LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
SCHÉMAS — THÉRAPIE DES SCHÉMAS
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La thérapie des schémas, développée principalement par le psychologue Jeffrey Young à partir des années 1980 et 1990, est une approche psychothérapeutique intégrative.
Elle s’est construite notamment à partir des thérapies cognitives et comportementales, tout en intégrant des éléments issus :
de la théorie de l’attachement ;
des approches psychodynamiques ;
des thérapies expérientielles ;
de la Gestalt-thérapie.
Elle a initialement été développée pour des personnes présentant des difficultés psychologiques durables qui répondaient insuffisamment aux approches cognitives classiques.
Elle s’intéresse particulièrement aux schémas précoces inadaptés : des organisations relativement stables de souvenirs, émotions, sensations et croyances qui se construisent au cours du développement et peuvent continuer à influencer la manière dont une personne se perçoit, perçoit les autres et interprète ses relations.
La question centrale pourrait être formulée ainsi :
« Pourquoi certaines situations réveillent-elles en moi, encore et encore, la même manière de me sentir, de penser et de réagir, même lorsque je sais rationnellement que la situation actuelle est différente ? »
Qu’est-ce qu’un schéma ?
Dans le langage courant, un schéma peut être compris comme un modèle répétitif.
Dans la thérapie des schémas, le concept possède un sens plus précis.
Un schéma précoce inadapté peut inclure :
des croyances ;
des émotions ;
des souvenirs ;
des sensations corporelles ;
des attentes concernant soi-même et les autres.
Il constitue en quelque sorte une grille à travers laquelle certaines situations sont interprétées.
Un exemple
Une personne possède un schéma d’abandon.
Son partenaire répond tardivement à un message.
L’événement objectif est simple :
la réponse tarde.
Mais le schéma peut rapidement produire :
« Il s’éloigne. »
« Il va me quitter. »
« Je vais encore me retrouver seule. »
L’émotion devient très intense.
La personne peut alors :
envoyer de nombreux messages ;
accuser ;
surveiller ;
se retirer brutalement ;
menacer de rompre avant d’être quittée.
Le schéma influence donc à la fois l’interprétation et la réaction.
Un schéma n’est pas simplement une pensée
Dans une thérapie cognitive classique, on peut travailler sur une pensée automatique telle que :
« Il ne répond pas parce qu’il ne m’aime plus. »
La thérapie des schémas cherche souvent plus loin :
quelle organisation émotionnelle durable rend cette interprétation si rapidement crédible et si douloureuse ?
Le schéma peut être ressenti comme une évidence profonde plutôt que comme une simple idée.
Les besoins émotionnels fondamentaux
Le modèle de Jeffrey Young considère que les enfants possèdent plusieurs catégories de besoins émotionnels fondamentaux.
Ils concernent notamment :
la sécurité et l’attachement ;
l’autonomie et le développement des compétences ;
la liberté d’exprimer certains besoins et émotions ;
la spontanéité et le jeu ;
des limites réalistes et l’apprentissage de l’autocontrôle.
Lorsque ces besoins sont durablement insatisfaits, certains schémas peuvent se développer.
Besoin ne signifie pas droit à tout
Reconnaître les besoins d’un enfant ne signifie pas supprimer :
limites ;
frustrations ;
règles.
Un enfant a également besoin de limites adaptées et prévisibles.
L’absence totale de cadre n’est pas nécessairement favorable à son développement.
Comment les schémas apparaissent-ils ?
Le modèle propose plusieurs voies possibles.
Un enfant peut recevoir trop peu de quelque chose dont il a besoin.
Par exemple :
peu d’affection ;
peu de sécurité ;
peu de reconnaissance.
Il peut au contraire vivre des expériences traumatiques ou très négatives.
Il peut recevoir excessivement certaines choses :
surprotection ;
absence de limites ;
contrôle.
Enfin, son tempérament interagit avec son environnement.
Pas une équation automatique
Une expérience d’enfance ne produit pas mécaniquement un schéma précis.
Deux enfants élevés dans une même famille peuvent développer des fonctionnements différents.
Tempérament.
Relations extérieures.
Événements.
Interprétations.
Ressources.
De nombreux facteurs interviennent.
Les parents ne sont pas l’unique source
Les schémas peuvent être influencés par :
parents ;
fratrie ;
école ;
pairs ;
harcèlement ;
relations affectives ;
culture ;
événements traumatiques.
Il serait donc réducteur de transformer la thérapie des schémas en recherche systématique de ce que les parents ont mal fait.
Les schémas peuvent aussi évoluer plus tard
Le terme « précoce » souligne l’importance du développement.
Mais l’être humain continue à être influencé par ses expériences ultérieures.
Une relation abusive à l’âge adulte, par exemple, peut renforcer ou modifier certaines croyances profondes.
Les 18 schémas précoces inadaptés
Le modèle classique de Young décrit 18 schémas, regroupés en plusieurs grands domaines.
Ces catégories sont des constructions cliniques.
Elles ne doivent pas être utilisées comme des diagnostics officiels ni comme des identités définitives.
Domaine 1 — Séparation et rejet
Ce domaine concerne notamment l’attente que certains besoins de sécurité, de stabilité ou d’acceptation ne seront pas suffisamment satisfaits.
