LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

ÉCHEC

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

ÉCHEC

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Le mot échec semble décrire un résultat.

Un examen non réussi.

Un projet qui ne fonctionne pas.

Une entreprise qui ferme.

Une candidature refusée.

Une compétition perdue.

Un objectif non atteint.

Pourtant, psychologiquement, l’échec dépasse souvent largement l’événement.

Nous ne pensons plus seulement :

« Cela n’a pas fonctionné. »

Nous pouvons commencer à penser :

« J’ai échoué. »

Puis :

« Je suis un échec. »

Trois phrases très différentes viennent alors d’être confondues.

Un résultat peut être un échec sans que la personne qui l’a produit devienne elle-même un échec.

Qu’est-ce qu’un échec ?

Il faut d’abord qu’un objectif existe.

Nous voulions obtenir un résultat et nous ne l’avons pas obtenu.

Mais cette définition apparemment simple cache une difficulté.

Qui a défini l’objectif ?

Nous-mêmes ?

Notre famille ?

Notre employeur ?

La société ?

Et selon quel critère décidons-nous qu’il n’a pas été atteint ?

Une situation peut être vécue comme un échec par une personne et comme une expérience parfaitement acceptable par une autre.

Échec et erreur

Une erreur n’est pas nécessairement un échec.

Nous pouvons nous tromper pendant un processus qui finit par réussir.

Inversement, nous pouvons ne commettre aucune erreur évidente et malgré tout ne pas atteindre notre objectif.

Les circonstances extérieures peuvent intervenir.

Le hasard.

La concurrence.

Le moment.

Les ressources disponibles.

Confondre erreur et échec conduit parfois à rechercher :

« Qu’est-ce que j’ai forcément mal fait ? »

alors qu’aucune action individuelle n’explique entièrement le résultat.

Échec et faute

Une troisième confusion apparaît entre :

erreur ;

échec ;

faute.

Une faute implique une dimension de responsabilité morale ou de transgression.

Un projet commercial qui ne trouve pas son marché peut être un échec économique.

Ce n’est pas une faute morale.

Un examen raté peut être un échec scolaire.

Ce n’est pas une preuve de mauvaise conduite.

Employer le vocabulaire moral pour parler d’un résultat peut produire une culpabilité inutile.

L’échec dépend du critère choisi

Imaginons quelqu’un qui crée une entreprise.

Elle ne produit pas les revenus espérés et ferme après deux ans.

Échec ?

Selon l’objectif financier initial, peut-être.

Mais pendant ces deux années, la personne a également pu :

apprendre ;

développer des compétences ;

créer un réseau ;

identifier un marché ;

découvrir ce qu’elle ne voulait plus faire ;

préparer involontairement son projet suivant.

Cela ne transforme pas magiquement l’entreprise en succès.

Une expérience peut avoir échoué selon un critère tout en ayant produit de la valeur selon d’autres.

Ne pas réécrire artificiellement l’échec

À l’inverse, il n’est pas nécessaire de transformer chaque échec en merveilleuse opportunité.

Parfois, quelque chose a réellement échoué.

De l’argent a été perdu.

Une possibilité a disparu.

Un projet auquel nous tenions s’est terminé.

Dire immédiatement :

« Ce n’est pas un échec, c’est une leçon ! »

peut devenir une manière de refuser la déception.

Nous pouvons apprendre d’un échec tout en reconnaissant :

« Oui, je voulais que cela fonctionne et cela n’a pas fonctionné. »

Les deux sont compatibles.

Pourquoi l’échec fait-il si mal ?

Parce que nous ne perdons pas seulement un résultat.

Nous pouvons perdre :

du temps ;

de l’argent ;

un statut ;

une possibilité ;

un projet ;

une image de nous-mêmes ;

la reconnaissance attendue ;

un futur imaginé.

Plus l’objectif était lié à notre identité, plus l’échec peut devenir personnel.

