LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

THÉRAPIES ASSISTÉES PAR LES TECHNOLOGIES NUMÉRIQUES

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

THÉRAPIES ASSISTÉES PAR LES TECHNOLOGIES NUMÉRIQUES

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Les thérapies assistées par les technologies numériques regroupent les interventions psychothérapeutiques dans lesquelles un outil numérique participe au travail thérapeutique.

Il peut s’agir de :

visioconférence ;

plateforme thérapeutique ;

application ;

programme structuré en ligne ;

messagerie sécurisée ;

journal numérique ;

exercices interactifs ;

capteurs connectés ;

réalité virtuelle ;

intelligence artificielle ;

agents conversationnels ;

outils de suivi entre les séances.

Cette catégorie est devenue suffisamment vaste pour qu’une distinction soit indispensable :

utiliser une technologie dans un contexte psychologique ne transforme pas automatiquement cette technologie en psychothérapie.

Une application de respiration peut être utile.

Un journal numérique peut aider.

Un chatbot peut fournir certaines informations.

Une montre peut enregistrer le sommeil ou l’activité.

Mais une psychothérapie implique davantage qu’un outil.

Elle suppose un objectif thérapeutique, une méthode adaptée, un cadre et, lorsqu’un professionnel intervient, une responsabilité clinique clairement identifiée.

De la téléconsultation à la thérapie numérique

La place du numérique en psychothérapie peut prendre plusieurs formes.

À un premier niveau, la technologie sert simplement de moyen de communication.

Le thérapeute travaille comme il le ferait habituellement, mais la séance se déroule par visioconférence.

À un autre niveau, le numérique devient une partie active de l’intervention.

La personne peut suivre :

modules ;

exercices ;

questionnaires ;

vidéos ;

tâches comportementales ;

suivi quotidien.

À un troisième niveau, certaines interventions sont largement ou entièrement automatisées.

Ces situations ne doivent pas être confondues.

La psychothérapie par visioconférence

La téléconsultation s’est considérablement développée.

Elle permet au thérapeute et à la personne de se rencontrer à distance en temps réel.

Le travail peut rester très proche d’une séance en cabinet.

Ce que l’écran change

La relation existe toujours.

Mais certaines caractéristiques changent.

Le thérapeute voit généralement moins bien :

posture complète ;

mouvements ;

environnement immédiat.

La personne, elle, se trouve dans son propre espace.

Cela peut modifier l’expérience.

Pour certaines personnes, la distance facilite la parole

Être chez soi peut apporter :

sentiment de sécurité ;

confort ;

moins de temps de transport ;

plus grande accessibilité.

Certaines personnes parlent plus facilement à travers un écran.

Pour d’autres, l’écran crée une distance

Elles peuvent ressentir :

moins de présence ;

moins de connexion ;

fatigue numérique ;

difficulté à se concentrer.

Le format ne convient donc pas de la même manière à tout le monde.

Accessibilité géographique

La thérapie à distance peut être particulièrement utile lorsqu’une personne vit :

loin des professionnels ;

dans une zone rurale ;

à l’étranger ;

avec des difficultés de déplacement.

Elle peut également permettre de consulter un professionnel possédant une compétence particulière qui n’existe pas localement.

Handicap et mobilité

Pour certaines personnes ayant :

handicap moteur ;

maladie chronique ;

fatigue importante ;

difficultés de déplacement,

la téléconsultation peut considérablement améliorer l’accès à la psychothérapie.

Mais l’accès numérique n’est pas universel

Il faut disposer de :

connexion suffisante ;

appareil ;

espace privé ;

compétences numériques minimales.

La technologie peut donc supprimer certaines barrières tout en en créant d’autres.

La confidentialité à domicile

Être chez soi ne signifie pas être seul.

Une personne peut suivre sa séance avec :

conjoint ;

parents ;

enfants ;

colocataires

dans les pièces voisines.

Elle peut alors éviter certains sujets.

« Pouvez-vous parler librement ? »

Cette question peut devenir importante en téléconsultation.

Elle l’est particulièrement lorsqu’il existe :

violence conjugale ;

contrôle ;

conflit familial.

Un partenaire qui écoute derrière une porte transforme radicalement les conditions de la séance.

Le lieu du thérapeute

La confidentialité concerne également le professionnel.

Il doit travailler dans un environnement où la conversation ne peut pas être entendue par des personnes non autorisées.

Les écouteurs

Une solution technique simple peut parfois améliorer considérablement la confidentialité.

Mais elle ne suffit pas si quelqu’un se trouve physiquement à proximité de la personne.

Les interruptions

Téléphone.

Notification.

Livraison.

Enfant.

Animal.

Travail.

Le domicile contient de nombreuses interruptions possibles.

