LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
THÉRAPIES CRÉATIVES ET MÉDIATISÉES
120 sections thématiques
Les thérapies créatives et médiatisées regroupent les approches psychothérapeutiques dans lesquelles un médium vient s’insérer entre la personne et l’expression directe par la parole.
Ce médium peut être :
le dessin ;
la peinture ;
la musique ;
l’écriture ;
la photographie ;
le théâtre ;
le mouvement ;
la danse ;
le jeu ;
la sculpture ;
le collage ;
les marionnettes ;
les objets ;
le textile ;
l’argile ;
la vidéo ;
ou d’autres formes de création.
Plusieurs de ces approches ont déjà été étudiées séparément dans cette partie consacrée à la psychothérapie.
Ce chapitre ne cherche donc pas à refaire l’art-thérapie, la musicothérapie, la dramathérapie ou l’écriture thérapeutique.
Il s’agit plutôt de comprendre ce qu’est une médiation thérapeutique, pourquoi elle peut être utile, ce qu’elle permet parfois lorsque la parole seule ne suffit pas et quelles limites doivent être respectées.
La première distinction est essentielle :
créer peut faire du bien sans constituer une psychothérapie.
Peindre chez soi.
Écrire un journal.
Chanter.
Danser.
Faire de la poterie.
Photographier.
Toutes ces activités peuvent apporter :
plaisir ;
détente ;
expression ;
concentration ;
sentiment de compétence.
Elles n’ont pas besoin d’être appelées « thérapie » pour avoir de la valeur.
La médiation devient thérapeutique lorsqu’elle est intégrée à un processus thérapeutique structuré.
Qu’est-ce qu’une médiation ?
Une médiation est quelque chose qui sert d’intermédiaire.
Dans une psychothérapie exclusivement verbale, l’échange passe principalement par :
parole ;
silence ;
relation.
Dans une thérapie médiatisée, un troisième élément apparaît.
La personne peut parler :
à partir d’une image ;
autour d’un dessin ;
à travers un personnage ;
en utilisant une musique ;
en manipulant une matière ;
en créant une scène.
Le médium devient un support de rencontre.
Un troisième espace
Imaginons une personne qui éprouve beaucoup de difficulté à répondre à :
« Comment vous sentez-vous ? »
Elle répond :
« Je ne sais pas. »
Le thérapeute peut proposer plusieurs images et demander :
« Laquelle ressemble le plus à votre journée ? »
La personne en choisit une.
Elle commence alors à parler de l’image.
Puis, progressivement, d’elle-même.
Le médium a créé un détour.
Le détour peut faciliter l’expression
Parler directement de soi peut parfois être difficile.
Créer permet de dire :
« Ce personnage est coincé. »
plutôt que :
« Je me sens coincé. »
Cette distance peut rendre l’expression plus tolérable.
La médiation ne sert pas uniquement aux personnes qui ne savent pas parler
Elle peut également être utilisée avec des adultes très à l’aise verbalement.
Une personne peut être capable d’expliquer parfaitement son problème depuis des années.
Elle possède peut-être même une excellente compréhension intellectuelle.
Mais expliquer n’est pas nécessairement expérimenter.
Changer de médium peut ouvrir une autre manière d’approcher la situation.
Lorsque les mots tournent en rond
Certaines personnes arrivent en thérapie avec un récit parfaitement construit.
Elles savent :
pourquoi elles souffrent ;
d’où vient le problème ;
quels mécanismes sont impliqués.
Pourtant, rien ne change.
Une médiation peut parfois interrompre cette répétition verbale.
Non parce que la parole serait mauvaise.
Mais parce qu’un autre canal permet une expérience différente.
Créer n’est pas nécessairement faire de l’art
Dans une thérapie médiatisée, l’objectif n’est généralement pas de produire une œuvre réussie.
Le dessin peut être maladroit.
La chanson peut être fausse.
Le texte peut contenir des fautes.
La sculpture peut être informe.
Cela n’empêche pas le travail thérapeutique.
« Je ne sais pas dessiner »
Cette phrase revient souvent.
Le thérapeute peut répondre :
« Vous n’avez pas besoin de savoir dessiner. »
Un cercle peut suffire.
Une couleur.
Une ligne.
Une forme.
Le but n’est pas l’exposition au musée.
Le résultat et le processus
Dans certaines médiations, ce qui importe le plus n’est pas l’objet final mais ce qui se passe pendant sa création.
La personne :
hésite ;
efface ;
recommence ;
contrôle ;
abandonne ;
ose ;
déchire ;
transforme.
Ces moments peuvent devenir thérapeutiquement intéressants.
