LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

COMMENCER UNE PSYCHOTHÉRAPIE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

COMMENCER UNE PSYCHOTHÉRAPIE

26 sections thématiques

Commencer une psychothérapie ne signifie pas seulement prendre rendez-vous avec un professionnel. C’est entrer dans un processus dont on ne connaît pas encore exactement la durée, le chemin ni parfois même le véritable point de départ.

Certaines personnes arrivent avec une demande très précise : elles veulent travailler sur une peur, une rupture, un comportement répétitif ou un événement traumatique.

D’autres savent seulement qu’elles ne vont plus bien.

Elles ne disposent pas encore des mots permettant d’expliquer ce qui se passe.

Cette absence de formulation claire n’empêche pas de commencer.

Il n’est pas nécessaire de comprendre entièrement son problème avant d’entrer en psychothérapie. Comprendre ce qui se passe peut justement constituer une partie du travail.

Quand décide-t-on de consulter ?

Il n’existe pas de moment universel à partir duquel une psychothérapie devient nécessaire.

Certaines personnes consultent lorsqu’une difficulté commence à apparaître.

D’autres attendent longtemps.

Elles essaient seules, parlent à leurs proches, changent certaines habitudes ou espèrent que la situation finira par se résoudre.

Ces tentatives ne sont pas nécessairement inutiles.

De nombreuses difficultés peuvent effectivement être traversées sans psychothérapie.

Consulter devient notamment pertinent lorsque la souffrance persiste, lorsqu’un même problème se répète, lorsque les ressources habituelles ne suffisent plus ou lorsqu’une difficulté commence à affecter fortement la vie quotidienne, les relations, le travail ou la capacité à avancer.

Il est également possible de consulter sans attendre d’être arrivé à un point extrême.

« Mon problème est-il assez grave ? »

Cette question retarde parfois la demande d’aide.

La personne compare sa situation à celle d’autres personnes :

« Il y a pire. »

C’est probablement vrai.

Il existe presque toujours une souffrance plus grave quelque part.

Mais la psychothérapie n’est pas réservée à celui qui souffre le plus.

La question utile est davantage :

Cette difficulté occupe-t-elle une place suffisamment importante dans ma vie pour que je souhaite travailler dessus ?

Une souffrance n’a pas besoin de gagner un concours de gravité pour mériter de l’attention.

Venir sans diagnostic

Certaines personnes pensent devoir savoir ce qu’elles ont avant de consulter.

Elles recherchent alors des symptômes, lisent des témoignages et tentent de trouver l’étiquette correspondant le mieux à leur expérience.

Cette recherche peut fournir des pistes.

Mais elle n’est pas indispensable.

On peut commencer par dire :

« Je suis constamment tendu. »

« Je ne supporte plus certaines situations. »

« Je me sens vide. »

« Je reproduis toujours les mêmes relations. »

« Quelque chose a changé et je ne me reconnais plus. »

La description de l’expérience constitue déjà un point de départ.

Venir avec un diagnostic

À l’inverse, certaines personnes commencent une psychothérapie avec un diagnostic déjà établi.

Celui-ci peut orienter le travail et fournir des informations importantes.

Mais il ne doit pas devenir l’unique description de la personne.

Deux individus possédant le même diagnostic peuvent avoir des histoires, des ressources, des relations et des difficultés quotidiennes très différentes.

La psychothérapie travaille avec une personne, pas seulement avec le nom d’un trouble.

La première demande n’est pas toujours la question centrale

Quelqu’un peut consulter parce qu’il ne parvient pas à dormir.

Au fil des rencontres, il apparaît que les nuits sont envahies par une inquiétude professionnelle permanente.

Une autre personne consulte après une rupture et découvre que cette séparation réactive une peur ancienne de l’abandon.

Une troisième veut apprendre à « mieux gérer son stress » et comprend progressivement qu’elle accepte depuis des années des exigences auxquelles elle ne pose aucune limite.

Cela ne signifie pas que le thérapeute découvre nécessairement un problème caché derrière chaque demande.

Parfois, la difficulté initialement décrite est exactement celle qu’il faut travailler.

Il faut simplement accepter que la compréhension puisse évoluer.

Préparer la première séance ?

Il n’est pas obligatoire de préparer un discours.