Le cadre thérapeutique doit donc être reconstruit volontairement.

Une séance reste une séance

Participer depuis son canapé ne signifie pas que la rencontre devient une conversation informelle.

Le cadre reste important :

horaire ;

durée ;

confidentialité ;

attention.

Les plateformes

Les professionnels peuvent utiliser différentes plateformes pour :

visioconférence ;

rendez-vous ;

paiement ;

documents ;

messagerie ;

questionnaires.

Chaque outil pose des questions concernant la protection des données.

Les données psychologiques sont particulièrement sensibles

Une plateforme peut potentiellement contenir :

identité ;

motif de consultation ;

diagnostic éventuel ;

messages ;

questionnaires ;

notes ;

documents.

La sécurité numérique fait donc partie du cadre thérapeutique.

Le programme thérapeutique en ligne

Certaines interventions numériques sont beaucoup plus structurées qu’une simple téléconsultation.

La personne peut suivre un programme composé de plusieurs modules.

Par exemple :

module 1 — comprendre l’anxiété ;

module 2 — identifier les pensées ;

module 3 — travailler l’évitement ;

module 4 — exposition ;

module 5 — prévention des rechutes.

Les TCC numériques

Les thérapies cognitives et comportementales se prêtent particulièrement bien à certaines adaptations numériques parce qu’elles utilisent souvent :

psychoéducation ;

exercices structurés ;

questionnaires ;

tâches entre les séances ;

progression par étapes.

On parle parfois d’iCBT, pour Internet-based Cognitive Behavioral Therapy.

Avec ou sans accompagnement

Un programme peut être :

entièrement autonome ;

accompagné ponctuellement par un professionnel ;

intégré à une psychothérapie classique.

Cette différence est importante.

L’accompagnement humain peut augmenter l’engagement

Une personne peut télécharger une application avec enthousiasme puis l’abandonner après trois jours.

Lorsqu’un thérapeute suit :

progression ;

difficultés ;

exercices,

l’engagement peut être différent.

L’abandon numérique

Les programmes en ligne rencontrent souvent un problème classique :

la personne commence mais ne termine pas.

L’accès facile ne garantit pas l’utilisation.

Télécharger n’est pas pratiquer

Posséder :

dix applications de méditation ;

trois journaux numériques ;

deux programmes d’anxiété

ne produit pas automatiquement un changement.

Comme dans une psychothérapie traditionnelle, l’apprentissage demande généralement une certaine implication.

Les applications de santé mentale

Il existe des milliers d’applications consacrées à :

stress ;

anxiété ;

humeur ;

sommeil ;

méditation ;

addictions ;

émotions ;

habitudes.

La qualité varie énormément.

Une boutique d’applications n’est pas une bibliothèque clinique sélectionnée

Le fait qu’une application soit disponible au téléchargement ne signifie pas qu’elle a été :

évaluée scientifiquement ;

conçue par des professionnels ;

sécurisée ;

validée pour le problème concerné.

Le marketing peut ressembler à la science

Une application peut afficher :

cerveau ;

neurones ;

graphiques ;

scores ;

termes psychologiques.

Cela ne démontre pas son efficacité.

« Cliniquement prouvé »

Cette expression doit conduire à demander :

qu’est-ce qui a été étudié ?

par qui ?

sur quelle population ?

comparé à quoi ?

pendant combien de temps ?

Un essai portant sur cinquante personnes ne justifie pas nécessairement toutes les promesses commerciales qui suivent.

Le journal numérique

Certaines applications permettent de suivre :

humeur ;

anxiété ;

sommeil ;

activités ;

symptômes ;

événements.

Ces informations peuvent être utiles.

Voir des tendances

Une personne pense :

« Je vais mal absolument tous les jours. »

Son journal montre peut-être que certaines journées sont différentes.

Cela peut permettre d’examiner :

ce qui change ;

ce qui aide ;

ce qui précède certaines difficultés.

Mais mesurer peut devenir surveiller

Certaines personnes commencent à noter :

humeur le matin ;

humeur à midi ;

humeur le soir ;

niveau de stress ;

niveau d’énergie ;

qualité du sommeil ;

nombre de pensées négatives.

La vie devient un tableau de bord.

Le risque d’hypervigilance

Chez certaines personnes anxieuses, mesurer continuellement peut augmenter la préoccupation.

L’outil doit fournir une information utile.

Il ne doit pas transformer chaque variation normale en événement clinique.

Les notifications

Une application peut rappeler :

exercice ;

méditation ;

prise de notes ;

activité.

Ces rappels peuvent aider.

Mais trop de notifications peuvent produire :

pression ;

culpabilité ;

désengagement.

« Vous avez manqué votre exercice aujourd’hui »

Une application destinée à réduire le stress ne devrait pas devenir une nouvelle source de stress.

