LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
GROUPE — PSYCHOTHÉRAPIE DE GROUPE
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La psychothérapie de groupe réunit plusieurs personnes dans un cadre thérapeutique animé par un ou plusieurs professionnels.
Elle ne consiste pas simplement à placer plusieurs patients dans la même pièce pour économiser des séances individuelles.
Le groupe lui-même devient une partie du travail thérapeutique.
Chaque participant arrive avec son histoire, ses difficultés, sa manière d’entrer en relation, de parler, de se taire, de demander, de refuser, de se protéger, de prendre sa place ou de la céder.
Très rapidement, quelque chose se construit entre les membres.
Des affinités.
Des irritations.
Des peurs.
Des comparaisons.
Des alliances.
Des désaccords.
Des sentiments d’appartenance ou d’exclusion.
Une personne qui affirme :
« Je n’ose jamais prendre ma place »
peut constater qu’elle attend systématiquement que tous les autres aient parlé avant d’intervenir.
Une autre qui pense :
« Personne ne s’intéresse vraiment à moi »
peut découvrir qu’elle détourne immédiatement la conversation lorsqu’un participant lui pose une question personnelle.
Une troisième peut expérimenter pour la première fois qu’elle peut être en désaccord avec quelqu’un sans que la relation disparaisse.
La psychothérapie de groupe offre ainsi quelque chose qu’une thérapie individuelle ne peut pas reproduire exactement : une expérience relationnelle réelle avec plusieurs personnes, observée et travaillée dans un cadre thérapeutique.
Il n’existe pas un seul type de groupe
L’expression « thérapie de groupe » recouvre des réalités très différentes.
Certains groupes sont très structurés.
D’autres laissent davantage de place aux interactions spontanées.
Certains réunissent des personnes partageant une même difficulté.
D’autres sont volontairement plus hétérogènes.
Certains durent quelques semaines.
D’autres plusieurs mois ou plusieurs années.
Certains sont fondés sur une approche précise :
TCC ;
DBT ;
psychodynamique ;
interpersonnelle ;
Gestalt ;
psychodrame ;
pleine conscience ;
approches centrées sur le traumatisme ;
addictologie.
Il faut donc savoir de quel groupe on parle avant d’évaluer ce qu’il peut apporter.
Groupe thérapeutique, groupe de parole et groupe de soutien
Ces expressions sont parfois utilisées comme si elles étaient équivalentes.
Elles ne le sont pas nécessairement.
Un groupe de soutien peut permettre à des personnes partageant une expérience de s’entraider, d’échanger des informations et de rompre l’isolement.
Un groupe de parole organise un espace dans lequel les participants peuvent exprimer leur vécu autour d’un thème.
Une psychothérapie de groupe possède généralement un objectif thérapeutique explicite et un cadre professionnel dans lequel les interactions et les processus psychologiques peuvent être travaillés.
Les frontières peuvent parfois se chevaucher.
Mais participer à une réunion d’entraide n’équivaut pas automatiquement à suivre une psychothérapie.
Le groupe comme laboratoire relationnel
Nous avons souvent une représentation de nous-mêmes construite à partir de nos relations passées.
« Je suis toujours invisible. »
« Je dérange les autres. »
« Si je montre ma vulnérabilité, on se moquera de moi. »
« Je dois toujours aider pour être accepté. »
Dans un groupe, certaines de ces attentes peuvent réapparaître.
La personne anticipe le rejet.
Se retire.
S’excuse avant de parler.
Essaie de devenir indispensable.
Ou prend énormément de place pour éviter de devenir invisible.
Le groupe permet alors d’observer le processus pendant qu’il se produit.
Ce qui se passe ici compte
Une personne peut raconter pendant plusieurs séances :
« Dans ma famille, personne ne m’écoutait. »
Puis un jour, un participant lui dit :
« J’aimerais mieux te connaître, mais lorsque je te pose une question, tu réponds très vite puis tu me demandes comment je vais. »
Cette remarque apporte une information nouvelle.