Exemple du perfectionnisme
Une personne passe vingt minutes à essayer de tracer une ligne parfaitement droite.
Elle se met en colère lorsqu’elle dépasse.
Le thérapeute n’a pas besoin d’interpréter :
« Cette ligne représente votre relation avec votre père. »
Il peut simplement remarquer :
« J’ai vu à quel point cette petite erreur vous a contrariée. »
La situation présente suffit déjà à ouvrir un travail sur le perfectionnisme.
Une expérience miniature
La création peut parfois devenir une sorte de laboratoire.
La personne peut expérimenter :
faire autrement ;
laisser une erreur ;
prendre davantage de place ;
changer de couleur ;
demander de l’aide ;
détruire quelque chose ;
recommencer.
Le support créatif permet d’essayer sans que l’enjeu soit immédiatement celui de la vie réelle.
Mais le transfert reste nécessaire
Réussir à laisser une imperfection sur une peinture ne signifie pas automatiquement que la personne acceptera ses imperfections au travail.
Le thérapeute peut demander :
« Qu’est-ce que cette expérience pourrait vous apprendre ailleurs ? »
La médiation devient intéressante lorsqu’elle rejoint progressivement la vie.
Le dessin
Le dessin peut permettre de représenter :
relation ;
émotion ;
espace ;
souvenir ;
conflit ;
objectif.
Il peut être particulièrement utile lorsque la verbalisation est difficile.
Mais, comme nous l’avons vu au chapitre consacré au dessin :
il n’existe pas de dictionnaire universel permettant de diagnostiquer une personne à partir de son dessin.
Le dessin de la maison
Une maison sans fenêtres ne prouve pas :
isolement ;
secret familial ;
traumatisme.
Un arbre sans racines ne prouve pas :
absence de stabilité.
Ces interprétations peuvent être séduisantes.
Elles ne doivent pas être présentées comme des certitudes.
Demander plutôt que décoder
Une approche plus respectueuse consiste à demander :
« Parlez-moi de cette maison. »
La personne pourrait répondre :
« Je n’ai pas dessiné les fenêtres parce que je ne sais jamais les faire. »
Cette réponse suffit à montrer le danger des interprétations automatiques.
La peinture
La peinture ajoute :
couleur ;
matière ;
geste ;
surface.
Elle peut permettre une expression plus libre ou sensorielle.
Mais les couleurs ne possèdent pas une signification psychologique universelle.
Rouge ne signifie pas automatiquement colère.
Noir ne signifie pas automatiquement dépression.
Le collage
Le collage constitue une médiation particulièrement accessible.
La personne peut choisir parmi :
images ;
mots ;
textures ;
photographies ;
fragments.
Elle n’a pas besoin de créer chaque élément elle-même.
Pourquoi le collage peut faciliter la création
Face à une feuille blanche, certaines personnes se sentent bloquées.
Devant une série d’images, elles peuvent simplement choisir :
« Celle-ci me parle. »
Puis une autre.
La composition apparaît progressivement.
Le choix est déjà une action
Choisir une image et en écarter une autre peut permettre de travailler :
préférence ;
identité ;
valeurs ;
projection dans l’avenir.
Mais là encore, le thérapeute doit demander ce que le choix signifie pour la personne.
L’argile
L’argile offre une expérience très différente du dessin.
Elle peut être :
pressée ;
modelée ;
aplatie ;
assemblée ;
détruite ;
reconstruite.
La dimension tactile peut être importante.
La matière résiste
Une matière possède ses propres contraintes.
L’argile ne fait pas toujours exactement ce que la personne souhaite.
Cette résistance peut produire :
frustration ;
adaptation ;
créativité.
Le thérapeute peut observer ce qui se passe sans transformer chaque geste en symbole.
Le textile
Fil.
Tissu.
Laine.
Broderie.
Tissage.
Ces médiations sont moins souvent évoquées dans les présentations générales de l’art-thérapie, mais elles peuvent offrir un support intéressant.
Certaines activités répétitives peuvent favoriser :
concentration ;
rythme ;
apaisement.
Elles peuvent également porter une forte dimension :
familiale ;
culturelle ;
biographique.
Les objets
Un objet peut devenir support thérapeutique.
La personne peut choisir un objet pour représenter :
elle-même ;
un proche ;
une situation ;
une difficulté.
Elle peut ensuite organiser les objets dans l’espace.
La distance devient visible
Deux objets très éloignés peuvent représenter une relation.
Un troisième peut être placé entre eux.
La personne peut déplacer les éléments.
Cette représentation spatiale permet parfois de voir autrement une situation décrite verbalement.
