LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

ÉCRITURE THÉRAPEUTIQUE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

ÉCRITURE THÉRAPEUTIQUE

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L’écriture thérapeutique utilise les mots écrits comme support d’exploration, d’expression, d’organisation ou de transformation de l’expérience psychologique.

Elle peut prendre des formes très différentes : journal, récit, lettre, dialogue imaginaire, description d’une émotion, narration d’un événement, liste, poésie, fragments, écriture spontanée ou exercice structuré proposé dans le cadre d’une psychothérapie.

Il n’est pas nécessaire de savoir « bien écrire ».

La grammaire, l’orthographe, le style et la qualité littéraire ne constituent pas l’objectif.

Une phrase inachevée peut être utile.

Quelques mots peuvent suffire.

Un texte peut rester brouillon.

Il peut même n’être destiné à personne d’autre qu’à celui qui l’écrit.

L’écriture thérapeutique ne cherche pas à fabriquer un beau texte. Elle crée un espace dans lequel une expérience peut être déposée, organisée, regardée autrement et parfois transformée.

Écrire n’est pas nécessairement faire une psychothérapie

Tenir un journal peut faire du bien.

Écrire une lettre après une rupture peut aider à clarifier ce que l’on ressent.

Noter ses pensées peut permettre de mieux comprendre une situation.

Ces pratiques peuvent avoir une valeur importante sans constituer pour autant une psychothérapie.

L’écriture devient une médiation thérapeutique lorsqu’elle s’intègre dans un cadre de travail possédant des objectifs psychothérapeutiques.

Le thérapeute peut proposer un exercice, aider à comprendre ce qui apparaît, adapter le travail et tenir compte des réactions provoquées par l’écriture.

La distinction est importante.

Une activité peut être bénéfique sans devoir être appelée thérapie.

Pourquoi écrire lorsque l’on peut parler ?

La parole et l’écriture n’organisent pas l’expérience exactement de la même manière.

Lorsque nous parlons, les mots disparaissent au fur et à mesure qu’ils sont prononcés.

Lorsque nous écrivons, ils restent devant nous.

Une phrase peut être relue.

Barrée.

Complétée.

Déplacée.

Comparée à une autre écrite plusieurs semaines auparavant.

L’écriture ralentit parfois la pensée suffisamment pour permettre d’observer ce qui semblait auparavant se succéder trop rapidement.

Elle transforme une partie de l’expérience intérieure en objet extérieur que l’on peut regarder.

Mettre les mots hors de soi

Certaines pensées tournent continuellement.

Elles reviennent.

Se répètent.

Se modifient légèrement.

Recommencent.

Écrire peut permettre de les déposer momentanément.

Le problème n’est pas nécessairement résolu.

Mais la personne n’a plus besoin de maintenir mentalement chaque élément pour ne pas le perdre.

Le papier peut momentanément devenir un support de mémoire.

Cette externalisation explique pourquoi certaines personnes ressentent un soulagement après avoir écrit.

Écrire pour comprendre

Une expérience confuse peut devenir plus intelligible lorsqu’elle doit être transformée en phrases.

« Je vais mal » peut progressivement devenir :

« Je suis en colère parce que… »

« J’ai peur que… »

« Ce qui me fait le plus mal est… »

« Ce que je n’arrive pas à accepter est… »

La précision des mots peut aider à différencier des émotions ou des problèmes qui semblaient auparavant former une seule masse.

Comprendre ne signifie pas nécessairement résoudre.

Mais il est souvent plus facile de travailler avec une difficulté lorsqu’elle commence à posséder des contours.

Le journal

Le journal constitue probablement l’une des formes d’écriture personnelle les plus connues.

Il peut recueillir les événements, les émotions, les pensées, les questions ou les observations du quotidien.

Dans un cadre thérapeutique, il peut également permettre d’identifier certaines répétitions.

Une personne pense par exemple que son anxiété apparaît « n’importe quand ».

Après plusieurs semaines de notes, elle remarque qu’elle augmente régulièrement dans certaines situations.

Cette observation ne fournit pas automatiquement une explication.

Elle crée une piste.

Le journal ne doit pas devenir une surveillance permanente

L’écriture peut également devenir excessive.

Certaines personnes commencent à analyser chaque pensée, chaque émotion et chaque conversation.

Elles écrivent pendant des heures pour déterminer ce qu’elles « ressentent réellement ».

Le journal, initialement destiné à clarifier, peut alors alimenter la rumination.

Il est donc utile de distinguer :

écrire pour observer ;

et écrire pour obtenir une certitude impossible.

Une pratique thérapeutique ne devrait pas transformer la personne en surveillante permanente de sa propre vie intérieure.