Il comprend plusieurs schémas.
Abandon / instabilité
La personne s’attend à ce que les personnes importantes deviennent indisponibles ou disparaissent.
Elle peut être très sensible :
aux séparations ;
aux changements ;
aux retards ;
aux signes de distance.
Méfiance / abus
La personne s’attend à être :
blessée ;
trompée ;
manipulée ;
humiliée ;
exploitée.
Cette attente peut conduire à une vigilance relationnelle très importante.
Carence affective
La personne s’attend à ne pas recevoir suffisamment :
d’affection ;
de compréhension ;
d’attention ;
de protection émotionnelle.
Elle peut penser :
« Personne ne sera réellement là pour moi. »
Imperfection / honte
La personne se perçoit comme profondément :
défectueuse ;
mauvaise ;
indigne ;
inférieure.
Elle peut craindre que les autres découvrent ce qu’elle considère comme son « vrai moi ».
Isolement social / aliénation
La personne se sent différente ou exclue.
Elle peut avoir l’impression :
de ne pas appartenir ;
d’être étrangère aux groupes ;
de ne jamais être vraiment comme les autres.
Domaine 2 — Manque d’autonomie et de performance
Ce domaine concerne des difficultés à se percevoir comme capable de fonctionner de manière suffisamment autonome.
Dépendance / incompétence
La personne pense avoir besoin des autres pour gérer :
décisions ;
responsabilités ;
problèmes quotidiens.
Elle peut douter fortement de ses propres capacités.
Vulnérabilité au danger ou à la maladie
La personne craint qu’une catastrophe puisse survenir à tout moment.
Maladie.
Accident.
Catastrophe.
Perte de contrôle.
La menace peut être largement surestimée.
Fusion / soi peu développé
La personne peut être très étroitement liée à une autre, au point d’avoir des difficultés à développer :
préférences propres ;
identité ;
autonomie.
La proximité n’est pas le problème.
La difficulté apparaît lorsque la différenciation devient très limitée.
Échec
La personne s’attend à échouer ou se considère comme fondamentalement moins capable que les autres.
Elle peut éviter les défis.
Ou travailler excessivement pour tenter de prouver le contraire.
Domaine 3 — Limites déficientes
Ce domaine concerne notamment certaines difficultés concernant :
limites ;
réciprocité ;
autocontrôle.
Droits personnels exagérés / grandeur
La personne peut considérer qu’elle mérite des privilèges particuliers ou que certaines règles ordinaires ne devraient pas s’appliquer à elle.
Mais la présence de ce schéma ne permet pas à elle seule de poser un diagnostic de trouble narcissique.
Contrôle de soi / autodiscipline insuffisants
La personne peut rencontrer des difficultés importantes à :
tolérer la frustration ;
différer une gratification ;
maintenir un effort ;
contrôler certaines impulsions.
Là encore, plusieurs causes peuvent produire ce type de difficulté.
Le schéma n’est pas une explication universelle.
Domaine 4 — Orientation vers les autres
La personne organise fortement son comportement autour :
des attentes ;
des besoins ;
des réactions
des autres.
Assujettissement
Elle peut renoncer à ses propres préférences ou besoins pour éviter :
conflit ;
rejet ;
colère ;
abandon.
Elle peut avoir beaucoup de difficulté à dire non.
Abnégation
La personne se consacre excessivement aux besoins des autres.
Aider n’est évidemment pas pathologique.
La difficulté apparaît lorsque cela devient chronique et produit :
épuisement ;
ressentiment ;
oubli de soi.
Recherche d’approbation et de reconnaissance
La valeur personnelle dépend fortement :
de l’opinion ;
de l’admiration ;
de la validation
des autres.
Les choix peuvent être orientés davantage par :
« Que penseront-ils de moi ? »
que par :
« Qu’est-ce qui compte réellement pour moi ? »
Domaine 5 — Survigilance et inhibition
Ce domaine concerne des fonctionnements dans lesquels :
contrôle ;
rigidité ;
anticipation négative ;
inhibition émotionnelle
occupent une place importante.
Négativité / pessimisme
L’attention est fortement attirée vers :
risques ;
erreurs ;
pertes ;
problèmes potentiels.
La personne peut avoir du mal à laisser une place aux aspects positifs sans immédiatement anticiper ce qui pourrait mal tourner.
Inhibition émotionnelle
Certaines émotions ou expressions sont fortement contrôlées.
La personne peut éviter de montrer :
tristesse ;
colère ;
vulnérabilité ;
enthousiasme.
Elle peut craindre :
perdre le contrôle ;
être jugée ;
être ridicule.
Exigences élevées / critique excessive
La personne se soumet à des standards extrêmement élevés.
« Je dois faire mieux. »
« Ce n’est jamais assez. »
« Je n’ai pas le droit à l’erreur. »
Le perfectionnisme peut devenir épuisant.
Punition
La personne estime que les erreurs doivent être sévèrement sanctionnées.
Elle peut être très dure :
avec elle-même ;
avec les autres.
Le pardon des erreurs ou la prise en compte des circonstances deviennent difficiles.
Posséder un schéma ne signifie pas être malade
Beaucoup de personnes peuvent se reconnaître partiellement dans certaines descriptions.