Certaines personnes trouvent néanmoins utile de noter quelques éléments :

ce qui les amène à consulter ;

depuis quand la difficulté existe ;

ce qui l’aggrave ou l’améliore ;

les événements importants récents ;

les aides déjà essayées ;

et ce qu’elles aimeraient voir changer.

Ces notes peuvent rassurer lorsqu’on craint d’oublier quelque chose.

Mais elles ne constituent pas un dossier qu’il faudrait présenter parfaitement.

Une première séance n’est pas un examen oral.

Raconter son histoire

Le thérapeute peut demander certains éléments concernant l’histoire personnelle, la famille, les relations, le travail, les événements importants ou les accompagnements précédents.

La quantité d’informations recueillies varie selon les approches.

Certaines psychothérapies consacrent beaucoup de temps à l’histoire.

D’autres se concentrent davantage sur le problème actuel.

Dans tous les cas, raconter son histoire ne signifie pas devoir tout raconter immédiatement.

Certaines expériences nécessitent davantage de confiance avant de pouvoir être abordées.

On peut dire « je ne sais pas »

Une question thérapeutique n’exige pas toujours une réponse immédiate.

« Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ? »

La réponse peut réellement être :

« Je ne sais pas. »

Ce n’est pas un échec.

Certaines personnes ont appris à agir sans identifier précisément leurs émotions.

D’autres connaissent une sensation mais ne disposent pas encore des mots.

La psychothérapie peut justement aider à construire cette capacité.

Inventer une réponse uniquement parce qu’un silence semble gênant n’est pas nécessaire.

On peut aussi dire « je ne veux pas en parler maintenant »

Le thérapeute peut considérer qu’un sujet est important.

La personne peut néanmoins ne pas être prête à l’aborder.

Cette limite mérite d’être respectée.

Cela ne signifie pas que le sujet ne sera jamais travaillé.

Le refus lui-même peut parfois être exploré :

Est-ce trop douloureux ?

Trop tôt ?

La personne craint-elle d’être jugée ?

Ne comprend-elle pas pourquoi cette question est posée ?

Le thérapeute peut expliquer l’intérêt de l’exploration sans transformer la séance en interrogatoire.

Définir ce que l’on souhaite changer

Une psychothérapie gagne généralement à posséder une direction.

« Je veux aller mieux » est compréhensible mais très large.

Progressivement, cette demande peut devenir plus précise.

Dormir sans passer plusieurs heures à ruminer.

Pouvoir prendre les transports malgré une peur.

Sortir d’un comportement répétitif.

Exprimer un désaccord sans être envahi par la culpabilité.

Reprendre certaines activités abandonnées.

Comprendre pourquoi les mêmes conflits relationnels reviennent.

Des objectifs concrets permettent de mieux observer l’évolution du travail.

Ils peuvent ensuite être modifiés.

Objectif thérapeutique et objectif impossible

Certaines demandes ne peuvent pas être directement réalisées par une psychothérapie.

« Je veux que mon conjoint change. »

« Je veux que ma mère reconnaisse enfin ce qu’elle m’a fait. »

« Je veux être certain de ne plus jamais être rejeté. »

Ces désirs peuvent être profondément compréhensibles.

Mais ils dépendent en partie d’autres personnes ou d’événements impossibles à contrôler.

Le travail consiste alors à rechercher ce qui appartient réellement à la personne.

Elle ne peut peut-être pas obliger quelqu’un à reconnaître une faute.

Elle peut travailler sur la place que cette absence de reconnaissance continue à occuper dans sa vie.

Le cadre des séances

Commencer une psychothérapie signifie également connaître son cadre pratique.

Durée des séances.

Fréquence.

Honoraires.

Modalités d’annulation.

Contacts éventuels entre les rendez-vous.

Confidentialité.

Organisation des absences.

Ces éléments peuvent sembler administratifs.

Ils participent pourtant à la sécurité de la relation.

Lorsque le cadre est clair, la personne sait davantage à quoi s’attendre.

La fréquence

Certaines psychothérapies proposent des séances hebdomadaires.

D’autres utilisent un rythme différent.

La fréquence dépend notamment de l’approche, de la difficulté, de la phase du travail et des possibilités de la personne.

Plus fréquent ne signifie pas automatiquement meilleur.

Plus espacé ne signifie pas automatiquement insuffisant.

Le rythme doit permettre une continuité tout en restant adapté à la situation.

Il peut évoluer au cours de la thérapie.