L’écriture expressive

Certaines formes d’écriture thérapeutique proposent d’écrire librement sur une expérience émotionnellement importante pendant une durée limitée.

La personne est invitée à explorer ce qu’elle a vécu, pensé ou ressenti.

Des travaux de recherche ont étudié différentes formes d’écriture expressive, notamment à partir des recherches de James Pennebaker et de nombreux travaux ultérieurs.

Les résultats suggèrent des effets possibles dans certains contextes, mais ils ne signifient pas qu’écrire sur une expérience douloureuse soit systématiquement bénéfique pour tout le monde.

Les effets varient selon les personnes, les situations et les modalités utilisées.

Écrire n’est pas obligatoirement se replonger dans le pire

Une conception simpliste de l’écriture thérapeutique consisterait à penser :

« Plus j’écris sur ce qui m’a fait souffrir, plus je vais guérir. »

Ce n’est pas une règle.

Certaines personnes bénéficient d’une mise en récit.

D’autres peuvent être fortement déstabilisées par une exploration trop intense ou trop précoce.

Le thérapeute doit donc considérer le moment, la stabilité de la personne et l’objectif de l’exercice.

Il n’est pas nécessaire de commencer par l’événement le plus douloureux.

La lettre que l’on n’enverra pas

Un exercice fréquent consiste à écrire une lettre à une personne sans nécessairement l’envoyer.

Cette lettre peut contenir ce qui n’a jamais été dit.

Colère.

Regrets.

Questions.

Reconnaissance.

Déception.

Adieu.

La possibilité de ne pas envoyer le texte change considérablement l’exercice.

La personne peut écrire pour elle-même plutôt que pour produire une réaction chez le destinataire.

Elle n’a pas à rendre son message diplomatique, acceptable ou convaincant.

Écrire n’oblige pas à envoyer

Cette distinction mérite d’être soulignée.

Une lettre thérapeutique n’est pas automatiquement un projet de communication.

Après avoir écrit sous le coup d’une émotion intense, une personne peut ressentir une forte envie d’envoyer immédiatement le texte.

Mais l’objectif thérapeutique et l’objectif relationnel ne sont pas toujours identiques.

Un texte excellent pour exprimer une colère peut être catastrophique s’il est envoyé tel quel.

Écrire peut être la première étape.

Décider de communiquer constitue une seconde décision.

Écrire à quelqu’un qui n’est plus là

Une lettre peut également être adressée à une personne décédée, absente ou inaccessible.

Elle permet de poursuivre une expression qui n’est plus possible directement.

Ce type d’écriture peut trouver sa place dans certains travaux de deuil.

Il ne s’agit pas de prétendre que le destinataire répond réellement.

Le texte permet à la personne vivante d’exprimer ce qui reste présent dans sa propre expérience.

Écrire à soi-même

Une personne peut écrire à celle qu’elle était autrefois.

À l’enfant qu’elle a été.

À l’adolescent qu’elle était.

À elle-même au moment d’une période difficile.

Elle peut également écrire à la personne qu’elle imagine devenir.

Ces exercices peuvent aider à créer un dialogue entre différentes périodes de la vie.

Ils doivent cependant éviter de transformer le passé en scénario reconstruit avec une certitude artificielle.

Nous écrivons depuis le présent.

Notre regard actuel influence nécessairement la manière dont nous racontons ce que nous avons vécu.

La lettre du futur

Un exercice peut consister à imaginer que plusieurs années ont passé.

La personne écrit depuis ce futur hypothétique.

Que s’est-il passé ?

Qu’a-t-elle appris ?

Qu’a-t-elle cessé de faire ?

Qu’est-ce qui compte encore ?

Cette technique ne prédit évidemment pas l’avenir.

Elle permet d’explorer une direction.

Le futur imaginaire peut rendre plus concrète une question abstraite :

« Comment voudrais-je vivre ? »

Écrire plusieurs versions de la même histoire

Une expérience peut être racontée de différentes manières.

Une personne peut d’abord écrire les faits tels qu’elle s’en souvient.

Puis ce qu’elle a ressenti.

Puis ce qu’elle pensait à l’époque.

Puis ce qu’elle comprend aujourd’hui.

Ces textes peuvent être très différents sans qu’un seul soit nécessairement « le vrai ».

Notre expérience possède plusieurs niveaux.

Changer de point de vue peut permettre de distinguer l’événement de l’interprétation qui s’y est progressivement attachée.

Faits et interprétations

L’écriture peut être particulièrement utile pour séparer ce qui a été observé de ce qui a été conclu.