Mais la disposition ne parle pas seule
Le thérapeute ne doit pas conclure :
« Vous avez placé votre mère derrière vous, donc vous voulez l’abandonner. »
Il peut demander :
« Qu’est-ce que cette position représente pour vous ? »
Les figurines
Les figurines sont particulièrement utilisées avec les enfants mais peuvent également l’être avec les adultes.
Elles permettent de :
mettre en scène ;
déplacer ;
rejouer ;
imaginer.
La personne peut représenter une situation sans devoir immédiatement la raconter à la première personne.
Les marionnettes
Une marionnette peut :
parler ;
se taire ;
se cacher ;
se mettre en colère.
Pour un enfant, elle peut devenir un moyen d’expression.
La marionnette ne témoigne pas
Si un enfant fait dire à une marionnette :
« Le monsieur m’a frappé »,
cette production doit être prise au sérieux dans son contexte.
Mais le thérapeute doit éviter les interrogatoires suggestifs et ne pas traiter automatiquement le jeu comme une reconstitution factuelle.
Les enjeux de protection de l’enfant exigent un cadre professionnel adapté.
Le jeu
Le jeu constitue l’une des grandes médiations de l’enfance.
Il peut permettre :
expression ;
exploration ;
relation ;
apprentissage ;
répétition ;
transformation.
Mais il ne faut pas chercher une signification cachée derrière chaque scénario.
Un enfant qui fait s’écraser deux voitures peut simplement aimer les collisions imaginaires.
L’écriture
L’écriture permet de donner une forme à une expérience.
Journal.
Lettre.
Dialogue.
Poème.
Récit.
Liste.
Histoire fictive.
La forme peut varier selon l’objectif.
Écrire à quelqu’un sans envoyer la lettre
Une personne peut écrire une lettre à :
parent ;
ancien partenaire ;
personne décédée ;
elle-même.
La lettre peut permettre d’exprimer ce qui n’a jamais été dit.
Mais elle n’a pas nécessairement vocation à être envoyée.
L’objectif thérapeutique peut être l’écriture elle-même.
Écrire autrement son histoire
Une personne peut raconter le même événement depuis plusieurs perspectives.
Elle peut écrire :
ce qu’elle pensait à l’époque ;
ce qu’elle comprend aujourd’hui ;
ce qu’elle aurait voulu dire.
Cela ne modifie pas le passé.
Cela peut modifier la relation qu’elle entretient avec son récit.
L’écriture ne garantit pas le soulagement
Pour certaines personnes, écrire aide.
Pour d’autres, cela augmente :
rumination ;
activation émotionnelle ;
obsession.
Une technique n’est pas universelle.
La musique
La musique peut être utilisée de manière :
réceptive ;
active.
Écouter.
Jouer.
Improviser.
Chanter.
Composer.
Créer une playlist.
Elle peut favoriser l’expression émotionnelle et autobiographique.
« Cette chanson, c’était ma vie »
La musique possède une capacité remarquable à être associée à certaines périodes.
Une chanson peut rappeler :
adolescence ;
relation ;
voyage ;
deuil.
Elle peut ouvrir un récit.
Mais l’émotion déclenchée ne garantit pas l’exactitude de chaque souvenir.
La voix
Utiliser sa voix peut être particulièrement chargé émotionnellement.
Certaines personnes n’osent pas :
chanter ;
parler fort ;
produire certains sons.
Une médiation vocale peut explorer cette expérience.
Mais le thérapeute ne doit pas imposer :
crier ;
chanter ;
vocaliser
au nom de la « libération ».
La danse et le mouvement
Le mouvement permet de travailler sans dépendre uniquement des mots.
Il peut explorer :
espace ;
distance ;
rythme ;
limites ;
relation ;
impulsion.
Mais il ne faut pas transformer le mouvement en test psychologique.
Le théâtre
Le théâtre permet d’utiliser :
rôle ;
personnage ;
dialogue ;
improvisation ;
mise en scène.
La personne peut essayer une autre manière d’agir dans un cadre fictif.
Jouer quelqu’un d’autre
Une personne très inhibée peut jouer un personnage extrêmement sûr de lui.
Pendant quelques minutes, elle expérimente :
posture ;
voix ;
mouvement ;
paroles
qu’elle n’utiliserait pas habituellement.
Cette expérience peut ensuite être examinée.
Fiction et vérité
Une scène fictive peut exprimer quelque chose d’important sans constituer un récit autobiographique.
C’est précisément l’une des forces de la fiction.
Elle permet de parler de soi sans être obligé de raconter littéralement sa vie.