« J’ai échoué » devient « je suis incapable »

Notre esprit généralise facilement.

Un événement particulier devient une conclusion globale.

« Je n’ai pas réussi cet examen. »

devient :

« Je suis mauvais. »

Puis :

« Je ne réussirai jamais rien. »

Nous sommes passés d’un fait limité à une identité puis à une prédiction sur toute la vie.

Cette progression peut sembler logique lorsque nous sommes déçus.

Elle ne l’est pas nécessairement.

L’échec et l’estime de soi

Lorsque l’estime de soi dépend fortement de la réussite, chaque résultat devient un verdict.

Réussite :

« Je vaux quelque chose. »

Échec :

« Je ne vaux rien. »

La personne ne peut alors plus expérimenter librement.

Chaque tentative met son identité entière en jeu.

Plus l’enjeu identitaire augmente, plus la peur d’échouer augmente également.

La réussite comme preuve de valeur

Certaines personnes ont appris très tôt qu’elles recevaient particulièrement :

attention ;

félicitations ;

reconnaissance ;

affection ;

lorsqu’elles réussissaient.

Elles peuvent progressivement intégrer une règle :

« Pour être apprécié, je dois réussir. »

L’échec n’est alors plus seulement décevant.

Il devient menaçant pour le sentiment d’être digne d’intérêt.

L’échec scolaire

L’école fournit très tôt des expériences explicites de réussite et d’échec.

Notes.

Classements.

Examens.

Comparaisons.

Un enfant peut finir par confondre :

« J’ai des difficultés dans cette matière »

avec :

« Je suis bête. »

Cette conclusion peut ensuite influencer ses comportements.

Il participe moins.

Essaie moins.

Évite.

Et possède donc moins d’occasions de progresser.

L’étiquette

Les étiquettes peuvent devenir puissantes.

« Il n’est pas scolaire. »

« Elle est mauvaise en maths. »

« Il ne va jamais au bout de rien. »

Une description répétée peut devenir une identité.

La personne commence à sélectionner les expériences qui la confirment.

Ce mécanisme ne signifie pas que les difficultés n’existent pas.

Il signifie qu’une difficulté précise ne devrait pas automatiquement devenir une définition totale.

L’échec professionnel

Perdre un emploi, ne pas obtenir une promotion ou voir un projet échouer peut atteindre profondément l’identité.

Particulièrement lorsque la profession occupe une place centrale.

La personne ne perd pas seulement un résultat professionnel.

Elle peut ressentir :

honte ;

déclassement ;

injustice ;

peur financière ;

doute sur ses compétences.

Comprendre cette dimension permet de ne pas réduire la situation à :

« Ce n’est qu’un travail. »

L’échec entrepreneurial

L’entrepreneuriat comporte une forte incertitude.

Un excellent produit peut rencontrer un mauvais marché.

Un produit moyen peut réussir grâce au bon moment.

Un projet peut être techniquement solide mais économiquement non viable.

La frontière entre compétence, circonstances et hasard est rarement parfaite.

Analyser l’échec exige donc davantage que :

« Le projet a échoué, donc l’entrepreneur était mauvais. »

L’échec amoureux

Une relation qui se termine est souvent décrite comme :

« un couple qui a échoué. »

Mais quelle est la définition d’une relation réussie ?

Doit-elle nécessairement durer jusqu’à la mort ?

Une relation peut avoir été importante, sincère et structurante pendant quinze ans puis se terminer.

Sa fin peut être douloureuse sans rendre rétrospectivement inexistante toute la valeur de ce qui a précédé.

Certaines relations échouent effectivement dans leur projet de continuation.

Cela ne signifie pas nécessairement que chaque année vécue ensemble était un échec.

L’échec parental

Les parents peuvent être particulièrement vulnérables au sentiment d’échec.

Un enfant rencontre une difficulté.

Le parent pense :

« Qu’est-ce que j’ai raté ? »

L’éducation joue évidemment un rôle important.

