actif.
Mais « terminer » ne signifie pas toujours obtenir enfin de l’autre ce que l’on attendait.
Parfois, la personne doit construire elle-même une forme de conclusion.
On ne peut pas toujours fermer parfaitement une histoire
Certaines questions restent sans réponse.
Une personne est décédée.
Quelqu’un refuse de parler.
Une injustice n’a jamais été reconnue.
La vie ne fournit pas toujours une conclusion satisfaisante.
Le travail thérapeutique ne consiste donc pas à inventer artificiellement une fermeture.
Il peut aider à reconnaître :
« Je n’aurai peut-être jamais cette réponse, mais je dois décider de la place que cette absence de réponse continuera à occuper dans ma vie. »
La conscience de l’expérience
La Gestalt utilise souvent le terme awareness, difficile à traduire parfaitement par un seul mot.
Il désigne une forme de conscience attentive de ce qui se passe.
Que ressens-je ?
Que fais-je ?
Que se passe-t-il dans mon corps ?
Qu’est-ce que j’imagine ?
Que se passe-t-il entre nous ?
Que suis-je en train d’éviter ?
L’objectif n’est pas une auto-surveillance permanente.
Il s’agit d’augmenter la capacité à percevoir son propre processus.
Observer avant de modifier
Une personne dit :
« Je dois arrêter d’être comme ça. »
Le thérapeute peut d’abord chercher à comprendre précisément ce « comme ça ».
À quel moment apparaît-il ?
Dans quelles situations ?
Que fait la personne ?
Qu’évite-t-elle ?
Qu’obtient-elle ?
Qu’est-ce que ce fonctionnement protège éventuellement ?
Une transformation devient souvent plus réaliste lorsque le fonctionnement actuel est suffisamment compris.
Responsabilité et culpabilité
La Gestalt-thérapie accorde traditionnellement une place importante à la responsabilité.
Mais cette notion doit être maniée avec précision.
Être responsable de ce que l’on fait aujourd’hui ne signifie pas être coupable de tout ce qui nous est arrivé.
Une personne n’est pas responsable d’avoir subi une violence.
Elle peut en revanche, lorsqu’elle en a les possibilités, travailler progressivement sur la manière dont elle veut vivre après cette violence.
La responsabilité thérapeutique doit augmenter la capacité d’action.
Elle ne doit pas devenir une manière sophistiquée de culpabiliser.
« Je » plutôt que « on »
Certains thérapeutes peuvent inviter une personne à reformuler :
« On se sent toujours mal quand quelqu’un fait ça »
en :
« Je me sens mal quand cela m’arrive. »
Cette reformulation peut aider à se rapprocher de l’expérience personnelle.
Mais elle ne doit pas devenir une règle grammaticale obsessionnelle.
Le langage sert le travail.
La thérapie ne consiste pas à corriger chaque « on » comme une faute.
L’expérience corporelle
Le corps occupe une place importante dans de nombreuses pratiques gestaltistes.
Le thérapeute peut remarquer :
« Lorsque vous parlez de cette personne, votre respiration devient très courte. »
Ou :
« Vous souriez en racontant quelque chose que vous décrivez comme très douloureux. »
Cette observation peut être proposée à la personne.
Elle décide ensuite ce qu’elle en fait.
Le thérapeute ne devrait pas conclure automatiquement :
« Votre sourire prouve que vous cachez votre colère. »
Les contradictions apparentes
Une personne peut dire :
« Je m’en fiche »
tout en se mettant à pleurer.
Elle peut rire en racontant une humiliation.
Elle peut dire vouloir partir tout en trouvant immédiatement dix raisons de rester.
La Gestalt peut s’intéresser à ces contradictions sans décider qu’une partie est vraie et l’autre fausse.
Plusieurs mouvements peuvent coexister.
Le travail consiste parfois à permettre à chacun d’être suffisamment entendu.
L’expérimentation
La Gestalt-thérapie est connue pour son utilisation d’expériences thérapeutiques.
Une expérience n’est pas nécessairement préparée à l’avance.
Elle peut naître de ce qui se passe dans la séance.
Le thérapeute peut proposer :
« Voulez-vous essayer de dire cette phrase directement comme si la personne était devant vous ? »
Ou :
« Que se passe-t-il si vous restez quelques secondes avec ce silence ? »
Ou encore :
« Essayez de dire non et observez ce que cela vous fait. »
Le but est d’expérimenter plutôt que de seulement parler de ce qui pourrait arriver.