La personne n’est pas responsable de ce qu’elle a vécu dans sa famille.
Mais elle peut avoir développé une stratégie qui continue aujourd’hui à rendre difficile le fait d’être réellement connue.
Le groupe rend visible la continuité entre histoire ancienne et relation actuelle.
Les autres comme miroirs
Les participants peuvent offrir des perceptions différentes.
Une personne se considère comme froide.
Quelqu’un lui dit :
« Moi, je ne te trouve pas froide. J’ai plutôt l’impression que tu as peur de déranger. »
Une autre se croit extrêmement agressive.
Le groupe lui répond :
« Lorsque tu es en colère, tu souris et tu dis que tout va bien. »
Ces retours peuvent enrichir la perception de soi.
Mais le groupe n’est pas un tribunal de vérité.
Si six personnes pensent quelque chose, cela ne transforme pas automatiquement leur perception en fait objectif.
Le retour des autres n’est pas un verdict
Un participant peut dire :
« Quand tu interromps constamment, j’ai du mal à terminer ce que je veux dire. »
Cette formulation décrit une expérience relationnelle.
Elle est très différente de :
« Tu es narcissique et tu ne respectes personne. »
Le premier retour peut être discuté.
Le second transforme rapidement un comportement en diagnostic sauvage.
Le thérapeute doit protéger le groupe contre l’utilisation abusive du vocabulaire psychologique.
L’universalité
Le psychiatre et psychothérapeute Irvin Yalom a notamment décrit plusieurs facteurs thérapeutiques pouvant apparaître dans les groupes.
L’un des plus importants est souvent appelé universalité.
Une personne arrive avec une conviction :
« Je suis la seule à penser cela. »
Puis quelqu’un parle.
Elle reconnaît quelque chose.
Un autre raconte une expérience différente mais une émotion très proche.
La personne découvre :
« Je ne suis peut-être pas aussi seule que je le croyais. »
Cette expérience peut réduire profondément la honte et l’isolement.
Ressemblance ne signifie pas identité
Deux personnes peuvent partager une difficulté sans vivre la même histoire.
Deux personnes endeuillées n’ont pas perdu la même personne.
Deux victimes de violence n’ont pas vécu exactement la même chose.
Deux personnes anxieuses ne fonctionnent pas nécessairement de la même manière.
Le groupe peut créer de la reconnaissance sans effacer les différences.
« Je comprends quelque chose de ce que tu décris »
est souvent plus juste que :
« Je sais exactement ce que tu ressens. »
Donner et recevoir
Une personne qui consulte peut se sentir uniquement comme quelqu’un qui a besoin d’aide.
Dans le groupe, elle découvre qu’elle peut également apporter quelque chose.
Une phrase.
Une écoute.
Une expérience.
Une manière différente de voir une situation.
Cette réciprocité peut être importante.
Le participant n’est plus seulement « celui qui a un problème ».
Il devient aussi quelqu’un dont la présence peut compter pour d’autres.
Mais aider peut également devenir une protection
Certaines personnes sont très à l’aise lorsqu’elles soutiennent les autres et beaucoup moins lorsqu’il s’agit de parler d’elles.
Elles deviennent rapidement les conseillers du groupe.
Elles écoutent.
Rassurent.
Analysent.
Puis leur tour arrive et elles disent :
« Moi, ça va. »
Le groupe peut alors aider à observer cette asymétrie.
Donner est une capacité.
Recevoir en est une autre.
L’apprentissage interpersonnel
Les relations dans le groupe fournissent un terrain d’apprentissage direct.
Une personne peut expérimenter :
demander quelque chose clairement ;
dire non ;
exprimer une colère sans insulter ;
recevoir une critique sans disparaître ;
faire un compliment ;
accepter un compliment ;
revenir après un conflit ;
dire qu’elle s’est sentie blessée ;
reconnaître une erreur ;
supporter qu’une autre personne ne soit pas d’accord.
Ces expériences sont thérapeutiques précisément parce qu’elles se produisent avec de vraies personnes.
