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ESTIME DE SOI

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

ESTIME DE SOI

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L’estime de soi correspond à l’évaluation globale qu’une personne porte sur elle-même et sur sa propre valeur. Elle ne concerne donc pas seulement ce qu’elle pense savoir faire, mais la manière dont elle se considère en tant que personne.

Elle se distingue de la confiance en soi. Nous pouvons avoir confiance dans notre capacité à réaliser une tâche précise et conserver une estime de soi fragile. À l’inverse, nous pouvons nous considérer comme une personne digne de respect tout en doutant de nos compétences dans un domaine que nous connaissons mal.

Avoir une estime de soi suffisamment solide ne signifie pas penser que l’on est exceptionnel. Cela signifie ne pas avoir besoin d’être exceptionnel pour considérer que l’on possède de la valeur.

Estime de soi et confiance en soi

La confiance en soi répond souvent à une question relativement précise :

« Est-ce que je pense pouvoir faire cela ? »

Conduire.

Parler devant un public.

Apprendre une langue.

Résoudre un problème.

L’estime de soi pose une question plus globale :

« Quelle valeur est-ce que je m’accorde, y compris lorsque je ne réussis pas ? »

Les deux dimensions peuvent évidemment s’influencer, mais elles ne doivent pas être confondues.

Une construction progressive

L’estime de soi se construit progressivement à travers les expériences et les relations. L’enfant découvre une partie de lui-même dans le regard des personnes qui l’entourent. Il entend ce que l’on dit de lui, observe les réactions à ses comportements et commence à construire une représentation de ce qu’il est.

Mais l’enfance ne détermine pas définitivement l’estime de soi. Les expériences ultérieures, les relations, les réussites, les échecs et la manière dont une personne apprend à interpréter son propre parcours continuent à la modifier.

Le regard des parents

Les parents jouent souvent un rôle important, non parce qu’ils auraient le pouvoir de programmer définitivement l’image que l’enfant aura de lui-même, mais parce qu’ils constituent ses premiers repères relationnels.

Un enfant qui entend régulièrement :

« Tu as fait une erreur »

reçoit un message différent de celui qui entend :

« Tu es incapable. »

Dans le premier cas, le comportement peut être corrigé. Dans le second, le jugement porte sur l’identité.

Lorsque les critiques identitaires sont répétées, elles peuvent progressivement devenir une manière de se parler à soi-même.

Les étiquettes

Les familles distribuent parfois involontairement des rôles : le sérieux, la sensible, le paresseux, la brillante, le difficile, le maladroit.

Une étiquette peut devenir un raccourci tellement répété que l’enfant commence à organiser son comportement autour d’elle. Il remarque davantage les expériences qui la confirment et peut négliger celles qui la contredisent.

Une description familiale n’est pourtant pas une identité définitive.

L’école

L’école apporte de nouveaux critères d’évaluation. Notes, comparaison, comportement, facilité d’apprentissage et reconnaissance des enseignants peuvent influencer l’image de soi.

Un enfant qui réussit peut apprendre :

« Je suis quelqu’un de valeur parce que je réussis. »

Un enfant en difficulté peut conclure :

« Je suis moins intelligent que les autres. »

Dans les deux cas, une performance particulière risque de devenir une conclusion beaucoup plus générale sur la personne.

Quand la réussite devient une condition

Une estime de soi apparemment élevée peut être très fragile lorsqu’elle dépend entièrement de la réussite.

La personne se sent valable lorsqu’elle :

réussit ;

produit ;

est admirée ;

obtient de bons résultats.

Puis une erreur survient.

La difficulté n’est plus seulement :

« Ce projet a échoué. »

Elle devient :

« Si j’échoue, qu’est-ce qui prouve encore ma valeur ? »

L’estime de soi conditionnelle oblige alors à réussir continuellement pour maintenir une image acceptable de soi.

Le piège de la performance

La réussite peut naturellement apporter de la satisfaction et renforcer certaines dimensions de l’image de soi. Le problème apparaît lorsque la performance devient la seule source disponible de valeur personnelle.

La personne doit continuellement confirmer qu’elle mérite sa place. Chaque résultat devient un examen de son identité.

