LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
ALLIANCE THÉRAPEUTIQUE
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Une psychothérapie ne repose pas uniquement sur une méthode. Elle repose aussi sur une relation de travail entre une personne qui demande de l’aide et un professionnel qui l’accompagne.
Cette relation est appelée alliance thérapeutique.
Elle ne correspond ni à une amitié, ni à une relation familiale, ni à une simple sympathie réciproque. Elle désigne la capacité du patient et du thérapeute à travailler ensemble dans une direction suffisamment partagée, à l’intérieur d’un cadre sécurisant.
Deux personnes peuvent parfaitement s’apprécier sans construire une bonne alliance thérapeutique. À l’inverse, une thérapie peut comporter des moments difficiles, des désaccords ou de l’inconfort tout en reposant sur une alliance solide.
Une bonne alliance ne signifie pas que le thérapeute dit toujours ce que la personne souhaite entendre. Elle signifie que même les moments difficiles peuvent être travaillés sans que la relation cesse d’être un espace thérapeutique.
Une relation qui possède un objectif
La relation thérapeutique existe pour permettre un travail.
La personne vient avec une souffrance, une difficulté, une question, un comportement qu’elle souhaite modifier ou parfois simplement le sentiment que quelque chose ne va plus.
Le thérapeute apporte un cadre, une méthode, son expérience professionnelle et une manière d’accompagner l’exploration de cette difficulté.
L’alliance se construit lorsque les deux peuvent progressivement comprendre pourquoi ils travaillent ensemble, vers quoi ils souhaitent aller et comment ils vont essayer d’y parvenir.
Ces trois dimensions sont importantes.
Un patient peut parfaitement s’entendre avec son thérapeute mais ne pas comprendre ce qu’ils font depuis plusieurs mois.
Il peut également connaître l’objectif sans adhérer à la méthode utilisée.
Dans les deux cas, quelque chose mérite d’être discuté.
Se mettre suffisamment d’accord sur le problème
La personne et le thérapeute ne décrivent pas toujours la difficulté de la même manière.
Un patient peut dire :
« Je voudrais arrêter d’avoir peur. »
Le thérapeute peut progressivement constater que toute la vie de cette personne s’est organisée autour de l’évitement des situations susceptibles de provoquer la peur.
L’objectif thérapeutique pourra alors évoluer. Il ne s’agira peut-être plus simplement de supprimer une émotion, mais de retrouver une vie moins gouvernée par elle.
Cette évolution est possible à condition qu’elle soit comprise.
Le thérapeute ne devrait pas travailler secrètement sur un objectif que le patient ignore.
L’expertise professionnelle ne supprime pas la nécessité de construire une compréhension suffisamment commune de ce qui est travaillé.
Les objectifs peuvent changer
La demande formulée lors de la première séance n’est pas toujours celle qui restera centrale.
Une personne peut consulter pour des difficultés professionnelles et découvrir progressivement que celles-ci sont liées à une peur du conflit présente dans de nombreuses relations.
Une autre vient après une séparation en pensant devoir apprendre à récupérer son ancien partenaire et comprend peu à peu que son véritable enjeu est de reconstruire son autonomie.
Le travail thérapeutique peut donc modifier les objectifs.
Mais cette transformation devrait être discutée.
Le patient n’est pas un objet d’étude dont le thérapeute déciderait seul du véritable problème.
Il participe au processus.
S’accorder sur la manière de travailler
Les psychothérapies utilisent des méthodes différentes.
Certaines accordent une place importante à l’histoire personnelle. D’autres travaillent davantage sur les comportements actuels, les pensées, les émotions, les relations ou les expériences corporelles.
Certaines proposent des exercices entre les séances. D’autres utilisent principalement ce qui apparaît pendant la rencontre.
L’alliance suppose que la personne comprenne suffisamment la logique de ce travail pour pouvoir y participer.
Cela ne signifie pas qu’elle doit maîtriser la théorie psychothérapeutique.
Elle doit cependant pouvoir savoir pourquoi certaines questions sont posées, à quoi servent les exercices proposés et comment ceux-ci se rattachent à ses objectifs.
Lorsqu’une méthode n’a aucun sens pour le patient, le thérapeute devrait pouvoir en expliquer la logique.
La confiance n’est pas instantanée
On entend parfois qu’il faut immédiatement « avoir confiance » en son thérapeute.
La confiance peut aussi se construire.
