LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

FOCUSING

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

FOCUSING

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Le Focusing est une approche développée à partir des travaux du psychologue et philosophe américain Eugene Gendlin, notamment dans le contexte de ses recherches sur le processus psychothérapeutique.

Son point de départ est relativement simple : nous ne savons pas toujours immédiatement expliquer ce que nous vivons.

Nous pouvons sentir qu’une situation « ne va pas », qu’une décision « sonne faux », qu’une relation nous pèse ou qu’une émotion existe sans parvenir à la nommer précisément.

Quelque chose est présent, mais les mots ne sont pas encore là.

Le Focusing propose de porter une attention particulière à cette expérience corporelle globale, encore imprécise, que Gendlin a appelée felt sense, expression souvent traduite en français par sens corporel, sens ressenti ou ressenti corporel global.

Il ne s’agit pas simplement d’identifier une sensation physique comme une douleur ou une tension musculaire. Le felt sense désigne plutôt la manière dont une situation entière semble être ressentie intérieurement avant d’être complètement formulée.

Le Focusing cherche moins à demander immédiatement : « Qu’est-ce que je pense de cette situation ? » qu’à laisser suffisamment d’espace pour découvrir : « Comment toute cette situation est-elle présente en moi, avant même que je sache exactement quoi en dire ? »

Eugene Gendlin et l’origine du Focusing

Gendlin a travaillé avec Carl Rogers, figure majeure de l’approche centrée sur la personne.

Il s’est notamment intéressé à une question importante :

Pourquoi certaines personnes semblent-elles bénéficier davantage d’une psychothérapie que d’autres ?

Ses recherches l’ont conduit à observer que certains patients possédaient ou développaient une manière particulière de se tourner vers leur expérience intérieure.

Ils ne se contentaient pas de raconter des événements ou d’analyser intellectuellement leurs problèmes.

Ils semblaient régulièrement ralentir, hésiter, chercher leurs mots et vérifier intérieurement si ce qu’ils venaient de dire correspondait réellement à leur expérience.

Cette observation a contribué au développement du Focusing.

Savoir sans encore savoir expliquer

Nous connaissons tous, à différents degrés, des expériences difficiles à mettre immédiatement en mots.

« Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dérange. »

« Je ne suis pas exactement triste. C’est autre chose. »

« Cette proposition paraît parfaite sur le papier, mais quelque chose en moi dit non. »

« Je sais qu’il y a quelque chose dans cette conversation qui m’a blessé, mais je n’arrive pas encore à dire quoi. »

Le Focusing prend au sérieux cet intervalle entre l’expérience et sa formulation.

Au lieu de forcer immédiatement une explication, il propose de rester quelque temps avec ce qui n’est pas encore clair.

Le felt sense

Le concept de felt sense est central.

Il ne correspond pas exactement à une émotion.

Une émotion peut être clairement identifiable :

« Je suis en colère. »

Le felt sense peut être plus global et plus difficile à définir.

« Toute cette histoire avec mon frère me fait quelque chose ici… c’est comme une lourdeur, mais ce n’est pas seulement de la tristesse. »

La personne ressent quelque chose lié à l’ensemble de la situation.

Cette expérience peut contenir plusieurs dimensions qui ne sont pas encore séparées.

Le corps n’est pas un dictionnaire secret

L’attention corporelle du Focusing peut facilement être mal comprise.

Une boule dans la gorge ne signifie pas automatiquement une chose précise.

Une tension dans le ventre n’en signifie pas nécessairement une autre.

Il n’existe pas un dictionnaire universel dans lequel :

gorge = émotion retenue ;

épaules = responsabilités ;

ventre = peur ;

dos = manque de soutien.

De telles interprétations peuvent être séduisantes parce qu’elles donnent rapidement une signification.

Mais le Focusing cherche justement à éviter d’imposer trop vite une explication extérieure.

