LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
APPRENTISSAGE
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Apprendre ne consiste pas simplement à recevoir une information.
Nous pouvons entendre une explication sans la retenir, lire plusieurs fois une page sans pouvoir la restituer, comprendre quelque chose aujourd’hui et l’avoir presque entièrement oublié quelques jours plus tard.
À l’inverse, certaines connaissances acquises depuis longtemps restent disponibles pendant des années.
L’apprentissage correspond donc à un processus par lequel l’expérience, l’étude, l’observation ou la pratique produisent une modification relativement durable de nos connaissances, de nos capacités ou de nos comportements.
Et ce processus repose sur une réalité fondamentale :
apprendre demande au cerveau de transformer une expérience passagère en quelque chose qu’il pourra réutiliser.
Nous apprenons bien avant l’école
L’apprentissage commence dès les premières expériences de la vie.
L’enfant apprend à reconnaître des visages, des sons, des gestes et des situations. Il découvre progressivement que certains comportements produisent certaines conséquences.
Il apprend à parler en étant plongé dans le langage.
À marcher en essayant, en perdant l’équilibre, en recommençant.
À interagir en observant les réactions des autres.
L’école organise une partie des apprentissages, mais elle ne crée pas la capacité d’apprendre.
Nous apprenons continuellement, parfois volontairement et parfois sans même nous en rendre compte.
Apprendre n’est pas seulement mémoriser
La mémoire est indispensable à l’apprentissage, mais les deux notions ne sont pas identiques.
On peut mémoriser une formule sans la comprendre.
Retenir une date sans savoir ce qu’elle représente.
Réciter une définition sans pouvoir utiliser le concept dans une situation nouvelle.
Un apprentissage plus profond suppose souvent de pouvoir relier l’information à ce que l’on sait déjà, l’expliquer, l’utiliser, la reconnaître dans différents contextes et parfois la transformer.
La question n’est donc pas seulement :
« Est-ce que je peux le répéter ? »
mais aussi :
« Est-ce que je peux m’en servir ? »
L’attention ouvre la porte
Il est difficile d’apprendre une information à laquelle on n’a pratiquement pas prêté attention.
L’attention sélectionne une partie des nombreuses informations présentes dans l’environnement.
Mais elle est limitée.
Lire un texte tout en répondant à des messages, en surveillant plusieurs notifications et en passant régulièrement d’une tâche à l’autre oblige l’esprit à changer constamment de cible.
La personne peut avoir l’impression d’avoir travaillé longtemps alors qu’une partie importante de son énergie a été consacrée à retrouver continuellement le fil de ce qu’elle faisait.
La qualité de l’attention compte donc autant que la durée passée devant le contenu.
Comprendre facilite la mémorisation
Une information isolée est généralement plus difficile à retenir qu’une information reliée à quelque chose que nous connaissons déjà.
Supposons que l’on doive retenir une suite de mots sans relation entre eux.
L’exercice est difficile.
Si ces mêmes mots forment une histoire cohérente, la mémorisation devient souvent beaucoup plus simple.
Le cerveau ne stocke pas uniquement des éléments indépendants.
Il crée des relations.
Plus une nouvelle connaissance peut être reliée à un réseau déjà existant, plus elle dispose de chemins permettant de la retrouver.
C’est pourquoi demander :
« À quoi cela ressemble-t-il ? Qu’est-ce que cela me rappelle ? Avec quoi puis-je le relier ? »
peut être plus utile que répéter mécaniquement la même phrase.
Relire donne parfois une illusion de maîtrise
Un texte lu plusieurs fois devient familier.
Cette familiarité peut produire une impression :
« Je le connais. »
Mais reconnaître une information lorsqu’elle est devant soi n’est pas la même chose que pouvoir la retrouver lorsqu’elle n’est plus visible.
C’est l’une des raisons pour lesquelles un étudiant peut être surpris pendant un examen.
Ses notes lui semblaient parfaitement connues.
Une fois la feuille retirée, l’information est beaucoup moins accessible.
