LA SANTÉ AVANT TOUT · Développement personnel
CHOISIR — PRENDRE UNE DÉCISION ET L’ASSUMER
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Choisir fait partie des actes les plus ordinaires de la vie. Nous décidons continuellement : quoi faire, quoi reporter, quoi acheter, à qui répondre, où consacrer notre temps. La plupart de ces décisions sont suffisamment simples pour être prises presque automatiquement.
D’autres sont beaucoup plus difficiles. Elles concernent un travail, une relation, un investissement, un déménagement, un projet, une orientation ou l’abandon d’une situation devenue insatisfaisante. Plusieurs possibilités semblent défendables, chacune comporte des avantages et des risques, et aucune information ne permet de garantir le résultat.
Nous voudrions alors trouver la bonne décision, comme si elle existait déjà quelque part et qu’une analyse suffisamment poussée permettrait de la découvrir.
Mais certaines décisions ne peuvent pas être démontrées avant d’être prises. Il faut comparer ce que nous savons, accepter ce que nous ignorons et choisir malgré l’incertitude.
Décider ne signifie donc pas être certain. Cela signifie parvenir à un point où nous considérons que les éléments disponibles sont suffisants pour engager une direction.
Toutes les décisions ne méritent pas la même énergie
Une erreur fréquente consiste à traiter de nombreuses décisions comme si elles avaient toutes la même importance. Nous pouvons consacrer beaucoup de temps à choisir un produit relativement peu coûteux et décider beaucoup plus rapidement d’un engagement qui nous mobilisera pendant plusieurs mois.
Avant d’analyser les options, il est utile d’évaluer l’enjeu réel. Quel est le coût d’une erreur ? La décision est-elle facilement réversible ? Combien de temps ses conséquences dureront-elles ? Engage-t-elle uniquement nous-mêmes ou également d’autres personnes ?
Une décision réversible ne mérite généralement pas le même niveau d’analyse qu’une décision lourde de conséquences.
Choisir un outil que l’on peut remplacer la semaine suivante n’est pas comparable à signer un engagement financier important. Tester une activité pendant un mois n’est pas équivalent à abandonner immédiatement sa principale source de revenus.
Adapter l’effort de décision à l’importance réelle de l’enjeu permet d’éviter d’épuiser notre attention sur des choix secondaires.
Définir ce que nous sommes réellement en train de décider
Une décision mal formulée produit facilement une mauvaise analyse.
« Est-ce que je quitte mon travail ? » semble parfois être la question. Mais le véritable problème peut être différent : faut-il changer d’entreprise, négocier certaines conditions, réduire le temps de travail, préparer une reconversion ou créer progressivement une autre source de revenus ?
De même, « est-ce que j’abandonne mon projet ? » peut cacher plusieurs possibilités : changer le produit, le public, le prix, la méthode de diffusion, le calendrier ou simplement arrêter une partie du projet.
Avant de choisir entre A et B, il faut donc vérifier que nous n’avons pas artificiellement réduit la situation à deux possibilités.
Beaucoup de décisions deviennent plus intéressantes lorsque nous demandons : quelles sont réellement mes options ?
Ne pas confondre décision et objectif
Nous pouvons également nous tromper de niveau.
« Je veux gagner davantage » est un objectif, pas encore une décision. Plusieurs chemins peuvent y conduire. « Je vais accepter cet emploi » est une décision particulière censée contribuer à cet objectif.
Cette distinction permet d’éviter de s’attacher trop rapidement à une solution.
Si nous savons ce que nous cherchons réellement, nous pouvons comparer plusieurs moyens de l’obtenir. Si nous confondons l’objectif avec la première solution imaginée, nous risquons de défendre cette solution même lorsqu’une meilleure possibilité apparaît.
Clarifier ses critères avant de comparer
Une décision devient beaucoup plus difficile lorsque nous ne savons pas selon quels critères nous voulons choisir.
Prenons une décision professionnelle. Le salaire peut compter, mais également l’autonomie, les horaires, la stabilité, la localisation, l’intérêt du travail, les possibilités d’évolution ou la compatibilité avec la vie familiale.
Deux options peuvent être excellentes selon des critères différents.
Il n’existe alors aucune réponse objective indépendante de nos priorités.
Définir les critères avant de se laisser séduire par une option réduit le risque d’adapter ensuite notre raisonnement à la solution que nous préférons déjà.
