LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

BESOINS PSYCHOLOGIQUES

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie

BESOINS PSYCHOLOGIQUES

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Nous avons besoin de nourriture, de sommeil, d’eau et de sécurité physique pour vivre.

Mais l’être humain possède également des besoins psychologiques.

Se sentir relié aux autres.

Disposer d’une certaine autonomie.

Se sentir capable d’agir.

Être reconnu.

Trouver une forme de cohérence ou de sens.

Pouvoir exercer une influence raisonnable sur sa propre existence.

Ces besoins ne prennent pas exactement la même forme chez chacun et leur importance varie selon les périodes de la vie.

Mais une idée demeure essentielle :

un besoin psychologique n’est pas un caprice simplement parce qu’il ne se voit pas.

Qu’est-ce qu’un besoin psychologique ?

Un besoin psychologique désigne quelque chose dont la satisfaction contribue au fonctionnement et à l’équilibre psychologique d’une personne.

Il faut cependant distinguer plusieurs notions souvent confondues.

Un besoin.

Un désir.

Une préférence.

Une stratégie utilisée pour satisfaire un besoin.

Un besoin peut être relativement fondamental alors que les moyens choisis pour y répondre peuvent être extrêmement variables.

Par exemple, le besoin de lien ne signifie pas nécessairement :

« J’ai besoin que cette personne précise reste avec moi. »

Cette personne peut représenter une manière de répondre au besoin.

Elle n’est pas nécessairement le besoin lui-même.

Cette distinction change beaucoup de choses.

Besoin et désir

Nous pouvons désirer quelque chose sans en avoir psychologiquement besoin.

Un objet.

Une réussite particulière.

Une reconnaissance précise.

Une situation.

Inversement, nous pouvons avoir un besoin que nous n’identifions pas clairement.

Une personne peut dire :

« J’ai besoin qu’on me laisse tranquille. »

Derrière cette phrase peuvent se trouver différents besoins : repos, autonomie, protection, diminution des stimulations ou temps pour réfléchir.

Identifier le besoin sous la demande permet souvent de mieux comprendre ce qui se passe.

La pyramide de Maslow

La représentation la plus célèbre des besoins humains est probablement la pyramide associée à Abraham Maslow.

Elle présente généralement plusieurs niveaux : besoins physiologiques, sécurité, appartenance et amour, estime, puis accomplissement.

Cette représentation a eu une immense influence dans la vulgarisation psychologique.

Elle peut servir de repère général.

Mais il faut éviter de la transformer en loi rigide selon laquelle un niveau devrait être entièrement satisfait avant que le suivant puisse apparaître.

La vie humaine est beaucoup moins ordonnée.

Une personne en situation matérielle très difficile peut créer, aimer, rechercher du sens ou défendre ses valeurs.

Quelqu’un dont les besoins matériels sont largement satisfaits peut souffrir profondément d’isolement ou d’absence de direction.

Nos besoins ne patientent pas toujours gentiment sur les marches d’un escalier.

Le besoin de sécurité

La sécurité ne concerne pas uniquement l’absence de danger physique.

Nous avons également besoin d’un certain degré de prévisibilité.

Savoir où nous allons dormir.

Pouvoir anticiper une partie de notre avenir.

Comprendre les règles d’un environnement.

Ne pas vivre constamment sous la menace d’une rupture, d’une humiliation ou d’une catastrophe.

Une vie totalement prévisible serait probablement étouffante.

Mais une vie dans laquelle absolument rien ne peut être anticipé demande une mobilisation psychologique considérable.

La sécurité permet au cerveau de ne pas rester continuellement en état d’alerte.

Sécurité et contrôle

Lorsque nous manquons de sécurité, nous pouvons chercher davantage de contrôle.

Planifier.

Vérifier.

Anticiper.

Organiser.

Demander des garanties.

Ces comportements peuvent momentanément rassurer.

Mais sécurité et contrôle absolu ne sont pas synonymes.

Aucune existence humaine ne peut devenir entièrement prévisible.

Chercher à supprimer toute incertitude risque donc de transformer un besoin légitime de sécurité en combat impossible contre la réalité.

Le besoin d’appartenance

Nous avons besoin de relations dans lesquelles nous pouvons nous sentir reliés, reconnus et suffisamment acceptés.

