LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychologie
ADOLESCENCE
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L’adolescence est une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Elle ne correspond pas seulement aux transformations physiques de la puberté : elle implique également des changements importants dans la manière de penser, de ressentir, de se percevoir et d’entrer en relation avec les autres.
C’est une période au cours de laquelle une question prend progressivement une place centrale :
« Qui suis-je, indépendamment de ceux qui m’ont élevé ? »
Pour y répondre, l’adolescent doit à la fois rester suffisamment relié à sa famille pour conserver une base de sécurité et prendre suffisamment de distance pour construire sa propre identité.
Cette contradiction apparente explique une partie des mouvements parfois déroutants de l’adolescence : demander de l’autonomie tout en ayant encore besoin d’être rassuré, rejeter momentanément les parents tout en ayant besoin de savoir qu’ils restent disponibles, vouloir être différent tout en cherchant fortement à appartenir à un groupe.
Une période de transformation
La puberté modifie rapidement le corps. L’adolescent doit s’adapter à une apparence nouvelle, à de nouvelles sensations, à la sexualisation progressive du corps et au regard que les autres portent désormais sur lui.
Ces transformations ne sont pas vécues de la même manière par tous.
Elles peuvent susciter de la fierté, de la curiosité, de la gêne, de l’inquiétude ou un sentiment d’étrangeté.
Le rythme compte également. Se développer plus tôt ou plus tard que les autres peut accentuer le sentiment d’être différent au moment même où l’appartenance au groupe devient particulièrement importante.
Un cerveau encore en développement
À l’adolescence, le cerveau poursuit sa maturation.
Les capacités de raisonnement deviennent de plus en plus élaborées. L’adolescent peut envisager plusieurs possibilités, discuter des règles, réfléchir à des concepts abstraits, questionner les valeurs familiales et développer ses propres opinions.
Mais les systèmes impliqués dans la planification, l’inhibition, l’anticipation des conséquences et la régulation continuent eux aussi à se développer.
Cela ne signifie pas que l’adolescent est incapable de raisonner.
Il peut parfois analyser parfaitement un risque dans une situation calme et prendre une décision très différente lorsque interviennent l’émotion, l’excitation, le groupe ou la possibilité d’une récompense immédiate.
Le besoin d’autonomie
L’enfant accepte généralement que de nombreuses décisions soient prises pour lui.
L’adolescent commence davantage à demander :
« Pourquoi ? »
Pourquoi cette règle ?
Pourquoi cette heure ?
Pourquoi dois-je faire cela ?
Pourquoi n’aurais-je pas le droit de décider ?
Ce questionnement peut être vécu par les adultes comme une contestation permanente de leur autorité. Pourtant, il participe aussi à la construction de l’autonomie.
Pour devenir capable de décider seul, il faut progressivement apprendre à examiner les règles, à argumenter, à faire des choix et à en assumer les conséquences.
L’objectif n’est donc pas de supprimer toute opposition.
Il est d’aider l’adolescent à passer progressivement de l’obéissance imposée à la responsabilité personnelle.
Les limites restent nécessaires
Autonomie ne signifie pas absence de cadre.
Un adolescent peut réclamer une liberté qu’il n’est pas encore toujours capable de gérer entièrement.
Le rôle des adultes évolue alors : il ne consiste plus seulement à imposer des règles, mais à expliquer, négocier lorsque cela est possible, maintenir certaines limites lorsque cela est nécessaire et élargir progressivement l’espace de liberté.
Une limite cohérente est plus facile à comprendre qu’une interdiction arbitraire.
Et une règle qui évolue avec l’âge reconnaît que l’adolescent grandit réellement.
L’identité
L’adolescence constitue une période majeure de construction identitaire.
L’adolescent explore :
ses goûts ; ses opinions ; ses valeurs ; son apparence ; ses relations ; ses projets ; ses appartenances ; ses croyances ; sa manière de se présenter aux autres.
Il peut essayer différentes façons d’être avant de trouver celles qui lui correspondent davantage.
Certaines contradictions sont donc normales.
Une opinion défendue avec passion aujourd’hui peut être abandonnée quelques mois plus tard.
Cela ne signifie pas nécessairement que l’adolescent « ne sait pas ce qu’il veut ».
Il expérimente.
Les parents cessent d’être l’unique référence
Pendant l’enfance, la famille constitue généralement le premier univers de référence.
À l’adolescence, les amis et les pairs prennent une importance considérable.
Leur avis peut influencer les vêtements, la musique, le langage, les activités, les comportements et parfois les valeurs.
Pour un parent, cette évolution peut être difficile à vivre. Celui qui était autrefois interrogé sur tout peut avoir soudain l’impression que son opinion compte moins que celle d’un camarade rencontré depuis quelques mois.