La question n’est pas :

« Que signifie cette sensation selon une grille ? »

Elle est plutôt :

« Qu’est-ce que cette sensation semble porter pour cette personne, dans cette situation précise ? »

Le thérapeute ne sait pas à la place de la personne

Cette position rejoint fortement l’héritage humaniste.

Le thérapeute peut accompagner l’exploration.

Il peut aider à ralentir.

Reformuler.

Proposer une question.

Mais il ne devrait pas décider :

« Cette tension signifie que vous êtes en colère contre votre père. »

La personne vérifie elle-même ce qui correspond ou non à son expérience.

Elle peut répondre :

« Non, ce n’est pas ça. »

Cette réponse n’est pas un échec.

Elle fait partie du processus.

La précision vient parfois par élimination

Une personne cherche un mot.

« C’est de la peur… »

Elle s’arrête.

« Non. Pas exactement. »

Elle essaie :

« C’est plutôt une inquiétude. »

Nouvelle pause.

« Non… c’est comme si je devais toujours me préparer à quelque chose. »

Cette dernière formulation produit parfois une réaction intérieure :

« Oui. C’est ça. »

Le Focusing accorde une grande importance à ce processus de vérification.

Le bon mot n’est pas nécessairement le plus élégant.

C’est celui qui correspond davantage à l’expérience.

Le « mouvement corporel » de reconnaissance

Lorsqu’une formulation correspond particulièrement bien à ce qui était ressenti, certaines personnes décrivent une modification corporelle.

Un relâchement.

Une respiration différente.

Une impression d’ouverture.

Une diminution de tension.

Gendlin a décrit ce type de changement comme un felt shift, un déplacement du ressenti.

Il ne faut pas en faire un phénomène obligatoire.

Toutes les explorations ne produisent pas un changement spectaculaire.

Mais cette modification peut signaler que quelque chose a été formulé d’une manière qui correspond davantage à l’expérience.

Le Focusing n’est pas simplement de la relaxation

Une personne peut se détendre pendant un exercice de Focusing.

Mais la relaxation n’en constitue pas l’objectif principal.

Le but n’est pas nécessairement de faire disparaître une tension.

La tension peut avoir quelque chose à signaler.

Chercher immédiatement à la supprimer empêcherait parfois d’explorer ce qu’elle représente pour la personne.

Le Focusing propose donc une relation différente avec l’expérience :

observer avant de corriger.

Créer un espace

Dans les présentations classiques du Focusing, une première étape est souvent appelée dégager ou créer un espace.

La personne prend un moment pour remarquer ce qui occupe son attention.

Plusieurs préoccupations peuvent être présentes.

Travail.

Couple.

Santé.

Famille.

Une décision.

Une peur.

Il ne s’agit pas nécessairement de résoudre chacune d’elles.

La personne peut simplement les reconnaître :

« Oui, cela est là. »

Puis choisir l’élément avec lequel elle souhaite travailler.

Ne pas être entièrement englouti par le problème

Créer un espace permet parfois de passer de :

« Toute ma vie est cette difficulté »

à :

« Cette difficulté est présente dans ma vie. »

La différence semble petite.

Elle peut pourtant être importante.

Le problème reste réel.

Mais il n’occupe plus nécessairement tout l’espace psychologique.

La personne peut observer quelque chose qu’elle était auparavant entièrement en train de vivre.

Laisser apparaître le ressenti global

Une fois une situation choisie, la personne ne cherche pas immédiatement à l’analyser.

Elle peut se demander :

« Comment toute cette situation est-elle présente en moi maintenant ? »

Puis attendre.

Le Focusing valorise cette attente.

Dans une conversation ordinaire, quelques secondes de silence peuvent sembler longues.

Ici, elles peuvent être nécessaires.

Le langage arrive parfois après l’expérience.

Trouver une « prise »

Gendlin utilise l’idée d’un handle, que l’on peut traduire par une sorte de « prise », de mot ou d’image permettant de saisir quelque chose du ressenti.

