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BIBLIOTHÉRAPIE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

BIBLIOTHÉRAPIE

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La bibliothérapie utilise la lecture, les textes et parfois l’écriture associée à la lecture comme supports d’un travail psychologique ou psychothérapeutique. Un livre, un récit, un poème, un témoignage ou un texte spécifiquement conçu dans un objectif thérapeutique peut aider une personne à reconnaître une expérience, mettre des mots sur ce qu’elle vit, découvrir une autre manière de comprendre une difficulté ou envisager de nouvelles possibilités.

Le principe n’est pas que le livre « soigne » automatiquement celui qui le lit.

Deux personnes peuvent lire exactement le même texte et en retirer des expériences totalement différentes. Un ouvrage qui bouleverse positivement l’une peut laisser l’autre indifférente, voire lui être pénible.

La bibliothérapie ne réside donc pas seulement dans le livre. Elle naît de la rencontre entre un texte, une personne, son histoire et, lorsqu’elle s’inscrit dans une psychothérapie, le travail réalisé autour de cette lecture.

Une pratique qui peut prendre plusieurs formes

Le terme bibliothérapie recouvre des pratiques assez différentes.

Dans certains contextes, des ouvrages structurés sont proposés pour accompagner une difficulté précise. Ils peuvent contenir des explications, des exercices et des stratégies à mettre en pratique.

Dans d’autres formes, la littérature elle-même devient médiation : roman, nouvelle, poésie, conte, biographie ou témoignage.

La personne ne lit alors pas nécessairement un ouvrage consacré à son problème.

Elle rencontre un personnage, une situation ou une phrase qui entre en résonance avec sa propre expérience.

La bibliothérapie peut être individuelle ou pratiquée dans certains groupes. Elle peut accompagner une psychothérapie, un travail éducatif ou d’autres formes d’accompagnement.

Toutes ces utilisations ne doivent pas être considérées comme strictement équivalentes.

Reconnaître quelque chose de soi

Une expérience difficile peut donner le sentiment d’être profondément seul.

La personne pense parfois :

« Personne ne peut comprendre cela. »

Puis elle rencontre dans un texte une expérience qui ressemble, même partiellement, à la sienne.

Le contexte n’est peut-être pas identique.

Le personnage n’a pas la même histoire.

Pourtant, quelque chose est reconnu.

Cette reconnaissance peut produire un effet important : ce qui semblait impossible à expliquer existe déjà quelque part sous forme de mots.

La personne n’est plus obligée de construire seule tout le langage nécessaire pour parler de son expérience.

S’identifier sans devenir le personnage

L’identification constitue l’un des mécanismes possibles de la lecture.

Nous pouvons nous reconnaître dans un personnage, ses peurs, ses contradictions ou ses choix.

Cette identification permet parfois d’examiner indirectement sa propre situation.

Mais elle possède également des limites.

Se reconnaître dans un personnage ne signifie pas partager exactement son fonctionnement psychologique.

Un roman n’est pas un test diagnostique.

Lire l’histoire d’une personne souffrant d’un trouble et reconnaître certaines de ses réactions ne permet pas de conclure que l’on possède le même trouble.

La littérature peut ouvrir une question.

Elle ne remplace pas une évaluation.

La distance protectrice de la fiction

Parler directement de soi peut être difficile.

Parler d’un personnage peut l’être beaucoup moins.

Une personne peut dire :

« Je comprends pourquoi elle n’arrive pas à partir. »

Cette réflexion peut progressivement conduire à examiner sa propre difficulté à quitter une situation.

La fiction crée une distance.

Le problème existe devant la personne plutôt qu’exclusivement en elle.

Cette distance peut rendre certaines expériences plus accessibles.

Elle permet parfois d’observer avec davantage de compassion chez un personnage ce que l’on juge très durement chez soi.

Découvrir d’autres perspectives

Un texte permet de rencontrer des expériences que nous n’avons pas vécues.

Il peut montrer une même situation depuis plusieurs points de vue.

Dans certaines difficultés relationnelles, cette possibilité est particulièrement intéressante.

Une personne très enfermée dans sa propre interprétation peut découvrir comment un autre individu pourrait percevoir une situation comparable.

Cela ne signifie pas que le livre révèle « la vérité ».

Il introduit une autre possibilité.

Or, lorsqu’une personne ne voit plus qu’une seule explication possible, découvrir qu’une autre lecture existe peut déjà modifier quelque chose.

Les mots que l’on n’avait pas

Certaines souffrances restent confuses parce qu’elles n’ont jamais été nommées.

La lecture peut fournir un vocabulaire.