Mais le déplacement vers les pairs participe à la socialisation.
L’enjeu n’est pas d’empêcher leur influence, mais d’aider l’adolescent à développer progressivement suffisamment de sécurité intérieure pour appartenir à un groupe sans devoir systématiquement lui obéir.
Le groupe
À l’adolescence, être exclu peut être vécu avec une intensité considérable.
Le groupe apporte reconnaissance, identité, expériences communes et sentiment d’appartenance.
Il peut aussi exercer une pression.
Certaines prises de risque ne seraient probablement jamais envisagées seul mais deviennent possibles lorsqu’elles permettent de gagner une place, d’éviter le ridicule ou de prouver quelque chose devant les autres.
Apprendre à résister à la pression du groupe ne consiste donc pas seulement à savoir dire non.
Cela suppose aussi de pouvoir supporter momentanément le risque de ne pas être approuvé.
L’amitié
Les relations amicales deviennent souvent plus profondes.
On ne cherche plus seulement quelqu’un avec qui jouer ou partager une activité. On cherche aussi quelqu’un à qui parler, confier des secrets, demander conseil et auprès de qui se sentir compris.
Une rupture amicale peut donc provoquer une véritable souffrance.
La minimiser sous prétexte qu’« ils se réconcilieront demain » peut empêcher l’adolescent de se sentir entendu.
Pour lui, la perte est réelle au moment où il la vit.
Les premières relations amoureuses
Les premières expériences amoureuses participent elles aussi à la découverte de soi.
Elles peuvent apporter enthousiasme, désir, sentiment d’être choisi, mais également jalousie, rejet, humiliation ou chagrin.
Un adulte qui possède plusieurs décennies d’expérience sait qu’une première rupture ne signifie pas la fin de la vie affective.
L’adolescent, lui, n’a pas encore cette expérience derrière lui.
Lui expliquer que « ce n’est rien » ne réduit donc pas nécessairement sa douleur.
Accompagner consiste davantage à reconnaître ce qu’il ressent tout en l’aidant progressivement à replacer l’événement dans une perspective plus large.
Les émotions
Les émotions peuvent être particulièrement intenses pendant cette période.
Cela ne signifie pas que toute réaction adolescente doit être attribuée aux hormones.
Cette formule commode risque de faire disparaître ce que l’adolescent essaie réellement d’exprimer.
Une colère peut cacher une humiliation.
Un silence peut correspondre à une peur.
Une irritabilité peut accompagner une fatigue importante.
Un refus peut être une tentative d’affirmation.
Une réaction disproportionnée en apparence peut avoir un contexte que l’adulte ignore.
Avant de conclure que l’adolescent « fait une crise », il est souvent utile de chercher ce qui s’est passé avant.
Le besoin d’intimité
La porte de la chambre qui se ferme possède parfois une valeur symbolique.
L’adolescent commence à construire un espace qui lui appartient : son corps, ses pensées, ses conversations, ses relations, ses secrets.
Respecter cette intimité ne signifie pas que les parents doivent renoncer à toute vigilance.
Il s’agit plutôt de reconnaître que grandir implique progressivement le droit de ne plus tout raconter.
La difficulté consiste à maintenir simultanément deux principes :
respecter l’intimité et rester disponible.
Les conflits avec les parents
Ils sont fréquents mais ne sont pas obligatoirement le signe d’une mauvaise relation.
Les conflits portent souvent sur des sujets très concrets : horaires, téléphone, sorties, vêtements, rangement, école, fréquentations, tâches domestiques.
Derrière ces petits sujets se joue parfois une question beaucoup plus grande :
Qui décide désormais de ma vie ?
Le parent doit progressivement abandonner une partie du contrôle sans abandonner sa responsabilité.
L’adolescent doit progressivement gagner de l’autonomie sans pouvoir encore réclamer tous les droits de l’adulte en refusant toutes les responsabilités qui les accompagnent.
C’est précisément ce rééquilibrage qui produit des frictions.
Les écrans et les réseaux sociaux
Ils occupent aujourd’hui une place importante dans la vie relationnelle des adolescents.
Pour eux, le numérique n’est pas nécessairement séparé de la « vraie vie ». Une conversation en ligne, une exclusion d’un groupe, une photographie publiée ou un commentaire humiliant peuvent avoir des conséquences très réelles.
Les réseaux sociaux amplifient également la comparaison.
L’adolescent est exposé à des corps, des réussites, des relations et des modes de vie sélectionnés pour être montrés.
Il peut alors comparer sa vie entière aux meilleurs moments publiés par les autres.