Une nouvelle expérience relationnelle
Une personne peut avoir appris :
« Si je montre ma tristesse, les autres s’éloignent. »
Elle prend un risque mesuré dans le groupe.
Elle parle.
Personne ne part.
Quelqu’un reste silencieusement présent.
Un autre dit :
« Merci de l’avoir dit. »
Cette expérience ne réécrit pas le passé.
Elle introduit une nouvelle possibilité dans le présent.
Le groupe permet de voir plusieurs relations à la fois
Dans une thérapie individuelle, la relation avec le thérapeute peut devenir un matériau extrêmement riche.
Le groupe ajoute plusieurs configurations.
Une personne peut se sentir proche d’un participant et intimidée par un autre.
Protectrice envers l’un.
Irritée par l’autre.
Invisible devant certains.
Très libre avec d’autres.
Cette diversité permet de voir que le fonctionnement relationnel n’est pas toujours identique.
La comparaison sociale
Le groupe expose inévitablement à la comparaison.
« Elle avance plus vite que moi. »
« Lui souffre davantage, je n’ai donc pas le droit de me plaindre. »
« Elle parle facilement alors que je reste bloqué. »
Ces comparaisons peuvent faire souffrir.
Elles peuvent aussi devenir un matériau de travail.
La souffrance n’est pas une compétition.
Le fait qu’une autre personne vive une situation plus grave n’annule pas la difficulté de celui qui parle.
L’espoir
Voir un participant plus avancé dans son parcours peut donner de l’espoir.
Une personne nouvellement arrivée entend quelqu’un raconter :
« Il y a six mois, je n’arrivais pas à faire cela non plus. »
Le changement devient plus imaginable.
Mais cette comparaison doit rester prudente.
Le parcours de l’un ne constitue pas la promesse du résultat de l’autre.
L’imitation
Nous apprenons également en observant.
Un participant voit quelqu’un poser calmement une limite.
Un autre demander de l’aide.
Un troisième dire :
« Je ne suis pas d’accord avec ce que tu viens de dire, mais je veux continuer à en parler. »
Ces comportements offrent des modèles possibles.
La personne peut ensuite essayer à son tour.
Il ne s’agit pas de copier une personnalité, mais d’élargir son répertoire relationnel.
Les groupes ouverts et fermés
Un groupe fermé commence avec un ensemble de participants et n’accueille généralement pas de nouveaux membres pendant une période déterminée.
Cela peut favoriser une certaine stabilité.
Un groupe ouvert permet des entrées et des départs au fil du temps.
Il peut offrir davantage de continuité institutionnelle mais oblige le groupe à intégrer régulièrement les changements.
Aucun modèle n’est automatiquement supérieur.
Ils produisent simplement des dynamiques différentes.
Les groupes homogènes
Certains groupes réunissent des personnes partageant une problématique.
Addiction.
Deuil.
Anxiété sociale.
Troubles alimentaires.
Maladie chronique.
Traumatisme.
Difficultés parentales.
Cette proximité peut faciliter la compréhension mutuelle et permettre un travail très ciblé.
Elle peut également diminuer le sentiment d’être seul avec une expérience.
Les groupes hétérogènes
D’autres groupes réunissent des personnes présentant des difficultés diverses.
Cette hétérogénéité peut enrichir les interactions.
Le groupe ressemble davantage à la variété des relations ordinaires.
Une personne peut découvrir qu’elle n’est pas seulement « anxieuse », « dépressive » ou « traumatisée ».
Elle existe dans le groupe avec beaucoup d’autres dimensions de sa personnalité.
Les groupes psychoéducatifs
Certains groupes ont une structure très organisée.
Le professionnel enseigne des connaissances ou des compétences.
Comprendre l’anxiété.
Apprendre certaines techniques de régulation émotionnelle.
Développer des compétences relationnelles.
Prévenir une rechute.
Les participants peuvent effectuer des exercices entre les séances.
Dans ce type de groupe, les interactions entre membres restent importantes mais ne constituent pas nécessairement le principal moteur du travail.
