LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
EFT — EMOTIONALLY FOCUSED THERAPY
39 sections thématiques
L’Emotionally Focused Therapy, généralement abrégée EFT, est une approche psychothérapeutique centrée sur les émotions, les relations et les liens d’attachement.
Elle est particulièrement connue pour son utilisation en thérapie de couple, à partir des travaux de Sue Johnson et de ses collaborateurs. Des développements ont également été proposés pour le travail individuel et familial.
Cette EFT n’a rien à voir avec les Emotional Freedom Techniques étudiées dans le chapitre précédent.
Il n’y a ici ni tapping ni stimulation de points corporels.
L’approche s’intéresse principalement à la manière dont les émotions profondes, les besoins relationnels et les stratégies de protection organisent certaines interactions.
Dans un couple, le problème visible peut être :
« Il ne m’écoute jamais. »
« Elle me critique constamment. »
« Il se ferme dès que je parle. »
« Elle me poursuit avec les mêmes questions. »
L’EFT cherche à regarder ce qui se passe sous cette interaction.
Derrière la colère peut se trouver la peur de ne plus compter.
Derrière le retrait peut se trouver la peur d’échouer encore une fois dans la relation.
Derrière une demande répétée de réassurance peut se trouver la crainte d’être abandonné.
Cela ne signifie pas que chaque conflit cache nécessairement une blessure d’attachement. Mais lorsque cette dynamique existe, la comprendre peut permettre de modifier profondément la relation.
L’EFT ne cherche pas seulement à apprendre au couple à mieux discuter. Elle travaille sur la sécurité émotionnelle qui rend réellement possible une autre manière d’être en relation.
L’émotion comme information
Dans certaines conceptions populaires, l’émotion est considérée comme un obstacle.
Pour résoudre un problème, il faudrait être rationnel.
L’EFT adopte une perspective différente.
Les émotions fournissent des informations importantes sur ce qui compte pour nous.
La peur peut signaler une menace.
La tristesse peut accompagner une perte.
La colère peut apparaître lorsqu’une limite est franchie.
La honte peut toucher profondément l’image de soi.
Dans une relation importante, certaines émotions sont étroitement liées au besoin de savoir si l’autre est disponible, accessible et suffisamment engagé lorsque nous avons besoin de lui.
Le travail thérapeutique ne cherche donc pas à éliminer l’émotion.
Il cherche à la comprendre et à permettre une expression qui puisse être entendue.
L’attachement au cœur de l’approche
L’EFT s’appuie fortement sur la théorie de l’attachement.
Les êtres humains développent des liens avec des personnes importantes et cherchent généralement une certaine sécurité dans ces relations.
Chez l’adulte également, une relation affective peut devenir un lieu essentiel de sécurité émotionnelle.
Lorsque ce lien semble menacé, les réactions peuvent devenir très fortes.
Une remarque apparemment banale peut alors être vécue comme :
« Tu ne tiens plus à moi. »
Un silence peut devenir :
« Tu m’abandonnes. »
Une critique peut être entendue comme :
« Je ne suis jamais assez bien pour toi. »
La réaction visible porte parfois moins sur les mots prononcés que sur la signification relationnelle qui leur est attribuée.
Le conflit apparent et le conflit profond
Prenons un couple qui se dispute régulièrement parce que l’un des partenaires rentre tard.
Le conflit semble concerner l’heure.
Mais plusieurs significations sont possibles.
Pour l’un :
« Quand tu rentres sans prévenir, j’ai l’impression de ne pas compter. »
Pour l’autre :
« Quand tu m’accueilles avec des reproches, j’ai l’impression que quoi que je fasse, je serai encore mauvais. »
Le premier attaque davantage pour obtenir une réaction.
Le second se retire davantage pour éviter le conflit.
Plus le second se retire, plus le premier se sent abandonné.
Plus le premier proteste, plus le second se sent incapable de satisfaire son partenaire et se ferme.
Le couple entre alors dans un cycle.
Le cycle devient l’adversaire
Une idée centrale de l’EFT consiste à ne pas transformer automatiquement l’un des partenaires en problème.
Le problème peut être la dynamique dans laquelle les deux sont enfermés.
L’un poursuit.
L’autre se retire.