Tous les critères n’ont pas le même poids
Une longue liste d’avantages et d’inconvénients peut donner l’impression d’une analyse rigoureuse tout en produisant une conclusion trompeuse.
Une option possède huit petits avantages et deux inconvénients majeurs. Une autre n’offre que quatre avantages, mais répond aux deux priorités les plus importantes.
Compter les arguments ne suffit donc pas.
Il faut les hiérarchiser.
Dans certaines décisions, un seul critère peut même être non négociable. Une option qui le viole doit alors être éliminée, même si elle possède de nombreux autres avantages.
Le choix devient plus clair lorsque nous savons distinguer ce qui serait agréable, ce qui est important et ce qui est indispensable.
Les valeurs interviennent dans les décisions
Deux personnes disposant exactement des mêmes informations peuvent raisonnablement prendre deux décisions différentes parce qu’elles ne donnent pas la même importance aux mêmes choses.
L’une privilégiera la sécurité. L’autre l’autonomie. L’une acceptera davantage de risque pour développer un projet. L’autre préférera protéger une stabilité familiale.
Cela ne signifie pas que toutes les décisions se valent.
Certaines sont objectivement plus risquées, plus coûteuses ou moins cohérentes avec l’objectif recherché. Mais après avoir intégré ces éléments, il reste souvent une part de choix personnel.
Une bonne décision n’est donc pas uniquement celle qui semble logique sur le papier. Elle doit également être compatible avec les priorités de celui qui devra vivre avec ses conséquences.
Chercher suffisamment d’informations
Décider sans information peut être imprudent. Mais vouloir supprimer toute incertitude avant de décider peut conduire à ne jamais choisir.
Il existe un point où les nouvelles recherches apportent de moins en moins.
Nous avons lu dix comparatifs, consulté plusieurs professionnels, demandé plusieurs avis et vérifié les principales données. Une onzième recherche apportera peut-être une nuance, mais elle ne transformera probablement plus la décision.
Il faut apprendre à reconnaître ce moment.
La question n’est pas : « Est-ce que je sais tout ? »
Elle est : « Est-ce qu’une information importante manque encore au point de pouvoir raisonnablement modifier mon choix ? »
Si oui, il faut la chercher. Sinon, continuer à accumuler des informations peut simplement repousser la décision.
La recherche peut devenir une forme de procrastination
L’analyse possède un avantage psychologique : tant que nous étudions les options, nous n’avons pas encore à supporter les conséquences du choix.
Nous pouvons donc nous sentir très actifs tout en évitant précisément l’action décisive.
Encore un avis.
Encore une comparaison.
Encore quelques jours.
Cette prudence est parfois justifiée. Mais lorsqu’aucune nouvelle information déterminante n’apparaît, il faut envisager que le problème ne soit plus le manque de données.
Nous avons peut-être simplement peur de choisir.
Reconnaître cette peur est plus utile que continuer à l’habiller en recherche supplémentaire.
Demander conseil intelligemment
Les autres peuvent voir ce que nous ne voyons pas. Leur expérience peut révéler un risque, une possibilité ou une conséquence que nous avions négligée.
Mais tous les avis n’ont pas la même valeur.
Une personne peut être compétente sur les aspects techniques d’une décision sans connaître suffisamment notre situation personnelle. Une autre nous connaît très bien mais ne possède aucune expertise dans le domaine concerné.
Il est donc utile de savoir ce que nous demandons à chacun.
À un spécialiste, nous pouvons demander des faits, des risques ou des possibilités. À une personne proche, nous pouvons demander si notre projet semble cohérent avec ce qu’elle connaît de nous.
Nous évitons ainsi de transformer un avis partiel en verdict général.
Trop d’avis peuvent rendre la décision plus difficile
Après avoir interrogé beaucoup de personnes, nous pouvons nous retrouver avec dix réponses différentes.
Chacun parle depuis son expérience, ses peurs, ses valeurs et parfois ses propres regrets.
L’un affirme qu’il faut absolument tenter sa chance. L’autre que la sécurité doit passer avant tout. Un troisième raconte l’histoire d’une personne qui a réussi ; un quatrième celle d’une personne qui a tout perdu.
Ces témoignages peuvent éclairer, mais ils ne décident pas à notre place.
À un certain moment, il faut arrêter de consulter et revenir à la situation concrète : qu’est-ce qui est pertinent pour moi, ici, avec mes ressources, mes responsabilités et mes objectifs ?