Cela peut être :

« serré » ;

« lourd » ;

« coincé » ;

« comme une porte fermée » ;

« comme si je devais me faire toute petite ».

Cette formulation n’a pas besoin d’être rationnelle pour quelqu’un d’autre.

Elle sert de point de contact avec l’expérience de la personne.

Les images et métaphores

Une expérience peut parfois se présenter plus facilement sous forme d’image que sous forme de définition.

« C’est comme une corde tendue. »

« Comme une pièce sans fenêtre. »

« Comme si je portais un sac qui n’est pas à moi. »

Le thérapeute n’a pas à traduire immédiatement la métaphore.

Il peut demander :

« Est-ce que cette image correspond bien à ce que vous ressentez ? »

Puis laisser la personne préciser.

Une métaphore appartient d’abord à celui qui l’utilise.

Résonner avec le ressenti

Une étape importante consiste à vérifier la correspondance entre le mot ou l’image et l’expérience.

La personne revient intérieurement au ressenti.

« Est-ce vraiment “lourd” ? »

Peut-être que non.

« C’est plutôt… comprimé. »

Cette nouvelle formulation peut mieux correspondre.

Le processus avance ainsi par ajustements successifs.

Il ressemble parfois à la recherche d’un mot que l’on a presque sur le bout de la langue.

Poser une question

Une fois le contact établi, certaines questions peuvent être proposées.

« Qu’est-ce qui rend cette situation si difficile ? »

« Qu’est-ce qui est le pire dans tout cela ? »

« De quoi cette partie aurait-elle besoin ? »

« Qu’est-ce qui empêcherait la situation d’être plus légère ? »

La question n’est pas posée pour obtenir immédiatement une réponse intellectuelle.

La personne peut la laisser « descendre » vers l’expérience et attendre ce qui vient.

Ne pas forcer une réponse

Le silence peut rester silence.

Rien ne vient.

Cela est possible.

Le thérapeute ne doit pas remplir immédiatement l’espace :

« Alors cela signifie probablement que… »

Le Focusing suppose une certaine confiance dans la possibilité qu’une expérience devienne progressivement plus claire.

Et parfois, elle ne devient pas claire ce jour-là.

Ce n’est pas nécessairement un problème.

Accueillir ce qui apparaît

Une réponse peut surprendre.

Une personne pense travailler sur sa colère contre son employeur et découvre que ce qui la touche le plus est un sentiment d’humiliation.

Une autre croit avoir peur d’échouer et découvre qu’elle redoute surtout de réussir puis de devoir maintenir indéfiniment les attentes des autres.

Ces découvertes ne sont pas des vérités produites magiquement par le corps.

Ce sont des formulations qui peuvent émerger lorsqu’une personne accorde une attention différente à son expérience.

Elles doivent ensuite être examinées comme toute autre compréhension psychologique.

Le Focusing et les émotions

Le Focusing peut aider lorsqu’une personne sait qu’elle ressent quelque chose mais ne parvient pas à différencier ses émotions.

Elle peut commencer avec :

« Je vais mal. »

Puis distinguer :

tristesse ;

colère ;

peur ;

honte ;

déception ;

soulagement mêlé de culpabilité.

Cette différenciation peut être thérapeutiquement importante.

Nous ne répondons pas de la même manière à une peur qu’à une colère ou à une perte.

Les émotions contradictoires

Une situation peut provoquer plusieurs émotions incompatibles en apparence.

Une personne peut aimer quelqu’un et vouloir partir.

Être soulagée après un décès et profondément triste.

Être heureuse d’une promotion et terrifiée par les responsabilités.

Le Focusing n’oblige pas à choisir immédiatement :

« Quelle est ma vraie émotion ? »

Plusieurs expériences peuvent être vraies simultanément.