Les groupes de compétences
La DBT fournit un exemple connu avec ses groupes d’apprentissage de compétences.
Les participants travaillent notamment :
pleine conscience ;
tolérance à la détresse ;
régulation émotionnelle ;
efficacité interpersonnelle.
Un groupe de compétences DBT n’est pas exactement identique à une psychothérapie de groupe relationnelle classique.
Le cadre et les objectifs diffèrent.
Cette distinction rappelle encore une fois que le mot « groupe » ne suffit pas à décrire l’intervention.
Les groupes psychodynamiques
Dans certains groupes psychodynamiques, les interactions qui apparaissent entre participants occupent une place centrale.
Les répétitions relationnelles peuvent être explorées.
Les attentes envers les autres.
Les réactions au thérapeute.
Les alliances.
Les exclusions.
Les conflits.
Le groupe devient un espace dans lequel certains modèles relationnels peuvent apparaître et être compris.
Gestalt et groupe
La Gestalt-thérapie possède également une longue histoire de travail groupal.
Le groupe peut devenir un lieu d’expérimentation, de contact, de retour sur l’expérience présente et d’observation de la manière dont chacun entre en relation.
Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, cette utilisation nécessite un cadre protégeant les participants contre les confrontations humiliantes ou les interprétations collectives imposées.
Psychodrame
Le psychodrame utilise lui aussi le groupe, mais avec une méthodologie particulière reposant notamment sur la mise en scène, les rôles et l’action dramatique.
Il sera étudié séparément.
Toute psychothérapie de groupe n’est donc pas un psychodrame.
Et toute activité théâtrale collective n’est pas une psychothérapie de groupe.
Le rôle du thérapeute
Le thérapeute de groupe doit simultanément prêter attention aux individus et au groupe dans son ensemble.
Qui parle ?
Qui ne parle jamais ?
Qui répond toujours à qui ?
Qui semble exclu ?
Que se passe-t-il après une confrontation ?
Le groupe évite-t-il systématiquement certains sujets ?
Une personne est-elle en train de devenir le bouc émissaire ?
La tâche est complexe.
Le thérapeute ne peut pas simplement laisser « le groupe faire son travail ».
Réguler le temps de parole
Dans certains groupes, une personne peut prendre beaucoup de place.
Elle ne le fait pas nécessairement volontairement.
Elle peut être anxieuse.
Craindre le silence.
Avoir besoin d’être rassurée.
Le thérapeute peut intervenir pour permettre aux autres d’exister.
Inversement, obliger systématiquement une personne silencieuse à parler peut être humiliant.
Le cadre doit favoriser la participation sans transformer chaque silence en faute.
Le silence dans le groupe
Le silence collectif peut être très inconfortable.
Les participants regardent le sol.
Quelqu’un finit par plaisanter.
Le thérapeute peut être tenté de remplir immédiatement l’espace.
Pourtant, le silence peut avoir plusieurs significations.
Hésitation.
Peur.
Réflexion.
Tension.
Fatigue.
Attente que quelqu’un d’autre commence.
Le thérapeute peut aider le groupe à explorer ce qui se passe plutôt que d’attribuer automatiquement une signification.
Le conflit
Un groupe sans aucun désaccord n’est pas nécessairement un groupe qui fonctionne bien.
Les participants peuvent simplement éviter tout conflit.
Lorsqu’un désaccord apparaît et peut être travaillé sans violence, il offre une occasion importante.
Deux personnes peuvent découvrir qu’une relation ne disparaît pas nécessairement parce qu’elles se sont opposées.
Elles peuvent également apprendre à réparer après une interaction difficile.
La réparation
Un participant dit quelque chose de blessant.
L’autre réagit.
Le premier se défend.
La tension augmente.
Avec l’aide du thérapeute, ils peuvent éventuellement revenir sur ce qui s’est passé.
« Ce n’était pas ce que je voulais dire. »
« Mais c’est comme cela que je l’ai reçu. »
« Je comprends mieux pourquoi. »
La réparation n’efface pas ce qui a eu lieu.