Elle peut atteindre de nombreux objectifs tout en restant intérieurement vulnérable, car aucune réussite ne garantit définitivement la suivante.

L’échec

Une estime de soi suffisamment stable permet de distinguer :

« J’ai échoué »

de :

« Je suis un échec. »

Cette distinction ne minimise pas la déception. Elle empêche simplement un résultat particulier de devenir une définition totale de la personne.

Un échec peut remettre en question une stratégie, une compétence ou une décision sans nécessairement remettre en question la valeur de celui qui l’a vécu.

La critique

La manière dont une personne reçoit la critique donne parfois des indications sur son estime de soi.

Lorsqu’elle est très fragile, une remarque peut être vécue comme une attaque globale. La personne ne reçoit pas :

« Cette partie du travail doit être corrigée. »

Elle entend :

« Tu n’es pas assez bon. »

Elle peut alors se défendre immédiatement, s’effondrer ou ruminer longtemps une observation relativement limitée.

Une bonne estime de soi ne rend pas imperméable

Une personne ayant une estime de soi solide peut être blessée par une critique. Elle peut même être profondément affectée par une humiliation ou un rejet.

La différence n’est pas l’absence de douleur.

Elle réside davantage dans la capacité à examiner ce qui s’est passé sans laisser automatiquement le jugement d’une autre personne devenir la définition de soi.

Examiner la source

Toutes les critiques n’ont pas la même valeur.

Qui parle ?

À propos de quoi ?

Cette personne possède-t-elle les informations nécessaires ?

La critique concerne-t-elle un comportement précis ou cherche-t-elle à dévaloriser ?

Existe-t-il quelque chose d’utile à en retenir ?

Une estime de soi solide ne consiste pas à penser :

« Personne n’a le droit de me critiquer. »

Elle permet plutôt de faire passer la critique par son propre jugement avant de décider ce qui mérite d’être conservé.

Le besoin d’approbation

Nous avons tous besoin, à des degrés différents, de reconnaissance et d’appartenance. Il n’y a rien d’anormal à apprécier un compliment ou à vouloir être estimé par certaines personnes.

Le problème apparaît lorsque l’approbation extérieure devient indispensable pour maintenir une image acceptable de soi.

La personne surveille alors continuellement les réactions :

« Est-ce qu’on m’aime ? »

« Est-ce que j’ai déçu ? »

« Est-ce qu’on pense toujours du bien de moi ? »

Son propre jugement devient secondaire.

Plaire à tout le monde

Une stratégie fréquente consiste à éviter tout comportement susceptible de provoquer le désaccord.

Toujours être disponible.

Ne jamais refuser.

Éviter les conflits.

Adapter ses opinions.

La personne obtient parfois davantage d’approbation à court terme, mais elle paie cette sécurité relationnelle par une réduction progressive de son autonomie.

De plus, l’objectif est impossible : aucune manière de vivre ne garantit l’approbation universelle.

Dire non

Pour une personne dont l’estime de soi dépend beaucoup du regard des autres, dire non peut signifier bien davantage que refuser une demande.

Elle craint :

« Si je refuse, cette personne va penser que je suis égoïste. »

La question devient alors :

« Puis-je supporter que quelqu’un ait momentanément une mauvaise opinion de moi sans devoir immédiatement modifier ma décision pour réparer cette image ? »

Cette capacité participe à l’autonomie psychologique.

La comparaison

Nous évaluons naturellement une partie de nos capacités en nous comparant aux autres. Mais une comparaison permanente peut rendre l’estime de soi extrêmement instable.

Il y aura presque toujours quelqu’un :

de plus riche ;

de plus jeune ;

de plus diplômé ;

de plus beau ;

de plus rapide ;

de plus reconnu.

Si notre valeur dépend de notre supériorité, elle reste continuellement menacée.

La comparaison vers le bas

Se rassurer en pensant :

« Au moins, je suis meilleur que lui »

peut temporairement protéger l’image de soi.

Mais cette stratégie reste fragile. Elle nécessite que quelqu’un soit inférieur pour que nous puissions nous sentir suffisamment valables.

Une estime de soi plus stable permet de reconnaître la valeur d’une autre personne sans y voir automatiquement une diminution de la sienne.

Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux multiplient les occasions de comparaison. Nous voyons des réussites, des corps sélectionnés, des voyages, des carrières, des maisons et des moments heureux.

Nous comparons parfois notre quotidien complet à une sélection des moments les plus présentables de la vie des autres.

Cette comparaison est structurellement déséquilibrée : nous connaissons nos hésitations, nos échecs et nos journées ordinaires, tandis que nous voyons principalement ce que l’autre a choisi de montrer.

L’apparence

L’image corporelle peut occuper une place importante dans l’estime de soi, particulièrement lorsque la personne a appris que son apparence constitue l’une de ses principales sources de valeur.

Le vieillissement, une maladie, une variation de poids ou une modification du corps peuvent alors devenir psychologiquement menaçants bien au-delà de la question esthétique.

Une estime de soi plus diversifiée permet que l’apparence compte sans devoir porter à elle seule toute la valeur personnelle.

Les compliments

Une personne ayant une faible estime d’elle-même peut avoir du mal à recevoir un compliment.

« Ce n’était rien. »

« J’ai eu de la chance. »

« Tout le monde aurait pu le faire. »

Le compliment entre en contradiction avec l’image déjà construite. Il est donc rejeté plutôt qu’intégré.

La personne peut accumuler des réussites sans jamais modifier sa représentation d’elle-même, car chaque élément positif est immédiatement expliqué autrement.

Le filtre négatif

Lorsque nous avons une image négative de nous-mêmes, nous remarquons plus facilement ce qui la confirme.

Une erreur devient importante.

Dix réussites deviennent normales.

Une critique reste en mémoire.

Plusieurs compliments sont oubliés.

Ce mécanisme peut entretenir l’estime de soi initiale : nous croyons observer objectivement la réalité alors que notre attention sélectionne davantage certaines informations.

Les standards impossibles

Certaines personnes ne s’accordent de valeur qu’à condition de satisfaire des critères qu’aucun être humain ne pourrait maintenir durablement.

Ne jamais se tromper.

Toujours être productif.

Toujours être disponible.

Ne jamais décevoir.

Être apprécié par tout le monde.

Dans ce système, l’estime de soi ne peut qu’être régulièrement attaquée, puisque la condition permettant de la conserver est irréalisable.

Perfectionnisme et estime de soi

Le perfectionnisme peut être une stratégie destinée à éviter la honte ou la critique.

« Si je fais tout parfaitement, personne ne pourra me reprocher quoi que ce soit. »

Mais puisque la perfection humaine n’existe pas, la stratégie ne produit jamais une sécurité définitive.

Chaque réussite devient simplement le nouveau minimum à maintenir.

La voix intérieure

Nous développons une manière de nous parler.

Après une erreur, certains pensent :

« Bon, qu’est-ce que je peux corriger ? »

D’autres :

« Évidemment. Je rate toujours tout. »

Cette voix intérieure peut reprendre des formulations autrefois entendues, mais elle peut aussi se construire à partir d’expériences ultérieures.

L’important est qu’une pensée répétée n’est pas nécessairement une vérité simplement parce qu’elle nous est devenue familière.

Se critiquer pour progresser

Certaines personnes pensent qu’elles ont besoin d’être extrêmement dures avec elles-mêmes.

« Si je commence à être indulgent, je vais devenir paresseux. »

Mais responsabilité et humiliation ne sont pas synonymes.

Nous pouvons reconnaître précisément une erreur, en analyser les causes et la corriger sans conclure que nous sommes stupides ou sans valeur.

Une critique utile indique ce qui doit changer. Une insulte intérieure ne fournit généralement aucune stratégie.

L’autodérision

Pouvoir rire de soi peut être une marque de souplesse.

Mais l’autodérision peut également devenir une manière de se dévaloriser avant que quelqu’un d’autre ne le fasse.

« Je sais, je suis nul. »

La plaisanterie protège alors contre une attaque anticipée.

Le contexte et la répétition permettent de distinguer plus facilement l’humour d’une véritable dévalorisation.

L’arrogance

Une personne qui paraît extrêmement sûre d’elle ne possède pas nécessairement une estime de soi solide.

