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IMAGERIE MENTALE EN PSYCHOTHÉRAPIE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

IMAGERIE MENTALE EN PSYCHOTHÉRAPIE

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L’imagerie mentale désigne la capacité à produire ou à évoquer intérieurement des représentations sensorielles en l’absence de l’objet ou de la situation correspondante.

Nous pensons souvent que réfléchir signifie utiliser des mots.

Mais une grande partie de notre vie psychologique peut également prendre la forme d’images.

Nous imaginons une conversation avant qu’elle ait lieu.

Nous revoyons le visage d’une personne.

Nous anticipons une catastrophe.

Nous nous représentons une réussite.

Un souvenir revient sous la forme d’une scène.

Une personne anxieuse peut « voir » mentalement tout ce qui pourrait mal se passer avant même d’avoir quitté son domicile.

Une personne honteuse peut revoir pendant des années quelques secondes d’une situation embarrassante.

L’imagerie mentale n’est donc pas simplement une technique ajoutée artificiellement par la psychothérapie. Elle fait déjà partie du fonctionnement humain.

La psychothérapie peut apprendre à l’observer, à l’explorer et parfois à la modifier.

Une image mentale peut influencer les émotions presque comme une expérience en miniature. C’est précisément ce qui peut la rendre thérapeutiquement utile — et ce qui impose de ne pas la manipuler sans précaution.

Nous ne pensons pas uniquement avec des mots

Imaginez un citron.

Sa couleur.

Sa forme.

Imaginez maintenant que vous le coupez.

Que vous en approchez une moitié de votre bouche.

Que vous mordez directement dans sa chair.

Certaines personnes constatent immédiatement une réaction physique.

La bouche produit davantage de salive.

Le visage se contracte légèrement.

Pourtant, aucun citron réel n’est présent.

Une représentation mentale peut donc provoquer une réponse corporelle.

Cette propriété constitue l’un des fondements de nombreuses utilisations thérapeutiques de l’imagerie.

Toutes les personnes n’imaginent pas de la même manière

Certaines personnes produisent des images extrêmement détaillées.

D’autres les perçoivent de manière vague.

Certaines pensent davantage en sensations, en mots, en mouvements ou en concepts.

Il existe également des personnes présentant une aphantasie, c’est-à-dire une capacité très réduite ou absente à produire volontairement certaines images mentales visuelles.

Cela ne signifie pas qu’elles sont incapables d’imagination.

Le thérapeute doit adapter la méthode plutôt que conclure :

« Vous ne savez pas faire l’exercice. »

L’imagerie n’est pas uniquement visuelle

Le terme « image » peut faire penser exclusivement à la vision.

Mais une représentation mentale peut également être :

auditive ;

tactile ;

olfactive ;

gustative ;

corporelle ;

kinesthésique.

Une personne peut ne rien « voir » clairement mais imaginer très facilement une voix, une sensation de chaleur ou le mouvement de son corps.

Le travail thérapeutique peut utiliser le canal qui lui est le plus naturel.

L’image et l’émotion

Les images mentales peuvent posséder une puissance émotionnelle particulière.

Comparez :

« Je pourrais échouer à cet examen. »

avec l’image intérieure de soi assis devant une copie vide, regardé par les autres, incapable d’écrire quoi que ce soit.

La seconde expérience peut provoquer une anxiété beaucoup plus forte.

L’image condense une situation.

Elle lui donne une forme presque perceptive.

C’est pourquoi certaines images jouent un rôle important dans l’anxiété, les phobies, le traumatisme, la honte ou l’anticipation.

Les images catastrophiques

Une personne anxieuse peut imaginer très rapidement le pire scénario.

Une douleur apparaît.

Elle se voit déjà gravement malade.

Son enfant ne répond pas au téléphone.

Elle imagine un accident.

Elle doit faire une présentation.

Elle se voit incapable de parler devant tout le monde.

L’image augmente l’émotion.

L’émotion rend l’image plus crédible.

Le cycle peut alors s’autoalimenter.

Une image n’est pas une prédiction

Cette distinction est fondamentale.

La capacité à imaginer précisément un événement ne renseigne pas automatiquement sur sa probabilité.

Une personne peut visualiser un accident avec une précision extraordinaire.

Cela ne signifie pas qu’elle possède une intuition prédictive.

Le cerveau peut construire des scénarios extrêmement convaincants.

