LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

THÉRAPIE D’EXPOSITION

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

THÉRAPIE D’EXPOSITION

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La thérapie d’exposition est une intervention psychothérapeutique principalement issue des thérapies comportementales et cognitivo-comportementales.

Elle consiste à mettre progressivement ou méthodiquement une personne en contact avec une situation, un objet, une sensation, une pensée, une image ou un souvenir qu’elle redoute, tout en réduisant les comportements d’évitement qui entretiennent la peur.

Son principe peut sembler paradoxal :

pour diminuer durablement certaines peurs, il faut parfois cesser d’organiser sa vie autour de leur évitement.

Mais l’exposition ne consiste pas à jeter brutalement quelqu’un dans ce qu’il redoute.

Elle constitue un processus d’apprentissage thérapeutique construit en fonction du problème, de la personne et de l’objectif recherché.

Pourquoi éviter entretient parfois la peur

Imaginons une personne qui a peur des ascenseurs.

Elle prend systématiquement les escaliers.

Chaque fois qu’elle évite l’ascenseur, son anxiété diminue immédiatement.

Elle apprend donc :

« Éviter me protège. »

Mais elle ne peut jamais découvrir ce qui se serait passé si elle était entrée dans l’ascenseur.

L’évitement empêche le nouvel apprentissage.

Le soulagement immédiat

C’est l’un des pièges fondamentaux de l’anxiété.

Évitement :

soulagement maintenant.

Conséquence possible :

peur maintenue demain.

Le comportement est donc extrêmement compréhensible.

Il fonctionne à court terme.

C’est précisément pour cette raison qu’il peut devenir durable.

L’exposition crée une autre expérience

La personne entre dans l’ascenseur.

Elle ressent de l’anxiété.

Elle reste suffisamment longtemps pour observer ce qui se passe.

Elle découvre éventuellement :

que la catastrophe redoutée ne survient pas ;

que l’anxiété peut évoluer ;

qu’elle peut supporter davantage qu’elle ne le pensait ;

qu’elle n’a pas besoin de fuir immédiatement.

Cette expérience apporte une information qu’aucune explication théorique ne pouvait entièrement remplacer.

Savoir n’est pas toujours apprendre

Une personne souffrant d’une phobie de l’avion peut connaître parfaitement les statistiques de sécurité aérienne.

Elle peut même expliquer le fonctionnement d’un avion.

Et continuer à être terrorisée.

L’apprentissage émotionnel ne se modifie pas toujours par la logique seule.

L’exposition permet d’apprendre dans l’expérience.

Les racines historiques

Les premières formes modernes d’exposition sont liées au développement des thérapies comportementales.

Joseph Wolpe développe notamment la désensibilisation systématique.

La personne construisait une hiérarchie de situations anxiogènes et les affrontait progressivement, souvent en association avec une relaxation.

Les méthodes ont ensuite considérablement évolué.

De la désensibilisation à l’exposition contemporaine

Pendant longtemps, on a beaucoup insisté sur l’idée d’habituation.

La personne reste dans la situation jusqu’à ce que son anxiété diminue.

Cette diminution était considérée comme un indicateur majeur de réussite.

Les conceptions contemporaines sont plus larges.

L’anxiété n’a pas obligatoirement besoin de disparaître pendant chaque exercice pour qu’un apprentissage utile ait lieu.

L’apprentissage inhibiteur

Les modèles contemporains mettent notamment l’accent sur l’apprentissage inhibiteur.

La personne possède une ancienne association :

« chien = danger ».

L’exposition ne supprime pas nécessairement cette association comme on effacerait un fichier.

Elle peut construire un nouvel apprentissage :

« certains chiens peuvent être approchés sans catastrophe ».

Le nouvel apprentissage vient concurrencer l’ancien.

Pourquoi une peur peut-elle revenir ?

Parce que l’ancien apprentissage peut toujours exister.

Après une longue période sans exposition, dans un contexte nouveau ou après une expérience difficile, la peur peut réapparaître.

Cela ne signifie pas que le traitement a échoué.

La personne peut réactiver les nouveaux apprentissages.

L’objectif n’est donc pas « ne plus jamais avoir peur »

Une personne peut encore ressentir une certaine anxiété.

Mais elle n’organise plus toute sa vie autour d’elle.

Elle peut agir malgré la peur.

Cette différence est essentielle.

Que peut-on exposer ?

L’exposition peut concerner différentes catégories de déclencheurs.

Situations extérieures.

Objets.

Animaux.

Sensations corporelles.

Pensées.

Images.

Souvenirs.

Incertitude.

Chaque type d’exposition possède ses particularités.

L’exposition in vivo

In vivo signifie que l’exposition se déroule dans la situation réelle.