Le psychodrame
Le psychodrame utilise également la scène et l’action, mais possède une méthode spécifique étudiée au chapitre 42.
Toutes les interventions théâtrales ne sont donc pas du psychodrame.
La photographie
La photographie peut servir à explorer :
identité ;
mémoire ;
corps ;
relations ;
environnement ;
regard sur soi.
La personne peut utiliser :
anciennes photos ;
autoportraits ;
images prises spécialement ;
photographies trouvées.
La photographie semble objective
Une photographie donne facilement l’impression :
« Voilà ce qui était réellement là. »
Elle constitue effectivement une trace visuelle d’un instant.
Mais elle dépend également :
du cadrage ;
du moment ;
du photographe ;
de ce qui reste hors champ.
Elle ne contient pas toute l’histoire.
L’autoportrait
Se photographier peut permettre d’explorer :
image de soi ;
identité ;
regard des autres ;
vieillissement ;
transformation corporelle.
Mais le travail doit rester particulièrement prudent lorsqu’existent :
troubles de l’image corporelle ;
comparaison ;
perfectionnisme.
La vidéo
La vidéo ajoute :
mouvement ;
voix ;
temps ;
montage.
Elle peut être utilisée pour :
jouer une scène ;
se raconter ;
observer une interaction ;
créer une fiction.
Elle fera l’objet du chapitre suivant avec le cinéma.
Les images numériques
Aujourd’hui, les créations peuvent être réalisées sur :
tablette ;
ordinateur ;
smartphone.
Dessin numérique.
Photomontage.
Vidéo.
Musique électronique.
Animation.
La médiation créative n’est pas limitée au papier et aux pinceaux.
Intelligence artificielle générative
L’intelligence artificielle permet désormais de produire rapidement :
images ;
textes ;
musiques ;
voix ;
vidéos.
Elle ouvre de nouvelles possibilités de médiation.
Une personne peut par exemple décrire une image impossible à dessiner elle-même et la faire générer.
Qui crée ?
Cette question devient alors intéressante.
La personne formule :
idée ;
choix ;
corrections ;
intention.
Le système produit une partie de la forme.
La création devient collaborative entre utilisateur et outil.
Une nouvelle médiation
L’intérêt thérapeutique ne dépend pas nécessairement du fait d’avoir dessiné chaque pixel.
La personne peut travailler sur :
ce qu’elle demande ;
ce qu’elle rejette ;
ce qu’elle modifie ;
ce qu’elle choisit.
Mais l’IA peut aussi surprendre
Une image générée peut produire un élément inattendu ou dérangeant.
Le thérapeute ne doit pas interpréter cet élément comme provenant de l’inconscient du patient.
Il peut simplement provenir du fonctionnement du modèle.
Une erreur de l’algorithme n’est pas un symbole psychique
Si une IA génère une personne avec six doigts, cela ne révèle rien sur la représentation corporelle du patient.
Cette évidence devient importante dès que les technologies entrent dans les médiations thérapeutiques.
Création individuelle ou collective
Les médiations peuvent être pratiquées :
individuellement ;
en groupe.
Le groupe ajoute une dimension sociale.
Les participants peuvent :
créer ensemble ;
observer ;
partager ;
réagir.
Créer devant les autres
Pour certaines personnes, cela peut être difficile.
Elles craignent :
jugement ;
comparaison ;
ridicule.
Le groupe peut alors devenir un espace où expérimenter progressivement le fait d’être vu sans devoir produire quelque chose de parfait.
Mais le groupe peut aussi renforcer la comparaison
« Son dessin est beaucoup plus beau que le mien. »
Le thérapeute doit rappeler que la valeur esthétique n’est pas l’objectif.
Œuvre collective
Créer quelque chose ensemble peut faire apparaître des questions de :
place ;
coopération ;
contrôle ;
négociation ;
limites.
Qui décide ?
Qui prend tout l’espace ?
Qui n’ose rien ajouter ?
Ces observations peuvent devenir du matériel thérapeutique.
Sans transformer chaque comportement en diagnostic
Une personne qui prend beaucoup d’espace sur une fresque collective n’est pas nécessairement narcissique.
Elle peut simplement être enthousiaste.
Une observation doit ouvrir une exploration, pas fermer une conclusion.
Les enfants
Les médiations sont particulièrement importantes avec les enfants parce que leur capacité à verbaliser certaines expériences est encore en développement.
Ils peuvent s’exprimer plus naturellement par :
jeu ;
dessin ;
mouvement ;
histoires.
L’enfant ne doit pas être interrogé à travers sa création
Le thérapeute doit éviter :
« Ce personnage méchant, c’est ton père, n’est-ce pas ? »
La question contient déjà la réponse.