Ce besoin peut être satisfait par différents liens :

famille ;

amitiés ;

couple ;

communauté ;

groupe ;

relations professionnelles ;

engagement collectif.

Le nombre de personnes compte moins que la qualité subjective des liens.

On peut être entouré et se sentir profondément seul.

Le besoin d’appartenance a été développé dans le chapitre précédent.

Le besoin d’autonomie

L’autonomie correspond au sentiment de pouvoir participer réellement aux décisions qui concernent notre vie.

Cela ne signifie pas pouvoir faire tout ce que l’on veut.

Nous vivons avec des contraintes.

Mais il existe une différence considérable entre :

« J’ai choisi d’accepter cette contrainte »

et

« Je n’ai absolument aucune voix dans ce qui m’arrive. »

Même une obligation peut être vécue différemment lorsque la personne comprend son sens et conserve une marge de décision.

Le besoin de compétence

Nous avons généralement besoin de sentir que nous pouvons agir efficacement sur notre environnement.

Comprendre.

Apprendre.

Progresser.

Résoudre un problème.

Maîtriser progressivement une activité.

Cette expérience nourrit un sentiment de compétence.

Elle ne nécessite pas d’être le meilleur.

Être compétent n’est pas être supérieur aux autres.

Il suffit souvent de pouvoir constater :

« Je suis capable de faire quelque chose que je ne savais pas faire auparavant. »

Quand le sentiment de compétence disparaît

Des échecs répétés peuvent progressivement modifier les attentes.

Une personne essaie.

Elle échoue.

Elle recommence.

Elle échoue encore.

Si elle finit par conclure que ses actions n’ont aucun effet, elle peut cesser d’essayer.

De l’extérieur, on voit parfois un manque de motivation.

De l’intérieur, il peut exister une conviction :

« Pourquoi faire un effort puisque cela ne changera rien ? »

Redonner une possibilité d’action réelle peut alors être plus utile que répéter simplement :

« Fais un effort. »

Le besoin de reconnaissance

Nous avons besoin que notre existence, nos efforts ou certaines de nos contributions soient reconnus.

Cela ne signifie pas que nous devons être admirés en permanence.

La reconnaissance peut être très simple :

« J’ai vu ce que tu as fait. »

« Merci. »

« Je comprends que cela t’a demandé beaucoup. »

L’absence prolongée de reconnaissance peut donner l’impression d’être invisible.

C’est particulièrement fréquent lorsque certaines contributions deviennent habituelles.

Ce qui est fait tous les jours finit parfois par ne plus être remarqué.

Reconnaissance et dépendance au regard des autres

Le besoin de reconnaissance est humain.

Mais il peut devenir difficile lorsque toute valeur personnelle dépend de la validation extérieure.

La personne a alors besoin de nouveaux signes pour maintenir son sentiment de valeur.

Un compliment rassure quelques heures.

Puis il en faut un autre.

L’objectif n’est donc pas de supprimer le besoin d’être reconnu.

Il est de pouvoir recevoir la reconnaissance des autres sans lui confier l’intégralité de sa propre valeur.

Le besoin de cohérence

Nous cherchons généralement une certaine cohérence entre ce que nous pensons, ce que nous faisons et l’image que nous avons de nous-mêmes.

Lorsque ces éléments se contredisent fortement, une tension peut apparaître.

Une personne qui se considère honnête mais agit contre ses propres valeurs peut chercher à justifier son comportement.

Une autre peut modifier sa manière de se voir.

Nous n’aimons pas toujours découvrir nos contradictions.

Pourtant, elles font partie de la vie psychologique.

La cohérence absolue n’existe pas.

L’enjeu est plutôt de pouvoir reconnaître suffisamment nos contradictions pour décider lesquelles nous voulons corriger.

Le besoin de sens

Nous supportons parfois mieux un effort important lorsque nous savons pourquoi nous le faisons.

Une tâche difficile peut devenir acceptable si elle sert un objectif auquel nous accordons de la valeur.

À l’inverse, une activité relativement facile peut devenir épuisante lorsqu’elle paraît totalement vide de sens.

Le sens n’est pas nécessairement une grande mission existentielle.

Il peut être très concret :

élever un enfant ;

prendre soin de quelqu’un ;

construire un projet ;

apprendre ;

créer ;

transmettre ;

servir une cause ;

exercer correctement un métier.