Le travail peut leur laisser suffisamment de place pour qu’elles deviennent distinguables.

Focusing et prise de décision

Le Focusing est parfois utilisé lorsque la personne hésite entre plusieurs options.

Cependant, il ne doit pas devenir un oracle corporel.

« Mon ventre s’est serré, donc cette décision est mauvaise. »

Une réaction corporelle peut refléter beaucoup de choses :

peur de la nouveauté ;

souvenir d’une expérience précédente ;

excitation ;

fatigue ;

conflit de valeurs ;

risque réellement perçu.

Le ressenti apporte une information.

Il ne remplace pas l’analyse de la réalité.

Une décision peut être juste et inconfortable

Quitter une situation destructrice peut provoquer une peur intense.

Dire non peut provoquer de la culpabilité.

Commencer un projet désiré peut provoquer de l’anxiété.

Une sensation désagréable ne signifie donc pas automatiquement :

« Ne fais pas cela. »

Le Focusing peut aider à comprendre ce qui se joue, mais la décision doit intégrer également les faits, les conséquences et les valeurs de la personne.

Focusing et relation thérapeutique

Le thérapeute accompagne souvent avec des interventions relativement simples.

« Prenez votre temps. »

« Voyez si ce mot correspond. »

« Où sentez-vous cela ? »

« Restez un instant avec ce qui vient. »

La qualité de présence est importante.

Un thérapeute impatient peut facilement transformer l’exercice en interrogatoire.

Or la personne a précisément besoin de temps pour percevoir quelque chose qui n’est pas encore clairement formulé.

Le silence thérapeutique

Dans le Focusing, le silence n’est pas nécessairement un vide.

Une personne peut être activement occupée à sentir, comparer et chercher.

Le thérapeute doit apprendre à distinguer autant que possible ce silence d’une personne qui se sent perdue, dissociée ou abandonnée dans la séance.

Tous les silences ne possèdent pas la même fonction.

La reformulation

Le thérapeute peut reprendre les mots exacts utilisés par la personne.

Si elle dit :

« C’est comme un mur froid »,

il peut répondre :

« Un mur froid… »

plutôt que :

« Vous vous sentez émotionnellement bloquée. »

La seconde formulation ajoute déjà une interprétation.

La première permet à la personne de rester proche de son propre langage.

Cette fidélité aux mots peut sembler minime.

Elle est importante.

Le corps vécu et le corps médical

Le Focusing travaille avec le corps vécu, c’est-à-dire l’expérience subjective que la personne a de son corps et de la situation.

Cela ne signifie pas que toute sensation corporelle doit recevoir une explication psychologique.

Une douleur thoracique n’est pas automatiquement de l’angoisse.

Une fatigue n’est pas nécessairement une émotion « stockée ».

Un symptôme physique nouveau ou préoccupant peut nécessiter une évaluation appropriée.

L’attention psychologique au corps ne doit pas effacer le corps biologique.

Le danger du « corps ne ment jamais »

Cette formule est populaire.

Elle est pourtant trop absolue.

Le corps réagit à nos émotions, à notre environnement, à notre état physiologique, à nos attentes et à de nombreux autres facteurs.

Une sensation est réelle en tant que sensation.

Son interprétation peut être erronée.

Dire « mon corps me dit quelque chose » peut être une manière utile d’explorer une expérience.

Dire « mon corps prouve que cette interprétation est vraie » constitue une affirmation beaucoup plus forte.

Focusing et traumatisme

L’attention corporelle peut être utile dans certains travaux liés au traumatisme.

Mais elle peut également être difficile.

Pour une personne ayant vécu certaines expériences, porter intensément attention au corps peut provoquer une activation importante ou une sensation de perte de contrôle.

Le thérapeute doit donc adapter le rythme.

Il peut être préférable de travailler brièvement, de revenir régulièrement à l’environnement ou de ne pas utiliser cette approche à certains moments.