Les objets connectés

Montres et bracelets peuvent enregistrer différents paramètres :

activité ;

fréquence cardiaque ;

sommeil estimé ;

respiration ;

parfois d’autres données physiologiques.

Ces informations peuvent être intégrées à certains accompagnements.

Les chiffres ne sont pas la personne

Une montre peut estimer :

« sommeil : 63/100 ».

La personne pense alors :

« J’ai très mal dormi. »

Pourtant, elle se sentait plutôt bien avant de consulter l’écran.

Le score peut modifier l’expérience.

Orthosomnie

On utilise parfois le terme orthosomnie pour décrire une préoccupation excessive visant à obtenir un sommeil « parfait », notamment à partir de données fournies par les objets connectés.

La mesure censée aider peut alors entretenir la préoccupation.

Une estimation n’est pas un examen médical

Les appareils grand public possèdent des capacités variables.

Leurs données ne doivent pas automatiquement être interprétées comme équivalentes à celles d’un examen clinique spécialisé.

Biofeedback numérique

Certains dispositifs permettent de visualiser en temps réel des paramètres physiologiques.

Ils peuvent être utilisés dans des interventions de biofeedback, abordées au chapitre 11.

Le numérique facilite aujourd’hui l’accès à ce type d’information.

Mais la qualité des capteurs et la pertinence des interprétations restent importantes.

Les SMS et la messagerie

Certaines thérapies utilisent :

SMS ;

messagerie sécurisée ;

échanges écrits

entre les séances.

Cela peut permettre :

rappel ;

soutien ;

question ponctuelle ;

suivi d’exercice.

Quand le thérapeute répond-il ?

Le cadre doit être explicite.

Une personne ne doit pas découvrir en pleine crise que son thérapeute ne lit les messages qu’une fois par semaine.

Il faut préciser :

horaires ;

délais ;

situations d’urgence ;

limites.

La thérapie par messages

Certains services proposent des échanges thérapeutiques essentiellement écrits.

Ce format peut convenir à certaines personnes.

L’écriture permet :

temps de réflexion ;

relecture ;

formulation plus précise.

Ce qui manque à l’écrit

L’écrit supprime une partie des informations :

ton ;

rythme ;

silences ;

expressions ;

intonation.

Il peut également favoriser des malentendus.

L’asynchronie

L’un écrit maintenant.

L’autre répond plus tard.

Cette temporalité peut être utile.

Mais elle n’est pas adaptée à toutes les situations.

Une urgence ne doit pas dépendre d’une boîte de réception

Les services doivent expliquer clairement ce qui se passe lorsqu’une personne présente :

danger immédiat ;

crise aiguë ;

risque suicidaire.

Une messagerie thérapeutique n’est pas nécessairement un service d’urgence.

Intelligence artificielle et psychothérapie

L’arrivée des systèmes d’intelligence artificielle conversationnelle transforme rapidement le paysage numérique.

Des systèmes peuvent désormais :

dialoguer ;

reformuler ;

poser des questions ;

générer des exercices ;

fournir de la psychoéducation ;

aider à organiser des pensées.

Ces possibilités sont considérables.

Mais elles ne doivent pas être confondues avec une compétence psychothérapeutique humaine complète.

Un dialogue convaincant n’est pas une compréhension humaine

Une IA peut produire une réponse qui semble :

empathique ;

pertinente ;

personnalisée.

Cela ne signifie pas qu’elle éprouve :

empathie ;

souci ;

responsabilité.

La qualité linguistique peut créer une forte impression de présence.

Anthropomorphisation

L’être humain attribue facilement :

intentions ;

émotions ;

personnalité

aux systèmes qui lui parlent.

Plus le dialogue devient naturel, plus cette tendance peut être forte.

« Mon IA me comprend mieux que tout le monde »

La personne peut réellement ressentir cette expérience.

Elle mérite d’être entendue.

Mais il faut distinguer :

sentiment d’être compris ;

nature réelle du système.

Disponibilité permanente

L’un des avantages évidents d’un outil numérique est sa disponibilité.

Il peut être accessible :

le soir ;

la nuit ;

le week-end.

Cette disponibilité peut être utile pour :

écrire ;

réfléchir ;

faire un exercice ;

retrouver une information.

La disponibilité peut aussi favoriser la dépendance

Si une personne consulte un chatbot après chaque :

émotion ;

décision ;

conflit ;

doute,

elle peut progressivement déléguer une partie de son autonomie.

Un outil thérapeutique devrait idéalement augmenter la capacité à fonctionner sans lui.

La réassurance numérique

Chez une personne souffrant :

TOC ;

anxiété de santé ;

anxiété généralisée,

un chatbot peut devenir une machine à demander :

« Êtes-vous sûr ? »

« Est-ce dangereux ? »

« Est-ce normal ? »

Une réponse rassurante soulage momentanément.