Une expérience est une proposition
Le mot est essentiel.
Une expérimentation thérapeutique ne devrait pas devenir une épreuve imposée.
La personne doit pouvoir refuser.
Modifier.
Arrêter.
Dire que cela lui paraît artificiel.
Le thérapeute ne doit pas utiliser la réaction au refus comme preuve automatique :
« Votre refus montre précisément votre résistance. »
Une méthode qui transforme tout désaccord en confirmation de sa théorie devient impossible à questionner.
La chaise vide
La technique de la chaise vide est probablement l’une des pratiques les plus connues associées à la Gestalt.
Une chaise inoccupée est placée devant la personne.
Elle peut imaginer qu’une autre personne y est assise et lui parler.
Elle peut dire ce qu’elle n’a jamais pu dire.
Puis, dans certaines formes de travail, changer de place et explorer une autre position.
La chaise vide peut également représenter une partie de soi, une émotion ou une situation.
La chaise n’est pas magique
L’exercice peut être puissant pour certaines personnes.
Il peut sembler complètement artificiel à d’autres.
La valeur thérapeutique ne vient pas du meuble lui-même.
Elle vient de ce que la mise en situation permet éventuellement d’exprimer, de ressentir ou de comprendre.
Une personne n’a pas besoin de croire que quelqu’un est réellement assis sur la chaise.
Elle participe à une représentation thérapeutique.
Parler à une personne absente
Une personne peut utiliser la chaise vide pour parler à un parent décédé, un ancien partenaire ou quelqu’un qu’elle ne reverra probablement plus.
Elle peut exprimer colère, affection, déception ou questions.
Cet exercice ne permet évidemment pas de connaître la réponse réelle de la personne absente.
Si la personne change ensuite de chaise pour imaginer une réponse, cette réponse représente sa propre construction.
Elle ne constitue pas une communication objective avec l’absent.
Les deux chaises
Une autre expérimentation utilise deux positions correspondant à deux aspects d’un conflit intérieur.
Sur une chaise :
« Je veux partir. »
Sur l’autre :
« Je veux rester. »
La personne change de place et développe chaque position.
L’objectif n’est pas de prétendre qu’elle possède deux personnalités.
L’exercice donne simplement une voix distincte à deux mouvements contradictoires.
Il peut rendre l’ambivalence plus claire.
Les polarités
La Gestalt s’intéresse souvent aux polarités.
Fort / vulnérable.
Autonome / dépendant.
Contrôle / spontanéité.
Donner / recevoir.
Une personne peut s’identifier fortement à l’un des pôles.
« Moi, je suis toujours forte. »
L’autre dimension devient difficile à reconnaître.
La thérapie peut explorer ce qui se passe lorsqu’elle expérimente davantage le pôle rejeté.
Il ne s’agit pas de devenir l’inverse de soi.
Il s’agit d’élargir les possibilités.
La flexibilité plutôt que le modèle idéal
Une personne peut avoir appris qu’il faut toujours être indépendante.
Elle devient incapable de demander de l’aide.
Une autre a appris à toujours préserver les relations.
Elle devient incapable de dire non.
Le problème n’est pas nécessairement la capacité elle-même.
L’autonomie est utile.
Le souci des autres aussi.
La difficulté vient de la rigidité :
je ne peux fonctionner que de cette manière.
Le travail thérapeutique cherche davantage de choix.
Introjection
Certains concepts gestaltistes décrivent différentes manières dont le contact avec l’environnement peut être perturbé ou rigidifié.
L’introjection désigne notamment le fait d’absorber des règles, valeurs ou croyances sans suffisamment les examiner.
« Il faut toujours finir ce que l’on commence. »
« Une bonne mère ne pense jamais à elle. »
« Demander de l’aide est une faiblesse. »
Nous recevons nécessairement des valeurs de notre environnement.
Le problème n’est donc pas d’introjecter quoi que ce soit.
Il apparaît lorsque certaines règles restent indiscutables alors qu’elles ne correspondent plus à la vie actuelle.
Projection
La projection peut consister à attribuer à l’extérieur quelque chose appartenant en partie à notre propre expérience.
« Tout le monde pense que je suis ridicule. »
Peut-être.
Mais peut-être aussi la personne porte-t-elle elle-même un jugement très sévère sur elle.
La thérapie peut explorer cette possibilité.
Il faut cependant rester prudent.
Une personne peut réellement être jugée, rejetée ou discriminée.