L’avis de quelqu’un n’est pas une autorisation
Lorsque nous hésitons, nous pouvons chercher inconsciemment la personne qui nous donnera enfin la permission de faire ce que nous voulons déjà faire.
Ou, au contraire, celle qui prendra la responsabilité de nous l’interdire.
Dans les deux cas, nous déplaçons une partie de la décision.
Recevoir un conseil n’oblige pas à le suivre. Et choisir contre un conseil ne signifie pas que celui-ci était inutile.
Nous pouvons parfaitement dire : « Je comprends ton argument, je reconnais le risque que tu soulignes, mais après l’avoir pris en compte, je choisis malgré tout cette option. »
C’est précisément cela, décider.
L’intuition peut participer sans devenir oracle
Nous ressentons parfois qu’une option « nous parle » davantage qu’une autre. Cette intuition peut intégrer très rapidement une quantité d’informations issues de notre expérience sans que nous soyons immédiatement capables de les formuler.
Elle mérite donc parfois d’être écoutée.
Mais un ressenti n’est pas automatiquement une preuve.
L’intuition devient particulièrement intéressante lorsqu’elle déclenche une investigation : « Pourquoi cette option me met-elle mal à l’aise ? Ai-je repéré quelque chose que je n’ai pas encore formulé ? Pourquoi suis-je attiré par cette autre possibilité ? »
Nous pouvons ainsi faire dialoguer intuition et réflexion plutôt que de les opposer.
Une intuition peut signaler quelque chose de pertinent. Elle peut aussi refléter une peur, une habitude ou une préférence sans rapport direct avec la qualité du choix.
Les émotions donnent des informations, pas toujours des instructions
La peur peut signaler un risque réel. Elle peut aussi apparaître simplement parce que la décision nous fait sortir d’une situation connue.
L’enthousiasme peut révéler un projet profondément désiré. Il peut également nous faire sous-estimer les difficultés.
La colère peut montrer qu’une limite importante a été franchie. Elle peut aussi nous pousser à prendre une décision que nous regretterons une fois l’émotion retombée.
Une émotion mérite donc d’être entendue sans nécessairement recevoir immédiatement le pouvoir de décider.
Lorsque l’enjeu est important et qu’aucune urgence réelle n’existe, laisser retomber une émotion très intense avant de conclure peut permettre de distinguer ce qu’elle révélait de ce qu’elle amplifiait.
La peur de se tromper
Une grande partie de l’indécision vient de notre désir d’éviter le regret.
Nous imaginons la possibilité de choisir A et de découvrir ensuite que B aurait été meilleur.
Mais cette comparaison future est souvent impossible.
Si nous choisissons A, nous découvrirons ce qu’A produit. Nous ne vivrons pas simultanément la vie qui aurait suivi B.
Nous pouvons donc passer des années à idéaliser l’option non choisie parce que nous n’en connaissons jamais les difficultés réelles.
Décider suppose d’accepter cette asymétrie : nous connaîtrons les conséquences de notre choix, mais rarement celles du chemin abandonné.
Une bonne décision peut produire un mauvais résultat
Cette distinction est essentielle.
Supposons qu’une personne examine soigneusement une situation, recueille les informations disponibles, évalue les risques et choisisse raisonnablement une option. Un événement imprévisible survient ensuite et le résultat devient mauvais.
Cela ne prouve pas automatiquement que la décision initiale était mauvaise.
Inversement, une décision prise sans réflexion peut produire un excellent résultat grâce à la chance.
Évaluer nos décisions uniquement à partir du résultat nous empêche d’améliorer notre manière de choisir.
Il faut donc distinguer la qualité du processus de décision et le résultat obtenu.
Le risque zéro n’existe pas
Même ne rien changer comporte des risques.
Rester dans un emploi peut sembler moins risqué que le quitter, mais l’entreprise peut évoluer. Ne pas investir évite une perte financière possible mais peut également empêcher un projet. Ne pas avoir une conversation difficile protège du conflit immédiat mais peut laisser une situation se détériorer.
L’inaction possède elle aussi des conséquences.
Lorsque nous comparons les risques, nous devons donc inclure le scénario où nous ne faisons rien.
Le statu quo n’est pas un espace sans décision. Le laisser continuer est souvent une décision implicite.