La familiarité avec le support avait été confondue avec la maîtrise du contenu.
Se tester
Essayer de retrouver une information sans regarder immédiatement la réponse constitue un puissant exercice d’apprentissage.
Fermer le livre et expliquer ce que l’on vient de lire.
Répondre à une question.
Reconstituer un schéma.
Résumer une idée avec ses propres mots.
Essayer de résoudre un exercice avant de consulter la correction.
L’effort de récupération n’est pas seulement une manière de mesurer ce que l’on sait.
Il participe lui-même à l’apprentissage.
Une difficulté raisonnable peut donc être utile.
Si la réponse est toujours immédiatement disponible, le cerveau n’a presque jamais besoin de la rechercher.
L’erreur fait partie de l’apprentissage
Se tromper est souvent vécu comme la preuve que l’on n’a pas appris.
Pourtant, l’erreur fournit une information essentielle :
elle montre précisément ce qui doit encore être corrigé.
Une personne qui répond à une question, se trompe, comprend pourquoi et corrige sa réponse peut apprendre davantage qu’une personne qui relit passivement la bonne réponse.
À condition évidemment que l’erreur soit identifiée et corrigée.
Répéter longtemps une mauvaise procédure peut également renforcer cette mauvaise procédure.
L’erreur est donc utile lorsqu’elle devient matière à ajustement, pas lorsqu’elle reste invisible.
La peur de l’erreur peut empêcher d’apprendre
Lorsqu’une personne pense qu’elle doit réussir immédiatement, elle peut éviter les tâches qui risquent de révéler ses difficultés.
Elle préfère parfois ne pas répondre plutôt que répondre faux.
Ne pas essayer plutôt qu’échouer.
Choisir uniquement ce qu’elle maîtrise déjà.
Elle protège ainsi momentanément son image d’elle-même, mais elle réduit les occasions d’apprentissage.
Apprendre demande de pouvoir traverser une période dans laquelle on ne sait pas encore.
L’incompétence temporaire n’est pas l’opposé de l’apprentissage. Elle en est souvent le point de départ.
La répétition
Certaines connaissances et certains gestes nécessitent de nombreuses répétitions.
Mais toutes les répétitions ne se valent pas.
Répéter vingt fois la même chose dans une seule séance peut donner une impression rapide de progrès.
Revenir plusieurs fois sur le contenu à différents moments favorise généralement une consolidation plus durable.
L’espacement oblige à retrouver une information devenue un peu moins accessible.
Cet effort contribue à la renforcer.
C’est pourquoi apprendre sur plusieurs jours peut être plus efficace que concentrer tout le travail dans une seule longue séance.
Oublier n’est pas toujours recommencer à zéro
Lorsque nous revenons sur une connaissance oubliée, elle peut souvent être réapprise plus rapidement que lors du premier apprentissage.
L’impression subjective peut être :
« J’ai tout oublié. »
Mais le cerveau ne revient pas nécessairement exactement à son point de départ.
Des traces de l’apprentissage précédent peuvent faciliter le réapprentissage.
L’oubli ne signifie donc pas toujours que le travail antérieur a été inutile.
Le sommeil
Le sommeil participe aux processus de consolidation de la mémoire.
Travailler jusqu’à l’épuisement en sacrifiant systématiquement le sommeil peut donc devenir contre-productif.
Le cerveau a besoin non seulement d’acquérir des informations mais également de les stabiliser.
Une nuit blanche peut donner quelques heures supplémentaires de travail immédiat tout en diminuant l’attention, la mémoire et les capacités de raisonnement le lendemain.
Apprendre nécessite du temps de travail.
Mais le cerveau ne travaille pas uniquement lorsque nous sommes assis devant nos notes.
L’apprentissage par la pratique
Certaines choses ne peuvent pas être apprises uniquement par l’explication.
On peut lire des dizaines de pages sur la natation sans apprendre à nager.
Comprendre intellectuellement comment conduire ne suffit pas à conduire avec aisance.
Connaître les règles d’une langue ne suffit pas toujours à la parler spontanément.