L’éducation au numérique est donc plus utile qu’une simple opposition entre écrans « mauvais » et monde réel « bon ».
L’image corporelle
À une période où le corps change rapidement, le regard extérieur peut prendre une importance considérable.
Comparaison, commentaires des camarades, réseaux sociaux, normes esthétiques et premières expériences affectives peuvent influencer l’image que l’adolescent construit de son propre corps.
Les remarques familiales apparemment anodines sur le poids, la taille, la peau ou l’apparence peuvent également laisser une trace.
Le corps adolescent n’a pas besoin d’être évalué en permanence.
Il a besoin d’être progressivement habité et accepté comme sien.
L’école
Les performances scolaires prennent parfois une dimension identitaire.
Une mauvaise note peut être interprétée non comme :
« Je n’ai pas réussi cette épreuve »
mais comme :
« Je suis nul. »
À l’inverse, un adolescent habitué à réussir peut développer une peur importante de l’échec lorsque sa valeur personnelle devient trop étroitement liée à ses résultats.
L’enjeu consiste à séparer progressivement la performance de la valeur de la personne.
Prendre des risques
L’exploration et la recherche de nouveauté font partie de cette période.
Toutes les prises de risque ne sont pas nécessairement pathologiques.
Essayer une nouvelle activité, voyager, prendre la parole, tomber amoureux, défendre une opinion ou s’éloigner progressivement de sa famille impliquent eux aussi une forme de risque.
Le problème apparaît lorsque la recherche de sensations ou la pression sociale entraîne une mise en danger importante.
L’éducation au risque ne consiste donc pas uniquement à dire :
« Ne fais pas ça. »
Elle consiste aussi à apprendre à évaluer :
Qu’est-ce que je risque ? Qu’est-ce que j’y gagne ? Est-ce que je pourrais revenir sur ma décision ? Est-ce moi qui choisis ou est-ce que je cherche à prouver quelque chose ?
L’adolescent et l’erreur
Grandir suppose d’essayer.
Et essayer implique parfois de se tromper.
Si chaque erreur entraîne humiliation, catastrophe ou retrait immédiat de toute autonomie, l’adolescent apprend surtout à cacher ses erreurs.
Un cadre éducatif peut maintenir des conséquences tout en laissant une possibilité de réparation.
La responsabilité ne signifie pas :
« Tu t’es trompé, donc tu es incapable. »
Elle signifie davantage :
« Tu as fait un choix. Regardons ses conséquences et ce que tu peux faire maintenant. »
Quand un changement mérite davantage d’attention
Tous les adolescents connaissent des variations d’humeur, des conflits, des périodes de retrait ou des changements de comportement.
Ce qui doit attirer davantage l’attention est souvent la rupture avec le fonctionnement habituel, notamment lorsqu’elle devient importante, durable ou s’accompagne d’une souffrance manifeste.
Par exemple : isolement marqué, perte d’intérêt généralisée, chute importante du fonctionnement scolaire, troubles alimentaires, consommation problématique, comportements dangereux, anxiété envahissante, violence inhabituelle, désespoir ou propos évoquant la mort.
Dans ces situations, chercher une aide professionnelle ne signifie pas dramatiser.
Cela permet de comprendre ce qui se passe avant de décider ce dont l’adolescent a besoin.
Parler avec un adolescent
Une conversation ne commence pas toujours au moment où l’adulte l’a décidé.
L’adolescent peut répondre « rien » à une question posée à 18 heures et commencer spontanément à parler à 23 heures.
L’écoute demande parfois d’accepter que le bon moment pour parler soit celui où il est prêt à parler.
Il est également possible d’écouter avant de proposer immédiatement une solution.
Une question simple peut changer la conversation :
« Tu veux que je t’aide à chercher une solution ou tu veux simplement que je t’écoute ? »
Elle reconnaît progressivement à l’adolescent la capacité de participer à la manière dont il souhaite être aidé.
Grandir sans rompre
L’objectif de l’adolescence n’est pas de rompre avec l’enfance, les parents ou la famille.
Il est de transformer les liens.
L’enfant dépendant devient progressivement une personne capable de penser, décider, aimer, se tromper, apprendre et construire sa propre existence.
Pour les parents, cette transformation demande elle aussi une adaptation.
Il faut parfois apprendre à être présent autrement : moins en dirigeant chaque mouvement, davantage en constituant un point d’appui auquel le jeune peut revenir.
L’adolescence n’est donc pas seulement la transformation d’un enfant.
Elle transforme également la relation entre l’enfant et ceux qui l’accompagnent.
Et lorsque cette transformation réussit, l’autonomie n’efface pas le lien.
Elle lui donne une nouvelle forme.
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