Comparer plusieurs scénarios
Pour les choix importants, il peut être utile de construire plusieurs scénarios plutôt qu’une simple opposition optimiste/pessimiste.
Que se passe-t-il si tout fonctionne bien ? Que se passe-t-il si le résultat est moyen ? Que se passe-t-il si une difficulté sérieuse apparaît ?
L’intérêt n’est pas de prédire précisément l’avenir. Il est de vérifier si nous pouvons supporter plusieurs issues plausibles.
Une décision devient parfois plus facile lorsque nous constatons que même un résultat imparfait resterait gérable.
À l’inverse, un scénario défavorable peut révéler une vulnérabilité qu’il serait raisonnable de réduire avant d’agir.
Penser en termes de réversibilité
Certaines décisions peuvent être testées.
Nous pouvons essayer une nouvelle organisation, lancer une première version, suivre une formation courte, travailler temporairement différemment ou expérimenter un projet parallèlement à une activité existante.
Dans ce cas, il est inutile de traiter le choix comme un engagement définitif.
D’autres décisions sont beaucoup plus difficiles à inverser. Elles méritent davantage de prudence et parfois des protections supplémentaires.
La question « si cela ne fonctionne pas, puis-je revenir en arrière ou choisir autre chose ? » change profondément l’analyse du risque.
Créer une option intermédiaire
Lorsque deux options semblent trop radicales, une troisième peut parfois être construite.
Nous n’avons pas toujours besoin de choisir immédiatement entre rester exactement comme avant et tout bouleverser.
Une transition progressive peut permettre de tester une direction, de construire des ressources et de recueillir de nouvelles informations.
Cette troisième voie ne doit toutefois pas devenir une manière de reporter indéfiniment le choix principal.
Elle est utile lorsqu’elle prépare réellement la décision ou réduit intelligemment son risque.
Le coût du délai
Attendre peut améliorer une décision si des informations importantes doivent arriver.
Mais le délai possède également un coût.
Une occasion peut disparaître. Une situation peut se détériorer. Un projet peut perdre son moment favorable. L’énergie nécessaire pour maintenir l’indécision peut devenir considérable.
Nous devons donc comparer non seulement les options, mais également le coût de ne pas décider maintenant.
Parfois, quelques jours supplémentaires sont précieux. Parfois, ils ne font que prolonger une situation dont nous connaissons déjà suffisamment les données.
Se donner une échéance
Lorsque la décision peut raisonnablement être prise avec les informations disponibles, fixer une date limite évite que l’analyse devienne infinie.
Cette échéance doit laisser le temps nécessaire pour les vérifications importantes sans devenir un prétexte pour repousser encore.
Le jour venu, nous regardons ce que nous savons et choisissons.
L’objectif n’est pas de forcer artificiellement une décision complexe. Il est d’empêcher une décision suffisamment mûre de rester éternellement ouverte.
Les décisions collectives
Certaines décisions ne nous appartiennent pas seuls.
Dans un couple, une famille, une association ou une entreprise, plusieurs personnes peuvent être légitimement concernées.
Il faut alors distinguer consultation et codécision. Une personne affectée par le choix n’a pas toujours le même pouvoir de décision, mais son intérêt ne peut pas simplement être ignoré.
Une décision collective demande de rendre visibles les critères, les contraintes et les désaccords.
Chercher un accord ne signifie pas prétendre que tout le monde veut la même chose.
Parfois, une solution acceptable pour chacun est possible. Parfois, un arbitrage reste nécessaire.
Décider sous pression
Une décision prise sous menace, manipulation ou pression excessive n’est pas comparable à un choix effectué dans des conditions ordinaires.
La première priorité peut alors être de retrouver suffisamment d’espace pour réfléchir.
Les techniques de vente qui créent une urgence artificielle exploitent précisément notre peur de perdre une occasion : « aujourd’hui seulement », « dernière chance », « il ne reste que deux places ».
Une véritable urgence existe parfois. Mais lorsqu’une personne ou une organisation refuse systématiquement de nous laisser le temps raisonnable de comprendre un engagement important, cette pression constitue elle-même une information à prendre en compte.
Les décisions financières importantes
Plus les conséquences financières sont lourdes, plus il est utile de séparer l’enthousiasme pour le projet de l’évaluation de sa viabilité.