La projection ne doit jamais devenir une manière de nier la réalité extérieure.
Rétroflexion
La rétroflexion désigne, dans certains modèles gestaltistes, un mouvement qui revient vers soi alors qu’il pourrait être dirigé vers l’environnement.
Une personne en colère contre quelqu’un peut retourner systématiquement cette colère contre elle-même.
Elle pense :
« Je suis vraiment stupide d’être affectée. »
Le travail peut permettre de reconnaître que quelque chose aurait peut-être dû être adressé à l’extérieur.
Mais là encore, le concept doit rester une hypothèse clinique et non un diagnostic automatique.
Confluence
La confluence décrit une difficulté à maintenir suffisamment de différenciation entre soi et l’autre.
« Si tu es malheureux, je dois être malheureuse. »
« Si nous nous aimons, nous devons vouloir les mêmes choses. »
« Si je ne suis pas d’accord avec toi, notre relation est menacée. »
La thérapie peut aider à construire une relation dans laquelle la différence ne signifie pas nécessairement rupture.
Déflexion
La déflexion peut désigner une manière d’éviter un contact direct.
Changer de sujet.
Faire une plaisanterie.
Parler en généralités.
Intellectualiser.
Regarder ailleurs.
Ces comportements ne sont pas nécessairement problématiques.
L’humour peut être une ressource.
L’analyse également.
La question est de savoir si la personne peut choisir ou si elle doit systématiquement détourner le contact lorsqu’une expérience devient difficile.
Les mécanismes ne sont pas des défauts
Ces concepts peuvent devenir dangereux lorsqu’ils sont utilisés comme étiquettes.
« Vous êtes en projection. »
« Vous êtes confluent. »
« Vous déflexez. »
La personne se retrouve enfermée dans le vocabulaire du thérapeute.
Il est plus utile de considérer ces notions comme des manières possibles de comprendre un processus.
Un mécanisme peut avoir été protecteur.
Il peut rester utile dans certaines situations.
Le problème apparaît surtout lorsqu’il devient rigide et coûteux.
Le cycle de l’expérience
Certains modèles gestaltistes décrivent un cycle de l’expérience ou cycle du contact.
Une sensation apparaît.
Elle devient plus claire.
Un besoin ou une direction émerge.
La personne mobilise son énergie.
Elle agit.
Le contact se produit.
Puis vient la satisfaction éventuelle et le retrait.
Ce modèle peut aider à repérer où certaines expériences se bloquent régulièrement.
Mais il ne faut pas transformer la vie humaine en succession mécanique d’étapes obligatoires.
Reconnaître un besoin
Une personne peut avoir du mal à percevoir ses propres besoins.
Elle remarque seulement qu’elle est irritable.
En explorant, elle découvre qu’elle est épuisée et qu’elle n’a accepté aucune pause depuis plusieurs semaines.
Une autre pense avoir besoin d’être rassurée alors qu’elle a surtout besoin de poser une limite.
Le travail consiste parfois simplement à permettre au besoin de devenir suffisamment visible.
Besoin ne signifie pas exigence
Reconnaître :
« J’ai besoin de soutien »
ne signifie pas :
« Cette personne précise est obligée de me donner tout le soutien que je demande. »
La Gestalt travaille la relation entre soi et l’environnement.
Un besoin doit rencontrer une réalité extérieure.
L’autre possède également ses besoins, ses limites et sa liberté.
L’ajustement se construit dans cette rencontre.
L’ajustement créateur
La notion d’ajustement créateur occupe une place importante dans la pensée gestaltiste.
Une personne cherche continuellement à s’adapter aux situations qu’elle rencontre.
Certaines stratégies ont pu être intelligentes à une époque.
Un enfant apprend à ne jamais montrer sa colère parce que cela lui permet d’éviter des conséquences dangereuses.
À l’âge adulte, cette stratégie peut persister même lorsque le contexte a changé.
Elle a été créatrice autrefois.
Elle peut être devenue limitante aujourd’hui.
Respecter l’ancienne solution
Cette perspective évite de traiter chaque fonctionnement problématique comme une absurdité.
La question devient :
« À quoi cette manière de faire a-t-elle servi ? »
Puis :
« En avez-vous encore besoin de la même manière aujourd’hui ? »
Comprendre la fonction ancienne d’un comportement permet parfois de le modifier sans se mépriser pour l’avoir développé.
La relation thérapeutique
La relation entre le patient et le thérapeute constitue elle-même un lieu de travail.