Combien de temps dure une psychothérapie ?

Il n’existe pas une durée universelle.

Certaines interventions ciblées peuvent être relativement brèves.

D’autres travaux demandent davantage de temps.

La complexité de la difficulté, son ancienneté, les objectifs, la méthode et de nombreux facteurs individuels influencent la durée.

Il faut se méfier des deux extrêmes :

promettre systématiquement un résultat en quelques séances ;

ou considérer qu’une psychothérapie doit nécessairement durer des années.

La durée doit pouvoir être discutée et réévaluée.

Que se passe-t-il pendant une séance ?

Cela dépend fortement de l’approche.

La séance peut comporter une conversation, des exercices, une analyse de situations vécues depuis la rencontre précédente, un travail émotionnel, des techniques d’exposition, une médiation artistique, corporelle ou autre.

Certaines thérapies sont très structurées.

D’autres le sont moins.

Le patient doit progressivement comprendre ce qu’il est invité à faire et pourquoi.

Une séance n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être utile.

Le silence

Les silences peuvent être déstabilisants au début.

Dans la vie quotidienne, nous cherchons souvent à les remplir.

En psychothérapie, ils peuvent permettre de réfléchir, ressentir ou chercher des mots.

Mais le silence n’est pas thérapeutique par nature.

Un thérapeute ne devrait pas imposer de longs silences incompréhensibles uniquement parce qu’il considère qu’un patient doit les supporter.

Comme toute intervention, le silence prend son sens dans un contexte.

Les émotions pendant la séance

Il est possible de pleurer.

Il est possible aussi de ne pas pleurer.

L’intensité émotionnelle n’est pas une mesure automatique de la qualité du travail.

Une séance bouleversante n’est pas nécessairement meilleure qu’une séance calme.

Certaines transformations se produisent à travers une forte expérience émotionnelle.

D’autres apparaissent progressivement grâce à une compréhension, un apprentissage ou un changement de comportement.

La psychothérapie n’est pas un concours de profondeur émotionnelle.

Après les premières séances

Certaines personnes ressentent rapidement un soulagement.

Le simple fait d’avoir parlé et commencé à organiser ce qui semblait confus peut aider.

D’autres ne constatent aucun changement immédiat.

Certaines peuvent même se sentir momentanément davantage préoccupées par des sujets qu’elles évitaient auparavant.

Cette réaction n’indique pas automatiquement que la thérapie fonctionne ni qu’elle échoue.

Ce qui compte est l’évolution dans le temps et la possibilité de discuter de ce qui se passe.

Une psychothérapie peut être inconfortable sans devoir être destructrice

Changer certaines habitudes ou examiner des expériences difficiles peut provoquer de l’inconfort.

Il serait irréaliste de promettre une thérapie toujours agréable.

Mais la souffrance n’est pas une preuve d’efficacité.

Une séance extrêmement éprouvante n’est pas nécessairement une bonne séance.

L’idée selon laquelle « plus cela fait mal, plus cela guérit » peut conduire à des pratiques inadaptées.

Le niveau d’intensité doit rester compatible avec les capacités de la personne et les objectifs du travail.

Le travail entre les séances

Dans certaines approches, des exercices sont proposés entre les rendez-vous.

Observer certaines situations.

Noter des pensées.

Expérimenter un comportement.

Pratiquer une technique.

Lire un document.

Ces tâches permettent de transférer le travail dans la vie réelle.

Elles ne devraient cependant pas devenir un système scolaire dans lequel le patient est un mauvais élève s’il n’a pas parfaitement réalisé ses devoirs.

Ne pas avoir fait un exercice constitue aussi une information.

Pourquoi ?

Manque de temps ?

Exercice mal compris ?

Peur ?

Objectif peu pertinent ?

La difficulté peut elle-même devenir un matériau thérapeutique.

Dire lorsque quelque chose ne convient pas

La personne peut dire :

« Je ne comprends pas pourquoi nous faisons cela. »

« Cet exercice ne m’aide pas. »

« Ce que vous avez dit la semaine dernière m’a blessé. »

« J’ai l’impression que nous tournons en rond. »

Ces remarques ne devraient pas être automatiquement interprétées comme un refus du changement.

Elles peuvent améliorer la thérapie.

Une relation thérapeutique dans laquelle le patient doit continuellement faire semblant d’être satisfait produit peu d’informations utiles.