Elle crée une autre expérience : un conflit peut être suivi d’une conversation plutôt que d’une rupture définitive.
Le bouc émissaire
Un risque important apparaît lorsqu’un membre devient progressivement le réceptacle des tensions du groupe.
Tout le monde le trouve « difficile ».
Chaque problème semble finir par lui être attribué.
Le groupe peut commencer à croire que son départ résoudrait tout.
Le thérapeute doit être extrêmement attentif à ce phénomène.
Une psychothérapie de groupe ne doit pas reproduire sans réflexion les mécanismes d’exclusion que la personne a peut-être déjà vécus ailleurs.
Les sous-groupes
Des affinités se forment naturellement.
Deux personnes se comprennent particulièrement bien.
Trois participants commencent à déjeuner ensemble.
D’autres se sentent exclus.
Ces phénomènes ne sont pas nécessairement interdits, mais ils peuvent influencer le travail.
Le thérapeute peut aider le groupe à parler des alliances et des sentiments qu’elles produisent.
Les relations en dehors du groupe
Chaque dispositif possède ses règles.
Certains groupes déconseillent fortement les relations extérieures entre participants.
D’autres sont plus souples.
La question mérite d’être clarifiée dès le départ.
Une relation importante développée en dehors du groupe peut modifier profondément les interactions à l’intérieur.
Des informations circulent alors dans certains sous-groupes mais pas dans d’autres.
Le cadre devient plus complexe.
La confidentialité
La confidentialité constitue l’un des enjeux majeurs.
Le thérapeute est soumis aux règles professionnelles qui s’appliquent à sa pratique.
Mais il ne peut pas contrôler totalement ce que chaque participant dira après la séance.
Les membres doivent donc s’engager à ne pas divulguer ce qu’ils apprennent sur les autres.
Cette règle est fondamentale.
Mais il serait trompeur de promettre une confidentialité absolument garantie par tous les participants.
Parler de son expérience sans raconter celle des autres
Un participant peut évidemment avoir besoin de parler à un proche de ce qu’il vit en thérapie.
Il peut dire :
« La séance de groupe m’a beaucoup remué aujourd’hui. »
Cela est différent de raconter :
« Une participante appelée X a expliqué que son mari… »
La confidentialité concerne particulièrement les histoires et identités des autres membres.
Les réseaux sociaux
Les réseaux sociaux compliquent le cadre.
Des participants peuvent se retrouver en ligne.
S’envoyer des demandes d’amitié.
Découvrir des informations personnelles.
Créer un groupe de discussion parallèle.
Ces possibilités doivent être réfléchies.
Le monde numérique ne disparaît pas parce que la séance se déroule dans une salle.
Le droit de ne pas tout raconter
Participer à un groupe ne signifie pas renoncer à son intimité.
La personne peut dire :
« Je ne souhaite pas parler de cela aujourd’hui. »
Le thérapeute peut explorer ce refus s’il paraît important.
Mais il ne devrait pas utiliser la pression collective pour obtenir une révélation.
Une confidence arrachée devant plusieurs personnes peut être particulièrement difficile à reprendre.
Le groupe et la honte
Parler devant plusieurs personnes peut sembler terrifiant.
Mais lorsqu’une expérience honteuse est reçue sans rejet, le groupe peut devenir particulièrement puissant.
La personne découvre que ce qu’elle considérait comme absolument inavouable peut être entendu.
Cette expérience peut réduire l’isolement.
Elle doit cependant être construite avec suffisamment de sécurité.
Forcer une révélation produit l’effet inverse.
Le groupe et l’anxiété sociale
La psychothérapie de groupe peut sembler paradoxale pour une personne souffrant d’anxiété sociale.
« J’ai peur des groupes, et vous me proposez un groupe ? »
Justement, certains groupes spécialisés peuvent permettre un travail progressif dans un environnement structuré.
Mais le simple fait d’exposer quelqu’un à un groupe n’est pas une thérapie.
La préparation, les objectifs, les exercices et l’accompagnement comptent.