Une personne ayant peur des chiens peut progressivement :

regarder un chien à distance ;

se rapprocher ;

rester dans la même pièce ;

approcher un chien calme ;

éventuellement le toucher.

La progression dépend de la situation.

La hiérarchie d’exposition

Traditionnellement, on construit souvent une liste de situations classées selon leur difficulté.

Par exemple :

regarder une photographie d’un chien ;

regarder une vidéo ;

observer un chien derrière une fenêtre ;

se tenir à vingt mètres d’un chien ;

à dix mètres ;

à cinq mètres ;

rester près d’un chien tenu en laisse.

Cette progression permet de construire l’apprentissage étape par étape.

Une hiérarchie n’est pas une prison

Il n’est pas obligatoire de respecter exactement chaque niveau.

La progression peut être ajustée.

Certaines personnes avancent rapidement.

D’autres ont besoin de davantage d’étapes.

Le programme doit rester individualisé.

Éviter une progression infiniment confortable

À l’inverse, construire cinquante micro-étapes uniquement pour ne jamais ressentir d’anxiété peut maintenir l’évitement.

L’exposition suppose généralement un contact réel avec une certaine difficulté.

Elle doit être tolérable, mais elle ne peut pas toujours être confortable.

Exposition graduée ou intensive

Certaines interventions utilisent une progression graduelle.

D’autres peuvent proposer des expositions plus intensives.

Le choix dépend :

du problème ;

des données disponibles ;

de la personne ;

du contexte clinique.

L’intensité n’est pas en elle-même une preuve d’efficacité.

Le flooding

Historiquement, certaines méthodes ont utilisé une exposition très intense, parfois appelée flooding ou immersion.

La personne est confrontée rapidement à une situation fortement anxiogène.

Cette approche existe dans l’histoire des thérapies comportementales, mais elle ne doit pas être confondue avec le principe général de l’exposition.

Une exposition brutale, mal préparée ou imposée peut être inutilement éprouvante et favoriser l’abandon.

Le consentement

La personne doit comprendre :

ce qui est proposé ;

pourquoi ;

comment ;

avec quel objectif.

Elle doit pouvoir participer aux décisions.

L’exposition thérapeutique n’est pas une épreuve de courage imposée par le thérapeute.

« Vous devez affronter votre peur »

Cette phrase peut devenir violente si elle ignore :

le rythme ;

le contexte ;

la sécurité ;

les capacités de la personne.

Une exposition est une intervention clinique.

Pas un défi lancé pour prouver quelque chose.

Exposition en imagination

Lorsque la situation ne peut pas être facilement reproduite, l’exposition peut se dérouler en imagination.

La personne évoque mentalement une situation redoutée de manière structurée.

Cette méthode peut être utilisée dans différents problèmes.

Une image mentale peut provoquer une réaction réelle

Imaginer une situation peut produire :

anxiété ;

tension ;

accélération cardiaque ;

émotion.

L’exposition imaginaire utilise cette capacité pour travailler avec certains déclencheurs.

L’imagination n’est pas toujours facile

Certaines personnes visualisent très peu.

D’autres présentent une aphantasie.

Il est alors possible d’utiliser :

description verbale ;

texte ;

audio ;

autres modalités.

La qualité de l’exposition ne dépend pas nécessairement de la capacité à produire une image mentale très détaillée.

Exposition intéroceptive

L’exposition intéroceptive concerne les sensations corporelles redoutées.

Elle est particulièrement connue dans le traitement du trouble panique.

Une personne peut avoir peur de :

cœur accéléré ;

vertiges ;

essoufflement ;

chaleur ;

impression d’irréalité.

Elle interprète ces sensations comme dangereuses.

Provoquer volontairement certaines sensations

Dans un cadre adapté, certains exercices peuvent produire temporairement une sensation redoutée.

Par exemple :

tourner sur soi-même pour provoquer un léger vertige ;

faire un effort pour augmenter le rythme cardiaque ;

respirer selon un exercice précisément encadré pour reproduire certaines sensations.

Le choix dépend de la personne et de son état de santé.

Pourquoi provoquer ce que l’on redoute ?

Parce que la personne peut apprendre :

« Cette sensation est inconfortable, mais elle n’annonce pas nécessairement la catastrophe que j’imagine. »

Le corps devient moins mystérieux et moins menaçant.

Évaluation préalable

Une exposition intéroceptive doit tenir compte de la santé physique.

Certaines provocations corporelles peuvent être inadaptées dans certaines situations médicales.

Le thérapeute ne doit pas appliquer mécaniquement un exercice standard.

Trouble panique

Dans le trouble panique, la personne peut développer une peur intense des sensations elles-mêmes.

Elle ressent une accélération cardiaque.