Cela ne signifie pas qu’elles présentent un trouble psychologique.
Les schémas se situent sur des continuums.
La question porte notamment sur :
intensité ;
rigidité ;
fréquence ;
souffrance ;
conséquences dans la vie.
Le danger des tests sur Internet
Les questionnaires de schémas peuvent être intéressants comme outils d’exploration.
Mais remplir un test en ligne et obtenir :
« Abandon : 78 % »
ne constitue pas un diagnostic.
Le score doit être interprété dans un contexte beaucoup plus large.
« Je suis abandon »
Non.
Une personne peut présenter un schéma d’abandon relativement actif dans certaines situations.
Elle n’est pas ce schéma.
Le langage est important parce que les catégories thérapeutiques peuvent rapidement devenir des identités.
Les schémas dormants
Un schéma peut être relativement discret pendant longtemps.
Puis une situation particulière l’active.
Une personne fonctionne très bien professionnellement mais une relation amoureuse réveille soudain une peur intense d’abandon.
Le schéma dépend donc aussi du contexte.
Les déclencheurs
Un déclencheur peut être :
un mot ;
un comportement ;
une séparation ;
une critique ;
un échec ;
un silence ;
une situation ressemblant à une expérience antérieure.
Lorsque le schéma est activé, la réaction peut sembler disproportionnée à l’événement actuel.
« Je sais que c’est excessif, mais… »
La personne peut avoir deux niveaux d’expérience.
Une partie d’elle sait :
« Un retard de vingt minutes ne signifie pas qu’il va m’abandonner. »
Une autre ressent :
« C’est exactement ce qui est en train d’arriver. »
La thérapie cherche à travailler cette divergence.
Les styles d’adaptation
Young décrit trois grandes manières de réagir à un schéma :
se soumettre ;
éviter ;
surcompenser.
Ces stratégies ont souvent une logique protectrice.
Mais elles peuvent également maintenir le schéma.
La soumission au schéma
La personne agit comme si le schéma était entièrement vrai.
Schéma :
« Je ne mérite pas d’être respecté. »
Elle accepte continuellement des relations dans lesquelles ses besoins sont ignorés.
Chaque nouvelle expérience semble confirmer le schéma.
L’évitement
La personne organise sa vie pour ne pas activer le schéma.
Schéma :
« Si quelqu’un me connaît vraiment, il me rejettera. »
Elle évite :
intimité ;
relations profondes ;
situations où elle pourrait être évaluée.
Le schéma est moins ressenti.
Mais il n’est jamais réellement mis à l’épreuve.
La surcompensation
La personne agit à l’opposé du schéma.
Schéma profond :
« Je suis inférieur. »
Elle cherche constamment à :
dominer ;
prouver sa supériorité ;
rabaisser les autres ;
être irréprochable.
La stratégie masque le schéma sans nécessairement le modifier.
Les stratégies ont pu être utiles
Un enfant apprend à ne jamais montrer sa vulnérabilité parce qu’elle est utilisée contre lui.
Cette stratégie a pu être protectrice.
À l’âge adulte, elle peut rendre l’intimité extrêmement difficile.
La thérapie ne juge pas simplement la stratégie.
Elle examine si elle est encore adaptée.
Les modes
La thérapie des schémas a progressivement développé un second concept très important : les modes de schémas.
Un mode correspond à un état psychologique momentanément actif.
La personne peut passer d’un mode à un autre relativement rapidement.
Cette notion est particulièrement utile lorsque plusieurs schémas et stratégies s’activent simultanément.
Pourquoi les modes ?
Dire à une personne :
« Vous avez huit schémas actifs »
peut devenir très abstrait.
Les modes permettent de travailler davantage avec l’expérience présente.
« Quelle partie de votre fonctionnement est actuellement aux commandes ? »
Les modes Enfant
Le modèle décrit plusieurs modes liés aux états émotionnels infantiles.
Les noms exacts et classifications peuvent varier selon les développements du modèle.
On retrouve notamment :
l’Enfant vulnérable ;
l’Enfant en colère ;
l’Enfant impulsif ou indiscipliné ;
l’Enfant heureux.
L’Enfant vulnérable
Il peut correspondre à des états de :
peur ;
solitude ;
honte ;
abandon ;
impuissance.
Une situation actuelle peut réveiller très fortement cet état.
L’Enfant en colère
Il exprime notamment la colère associée à des besoins non satisfaits ou à des limites vécues comme injustes.
La colère n’est pas automatiquement problématique.
Elle peut contenir une information importante.
La question est ce qu’on en fait.
L’Enfant impulsif
Ce mode correspond davantage à la recherche immédiate de satisfaction avec une faible tolérance à la frustration ou aux limites.
Le travail thérapeutique ne consiste pas à humilier cette partie mais à développer davantage d’autorégulation.
L’Enfant heureux
Ce mode représente notamment la capacité à :
jouer ;
ressentir de la joie ;
être spontané ;
se sentir suffisamment en sécurité ;
être relié aux autres.
La thérapie ne travaille donc pas uniquement avec les modes douloureux.
Les modes Parent
Le modèle utilise également des modes représentant certaines voix intériorisées.