L’intensité subjective ne constitue pas une preuve sur l’avenir.

L’image comme matériau thérapeutique

Le thérapeute peut demander :

« Lorsque vous pensez à cette situation, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit ? »

La personne répond :

« Je me vois seule dans une pièce, et tout le monde est parti. »

Cette image peut devenir un point de départ.

Que représente-t-elle pour la personne ?

Quand apparaît-elle ?

Quelle émotion accompagne-t-elle ?

Qu’est-ce qu’elle semble dire sur elle-même, sur les autres ou sur ce qu’elle redoute ?

L’objectif n’est pas d’appliquer un dictionnaire symbolique.

Pas de traduction universelle des images

Une maison ne signifie pas automatiquement « le moi ».

L’eau ne signifie pas nécessairement « les émotions ».

Une porte n’indique pas obligatoirement « une transition ».

Un animal n’a pas une signification psychologique universelle.

La même image peut avoir des sens totalement différents selon les personnes.

Le thérapeute peut demander :

« Qu’est-ce que cette maison représente pour vous ? »

plutôt que déclarer :

« La maison représente votre personnalité. »

Imagerie guidée

Dans une imagerie guidée, le thérapeute accompagne verbalement la construction ou l’exploration d’une scène intérieure.

Il peut proposer :

« Imaginez un endroit dans lequel vous vous sentez suffisamment tranquille. »

Puis préciser éventuellement :

« Regardez ce qui se trouve autour de vous. »

« Remarquez les sons. »

« Observez ce qui vous aide à vous sentir suffisamment en sécurité. »

Le degré de guidage peut varier considérablement.

Guider sans coloniser l’image

Un thérapeute trop directif peut finir par construire sa propre scène plutôt que celle du patient.

« Vous êtes sur une magnifique plage, le ciel est bleu, vous entendez les vagues et vous vous sentez parfaitement détendu. »

Mais la personne déteste la plage.

Elle a peur de l’eau.

Ou elle ne se sent absolument pas détendue.

Une proposition plus ouverte laisse davantage de place à son expérience.

Le « lieu sûr »

L’imagerie d’un lieu sûr est utilisée dans différentes approches.

La personne imagine un endroit associé à une sensation suffisante de sécurité ou de calme.

Il peut être réel.

Imaginaire.

Intérieur.

Extérieur.

Très simple.

Mais le terme « lieu sûr » n’est pas universellement adapté.

Certaines personnes ayant vécu des traumatismes importants ne parviennent pas à imaginer un lieu totalement sûr.

Demander :

« Pouvez-vous imaginer un endroit un peu plus calme ou suffisamment protégé ? »

peut être plus accessible.

Une image de sécurité n’est pas une garantie de sécurité

Le thérapeute ne doit pas confondre régulation interne et réalité extérieure.

Une personne vivant actuellement dans un environnement dangereux n’a pas seulement besoin d’imaginer un refuge.

La sécurité concrète reste prioritaire.

L’imagerie peut aider à réguler une émotion.

Elle ne doit pas devenir un substitut à l’action lorsque le problème se trouve réellement dans l’environnement.

Imagerie et relaxation

Les exercices de relaxation utilisent fréquemment des images.

Une forêt.

Une plage.

Une montagne.

Une chaleur qui se diffuse.

Ces images peuvent faciliter la détente.

Mais l’imagerie thérapeutique ne se limite pas à la relaxation.

Elle peut également être utilisée pour travailler une peur, un souvenir, une croyance, une relation ou une situation future.

Préparer une situation future

Une personne doit passer un entretien.

Elle peut imaginer l’arrivée.

La salle.

Les premières questions.

Le moment où elle hésite.

Puis se représenter en train de ralentir, respirer, demander éventuellement quelques secondes et reprendre.

Cette répétition mentale peut préparer certaines réponses.

Elle est utilisée dans différents domaines, y compris en dehors de la psychothérapie.

Répétition mentale et réalité

Imaginer une action ne remplace pas toujours sa réalisation.

Une personne souffrant d’anxiété sociale peut parfaitement réussir toutes ses conversations imaginaires et rester terrorisée devant une personne réelle.

La répétition mentale peut préparer l’action.

Elle ne doit pas devenir une nouvelle manière de l’éviter.

L’imagerie dans les TCC

Les thérapies cognitives et comportementales utilisent l’imagerie de différentes manières.

Identification d’images automatiques.