Elle pense :

« Je vais mourir. »

Cette pensée augmente la peur.

Le cœur accélère davantage.

Le cercle s’amplifie.

L’exposition intéroceptive permet de travailler directement avec cette peur des sensations.

Exposition et agoraphobie

L’agoraphobie peut conduire à éviter :

transports ;

centres commerciaux ;

files d’attente ;

lieux éloignés du domicile ;

situations dont il semble difficile de sortir.

L’exposition peut progressivement reconstruire la capacité à fréquenter ces situations.

La distance devient parfois l’exercice

Une personne peut commencer par :

sortir devant chez elle ;

marcher jusqu’au coin de la rue ;

rester quelques minutes ;

augmenter progressivement la distance.

Ce qui paraît banal pour quelqu’un d’autre peut représenter une étape considérable.

Phobies spécifiques

Les phobies spécifiques constituent l’un des domaines classiques de l’exposition.

Animaux.

Hauteur.

Avion.

Orage.

Sang.

Injections.

Espaces clos.

Les protocoles peuvent différer selon le type de peur.

Phobie du sang et des injections

Certaines personnes présentent une réponse particulière pouvant aller jusqu’au malaise ou à l’évanouissement.

Des techniques spécifiques, comme la tension appliquée, peuvent être utilisées dans certains cas.

Une exposition standard n’est donc pas automatiquement identique pour toutes les phobies.

Anxiété sociale

L’exposition peut concerner :

prendre la parole ;

poser une question ;

manger devant d’autres personnes ;

entrer seul dans un lieu ;

exprimer un désaccord ;

commettre une petite erreur visible.

Mais il ne suffit pas d’être physiquement présent.

L’attention joue un rôle

Une personne peut participer à une réunion tout en surveillant constamment :

sa voix ;

ses mains ;

son visage ;

les réactions des autres.

Elle reste enfermée dans une observation anxieuse d’elle-même.

Le travail peut donc également porter sur la manière de diriger l’attention.

Les comportements de sécurité

Dans l’anxiété sociale, la personne peut :

préparer chaque phrase ;

éviter le regard ;

parler très peu ;

cacher ses mains ;

répéter mentalement ce qu’elle va dire.

Ces comportements peuvent donner l’impression :

« Si cela s’est bien passé, c’est uniquement parce que j’ai tout contrôlé. »

Leur réduction progressive peut faire partie de l’exposition.

Expériences de « violation des attentes »

Une personne prédit :

« Si je bafouille, tout le monde va se moquer. »

L’exercice peut permettre d’observer ce qui arrive réellement.

Parfois personne ne réagit.

Parfois quelqu’un remarque l’hésitation mais rien de grave ne suit.

La prédiction catastrophique est mise à l’épreuve.

Et si quelqu’un se moque réellement ?

L’exposition n’est pas une promesse que personne ne sera jamais désagréable.

La personne peut également apprendre :

« Quelqu’un s’est moqué et j’ai pu faire face. »

L’apprentissage porte alors sur sa capacité à gérer l’événement.

TOC

L’exposition joue un rôle central dans le traitement comportemental du trouble obsessionnel-compulsif.

Elle est généralement associée à la prévention de la réponse, d’où l’expression :

exposition avec prévention de la réponse — EPR.

Exemple de contamination

Une personne touche une poignée de porte.

L’obsession apparaît :

« Je suis contaminé. »

Habituellement, elle se lave immédiatement les mains.

Dans l’EPR, elle entre en contact avec un déclencheur choisi et retarde ou évite la compulsion prévue selon le plan thérapeutique.

La prévention de la réponse

L’exposition seule peut être insuffisante si la personne réalise immédiatement la compulsion.

Toucher la poignée puis se laver pendant vingt minutes peut renforcer :

« Heureusement que je me suis lavé. »

Réduire la compulsion permet un nouvel apprentissage.

Les compulsions mentales

Toutes les compulsions ne sont pas visibles.

Une personne peut :

répéter mentalement une phrase ;

annuler une pensée ;

vérifier un souvenir ;

chercher intérieurement une certitude.

Ces comportements doivent également être identifiés.

La rassurance

Demander :

« Tu es sûr que je n’ai fait de mal à personne ? »

peut devenir une compulsion.

La réponse rassure temporairement.

Puis le doute revient.

L’exposition peut impliquer d’apprendre à tolérer l’incertitude sans obtenir constamment une nouvelle confirmation.

Accepter l’incertitude

L’objectif n’est pas toujours d’apprendre :

« Rien de mauvais n’arrivera. »

Il peut être :

« Je ne peux pas obtenir une certitude absolue, et je peux continuer sans vérifier. »

Cette distinction est fondamentale dans le TOC.