La pratique transforme progressivement des connaissances explicites en compétences plus fluides.
Au début, chaque étape demande de l’attention.
Avec l’expérience, certaines deviennent plus automatiques.
Cette automatisation libère des ressources pour des tâches plus complexes.
Observer les autres
Nous apprenons également en observant.
Un enfant regarde comment les adultes réagissent.
Un débutant observe une personne expérimentée.
Nous pouvons apprendre une manière de parler, un geste, une stratégie ou même une réaction émotionnelle en regardant ce que font les autres et ce qui leur arrive ensuite.
Les modèles ne transmettent donc pas uniquement ce qu’ils expliquent.
Ils transmettent aussi ce qu’ils font.
Un adulte peut dire à un enfant :
« Il ne faut pas crier quand on est en colère »
tout en criant lui-même lorsqu’il est contrarié.
Le comportement observé peut alors enseigner autre chose que la règle formulée.
Les conséquences enseignent
Un comportement suivi d’une conséquence agréable a davantage de chances d’être répété dans certaines conditions.
À l’inverse, certaines conséquences peuvent réduire la probabilité d’un comportement.
Mais l’apprentissage humain est plus complexe qu’un simple système de récompenses et de punitions.
Une récompense peut encourager un comportement sans nécessairement faire comprendre pourquoi il est utile.
Une punition peut faire cesser momentanément une action sans enseigner ce qu’il aurait fallu faire à la place.
Pour modifier durablement un comportement, il est souvent important de comprendre ce qui l’entretient et quelle alternative peut être apprise.
La motivation
Nous apprenons plus facilement lorsque nous voyons un intérêt à ce que nous faisons.
Cet intérêt peut être extérieur :
obtenir un diplôme, réussir un examen, accéder à un emploi, recevoir une récompense.
Il peut également être intérieur :
comprendre, maîtriser quelque chose, satisfaire une curiosité, progresser dans une activité appréciée.
La motivation n’est cependant pas toujours présente avant de commencer.
Attendre d’avoir envie peut conduire à repousser indéfiniment certaines tâches.
Parfois, l’action précède la motivation : commencer permet de constater un progrès, et ce progrès donne ensuite davantage envie de continuer.
« Je ne suis pas doué »
Une difficulté initiale peut rapidement devenir une identité.
« Je suis nul en mathématiques. »
« Je n’ai aucune mémoire. »
« Je ne suis pas fait pour les langues. »
Cette manière de parler transforme une situation actuelle en caractéristique définitive.
Or les performances dépendent de nombreux facteurs : connaissances antérieures, méthode, pratique, attention, fatigue, anxiété, qualité de l’enseignement et expérience.
Reconnaître les différences individuelles ne signifie pas considérer chaque difficulté comme immuable.
Il est plus utile de distinguer :
« Je ne sais pas encore faire cela »
de
« Je suis incapable de le faire. »
Les stratégies d’apprentissage diffèrent selon la tâche
Il n’existe pas une méthode universelle qui serait optimale pour tout apprendre.
Mémoriser du vocabulaire, comprendre un concept, apprendre un mouvement, résoudre un problème mathématique et développer une compétence relationnelle ne demandent pas exactement les mêmes stratégies.
La question pertinente n’est donc pas seulement :
« Quelle est ma méthode préférée ? »
mais :
« Quelle méthode correspond à ce que j’essaie d’apprendre ? »
Les « styles d’apprentissage »
L’idée selon laquelle chaque personne serait essentiellement « visuelle », « auditive » ou « kinesthésique » et apprendrait mieux lorsque l’enseignement correspond exactement à ce style est très populaire.
Elle doit pourtant être utilisée avec prudence.
Une personne peut avoir des préférences, mais cela ne signifie pas que tout contenu doive être enseigné selon un unique canal qui lui correspondrait.
La nature de ce que l’on apprend compte davantage.
Une carte est naturellement visuelle.
Une prononciation doit être entendue.
Un geste doit être observé et pratiqué.