Exposition en imagination.

Répétition de stratégies.

Modification de scénarios.

Travail sur certains souvenirs.

Préparation à des situations futures.

L’imagerie peut ainsi compléter le travail verbal et comportemental.

Exposition en imagination

Lorsqu’une situation ne peut pas être reproduite facilement ou immédiatement, elle peut être évoquée mentalement.

La personne imagine progressivement la situation redoutée.

Elle observe son anxiété et apprend à rester suffisamment en contact avec l’expérience.

Mais une exposition thérapeutique n’est pas simplement :

« Imaginez ce qui vous fait le plus peur jusqu’à ce que vous craquiez. »

Elle doit être adaptée à l’objectif et au niveau de préparation.

L’exposition imaginaire ne doit pas devenir une torture mentale

Une forte émotion n’est pas automatiquement la preuve que l’exercice fonctionne.

Le but n’est pas de provoquer la détresse maximale.

Une intervention trop intense peut devenir inutile ou contre-productive.

La personne doit comprendre pourquoi l’exercice est proposé et conserver suffisamment de capacité à participer au travail.

Les souvenirs intrusifs

Certaines personnes revivent involontairement des images liées à une expérience traumatique.

Ces images ne sont pas des exercices d’imagination volontaire.

Elles peuvent surgir brutalement.

La psychothérapie peut travailler la manière dont la personne les rencontre, les contextualise et retrouve le présent.

L’objectif n’est pas nécessairement d’effacer l’image.

Il peut être de modifier son pouvoir sur l’expérience actuelle.

Le souvenir est passé, l’image semble présente

Un problème fréquent dans le traumatisme est que l’image ancienne déclenche une réaction comme si le danger était encore actuel.

Le travail thérapeutique peut aider à introduire une distinction :

« Cette image concerne quelque chose qui s’est passé. »

« Je la vois maintenant. »

« Mais maintenant n’est pas alors. »

Cette contextualisation peut être plus importante que la disparition complète de l’image.

Modifier une image

Certaines approches utilisent la rescription en imagerie, ou imagery rescripting.

La personne revisite mentalement une situation puis introduit des éléments nouveaux.

Elle peut imaginer son moi adulte intervenant.

Mettre fin à une scène.

Protéger l’enfant qu’elle était.

Faire entrer une personne secourable.

Dire ce qui n’a jamais pu être dit.

Sortir de la situation.

Modifier l’image ne modifie pas l’histoire

Cette distinction doit rester parfaitement claire.

Si une personne imagine aujourd’hui que son moi adulte entre dans une scène d’enfance pour protéger l’enfant, elle ne prétend pas que cela s’est réellement produit.

Le fait historique reste inchangé.

Ce qui peut changer est l’expérience actuelle associée à ce souvenir.

La personne introduit symboliquement ce qui avait manqué :

protection ;

soutien ;

capacité d’action ;

limite ;

compréhension.

Pourquoi réécrire symboliquement ?

Un souvenir ne contient pas seulement des faits.

Il peut également être associé à des significations :

« Je suis sans défense. »

« Personne ne viendra. »

« C’était ma faute. »

« Je ne peux rien faire. »

Une nouvelle expérience imaginaire peut parfois travailler ces significations.

Le passé n’est pas réécrit.

Mais la position actuelle de la personne face au passé peut évoluer.

L’enfant que l’on était

Certaines interventions invitent l’adulte à rencontrer symboliquement une version plus jeune de lui-même.

Il peut lui parler.

La protéger.

L’écouter.

Cette expérience peut être profondément émouvante.

Elle reste une intervention imaginaire réalisée aujourd’hui.

Elle ne constitue ni un voyage réel dans le passé ni la récupération automatique d’un souvenir exact.

Imagerie et thérapie des schémas

La thérapie des schémas utilise largement l’imagerie.

Elle peut notamment travailler des souvenirs précoces, des besoins émotionnels, des modes et des scénarios relationnels.

La rescription en imagerie y occupe une place importante.

Nous reviendrons sur cette méthode dans le chapitre consacré à la thérapie des schémas.

Imagerie et EMDR

L’EMDR travaille lui aussi avec des images liées aux souvenirs ou aux situations anticipées.

Mais toute utilisation d’une image accompagnée d’un travail thérapeutique n’est pas de l’EMDR.

L’EMDR possède un protocole spécifique.