Le besoin de :

dominer ;

rabaisser ;

avoir toujours raison ;

montrer sa supériorité,

peut parfois servir à protéger une image de soi fragile.

Mais il serait également abusif de conclure que toute personne arrogante souffre secrètement d’une faible estime d’elle-même.

Un comportement observable ne permet pas à lui seul de connaître toute l’organisation psychologique de quelqu’un.

Se sentir supérieur n’est pas s’estimer

L’estime de soi n’exige pas une hiérarchie dans laquelle nous devons être au-dessus des autres.

Une personne peut reconnaître :

« Elle est meilleure que moi dans ce domaine »

sans conclure :

« Je vaux moins qu’elle comme personne. »

Cette distinction permet d’admirer, d’apprendre et même de perdre sans transformer chaque interaction en compétition identitaire.

Les relations

Une faible estime de soi peut influencer les relations de plusieurs manières. La personne peut tolérer certains comportements parce qu’elle pense ne pas mériter mieux, rechercher continuellement une confirmation affective ou interpréter chaque distance comme un rejet.

Mais il faut éviter le raisonnement inverse :

« Si quelqu’un reste dans une mauvaise relation, c’est qu’il manque d’estime de soi. »

Les relations humaines sont beaucoup plus complexes. Attachement, peur, dépendance matérielle, histoire commune, enfants et emprise peuvent également intervenir.

Le choix du partenaire

Nous entendons parfois :

« On accepte l’amour qu’on pense mériter. »

La formule peut éclairer certaines situations, mais elle ne constitue pas une loi psychologique universelle.

Une personne ayant une bonne estime d’elle-même peut entrer dans une relation qui devient progressivement destructrice. Une personne ayant une estime fragile peut rencontrer un partenaire respectueux.

L’estime de soi influence les relations sans les déterminer entièrement.

Après une relation destructrice

Une relation marquée par la dévalorisation ou l’emprise peut diminuer fortement l’estime de soi.

La personne ne se reconnaît plus.

Elle doute de ses décisions et de ses perceptions.

La reconstruction ne consiste alors pas simplement à répéter :

« Je suis formidable. »

Elle passe souvent par le retour progressif de l’autonomie, des relations extérieures, des décisions personnelles et de la confiance dans son propre jugement.

Le travail

Le travail constitue une source importante de reconnaissance pour beaucoup de personnes. Il peut fournir :

compétence ;

statut ;

utilité ;

appartenance ;

fierté.

Cela n’est pas problématique en soi.

La difficulté apparaît lorsque perdre un poste, échouer à un projet ou prendre sa retraite signifie psychologiquement :

« Je ne suis plus personne. »

Plus l’identité possède plusieurs dimensions, moins une seule perte risque d’emporter toute l’image de soi.

Le chômage

Une période de chômage peut affecter l’estime de soi, particulièrement lorsque la société associe fortement valeur personnelle et activité professionnelle.

Les refus successifs peuvent être interprétés comme des verdicts :

« Personne ne veut de moi. »

Pourtant, une décision de recrutement dépend de nombreux facteurs et ne constitue pas une évaluation globale de la personne.

La difficulté est de maintenir cette distinction lorsque les refus s’accumulent.

L’argent et le statut

Dans certaines cultures ou certains environnements, le statut matériel devient un indicateur implicite de valeur.

Revenu.

Maison.

Voiture.

Profession.

Une personne peut alors se sentir diminuée non parce que ses besoins essentiels ne sont pas satisfaits, mais parce qu’elle occupe une position moins valorisée que son groupe de référence.

L’estime de soi devient dépendante d’un classement social qui peut toujours changer.

Vieillir

Le vieillissement peut remettre en question certains piliers de l’estime de soi.

Apparence.

Force physique.

Performance.

Statut professionnel.

Rôle familial.

Mais il peut également permettre de déplacer progressivement les critères de valeur vers d’autres dimensions : expérience, relations, transmission, liberté, cohérence avec soi-même.

Le défi consiste parfois moins à conserver exactement l’identité précédente qu’à accepter qu’une valeur personnelle puisse continuer à exister sous d’autres formes.

La maladie et le handicap

Une maladie ou un handicap peut modifier les capacités et l’autonomie sans réduire la valeur humaine de la personne.