Rester dans le présent

Lorsque l’expérience devient intense, le travail peut revenir à ce qui est présent maintenant.

La chaise.

La pièce.

La voix du thérapeute.

Les pieds au sol.

La possibilité d’ouvrir les yeux ou de changer de position.

Le Focusing n’exige pas de rester coûte que coûte plongé dans une expérience intérieure.

L’attention peut aller et venir entre intérieur et extérieur.

Focusing et dissociation

Une attention tournée vers l’intérieur ne convient pas de la même manière à toutes les personnes.

En présence de phénomènes dissociatifs importants, le thérapeute doit être particulièrement attentif à la manière dont la personne reste en contact avec le présent.

« Aller à l’intérieur » n’est pas toujours synonyme de sécurité ou de profondeur thérapeutique.

Parfois, la priorité consiste au contraire à renforcer l’orientation vers l’environnement actuel.

La « bonne distance »

Une expérience peut être trop proche.

La personne est submergée.

Ou trop éloignée.

Elle ne ressent presque rien.

Le travail peut chercher une distance permettant d’être en contact avec l’expérience sans être entièrement absorbé par elle.

Cette notion de distance ajustée rejoint d’ailleurs de nombreuses autres approches thérapeutiques.

Il ne faut pas être totalement noyé dans une émotion pour pouvoir la comprendre.

Focusing et autocritique

Lorsqu’une personne rencontre intérieurement une partie d’elle qu’elle déteste, le réflexe peut être :

« Je veux me débarrasser de ça. »

Le Focusing propose plutôt une curiosité temporaire.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? »

Cela ne signifie pas approuver chaque pensée ou comportement.

La curiosité permet simplement de comprendre avant de décider ce qui doit changer.

Une partie de soi qui protège

Certains comportements problématiques peuvent avoir une fonction protectrice.

Éviter.

Se fermer.

Contrôler.

Anticiper.

Le Focusing peut aider à explorer ce que cette réaction essaie d’empêcher ou de protéger.

Mais cette compréhension ne transforme pas automatiquement le comportement en bonne solution.

Une stratégie peut avoir eu une fonction utile et devenir aujourd’hui coûteuse.

Comprendre sa fonction permet parfois de chercher une autre réponse.

Focusing et approche centrée sur la personne

La proximité avec l’approche rogérienne est importante.

On retrouve notamment le respect de l’expérience subjective et l’idée que le thérapeute ne possède pas une interprétation supérieure de la vie intérieure du patient.

Cependant, le Focusing a développé des procédures plus spécifiques d’attention au ressenti corporel global.

Il peut être utilisé dans des cadres thérapeutiques différents et ne se réduit pas à la thérapie centrée sur la personne.

Focusing et pleine conscience

Les deux approches peuvent sembler proches puisqu’elles impliquent une attention à l’expérience présente.

Mais elles ne sont pas identiques.

La pleine conscience met généralement l’accent sur une observation ouverte de l’expérience avec une attitude particulière envers ce qui apparaît.

Le Focusing cherche souvent plus spécifiquement à entrer en relation avec un ressenti global lié à une situation et à permettre l’émergence d’une signification.

Les deux pratiques peuvent se rencontrer sans être confondues.

Focusing et relaxation

Même distinction.

La relaxation cherche généralement à diminuer l’activation ou la tension.

Le Focusing peut rencontrer une tension et décider de l’écouter.

Si elle diminue, très bien.

Si elle reste présente mais devient plus compréhensible, le travail peut également être utile.

La réussite ne se mesure donc pas uniquement au degré de détente obtenu.

Focusing et psychothérapies intégratives

Certains thérapeutes utilisent le Focusing comme élément d’une approche intégrative.

Ils peuvent, par exemple, travailler cognitivement sur une situation puis proposer un moment d’attention au ressenti.