La personne peut, par exemple, penser :
« Vous allez me juger si je vous dis cela. »
Au lieu de seulement rechercher l’origine historique de cette peur, le thérapeute peut explorer ce qui se passe entre eux maintenant.
« Qu’est-ce qui vous fait imaginer que je vais vous juger ? »
La réponse peut révéler à la fois l’histoire de la personne et sa manière actuelle d’entrer en relation.
Le thérapeute est présent comme personne
Dans certaines formes de Gestalt, le thérapeute peut utiliser avec mesure sa propre expérience de la relation.
Par exemple :
« Lorsque vous me racontez cela en souriant, je remarque que j’ai du mal à savoir si vous souhaitez que je m’approche de cette émotion ou que je reste à distance. »
Cette intervention n’affirme pas ce que la personne ressent.
Elle apporte une information sur ce qui se passe dans la relation.
L’auto-dévoilement du thérapeute
La présence du thérapeute ne signifie pas qu’il doit raconter sa vie.
Un auto-dévoilement peut parfois servir le travail.
Mais la question reste :
à qui cela sert-il ?
Si le thérapeute parle de lui pour soulager son propre besoin, chercher du soutien ou déplacer la séance vers son histoire, le cadre se déséquilibre.
L’authenticité professionnelle n’exige pas l’absence de limites.
Dialogue plutôt que domination
La Gestalt contemporaine accorde généralement une grande importance à une relation dialogique.
Le thérapeute ne devrait pas se présenter comme celui qui possède la vérité cachée du patient.
Il apporte sa perception.
La personne apporte la sienne.
Une compréhension peut se construire dans la rencontre.
Cette conception est importante compte tenu de certaines caricatures historiques de la Gestalt dans lesquelles le thérapeute apparaissait comme extrêmement confrontant.
La confrontation
La confrontation peut avoir une place.
Un thérapeute peut signaler une contradiction :
« Vous dites vouloir davantage de proximité, mais lorsque quelqu’un s’approche, vous interrompez rapidement le contact. »
Cette observation peut être utile.
Mais confrontation ne signifie pas humiliation.
Un thérapeute qui crie, provoque ou pousse une personne jusqu’à l’effondrement ne devient pas plus thérapeutique parce qu’il appelle cela « confrontation ».
L’héritage de Fritz Perls
Certaines démonstrations historiques de Fritz Perls ont fortement marqué l’image publique de la Gestalt.
Son style pouvait être direct, provocateur et parfois spectaculaire.
La Gestalt-thérapie contemporaine ne peut cependant pas être réduite à l’imitation de ce style.
De nombreux développements ultérieurs ont davantage insisté sur la relation, le dialogue, le contexte et la sécurité thérapeutique.
Une école évolue.
Elle n’est pas condamnée à reproduire chaque comportement de ses fondateurs.
L’émotion forte n’est pas une preuve de profondeur
Une séance gestaltiste peut devenir émotionnellement intense.
Une chaise vide peut provoquer des larmes.
Une confrontation peut faire émerger une colère.
Mais l’intensité ne garantit pas la transformation.
Une personne peut pleurer énormément et ne rien intégrer.
Une autre peut comprendre quelque chose de décisif dans une séance très calme.
Le thérapeute ne devrait pas chercher la scène spectaculaire comme preuve de son efficacité.
Gestalt et traumatisme
Certaines ressources de la Gestalt peuvent être utilisées dans le travail avec des personnes ayant vécu des traumatismes : conscience du présent, contact avec l’environnement, attention au corps, expérimentation, relation thérapeutique.
Mais le traumatisme nécessite une adaptation particulière.
Une expérience émotionnelle intense ne doit pas être imposée sous prétexte de « terminer une Gestalt ».
Le rythme, le consentement et la capacité à rester suffisamment ancré dans le présent sont essentiels.
La chaise vide et le traumatisme
Faire asseoir symboliquement un agresseur sur une chaise peut être extrêmement activant.
L’exercice peut être utile pour certaines personnes à certains moments.
Il peut être totalement inapproprié pour d’autres.
Le thérapeute doit pouvoir renoncer à une technique même si elle appartient à son approche préférée.
La personne n’a pas à revivre une scène pour prouver qu’elle veut guérir.
Gestalt et rêves
Les rêves ont historiquement occupé une place importante dans certaines pratiques gestaltistes.
Plutôt que de rechercher un dictionnaire universel des symboles, le travail peut inviter la personne à explorer différents éléments du rêve.