Observer les changements

Le progrès thérapeutique n’est pas toujours spectaculaire.

Une personne peut continuer à ressentir de l’anxiété mais éviter moins de situations.

Elle peut encore se mettre en colère mais reconnaître plus tôt ce qui se passe.

Elle peut toujours traverser des périodes de tristesse mais ne plus se considérer comme totalement détruite lorsqu’elles surviennent.

Le changement peut concerner les symptômes, mais aussi la manière d’y répondre.

Il est donc utile de revenir périodiquement aux objectifs initiaux.

Qu’est-ce qui a changé ?

Qu’est-ce qui reste difficile ?

Le travail actuel est-il toujours pertinent ?

Les rechutes et les retours en arrière

Une amélioration n’est pas nécessairement linéaire.

Un ancien comportement peut réapparaître.

Une peur que l’on croyait dépassée peut revenir dans une période difficile.

Cela ne signifie pas que tout le travail précédent a disparu.

L’évolution psychologique ressemble rarement à une ligne continuellement ascendante.

La question devient plutôt :

Que se passe-t-il maintenant ?

La personne dispose-t-elle de davantage de ressources qu’auparavant pour répondre à cette difficulté ?

Un retour temporaire d’un symptôme n’efface pas automatiquement les changements acquis.

Psychothérapie et responsabilité personnelle

Le thérapeute accompagne le travail.

Il ne peut pas vivre à la place de la personne.

Une thérapie peut aider à comprendre pourquoi une décision est difficile, préparer une conversation ou examiner les conséquences possibles.

Mais certains changements demandent finalement une action dans la vie réelle.

La responsabilité ne doit cependant pas être utilisée pour culpabiliser.

Dire « vous êtes responsable de votre changement » ne signifie pas :

« Si vous souffrez encore, c’est que vous ne faites pas assez d’efforts. »

Les possibilités de changement dépendent aussi de la situation, des ressources et des contraintes réelles.

Psychothérapie et autres aides

Une psychothérapie n’exclut pas nécessairement d’autres formes d’accompagnement.

Selon la situation, un suivi médical, social, éducatif ou une autre intervention peut être nécessaire ou utile.

La psychothérapie n’a pas vocation à absorber toutes les dimensions d’une difficulté humaine.

Savoir qu’un autre type d’aide est nécessaire fait partie d’une prise en charge cohérente.

Quand réévaluer le travail ?

Il est raisonnable de réexaminer périodiquement la thérapie.

Pas nécessairement à chaque séance.

Mais suffisamment pour éviter que des mois passent sans savoir ce que l’on cherche encore à accomplir.

Une réévaluation peut conduire à poursuivre le même travail, modifier certains objectifs, changer de méthode, espacer les séances ou préparer la fin.

Elle peut également montrer qu’une autre orientation serait préférable.

Réévaluer ne signifie pas remettre continuellement la thérapie en cause.

Cela permet de conserver une direction.

Commencer sans promettre de rester indéfiniment

Prendre un premier rendez-vous n’oblige pas à signer symboliquement pour plusieurs années.

On peut commencer, observer, discuter et réévaluer.

Cette possibilité peut rendre la démarche moins intimidante.

Une psychothérapie demande un engagement réel lorsqu’elle est entreprise.

Mais engagement ne signifie pas captivité.

La personne conserve le droit de questionner le processus et, lorsque cela devient pertinent, de décider de l’arrêter ou de le poursuivre autrement.

À retenir

Commencer une psychothérapie ne demande ni de posséder un diagnostic, ni de savoir raconter parfaitement son histoire, ni d’avoir déjà compris l’origine de toutes ses difficultés.

La première étape consiste à apporter ce que l’on sait aujourd’hui : une souffrance, une répétition, une question, un comportement ou simplement le sentiment que quelque chose mérite d’être compris ou changé.

Les premières séances servent à préciser la demande, construire le cadre, définir progressivement des objectifs et vérifier si une collaboration thérapeutique peut se développer.

La personne peut ne pas savoir, hésiter, poser des limites, questionner une méthode et faire évoluer ses objectifs.

Commencer une psychothérapie, ce n’est pas arriver avec toutes les réponses. C’est décider qu’une question devenue suffisamment importante mérite désormais un espace où elle pourra être examinée sérieusement — puis construire, séance après séance, ce qu’il devient possible d’en faire.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.