Une personne qui a été trahie, humiliée, manipulée ou maltraitée dans certaines relations ne devient pas nécessairement capable de faire confiance à un inconnu parce que celui-ci possède un titre professionnel.
Elle peut observer.
Le thérapeute respecte-t-il ce qu’il annonce ? Écoute-t-il réellement ? Supporte-t-il la contradiction ? Respecte-t-il les limites ? Peut-il reconnaître une erreur ? Utilise-t-il ce qui lui est confié avec prudence ?
La confiance se construit notamment à travers la répétition d’expériences relationnelles suffisamment cohérentes.
Exiger immédiatement la confiance peut être paradoxalement une manière de ne pas respecter les raisons pour lesquelles elle est difficile.
Se sentir entendu ne signifie pas être systématiquement approuvé
Une psychothérapie dans laquelle le thérapeute approuverait toutes les interprétations du patient risquerait de devenir stérile.
Être entendu signifie que l’expérience est prise au sérieux.
Cela ne signifie pas que chaque conclusion est considérée comme exacte.
Une personne peut être profondément blessée par une situation tout en interprétant certains éléments d’une manière qui mérite d’être examinée.
Le thérapeute peut donc questionner, proposer une autre lecture ou attirer l’attention sur une contradiction.
La manière dont il le fait est essentielle.
La confrontation thérapeutique n’a pas pour fonction de démontrer que le professionnel est plus intelligent ou qu’il possède toujours raison.
Elle doit permettre à la personne d’examiner quelque chose qu’elle ne parvenait pas encore à voir clairement.
Le thérapeute n’est pas un juge
Certaines personnes arrivent en psychothérapie avec la peur d’être jugées.
Elles peuvent avoir honte de pensées, de comportements, de choix passés ou d’émotions qu’elles considèrent comme inacceptables.
Si elles doivent continuellement protéger leur image devant le thérapeute, une partie importante de leur expérience restera inaccessible au travail.
L’absence de jugement moral ne signifie cependant pas que tous les comportements deviennent équivalents.
Un thérapeute peut reconnaître qu’un acte a blessé quelqu’un sans réduire définitivement la personne à cet acte.
Il peut également aider quelqu’un à assumer une responsabilité sans l’humilier.
La psychothérapie peut précisément offrir un lieu où il devient possible de regarder une réalité difficile sans devoir choisir entre le déni et la condamnation totale de soi.
Le droit de ne pas être d’accord
Un patient peut être en désaccord avec son thérapeute.
Il peut considérer qu’une interprétation ne lui correspond pas, qu’un exercice n’est pas pertinent ou qu’une remarque l’a blessé.
Ce désaccord ne constitue pas nécessairement une résistance à la thérapie.
Il peut fournir une information importante.
Un thérapeute qui transforme systématiquement toute contradiction en preuve que le patient « refuse de voir la vérité » rend sa propre position impossible à questionner.
Or aucune méthode et aucun professionnel ne sont infaillibles.
L’alliance thérapeutique suppose donc que la contradiction puisse exister.
Les ruptures de l’alliance
Même une bonne relation thérapeutique peut connaître des ruptures d’alliance.
Le patient peut se sentir incompris, jugé, poussé trop rapidement ou au contraire insuffisamment aidé.
Il peut commencer à se retirer, répondre de manière plus superficielle, manquer des séances ou envisager d’arrêter.
Le thérapeute peut lui aussi percevoir une modification de la relation.
Une rupture n’annonce pas automatiquement l’échec de la thérapie.
Elle peut parfois devenir un moment particulièrement important du travail lorsqu’elle est reconnue et examinée.
Que s’est-il passé ?
Qu’a compris le patient ?
Qu’avait voulu transmettre le thérapeute ?
Quel effet cela a-t-il produit ?
Il arrive qu’une personne puisse, pour la première fois, exprimer un désaccord dans une relation sans que celle-ci se termine immédiatement.
La réparation de l’alliance devient alors elle-même une expérience thérapeutique.
Reconnaître une erreur
Le thérapeute peut se tromper.
Il peut mal comprendre une phrase, tirer une conclusion trop rapidement ou faire une intervention qui produit un effet différent de celui attendu.
Reconnaître cette erreur ne détruit pas nécessairement son autorité professionnelle.
Au contraire, prétendre que toute réaction négative du patient prouve que l’intervention était juste peut devenir problématique.
Une relation thérapeutique suffisamment solide permet au professionnel de dire, lorsque cela est nécessaire :
« Je pense que j’ai mal compris. »
ou :
« Ce que j’ai dit ne vous a pas aidé comme je le pensais. Regardons ce qui s’est passé. »
La capacité à réparer compte parfois autant que la capacité à éviter toute maladresse.