Le retrait augmente la poursuite.
La poursuite augmente le retrait.
À la fin, chacun possède une excellente collection de preuves montrant que l’autre est responsable.
L’EFT cherche à déplacer le regard :
ce n’est pas nécessairement toi contre moi ; c’est nous deux pris dans un cycle qui finit par nous éloigner.
Cette reformulation peut déjà modifier la nature du conflit.
Le cycle poursuite-retrait
Le modèle poursuite-retrait est particulièrement connu.
Un partenaire cherche davantage le contact lorsqu’il sent la relation menacée.
Il questionne.
Insiste.
Critique.
Relance.
Demande une réponse.
L’autre se sent attaqué, inadéquat ou débordé.
Il se tait.
Évite.
Change de sujet.
Quitte la pièce.
Le premier interprète ce retrait comme une preuve supplémentaire de désintérêt.
Il insiste davantage.
Le second se protège davantage.
Chacun fait alors exactement ce qui déclenche la réaction qu’il redoute chez l’autre.
Le poursuivant ne cherche pas nécessairement le conflit
Une personne qui critique continuellement peut donner l’impression qu’elle souhaite se battre.
Mais certaines critiques peuvent constituer une forme maladroite de protestation relationnelle.
« Tu ne fais jamais attention à moi »
peut parfois contenir :
« Est-ce que je compte encore pour toi ? »
Cela ne rend pas la critique agréable ni toujours acceptable.
Comprendre sa fonction ne signifie pas l’approuver.
Le travail consiste justement à permettre une expression plus directe du besoin qui se cache éventuellement derrière l’attaque.
Celui qui se retire n’est pas nécessairement indifférent
Le partenaire silencieux peut sembler froid.
Pourtant, son retrait peut parfois correspondre à une stratégie de protection.
Il pense :
« Tout ce que je dis aggrave les choses. »
« Je vais encore la décevoir. »
« Je ne sais pas quoi répondre. »
« Si je parle, nous allons exploser. »
Il se tait donc pour éviter davantage de conflit.
Mais son silence est interprété comme de l’indifférence.
Une stratégie destinée à protéger la relation contribue alors involontairement à l’endommager.
Les émotions secondaires
L’EFT distingue notamment ce qui apparaît immédiatement dans l’interaction de ce qui peut exister plus profondément.
Une colère visible peut protéger une peur.
Une froideur peut protéger une honte.
Une critique peut protéger une tristesse.
Cela ne signifie pas que la colère soit fausse.
Une personne peut réellement être en colère.
Mais cette émotion peut coexister avec une expérience plus vulnérable qu’elle exprime difficilement.
Accéder aux émotions plus vulnérables
Le thérapeute peut aider la personne à ralentir.
Au lieu de rester uniquement sur :
« Il m’énerve lorsqu’il fait ça »,
le travail peut devenir :
« Qu’est-ce qui se passe pour vous exactement à ce moment-là ? »
La personne découvre peut-être :
« J’ai peur qu’il ne veuille plus de moi. »
Cette phrase produit généralement une interaction différente de :
« Tu es toujours égoïste. »
La première expose une vulnérabilité.
La seconde attaque.
Le contenu relationnel peut être proche, mais le message reçu par l’autre n’est pas le même.
Vulnérabilité ne signifie pas faiblesse
Exprimer une peur ou un besoin peut être beaucoup plus difficile que manifester de la colère.
Dire :
« J’ai peur de ne pas compter pour toi »
expose davantage que :
« Tu ne penses jamais qu’à toi. »
La seconde phrase protège.
Elle place la personne en position d’accusation plutôt qu’en position de demande.
L’EFT cherche progressivement à créer suffisamment de sécurité pour que certaines expériences plus vulnérables puissent être communiquées.
L’émotion doit pouvoir être reçue
Exprimer davantage ne suffit pas.
Une personne peut enfin dire :
« J’ai peur que tu m’abandonnes »
et recevoir :
« Tu es vraiment ridicule. »
L’expérience risque alors de confirmer exactement ce qu’elle craignait.
Le travail thérapeutique porte donc également sur la capacité de l’autre à entendre et à répondre.
La relation change lorsque la vulnérabilité peut rencontrer une réponse suffisamment accessible plutôt qu’une attaque, une moquerie ou une fuite.