« Que se passe-t-il si vous parlez comme cette maison ? »
« Comme cet animal ? »
« Comme la partie de vous qui veut fuir ? »
L’exercice cherche à explorer l’expérience.
Il ne prouve pas que chaque élément du rêve correspond réellement à une partie déterminée de la personnalité.
Le rêve n’est pas un diagnostic
Rêver d’eau ne signifie pas automatiquement une émotion précise.
Rêver d’une maison ne révèle pas nécessairement l’état de la personnalité.
Le sens éventuel d’un rêve appartient d’abord au contexte de celui qui l’a rêvé.
La Gestalt peut l’utiliser comme matériau expérientiel sans prétendre disposer d’un code universel.
Créativité et Gestalt
La Gestalt se prête naturellement à de nombreuses médiations.
Dessin.
Mouvement.
Objets.
Écriture.
Jeu de rôle.
Voix.
Posture.
Ces outils peuvent permettre d’expérimenter quelque chose qui resterait abstrait dans une conversation.
Mais leur utilisation ne transforme pas automatiquement une séance en art-thérapie, dramathérapie ou danse-thérapie.
Les disciplines possèdent leurs cadres propres.
Gestalt en groupe
La Gestalt peut être pratiquée en groupe.
Le groupe offre alors plusieurs niveaux d’expérience.
La personne peut travailler avec le thérapeute tout en étant observée par les autres.
Elle peut recevoir des retours.
Observer ses réactions face à différents participants.
Expérimenter des relations.
Mais le groupe ajoute également des questions de confidentialité, d’exposition et de sécurité.
Personne ne devrait être poussé à dévoiler davantage qu’il ne peut assumer.
Le groupe n’est pas un tribunal
Un groupe thérapeutique peut devenir nocif si plusieurs personnes utilisent le vocabulaire psychologique pour analyser ou confronter un participant.
« Nous voyons tous que tu refuses tes émotions. »
Cette pression collective peut être extrêmement puissante.
Le thérapeute doit protéger un cadre dans lequel le groupe ne devient pas une machine à imposer une interprétation majoritaire.
Gestalt et couple
Une perspective gestaltiste peut également être utilisée avec les couples.
Le thérapeute observe notamment comment le contact se construit entre les partenaires.
Comment demandent-ils ?
Comment refusent-ils ?
Comment interrompent-ils le contact ?
Comment réagissent-ils aux différences ?
Le travail ne cherche pas nécessairement à déterminer qui possède la bonne version de chaque événement.
Il peut s’intéresser à ce que les partenaires produisent ensemble dans l’interaction.
La responsabilité dans le couple a aussi des limites
Comme dans toute approche relationnelle, la recherche de co-construction ne doit pas effacer les asymétries réelles.
Une violence n’est pas simplement une mauvaise forme de contact produite à deux.
Une contrainte n’est pas un ajustement relationnel partagé.
Le contexte et la responsabilité individuelle doivent rester visibles.
Gestalt et développement personnel
De nombreux concepts gestaltistes ont été diffusés bien au-delà de la psychothérapie.
Présence.
Authenticité.
Contact.
Responsabilité.
Créativité.
Ces notions peuvent enrichir des ateliers ou démarches de développement personnel.
Mais une activité inspirée de la Gestalt n’est pas automatiquement une psychothérapie.
La distinction dépend du cadre, des objectifs, de la formation du professionnel et de la situation des participants.
La formation du thérapeute
Comme pour d’autres approches, le titre utilisé par un praticien ne suffit pas à renseigner sur l’ensemble de sa formation.
Les cadres professionnels et juridiques varient selon les pays.
Une personne peut donc s’informer sur :
la formation initiale ;
la formation spécifique en Gestalt ;
la supervision ;
l’expérience clinique ;
les problématiques habituellement accompagnées ;
et le cadre proposé.
La qualité d’une relation chaleureuse ne remplace pas les compétences nécessaires pour accompagner certaines situations complexes.
Ce que la Gestalt ne devrait pas devenir
Elle ne devrait pas devenir une collection de techniques spectaculaires.
Une chaise vide n’est pas la Gestalt.
Crier sur un coussin n’est pas la Gestalt.
Demander :
« Qu’est-ce que vous ressentez maintenant ? »
toutes les trois minutes n’est pas nécessairement la Gestalt.
L’approche repose sur une conception plus large de l’expérience, du contact, de la conscience et de la relation.