Mais un enfant n’est pas le résultat mécanique d’une méthode parentale.

Il possède également :

son tempérament ;

ses expériences ;

ses relations ;

ses choix ;

son environnement ;

sa propre trajectoire.

La responsabilité parentale existe sans signifier contrôle total du résultat.

La comparaison

L’échec devient souvent plus douloureux lorsque quelqu’un d’autre réussit.

Deux personnes commencent ensemble.

L’une avance.

L’autre non.

La comparaison transforme alors :

« Mon projet n’a pas fonctionné »

en :

« Pourquoi lui et pas moi ? »

Le résultat acquiert une dimension sociale.

Les réseaux sociaux

Nous observons continuellement :

les promotions ;

les réussites ;

les voyages ;

les diplômes ;

les entreprises qui fonctionnent ;

les transformations spectaculaires.

Nous voyons beaucoup moins :

les candidatures refusées ;

les projets abandonnés ;

les années de stagnation ;

les erreurs ;

les dettes ;

les essais invisibles.

Comparer nos coulisses avec la vitrine des autres peut donner l’impression d’être exceptionnellement en retard.

La honte

La honte dit moins :

« J’ai fait quelque chose qui n’a pas fonctionné »

que :

« Il y a quelque chose de mauvais chez moi. »

Elle pousse souvent à cacher l’échec.

La personne évite certaines conversations.

Ment parfois sur sa situation.

S’isole.

Cette dissimulation peut ajouter une seconde difficulté au problème initial.

Le regard des autres

Nous souffrons parfois davantage de ce que les autres vont penser que de l’échec lui-même.

« Je leur avais annoncé mon projet. »

« Tout le monde pensait que j’allais réussir. »

La personne doit alors gérer simultanément :

la déception ;

et l’exposition de cette déception.

Cette dimension sociale explique pourquoi certains échecs vécus publiquement sont particulièrement difficiles.

Les critiques après coup

Lorsque quelque chose échoue, les observateurs découvrent soudain que l’échec était évident.

« Je savais que ça ne marcherait pas. »

Mais cette certitude rétrospective est facile.

Avant le résultat, plusieurs futurs étaient possibles.

Après, le futur devenu réel paraît parfois avoir été inévitable.

Il faut se méfier de cette illusion.

« J’aurais dû savoir »

Cette phrase apparaît fréquemment.

Mais que savions-nous réellement au moment de décider ?

Il faut distinguer :

les informations disponibles à l’époque ;

et celles devenues évidentes après l’événement.

Nous pouvons avoir pris une décision raisonnable avec les informations disponibles et obtenir malgré tout un mauvais résultat.

Le hasard

Nous aimons croire que réussite et échec reflètent parfaitement le mérite.

Cette croyance rend le monde plus prévisible.

Si je travaille suffisamment, je réussirai.

Le travail augmente souvent les chances.

Mais il ne contrôle pas tout.

Santé.

Conjoncture.

Rencontres.

Opportunités.

Timing.

Hasard.

Reconnaître leur rôle ne signifie pas nier la responsabilité personnelle.

Cela signifie simplement refuser une équation trop simple :

résultat = valeur de la personne.

La responsabilité

L’excès inverse serait tout aussi problématique.

« Ce n’est jamais ma faute. »

Si nous attribuons chaque échec aux circonstances, nous perdons la possibilité d’apprendre.

Une analyse utile demande :

« Qu’est-ce qui dépendait réellement de moi ? »

et :

« Qu’est-ce qui ne dépendait pas de moi ? »

Les deux réponses peuvent coexister.

Chercher le coupable ou chercher le mécanisme

Après un échec, nous cherchons souvent :

« Qui est responsable ? »

Cette question peut être nécessaire.

Mais pour apprendre, une autre question est souvent plus productive :

« Qu’est-ce qui a conduit à ce résultat ? »

Elle permet d’examiner plusieurs facteurs sans réduire immédiatement l’analyse à une condamnation.