L’imagerie mentale constitue un phénomène plus large utilisé dans de nombreuses approches.

Imagerie et hypnose

Les deux domaines se croisent également.

L’hypnose utilise fréquemment des représentations imaginaires.

Mais toute imagerie guidée n’est pas une hypnose.

Une personne peut parfaitement imaginer une scène thérapeutique sans induction hypnotique ni travail spécifique de suggestion.

Il est donc utile de distinguer la technique employée du cadre dans lequel elle s’inscrit.

Imagerie et IFS

L’IFS, abordé au chapitre précédent, utilise souvent des représentations de parties, de lieux ou de scènes.

Une personne peut visualiser une partie comme un enfant, un gardien ou une autre forme.

Cette image peut faciliter le dialogue intérieur.

Elle reste une représentation thérapeutique.

Son apparence ne constitue pas un diagnostic objectif de la structure psychique.

Imagerie et psychodrame

Le psychodrame met certaines expériences en scène dans l’espace réel avec le corps et parfois d’autres participants.

L’imagerie réalise une partie de ce travail dans l’espace mental.

Les deux peuvent permettre d’expérimenter des possibilités différentes.

Mais leurs processus et leurs cadres ne sont pas identiques.

Les images positives

L’imagerie thérapeutique ne concerne pas seulement la peur ou le traumatisme.

Une personne dépressive peut avoir beaucoup de difficulté à imaginer un avenir désirable.

Lorsqu’elle pense au futur, rien n’apparaît ou seules des scènes négatives viennent.

Travailler la capacité à représenter des expériences positives réalistes peut parfois être pertinent.

Mais il ne s’agit pas de fabriquer artificiellement un film parfait.

Imaginer le possible plutôt que l’idéal

Une image trop éloignée de la réalité peut provoquer l’effet inverse.

Une personne en grande difficulté financière à qui l’on demande de se visualiser immédiatement riche et parfaitement heureuse peut ressentir davantage le contraste avec sa situation actuelle.

Une imagerie utile peut être beaucoup plus modeste :

se voir accomplir une première démarche ;

terminer une tâche ;

supporter une conversation ;

retrouver une activité appréciée.

Le possible est parfois plus thérapeutique que le merveilleux.

La visualisation du succès

La culture du développement personnel a largement popularisé l’idée :

« Visualisez votre réussite et elle arrivera. »

La psychothérapie doit être plus précise.

Imaginer un résultat peut soutenir la motivation.

Mais cela ne produit pas automatiquement le résultat.

Et visualiser uniquement la réussite finale peut parfois être moins utile que visualiser également le processus nécessaire pour y arriver.

Imaginer le processus

Une personne souhaite reprendre une activité physique.

Elle peut se visualiser avec le résultat idéal.

Mais elle peut aussi imaginer :

préparer ses affaires ;

sortir malgré une motivation moyenne ;

commencer doucement ;

rencontrer un obstacle ;

adapter son effort ;

revenir le lendemain.

Cette seconde imagerie prépare davantage à la réalité du changement.

Imagerie et confiance en soi

Une personne peut répéter mentalement une situation dans laquelle elle agit de manière plus assurée.

Dire non.

Prendre la parole.

Demander quelque chose.

Répondre à une critique.

Le but n’est pas de devenir invincible dans son imagination.

Il est de rendre certaines réponses plus disponibles lorsqu’une situation réelle apparaîtra.

Imagerie et compassion

Une personne très autocritique peut avoir du mal à produire spontanément une voix intérieure bienveillante.

Certaines thérapies utilisent des images de figures compassionnelles ou de soi-même dans une position plus soutenante.

Là encore, la représentation doit être adaptée.

Certaines personnes trouvent immédiatement l’exercice apaisant.

D’autres éprouvent de la méfiance ou du malaise.

Une image de compassion ne doit pas être imposée.

Quand une image positive fait souffrir

Une personne ayant peu connu la sécurité peut trouver une image de protection douloureuse.

Elle mesure soudain tout ce qu’elle n’a pas reçu.

Un exercice conçu pour rassurer déclenche alors de la tristesse.

Ce n’est pas nécessairement un échec.

Mais le thérapeute doit pouvoir accueillir cette réaction au lieu d’insister :

« Essayez simplement de vous détendre davantage. »

Imagerie et deuil

Une personne endeuillée peut spontanément revoir le défunt.

Imaginer une conversation.

Repenser à une scène.