Une formulation ouverte serait :
« Qui est ce personnage ? »
Adolescents
Les adolescents peuvent parfois rejeter des médiations qu’ils perçoivent comme infantiles.
D’autres les apprécient beaucoup.
Musique.
Photo.
Vidéo.
Écriture.
Création numérique.
Le choix doit tenir compte de leurs intérêts réels.
Adultes
Chez l’adulte, la principale barrière peut être :
« C’est pour les enfants. »
Pourtant, les adultes utilisent continuellement des formes symboliques et créatives :
films ;
romans ;
musique ;
photographie ;
décoration ;
écriture.
La créativité ne disparaît pas à dix-huit ans.
Personnes âgées
Les médiations peuvent soutenir :
expression ;
mémoire autobiographique ;
interaction ;
plaisir ;
sentiment de continuité.
Une chanson ancienne ou une photographie peut ouvrir un récit qu’une question directe n’aurait pas fait émerger.
Troubles neurocognitifs
Lorsque les capacités verbales diminuent, certaines médiations peuvent conserver un intérêt.
Musique.
Images.
Objets.
Mouvement.
Mais l’intervention doit être adaptée aux capacités réelles de la personne.
Handicap
Les médiums doivent pouvoir être adaptés.
Une personne ne pouvant pas tenir un pinceau peut :
utiliser un outil différent ;
choisir des images ;
dicter un texte ;
créer numériquement.
L’objectif n’est pas de tester une capacité motrice qui n’a rien à voir avec le but thérapeutique.
Psychose
Les médiations peuvent être utilisées avec certaines personnes présentant des troubles psychotiques.
Elles peuvent offrir :
structure ;
expression ;
relation ;
activité.
Mais le thérapeute doit être prudent avec les interprétations symboliques.
Ne pas confirmer une croyance délirante
Si une personne affirme :
« Cette peinture prouve que des forces extraterrestres me parlent »,
le thérapeute peut explorer :
ce que cette expérience représente ;
l’émotion ;
la peur ;
le sens pour la personne,
sans devoir confirmer la réalité de la communication extraterrestre.
Dépression
Créer peut être difficile lorsqu’une personne déprimée manque :
énergie ;
motivation ;
plaisir.
Des tâches très simples peuvent parfois faciliter une remise en mouvement.
Mais dire :
« Faites de l’art, cela vous guérira »
serait évidemment insuffisant.
Anxiété
Les activités créatives peuvent parfois favoriser :
attention ;
concentration ;
absorption ;
détente.
Mais elles peuvent aussi devenir source d’anxiété chez une personne perfectionniste.
Le même médium peut donc avoir des effets très différents.
Traumatisme
Les médiations créatives sont fréquemment utilisées dans le travail du traumatisme.
Elles peuvent permettre :
distance ;
symbolisation ;
expression indirecte ;
sentiment de contrôle.
Mais elles nécessitent plusieurs précautions.
Il n’est pas nécessaire de représenter le traumatisme
Une personne n’a pas besoin de :
dessiner l’agression ;
peindre l’accident ;
jouer la scène
pour travailler thérapeutiquement.
Forcer une représentation peut être inutilement déstabilisant.
Le rythme appartient à la personne
Elle peut commencer par :
une couleur ;
un objet ;
un symbole ;
une histoire fictive
sans raconter immédiatement l’événement.
Une œuvre n’est pas une mémoire exacte
Un dessin représentant un événement ancien ne constitue pas une preuve historique.
Comme tout récit autobiographique, il est produit dans le présent à partir de :
souvenirs ;
émotions ;
interprétations ;
imagination.
La création peut transformer
Une personne peut reprendre une image et :
ajouter ;
retirer ;
déchirer ;
recouvrir ;
recomposer.
Cette transformation peut symboliser un changement dans la manière d’aborder l’expérience.
Mais elle ne modifie pas ce qui s’est réellement produit.
Le symbole appartient d’abord à son auteur
Une personne dessine un pont.
Le thérapeute pense :
« transition ».
Mais la personne explique :
« J’adore les ponts depuis mon enfance. »
Le sens thérapeutique doit partir de son expérience.
Les symboles culturels
Certains symboles possèdent des significations culturelles partagées.
Mais même dans ce cas, le sens individuel peut différer.
La culture doit enrichir l’interprétation, pas l’automatiser.
La création et l’inconscient
Certaines traditions considèrent que la création permet l’expression de contenus inconscients.
Cette hypothèse peut faire partie d’un cadre thérapeutique.
Elle ne justifie pas pour autant de traiter chaque détail comme une révélation cachée.