L’échec comme information

Un échec peut révéler :

une hypothèse fausse ;

une compétence insuffisante ;

une mauvaise stratégie ;

un mauvais moment ;

un objectif irréaliste ;

un manque de ressources ;

un problème d’exécution ;

un contexte défavorable.

Il produit donc des informations.

Mais encore faut-il les analyser.

Échouer dix fois de la même manière sans modifier quoi que ce soit n’est pas nécessairement apprendre.

« On apprend de ses erreurs »

Pas automatiquement.

L’expérience seule n’enseigne pas toujours.

Il faut parfois :

observer ;

comparer ;

comprendre ;

modifier ;

tester de nouveau.

Une personne peut également tirer une mauvaise conclusion.

Après un échec amoureux :

« On ne peut faire confiance à personne. »

C’est bien un apprentissage.

Mais probablement pas le plus utile.

La bonne leçon

Après un échec, nous pouvons demander :

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Pourquoi ?

Qu’est-ce qui était sous mon contrôle ?

Qu’est-ce qui ne l’était pas ?

Qu’est-ce que je referais exactement de la même manière ?

Qu’est-ce que je modifierais ?

Quelles informations me manquaient ?

Ces questions transforment progressivement un verdict en matériau.

Persévérer

La culture valorise beaucoup les histoires de persévérance.

« Il a échoué vingt fois puis réussi à la vingt-et-unième. »

Ces histoires sont inspirantes.

Mais elles peuvent créer une règle dangereuse :

abandonner serait toujours une faiblesse.

Ce n’est pas vrai.

Quand persévérer ?

Persévérer peut être pertinent lorsque :

l’objectif reste important ;

la stratégie peut être améliorée ;

les ressources restent suffisantes ;

les progrès existent ;

le coût reste acceptable.

Mais continuer uniquement parce que nous avons déjà commencé peut devenir un piège.

Quand abandonner ?

Abandonner peut être une décision rationnelle.

Un projet n’est plus viable.

Les priorités ont changé.

Le coût devient disproportionné.

Une meilleure possibilité apparaît.

L’objectif ne correspond plus à ce que nous voulons.

Arrêter un projet qui ne mérite plus d’être poursuivi n’est pas nécessairement échouer. Cela peut être décider.

Le coût irrécupérable

Nous avons investi trois ans.

Donc nous continuons.

Puis quatre.

Puis cinq.

Chaque année supplémentaire devient une raison de continuer encore.

Pourtant, le temps déjà dépensé ne reviendra pas.

La question pertinente devient :

« Si je devais choisir aujourd’hui, avec ce que je sais maintenant, est-ce que j’investirais encore dans cette direction ? »

Changer de stratégie n’est pas abandonner l’objectif

Une distinction importante existe entre :

abandonner un objectif ;

et abandonner une méthode.

Une personne peut vouloir vivre de son activité tout en découvrant que son premier modèle économique ne fonctionne pas.

Changer de canal, de produit ou de stratégie ne signifie pas nécessairement renoncer au projet global.

Parfois, la persévérance véritable exige précisément d’arrêter de répéter ce qui ne fonctionne pas.

La peur de l’échec

Après plusieurs expériences douloureuses, une personne peut décider inconsciemment :

« Je ne veux plus jamais ressentir ça. »

La solution la plus sûre devient alors :

ne plus essayer.

Pas de tentative.

Donc pas d’échec visible.

Mais cette protection possède un coût.

Elle supprime également la possibilité de réussite.

Procrastination et peur de l’échec

La procrastination peut parfois protéger l’image de soi.

Si je commence trop tard et échoue, je peux penser :

« J’aurais réussi si j’avais vraiment travaillé. »

Mon potentiel reste intact.

Si je travaille sérieusement et échoue malgré tout, la conclusion paraît plus menaçante.