Pensées intrusives

Certaines personnes craignent leurs propres pensées.

« Et si je blessais quelqu’un ? »

« Et si je perdais le contrôle ? »

L’existence d’une pensée intrusive ne signifie pas qu’elle sera mise en acte.

Des expositions adaptées peuvent travailler la peur associée à ces pensées.

L’exposition ne doit pas créer un danger réel

Tolérer l’incertitude ne signifie pas ignorer les précautions normales.

Une exposition thérapeutique ne demande pas :

de conduire dangereusement ;

de manipuler volontairement un produit toxique ;

de mettre quelqu’un en danger.

Le risque recherché doit rester psychologique et proportionné, pas devenir un risque objectif injustifié.

ESPT et exposition

Certaines thérapies du trouble de stress post-traumatique utilisent une exposition structurée aux souvenirs ou aux situations évitées.

La Prolonged Exposure Therapy, développée notamment par Edna Foa et ses collaborateurs, constitue l’une des approches les plus étudiées.

Exposition au souvenir traumatique

La personne peut raconter ou revisiter de manière structurée le souvenir dans un cadre thérapeutique.

L’objectif n’est pas de la faire souffrir pour qu’elle « évacue » le traumatisme.

Il est de permettre de nouveaux apprentissages concernant :

souvenir ;

danger actuel ;

évitement ;

capacité à tolérer l’émotion.

Le souvenir n’est pas l’événement

Repenser à un événement terrible peut provoquer une forte réaction.

Mais la personne se trouve actuellement dans un autre lieu et un autre temps.

La thérapie travaille notamment cette distinction.

Pas de recherche forcée de détails

Le thérapeute ne doit pas pousser la personne à produire des détails dont elle n’a pas le souvenir.

L’exposition n’est pas une enquête destinée à reconstituer parfaitement le passé.

Mémoire reconstructive

Comme dans toute psychothérapie travaillant avec les souvenirs, il faut éviter les suggestions susceptibles de créer de fausses certitudes.

Une image apparue pendant une séance ne constitue pas automatiquement une preuve historique.

Toutes les personnes traumatisées n’ont pas besoin du même traitement

Plusieurs psychothérapies centrées sur le traumatisme disposent de données scientifiques.

Le choix dépend notamment :

des symptômes ;

des préférences ;

des capacités ;

des comorbidités ;

du contexte.

L’exposition n’est pas une obligation morale.

Le mythe : « Il faut d’abord être parfaitement stabilisé »

Certaines personnes ont réellement besoin d’un travail préparatoire important.

Mais repousser indéfiniment tout traitement du traumatisme au motif que la personne ne serait jamais « assez stable » peut également prolonger l’évitement.

L’évaluation doit être individualisée.

Le mythe inverse : « Il faut raconter immédiatement »

Il est tout aussi faux de penser que toute personne traumatisée doit raconter en détail son histoire dès les premières séances.

Le rythme dépend du traitement choisi et de la situation.

Exposition et honte

Certaines situations sont évitées non à cause d’un danger physique mais à cause de la honte.

Montrer une imperfection.

Dire qu’on ne sait pas.

Demander de l’aide.

Être vu sans préparation parfaite.

L’exposition peut alors concerner la tolérance au regard réel ou imaginé des autres.

Perfectionnisme

Une personne peut volontairement réaliser une tâche de manière « suffisamment bonne » plutôt que parfaite.

Envoyer un courriel après une seule relecture.

Laisser une petite imperfection sans la corriger.

L’expérience teste :

« Que se passe-t-il réellement si tout n’est pas parfait ? »

Peur de l’échec

Une personne peut éviter les projets pour ne jamais découvrir qu’elle pourrait échouer.

L’exposition peut consister à reprendre progressivement :

candidatures ;

examens ;

activités ;

situations d’évaluation.

Le but n’est pas de garantir la réussite.

Il est de rendre l’échec éventuel supportable.

Peur du rejet

Une personne peut ne jamais demander ce qu’elle souhaite parce qu’elle redoute un refus.

L’exposition peut inclure certaines demandes réalistes avec la possibilité qu’un « non » survienne.

Elle apprend alors :

un refus n’est pas agréable ;

mais il n’est pas nécessairement destructeur.

Exposition aux émotions

Certaines personnes évitent systématiquement :

tristesse ;

colère ;

culpabilité ;

vulnérabilité.

Elles se distraient immédiatement ou cherchent à neutraliser l’émotion.

Certaines approches thérapeutiques travaillent une forme d’exposition à l’expérience émotionnelle elle-même.

Ressentir n’est pas agir

Être en colère ne signifie pas devoir agresser.

Être triste ne signifie pas s’effondrer définitivement.