Par exemple :

Fait : « Il n’a pas répondu à mon message depuis deux jours. »

Interprétation : « Il ne veut plus jamais me parler. »

La seconde phrase peut être correcte.

Mais elle ne possède pas encore le même statut que la première.

Écrire les deux séparément peut rendre cette distinction beaucoup plus visible.

Le dialogue écrit

Une personne peut écrire un dialogue entre deux positions intérieures.

« Une partie de moi veut partir. »

« Une autre veut rester. »

Les deux voix peuvent être laissées s’exprimer alternativement.

L’objectif n’est pas de créer artificiellement plusieurs personnalités.

Il s’agit de représenter une ambivalence que nous connaissons tous sous différentes formes.

Mettre chaque position en mots peut éviter que l’une d’elles soit immédiatement écrasée par l’autre.

La question et la réponse

Le thérapeute peut également proposer une série de questions auxquelles la personne répond par écrit.

Qu’est-ce qui me fait peur ?

Qu’est-ce que j’essaie de protéger ?

Qu’est-ce qui dépend réellement de moi ?

Qu’est-ce que je demanderais si je n’avais pas peur de déranger ?

Qu’est-ce que je continue à attendre d’une personne qui ne peut peut-être pas me le donner ?

Une bonne question n’impose pas sa réponse.

Elle ouvre un espace.

Les listes

L’écriture thérapeutique n’exige pas de rédiger plusieurs pages.

Une liste peut être extrêmement utile.

Ce qui m’épuise.

Ce qui m’aide.

Ce que j’accepte encore.

Ce que je ne veux plus accepter.

Ce que je peux changer.

Ce que je ne peux pas changer.

Ce dont j’ai besoin aujourd’hui.

La liste oblige parfois à distinguer des éléments qui restaient mélangés.

Elle peut également fournir une base concrète pour la suite du travail.

Les phrases à compléter

Certaines personnes restent bloquées devant une page blanche.

Une amorce peut faciliter le démarrage.

« Ce que je n’ose pas dire est… »

« Si je pouvais changer une chose… »

« Je me sens le plus en sécurité lorsque… »

« Ce que j’aurais voulu entendre… »

« Aujourd’hui, j’ai compris que… »

La phrase initiale offre une direction sans déterminer ce qui doit suivre.

La poésie

La poésie permet une expression qui n’a pas besoin de respecter la logique d’un récit ordinaire.

Une image peut remplacer une longue explication.

Une répétition peut porter une émotion.

Un mot peut occuper une ligne entière.

La poésie thérapeutique n’a pas besoin d’être publiée ni même considérée comme « bonne ».

Elle offre simplement une forme différente à l’expérience.

Pour certaines personnes, la métaphore permet de dire ce qu’une description directe rendrait trop difficile ou trop pauvre.

Écrire une histoire fictive

Comme dans la dramathérapie, la fiction peut créer une distance.

La personne invente un personnage confronté à une situation qui ressemble plus ou moins à la sienne.

Elle peut ensuite observer ce qu’elle fait de ce personnage.

L’aide-t-elle ?

Le condamne-t-elle ?

Lui donne-t-elle une issue qu’elle refuse de s’accorder elle-même ?

Ces éléments peuvent devenir des pistes d’exploration.

Ils ne constituent pas des révélations automatiques sur l’inconscient.

Une histoire peut aussi être simplement une histoire.

Réécrire une fin

Une personne peut reprendre un récit et lui donner une autre issue.

Cette pratique peut être intéressante lorsqu’elle permet d’explorer les besoins, les ressources ou les possibilités.

Mais elle doit conserver une distinction fondamentale.

Réécrire une histoire ne réécrit pas les faits.

Si un événement douloureux a eu lieu, une nouvelle fin symbolique ne signifie pas qu’il s’est réellement déroulé autrement.

Le travail porte sur la représentation actuelle et sur ce que la personne peut construire aujourd’hui.

Écriture et traumatisme

L’écriture peut être utilisée dans certaines interventions concernant des expériences traumatiques.

Selon l’approche, elle peut aider à organiser le récit, identifier les significations associées à l’événement ou travailler certains souvenirs.

Mais une invitation générale à « écrire tout ce qui s’est passé » n’est pas toujours appropriée.

Une exploration détaillée peut provoquer une forte activation émotionnelle.

Elle doit être pensée dans le contexte d’un travail thérapeutique adapté lorsque la situation l’exige.

Le texte n’est pas une preuve historique

Comme un dessin ou une scène théâtrale, un texte produit en thérapie n’est pas automatiquement une archive exacte du passé.

La mémoire humaine est reconstructive.

Lorsque nous racontons une expérience ancienne, nous utilisons nos souvenirs mais aussi notre compréhension actuelle, nos connaissances ultérieures et les mots dont nous disposons aujourd’hui.