Parent punitif
« Tu es nul. »
« Tu mérites ce qui t’arrive. »
« Tu n’aurais jamais dû faire cette erreur. »
La personne se traite intérieurement avec une grande dureté.
Parent exigeant
« Travaille encore. »
« Ce n’est pas assez. »
« Tu dois réussir. »
« Tu n’as pas le droit de te reposer. »
Cette voix peut pousser à fonctionner bien au-delà des limites raisonnables.
Le mot « parent » est symbolique
Un mode Parent punitif ne signifie pas nécessairement qu’un parent réel a prononcé exactement ces phrases.
Ces attitudes peuvent provenir de plusieurs sources :
famille ;
école ;
culture ;
expériences ;
conclusions personnelles.
Le thérapeute doit éviter les reconstructions simplistes.
Les modes d’adaptation
Plusieurs modes correspondent aux stratégies utilisées pour gérer les schémas.
On peut retrouver, selon les classifications :
protecteur détaché ;
capitulateur docile ;
surcompensateur.
Protecteur détaché
La personne coupe ou réduit le contact avec certaines émotions.
Elle peut :
s’isoler ;
fonctionner mécaniquement ;
éviter l’intimité ;
se distraire continuellement.
Cette stratégie peut avoir protégé contre une souffrance importante.
Capitulateur docile
La personne se soumet.
Elle accepte.
Elle évite le conflit.
Elle peut penser :
« Il vaut mieux ne rien dire. »
La stratégie réduit momentanément le risque perçu.
Mais elle peut renforcer les situations où ses besoins ne sont pas respectés.
Surcompensateur
La personne combat le sentiment de vulnérabilité par une attitude opposée.
Elle peut devenir :
dominante ;
contrôlante ;
très compétitive ;
extrêmement indépendante.
L’apparence extérieure peut donc être très différente du schéma sous-jacent.
L’Adulte sain
L’un des objectifs importants de la thérapie consiste à développer le mode appelé Adulte sain.
Il représente notamment la capacité à :
reconnaître les besoins ;
prendre soin de soi ;
poser des limites ;
assumer des responsabilités ;
tolérer les frustrations ;
entretenir des relations réciproques ;
faire des choix réalistes.
Adulte sain ne signifie pas adulte parfait
Il peut :
se tromper ;
être triste ;
être en colère ;
demander de l’aide ;
avoir peur.
La santé psychologique n’est pas l’absence de vulnérabilité.
Elle concerne davantage la manière dont cette vulnérabilité peut être reconnue et gérée.
Le langage des « parties »
Les modes peuvent parfois être présentés comme différentes parties de soi.
« Une partie de vous est terrifiée. »
« Une autre veut tout contrôler. »
Cette formulation peut faciliter la compréhension.
Mais ces parties ne sont pas nécessairement des entités psychologiques indépendantes.
Elles constituent un modèle thérapeutique.
Une carte, pas l’être humain
Comme tout modèle, la thérapie des schémas simplifie une réalité complexe.
Les catégories peuvent aider à se repérer.
Elles ne doivent pas devenir une nouvelle prison conceptuelle.
L’évaluation
Au début du travail, le thérapeute cherche à comprendre :
difficultés actuelles ;
histoire ;
relations ;
schémas possibles ;
styles d’adaptation ;
modes ;
besoins émotionnels.
Des questionnaires peuvent être utilisés en complément.
La formulation de cas
Le thérapeute construit progressivement avec la personne une compréhension de son fonctionnement.
Par exemple :
critique → activation du schéma d’imperfection → honte → Parent punitif → retrait → impossibilité de recevoir un retour constructif.
Cette carte permet d’identifier plusieurs endroits où le cycle peut être modifié.
Une formulation collaborative
La personne doit pouvoir dire :
« Oui, cela me ressemble »
ou :
« Non, ce n’est pas ainsi que je le vis. »
Le thérapeute ne possède pas le droit de forcer le patient à entrer dans son modèle.
Les techniques cognitives
La thérapie des schémas conserve une dimension cognitive.
Elle peut examiner les preuves qui soutiennent ou contredisent certaines croyances.
« Je suis incapable. »
Le thérapeute peut explorer :
dans quelles situations ?
depuis quand ?
quelles expériences semblent le confirmer ?
quelles expériences le contredisent ?
Les cartes mémo
Certaines personnes utilisent des cartes ou notes rappelant une réponse plus équilibrée lorsqu’un schéma est activé.
Par exemple :
« Le fait qu’il soit occupé ne signifie pas automatiquement qu’il m’abandonne. Je peux attendre avant de conclure. »
Le message est préparé lorsque la personne est relativement calme.
Mais la logique ne suffit pas toujours
Une personne peut savoir depuis longtemps :
« Je ne suis pas nulle. »
Et continuer à le ressentir profondément.
C’est pourquoi la thérapie des schémas utilise également des méthodes expérientielles.
L’imagerie
L’imagerie mentale occupe une place importante.
La personne peut revisiter mentalement certaines situations significatives.
Le but n’est pas de reconstituer historiquement chaque détail.
Il s’agit de travailler avec l’expérience émotionnelle et les besoins qui y sont associés.
Rescripting en imagerie
L’imagery rescripting, ou restructuration par imagerie, permet de modifier symboliquement le déroulement d’une scène.