Une nouvelle interaction
Le thérapeute peut aider les partenaires à transformer progressivement une séquence.
Au lieu de :
« Tu ne t’intéresses jamais à moi ! »
puis :
« Arrête, tu recommences encore ! »
le dialogue peut devenir :
« Lorsque tu te fermes, j’ai peur de ne plus compter pour toi et je commence à t’attaquer pour obtenir une réaction. »
L’autre peut éventuellement répondre :
« Quand tu m’attaques, je pense que je vais encore échouer avec toi, alors je me ferme. Mais ce n’est pas parce que tu ne comptes pas. »
Le conflit n’est pas miraculeusement supprimé.
Mais chacun commence à voir la logique de l’autre.
Les besoins d’attachement
Dans cette approche, certaines questions relationnelles fondamentales peuvent être formulées ainsi :
Es-tu là pour moi ?
Puis-je te rejoindre lorsque j’ai besoin de toi ?
Est-ce que je compte pour toi ?
Peux-tu répondre lorsque je suis vulnérable ?
Notre lien peut-il survivre à un conflit ?
Ces questions ne sont pas toujours formulées explicitement.
Elles peuvent pourtant se trouver derrière certaines disputes répétitives.
Sécurité et autonomie
Une relation sécurisante ne signifie pas que les partenaires doivent tout faire ensemble.
L’attachement ne doit pas être confondu avec la fusion.
Une personne peut avoir besoin de solitude, d’activités personnelles, d’amitiés et d’autonomie tout en étant profondément engagée dans son couple.
La sécurité relationnelle peut au contraire rendre l’autonomie plus facile.
On peut s’éloigner momentanément sans craindre que chaque distance signifie la disparition du lien.
Les trois grandes étapes du travail de couple
L’EFT de couple est souvent décrite en plusieurs étapes organisées autour de trois grands mouvements.
Le premier consiste à désamorcer le cycle négatif.
Le deuxième vise à restructurer les interactions et renforcer le lien.
Le troisième cherche à consolider les changements et à aider le couple à utiliser ses nouvelles capacités dans les difficultés futures.
Cette organisation fournit une direction au traitement sans signifier que tous les couples avancent de manière parfaitement linéaire.
Première étape : comprendre le cycle
Au début, le thérapeute cherche à comprendre ce qui se passe entre les partenaires.
Quels conflits reviennent ?
Comment commencent-ils ?
Que fait chacun ?
Que provoque cette réaction chez l’autre ?
Le travail cherche progressivement à cartographier le cycle.
Le couple peut alors commencer à reconnaître :
« Nous sommes encore dans notre boucle. »
Cette prise de conscience crée une petite distance par rapport au conflit.
Ralentir la dispute
Dans la vie quotidienne, certaines disputes vont extrêmement vite.
Une phrase.
Une expression du visage.
Une réponse.
Une attaque.
Un retrait.
En quelques secondes, les deux partenaires sont déjà dans une séquence très familière.
Le thérapeute ralentit le processus.
« Que s’est-il passé juste avant que vous répondiez cela ? »
« Qu’avez-vous ressenti lorsqu’elle a détourné le regard ? »
« Qu’avez-vous compris de son silence ? »
En ralentissant, des étapes jusque-là presque invisibles deviennent accessibles.
Deuxième étape : créer d’autres réponses
Une fois le cycle suffisamment compris et moins envahissant, le travail peut approfondir les émotions et les besoins.
Les partenaires peuvent apprendre à exprimer plus directement ce qui se passe.
Demander au lieu d’attaquer.
Rester présent au lieu de disparaître.
Répondre à la vulnérabilité au lieu de la considérer comme une accusation.
Ces nouvelles interactions ne sont pas simplement des techniques de communication.
Elles cherchent à modifier l’expérience relationnelle elle-même.
Les « enactments »
Le thérapeute peut inviter un partenaire à parler directement à l’autre pendant la séance.
Au lieu de raconter au thérapeute :
« Je voudrais qu’il comprenne que j’ai peur »,
il peut être invité à se tourner vers son partenaire et à le lui dire.
Ce passage est important.
Parler de la relation n’est pas identique à parler dans la relation.