Ressentir une émotion peut devenir une expérience tolérable sans passage automatique à l’action.

Exposition à l’incertitude

L’incertitude est au cœur de nombreuses difficultés anxieuses.

« Et si… ? »

La personne cherche alors :

vérification ;

prévision ;

rassurance ;

contrôle.

Mais la certitude totale est impossible.

Certaines expositions travaillent donc directement la capacité à laisser une question sans réponse immédiate.

Ne pas vérifier

Envoyer un message et ne pas vérifier immédiatement s’il a été lu.

Faire une démarche sans demander dix confirmations.

Laisser une petite incertitude ouverte.

Ces expériences peuvent sembler modestes mais être très importantes pour certaines personnes.

Les prédictions avant l’exposition

Une exposition devient particulièrement informative lorsque la personne précise ce qu’elle redoute.

« Si je reste dix minutes, je vais m’évanouir. »

« Si je rougis, tout le monde va rire. »

« Si je ne vérifie pas, je ne supporterai pas le doute. »

La prédiction peut ensuite être comparée à l’expérience.

Mesurer autre chose que l’anxiété

Historiquement, on demandait souvent :

« À combien est votre anxiété sur 100 ? »

Cette mesure peut être utile.

Mais elle ne doit pas devenir l’unique critère.

On peut aussi demander :

qu’avez-vous appris ?

votre prédiction s’est-elle réalisée ?

qu’avez-vous découvert sur votre capacité à faire face ?

avez-vous utilisé des comportements de sécurité ?

Une exposition réussie peut rester anxieuse

La personne prend le métro.

Son anxiété reste élevée.

Mais elle effectue le trajet sans fuir.

Elle apprend :

« Je peux voyager même avec cette anxiété. »

La séance peut donc être thérapeutiquement utile malgré l’absence de calme complet.

Ne pas faire de la baisse d’anxiété une obligation

Si la personne pense :

« Je dois rester jusqu’à ce que mon anxiété tombe à 20 % »,

elle peut commencer à surveiller constamment son état.

La baisse d’anxiété devient elle-même une condition de réussite.

Cela peut être contre-productif.

Varier les expositions

Pour renforcer l’apprentissage, il peut être utile de varier :

lieux ;

horaires ;

situations ;

durées ;

personnes présentes.

Une personne qui ne pratique que dans le cabinet peut apprendre :

« Je peux le faire ici avec mon thérapeute. »

Le but est de généraliser.

L’exposition dans la vie réelle

Le travail entre les séances est souvent essentiel.

Une phobie du métro ne peut généralement pas être entièrement traitée en parlant du métro une heure par semaine.

L’expérience doit rejoindre la vie quotidienne.

Répétition

Un nouvel apprentissage demande souvent plusieurs expériences.

Une exposition réussie une fois ne garantit pas que la peur soit durablement modifiée.

La répétition consolide ce qui a été appris.

Espacer et renouveler

Il peut être utile de pratiquer dans différentes conditions plutôt que reproduire éternellement exactement le même exercice.

L’objectif est une capacité flexible.

Les comportements de sécurité

Ils méritent une attention particulière.

Une personne peut entrer dans une situation tout en conservant tout ce qu’elle considère comme indispensable à sa survie.

Téléphone constamment à la main.

Personne de confiance obligatoirement présente.

Médicament transporté uniquement pour se rassurer alors qu’il n’est pas médicalement nécessaire.

Issue de secours surveillée.

Les réduire progressivement

Il n’est pas toujours nécessaire de supprimer tous les comportements de sécurité immédiatement.

Le thérapeute peut déterminer lesquels empêchent réellement l’apprentissage.

Leur réduction doit être raisonnée.

Une aide réellement nécessaire n’est pas un comportement de sécurité pathologique

Une personne handicapée peut avoir besoin d’un accompagnement.

Une personne souffrant d’une maladie peut avoir besoin de son traitement.

Une personne confrontée à un danger réel doit utiliser les mesures de sécurité appropriées.

La thérapie ne transforme pas les besoins légitimes en symptômes.

L’exposition avec le thérapeute

Certaines premières expositions peuvent être réalisées avec le professionnel.

Cela permet :

d’observer ;

d’ajuster ;

de comprendre les réactions ;

de construire la confiance.

Mais la présence du thérapeute ne doit pas devenir indispensable pour toujours.

Le thérapeute ne sauve pas

S’il rassure constamment :

« Tout va bien, je suis là, rien ne peut arriver »,

la personne peut apprendre :

« Je peux affronter cette situation uniquement parce que mon thérapeute me protège. »

L’objectif est progressivement de développer l’autonomie.

Exposition assistée par un proche

Un proche peut parfois participer.

Mais son rôle doit être défini.