Par exemple, dans l’imagerie, l’adulte actuel ou le thérapeute peut intervenir pour protéger l’enfant représenté.
Cela ne modifie évidemment pas ce qui s’est réellement produit.
Réparer symboliquement n’est pas réécrire l’histoire
Une scène imaginaire dans laquelle quelqu’un vient enfin défendre l’enfant peut produire une expérience émotionnelle importante.
Mais elle ne signifie pas que le passé a changé.
Elle travaille la représentation et l’expérience présentes.
Mémoire et prudence
L’imagerie peut produire des images très vives.
Une image vive n’est pas automatiquement un souvenir exact.
Le thérapeute doit éviter toute suggestion pouvant conduire à fabriquer une certitude historique.
Travail avec les chaises
La thérapie des schémas utilise également des techniques de dialogue sur chaises, influencées notamment par la Gestalt.
Une chaise peut représenter :
Parent punitif ;
Enfant vulnérable ;
Adulte sain ;
autre mode.
La personne peut changer de position et exprimer différentes perspectives.
Donner une voix à ce qui se passe intérieurement
Une personne entend continuellement :
« Tu es incapable. »
Sur une autre chaise, elle peut progressivement développer une réponse :
« J’ai fait une erreur. Cela ne signifie pas que je suis incapable. »
L’objectif est de modifier le rapport entre les modes.
Une technique, pas un théâtre obligatoire
Certaines personnes trouvent le travail sur chaises très puissant.
D’autres le trouvent artificiel ou inconfortable.
Il n’a pas à être imposé.
Une même fonction thérapeutique peut parfois être travaillée autrement.
Le travail comportemental
Comprendre les schémas ne suffit pas.
La personne doit progressivement essayer de nouveaux comportements.
On parle notamment de rupture des patterns comportementaux.
Changer une répétition
Une personne avec un schéma d’assujettissement accepte toujours les demandes.
Le travail peut progressivement consister à :
identifier ses préférences ;
exprimer un petit désaccord ;
refuser certaines demandes ;
tolérer la culpabilité qui apparaît.
Le changement se produit dans la vie réelle.
Les expériences comportementales
La personne peut tester une prédiction.
« Si je dis non, cette personne va immédiatement me rejeter. »
Elle pose une limite raisonnable.
Puis observe ce qui se produit réellement.
L’expérience peut confirmer ou modifier l’attente.
Et si la personne réagit réellement mal ?
C’est également une information.
La thérapie ne consiste pas à convaincre le patient que tout le monde est bienveillant.
Parfois une limite révèle réellement qu’une relation était fondée sur l’absence de limites.
Le travail consiste alors à aider la personne à décider ce qu’elle veut faire de cette information.
La relation thérapeutique
La relation avec le thérapeute joue un rôle particulièrement important.
La thérapie des schémas utilise notamment le concept de reparentage limité, souvent traduit par reparentage limité ou parfois « reparentage partiel » selon les usages.
Qu’est-ce que le reparentage limité ?
Le thérapeute cherche à offrir, dans les limites professionnelles, certaines qualités relationnelles qui ont pu manquer :
stabilité ;
respect ;
validation ;
protection ;
encouragement ;
limites cohérentes.
Le mot « limité » est essentiel.
Le thérapeute ne devient pas un parent
Il ne remplace pas :
mère ;
père ;
famille.
Il reste un professionnel.
Le reparentage ne justifie pas :
intrusion ;
contacts illimités ;
dépendance entretenue ;
franchissement des frontières professionnelles.
Une relation corrective
Une personne s’attend à être humiliée lorsqu’elle fait une erreur.
Elle se trompe pendant la thérapie.
Le thérapeute ne l’humilie pas.
Cette expérience répétée peut progressivement modifier certaines attentes.
La relation devient alors un lieu d’apprentissage.
La confrontation empathique
La thérapie des schémas utilise également la notion de confrontation empathique.
Le thérapeute reconnaît la logique du fonctionnement tout en montrant son coût.
« Je comprends pourquoi vous vous protégez en coupant immédiatement la relation. Et en même temps, cette stratégie vous laisse seule chaque fois que vous commencez à vous attacher. »
Compréhension et changement sont associés.
Valider n’est pas tout accepter
Le thérapeute peut comprendre pourquoi une personne devient agressive lorsqu’elle se sent rejetée.
Il ne valide pas nécessairement l’agression.
Il distingue :
l’émotion ;
le besoin ;
le comportement.
Les besoins
La thérapie cherche souvent à identifier le besoin situé derrière la réaction.
Sécurité.
Respect.
Autonomie.
Affection.
Limite.
Reconnaissance.
Mais reconnaître un besoin ne signifie pas que n’importe quelle manière de le satisfaire est acceptable.
Besoin et stratégie
Besoin :
être rassuré sur la relation.
Stratégie :
lire secrètement les messages du partenaire.
Le besoin peut être compréhensible.
La stratégie pose un problème.
La thérapie cherche d’autres moyens de répondre au besoin.
Les relations amoureuses
Les schémas apparaissent souvent très clairement dans les relations intimes.
Abandon.
Méfiance.
Carence affective.
Assujettissement.
Imperfection.
Les partenaires deviennent parfois les déclencheurs les plus puissants.