Une personne découvre un concept et pense :

« C’est exactement ce que j’essayais d’expliquer. »

Mettre un mot sur une expérience peut diminuer la confusion et faciliter la communication.

Mais les mots peuvent aussi enfermer.

Découvrir une notion psychologique ne signifie pas devoir reconstruire immédiatement toute sa vie autour d’elle.

Un concept doit aider à comprendre.

Il ne devrait pas devenir automatiquement une nouvelle identité.

Les ouvrages psychoéducatifs

Certains livres expliquent un mécanisme psychologique ou proposent des exercices structurés.

Ils peuvent notamment accompagner un travail sur l’anxiété, certaines habitudes, le sommeil, les émotions ou les relations.

Dans certains cadres, un thérapeute peut recommander une lecture correspondant au travail effectué pendant les séances.

Le livre permet alors de prolonger certaines explications ou certains exercices entre les rencontres.

Cette forme de bibliothérapie est parfois appelée bibliothérapie prescriptive.

Le terme « prescription » ne signifie pas nécessairement prescription médicale. Il désigne ici le fait de proposer une lecture choisie en fonction d’un objectif.

Tous les livres de psychologie ne se valent pas

Le succès commercial d’un ouvrage ne garantit pas la qualité de son contenu.

Certains livres simplifient utilement des connaissances complexes.

D’autres transforment des hypothèses fragiles en certitudes.

D’autres encore promettent des changements spectaculaires grâce à une méthode universelle.

Il est donc important d’examiner la qualité des informations, les compétences de l’auteur, les sources utilisées et la manière dont les limites sont présentées.

Un livre affirmant que toutes les difficultés humaines proviennent d’une seule cause doit être abordé avec prudence.

La psychologie humaine résiste généralement aux explications uniques.

Littérature et bibliothérapie

La bibliothérapie ne se limite pas aux livres de psychologie.

Un roman peut parfois ouvrir davantage de réflexion qu’un manuel explicatif.

La littérature donne accès à l’ambivalence.

Un personnage peut aimer quelqu’un et lui en vouloir.

Il peut prendre une mauvaise décision pour des raisons compréhensibles.

Il peut être courageux dans une situation et lâche dans une autre.

Cette complexité ressemble souvent davantage à la vie réelle que les catégories parfaitement ordonnées.

Le lecteur peut ainsi explorer des expériences humaines sans qu’un auteur lui dise continuellement ce qu’il doit en conclure.

Les contes

Les contes utilisent des situations symboliques : séparation, danger, épreuve, transformation, perte, rivalité, interdiction ou retour.

Ils peuvent être utilisés avec les enfants mais également avec les adultes.

Leur intérêt ne réside pas dans l’existence d’un dictionnaire permettant de traduire chaque personnage en signification psychologique.

Un loup ne représente pas nécessairement la même chose pour tous.

Le conte fournit plutôt un espace narratif dans lequel certaines expériences peuvent être pensées autrement.

La personne peut être touchée par un élément auquel le thérapeute n’aurait accordé aucune importance.

C’est cette résonance personnelle qui mérite d’être explorée.

La poésie

La poésie possède une capacité particulière à exprimer une expérience sans devoir entièrement l’expliquer.

Quelques lignes peuvent parfois donner une forme à une émotion complexe.

Le rythme, les images et les associations permettent une lecture différente d’un texte purement informatif.

Certaines personnes peuvent choisir un poème correspondant à leur état, en écrire un ou simplement retenir une phrase qui les accompagne.

La valeur thérapeutique ne dépend pas de l’analyse littéraire.

Il n’est pas nécessaire d’expliquer les procédés stylistiques pour être touché par un texte.

Témoignages et récits de vie

Lire le témoignage d’une personne ayant traversé une difficulté peut diminuer le sentiment d’isolement et parfois donner de l’espoir.

Mais le témoignage possède une limite fondamentale : une expérience individuelle n’est pas une règle générale.

Ce qui a aidé l’auteur n’aidera pas nécessairement tous les lecteurs.

Un récit de guérison ne constitue pas la preuve qu’une méthode fonctionne pour tout le monde.

De même, les trajectoires spectaculaires peuvent involontairement créer une nouvelle pression :

« Cette personne a réussi à s’en sortir, pourquoi pas moi ? »

Le témoignage peut accompagner.

Il ne doit pas devenir une norme imposée à celui qui souffre.

Relire son propre parcours à travers un texte

Une lecture peut provoquer une nouvelle compréhension d’un événement ancien.

Une personne découvre dans un récit une dynamique relationnelle qu’elle n’avait jamais reconnue.

Elle repense alors à une période de sa propre vie.