Groupe et traumatisme
Le groupe peut rompre l’isolement fréquent après certaines expériences traumatiques.
Entendre :
« Moi aussi, j’ai cru que c’était ma faute »
peut être profondément important.
Mais les récits détaillés peuvent également activer d’autres participants.
Le cadre doit donc préciser comment les expériences sont partagées.
Un groupe consacré au traumatisme n’a pas besoin de devenir une succession de récits graphiques et détaillés.
La contagion émotionnelle
Les émotions circulent dans un groupe.
Une personne pleure.
Une autre est touchée.
Une tension apparaît entre deux membres et toute la pièce semble changer.
Cette dimension collective peut être thérapeutique.
Elle peut également devenir envahissante.
Le professionnel doit savoir aider le groupe à contenir ce qui se produit sans exiger que tout le monde ressente la même chose.
Les conduites à risque
Certains groupes réunissant des personnes présentant des comportements suicidaires, automutilatoires, alimentaires ou addictifs nécessitent une vigilance particulière.
Les échanges peuvent involontairement devenir comparatifs ou fournir des détails susceptibles de renforcer certains comportements.
Le cadre doit éviter la compétition dans la gravité :
« Moi, j’ai fait pire. »
La souffrance n’a pas besoin d’être démontrée par une escalade.
Groupe et addictions
Les groupes occupent une place importante dans l’accompagnement des addictions.
Ils peuvent apporter identification, soutien, responsabilité partagée et expérience de personnes plus avancées dans le changement.
Mais tous les groupes d’addictologie ne sont pas des psychothérapies.
Les groupes d’entraide entre pairs ont une logique différente des groupes conduits par des psychothérapeutes.
Les deux peuvent être utiles et parfois complémentaires.
Le groupe en ligne
Les psychothérapies de groupe peuvent également être organisées à distance.
Cela améliore parfois l’accès.
Mais de nouvelles questions apparaissent.
La personne est-elle réellement seule dans la pièce ?
Quelqu’un peut-il entendre ?
La connexion est-elle suffisamment stable ?
Que se passe-t-il si un participant quitte brutalement la réunion après une intervention difficile ?
Le cadre numérique doit être pensé comme un véritable cadre thérapeutique.
Qui peut bénéficier d’un groupe ?
Il n’existe pas un profil unique.
Le groupe peut être particulièrement intéressant pour travailler :
les relations ;
l’isolement ;
l’affirmation de soi ;
la honte ;
certaines difficultés émotionnelles ;
certaines addictions ;
des problématiques spécifiques dans des groupes spécialisés.
Mais l’indication dépend du type de groupe.
Dire simplement :
« Vous avez besoin d’une thérapie de groupe »
est insuffisant.
Il faut savoir laquelle et pourquoi.
Quand le groupe n’est pas adapté
Certaines personnes peuvent avoir besoin d’un autre cadre à un moment donné.
Une crise aiguë.
Un niveau de désorganisation important.
Une difficulté majeure à respecter la sécurité des autres.
Une situation nécessitant un accompagnement individuel plus intensif.
Cela ne signifie pas qu’elles ne pourront jamais participer à un groupe.
L’indication peut changer avec le temps.
Groupe et thérapie individuelle
Les deux peuvent parfois être associés.
Une personne travaille certaines dimensions individuellement et expérimente ses relations dans le groupe.
Mais cette combinaison doit être cohérente.
Lorsque plusieurs professionnels interviennent, il peut être utile de clarifier leurs rôles et, avec l’accord du patient lorsque nécessaire, d’éviter des prises en charge contradictoires.
Plus de thérapie n’est pas automatiquement synonyme de meilleure thérapie.
Peut-on être dans un groupe avec son thérapeute individuel ?
Cela dépend du cadre et de l’approche.
Dans certaines pratiques, le même thérapeute assure les deux.
Dans d’autres, les rôles sont séparés.
Chaque configuration possède des avantages et des risques.
L’important est que les règles soient explicites et que les différences de relation entre participants puissent être travaillées.