Le thérapeute accompagne alors ce qui se produit entre les deux personnes.
Une expérience émotionnelle corrective
Lorsqu’une personne ose montrer quelque chose qu’elle cache habituellement et reçoit une réponse différente de celle qu’elle craignait, une nouvelle expérience relationnelle devient possible.
Elle peut découvrir :
« Lorsque je montre ma peur sans attaquer, il ne disparaît pas nécessairement. »
L’autre peut découvrir :
« Lorsque je reste présent au lieu de me défendre immédiatement, elle ne m’attaque pas forcément davantage. »
Ces expériences concrètes peuvent modifier progressivement les attentes relationnelles.
Troisième étape : consolider
Une thérapie ne peut pas accompagner le couple pendant tous les conflits futurs.
L’objectif est donc que les partenaires puissent reconnaître plus rapidement leur cycle et utiliser autrement ce qu’ils ont appris.
Les problèmes concrets peuvent ensuite être abordés avec davantage de sécurité.
Argent.
Famille.
Organisation.
Sexualité.
Temps.
Travail.
Enfants.
Le désaccord ne disparaît pas.
Mais le couple peut être moins rapidement aspiré par la dynamique relationnelle qui transformait chaque problème en menace pour le lien.
L’EFT ne cherche pas à supprimer tous les conflits
Un couple sans aucun désaccord n’est pas nécessairement un couple plus sain.
Deux personnes différentes continueront à avoir des préférences, besoins et opinions différents.
L’objectif n’est donc pas :
« Nous ne nous disputerons plus jamais. »
Il est plutôt de permettre au conflit de ne pas devenir systématiquement une preuve que la relation est en danger.
Un désaccord peut rester un désaccord.
Les blessures d’attachement
Certaines expériences peuvent profondément endommager la sécurité relationnelle.
Une infidélité.
Une absence dans un moment particulièrement difficile.
Un mensonge important.
Une trahison.
Une humiliation.
Dans l’EFT, certaines de ces expériences peuvent être conceptualisées comme des blessures d’attachement lorsqu’elles touchent directement la confiance dans la disponibilité de l’autre.
Le travail ne consiste pas simplement à demander :
« Pouvez-vous pardonner ? »
Il peut être nécessaire que l’événement soit reconnu, que sa signification relationnelle soit comprise et qu’une réponse émotionnelle différente devienne possible.
Infidélité
Après une infidélité, les partenaires peuvent souhaiter reconstruire leur relation.
L’EFT peut offrir un cadre pour explorer ce qui a été détruit dans le sentiment de sécurité.
Mais comprendre la dynamique du couple ne signifie jamais rendre le partenaire trompé responsable de l’infidélité.
Des difficultés relationnelles peuvent exister avant une trahison.
La décision de tromper reste cependant une question distincte.
Une psychothérapie ne doit pas transformer l’explication du contexte en dilution de la responsabilité.
Le pardon n’est pas obligatoire
Une thérapie de couple ne devrait pas imposer la réconciliation.
Certaines relations peuvent être reconstruites.
D’autres doivent se terminer.
Une personne peut comprendre l’autre sans accepter de poursuivre la relation.
Elle peut également décider qu’une blessure a franchi une limite qu’elle ne souhaite pas dépasser.
Le rôle du thérapeute n’est pas de sauver chaque couple à tout prix.
EFT et séparation
La thérapie peut parfois aider deux personnes à comprendre qu’elles souhaitent se séparer.
Le travail peut alors contribuer à rendre cette séparation moins destructrice, particulièrement lorsque des enfants sont concernés.
L’échec d’une thérapie de couple ne se mesure donc pas uniquement à la séparation ou au maintien du couple.
Une relation peut se terminer après un travail psychothérapeutique utile.
Quand il existe de la violence
La présence de violence modifie profondément le cadre.
Une dynamique de couple conflictuelle et une situation de violence coercitive ne doivent pas être traitées comme si elles étaient équivalentes.
Dans une relation fondée sur la peur, le contrôle, les menaces ou la violence, parler simplement de « cycle auquel les deux contribuent » peut devenir dangereux.
La responsabilité de la violence appartient à celui qui l’exerce.