Certaines interventions thérapeutiques peuvent utiliser ces représentations pour travailler ce qui reste à exprimer.

Mais le thérapeute doit respecter la signification personnelle, culturelle ou spirituelle que la personne donne à son expérience.

Il n’a pas à imposer une interprétation métaphysique.

Imaginer une conversation avec un défunt

Une personne peut imaginer ce qu’elle souhaiterait dire.

Elle peut également imaginer une réponse.

Cette réponse peut avoir une valeur émotionnelle considérable.

Dans un cadre psychothérapeutique, il faut cependant distinguer l’exercice imaginaire d’une affirmation selon laquelle le thérapeute saurait que la réponse provient réellement du défunt.

La psychothérapie peut travailler avec l’expérience sans décider à la place de la personne ce qu’elle prouve sur le plan spirituel.

L’imagerie et la mémoire

L’une des précautions les plus importantes concerne encore une fois la mémoire.

Une scène mentale peut sembler extrêmement précise.

Des détails peuvent apparaître progressivement.

La personne peut ressentir une forte émotion.

Rien de cela ne suffit à démontrer l’exactitude historique de la scène.

La mémoire humaine est reconstructive.

L’image peut se modifier à chaque évocation

Lorsque nous nous souvenons, nous ne consultons pas nécessairement un fichier intact.

Le souvenir peut être influencé par :

des informations ultérieures ;

des attentes ;

des questions ;

des émotions ;

des associations ;

des récits familiaux ;

des images vues ailleurs.

Cette réalité impose une grande prudence lorsque l’imagerie concerne des événements incertains.

Ne pas chercher à « retrouver » un traumatisme

Une psychothérapie ne devrait pas partir de l’idée :

« Vous avez forcément subi quelque chose que vous avez oublié ; nous allons le retrouver grâce aux images. »

Une telle attente peut influencer profondément le processus.

Le thérapeute doit travailler avec ce que la personne apporte sans fabriquer une histoire destinée à correspondre à une théorie.

Une image apparue en séance peut être explorée.

Elle ne doit pas être automatiquement transformée en preuve.

Questions suggestives

Les questions du thérapeute peuvent orienter l’imagination.

« Voyez si quelqu’un entre dans la pièce »

n’est pas neutre.

« Regardez qui vous fait du mal »

l’est encore moins.

Le professionnel doit être particulièrement attentif lorsqu’il travaille avec des événements dont la personne n’a pas de souvenir clair.

L’imagination est une ressource thérapeutique précisément parce qu’elle est créative.

Cette créativité interdit de la traiter simultanément comme un enregistrement judiciaire.

Faux souvenirs et certitude

Le risque n’est pas simplement de produire une image fausse.

Il est également de produire une certitude autour de cette image.

Une personne peut reconstruire ensuite toute son histoire autour d’un événement dont la réalité reste incertaine.

Les conséquences familiales, relationnelles et judiciaires peuvent être considérables.

La prudence clinique n’est donc pas un détail méthodologique.

Imagerie et douleur

L’imagerie peut être utilisée dans certains accompagnements de la douleur.

Une personne peut imaginer :

une température différente ;

un mouvement ;

une diminution de pression ;

un changement de couleur ;

une sensation apaisante.

Ces représentations peuvent modifier l’expérience subjective chez certaines personnes.

Comme avec l’hypnose, cela ne signifie pas que la cause physique de la douleur est imaginaire.

Transformer les caractéristiques

Une personne décrit une douleur :

« C’est comme une boule rouge brûlante. »

Le thérapeute peut proposer d’explorer :

« Que se passe-t-il si la couleur change ? »

« Si la boule devient plus petite ? »

La personne peut ressentir une modification.

Cette expérience montre que certaines dimensions perceptives peuvent être influencées.

Elle ne constitue pas un diagnostic de la cause de la douleur.

Imagerie et sport

Les sportifs utilisent depuis longtemps des formes de répétition mentale.

Visualiser un geste.

Un parcours.

Une compétition.

L’objectif est notamment de préparer l’exécution et l’attention.

Ces pratiques ne sont pas nécessairement des psychothérapies.

Elles illustrent simplement la capacité de l’imagerie à participer à l’apprentissage et à la préparation comportementale.

Imagerie et créativité

Les artistes utilisent eux aussi spontanément l’imagerie.

Écrivains.

Musiciens.

Danseurs.

Architectes.