S’il rassure, vérifie et protège constamment, il peut involontairement maintenir le problème.

Famille et TOC

Les proches peuvent être entraînés dans les compulsions.

Vérifier pour la personne.

Répondre vingt fois à la même question.

Nettoyer selon ses règles.

Modifier toute la maison pour éviter les déclencheurs.

On parle parfois d’accommodation familiale.

Réduire l’accommodation sans brutalité

Il ne s’agit pas de dire du jour au lendemain :

« Débrouille-toi, je ne t’aide plus. »

Un plan progressif peut être nécessaire.

La famille doit comprendre le mécanisme.

Enfants et adolescents

L’exposition peut être utilisée avec des enfants et adolescents pour différentes difficultés anxieuses.

Elle doit être adaptée :

à l’âge ;

au développement ;

à la compréhension ;

aux objectifs.

Les parents peuvent parfois participer.

Transformer l’exposition en défi choisi

Avec un enfant, le travail peut prendre une forme concrète et ludique.

Construire une échelle de courage.

Choisir une mission.

Observer ce qui a été appris.

Mais le jeu ne doit pas masquer une contrainte.

Récompenses

Des renforcements peuvent parfois soutenir l’effort, particulièrement chez les enfants.

Mais l’objectif est progressivement que l’enfant constate aussi les bénéfices naturels :

plus de liberté ;

plus d’activités ;

moins d’évitement.

Exposition et autisme

Certaines personnes autistes peuvent présenter des peurs ou troubles anxieux pour lesquels l’exposition est pertinente.

Mais il faut distinguer :

peur disproportionnée ;

besoin sensoriel réel ;

situation réellement insupportable.

Forcer une personne à supporter une surcharge sensorielle n’est pas nécessairement une exposition thérapeutique.

Une sensibilité sensorielle n’est pas automatiquement une phobie

Si un son est réellement douloureux ou extrêmement agressif sensoriellement, l’objectif ne doit pas nécessairement être :

« Habituez-vous. »

Des adaptations environnementales peuvent être légitimes.

Exposition et douleur

Dans certains programmes concernant la douleur chronique, une exposition graduée peut être utilisée lorsque la peur du mouvement contribue fortement à l’évitement.

La personne reprend progressivement certaines activités jugées médicalement possibles.

Cela ne signifie pas qu’elle doit ignorer toute douleur.

Peur du mouvement

Après une blessure, la personne peut penser :

« Si je bouge, je vais forcément me détériorer davantage. »

Lorsque cette prédiction n’est plus médicalement justifiée, la reprise progressive peut aider à reconstruire la confiance dans le mouvement.

Exposition et émétophobie

La peur de vomir peut entraîner :

restrictions alimentaires ;

évitement des transports ;

surveillance corporelle ;

évitement des personnes malades.

Une thérapie peut utiliser plusieurs formes d’exposition :

situations ;

mots ;

images ;

sensations ;

incertitude.

Les exercices doivent rester sûrs et adaptés.

Peur de la maladie

Certaines personnes recherchent continuellement :

informations ;

examens ;

rassurance ;

auto-surveillance.

Une exposition peut parfois consister à réduire progressivement ces vérifications et à tolérer davantage d’incertitude.

Mais cela ne signifie pas ignorer un symptôme nécessitant réellement une évaluation médicale.

La différence entre exposition et imprudence

Cette frontière est fondamentale.

Une personne ayant peur de conduire peut s’exposer progressivement à la conduite dans des conditions légales et sûres.

On ne lui demande pas de conduire dangereusement.

Une personne ayant peur des infections peut travailler certaines conduites excessives.

On ne lui demande pas de manipuler volontairement des agents dangereux.

Le risque doit être réaliste

L’exposition cherche à corriger une surestimation ou une incapacité à tolérer l’incertitude.

Elle ne nie pas l’existence du risque dans la vie.

Exposition et réalité virtuelle

La réalité virtuelle permet aujourd’hui de créer certains environnements d’exposition.

Hauteur.

Avion.

Animaux.

Situations sociales.

Elle sera abordée plus spécifiquement dans le chapitre consacré à la thérapie par réalité virtuelle.

Pourquoi utiliser la réalité virtuelle ?

Elle permet de contrôler :

intensité ;

durée ;

répétition ;

environnement.

Elle peut être particulièrement utile lorsque l’exposition réelle est difficile à organiser.

Elle ne remplace pas toujours le réel

Une personne peut réussir parfaitement une exposition virtuelle et rester anxieuse dans la situation réelle.

Le transfert doit donc être évalué.

Technologies numériques

Vidéos, images, applications et programmes interactifs peuvent également soutenir certaines expositions.

Mais l’outil technologique ne remplace pas automatiquement :

évaluation ;

formulation ;

progression adaptée.