Le thérapeute peut se tromper
Une interprétation doit rester une hypothèse susceptible d’être :
discutée ;
corrigée ;
refusée.
Le thérapeute ne possède pas le sens secret de l’œuvre.
Conserver ou détruire
Une question particulière se pose avec les productions créées en thérapie.
Qui les possède ?
La personne peut-elle les emporter ?
Le thérapeute les conserve-t-il ?
Pendant combien de temps ?
Peuvent-elles être photographiées ?
Ces règles doivent être claires.
Une création peut être très intime
Un dessin peut révéler autant d’informations personnelles qu’une page de dossier psychologique.
Il doit être protégé en conséquence.
Exposer les œuvres
Certaines institutions organisent des expositions.
Cela peut être valorisant.
Mais l’accord doit être véritablement libre.
Une personne ne doit pas se sentir obligée de montrer publiquement une production créée dans un espace thérapeutique.
Anonymat
Même sans nom, une œuvre peut parfois être reconnue.
La confidentialité doit donc être pensée au-delà de la simple suppression de l’identité écrite.
Création numérique et stockage
Lorsque les œuvres sont numériques, de nouvelles questions apparaissent :
cloud ;
plateforme ;
compte personnel ;
partage ;
métadonnées.
La protection des données concerne également les créations.
Droit d’auteur
Une production créée par la personne reste également une création dont l’utilisation ne peut pas être décidée librement par le thérapeute.
Le cadre thérapeutique ne donne pas un droit automatique de publication.
La destruction peut être thérapeutique
Certaines personnes souhaitent déchirer ou détruire une création.
Ce geste peut avoir une signification importante.
Mais le thérapeute ne doit pas en faire une obligation rituelle.
La création peut rester inachevée
Une œuvre n’a pas besoin d’être terminée.
L’inachevé peut simplement rester inachevé.
Il n’est pas toujours nécessaire de trouver une clôture symbolique parfaite.
L’esthétique
Une production peut être très belle.
Cela ne signifie pas qu’elle témoigne d’une meilleure santé psychologique.
Une production chaotique n’indique pas nécessairement une souffrance plus importante.
La qualité artistique et la valeur thérapeutique sont deux choses différentes.
Le talent peut même compliquer le travail
Une personne très compétente artistiquement peut chercher à produire quelque chose de remarquable.
Elle reste alors dans :
maîtrise ;
technique ;
performance.
Le thérapeute peut éventuellement l’aider à expérimenter une création moins contrôlée.
Mais il n’est pas nécessaire de détruire sa compétence pour faire de la thérapie.
« Faites avec votre mauvaise main »
Ce type d’exercice est parfois proposé pour diminuer le contrôle.
Il peut être intéressant.
Mais il n’a rien de magique.
Utiliser la main non dominante ne donne pas automatiquement accès à l’inconscient.
Spontanéité
La spontanéité peut être utile.
Mais une création longuement réfléchie peut également avoir une grande valeur.
Il n’existe pas une seule manière authentique de créer.
Le silence
Certaines séances médiatisées contiennent peu de paroles.
La personne crée.
Le thérapeute reste présent.
Ce silence peut être très différent d’une absence de travail.
Après la création
Le thérapeute peut proposer :
« Voulez-vous en parler ? »
La personne peut répondre :
« Non. »
Ce refus peut être respecté.
Toutes les créations n’ont pas besoin d’être immédiatement traduites en mots.
L’expérience peut précéder la compréhension
Une personne peut comprendre plusieurs jours plus tard ce que la séance a provoqué.
La psychothérapie n’exige pas toujours une explication immédiate.
Mais le silence ne doit pas devenir une absence de cadre
Une activité artistique laissée entièrement seule sans objectif ni accompagnement peut être agréable.
Elle n’est pas nécessairement thérapeutique au sens psychothérapeutique.
Le rôle du thérapeute
Le thérapeute doit savoir pourquoi il propose une médiation.
Pas simplement :
« On va faire un dessin parce que c’est sympa. »
Il doit pouvoir relier l’activité à :
objectif ;
processus ;
besoin de la personne.
La compétence avec le médium
Selon la méthode, une formation spécifique peut être nécessaire.
Être psychologue ne transforme pas automatiquement quelqu’un en :
musicothérapeute ;
art-thérapeute ;
dramathérapeute.
Les disciplines possèdent leurs propres compétences.
La compétence clinique
Inversement, être :
artiste ;
musicien ;
comédien ;
photographe
ne suffit pas pour pratiquer une psychothérapie.
Créer et accompagner psychothérapeutiquement sont deux métiers différents.