Cette distinction semble évidente en théorie.

Elle peut être beaucoup plus difficile à vivre lorsque quelqu’un avait construit une grande partie de son estime autour de ce qu’il était capable de faire.

La dépendance temporaire ou durable peut alors être vécue comme une humiliation plutôt que comme une modification des conditions de vie.

Recevoir de l’aide

Certaines personnes se sentent valables lorsqu’elles sont celles qui donnent.

Elles aident.

Organisent.

Soutiennent.

Lorsqu’elles ont elles-mêmes besoin d’aide, leur estime de soi est menacée.

« Si je ne suis plus celui qui aide, que reste-t-il de moi ? »

Apprendre à recevoir peut alors être aussi important psychologiquement qu’apprendre à donner.

La honte

Honte et faible estime de soi sont souvent liées, mais elles ne sont pas identiques.

La honte peut concerner une situation particulière.

Une estime de soi profondément fragilisée transforme plus facilement cette expérience en conclusion générale :

« Ce n’est pas seulement ce que j’ai fait qui est honteux. C’est moi. »

Le chapitre consacré à la honte et à la culpabilité développera cette distinction.

Les valeurs

Une estime de soi plus stable peut s’appuyer davantage sur la manière dont une personne essaie de vivre selon ses valeurs que sur des résultats qu’elle ne contrôle jamais entièrement.

Elle peut se demander :

Ai-je essayé d’agir avec intégrité ?

Ai-je assumé mes responsabilités ?

Ai-je corrigé ce qui pouvait l’être ?

Ai-je respecté certaines limites importantes ?

Cela ne garantit pas le succès.

Mais cela permet de conserver un critère personnel qui ne dépend pas entièrement du verdict extérieur.

Être fier de soi

Être fier de soi n’exige pas de se croire supérieur.

La fierté peut simplement reconnaître :

« Cela a été difficile et je l’ai fait. »

ou :

« Je n’ai pas réussi, mais je suis satisfait de la manière dont j’ai agi. »

Cette capacité à reconnaître ses propres efforts protège contre une dépendance totale à la validation extérieure.

Se connaître

Une estime de soi réaliste ne consiste pas à remplacer toutes les pensées négatives par des affirmations positives.

Nous possédons :

des qualités ;

des défauts ;

des compétences ;

des limites.

Une image de soi stable peut intégrer l’ensemble sans transformer chaque faiblesse en condamnation.

« Je suis mauvais dans ce domaine » peut être une observation parfaitement acceptable.

Elle devient problématique lorsqu’elle se transforme automatiquement en :

« Je suis mauvais tout court. »

Les affirmations positives

Répéter devant un miroir :

« Je suis extraordinaire »

peut aider certaines personnes, mais ne suffit pas toujours à modifier une croyance profondément installée.

Si la phrase est trop éloignée de ce que la personne croit réellement, elle peut même provoquer une réaction intérieure :

« Non, justement. »

Des formulations plus crédibles peuvent parfois être plus utiles :

« Ma valeur ne dépend pas de réussir cette tâche. »

ou :

« Je peux apprendre sans devoir déjà savoir. »

L’expérience compte

L’estime de soi se modifie aussi par l’action.

Poser une limite.

Faire quelque chose seul.

Survivre à une critique.

Prendre une décision.

Recommencer après un échec.

Chaque expérience peut fournir une information nouvelle :

« Je peux faire face à cela. »

L’estime de soi n’est donc pas seulement une pensée à corriger. Elle se nourrit également d’expériences vécues.

Tenir ses engagements envers soi-même

Lorsqu’une personne prend continuellement des décisions qu’elle abandonne immédiatement, elle peut finir par ne plus faire confiance à sa propre parole.

Mais il ne faut pas transformer cette idée en rigidité.

Modifier un objectif devenu inutile ou irréaliste n’est pas une trahison envers soi-même.

La question est davantage de distinguer :

« J’ai consciemment révisé ma décision »

de :

« Je n’ose plus croire ce que je me promets parce que j’abandonne automatiquement dès que cela devient difficile. »

Les limites personnelles

Poser une limite peut renforcer l’estime de soi parce que la personne agit comme si ses besoins et son intégrité méritaient d’être pris en compte.