Une approche relationnelle ne doit jamais servir à répartir artificiellement cette responsabilité entre victime et auteur.
La sécurité doit passer avant la préservation du couple.
Le modèle relationnel a des limites
L’idée du cycle est extrêmement utile lorsque les partenaires participent effectivement à une dynamique réciproque.
Mais elle ne doit pas devenir un modèle automatique.
Toutes les situations ne sont pas symétriques.
Manipulation, violence, coercition, exploitation ou peur réelle exigent une analyse différente.
Dire « chacun fait sa part » peut être faux.
La thérapie doit conserver la capacité de reconnaître une asymétrie lorsqu’elle existe.
L’EFT individuelle
Des développements de l’approche ont également été proposés pour la psychothérapie individuelle, souvent désignés par Emotionally Focused Individual Therapy.
Le travail s’intéresse notamment aux émotions, aux modèles relationnels et aux expériences d’attachement.
La relation thérapeutique peut devenir un espace permettant d’explorer certaines manières habituelles d’entrer en relation avec soi et avec les autres.
Le cadre diffère naturellement du travail avec un couple puisque l’autre partenaire n’est pas présent.
EFT familiale
Des adaptations existent également pour les familles.
Le travail peut chercher à comprendre certaines ruptures de connexion émotionnelle et à restaurer des interactions plus sécurisantes entre membres de la famille.
Comme toujours, les rôles et responsabilités doivent être adaptés à l’âge et à la situation.
Un enfant ne doit pas recevoir la responsabilité de réparer la relation familiale au même titre qu’un adulte.
Attachement ne signifie pas expliquer toute la psychologie
L’attachement constitue un cadre très important dans l’EFT.
Mais il serait excessif de réduire toutes les difficultés humaines à un style d’attachement.
Une personne peut être anxieuse pour de nombreuses raisons.
Un couple peut avoir des difficultés liées à l’argent, aux valeurs, à la sexualité, au travail, à la maladie, à la famille ou à des incompatibilités réelles.
Toutes les disputes ne cachent pas nécessairement une peur d’abandon.
Le modèle doit aider à comprendre, pas obliger toute expérience à entrer dans la même explication.
Les « styles d’attachement »
Les catégories d’attachement sont aujourd’hui extrêmement populaires sur les réseaux sociaux.
« Je suis anxieux. »
« Mon partenaire est évitant. »
« C’est pour cela que notre couple fonctionne comme ça. »
Ces concepts peuvent offrir des pistes.
Mais ils deviennent facilement des étiquettes.
Une personne n’est pas réductible à une catégorie d’attachement permanente expliquant chacune de ses réactions.
Le fonctionnement relationnel peut varier selon les relations, les périodes et les expériences.
Ne pas diagnostiquer son partenaire
Après avoir découvert certaines notions de l’EFT, une personne peut être tentée d’expliquer son partenaire :
« Tu es évitant, donc tu fais ça. »
La théorie devient alors une nouvelle arme dans le conflit.
Comprendre un modèle thérapeutique ne donne pas un droit de diagnostic sur l’autre.
Il est généralement plus utile de parler de l’interaction observable :
« Quand je demande davantage de proximité, tu sembles te retirer, et je deviens encore plus insistante. »
Cette description laisse davantage de place à la conversation.
Émotion et responsabilité
L’EFT accorde une place importante à l’émotion, mais une émotion ne justifie pas tous les comportements.
Une personne peut être terrifiée par l’abandon et néanmoins devoir apprendre à ne pas contrôler continuellement son partenaire.
Une autre peut se sentir submergée par les conflits et devoir apprendre à ne pas disparaître pendant plusieurs jours sans explication.
Comprendre la fonction protectrice d’un comportement n’annule pas la responsabilité de le modifier lorsqu’il devient destructeur.
L’importance du thérapeute
Le thérapeute EFT ne se contente pas d’observer le couple se disputer.
Il intervient sur le processus.
Il ralentit.
Reformule.
Aide à identifier les émotions.
Met en évidence le cycle.
Soutient l’expression de certaines vulnérabilités.
Aide l’autre partenaire à recevoir ce qui est exprimé.
Le thérapeute doit également maintenir un cadre dans lequel aucun partenaire n’est systématiquement transformé en coupable.