La procrastination peut donc parfois servir à préserver une possibilité imaginaire :

« Je pourrais réussir si je voulais vraiment. »

Ne pas essayer à fond

Le même mécanisme peut apparaître lorsqu’une personne conserve volontairement un obstacle.

Elle ne prépare pas complètement.

Ne demande pas d’aide.

N’investit pas vraiment.

Ainsi, si elle échoue, elle possède une explication protectrice.

« Ce n’était pas mon vrai niveau. »

Cette stratégie protège temporairement l’estime de soi mais empêche de découvrir ce qui serait réellement possible.

Le perfectionnisme

Le perfectionniste peut vivre chaque résultat imparfait comme un échec.

Une performance à 90 % devient :

« Les 10 % manquants prouvent que ce n’est pas assez bon. »

Le seuil de réussite devient tellement élevé que presque toute expérience finit par produire une insatisfaction.

La personne peut objectivement réussir tout en subjectivement échouant continuellement.

Les objectifs impossibles

Certains objectifs contiennent leur propre échec.

« Je dois toujours être apprécié. »

« Je ne dois jamais me tromper. »

« Mon entreprise doit constamment progresser. »

« Je dois être un parent parfait. »

Aucun être humain ne peut garantir ces résultats.

Lorsque le critère est impossible, l’échec est programmé par la définition elle-même.

Redéfinir la réussite

Parfois, le problème n’est pas notre capacité.

C’est le critère.

Une personne peut poursuivre pendant des années une définition de la réussite qu’elle n’a jamais réellement choisie.

Argent.

Statut.

Titre.

Maison.

Reconnaissance.

Puis découvrir :

« J’ai réussi ce qu’on m’avait appris à vouloir, mais ce n’est pas ce que je voulais. »

Il existe donc également des réussites qui ressemblent intérieurement à des échecs.

L’échec après une grande réussite

Plus une personne a été habituée à réussir, plus le premier échec important peut être déstabilisant.

Elle n’a parfois jamais appris :

à perdre ;

à recommencer ;

à demander de l’aide ;

à ne pas être la meilleure ;

à rester digne de respect lorsqu’elle échoue.

La réussite permanente ne prépare pas nécessairement bien à l’adversité.

L’enfant que l’on laisse essayer

Protéger un enfant de toute difficulté semble bienveillant.

Mais s’il n’a jamais l’occasion :

d’essayer ;

de se tromper ;

de recommencer ;

de découvrir qu’une erreur est supportable,

il peut arriver à l’âge adulte avec une peur considérable de l’échec.

Une frustration adaptée peut participer à la construction de la confiance :

« Je peux ne pas réussir immédiatement et continuer quand même. »

Féliciter uniquement le résultat

Dire continuellement :

« Tu es tellement intelligent »

peut sembler positif.

Mais certains enfants peuvent en conclure que leur valeur dépend de la démonstration permanente de cette intelligence.

Une tâche difficile devient menaçante.

Mieux vaut parfois reconnaître aussi :

la stratégie ;

l’effort adapté ;

la persévérance ;

la capacité à corriger ;

la progression.

L’objectif n’est pas de glorifier l’effort indépendamment du résultat, mais d’élargir ce qui mérite d’être observé.

Échouer devant les autres

L’échec public est particulièrement difficile parce qu’il contient une dimension de honte.

Mais il possède parfois un avantage inattendu.

Une fois que l’échec est connu, la personne n’a plus besoin de consacrer autant d’énergie à cacher la possibilité qu’elle ne réussisse pas.

Elle peut commencer à travailler sur ce qui s’est réellement passé.

Après l’échec

Les premières heures ne sont pas toujours le meilleur moment pour réaliser une analyse stratégique parfaite.

La déception peut être trop forte.

Colère.

Honte.

Tristesse.

Fatigue.

Il est parfois raisonnable de laisser passer l’émotion avant de transformer immédiatement l’expérience en tableau d’amélioration.

Nous avons le droit d’être déçus avant de devenir pédagogiques avec nous-mêmes.