Cela ne garantit pas que les autres apprécieront la limite.

Parfois, l’un des signes d’une estime de soi plus solide est précisément la capacité à supporter que quelqu’un soit mécontent sans conclure immédiatement que nous avons tort.

L’estime de soi n’exige pas l’autosuffisance

Nous avons besoin des autres.

De soutien.

D’affection.

De reconnaissance.

D’aide.

Une bonne estime de soi ne signifie pas :

« Je n’ai besoin de personne. »

Elle permet davantage de recevoir ce que les relations apportent sans que l’existence entière de notre valeur dépende de la permanence de leur approbation.

Peut-on avoir trop d’estime de soi ?

Une estime de soi élevée n’est pas synonyme de narcissisme, d’arrogance ou de sentiment de supériorité.

Le problème n’est pas de s’accorder trop de valeur humaine.

Il apparaît lorsque la valeur personnelle exige de diminuer celle des autres, lorsqu’une image grandiose doit être continuellement défendue ou lorsque toute critique devient insupportable.

Se respecter n’exige pas de considérer les autres comme inférieurs.

Une estime de soi stable reste flexible

Une personne peut penser du bien d’elle-même et reconnaître :

« Là, j’ai eu tort. »

Elle peut présenter des excuses sans sentir que toute son identité s’effondre.

Elle peut apprendre d’une personne plus compétente sans vivre cette différence comme une humiliation.

La solidité ne vient donc pas d’une image parfaite de soi, mais de la capacité à rester digne de respect à ses propres yeux malgré la reconnaissance de ses imperfections.

Construire l’estime de soi

Il n’existe pas une seule méthode. Mais plusieurs directions peuvent contribuer à une estime plus stable : identifier les critères impossibles que l’on s’impose, distinguer résultats et identité, observer la manière dont on se parle, développer des compétences réelles, agir davantage selon ses valeurs et apprendre à tolérer certaines critiques ou désapprobations.

Il peut également être nécessaire de revoir certaines relations qui entretiennent continuellement la dévalorisation.

Construire l’estime de soi ne signifie donc pas simplement apprendre à penser positivement. Il s’agit aussi de créer des expériences et des conditions relationnelles dans lesquelles une autre manière de se considérer devient crédible.

Quand demander de l’aide ?

Une aide peut être utile lorsque la dévalorisation est persistante et affecte fortement les relations, le travail, les décisions ou la capacité à se protéger. Elle peut également être pertinente lorsqu’une personne ne parvient plus à reconnaître aucune qualité, se sent fondamentalement sans valeur ou organise une grande partie de son existence autour de la peur du jugement.

Lorsque cette dévalorisation s’accompagne d’une dépression importante, d’un désespoir profond ou d’idées suicidaires, elle nécessite une attention particulière.

Les méthodes thérapeutiques permettant de travailler directement sur les croyances négatives, la honte, l’autocritique ou les expériences ayant contribué à construire cette image de soi seront développées dans la partie Psychothérapie.

À retenir

L’estime de soi n’est pas une médaille obtenue après avoir accumulé suffisamment de réussites. Si elle dépend uniquement de ce que nous accomplissons, elle doit être continuellement regagnée.

Elle n’exige pas non plus de nous raconter que nous sommes extraordinaires. Nous pouvons reconnaître nos limites, nos erreurs, nos mauvais choix et les domaines dans lesquels d’autres sont meilleurs que nous sans transformer ces constats en verdict sur notre valeur.

Une estime de soi suffisamment solide permet donc une phrase beaucoup moins spectaculaire que :

« Je suis le meilleur. »

Elle permet plutôt de penser :

« Je n’ai pas besoin d’être le meilleur pour avoir ma place. »

Nous pouvons vouloir progresser sans nous mépriser pendant l’apprentissage, recevoir une critique sans remettre toute notre identité entre les mains de celui qui la formule et connaître l’échec sans devenir nous-mêmes cet échec.

Car la question fondamentale n’est peut-être pas de réussir à nous admirer en permanence. Elle est de pouvoir continuer à nous respecter lorsque nous n’avons précisément rien d’exceptionnel à montrer.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.