Les frontières professionnelles
Certaines pratiques de médiation sont utilisées :
en psychothérapie ;
en éducation ;
en animation ;
en rééducation ;
dans le travail social ;
dans le bien-être.
Le même outil peut servir des objectifs différents.
Un atelier artistique peut être excellent sans être thérapeutique
Il n’y a aucune raison de transformer toutes les activités bénéfiques en thérapie.
Un atelier peut apporter :
plaisir ;
socialisation ;
créativité ;
confiance
sans prétendre traiter un trouble psychologique.
Les preuves scientifiques
La recherche sur les thérapies créatives est très hétérogène.
Certaines disciplines, comme la musicothérapie ou certaines formes d’art-thérapie, disposent d’un corpus de recherche croissant.
Mais les résultats varient selon :
population ;
objectif ;
méthode ;
formation du praticien ;
comparateur utilisé.
Une difficulté méthodologique
Une intervention peut associer :
création ;
relation thérapeutique ;
groupe ;
expression ;
activité ;
nouveauté.
Il est parfois difficile de déterminer quel élément contribue au changement.
La diversité complique les comparaisons
Une séance de peinture thérapeutique auprès d’enfants hospitalisés et un groupe de dramathérapie pour adultes ne sont pas la même intervention.
Les regrouper sous l’étiquette « thérapie créative » peut masquer des différences considérables.
Ne pas utiliser la créativité comme preuve
Une méthode peut être :
originale ;
émouvante ;
spectaculaire
sans être nécessairement efficace.
L’innovation esthétique ne remplace pas l’évaluation.
L’expérience subjective reste importante
Une personne peut néanmoins dire :
« Je n’avais jamais réussi à parler de cela. Avec cette image, j’ai pu le faire. »
Cette expérience a une valeur clinique réelle pour elle.
Il n’est pas nécessaire de choisir entre :
expérience vécue ;
rigueur scientifique.
Les deux peuvent être considérées à leur niveau.
La créativité comme capacité humaine
Les thérapies créatives reposent finalement sur quelque chose de très ordinaire et très profond :
l’être humain transforme continuellement son expérience en :
récits ;
images ;
gestes ;
musiques ;
objets ;
symboles.
La psychothérapie peut utiliser cette capacité.
Créer, c’est choisir
Choisir :
une couleur ;
un mot ;
une image ;
une place ;
un son.
Chaque choix n’est pas nécessairement révélateur d’un secret psychique.
Mais l’acte de choisir peut être important pour une personne qui a longtemps eu le sentiment de ne rien pouvoir décider.
Créer, c’est modifier
Une feuille peut être changée.
Une scène rejouée.
Un texte réécrit.
Une sculpture remodelée.
Le passé réel ne change pas.
Mais l’expérience présente contient une possibilité nouvelle :
quelque chose peut être transformé.
Créer, c’est parfois tolérer l’imprévu
La peinture coule.
L’argile s’effondre.
Le partenaire d’improvisation répond autrement que prévu.
La photographie n’est pas celle imaginée.
La création confronte parfois à l’incertitude.
Et recommencer
La personne peut :
corriger ;
adapter ;
continuer ;
abandonner ;
reprendre autrement.
Ces petites expériences peuvent devenir particulièrement intéressantes lorsqu’une personne croit :
« Si je rate, tout est fini. »
Le droit de ne pas créer
Certaines personnes détestent :
dessiner ;
chanter ;
danser ;
jouer.
Elles n’ont aucune obligation de découvrir soudain leur artiste intérieur.
Une médiation thérapeutique doit être proposée, pas imposée.
Trouver le bon médium
Une personne qui déteste dessiner peut aimer :
écrire.
Une personne qui n’aime pas écrire peut préférer :
musique.
Une autre :
photographie.
Une autre ne souhaite aucune médiation et préfère parler.
Il n’existe pas de médium supérieur.
Plusieurs médiations
Les approches intégratives peuvent combiner différents supports.
Une personne peut :
écrire un texte ;
en faire une image ;
choisir une musique ;
mettre en scène une partie du récit.
Cette circulation entre les médiums peut ouvrir de nouvelles perspectives.
Ne pas multiplier pour impressionner
Utiliser six techniques différentes pendant une séance ne la rend pas plus profonde.
Le choix doit répondre au processus thérapeutique.
Le médium comme protection
Parfois, la médiation permet une distance suffisante pour approcher quelque chose de difficile.
Le personnage parle à la place de la personne.
La photo représente quelque chose sans tout montrer.
Le poème suggère sans expliquer.
Cette distance peut protéger.
Le médium comme cachette
Mais cette même distance peut parfois devenir un moyen d’éviter indéfiniment le sujet.