Cette relecture peut être utile.

Elle demande néanmoins une certaine prudence.

Nous reconstruisons continuellement notre histoire à partir de ce que nous savons aujourd’hui.

Un concept découvert dans un livre peut éclairer le passé, mais il peut également nous pousser à faire entrer rétrospectivement chaque souvenir dans ce nouveau modèle.

La bibliothérapie doit ouvrir la réflexion plutôt que fabriquer artificiellement une certitude sur le passé.

Lire puis parler

Dans un cadre psychothérapeutique, le travail ne s’arrête pas nécessairement lorsque le livre est refermé.

Le thérapeute peut demander :

Qu’est-ce qui vous a marqué ?

Avec quoi êtes-vous d’accord ?

Qu’est-ce qui vous a irrité ?

Quel personnage vous semble proche de vous ?

Quelle partie ne vous correspond absolument pas ?

La réaction négative peut être aussi intéressante que l’identification.

Un lecteur peut rejeter violemment une idée parce qu’elle ne lui convient réellement pas.

Il peut aussi découvrir que cette idée touche une question particulièrement sensible.

Le thérapeute n’a pas à décider automatiquement laquelle de ces explications est la bonne.

Il explore avec la personne.

Annoter et conserver des passages

Certaines personnes aiment souligner, annoter ou recopier des passages.

Cette pratique peut devenir un outil intéressant.

Au lieu de demander simplement :

« Avez-vous aimé le livre ? »,

on peut observer les phrases qui ont retenu l’attention.

Pourquoi celle-ci ?

Pourquoi maintenant ?

Une phrase qui semblait banale cinq ans auparavant peut devenir essentielle dans un autre moment de vie.

La lecture est aussi une rencontre avec ce que nous sommes au moment où nous lisons.

Lecture et écriture

La bibliothérapie peut naturellement rejoindre l’écriture thérapeutique.

Après une lecture, la personne peut écrire une réaction, une lettre à un personnage, une autre fin, une scène manquante ou un texte à partir d’une phrase.

Elle peut également raconter une expérience personnelle éveillée par la lecture.

Le passage du texte lu au texte écrit transforme la position du lecteur.

Il ne reçoit plus seulement une histoire.

Il commence à produire la sienne.

L’écriture thérapeutique sera développée dans son propre chapitre.

Bibliothérapie avec les enfants

Chez l’enfant, les albums, histoires et contes peuvent faciliter l’abord de nombreuses situations : peur, séparation, colère, deuil, arrivée d’un autre enfant, différence ou difficultés relationnelles.

L’enfant peut parler du personnage avant de parler de lui.

Il peut également imaginer une autre solution ou inventer la suite.

Le choix du livre doit cependant correspondre à son âge, à ses capacités de compréhension et à sa situation.

Un livre explicitement consacré à une difficulté peut parfois aider.

À d’autres moments, il peut être trop direct et donner à l’enfant l’impression que les adultes essaient encore de lui faire passer un message.

Bibliothérapie avec les adolescents

L’adolescent peut trouver dans les récits une possibilité de reconnaître certaines expériences sans devoir les exposer immédiatement devant un adulte.

Romans, bandes dessinées, récits autobiographiques ou autres formes narratives peuvent servir de médiation.

Mais une lecture imposée comme une leçon risque de perdre rapidement son intérêt.

« Lis ce livre, tu comprendras ce que tu fais mal » n’est pas exactement une invitation à l’exploration.

Le texte doit ouvrir un espace.

Il ne devrait pas devenir un instrument supplémentaire de correction.

Bibliothérapie en groupe

La lecture peut également être utilisée dans un groupe.

Un même texte produit souvent des réactions très différentes.

Cette diversité permet de constater qu’il n’existe pas toujours une seule manière de comprendre une situation.

Les participants peuvent partager ce qui les a touchés, surpris ou dérangés.

Le groupe peut alors enrichir la lecture.

Il faut toutefois conserver une règle importante : chacun possède le droit de ne pas dévoiler une expérience personnelle simplement parce qu’un texte l’a évoquée.

Quand la lecture devient une fuite

Lire sur ses difficultés peut donner l’impression de travailler énormément sur soi.

Une personne peut accumuler des dizaines de livres, comprendre de mieux en mieux les mécanismes psychologiques et ne modifier aucune situation concrète.

Chaque nouveau livre apporte alors temporairement le sentiment qu’une solution supplémentaire vient d’être découverte.

Puis un autre livre arrive.

La connaissance devient parfois une manière de retarder l’action.

Comprendre possède une valeur réelle.

Mais certaines difficultés demandent également une décision, un apprentissage, une conversation ou un changement de comportement.