Ou utiliser le Focusing lorsqu’une personne possède une compréhension intellectuelle très développée mais reste coupée de certaines dimensions de son expérience.

La cohérence de l’intégration reste importante.

Ajouter un exercice corporel à une thérapie ne suffit pas à rendre celle-ci intégrative.

Quand la personne analyse tout

Certaines personnes possèdent une grande capacité d’analyse.

Elles peuvent expliquer leur histoire, leurs mécanismes et leurs relations avec beaucoup de précision.

Elles savent parfois déjà ce que le thérapeute va leur dire.

Pourtant, cette compréhension ne modifie pas toujours leur expérience.

Le Focusing peut alors proposer une autre question :

« Vous savez tout cela. Mais lorsque vous vous arrêtez maintenant, comment toute cette situation est-elle réellement présente en vous ? »

La question ne rejette pas l’intelligence.

Elle ajoute un autre niveau d’information.

L’intellectualisation n’est pas toujours l’ennemie

Il serait cependant simpliste de considérer toute analyse comme une défense.

Réfléchir peut être une ressource considérable.

Certaines personnes comprennent réellement mieux leur expérience en la conceptualisant.

Le Focusing ne devrait pas devenir une idéologie affirmant :

« Le corps sait, la pensée ment. »

Nous avons besoin des deux.

Le ressenti peut informer la réflexion.

La réflexion peut mettre le ressenti en perspective.

Peut-on pratiquer le Focusing seul ?

Oui, certaines formes peuvent être pratiquées seul après apprentissage.

Une personne peut prendre quelques minutes pour s’arrêter, observer ce qui est présent et chercher les mots correspondant à son expérience.

Il existe également des pratiques de Focusing en partenariat, où deux personnes se relaient dans des rôles d’écoute et d’exploration.

Mais l’auto-pratique n’est pas nécessairement adaptée à toutes les difficultés.

Lorsqu’une exploration déclenche régulièrement une forte détresse ou une désorganisation, un accompagnement professionnel peut être préférable.

Le Focusing n’oblige pas à fermer les yeux

Certaines personnes se concentrent mieux les yeux fermés.

D’autres se sentent plus en sécurité les yeux ouverts.

Il n’existe pas d’obligation universelle.

Le principe est de favoriser une attention suffisamment stable à l’expérience.

La position corporelle, le regard et le rythme peuvent être adaptés.

Rien ne vient

Une personne peut dire :

« Je ne ressens rien. »

Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle fait mal l’exercice.

Certaines personnes identifient moins facilement leurs sensations corporelles.

D’autres sont fatiguées.

Stressées.

Habituées à fonctionner davantage par la pensée.

Ou simplement peu réceptives à cette méthode.

Le thérapeute ne doit pas fabriquer artificiellement une expérience pour sauver sa technique.

Le Focusing ne convient pas à tout le monde

Certaines personnes apprécient immédiatement cette manière de travailler.

D’autres la trouvent vague, frustrante ou peu naturelle.

Une psychothérapie ne devrait pas imposer une méthode uniquement parce que le thérapeute la trouve profonde.

Si la personne travaille mieux par la parole structurée, l’écriture, le comportement, le mouvement ou une autre médiation, cela mérite d’être respecté.

Que sait-on de son efficacité ?

Le Focusing et les approches expérientielles auxquelles il est associé ont donné lieu à des recherches et à une littérature clinique.

Cependant, le niveau de preuve n’est pas uniforme selon les formes de pratique, les difficultés traitées et la manière dont le Focusing est intégré à d’autres psychothérapies.

Il est donc préférable de ne pas présenter le Focusing comme une méthode universellement démontrée pour tous les troubles.

Sa contribution peut notamment être comprise comme une manière particulière de travailler l’expérience intérieure au sein de différents cadres thérapeutiques.