Arriver dans un groupe déjà constitué
Entrer dans un groupe où les autres se connaissent depuis plusieurs mois peut être intimidant.
Le nouveau participant peut avoir l’impression d’arriver dans une famille dont il ignore toutes les histoires.
Le groupe peut également réagir à son arrivée.
Curiosité.
Méfiance.
Enthousiasme.
Crainte que l’équilibre change.
L’intégration d’un nouveau membre constitue elle-même un événement thérapeutique.
Quitter le groupe
Le départ mérite lui aussi d’être travaillé.
Une personne peut vouloir disparaître sans dire au revoir.
Elle peut craindre les réactions.
Penser qu’elle ne compte pas suffisamment pour que son départ affecte quelqu’un.
Ou vouloir éviter sa propre émotion.
Lorsque cela est possible, annoncer et préparer le départ permet au groupe de vivre réellement cette séparation.
Les autres ont le droit de réagir au départ
Un participant annonce :
« Je vais quitter le groupe. »
Quelqu’un est triste.
Un autre en colère.
Un autre soulagé.
Ces réactions peuvent être exprimées sans transformer la personne qui part en prisonnière du groupe.
Elle n’a pas à rester pour éviter de décevoir les autres.
Le travail thérapeutique consiste précisément à permettre une séparation sans nier ce qu’elle provoque.
La durée
Certains groupes sont limités à quelques séances.
D’autres sont ouverts sur une longue période.
Une intervention structurée pour une phobie sociale n’aura pas nécessairement la même durée qu’un groupe relationnel psychodynamique.
La durée doit donc être comprise à partir de l’objectif et du modèle.
Un groupe long n’est pas automatiquement plus profond.
Un groupe court n’est pas automatiquement superficiel.
Les règles du groupe
Un cadre peut notamment préciser :
la fréquence ;
la durée des séances ;
la ponctualité ;
les absences ;
la confidentialité ;
les contacts extérieurs ;
les comportements interdits ;
la manière d’annoncer un départ ;
les conditions financières.
Ces règles peuvent sembler administratives.
Elles participent pourtant à la sécurité du dispositif.
La liberté de parole n’autorise pas tout
Un groupe thérapeutique doit permettre l’expression.
Mais cela ne signifie pas que toute parole soit acceptable.
Menaces.
Humiliations.
Harcèlement.
Propos destinés à intimider.
Violations répétées de limites.
Le thérapeute doit pouvoir intervenir.
« C’est son ressenti » ne suffit pas à justifier un comportement qui détruit la sécurité des autres.
Le thérapeute n’est pas le chef d’une petite société
À l’inverse, un groupe ne doit pas devenir un système autoritaire dans lequel le thérapeute possède toujours raison.
Les participants doivent pouvoir questionner le cadre.
Dire qu’une intervention les a blessés.
Exprimer un désaccord.
Une psychothérapie de groupe peut reproduire très facilement des rapports de pouvoir.
Le cadre thérapeutique doit permettre de les penser plutôt que de les rendre invisibles.
La formation du thérapeute de groupe
Conduire une thérapie individuelle et conduire un groupe ne sont pas exactement les mêmes compétences.
Le professionnel doit pouvoir observer plusieurs niveaux simultanément :
la personne ;
les relations ;
les sous-groupes ;
le climat collectif ;
les enjeux de sécurité ;
sa propre position dans le groupe.
Une formation spécifique au travail groupal peut donc être particulièrement importante.
Coanimation
Certains groupes sont animés par deux thérapeutes.
La coanimation peut permettre de mieux observer les processus et de partager certaines responsabilités.
Mais les deux professionnels forment eux-mêmes une relation visible par le groupe.
Un désaccord entre eux, une différence de style ou une alliance implicite peut influencer les participants.
La coanimation ne supprime donc pas la dynamique relationnelle.
Elle en ajoute une.
Les données scientifiques
Les psychothérapies de groupe ont fait l’objet de nombreuses recherches.
Certaines formes disposent de données solides pour des problématiques spécifiques.
Mais parler de l’efficacité de « la thérapie de groupe » en général est trop vague.