L’attraction des situations familières
Une personne peut se retrouver à plusieurs reprises dans des relations ressemblant à certaines expériences anciennes.
Mais il faut éviter la formule :
« Vous choisissez inconsciemment exactement le même partenaire que votre père ou votre mère. »
Les choix amoureux sont beaucoup plus complexes.
Le « chemistry » des schémas
Certains auteurs de la thérapie des schémas parlent d’une attraction particulière pour des relations activant fortement les schémas.
Cette idée peut être utile pour réfléchir à certaines répétitions.
Elle ne doit pas devenir une loi selon laquelle nous serions programmés à rechercher systématiquement nos blessures d’enfance.
Couple
La thérapie des schémas peut également être adaptée au travail de couple.
Chaque partenaire peut activer les schémas de l’autre.
L’un se retire.
L’autre ressent l’abandon.
Il poursuit.
Le premier se sent envahi.
Il se retire davantage.
Le cycle s’amplifie.
Comprendre le cycle sans effacer les responsabilités
Comme dans toute thérapie relationnelle, un cycle interactif ne doit pas servir à distribuer équitablement la responsabilité lorsqu’il existe :
violence ;
abus ;
contrôle coercitif.
La sécurité reste prioritaire.
Personnalité
La thérapie des schémas a été particulièrement développée pour certaines difficultés durables de personnalité.
Elle a notamment fait l’objet de recherches importantes concernant le trouble de la personnalité borderline.
D’autres applications ont ensuite été développées.
Trouble borderline
Le travail par modes peut être particulièrement utile lorsque la personne passe rapidement entre différents états :
vulnérabilité ;
colère ;
détachement ;
autocritique.
Le modèle fournit un langage permettant d’organiser ces changements sans réduire la personne à un seul état.
Personnalité narcissique
Des modèles de schémas ont également été utilisés pour comprendre certaines difficultés narcissiques.
Par exemple, une apparence de supériorité peut parfois fonctionner comme surcompensation face à :
honte ;
sentiment d’infériorité ;
vulnérabilité.
Mais cette explication ne doit pas être appliquée automatiquement à toute personne arrogante ou dominatrice.
Dépression
Des schémas tels que :
échec ;
imperfection ;
carence affective ;
négativité
peuvent participer à certaines expériences dépressives.
La thérapie peut travailler ces organisations lorsque leur rôle est pertinent.
Anxiété
Certains schémas peuvent également contribuer à l’anxiété.
Vulnérabilité au danger.
Abandon.
Méfiance.
Exigences élevées.
Mais la thérapie des schémas n’est pas nécessairement le premier traitement indiqué pour chaque trouble anxieux.
Troubles alimentaires
Des applications de la thérapie des schémas ont été développées dans certains troubles alimentaires.
Le travail peut concerner :
honte ;
contrôle ;
exigences ;
émotions ;
modes d’adaptation.
La prise en charge doit cependant tenir compte des dimensions médicales et nutritionnelles lorsqu’elles sont présentes.
Addictions
Certaines conduites addictives peuvent être comprises, dans ce modèle, comme des stratégies permettant d’éviter ou d’atténuer temporairement certains états émotionnels.
Le travail sur les schémas peut alors compléter des interventions spécifiquement destinées à l’addiction.
Traumatisme
La thérapie des schémas peut être utilisée avec certaines personnes ayant vécu des traumatismes.
Les techniques expérientielles doivent cependant être adaptées au niveau de stabilité et à la situation.
L’intensité émotionnelle n’est pas une preuve d’efficacité.
Le travail doit rester tolérable
Revisiter une scène difficile ne sert pas à démontrer que la personne peut souffrir davantage.
Le thérapeute doit pouvoir :
ralentir ;
interrompre ;
modifier l’exercice ;
revenir au présent.
Les schémas et le corps
Lorsqu’un schéma est activé, la personne peut ressentir :
tension ;
oppression ;
agitation ;
envie de fuir ;
engourdissement.
Ces sensations peuvent être explorées.
Mais elles ne constituent pas un code permettant d’identifier automatiquement le schéma.
Le danger de voir des schémas partout
Après avoir découvert le modèle, il est tentant de classer chaque réaction.
« Ça, c’est mon abandon. »
« Ça, c’est son assujettissement. »
« Là, elle est en Parent punitif. »
Le modèle peut alors devenir envahissant.
La vie n’est pas un tableau de 18 cases
Une personne peut être triste parce qu’une situation est triste.
Elle peut être en colère parce qu’une injustice réelle a eu lieu.
Elle peut ne pas faire confiance à quelqu’un parce que cette personne s’est réellement montrée peu fiable.
Toute réaction n’est pas nécessairement l’activation d’un schéma.
Une méfiance peut être réaliste
La thérapie ne cherche pas à rendre la personne confiante envers tout le monde.
Elle cherche plutôt à distinguer :
danger actuel ;
attente ancienne ;
incertitude.
Parfois la bonne conclusion est effectivement :
« Cette personne n’est pas digne de confiance. »
Une peur d’abandon peut rencontrer un abandon réel
Si quelqu’un quitte réellement la relation, le thérapeute ne devrait pas réduire la douleur à :
« Votre schéma s’est activé. »
Il existe également une perte réelle.
Le modèle ne doit pas effacer l’événement.