La bibliothérapie doit pouvoir conduire hors du livre lorsque cela devient nécessaire.

Le danger de l’autodiagnostic

Les ouvrages consacrés à la psychologie contiennent souvent des descriptions dans lesquelles de nombreux lecteurs peuvent se reconnaître.

C’est normal.

Des manifestations comme la fatigue, la peur, la tristesse, la difficulté à se concentrer ou la tendance à procrastiner existent dans de très nombreuses situations.

Reconnaître plusieurs caractéristiques dans un livre ne suffit pas pour établir un diagnostic.

Le risque augmente lorsque les contenus sont présentés sous forme de listes :

« Si vous reconnaissez cinq de ces dix signes, vous êtes… »

La réalité clinique est généralement plus complexe.

Un livre peut aider à identifier une question à approfondir.

Il ne transforme pas automatiquement le lecteur en diagnosticien de lui-même ou de son entourage.

Diagnostiquer les autres à travers les livres

Un autre phénomène est fréquent.

Après avoir lu un ouvrage sur la manipulation, le narcissisme, l’attachement ou une autre notion, une personne commence à reconnaître le concept partout.

Le conjoint, le parent, le collègue ou l’ancien partenaire reçoit alors une étiquette.

Le livre peut parfois aider à reconnaître une relation réellement problématique.

Mais appliquer un diagnostic ou une catégorie psychologique à quelqu’un qui n’a pas été évalué reste hasardeux.

Il est souvent plus utile de partir des comportements observables :

« Cette personne me menace, m’humilie et contrôle mes relations »

plutôt que :

« J’ai lu un livre et je sais désormais quel trouble elle possède. »

Le premier constat suffit déjà à examiner la relation.

Un livre ne remplace pas toujours une relation thérapeutique

Certaines difficultés peuvent être travaillées efficacement avec des ressources d’auto-aide de qualité.

D’autres nécessitent davantage.

Un livre ne peut pas observer une réaction, poser une question adaptée à ce qui vient d’être dit ou constater qu’une personne comprend un exercice d’une manière totalement différente de celle prévue.

Il ne peut pas non plus assurer une présence dans une situation de crise.

La bibliothérapie peut donc constituer une intervention, un complément ou une première porte d’entrée.

Elle n’a pas à être présentée comme un remplacement universel de la psychothérapie.

Choisir le bon livre au bon moment

Un excellent ouvrage peut être mauvais au mauvais moment.

Une personne récemment endeuillée n’a pas nécessairement besoin, dans les premiers jours, d’un manuel lui expliquant toutes les étapes qu’elle devrait traverser.

Quelqu’un vivant une situation traumatique peut être submergé par un témoignage très détaillé ressemblant à sa propre expérience.

Le choix ne dépend donc pas uniquement de la qualité du livre.

Il dépend aussi de la personne et du moment.

Parfois, le texte le plus utile n’est pas celui qui parle directement du problème.

C’est celui qui permet simplement de retrouver un peu d’espace autour de lui.

Ce que la bibliothérapie ne doit pas devenir

Elle ne devrait pas devenir une manière élégante pour le thérapeute d’éviter son propre travail.

Remettre continuellement des livres au patient en lui demandant de revenir lorsqu’il aura tout compris n’est pas nécessairement une psychothérapie.

La lecture doit avoir une fonction identifiable.

Elle ne doit pas non plus imposer une vision du monde.

Un livre recommandé par un thérapeute possède une autorité particulière. Le patient peut supposer qu’il est censé accepter tout ce qui y est écrit.

Il doit conserver le droit de dire :

« Je ne suis pas d’accord. »

Un désaccord avec un auteur peut lui aussi devenir un matériau de réflexion.

À retenir

La bibliothérapie utilise les livres et les textes comme supports de compréhension, d’identification, de réflexion et parfois de changement.

Elle peut s’appuyer sur des ouvrages psychoéducatifs, mais aussi sur les romans, contes, poèmes, témoignages et autres formes littéraires.

La lecture peut fournir des mots, créer une distance, ouvrir une autre perspective ou permettre de reconnaître une expérience que l’on croyait impossible à partager.

Mais un livre n’est ni un diagnostic, ni une vérité applicable à tous, ni nécessairement un substitut à une relation thérapeutique.

Un texte devient thérapeutiquement intéressant non lorsqu’il dit au lecteur qui il est, mais lorsqu’il lui permet de penser quelque chose qu’il ne parvenait pas encore à penser, de nommer ce qu’il ne savait pas encore nommer ou d’apercevoir une possibilité qu’il ne voyait pas auparavant.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.