La question est :

« Pourquoi cela compte-t-il pour moi ? »

Le besoin de nouveauté et le besoin de stabilité

Nous pouvons désirer simultanément deux choses apparemment contradictoires.

La stabilité rassure.

La nouveauté stimule.

Trop de changement peut devenir épuisant.

Trop peu peut produire ennui et impression d’immobilité.

Chaque personne possède son propre équilibre.

Certaines recherchent davantage de nouveauté.

D’autres ont besoin de repères plus stables.

Il n’existe pas un dosage universel.

Et le dosage souhaité peut changer selon les périodes de la vie.

Le besoin d’intimité

Nous pouvons avoir besoin de relations dans lesquelles il est possible de montrer une partie plus personnelle de soi.

Dire ce que l’on pense réellement.

Partager une peur.

Reconnaître une fragilité.

Être écouté sans devoir constamment jouer un rôle.

L’intimité n’exige pas de tout raconter.

Une relation proche n’abolit pas le droit à un espace personnel.

Être intime avec quelqu’un ne signifie pas lui devoir l’accès à toutes nos pensées.

Le besoin d’espace personnel

Nous avons besoin de liens.

Mais nous pouvons également avoir besoin de moments où nous ne répondons à aucune sollicitation.

Certaines personnes ont besoin de davantage de solitude que d’autres pour retrouver leur équilibre.

Ce besoin n’indique pas nécessairement un rejet des autres.

Quelqu’un peut aimer profondément sa famille et avoir besoin de rester seul pendant un moment.

La proximité et la distance ne sont pas nécessairement ennemies.

Une relation saine peut contenir les deux.

Les besoins changent selon les périodes

Un besoin peut devenir particulièrement important lorsqu’il a été longtemps frustré.

Après une période de grande instabilité, la sécurité peut devenir prioritaire.

Après des années de contrôle, l’autonomie peut prendre une importance considérable.

Après une période d’isolement, l’appartenance peut devenir centrale.

Après avoir consacré longtemps sa vie aux besoins des autres, une personne peut ressentir fortement le besoin de retrouver un espace personnel.

Cela ne signifie pas nécessairement que sa personnalité a complètement changé.

La situation a changé la hiérarchie momentanée de ses besoins.

Un besoin peut être légitime sans pouvoir être satisfait immédiatement

C’est une distinction essentielle.

Reconnaître un besoin ne signifie pas que la réalité est obligée d’y répondre immédiatement.

Une personne peut avoir besoin de repos alors qu’une responsabilité urgente l’empêche de dormir maintenant.

Elle peut avoir besoin de reconnaissance sans pouvoir obliger quelqu’un à la lui donner.

Elle peut avoir besoin de lien alors que la personne qu’elle souhaite retrouver ne veut plus de cette relation.

Le besoin reste réel.

Mais la stratégie envisagée pour le satisfaire n’est pas toujours disponible.

La question devient alors :

« Existe-t-il une autre manière de prendre soin de ce besoin ? »

Les besoins des autres ne créent pas tous une obligation

Quelqu’un peut avoir besoin d’être rassuré.

Cela ne signifie pas qu’une autre personne doive être disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Un proche peut avoir besoin de compagnie.

Cela ne signifie pas que nous devons abandonner toutes nos activités.

Reconnaître le besoin de quelqu’un n’implique pas automatiquement d’en devenir responsable.

Deux réalités peuvent coexister :

« Je comprends que tu en aies besoin »

et

« Je ne peux pas être celui qui y répond de cette manière. »

Les conflits de besoins

De nombreux conflits relationnels ne sont pas des conflits entre une bonne personne et une mauvaise personne.

Ils peuvent être des conflits entre deux besoins légitimes.

L’un a besoin de parler immédiatement.

L’autre a besoin de temps avant de discuter.

L’un recherche davantage de proximité.

L’autre davantage d’espace.

L’un veut de la stabilité.

L’autre souhaite changer.

Chercher lequel des deux « a raison » ne résout pas toujours le problème.

Il faut parfois identifier les besoins en présence puis chercher si une organisation peut respecter suffisamment les deux.

Et parfois, il faut reconnaître qu’ils sont difficilement compatibles.

Le sacrifice

Il arrive que nous choisissions de mettre temporairement un besoin de côté pour quelqu’un ou pour quelque chose qui compte davantage à ce moment-là.

Un parent se lève la nuit pour son enfant.

Un proche accompagne une personne malade.