Il faut tenir compte :
du trouble ou de la difficulté ;
de l’approche thérapeutique ;
du niveau de structuration ;
de la qualité du programme ;
des compétences des professionnels ;
et des caractéristiques des participants.
Le groupe constitue un format thérapeutique à l’intérieur duquel des méthodes très différentes peuvent être utilisées.
Le groupe n’est pas une thérapie individuelle multipliée
C’est probablement l’une des distinctions les plus importantes.
Si huit personnes viennent simplement raconter leur semaine à tour de rôle pendant que le thérapeute répond individuellement à chacune, le potentiel spécifiquement groupal reste limité.
Une véritable approche groupale utilise également ce qui circule entre les participants.
La manière dont ils se rencontrent devient elle-même thérapeutique.
Le groupe ne remplace pas automatiquement l’individuel
Inversement, le groupe n’est pas intrinsèquement supérieur parce qu’il offre davantage de relations.
Certaines questions nécessitent un espace individuel.
Certaines personnes ont besoin d’un niveau de confidentialité ou d’attention difficile à obtenir dans un groupe.
Le choix dépend du besoin.
Les deux formats ne sont pas concurrents.
Quand les autres deviennent une ressource
Une transformation importante peut se produire lorsqu’une personne cesse progressivement de considérer les autres uniquement comme des juges potentiels.
Elle découvre qu’ils peuvent aussi devenir :
témoins ;
partenaires ;
contradicteurs ;
soutiens ;
personnes auxquelles elle peut apporter quelque chose ;
personnes capables de rester après un désaccord.
Le groupe crée un petit espace social dans lequel certaines croyances relationnelles peuvent être mises à l’épreuve.
Mais le groupe peut aussi blesser
Il ne faut pas idéaliser le dispositif.
Un participant peut être rejeté.
Mal compris.
Humilié.
Un thérapeute peut mal intervenir.
Une confidence peut sortir du groupe.
Une dynamique de domination peut s’installer.
Une psychothérapie de groupe n’est pas protégée des difficultés humaines simplement parce qu’elle est thérapeutique.
La qualité du cadre et du professionnel reste déterminante.
Apprendre à exister parmi les autres
L’un des intérêts les plus profonds du groupe est peut-être celui-ci.
Dans une thérapie individuelle, la personne peut apprendre à mieux se comprendre.
Dans le groupe, elle doit également apprendre à continuer d’exister lorsque plusieurs autres subjectivités occupent l’espace.
Elle n’est pas seule.
Elle n’est pas non plus obligée de disparaître.
Elle peut écouter quelqu’un sans perdre sa propre expérience.
Prendre la parole sans supprimer celle des autres.
Être différente sans quitter immédiatement la relation.
À retenir
La psychothérapie de groupe utilise non seulement les interventions du thérapeute mais également les relations et les interactions entre participants comme matériaux thérapeutiques.
Elle peut prendre de nombreuses formes : groupes relationnels, psychodynamiques, TCC, DBT, Gestalt, groupes spécialisés, groupes psychoéducatifs ou autres dispositifs structurés.
Elle doit être distinguée des simples groupes de parole ou d’entraide, même si ceux-ci peuvent eux aussi apporter un soutien important.
Le groupe peut permettre de rompre l’isolement, d’observer ses modes relationnels, d’expérimenter de nouveaux comportements, de recevoir des retours et de découvrir que conflit, différence ou vulnérabilité n’entraînent pas nécessairement le rejet.
Mais cette puissance relationnelle crée aussi des risques particuliers : pression collective, bouc émissaire, violations de confidentialité, comparaisons, domination ou exposition excessive. Le rôle du thérapeute et la qualité du cadre sont donc essentiels.
La force spécifique du groupe apparaît lorsqu’une personne ne se contente plus de parler de ses relations : elle rencontre réellement d’autres personnes, découvre ce qu’elle fait avec elles et ce qu’elles font naître en elle, puis peut essayer — dans un espace suffisamment protégé — de ne pas répéter exactement la même histoire.
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