Créateurs.

La capacité à construire mentalement des situations peut être une ressource considérable.

La psychothérapie n’a donc pas inventé l’imagerie.

Elle en fait un usage particulier orienté vers un objectif thérapeutique.

L’image comme distance

Une personne peut parfois mieux parler d’une expérience lorsqu’elle la représente sous forme d’image.

« Mon anxiété ressemble à une alarme qui ne s’arrête jamais. »

Cette métaphore crée une certaine distance.

La personne n’est plus seulement engloutie dans l’anxiété.

Elle peut observer « l’alarme ».

Puis réfléchir :

Quand se déclenche-t-elle ?

Est-elle parfois utile ?

Quand devient-elle excessive ?

Comment y répondre ?

L’image comme piège

L’inverse est également possible.

Une image peut devenir tellement forte qu’elle enferme la personne.

« Je suis cassé. »

« J’ai un monstre en moi. »

« Mon cerveau est détruit. »

Les métaphores ne sont pas neutres.

Le thérapeute peut explorer si une image aide à comprendre ou si elle devient une condamnation.

Modifier la métaphore

Une personne dit :

« Je suis au fond d’un trou. »

Le thérapeute n’a pas nécessairement à répondre :

« Imaginez que vous en sortez. »

Il peut d’abord demander :

« Comment est ce trou ? »

« Depuis quand êtes-vous là ? »

« Y a-t-il quelque chose autour ? »

Puis, éventuellement :

« Qu’est-ce qui constituerait un premier mouvement possible ? »

La transformation devient alors construite avec la personne plutôt qu’imposée.

Le thérapeute ne doit pas être réalisateur

Une séance d’imagerie ne doit pas devenir un film dont le thérapeute écrit chaque scène.

Si la personne dit :

« Je ne veux pas ouvrir cette porte »,

le professionnel peut explorer pourquoi.

Il ne devrait pas nécessairement insister :

« Vous devez l’ouvrir pour guérir. »

La porte appartient à l’image de la personne.

Et la personne conserve son droit de décision.

Contrôle et consentement

Avant une intervention particulièrement émotionnelle, il peut être utile de rappeler que la personne peut :

ouvrir les yeux ;

interrompre ;

modifier la scène ;

revenir à la pièce ;

refuser une proposition.

L’imagerie thérapeutique ne devrait pas produire une situation dans laquelle le patient croit devoir suivre jusqu’au bout le scénario proposé.

Revenir au présent

Après une imagerie intense, le thérapeute peut aider la personne à réorienter son attention.

Regarder la pièce.

Sentir ses pieds.

Bouger.

Nommer quelques éléments présents.

Respirer normalement.

Parler de ce qui vient de se passer.

Ce retour peut être particulièrement important après un travail émotionnel fort.

Intégrer l’expérience

Une image spectaculaire n’a pas beaucoup de valeur si personne ne sait ensuite quoi en faire.

Le thérapeute peut demander :

« Qu’est-ce que vous retenez de cette expérience ? »

« Qu’est-ce qui a changé ? »

« Est-ce que cela modifie quelque chose dans la manière dont vous voyez la situation ? »

« Y a-t-il quelque chose que vous souhaitez faire différemment ? »

L’intégration transforme l’expérience en matériau utilisable.

Quand l’imagerie ne fonctionne pas

Une personne peut dire :

« Je ne vois rien. »

Ou :

« Cela me paraît complètement artificiel. »

Ou encore :

« Je passe mon temps à essayer de produire la bonne image. »

Le thérapeute doit pouvoir changer de méthode.

Une intervention thérapeutique n’est pas un examen d’imagination.

La personne n’a rien à réussir.

L’imagerie peut-elle être dangereuse ?

La plupart des exercices simples ne présentent pas de danger particulier lorsqu’ils sont utilisés de manière appropriée.

Mais certaines interventions peuvent provoquer une activation émotionnelle importante, notamment lorsqu’elles concernent le traumatisme.

Les principaux risques viennent souvent moins de l’imagination elle-même que de son utilisation inadéquate :

forcer ;

suggérer ;

confondre image et souvenir ;

intensifier trop rapidement ;

imposer une interprétation ;

laisser la personne fortement activée sans accompagnement suffisant.

Choisir le bon niveau d’intensité

Le thérapeute n’a pas besoin de commencer par l’image la plus douloureuse.

Il peut travailler progressivement.