Puis le doute revient.

Le système peut involontairement participer à la compulsion.

Une réponse correcte peut être thérapeutiquement inadéquate

C’est une difficulté fondamentale.

La personne demande pour la vingtième fois :

« Êtes-vous certain que ce symptôme n’est pas grave ? »

Répondre encore peut sembler serviable.

Mais dans un fonctionnement compulsif, cette réponse peut renforcer le cycle.

Comprendre la fonction d’une demande est différent de simplement y répondre.

L’IA peut se tromper

Un système génératif peut produire :

erreur ;

information inventée ;

interprétation excessive ;

conseil inadéquat ;

réponse contradictoire.

Dans un contexte psychologique, certaines erreurs peuvent avoir des conséquences importantes.

L’assurance du langage n’est pas une garantie

Une phrase parfaitement formulée peut être fausse.

L’utilisateur doit pouvoir distinguer :

fluidité ;

fiabilité.

L’IA et le diagnostic

Un chatbot peut reconnaître certains motifs dans un récit.

Cela ne signifie pas qu’il peut établir de manière fiable un diagnostic individuel à partir d’une conversation ordinaire.

Un diagnostic peut nécessiter :

entretien clinique ;

histoire ;

observation ;

informations complémentaires ;

exclusion de causes médicales ;

évaluation du contexte.

Le risque d’auto-étiquetage

Une personne lit :

« Cela ressemble à un TDAH. »

Elle commence ensuite à interpréter toute son histoire à travers cette hypothèse.

Le numérique peut accélérer l’accès à l’information.

Il peut également accélérer les conclusions prématurées.

IA et crise

Une question majeure concerne la capacité des systèmes à reconnaître et gérer :

suicidalité ;

violence ;

abus ;

psychose ;

urgence.

Un système automatisé peut manquer :

ambiguïté ;

ironie ;

changement soudain ;

contexte.

La sécurité doit donc être conçue spécifiquement.

L’IA ne doit pas prétendre être un service d’urgence lorsqu’elle ne l’est pas

La personne doit savoir clairement ce que le système peut et ne peut pas faire.

IA comme complément

Une utilisation potentiellement intéressante consiste à utiliser l’IA entre les séances pour :

organiser un journal ;

préparer une séance ;

reformuler des objectifs ;

réviser une technique ;

générer des exemples ;

structurer certaines réflexions.

Le thérapeute conserve alors la responsabilité clinique.

Préparer une séance

Une personne peut utiliser un outil pour noter :

ce qui s’est passé ;

ce qu’elle souhaite aborder ;

les questions qu’elle ne veut pas oublier.

Cela peut améliorer l’utilisation du temps thérapeutique.

Mais que devient la confidentialité ?

Si une personne raconte à un système numérique :

traumatismes ;

sexualité ;

diagnostics ;

relations ;

identité,

elle produit des données extrêmement sensibles.

Il faut savoir :

qui exploite ces données ;

où elles sont stockées ;

si elles servent à entraîner des systèmes ;

combien de temps elles sont conservées ;

comment elles peuvent être supprimées.

Une conversation intime reste une donnée

L’impression de parler à une entité privée ne garantit pas juridiquement ou techniquement la confidentialité.

Les conditions du service comptent.

Le modèle économique

Une question simple est particulièrement importante :

qui paie le service ?

Si l’utilisateur ne paie pas, comment l’entreprise gagne-t-elle de l’argent ?

Publicité ?

Abonnement ultérieur ?

Données ?

Partenariats ?

Le modèle économique peut influencer la conception de l’outil.

Engagement ou dépendance ?

Une entreprise peut avoir intérêt à maximiser :

temps passé ;

fréquence d’ouverture ;

nombre d’interactions.

Une thérapie, au contraire, devrait idéalement aider la personne à devenir progressivement moins dépendante du dispositif.

Ces objectifs économiques peuvent entrer en tension.

Gamification

Points.

Badges.

Séries de jours.

Niveaux.

Récompenses.

La gamification peut augmenter la motivation.

Mais elle peut également transformer la santé psychologique en compétition.

« Série interrompue »

Une personne médite depuis 72 jours.

Elle oublie le 73e.

L’application affiche :

« Série perdue. »

Elle se sent en échec.

Un outil censé soutenir une pratique vient de transformer une interruption normale en défaite.

La régularité n’est pas la perfection

Un bon outil devrait faciliter le retour après une interruption plutôt que punir symboliquement l’utilisateur.

Réseaux sociaux et psychothérapie

Les réseaux sociaux ne sont pas des outils thérapeutiques au sens strict.

Mais ils occupent désormais une place considérable dans l’environnement psychologique.