Un schéma d’échec face à un échec réel
Une personne peut échouer à un examen.
La thérapie ne doit pas nier le fait.
Elle peut travailler ce qui vient ensuite :
« J’ai échoué à cet examen »
devient-il :
« Je suis incapable de réussir quoi que ce soit » ?
C’est là que le schéma peut apparaître.
Le contexte social
Les schémas ne doivent pas servir à psychologiser des problèmes sociaux.
Une personne appartenant à un groupe réellement discriminé peut anticiper certains comportements parce qu’elle les a effectivement rencontrés.
Tout sentiment d’exclusion n’est pas un schéma d’isolement social.
Pauvreté et vulnérabilité
Une personne en grande précarité peut être inquiète concernant :
logement ;
argent ;
avenir.
La thérapie ne doit pas transformer cette inquiétude réaliste en simple schéma de vulnérabilité.
La réalité extérieure compte.
Culture
Les normes concernant :
autonomie ;
famille ;
expression émotionnelle ;
devoir envers les proches
varient selon les cultures.
Un thérapeute doit éviter de considérer son propre modèle culturel comme la définition universelle de l’Adulte sain.
Autonomie n’est pas individualisme obligatoire
Une personne peut choisir une vie très familiale et interdépendante.
La question est de savoir si cette organisation est :
choisie ;
suffisamment réciproque ;
compatible avec ses besoins.
Spiritualité
Les croyances spirituelles ou religieuses peuvent également influencer les schémas, positivement ou négativement.
Elles peuvent fournir :
sens ;
appartenance ;
soutien.
Elles peuvent aussi, dans certains contextes, être associées à des croyances très punitives.
Le thérapeute doit travailler avec l’expérience de la personne sans imposer sa propre vision.
Pardon
La thérapie des schémas n’exige pas de pardonner aux personnes qui ont fait du mal.
Une personne peut modifier ses schémas sans :
se réconcilier ;
reprendre contact ;
excuser.
Le travail concerne sa liberté actuelle.
Les parents vieillissants
Une personne peut comprendre davantage l’histoire de ses parents avec le temps.
Cette compréhension peut produire :
compassion ;
colère ;
distance ;
rapprochement.
Aucune réponse n’est obligatoire.
Comprendre ne signifie pas absoudre
Un parent a peut-être lui-même été profondément blessé.
Cela peut expliquer certains comportements.
Cela n’annule pas leurs conséquences sur l’enfant.
Les deux réalités peuvent coexister.
La colère contre les parents
Elle peut faire partie du travail.
Mais une thérapie ne devrait pas chercher systématiquement à produire cette colère.
Certaines personnes sont déjà en colère.
D’autres non.
Le thérapeute ne décide pas à leur place de l’émotion qu’elles devraient ressentir.
Les souvenirs positifs
Une enfance difficile peut également contenir :
affection ;
moments heureux ;
personnes protectrices ;
réussites.
Reconnaître ces éléments ne minimise pas les difficultés.
Une histoire complexe peut contenir plusieurs vérités.
Renforcer l’Adulte sain
Une partie importante du travail consiste à développer progressivement la capacité à :
protéger l’Enfant vulnérable ;
mettre des limites au Parent punitif ;
réguler les impulsions ;
choisir des relations plus adaptées ;
répondre aux besoins de manière réaliste.
L’autocompassion
Certaines interventions contemporaines peuvent intégrer des éléments d’autocompassion.
Une personne apprend à remplacer :
« Tu es lamentable »
par une réponse plus réaliste :
« Tu as fait une erreur. Voyons comment la réparer. »
La compassion n’abolit pas la responsabilité.
Les limites
Un Adulte sain sait également dire :
non.
Il ne se contente pas d’être gentil avec lui-même.
Il protège :
temps ;
corps ;
ressources ;
relations.
Il peut aussi accepter les limites posées par les autres.
Frustration
La santé psychologique implique également la capacité à tolérer que certains besoins ne soient pas immédiatement satisfaits.
La thérapie des schémas ne vise donc pas à répondre à tous les désirs de l’Enfant vulnérable ou impulsif.
Elle développe une relation interne plus équilibrée.
Responsabilité
Une histoire difficile peut expliquer beaucoup de choses.
Elle n’autorise pas tout.
Un adulte peut reconnaître :
« Voilà pourquoi je réagis ainsi »
puis travailler :
« Maintenant, que vais-je faire de cette réaction ? »
Explication et responsabilité peuvent coexister.
Durée de la thérapie
La thérapie des schémas est souvent plus longue que certaines TCC très focalisées, particulièrement lorsqu’elle travaille des difficultés de personnalité anciennes.
Mais sa durée varie selon :
problématique ;
objectifs ;
intensité des schémas ;
contexte.
Il n’existe pas une durée unique.
Une thérapie structurée mais profonde
Elle possède une formulation relativement organisée.
Mais elle ne se limite pas à :
fiches ;
questionnaires ;
exercices.
Elle accorde une place importante :
à la relation ;
aux émotions ;
à l’histoire ;
aux expériences thérapeutiques.
Formation du thérapeute
La maîtrise du vocabulaire des schémas ne suffit pas.