Neutralité ne signifie pas indifférence morale
Dans une thérapie de couple, le professionnel cherche généralement à comprendre les deux partenaires.
Mais comprendre les deux perspectives ne signifie pas prétendre que tous les comportements sont équivalents.
Une violence n’est pas un simple « style de communication ».
Une menace n’est pas une maladresse relationnelle.
Une contrainte sexuelle n’est pas un conflit de besoins.
Le thérapeute doit pouvoir conserver cette distinction tout en travaillant sur la relation lorsque le cadre le permet.
Les données scientifiques
L’Emotionally Focused Therapy de couple a fait l’objet de recherches et dispose d’un corpus empirique concernant notamment la détresse conjugale.
Comme pour toute psychothérapie, les résultats ne signifient pas qu’elle fonctionne pour tous les couples ni qu’elle soit la seule approche efficace.
L’évaluation scientifique doit également distinguer les différentes versions et extensions de la méthode.
Le fait que l’approche possède un modèle cohérent et des résultats encourageants ou solides dans certains domaines ne permet pas d’extrapoler automatiquement à toutes les situations.
Ce que l’EFT n’est pas
L’EFT n’est pas simplement :
« Parlez davantage de vos émotions. »
Elle n’est pas non plus :
« Tout vient de votre enfance. »
Elle n’exige pas que le couple reste ensemble.
Elle ne transforme pas chaque dispute en problème d’attachement.
Elle ne considère pas qu’une émotion donne automatiquement raison à celui qui la ressent.
Et elle ne doit surtout pas transformer une situation de violence en cycle relationnel dont les deux partenaires seraient également responsables.
Reconnaître le cycle dans la vie quotidienne
L’un des changements importants apparaît lorsque les partenaires commencent à repérer la dynamique avant qu’elle atteigne son maximum.
« Je crois que je suis en train de te poursuivre parce que j’ai peur. »
« Et moi, je commence à me fermer parce que je me sens attaqué. »
Cette reconnaissance ne résout pas encore le problème.
Mais elle introduit quelque chose qui manquait auparavant :
la possibilité de voir le cycle pendant qu’il se produit.
À partir de là, une autre réponse devient parfois possible.
Une relation plus sûre, pas une relation parfaite
La sécurité relationnelle ne signifie pas l’absence de douleur.
Un partenaire peut décevoir l’autre.
Oublier.
Se tromper.
Être momentanément indisponible.
La différence réside notamment dans la possibilité de réparer.
Une relation suffisamment sûre permet de dire :
« Ce qui s’est passé m’a blessé »
sans que cette phrase annonce automatiquement la destruction du lien.
Elle permet également de répondre :
« Je comprends mieux ce qui t’a atteint »
sans devoir reconnaître une culpabilité inexistante.
À retenir
L’Emotionally Focused Therapy est une psychothérapie centrée sur les émotions, les interactions relationnelles et l’attachement, particulièrement développée et étudiée dans le domaine de la thérapie de couple.
Elle est totalement différente des Emotional Freedom Techniques et de leur tapping, malgré l’abréviation commune EFT.
Dans le travail de couple, l’approche cherche notamment à identifier les cycles négatifs dans lesquels les partenaires se retrouvent enfermés, puis à rendre accessibles les émotions et besoins relationnels qui se trouvent parfois derrière les réactions de protection.
L’objectif n’est pas de déterminer lequel des partenaires est « le problème », mais de comprendre comment certaines réactions s’alimentent mutuellement lorsqu’il existe réellement une dynamique réciproque.
Cette logique possède cependant une limite essentielle : elle ne doit jamais servir à rendre symétriques des situations qui ne le sont pas, notamment en présence de violence, de coercition ou d’exploitation.
Une thérapie de couple ne cherche pas non plus à maintenir chaque relation à tout prix.
Lorsque l’EFT fonctionne, le changement ne consiste pas simplement à apprendre de meilleures phrases pour gérer les disputes. Il consiste à pouvoir reconnaître ce qui se passe sous la dispute, l’exprimer avec moins de protection et découvrir que l’autre peut parfois répondre autrement — afin que le couple cesse progressivement de se défendre contre lui-même.
Aucun résultat pour cette recherche. Essaie un autre mot.
Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.