Des thérapeutes y publient :

informations ;

vidéos ;

conseils.

La psychoéducation en une minute

Un contenu court peut rendre une notion accessible.

Mais il peut aussi réduire des phénomènes complexes à :

« 5 signes que vous avez un traumatisme. »

« 7 preuves que votre partenaire est narcissique. »

« Si vous faites ceci, vous êtes HPI. »

Ces formats favorisent parfois l’identification excessive.

Le diagnostic viral

Lorsqu’un concept devient populaire, des milliers de personnes peuvent s’y reconnaître.

Cela peut :

aider à chercher de l’information ;

réduire la honte.

Mais aussi provoquer :

auto-diagnostic ;

étiquetage des proches ;

simplification.

Le thérapeute sur les réseaux sociaux

La présence numérique du thérapeute pose également des questions de limites.

Que se passe-t-il si le patient :

suit son compte personnel ;

commente ses publications ;

voit ses opinions politiques ;

découvre sa vie privée ?

Le cadre relationnel peut être modifié.

Rechercher son patient sur Internet

La tentation existe également dans l’autre sens.

Un thérapeute peut trouver facilement des informations sur une personne.

Mais le fait qu’une information soit publique ne signifie pas qu’il soit toujours approprié de la rechercher.

Les questions de consentement et de pertinence clinique restent importantes.

Enregistrement des séances

Les technologies rendent l’enregistrement extrêmement facile.

Audio.

Vidéo.

Transcription automatique.

Résumé par IA.

Ces outils peuvent être utiles dans certains contextes.

Mais une séance de psychothérapie contient des données particulièrement sensibles.

Une transcription crée une nouvelle donnée

Une conversation qui existait seulement dans le moment devient :

fichier ;

texte ;

archive.

Il faut alors déterminer :

où elle est stockée ;

qui peut la lire ;

quand elle sera supprimée.

Le consentement à l’enregistrement

Il doit être clair.

La personne doit comprendre ce qui est enregistré et pourquoi.

L’enregistrement clandestin ou ambigu crée de sérieux problèmes éthiques et parfois juridiques.

Les notes automatiques

Des systèmes peuvent générer automatiquement des comptes rendus de consultation.

Ils peuvent réduire la charge administrative.

Mais une erreur dans un résumé clinique peut être importante.

Le professionnel doit rester responsable de la vérification.

Algorithmes de prédiction

Certains systèmes cherchent à prédire :

risque de crise ;

rechute ;

dépression ;

suicidalité

à partir de données numériques.

C’est un domaine de recherche important.

Mais la prédiction psychologique individuelle reste difficile.

Faux positifs et faux négatifs

Un système peut signaler une personne qui n’est pas réellement en danger.

Ou ne pas détecter une personne qui l’est.

Les deux erreurs ont des conséquences.

Un score algorithmique ne peut donc pas être traité comme une vérité.

Digital phenotyping

La recherche explore ce que l’on appelle parfois le phénotypage numérique.

Des données comme :

mobilité ;

utilisation du téléphone ;

rythme de communication ;

sommeil estimé ;

activité

peuvent être étudiées pour rechercher des changements associés à certains états psychologiques.

Une puissance qui pose une question de surveillance

Un téléphone capable de détecter potentiellement une modification de comportement peut être utile.

Mais il peut également devenir un outil extrêmement intrusif.

La question n’est pas seulement :

« Peut-on mesurer cela ? »

Mais :

« Devons-nous le mesurer, qui y aura accès et dans quel but ? »

Consentement réel

Accepter vingt pages de conditions générales sans les lire n’est pas équivalent à comprendre l’utilisation de données psychologiques sensibles.

Les dispositifs de santé mentale doivent rechercher une information réellement compréhensible.

Données secondaires

Une donnée collectée pour aider la personne aujourd’hui pourrait avoir une valeur pour :

recherche ;

développement commercial ;

assurance ;

marketing.

Les règles juridiques peuvent limiter certains usages, mais la conception éthique doit aller au-delà du minimum légal.

Cybersécurité

Une fuite de données concernant une application météo est gênante.

Une fuite contenant :

diagnostics ;

traumatismes ;

sexualité ;

addictions ;

séances de psychothérapie

peut être beaucoup plus grave.

La sécurité informatique devient donc une question clinique et éthique.

Les mineurs

L’utilisation de technologies psychologiques avec les enfants et adolescents pose des questions particulières.

Qui peut accéder aux données ?

Parents ?

Professionnel ?

Entreprise ?

Que comprend réellement le jeune du dispositif ?

L’adolescent et la confidentialité

Un adolescent peut écrire dans une application des choses qu’il ne dirait à personne s’il pensait que ses parents les lisaient.

Le cadre doit être extrêmement clair.