L’autocritique

Après un échec, certaines personnes pensent qu’elles doivent être dures avec elles-mêmes pour éviter de recommencer.

« Si je me pardonne, je vais devenir laxiste. »

Pourtant, l’autocritique extrême peut produire :

honte ;

évitement ;

découragement ;

peur d’essayer.

Une analyse exigeante n’a pas besoin d’être humiliante.

Se parler comme à quelqu’un d’autre

Une question simple peut révéler un double standard.

« Si une personne que j’aime avait exactement échoué de cette manière, est-ce que je lui parlerais comme je me parle actuellement ? »

Si la réponse est non, cela ne signifie pas que nous devons supprimer toute responsabilité.

Cela peut simplement montrer que nous confondons responsabilité et brutalité.

L’échec et le courage

Le courage ne garantit pas la réussite.

Une personne peut faire quelque chose de courageux et échouer.

Elle peut :

prendre un risque raisonnable ;

défendre une idée ;

quitter une situation ;

commencer un projet ;

et ne pas obtenir le résultat espéré.

La valeur d’une action ne dépend donc pas exclusivement de son résultat final.

Le risque zéro

Si nous choisissons uniquement les situations dans lesquelles la réussite est certaine, nous réduisons considérablement l’espace de notre vie.

Apprentissage.

Création.

Entrepreneuriat.

Relations.

Changement.

Tous comportent une part d’incertitude.

Une vie sans échec nécessiterait probablement une vie avec très peu de véritables essais.

Mais prendre des risques n’est pas automatiquement admirable

L’inverse serait tout aussi faux.

Un risque inconsidéré ne devient pas intelligent simplement parce qu’il demande du courage.

Nous pouvons examiner :

la probabilité ;

les conséquences ;

les ressources ;

les alternatives ;

la possibilité de récupérer.

Accepter l’échec possible ne signifie pas rechercher inutilement le danger.

L’échec et la créativité

Créer implique produire quelque chose dont le résultat n’est pas garanti.

Certaines idées ne fonctionnent pas.

Certaines versions sont mauvaises.

Certaines créations restent inachevées.

Si chaque tentative doit réussir, la créativité devient presque impossible.

Il faut parfois autoriser une idée à être mauvaise pour découvrir ce qu’elle peut devenir ensuite.

L’expérimentation

Le mot échec change de sens lorsque nous pensons en termes d’expérience.

Une expérience demande :

« Que va-t-il se passer si… ? »

Le résultat peut confirmer ou infirmer une hypothèse.

Dans les deux cas, une information apparaît.

Cette logique peut être utile pour certains projets :

« Je ne parie pas toute mon identité sur cette tentative. Je teste quelque chose. »

Les petits essais

Lorsqu’un projet comporte beaucoup d’incertitude, il peut parfois être utile de tester à petite échelle.

Avant d’investir énormément :

essayer ;

observer ;

corriger.

Cette stratégie ne supprime pas l’échec.

Elle rend certains échecs moins coûteux et donc plus instructifs.

Le plan B

Avoir une alternative n’est pas toujours un manque de confiance.

Cela peut être une gestion raisonnable du risque.

« Je crois à mon projet et je sais ce que je ferai s’il ne fonctionne pas. »

Les deux propositions sont compatibles.

Parfois, savoir qu’une issue existe permet même de prendre une décision plus librement.

Le plan C

Dans les situations complexes, deux possibilités ne suffisent pas toujours.

Imaginer plusieurs scénarios peut empêcher la pensée binaire :

réussite totale ou catastrophe.

Il existe souvent :

des adaptations ;

des pivots ;

des combinaisons ;

des solutions intermédiaires.

L’échec d’une première voie n’oblige pas nécessairement à abandonner la destination.

La résilience

La résilience ne consiste pas à ne jamais être affecté par l’échec.

Une personne résiliente peut être profondément déçue.

Pleurer.

Douter.

Avoir besoin de temps.