Une scène moins chargée.

Une ressource.

Une situation future.

Un souvenir positif.

Une capacité de retour au présent.

La profondeur thérapeutique ne se mesure pas à la quantité de souffrance provoquée pendant la séance.

L’imagerie n’est pas une thérapie unique

Il existe des méthodes fortement centrées sur l’imagerie, mais celle-ci est surtout un outil transversal.

Elle apparaît dans :

les TCC ;

la thérapie des schémas ;

l’EMDR ;

l’hypnose ;

certaines approches psychodynamiques ;

les thérapies centrées sur la compassion ;

certaines thérapies du traumatisme ;

les approches expérientielles.

La signification de l’exercice dépend donc du cadre dans lequel il est utilisé.

Les données scientifiques

Différentes formes d’intervention utilisant l’imagerie ont été étudiées, notamment l’exposition imaginaire et la rescription en imagerie.

Les résultats dépendent du problème traité et du protocole.

Il serait donc incorrect de parler de « l’efficacité de l’imagerie mentale » comme s’il s’agissait d’un traitement unique.

Il faut examiner l’intervention précise.

Pour quelle difficulté ?

Dans quel modèle thérapeutique ?

Avec quelle procédure ?

L’image n’a pas besoin de disparaître

Un objectif thérapeutique réaliste n’est pas toujours :

« Je ne veux plus jamais avoir cette image. »

Une image peut revenir.

Mais elle peut devenir moins envahissante.

Moins crédible.

Moins effrayante.

Mieux située dans le passé.

Ou accompagnée d’une nouvelle réponse.

La transformation de la relation à l’image peut être aussi importante que sa fréquence.

Imaginer autrement pour agir autrement

Une personne qui ne peut imaginer qu’une seule issue agit souvent comme si cette issue était certaine.

Le travail peut introduire d’autres possibilités.

Pas nécessairement un scénario merveilleux.

Simplement une alternative.

« Je peux être anxieux et réussir quand même à parler. »

« La conversation peut être difficile sans devenir une catastrophe. »

« Je peux me sentir vulnérable et poser une limite. »

L’image mentale devient alors une répétition de possibilités plus larges.

L’imagination ne remplace pas le monde

C’est probablement la limite la plus importante.

Nous pouvons imaginer une limite.

Il faudra parfois la poser.

Imaginer une conversation.

Il faudra parfois la tenir.

Imaginer une exposition.

Il faudra parfois sortir.

Imaginer une nouvelle vie.

Il faudra ensuite accomplir les actions qui peuvent la construire.

La psychothérapie utilise l’imagination lorsqu’elle permet de retourner vers la réalité avec davantage de possibilités.

Elle devient moins utile lorsqu’elle permet seulement de vivre mentalement ce que l’on n’ose jamais commencer réellement.

À retenir

L’imagerie mentale est une capacité humaine permettant de représenter intérieurement des scènes, sensations, sons, mouvements ou autres expériences en l’absence de leur objet réel.

En psychothérapie, elle peut être utilisée pour explorer les émotions, préparer une situation, travailler certaines peurs, réaliser une exposition en imagination, modifier des scénarios, développer des ressources ou travailler la relation actuelle à certains souvenirs.

La rescription en imagerie peut permettre d’introduire symboliquement dans une scène passée des éléments qui avaient manqué, sans prétendre modifier l’événement historique lui-même.

Cette distinction est essentielle : une image n’est ni une preuve, ni une prédiction, ni nécessairement un souvenir fidèle.

L’imagerie doit être particulièrement prudente lorsqu’elle concerne des événements traumatiques incertains. Une scène très vive et une émotion très forte ne démontrent pas qu’un événement s’est déroulé exactement ainsi.

Toutes les personnes ne visualisent pas de la même manière, et certaines produisent peu ou pas d’images visuelles volontaires. Le travail doit s’adapter plutôt que transformer cette différence en échec.

Enfin, l’imagination thérapeutique trouve sa véritable valeur lorsqu’elle élargit les possibilités disponibles dans la vie réelle.

Nous pouvons utiliser l’espace mental pour essayer une autre réponse, rencontrer autrement un souvenir ou rendre imaginable ce qui semblait impossible. Mais la psychothérapie ne nous apprend pas à remplacer la réalité par une meilleure image : elle utilise parfois l’image pour que nous puissions revenir dans la réalité avec davantage de choix.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.