S’enfermer dans l’étiquette :
« Je suis visuel, donc je n’apprends pas en écoutant »
peut finalement limiter inutilement les stratégies disponibles.
Apprendre à apprendre
Avec l’expérience, nous pouvons observer notre propre fonctionnement.
Combien de temps puis-je rester réellement concentré ?
Est-ce que je comprends ou est-ce que je reconnais seulement mes notes ?
Puis-je expliquer cette idée sans regarder le texte ?
Qu’est-ce que j’ai oublié depuis hier ?
Quelle erreur revient régulièrement ?
Quelle stratégie fonctionne réellement pour cette tâche ?
Cette capacité à réfléchir sur sa propre manière de penser et d’apprendre est appelée métacognition.
Elle permet progressivement de devenir moins dépendant d’une méthode imposée de l’extérieur.
Les difficultés d’apprentissage
Une difficulté à apprendre ne signifie pas nécessairement un manque d’intelligence ou d’effort.
Elle peut être liée à de nombreux facteurs : troubles spécifiques des apprentissages, difficultés attentionnelles, anxiété, fatigue, manque de sommeil, conditions de travail, problèmes sensoriels, connaissances de base insuffisantes ou méthode inadaptée.
Lorsqu’une difficulté est importante, durable et disproportionnée malgré des conditions d’apprentissage adaptées, une évaluation peut aider à comprendre ce qui se passe.
L’objectif n’est pas de coller une étiquette.
Il est de déterminer quel obstacle empêche l’apprentissage et quelles adaptations peuvent être utiles.
Apprendre à tout âge
L’enfance et l’adolescence constituent des périodes particulièrement importantes pour les apprentissages, mais apprendre ne s’arrête pas à l’âge adulte.
Nous pouvons acquérir de nouvelles connaissances, développer des compétences et modifier des habitudes tout au long de la vie.
Le rythme peut évoluer.
Certaines formes de mémoire ou de rapidité peuvent changer avec l’âge, tandis que l’expérience et les connaissances accumulées peuvent offrir d’autres avantages.
Dire :
« À mon âge, il est trop tard »
transforme parfois une difficulté réelle en interdiction définitive.
Le cerveau adulte reste capable d’apprentissage.
Le contexte émotionnel
Nous n’apprenons pas indépendamment de nos émotions.
Une peur excessive de l’échec peut monopoliser une partie de l’attention.
Une humiliation répétée peut rendre une matière anxiogène.
À l’inverse, la curiosité, le sentiment de progresser et un environnement dans lequel l’erreur peut être corrigée sans humiliation favorisent l’engagement.
Cela ne signifie pas qu’apprendre doit toujours être facile ou agréable.
L’effort est souvent nécessaire.
Mais difficulté et humiliation ne sont pas synonymes.
Transférer ce que l’on a appris
L’un des défis les plus importants consiste à utiliser une connaissance dans une situation différente de celle où elle a été acquise.
Un élève peut réussir parfaitement un type d’exercice déjà rencontré et être déstabilisé lorsque le même principe apparaît sous une autre forme.
Le véritable apprentissage devient plus solide lorsque la personne reconnaît :
« La situation a changé, mais le principe que je connais peut encore être utilisé ici. »
Varier les exemples, les contextes et les problèmes aide à développer cette capacité.
À retenir
Apprendre n’est pas remplir passivement une mémoire.
C’est porter attention, comprendre, relier, essayer de retrouver, pratiquer, se tromper, corriger, répéter, espacer et réutiliser.
Une méthode qui donne l’impression de travailler beaucoup n’est pas nécessairement celle qui produit l’apprentissage le plus durable.
Et une difficulté n’est pas nécessairement la preuve que l’apprentissage échoue.
Elle peut précisément être le moment où il est en train de se construire.
La question la plus utile n’est donc pas toujours :
« Combien de temps ai-je étudié ? »
mais :
« Qu’est-ce que je suis maintenant capable de comprendre, retrouver ou faire que je ne pouvais pas faire auparavant ? »
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