Une personne peut produire de magnifiques œuvres autour de sa souffrance sans jamais se rapprocher de ce qu’elle veut réellement changer.
Le thérapeute doit donc rester attentif à la fonction du médium.
Ni forcer ni laisser disparaître
Il s’agit de trouver une distance suffisamment sûre pour travailler, sans transformer la médiation en refuge permanent.
La relation reste présente
Même lorsque la personne peint pendant vingt minutes, elle ne crée pas seule dans son salon.
Quelqu’un est là.
Le thérapeute :
observe ;
accompagne ;
respecte ;
questionne éventuellement.
La relation thérapeutique continue d’exister autour de la création.
Être vu en train de créer
Pour certaines personnes, c’est déjà une expérience importante.
Faire quelque chose d’imparfait devant quelqu’un qui ne se moque pas.
Produire quelque chose de personnel sans être jugé.
Prendre de la place.
Cela peut avoir une dimension relationnelle forte.
Montrer ou ne pas montrer
La personne peut parfois créer quelque chose qu’elle ne souhaite pas montrer.
Selon le cadre thérapeutique, cette possibilité peut être respectée.
La création ne doit pas devenir une confiscation de l’intimité.
Le thérapeute n’est pas critique d’art
Il n’a pas à dire :
« C’est magnifique. »
Une appréciation esthétique peut même déplacer l’attention vers la performance.
Il peut plutôt demander :
« Comment était-ce pour vous de faire cela ? »
« C’est beau » peut parfois gêner
Une personne a représenté une expérience douloureuse.
Entendre :
« Quel beau dessin ! »
peut sembler totalement décalé.
La valeur thérapeutique n’est pas la beauté.
La création n’a pas besoin d’être positive
La personne peut produire quelque chose de :
sombre ;
violent ;
triste ;
chaotique.
Le thérapeute n’a pas à transformer immédiatement l’œuvre en message d’espoir.
Mais la création n’autorise pas tout
Dans un groupe ou une institution, certaines limites peuvent être nécessaires concernant :
sécurité ;
matériel ;
respect des autres ;
contenus exposés.
La liberté créative existe dans un cadre.
La médiation comme pont
Une création peut relier :
corps et parole ;
émotion et pensée ;
passé et présent ;
individu et groupe ;
imaginaire et réalité.
Elle ne remplace aucune de ces dimensions.
Elle permet parfois de circuler entre elles.
Quand la parole revient
Après une longue création, la personne peut simplement dire :
« Maintenant, je sais ce que je voulais vous expliquer. »
Le médium a accompli son rôle.
Il n’a pas parlé à la place de la personne.
Il lui a permis de trouver sa propre manière de parler.
À retenir
Les thérapies créatives et médiatisées utilisent un support intermédiaire dans le processus psychothérapeutique.
Ce support peut être :
dessin ;
peinture ;
écriture ;
musique ;
danse ;
mouvement ;
théâtre ;
jeu ;
photographie ;
vidéo ;
objets ;
argile ;
collage ;
création numérique.
La médiation peut faciliter l’expression, créer une distance avec une expérience difficile, permettre l’expérimentation et offrir d’autres voies lorsque la parole directe est insuffisante ou tourne en rond.
Mais créer n’est pas automatiquement faire une psychothérapie.
Une activité artistique peut être bénéfique sans devenir thérapeutique au sens clinique.
De même, une création ne doit pas être traitée comme un test révélant automatiquement la personnalité, un traumatisme ou un contenu inconscient précis.
Le dessin n’est pas un diagnostic.
La couleur n’est pas un code universel.
Le mouvement n’est pas un détecteur de vérité.
L’œuvre appartient d’abord à celui qui l’a créée et le sens qu’elle possède doit être exploré avec lui plutôt qu’imposé de l’extérieur.
Les médiations demandent également une attention particulière à :
confidentialité ;
propriété des œuvres ;
consentement ;
formation du professionnel ;
protection des données lorsque les supports sont numériques.
Leur niveau de validation scientifique varie considérablement selon les disciplines et les populations. Elles ne doivent donc pas être présentées comme une méthode unique disposant d’une efficacité uniforme.
Leur intérêt fondamental est ailleurs.
Lorsque les mots suffisent, ils peuvent rester. Lorsqu’ils ne suffisent plus, l’être humain possède encore des couleurs, des sons, des gestes, des images, des objets, des histoires et des scènes. La médiation thérapeutique ne cherche pas à faire parler ces créations à la place de la personne : elle lui offre simplement une autre langue jusqu’à ce qu’elle puisse, peut-être, trouver la sienne.
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Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.