Un professionnel doit savoir :
évaluer ;
construire une formulation ;
utiliser les techniques expérientielles ;
gérer la relation thérapeutique ;
adapter le travail aux difficultés complexes.
Les réseaux sociaux et les schémas
Le vocabulaire des schémas s’est largement diffusé en ligne.
Cette popularisation peut aider certaines personnes à mettre des mots sur leurs expériences.
Mais elle favorise aussi des simplifications.
« Ton schéma d’abandon te fait choisir des narcissiques »
Ce type de formule combine souvent plusieurs concepts de manière beaucoup trop certaine.
Une relation ne peut pas être expliquée correctement à partir d’une phrase virale.
La vie relationnelle est plus complexe.
Ne pas diagnostiquer son partenaire
Connaître la thérapie des schémas ne permet pas de transformer chaque conflit en analyse clinique de l’autre.
« Tu es en surcompensation parce que ton Enfant vulnérable est activé »
risque surtout de produire une dispute supplémentaire.
Le modèle est d’abord destiné à faciliter le travail thérapeutique.
Les données scientifiques
La thérapie des schémas a fait l’objet d’un nombre croissant de recherches.
Les données sont particulièrement importantes concernant certains troubles de la personnalité, notamment le trouble borderline.
Des recherches existent également pour d’autres difficultés.
Mais le niveau de preuve varie selon les indications.
Une approche prometteuse ne traite pas tout
Le fait qu’un modèle soit riche et intuitivement convaincant ne signifie pas qu’il soit nécessaire pour chaque problème.
Une phobie spécifique, par exemple, peut parfois être traitée efficacement sans explorer longuement les schémas d’enfance.
L’intervention doit rester proportionnée.
Les limites du modèle
Les 18 schémas et les modes constituent une organisation clinique utile.
Mais ils ne représentent pas une cartographie définitive et universelle de l’esprit humain.
Les frontières entre catégories peuvent être discutées.
Plusieurs schémas peuvent se chevaucher.
Les classifications ont évolué avec le développement du modèle.
Le modèle doit servir la personne
Si la personne passe davantage de temps à déterminer :
« Est-ce mon schéma d’abandon ou ma carence affective ? »
qu’à vivre différemment, le modèle a peut-être pris trop de place.
Les concepts doivent faciliter le changement.
Pas devenir une nouvelle obsession classificatoire.
Quand la thérapie avance
Au début :
« Il ne répond pas. Il va m’abandonner. »
Puis :
« Mon schéma d’abandon vient probablement de s’activer. »
Puis :
« Je ressens très fortement la peur d’être abandonnée, mais je ne sais pas encore ce que son silence signifie. »
Puis :
« Je peux attendre davantage d’informations avant d’agir. »
La peur peut toujours exister.
Mais elle ne décide plus automatiquement de la conduite.
Le schéma perd de son pouvoir
Un schéma ne disparaît pas toujours complètement.
Certaines situations peuvent continuer à le réveiller.
Mais la personne le reconnaît plus rapidement.
Elle peut choisir une autre réponse.
La différence est considérable.
Une nouvelle expérience répétée
Les schémas se sont souvent construits sur des expériences répétées.
Leur modification demande généralement elle aussi des expériences répétées.
Être respecté.
Poser une limite.
Survivre à un désaccord.
Demander de l’aide.
Réussir sans être parfait.
Être aimé sans devoir tout donner.
Peu à peu, l’ancienne règle perd son caractère absolu.
À retenir
La thérapie des schémas, développée principalement par Jeffrey Young, est une psychothérapie intégrative issue notamment des TCC et enrichie d’influences issues de l’attachement, des approches psychodynamiques, expérientielles et gestaltistes.
Elle travaille avec les schémas précoces inadaptés, organisations relativement durables comprenant notamment :
croyances ;
émotions ;
souvenirs ;
sensations ;
attentes relationnelles.
Le modèle classique décrit 18 schémas, regroupés en cinq grands domaines, ainsi que différents modes représentant des états psychologiques momentanément actifs.
La thérapie utilise plusieurs types d’interventions :
cognitives ;
expérientielles ;
comportementales ;
relationnelles.
Parmi ses outils figurent notamment :
imagerie et rescripting ;
dialogues sur chaises ;
travail sur les comportements répétitifs ;
confrontation empathique ;
reparentage limité.
Les schémas ne sont ni des diagnostics ni des identités. Se reconnaître dans une description ne signifie pas présenter un trouble psychologique.
Le modèle doit également rester en contact avec la réalité. Une peur peut parfois correspondre à un danger réel. Une méfiance peut être justifiée. Une injustice sociale n’est pas nécessairement un schéma.
Enfin, comprendre pourquoi un comportement s’est construit ne dispense pas de travailler sur ses conséquences actuelles.
La thérapie des schémas ne cherche donc pas simplement à découvrir quelle blessure ancienne explique la personne que nous sommes aujourd’hui. Elle cherche surtout à reconnaître les vieilles règles qui continuent parfois à gouverner notre présent comme si rien n’avait changé. Une fois ces règles visibles, l’histoire reste la même, mais elle cesse progressivement d’avoir le dernier mot : ce qui fut nécessaire pour survivre, être accepté ou se protéger autrefois n’est plus obligé de décider de chaque relation et de chaque choix de demain.
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