La résilience apparaît davantage dans la possibilité de réorganiser progressivement la suite.

« Cela m’a atteint, mais cela ne décide pas seul de tout ce qui vient après. »

Le récit que nous construisons

Avec le temps, un échec peut recevoir différentes significations.

« C’est le moment où tout s’est terminé. »

ou :

« C’est le moment où j’ai compris que cette direction ne fonctionnait plus. »

Le récit n’a pas à falsifier les faits.

Mais les faits n’imposent pas toujours une seule interprétation définitive.

Quand l’échec devient traumatisant

Certains échecs peuvent être associés à :

humiliation publique ;

ruine ;

perte professionnelle majeure ;

rupture ;

conséquences sociales considérables.

Ils peuvent profondément affecter la personne.

Il serait alors réducteur de répondre simplement :

« Tout le monde échoue. »

L’impact dépend de ce qui a réellement été perdu et de la manière dont l’événement a été vécu.

Quand demander de l’aide ?

Un accompagnement peut être utile lorsqu’un échec entraîne durablement :

une perte profonde d’estime de soi ;

une honte envahissante ;

un isolement ;

une dépression ;

une anxiété importante ;

une impossibilité de recommencer quoi que ce soit ;

ou lorsque la personne ne parvient plus à distinguer l’événement de sa propre valeur.

Les méthodes permettant de travailler sur les croyances, l’évitement, le perfectionnisme, la honte ou les expériences d’échec appartiennent à la partie Psychothérapie.

Recommencer

Recommencer ne signifie pas nécessairement refaire la même chose.

Nous pouvons recommencer :

autrement ;

ailleurs ;

plus petit ;

avec davantage d’informations ;

avec d’autres personnes ;

avec un autre objectif.

Et parfois, nous ne recommençons pas du tout ce projet.

Nous commençons autre chose.

Cette possibilité est importante.

Une vie ne doit pas nécessairement être consacrée à réparer chaque échec du passé.

Ne pas devoir prouver

Après un échec, nous pouvons vouloir réussir uniquement pour montrer :

à notre famille ;

à nos anciens collègues ;

à notre ex-partenaire ;

à ceux qui se sont moqués,

qu’ils avaient tort.

Cette énergie peut être puissante.

Mais construire toute la suite de sa vie autour de personnes auxquelles nous voulons prouver quelque chose revient encore à leur donner une place considérable.

À un moment, une autre question peut devenir plus importante :

« Qu’est-ce que je veux construire, même si personne n’est là pour constater que j’avais raison ? »

À retenir

L’échec appartient à toute vie dans laquelle quelque chose est réellement tenté.

Il peut faire mal.

Il peut coûter cher.

Il peut obliger à renoncer à un futur auquel nous tenions.

Il n’est donc pas nécessaire de le décorer immédiatement avec des phrases positives.

Mais il est tout aussi dangereux de lui accorder un pouvoir qu’il ne possède pas.

Un projet peut échouer sans que toute la personne soit un échec.

Une stratégie peut être mauvaise sans que l’objectif soit mauvais.

Un objectif peut devenir inutile sans que les années consacrées à le poursuivre aient été entièrement perdues.

Persévérer peut être courageux.

Arrêter peut l’être aussi.

Et apprendre ne signifie pas simplement continuer.

Cela signifie parfois avoir suffisamment regardé ce qui n’a pas fonctionné pour ne plus lui demander de fonctionner de la même manière.

La question la plus utile après un échec n’est donc pas toujours :

« Comment aurais-je pu éviter à tout prix que cela m’arrive ? »

Elle peut devenir :

« Maintenant que je sais ce que je ne savais pas avant, qu’est-ce que je choisis d’en faire ? »

Car nous ne pouvons pas retourner en arrière avec la connaissance acquise aujourd’hui.

Nous pouvons seulement décider si l’échec restera le verdict d’une histoire terminée ou deviendra l’une des informations avec lesquelles nous écrirons la suite.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.