Les personnes âgées

Le numérique peut améliorer l’accès à certaines interventions.

Mais il peut également créer :

confusion ;

frustration ;

barrière technique.

Il faut éviter de conclure :

« Cette personne est trop âgée pour le numérique. »

Certaines personnes âgées l’utilisent parfaitement.

L’évaluation doit rester individuelle.

Neurodiversité et accessibilité

Un outil peut être plus accessible pour certaines personnes :

possibilité d’écrire plutôt que parler ;

rythme personnel ;

répétition ;

structure visuelle.

Mais il peut être moins accessible pour d’autres :

interfaces surchargées ;

stimulations ;

instructions ambiguës.

L’accessibilité numérique fait partie de la qualité thérapeutique.

Langue

Les outils numériques peuvent offrir des interventions dans plusieurs langues.

Cela peut augmenter considérablement l’accès.

Mais traduire des mots ne suffit pas toujours.

Les exemples, normes relationnelles et références culturelles doivent également être adaptés.

Thérapie interculturelle numérique

Un programme conçu dans un pays peut contenir des présupposés sur :

famille ;

individualisme ;

sexualité ;

travail ;

religion.

Une adaptation culturelle peut être nécessaire.

Les avatars

Des personnages numériques peuvent être utilisés pour :

exposition ;

entraînement social ;

psychoéducation ;

jeux de rôle.

Ils peuvent permettre de répéter des situations difficiles.

La réalité virtuelle, traitée au chapitre 58, constitue une forme particulièrement immersive de cette utilisation.

Réalité augmentée

Des éléments numériques peuvent également être ajoutés au monde réel.

Cela peut permettre certaines interventions thérapeutiques sans créer un environnement entièrement virtuel.

Jeux vidéo thérapeutiques

Certains jeux sont développés spécifiquement pour travailler :

attention ;

émotions ;

anxiété ;

compétences.

La dimension ludique peut favoriser l’engagement.

Mais un jeu « thérapeutique » doit être évalué comme n’importe quelle autre intervention.

Jeu commercial et bénéfice psychologique

Un jeu vidéo ordinaire peut également apporter :

plaisir ;

relation sociale ;

détente ;

sentiment de compétence.

Cela ne le transforme pas automatiquement en thérapie.

Communautés en ligne

Forums et groupes numériques peuvent offrir :

soutien ;

information ;

sentiment d’appartenance.

Pour certaines personnes, rencontrer d’autres personnes vivant la même difficulté réduit fortement l’isolement.

Les limites du groupe numérique

Les informations peuvent être :

inexactes ;

anxiogènes ;

extrêmes.

Certaines communautés peuvent renforcer :

rumination ;

comportements dangereux ;

vision pessimiste.

La dynamique d’un groupe en ligne mérite donc la même attention que celle d’un groupe physique, avec des caractéristiques supplémentaires liées à l’anonymat et à la viralité.

Les algorithmes de recommandation

Une personne regarde une vidéo sur l’anxiété.

La plateforme lui en propose dix autres.

Puis :

traumatisme ;

personnalité narcissique ;

TDAH ;

autisme ;

attachement.

En quelques heures, elle peut se retrouver immergée dans un univers psychopathologique.

L’algorithme ne cherche pas nécessairement la santé

Il cherche souvent l’engagement.

Ce qui retient l’attention n’est pas toujours ce qui aide.

Les interventions hybrides

L’un des modèles les plus intéressants consiste à associer :

séances humaines ;

outils numériques.

Par exemple :

séance avec thérapeute ;

exercice sur application ;

journal entre les séances ;

retour au thérapeute ;

adaptation.

Le numérique augmente alors la continuité du travail.

Entre les séances

La majorité de la vie se déroule hors du cabinet.

Les outils numériques peuvent aider à transférer les apprentissages dans cette vie quotidienne.

Une personne peut recevoir un rappel au moment où elle doit réellement utiliser une compétence.

Just-in-time interventions

Certaines recherches développent des interventions dites just–in-time, proposées au moment où un besoin est détecté ou probable.

Par exemple, un système pourrait proposer une stratégie lorsque certains indicateurs suggèrent une période de vulnérabilité.

Cette perspective est prometteuse.

Elle pose également d’importantes questions de :

prédiction ;

vie privée ;

surveillance ;

erreurs.

Personnalisation

Le numérique permet théoriquement d’adapter :

contenu ;

rythme ;

difficulté ;

exercices

à la personne.

L’intelligence artificielle augmente encore cette capacité.

Personnaliser n’est pas toujours comprendre

Un algorithme peut apprendre que l’utilisateur préfère des exercices courts le soir.

C’est une personnalisation.

Cela ne signifie pas qu’il comprend son histoire ou sa relation familiale.

Le terme doit être utilisé avec précision.