Quel est le coût total ? Quelles dépenses supplémentaires sont possibles ? Que se passe-t-il si les revenus attendus arrivent plus tard ? Quelle perte maximale pouvons-nous supporter sans mettre en danger l’essentiel ?
Une décision peut être séduisante et néanmoins dépasser nos capacités actuelles.
À l’inverse, une prudence excessive peut empêcher tout investissement utile.
Le but n’est donc pas d’éliminer le risque, mais de vérifier qu’il reste compatible avec les ressources disponibles.
Les décisions professionnelles
Une décision professionnelle ne devrait pas être évaluée uniquement par le salaire ou le prestige.
Elle influence également le temps, la fatigue, l’autonomie, les possibilités d’apprentissage, la localisation, les relations et parfois toute l’organisation familiale.
Un salaire supérieur peut être une excellente raison de changer. Il peut également compenser difficilement certaines contraintes.
Il faut donc revenir aux critères personnels plutôt qu’appliquer une hiérarchie universelle.
Le « meilleur poste » n’existe pas indépendamment de la personne qui devra l’occuper.
Les décisions relationnelles
Les décisions concernant les relations sont particulièrement complexes parce qu’elles impliquent des émotions, une histoire commune et une autre personne dont le comportement peut évoluer.
Nous pouvons décider de ce que nous sommes prêts à accepter, des limites que nous posons ou de notre présence dans la relation. Nous ne pouvons pas décider à la place de l’autre de changer.
Cette distinction évite de construire toute une décision sur la promesse que quelqu’un deviendra nécessairement différent.
Il est raisonnable de considérer les possibilités d’évolution, mais il faut également regarder la réalité actuelle.
Les décisions prises pour éviter de décevoir
Nous pouvons savoir ce que nous voulons et choisir malgré tout l’inverse parce que quelqu’un serait déçu.
Cette considération n’est pas toujours mauvaise. Les conséquences de nos décisions sur les autres comptent.
Mais il faut distinguer responsabilité et approbation.
Une personne peut être déçue simplement parce qu’elle souhaitait une autre décision. Cela ne lui donne pas automatiquement un droit sur notre choix.
Si nous sacrifions systématiquement nos décisions importantes pour éviter toute déception autour de nous, nous risquons de construire progressivement une vie choisie principalement par les attentes extérieures.
Assumer une décision
Assumer ne signifie pas refuser de reconnaître une erreur.
Cela signifie d’abord accepter que nous avons choisi avec les informations et les priorités disponibles.
Si le résultat est mauvais, nous devons regarder ce qui peut être corrigé. Si de nouvelles données apparaissent, nous pouvons réviser la décision.
Assumer signifie également éviter de chercher après coup quelqu’un à qui attribuer entièrement notre choix parce qu’il nous avait conseillé une option.
Nous pouvons avoir été influencés. Mais lorsque la décision nous appartenait réellement, notre responsabilité reste présente.
Ne pas défendre une mauvaise décision par orgueil
Après avoir publiquement défendu un choix, il peut devenir difficile de revenir dessus.
Nous craignons de perdre la face.
Nous pouvons alors continuer à investir du temps, de l’argent ou de l’énergie uniquement pour ne pas reconnaître que la décision initiale doit être révisée.
Cette fidélité n’est plus de la constance. Elle devient une défense de notre image.
Changer d’avis face à de nouvelles informations ne rend pas automatiquement la décision précédente ridicule.
Cela peut simplement signifier que la réalité a fourni des éléments nouveaux.
Les coûts déjà engagés
Nous pouvons être tentés de continuer parce que nous avons déjà beaucoup investi.
« J’ai déjà consacré deux ans à ce projet. »
« J’ai déjà dépensé beaucoup d’argent. »
« J’ai déjà fait tellement d’efforts. »
Ces éléments comptent émotionnellement, mais les ressources déjà dépensées ne peuvent généralement pas être récupérées en continuant à perdre davantage.
La bonne question est souvent : si je découvrais aujourd’hui cette situation telle qu’elle est maintenant, choisirais-je encore d’y investir les prochaines ressources ?
La réponse ne doit pas effacer le passé. Elle permet simplement de décider pour l’avenir à partir de la réalité actuelle.
Le regret après la décision
Même après une bonne décision, un doute peut réapparaître.
Nous nous souvenons soudain des avantages de l’option abandonnée et des inconvénients de celle que nous avons choisie.
Ce phénomène est normal. Choisir implique presque toujours de renoncer à quelque chose.