L’auto-exposition

Certaines personnes réalisent seules des exercices d’exposition, notamment après avoir appris les principes.

Cela peut favoriser l’autonomie.

Mais certaines situations complexes nécessitent davantage d’encadrement.

Quand l’exposition est-elle mal utilisée ?

Lorsqu’elle est :

imposée ;

humiliante ;

dangereuse ;

sans objectif clair ;

trop intense sans raison ;

non adaptée au problème ;

utilisée comme démonstration d’autorité.

« Vous avez peur ? Alors faites-le immédiatement » n’est pas une psychothérapie.

Exposition et retraumatisation

Le terme « retraumatisation » est parfois utilisé très largement.

Ressentir une émotion intense pendant une thérapie du traumatisme ne signifie pas automatiquement qu’un nouveau traumatisme est créé.

Mais une intervention peut devenir nocive lorsqu’elle ignore :

consentement ;

sécurité ;

rythme ;

dissociation importante ;

réactions de la personne.

La distinction demande de la nuance.

La détresse n’est pas automatiquement un dommage

Une exposition efficace peut être inconfortable.

Une thérapie ne peut pas promettre l’absence totale de détresse.

Mais l’inconfort doit avoir une fonction thérapeutique claire.

Souffrir davantage n’est jamais en soi un objectif.

Le thérapeute doit savoir pourquoi il expose

Chaque exercice devrait répondre à une hypothèse.

Que cherche-t-on à apprendre ?

Quel mécanisme de maintien est visé ?

Quelle prédiction est testée ?

Sans réponse claire, l’exposition risque de devenir un exercice arbitraire.

Le rôle de la formulation

Deux personnes évitent les ascenseurs.

La première craint :

qu’il tombe.

La seconde :

de faire une attaque de panique sans pouvoir sortir.

Le comportement est identique.

La peur ne l’est pas.

Les expositions peuvent donc nécessiter des objectifs différents.

La peur du danger

Première personne :

« L’ascenseur va s’écraser. »

Le travail concerne la probabilité et l’apprentissage de sécurité.

La peur de la panique

Deuxième personne :

« Je vais paniquer et je ne pourrai pas m’échapper. »

Le travail concerne davantage :

sensations ;

tolérance de l’anxiété ;

absence de fuite.

L’analyse fonctionnelle guide l’exposition.

Préparer l’exposition

Une préparation utile peut comprendre :

objectif ;

prédiction ;

comportements de sécurité ;

durée ;

conditions ;

ce que l’on observera.

La préparation ne doit pas devenir une nouvelle manière d’éviter indéfiniment l’exercice.

Après l’exposition

Le débriefing est important.

Pas seulement :

« Votre anxiété a-t-elle diminué ? »

Mais :

« Qu’aviez-vous prévu ? »

« Qu’est-il arrivé ? »

« Qu’avez-vous appris ? »

« Qu’avez-vous fait pour vous rassurer ? »

« Que pourriez-vous tester différemment la prochaine fois ? »

Les surprises sont précieuses

La personne pensait :

« Je ne tiendrai pas plus de deux minutes. »

Elle en tient quinze.

Ou :

« Mon anxiété va monter sans fin. »

Elle monte puis fluctue.

Le nouvel apprentissage vient souvent de la différence entre la prédiction et l’expérience.

Parfois la prédiction se réalise

Une personne craint :

« Je vais rougir. »

Elle rougit.

Mais personne ne réagit.

Ou quelqu’un le remarque.

Et la conversation continue.

Le nouvel apprentissage devient :

« Ce que je redoutais peut arriver sans produire toutes les conséquences que j’imaginais. »

Le courage n’est pas l’absence de peur

Dans l’exposition, le progrès n’est pas nécessairement :

« Je n’ai rien ressenti. »

Il peut être :

« J’ai eu peur et je l’ai fait quand même. »

Cette différence est fondamentale.

La motivation

La personne doit savoir pourquoi elle accepte cet inconfort.

Prendre le métro pour :

retravailler ;

voir ses enfants ;

voyager ;

retrouver son autonomie.

La valeur de l’objectif donne du sens à l’exercice.

Exposition pour faire plaisir au thérapeute

C’est un mauvais moteur.

La thérapie doit reconnecter l’exposition à la vie que la personne souhaite récupérer.

Quand arrêter une exposition ?

Une séance n’a pas nécessairement besoin d’être poursuivie jusqu’à disparition complète de l’anxiété.

La décision dépend :

du protocole ;

de l’objectif ;

de l’apprentissage recherché.

Le thérapeute évite à la fois :

l’arrêt systématique dès que l’anxiété monte ;

et la règle rigide obligeant à attendre un chiffre précis.