Les techniques n’ont de sens qu’à l’intérieur de ce cadre.
Les données scientifiques
La Gestalt-thérapie dispose d’une littérature clinique et d’un ensemble de recherches, mais son corpus empirique n’est pas équivalent en volume et en solidité à celui de certaines psychothérapies largement étudiées pour des troubles spécifiques.
Cela ne permet ni de conclure qu’elle serait dépourvue d’intérêt thérapeutique, ni de prétendre qu’elle disposerait du même niveau de validation pour toutes les problématiques.
Il est préférable d’examiner les données disponibles selon les difficultés concernées et les formes de pratique utilisées.
Une approche n’a pas besoin de tout expliquer
Les concepts gestaltistes peuvent être très éclairants.
Ils peuvent également devenir envahissants si chaque comportement doit être traduit en introjection, projection, rétroflexion ou interruption du contact.
Une théorie est utile lorsqu’elle permet de mieux voir.
Elle devient moins utile lorsqu’elle remplace ce que la personne est réellement en train de dire.
Le patient n’a pas à devenir un exemple vivant du manuel de son thérapeute.
De la conscience au choix
L’un des objectifs fondamentaux peut être formulé simplement :
ce que je ne perçois pas, je le répète plus facilement sans choix ; ce que je commence à percevoir peut devenir davantage disponible à ma décision.
Cela ne signifie pas qu’une prise de conscience suffit toujours à changer.
Certaines habitudes sont profondément installées.
Certaines situations extérieures restent difficiles.
Certaines transformations demandent du temps et des actions répétées.
Mais percevoir le processus peut ouvrir une possibilité qui n’existait pas auparavant.
Être différent selon les situations
Une personne n’a pas besoin de devenir parfaitement cohérente partout.
Elle peut être sérieuse au travail et joueuse avec ses amis.
Réservée dans un groupe et expressive dans une relation intime.
Forte à certains moments et vulnérable à d’autres.
La flexibilité psychologique ne consiste pas à trouver enfin « le vrai moi » débarrassé de toutes ses variations.
Elle permet plutôt d’élargir les manières d’être disponibles.
L’authenticité n’est pas tout dire
La Gestalt valorise souvent l’authenticité.
Mais être authentique ne signifie pas exprimer immédiatement tout ce que l’on pense.
Une personne peut ressentir une colère et décider de ne pas la déverser.
Elle peut vouloir dire quelque chose et choisir un meilleur moment.
La conscience augmente le choix.
Elle ne supprime pas le discernement.
Ici, maintenant… puis ailleurs
Le travail se déroule dans la séance.
Mais son objectif ne reste pas dans la séance.
Une personne expérimente une manière différente de dire non au thérapeute.
Puis elle essaie peut-être de poser une limite ailleurs.
Elle remarque comment elle se retire lorsque quelqu’un s’approche.
Puis elle apprend progressivement à rester présente quelques secondes de plus dans une relation réelle.
L’expérience thérapeutique devient utile lorsqu’elle peut voyager avec la personne hors du cabinet.
À retenir
La Gestalt-thérapie est une psychothérapie humaniste et expérientielle qui s’intéresse à la manière dont une personne construit son expérience et entre en contact avec son environnement.
Elle accorde une attention particulière à l’ici et maintenant, sans pour autant nier l’importance du passé.
Parmi ses notions importantes figurent la conscience de l’expérience, le contact, la frontière-contact, la figure et le fond, les situations inachevées, l’ajustement créateur et différentes manières d’interrompre ou de rigidifier le contact.
Elle utilise fréquemment l’expérimentation : dialogue, mise en situation, travail corporel, deux chaises ou célèbre chaise vide. Ces techniques sont des moyens, non l’essence de l’approche.
Les sensations, gestes, rêves ou réactions observés en séance ne constituent pas des codes permettant au thérapeute de révéler une vérité cachée. Ils deviennent des matériaux à explorer avec la personne.
La responsabilité, autre notion importante, ne doit jamais être confondue avec la culpabilité pour ce que l’on a subi.
Enfin, l’objectif n’est pas de fabriquer une personne qui resterait continuellement consciente de chaque mouvement intérieur.
La Gestalt cherche plutôt à rendre visible ce qui se produit automatiquement afin qu’entre l’habitude et l’action puisse apparaître quelque chose de décisif : la possibilité d’un autre choix.
Aucun résultat pour cette recherche. Essaie un autre mot.
Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.