L’alliance thérapeutique numérique

Lorsqu’un thérapeute humain travaille à distance, une alliance thérapeutique solide peut parfaitement se construire.

La distance physique n’empêche pas nécessairement :

confiance ;

collaboration ;

engagement.

Avec un système automatisé

La personne peut également ressentir une forme d’alliance avec un chatbot ou une application.

Cette expérience subjective peut contribuer à l’engagement.

Mais elle n’est pas identique à une relation entre deux personnes.

Une relation sans réciprocité humaine

Le système peut répondre comme s’il était disponible exclusivement pour la personne.

Il ne fatigue pas.

Il ne semble pas vexé.

Il ne demande rien.

Cette asymétrie peut être confortable.

Mais elle ne prépare pas nécessairement à toute la complexité des relations humaines.

Le risque du compagnon parfait

Un agent conversationnel toujours :

patient ;

disponible ;

adaptable ;

approbateur

peut devenir plus confortable qu’une relation réelle.

Si l’objectif est de renforcer la vie relationnelle, il faut éviter que l’outil ne devienne un substitut qui l’appauvrit.

La contradiction

Une bonne psychothérapie n’approuve pas systématiquement la personne.

Elle peut parfois :

questionner ;

confronter ;

refuser une interprétation ;

mettre en évidence une contradiction.

Un système conçu principalement pour satisfaire l’utilisateur peut avoir davantage de difficulté à remplir cette fonction.

Le risque inverse

Un système peut également confronter de manière inappropriée parce qu’il ne perçoit pas suffisamment :

fragilité ;

timing ;

contexte.

La technique thérapeutique ne consiste pas seulement à produire la bonne phrase.

Elle consiste aussi à savoir quand elle peut être entendue.

Les preuves scientifiques

Les psychothérapies numériques font désormais l’objet d’un corpus de recherche important.

Certaines interventions structurées en ligne, notamment cognitivo-comportementales, ont montré une efficacité pour différents problèmes tels que :

dépression ;

anxiété ;

insomnie ;

certaines phobies.

Les résultats dépendent toutefois fortement :

du programme ;

de la population ;

du niveau d’accompagnement ;

de l’adhésion.

On ne peut pas évaluer « le numérique » en bloc

Comparer :

visiothérapie avec psychologue ;

application de méditation ;

programme TCC validé ;

chatbot ;

réalité virtuelle

comme s’il s’agissait de la même intervention n’aurait aucun sens.

Chaque outil doit être évalué séparément.

Efficacité et utilisation réelle

Un programme peut être efficace dans une étude lorsque les participants suivent huit modules.

Dans la vie réelle, beaucoup n’en suivent que deux.

L’efficacité théorique et l’efficacité en usage courant peuvent donc différer.

Le fossé entre application et pratique clinique

Le marché technologique évolue beaucoup plus vite que la recherche.

Une application peut avoir :

été lancée ;

mise à jour ;

transformée ;

revendue

avant qu’une étude rigoureuse soit publiée.

Cette vitesse constitue un défi majeur.

Une innovation n’est pas une preuve

« Propulsé par IA »

ne signifie pas :

efficace ;

sûr ;

thérapeutique.

L’intelligence artificielle est une technologie.

La valeur clinique dépend de ce que l’on en fait.

Réglementation

Selon les pays et les fonctions revendiquées, certains logiciels peuvent relever de cadres réglementaires spécifiques, notamment lorsqu’ils sont présentés comme dispositifs médicaux.

D’autres applications de bien-être échappent à ces cadres.

Deux produits visuellement similaires peuvent donc avoir des statuts très différents.

La frontière entre bien-être et traitement

Une application dit :

« Améliorez votre bien-être. »

Une autre affirme :

« Traite la dépression. »

La seconde fait une revendication beaucoup plus importante.

Elle doit être examinée en conséquence.

Le thérapeute face au numérique

Les professionnels eux-mêmes doivent développer une compétence numérique.

Pas nécessairement savoir programmer.

Mais comprendre :

confidentialité ;

sécurité ;

limites des outils ;

qualité des applications ;

implications des données.

Recommander une application

Lorsqu’un thérapeute recommande une application, il devrait idéalement savoir :

ce qu’elle fait ;

quelles données elle collecte ;

sur quelles preuves elle repose ;

quels sont ses risques.

« Je l’ai vue sur Internet » n’est pas un critère suffisant.

Quand le numérique ne convient pas

Une intervention exclusivement numérique peut être insuffisante lorsque la situation nécessite notamment :

évaluation complexe ;

risque élevé ;

coordination importante ;

présence humaine plus soutenue.

Cela dépend cependant du dispositif et du contexte.

Ne pas créer une hiérarchie artificielle

Une thérapie en ligne n’est pas nécessairement une « sous-thérapie ».