Un étudiant renonce momentanément à certaines activités pour préparer un examen.

Le sacrifice n’est pas nécessairement malsain.

Il devient problématique lorsqu’il est permanent, imposé ou lorsqu’une personne considère que ses propres besoins ne méritent jamais d’exister.

Différer un besoin n’est pas le nier.

Quand un besoin devient une exigence envers une personne précise

Nous pouvons parfois formuler ainsi :

« J’ai besoin que tu fasses cela. »

Mais cette phrase mélange souvent le besoin et la solution choisie.

Prenons :

« J’ai besoin que tu m’appelles dix fois par jour. »

Le besoin sous-jacent peut être la sécurité, la proximité ou la réassurance.

Les dix appels constituent une stratégie.

Cette distinction permet de négocier.

Peut-être existe-t-il d’autres manières de répondre suffisamment au besoin sans imposer exactement la solution initiale.

Identifier ses besoins

Ce n’est pas toujours facile.

Nous pouvons sentir de l’irritation, de la fatigue ou une impression diffuse de malaise sans comprendre ce qui manque.

Quelques questions peuvent aider :

Qu’est-ce qui me pèse réellement ?

Qu’est-ce que j’aimerais voir changer ?

Si la situation s’améliorait, qu’est-ce que cela m’apporterait ?

Est-ce que je cherche du repos, de la sécurité, du lien, de la reconnaissance, de l’autonomie, de la compétence, de la clarté ?

Il ne s’agit pas de transformer chaque émotion en analyse interminable.

Il s’agit simplement de pouvoir aller parfois au-delà de :

« Ça ne va pas. »

Besoins et responsabilité personnelle

Nous ne choisissons pas tous nos besoins.

Mais nous pouvons progressivement devenir responsables de la manière dont nous essayons d’y répondre.

Avoir besoin d’affection n’autorise pas à contrôler quelqu’un.

Avoir besoin de sécurité n’autorise pas à surveiller chaque mouvement de son partenaire.

Avoir besoin de reconnaissance n’autorise pas à exiger l’admiration.

Avoir besoin d’autonomie n’autorise pas à ignorer tous ses engagements.

Un besoin peut expliquer un comportement sans le justifier automatiquement.

Les besoins non satisfaits

Aucune vie ne permet de satisfaire parfaitement tous les besoins psychologiques en permanence.

Il existe des périodes de solitude.

De doute.

De manque de reconnaissance.

D’incertitude.

De dépendance.

De frustration.

La santé psychologique ne consiste donc pas à maintenir tous les indicateurs au maximum.

Elle implique aussi la capacité à traverser certaines frustrations sans conclure immédiatement que tout va mal.

Un besoin important mérite d’être entendu.

Il n’exige pas nécessairement d’être satisfait immédiatement, complètement et sans interruption.

Quand demander de l’aide ?

Lorsque les mêmes besoins semblent continuellement provoquer des conflits, lorsqu’une personne ne parvient plus à identifier ce qu’elle veut, lorsqu’elle dépend entièrement d’une relation pour se sentir en sécurité ou lorsqu’elle s’efface systématiquement au profit des autres, un accompagnement psychologique peut aider à comprendre le fonctionnement installé.

Le travail ne consiste pas nécessairement à supprimer le besoin.

Il peut consister à comprendre :

comment la personne tente de le satisfaire, pourquoi cette stratégie s’est installée et quelles autres possibilités existent.

Les méthodes de travail thérapeutique seront développées séparément dans la partie consacrée à la psychothérapie.

À retenir

Nos besoins psychologiques ne sont ni des ordres donnés au monde, ni des faiblesses dont il faudrait avoir honte.

Ils sont des informations sur ce qui contribue à notre équilibre.

Les comprendre permet de distinguer :

ce dont j’ai réellement besoin ;
ce que je désire ;
la stratégie que j’ai choisie pour l’obtenir ;

et ce que je peux raisonnablement demander aux autres.

Nous ne pouvons pas exiger que chaque besoin soit immédiatement satisfait.

Mais nous pouvons éviter de vivre pendant des années comme s’il n’existait pas.

Et peut-être que la question la plus importante n’est pas toujours :

« Comment obtenir exactement ce que je veux ? »

mais :

« Quel besoin suis-je réellement en train d’essayer de satisfaire, et existe-t-il plusieurs chemins pour en prendre soin ? »

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.