Attention aux affirmations extraordinaires

Le vocabulaire du ressenti corporel peut parfois être détourné vers des affirmations beaucoup plus larges :

« Le corps connaît toujours la vérité. »

« Chaque maladie correspond à un conflit émotionnel précis. »

« Le corps conserve l’enregistrement exact de tout ce qui s’est passé. »

Ces propositions ne découlent pas automatiquement du Focusing.

Elles doivent être évaluées séparément.

Écouter son expérience corporelle ne signifie pas transformer le corps en oracle médical, historique ou psychologique.

Une connaissance qui se construit

Le Focusing offre une position intermédiaire intéressante.

Il ne dit pas :

« Tout est déjà parfaitement connu par votre conscience. »

Mais il ne dit pas non plus :

« Une vérité mystérieuse cachée dans votre corps va vous être révélée. »

Il propose plutôt :

« Il existe peut-être quelque chose dans votre expérience que vous n’avez pas encore réussi à formuler. Prenons le temps de voir si cela peut devenir plus clair. »

Cette modestie est essentielle.

Quand les mots arrivent

Une personne peut rester plusieurs minutes avec un ressenti difficile à définir.

Puis dire :

« Ah… ce n’est pas que je ne veux pas accepter ce travail. J’ai peur qu’en disant oui, je me retrouve encore dans une situation où je dois tout porter seule. »

La phrase était peut-être inaccessible quelques minutes auparavant.

Elle ne constitue pas nécessairement la réponse définitive.

Mais elle donne quelque chose de plus précis avec lequel travailler.

La psychothérapie peut alors continuer.

Après le ressenti vient parfois l’action

Comprendre ce qui se passe intérieurement ne suffit pas toujours.

Si la personne découvre qu’elle redoute de devoir tout porter seule, la question suivante peut être concrète :

Que faudrait-il négocier avant d’accepter ?

Quelles limites poser ?

Quelle aide demander ?

Que vérifier ?

Le Focusing peut contribuer à clarifier l’expérience.

Il ne remplace pas les décisions et les actions qui doivent parfois suivre.

Ne pas rester éternellement à l’intérieur

Comme toute pratique introspective, le Focusing peut devenir excessif s’il transforme chaque décision en longue consultation intérieure.

Parfois, nous disposons déjà de suffisamment d’informations.

Il faut agir.

L’introspection est utile lorsqu’elle augmente la liberté et la compréhension.

Elle devient moins utile lorsqu’elle rend impossible toute décision sans obtenir auparavant un sentiment intérieur de certitude parfaite.

À retenir

Le Focusing est une approche issue des travaux d’Eugene Gendlin qui accorde une attention particulière au felt sense, ce ressenti corporel global par lequel une situation peut être présente avant d’être clairement formulée.

La personne apprend à ralentir, observer, chercher un mot, une image ou une expression correspondant à son expérience, puis vérifier intérieurement si cette formulation « sonne juste ».

Le thérapeute accompagne ce processus sans imposer un dictionnaire symbolique du corps ni prétendre connaître la signification d’une sensation mieux que la personne.

Le Focusing ne doit être confondu ni avec la relaxation, ni avec la pleine conscience, ni avec l’idée que « le corps ne ment jamais ».

Une sensation est une information sur l’expérience présente. Elle n’est pas automatiquement une preuve concernant la réalité extérieure, un événement passé ou une maladie.

L’approche peut être particulièrement intéressante lorsque les explications intellectuelles sont nombreuses mais qu’une dimension de l’expérience reste difficile à saisir. Elle doit néanmoins être adaptée lorsque l’attention corporelle devient trop activante ou désorganisante.

Et surtout, le ressenti n’a pas vocation à remplacer la pensée.

Le Focusing propose de ne choisir ni entre la tête et le corps, ni entre réfléchir et ressentir. Il crée simplement un temps supplémentaire entre les deux : assez long pour que ce qui était encore confus puisse trouver ses mots, puis assez ouvert pour que ces mots puissent enfin servir à penser, décider et agir.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.