La flexibilité

L’exposition contemporaine cherche souvent à multiplier les apprentissages plutôt qu’à reproduire un rituel thérapeutique parfaitement identique.

La personne apprend :

dans plusieurs lieux ;

à plusieurs niveaux d’anxiété ;

avec différentes situations.

Le monde réel varie.

L’apprentissage doit pouvoir varier lui aussi.

Prévention de rechute

À la fin du traitement, il peut être utile d’identifier :

les évitements susceptibles de revenir ;

les situations rarement rencontrées ;

les signes précoces de rétrécissement de la vie.

La personne sait alors comment reprendre l’exposition si nécessaire.

Le retour d’une peur n’est pas un échec

Après plusieurs années, une peur peut réapparaître.

La personne peut se dire :

« Je connais ce mécanisme. »

Elle recommence à s’approcher plutôt qu’à reconstruire progressivement tout un système d’évitement.

Les preuves scientifiques

Les thérapies utilisant l’exposition disposent d’une base scientifique importante, particulièrement pour plusieurs :

phobies spécifiques ;

troubles anxieux ;

trouble panique ;

TOC ;

troubles liés au traumatisme.

Mais le protocole pertinent dépend du problème.

« Faire de l’exposition » sans formulation précise n’est pas suffisant.

Une méthode puissante exige de la précision

Parce que l’exposition est relativement simple à expliquer, elle peut donner l’impression d’être facile à pratiquer.

Mais une exposition bien conçue demande de comprendre :

la peur ;

l’évitement ;

les compulsions ;

les comportements de sécurité ;

les prédictions ;

le contexte ;

les risques réels.

Ce que l’exposition ne dit pas

Elle ne dit pas :

« Votre peur est ridicule. »

Elle ne dit pas :

« Rien de mauvais n’arrive jamais. »

Elle ne dit pas :

« Forcez-vous jusqu’à ne plus rien ressentir. »

Elle dit plutôt :

« Vérifions ce que la peur vous annonce, ce que vous faites pour l’éviter, et ce que l’expérience peut vous apprendre lorsque vous cessez progressivement de laisser cette peur décider seule. »

Retrouver du territoire

L’anxiété peut progressivement réduire une vie.

On ne prend plus :

le métro.

Puis le bus.

Puis la voiture.

On ne sort plus seul.

Puis presque plus du tout.

L’exposition travaille souvent dans le sens inverse.

Un trajet.

Puis un autre.

Un lieu.

Puis un autre.

La vie reprend progressivement du territoire.

Le critère final

La réussite ne se mesure donc pas uniquement à l’intensité de la peur.

Une personne peut encore ressentir une certaine anxiété dans un avion et néanmoins :

voyager ;

partir en vacances ;

rendre visite à sa famille.

Le changement fonctionnel est considérable.

À retenir

La thérapie d’exposition est une intervention majeure des approches comportementales et cognitivo-comportementales.

Elle consiste à entrer volontairement et méthodiquement en contact avec ce qui est redouté afin de construire de nouveaux apprentissages et de réduire les mécanismes d’évitement qui entretiennent certaines peurs.

Elle peut prendre plusieurs formes :

exposition in vivo ;

exposition en imagination ;

exposition intéroceptive ;

exposition aux pensées ou souvenirs ;

exposition à l’incertitude ;

exposition avec prévention de la réponse ;

exposition assistée par réalité virtuelle.

Elle est particulièrement utilisée dans différentes prises en charge des :

phobies ;

troubles anxieux ;

attaques de panique et agoraphobie ;

TOC ;

troubles liés au traumatisme.

L’exposition ne consiste pas à jeter brutalement une personne dans sa peur. Elle doit reposer sur une formulation du problème, un objectif thérapeutique clair et une progression adaptée.

Son succès ne se mesure pas obligatoirement à la disparition immédiate de l’anxiété. Une personne peut apprendre quelque chose d’essentiel tout en restant anxieuse : elle peut découvrir qu’elle est capable de rester, d’agir, de tolérer l’incertitude ou de traverser une sensation qu’elle croyait insupportable.

Elle ne demande jamais d’ignorer un danger réel. Une précaution justifiée reste une précaution justifiée. Le travail porte sur les évitements et comportements de sécurité disproportionnés qui enferment progressivement la personne.

Le véritable enjeu de l’exposition n’est donc pas de devenir quelqu’un qui n’a plus peur. Il est de cesser progressivement de donner à la peur un droit de veto sur sa vie. Lorsque la personne recommence à aller là où elle voulait aller, à faire ce qu’elle voulait faire et à accepter qu’une certaine anxiété puisse parfois voyager avec elle sans choisir la destination, l’exposition a accompli une part essentielle de son travail.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.