Sympathie et compatibilité
Il n’est pas nécessaire de vouloir devenir l’ami de son thérapeute.
Une certaine compatibilité relationnelle reste néanmoins importante.
Une personne peut préférer un professionnel très structuré et direct. Une autre se sentira davantage en sécurité avec quelqu’un laissant plus de temps à l’exploration.
Certaines différences peuvent être travaillées.
D’autres rendent la collaboration inutilement difficile.
Changer de thérapeute ne signifie donc pas nécessairement que le premier professionnel était mauvais ou que le patient est incapable de suivre une thérapie.
Il peut simplement exister une inadéquation entre une personne, une méthode et un thérapeute particulier.
Les limites protègent la relation
L’alliance thérapeutique n’est pas renforcée par l’effacement des frontières professionnelles.
Au contraire, certaines limites la rendent possible.
Les règles concernant les rendez-vous, les contacts en dehors des séances, la confidentialité, les honoraires et la nature de la relation créent un cadre prévisible.
Un thérapeute ne devient pas un ami disponible à toute heure, un partenaire amoureux, un membre de la famille ou quelqu’un auquel le patient devrait rendre des services personnels.
Une relation psychothérapeutique comporte nécessairement une asymétrie : le patient vient pour travailler sur sa propre situation et le professionnel est rémunéré pour l’accompagner.
Cette asymétrie impose au thérapeute une responsabilité particulière concernant les frontières de la relation.
Dépendance et autonomie
Une personne peut naturellement s’attacher à son thérapeute.
Elle lui confie parfois des éléments extrêmement personnels et trouve dans la séance un espace de compréhension qu’elle rencontre rarement ailleurs.
Cet attachement n’est pas en lui-même anormal.
La difficulté apparaît lorsque la thérapie commence à organiser la vie autour d’une dépendance croissante au thérapeute.
L’objectif n’est pas que la personne devienne incapable de prendre une décision sans se demander ce que son thérapeute en penserait.
Une psychothérapie devrait progressivement augmenter les capacités de compréhension, de décision et d’action de la personne.
Le thérapeute peut être important sans devenir indispensable à chaque mouvement de sa vie.
Lorsque l’alliance ne fonctionne pas
Toutes les relations thérapeutiques ne peuvent pas être réparées.
Une personne peut constater qu’elle ne se sent jamais suffisamment en sécurité pour parler, que les objectifs ne sont pas partagés ou que la méthode ne lui convient pas.
Elle peut également rencontrer des comportements professionnels réellement problématiques : jugement répété, humiliations, transgression des limites, manipulation, promesses irréalistes ou absence persistante d’écoute.
Parler du problème avec le thérapeute peut parfois permettre de clarifier la situation.
Mais rester dans une relation thérapeutique qui ne convient pas n’est pas une obligation.
La psychothérapie n’est pas un test d’endurance.
L’alliance n’explique pas tout
Une bonne relation thérapeutique possède une importance majeure, mais elle ne rend pas toutes les méthodes interchangeables.
Un thérapeute extrêmement chaleureux utilisant une méthode inadaptée à la situation ne devient pas automatiquement efficace grâce à la qualité de la relation.
Inversement, appliquer mécaniquement une méthode reconnue sans construire de véritable collaboration peut limiter considérablement le travail.
La psychothérapie repose donc sur plusieurs éléments : la personne, sa situation, le thérapeute, la méthode, le cadre et la qualité de leur collaboration.
L’alliance relie une grande partie de ces éléments sans pouvoir les remplacer.
À retenir
L’alliance thérapeutique est la relation de travail construite entre le patient et le thérapeute autour d’objectifs, de méthodes et d’un cadre suffisamment partagés.
Elle repose sur la confiance, mais une confiance qui peut se construire progressivement. Elle permet le désaccord, le questionnement et parfois la confrontation sans transformer la thérapie en rapport de pouvoir.
Des ruptures peuvent survenir. Lorsqu’elles peuvent être reconnues et réparées, elles deviennent parfois une partie importante du travail.
Une bonne alliance ne demande ni obéissance au patient ni perfection au thérapeute.
La relation thérapeutique devient réellement utile lorsqu’elle offre suffisamment de sécurité pour parler librement, suffisamment de solidité pour supporter le désaccord et suffisamment de liberté pour que la personne n’ait, un jour, plus besoin d’elle.
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