Il ne faut donc pas réouvrir automatiquement toute décision dès qu’un doute apparaît.
Nous pouvons nous rappeler pourquoi nous avions choisi, vérifier si des informations réellement nouvelles existent et distinguer le simple inconfort du renoncement d’un véritable signal de révision.
Donner une chance au choix effectué
Certaines décisions ont besoin de temps pour produire leurs effets.
Changer d’organisation pendant trois jours puis conclure qu’elle ne fonctionne pas peut être prématuré. Une nouvelle activité demande parfois une période d’apprentissage.
Lorsque cela est raisonnable, il peut être utile de déterminer à l’avance une durée minimale d’expérimentation.
Pendant cette période, nous observons et ajustons sans remettre toute la direction en question chaque matin.
À la date prévue, nous évaluons avec davantage de recul.
Ne pas transformer chaque décision en définition de soi
Nous pouvons avoir pris une mauvaise décision sans être quelqu’un qui « prend toujours de mauvaises décisions ».
Une erreur particulière ne mérite pas nécessairement de devenir une identité.
De même, une excellente décision ne prouve pas que notre jugement sera toujours parfait.
La qualité de nos choix s’améliore lorsque nous pouvons les examiner sans devoir défendre notre valeur personnelle.
Nous devenons alors plus capables d’apprendre aussi bien de ce qui réussit que de ce qui échoue.
Construire sa propre méthode de décision
Avec l’expérience, chacun peut identifier ce qui améliore la qualité de ses choix.
Certaines personnes ont besoin d’écrire pour clarifier. D’autres doivent parler à une personne de confiance. Certaines comprennent mieux lorsqu’elles construisent plusieurs scénarios. D’autres ont besoin de laisser passer une nuit après avoir recueilli les informations.
Une bonne méthode personnelle peut combiner plusieurs éléments : définir précisément la décision, identifier les critères essentiels, rechercher les informations manquantes, examiner plusieurs options, évaluer les risques, écouter les objections, laisser une place au ressenti puis fixer un moment où l’analyse doit se terminer.
La méthode n’a pas besoin d’être identique pour acheter un ordinateur et pour changer de carrière.
Elle doit être proportionnée à l’enjeu.
Une décision suffisamment bonne
Chercher la décision parfaite peut devenir une manière de refuser la condition réelle de toute décision importante : nous choisissons avant de connaître l’avenir.
Il faut donc parfois accepter une décision suffisamment solide plutôt qu’une certitude impossible.
Nous savons ce qui compte.
Nous avons vérifié les principaux éléments.
Nous avons considéré les risques.
Aucune information déterminante ne manque.
Il reste une part d’incertitude.
C’est précisément à cet endroit que commence la décision.
Après avoir choisi, agir
Une décision qui n’entraîne aucune conséquence concrète reste parfois une préférence.
Si nous avons décidé de lancer un projet, une première action doit suivre. Si nous avons décidé d’arrêter une activité, il faut organiser sa fin. Si nous avons décidé de changer une habitude, quelque chose doit être modifié dans le quotidien.
La décision ferme une phase de réflexion et ouvre une phase d’exécution.
Continuer à analyser indéfiniment après avoir choisi peut empêcher la décision de prendre corps.
À moins qu’une information nouvelle ne justifie sa réouverture, il est souvent préférable de consacrer désormais l’énergie à faire fonctionner le choix effectué.
À retenir
Choisir ne signifie pas découvrir avec certitude ce qui se passera. Cela signifie prendre une décision suffisamment éclairée dans une réalité qui conserve toujours une part d’incertitude.
Une décision solide commence par une question correctement formulée, des critères clairs et des informations proportionnées à l’enjeu. Elle tient compte des risques, des conséquences, des valeurs personnelles et du coût de l’inaction.
Les conseils, l’intuition et les émotions peuvent contribuer à la réflexion sans remplacer la décision elle-même.
Une fois le choix effectué, l’assumer ne signifie pas s’y enfermer. Nous pouvons corriger une décision lorsque les faits changent ou lorsque l’expérience montre qu’elle n’est plus adaptée.
Mais nous ne pouvons pas construire une vie en maintenant éternellement toutes les portes ouvertes.
Choisir, c’est accepter de ne pas connaître entièrement la suite et considérer malgré tout que nous savons suffisamment pour commencer à l’écrire.
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