Une thérapie en cabinet n’est pas automatiquement supérieure.

La question est celle de l’adéquation entre :

personne ;

problème ;

méthode ;

contexte.

Le choix

Une personne peut préférer :

cabinet ;

visioconférence ;

programme hybride.

Lorsque plusieurs options sont adaptées, cette préférence peut être intégrée à la décision.

Une nouvelle compétence : savoir se déconnecter

L’intégration du numérique en psychothérapie produit un paradoxe.

Les outils peuvent aider.

Mais une personne peut également avoir besoin d’apprendre à ne pas mesurer, analyser ou demander assistance en permanence.

L’outil doit pouvoir disparaître

Une application réellement utile peut atteindre un jour son meilleur résultat :

la personne n’en a plus besoin.

Cette logique est très différente de celle d’un produit commercial cherchant un utilisateur permanent.

La technologie au service de l’autonomie

Le critère fondamental pourrait être celui-ci :

l’outil augmente-t-il progressivement la capacité de la personne à vivre sa vie ou augmente-t-il surtout sa dépendance à l’outil ?

Cette question devient particulièrement importante avec les agents conversationnels disponibles en permanence.

Une révolution réelle, mais à cadrer

Les technologies numériques ont déjà transformé la psychothérapie.

Elles peuvent :

réduire certaines distances ;

augmenter l’accès ;

faciliter le suivi ;

prolonger les apprentissages hors du cabinet ;

personnaliser certains exercices ;

rendre certaines interventions disponibles à grande échelle.

Ce potentiel est réel.

Les risques le sont également.

Le futur sera probablement hybride

Il est peu probable que l’avenir oppose simplement :

humain

contre

machine.

Il pourrait davantage associer :

professionnel ;

personne ;

outils numériques.

La question deviendra alors celle de la répartition des rôles.

Ce que la technologie fait bien

Elle peut être excellente pour :

répéter ;

rappeler ;

structurer ;

calculer ;

présenter ;

enregistrer ;

adapter certains exercices.

Ce qui demande davantage qu’un algorithme

Une situation humaine peut nécessiter :

jugement ;

responsabilité ;

compréhension contextuelle ;

gestion de l’ambiguïté ;

relation ;

présence.

Même lorsqu’un système imite très bien certaines de ces fonctions, la question de la responsabilité demeure.

Qui est responsable ?

Si un outil thérapeutique automatisé donne une recommandation dangereuse, qui répond de cette erreur ?

Développeur ?

Entreprise ?

Professionnel qui l’a recommandé ?

Institution ?

Cette question devient centrale à mesure que les systèmes gagnent en autonomie.

La technologie ne doit pas diluer la responsabilité

Plus un système semble autonome, plus il est facile de dire :

« C’est l’algorithme qui l’a décidé. »

Mais un algorithme n’assume pas juridiquement ou moralement une responsabilité comme une personne.

Les systèmes doivent donc rester inscrits dans des cadres où les responsabilités sont identifiables.

À retenir

Les thérapies assistées par les technologies numériques regroupent des dispositifs très différents :

visiothérapie ;

programmes thérapeutiques en ligne ;

applications ;

messageries ;

outils de suivi ;

objets connectés ;

réalité virtuelle ;

agents conversationnels ;

intelligence artificielle.

Ils ne possèdent ni les mêmes fonctions ni le même niveau de preuve.

Certaines psychothérapies numériques structurées, notamment des programmes cognitivo-comportementaux, disposent aujourd’hui de données solides pour différentes indications. D’autres outils sont encore expérimentaux ou relèvent principalement du bien-être.

Le numérique peut améliorer :

accessibilité ;

continuité du travail ;

personnalisation ;

pratique entre les séances.

Mais il introduit également de nouveaux risques :

confidentialité ;

cybersécurité ;

surveillance ;

hypermesure ;

réassurance compulsive ;

dépendance ;

erreurs algorithmiques ;

confusion entre dialogue automatisé et relation thérapeutique.

L’intelligence artificielle augmente encore les possibilités. Elle peut devenir un outil remarquable pour organiser, expliquer, entraîner ou accompagner certaines tâches. Mais la fluidité d’un dialogue ne doit pas être confondue avec une compétence clinique complète ni avec une responsabilité humaine.

La question n’est donc pas de décider si la technologie est bonne ou mauvaise pour la psychothérapie.

Elle est de déterminer quelle technologie, pour quelle personne, pour quel objectif, avec quelles preuves, quelles protections et quelles limites.

Une technologie thérapeutique atteint peut-être son objectif le plus important lorsqu’elle ne cherche plus à retenir l’utilisateur, mais lui permet progressivement de retourner à sa propre vie avec davantage de ressources et moins besoin d’elle.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.