Une image ou un détail apparu pendant l’écriture ne doit donc pas être automatiquement considéré comme un souvenir retrouvé.

L’intensité émotionnelle d’un texte ne garantit pas son exactitude historique.

Écrire après une expérience traumatique

Certaines personnes peuvent éprouver le besoin de reprendre possession de leur histoire.

Un événement a parfois été raconté par les autres, résumé dans des dossiers ou réduit à quelques mots.

Écrire son propre récit peut permettre de retrouver une position d’auteur.

La personne décide ce qu’elle raconte.

Ce qu’elle ne raconte pas.

Par où elle commence.

Où elle s’arrête.

Cette reprise de contrôle peut avoir une importance propre, indépendamment de la qualité littéraire du texte.

Écriture et deuil

Après un décès ou une autre perte importante, l’écriture peut offrir un espace aux pensées qui continuent à revenir.

Souvenirs.

Colère.

Questions sans réponse.

Moments heureux.

Regrets.

La personne peut également écrire ce qu’elle souhaite conserver de la relation.

Le travail de deuil n’exige pas nécessairement d’oublier ou de « tourner la page ».

L’écriture peut justement permettre de transformer la place occupée par ce qui ne peut plus exister sous sa forme précédente.

Écriture et colère

Écrire peut permettre d’exprimer une colère sans la déverser immédiatement sur quelqu’un.

La personne peut écrire exactement ce qu’elle pense dans un premier texte.

Puis attendre.

Relire.

Décider ensuite ce qui doit réellement être communiqué.

Cette séparation entre expression et communication est précieuse.

Nous avons parfois besoin d’exprimer cent phrases pour découvrir les trois qui doivent réellement être dites.

Écriture et anxiété

L’anxiété produit souvent une multiplication de scénarios.

Et si ceci ?

Et si cela ?

Et si ensuite… ?

Mettre ces scénarios sur papier peut permettre de les examiner séparément.

Quelle possibilité est probable ?

Quelle possibilité est simplement imaginable ?

Que pourrais-je faire si elle survenait ?

L’écriture ne garantit pas la certitude.

Elle peut au contraire aider à renoncer à l’exigence de tout prévoir.

Écriture et rumination

La frontière entre écriture utile et rumination écrite peut parfois être fine.

Une personne peut remplir quotidiennement plusieurs pages avec exactement les mêmes interrogations.

Elle ne clarifie plus.

Elle tourne.

Dans ce cas, le thérapeute peut modifier la consigne.

Limiter le temps.

Changer de question.

Passer de « pourquoi ? » à « que puis-je faire maintenant ? »

Introduire les faits, les ressources ou les possibilités d’action.

L’écriture thérapeutique n’a pas pour objectif de donner une forme plus élégante à une rumination infinie.

Écriture et autocritique

Le papier peut révéler la violence de certaines paroles intérieures.

Une personne écrit :

« Je suis complètement inutile. »

Le thérapeute peut alors travailler sur cette phrase.

Est-ce un fait ?

Une pensée ?

La voix de quelqu’un d’autre ?

Une conclusion ancienne ?

Que dirait la personne si cette même phrase concernait quelqu’un qu’elle aime ?

L’écrit permet de regarder littéralement les mots utilisés contre soi.

Écrire depuis une autre position

Une possibilité consiste à reprendre un texte très autocritique puis à répondre depuis une position différente.

Pas nécessairement positive.

Pas :

« Je suis extraordinaire. »

Mais peut-être :

« J’ai échoué sur ce point. Cela ne permet pas de conclure que tout ce que je fais est inutile. »

La différence peut sembler modeste.

Elle transforme pourtant une condamnation globale en appréciation plus précise.

Gratitude et écriture positive

Certaines pratiques proposent de noter régulièrement des événements appréciés ou des motifs de gratitude.

Elles peuvent aider certaines personnes à remarquer des aspects de leur expérience auxquels elles accordaient peu d’attention.

Mais la gratitude ne doit pas devenir une obligation destinée à interdire la souffrance.

Une personne peut être reconnaissante pour certaines choses et profondément affectée par d’autres.

Écrire trois éléments positifs ne doit pas servir à effacer une réalité difficile.

Le risque de la positivité obligatoire

Une consigne thérapeutique peut devenir invalidante lorsqu’elle exige :

« Trouvez le bon côté de ce qui vous est arrivé. »

Certaines expériences n’ont pas besoin d’être transformées en cadeau.

La personne peut éventuellement avoir développé des ressources après une épreuve.

Cela ne signifie pas que l’épreuve était nécessaire, souhaitable ou bénéfique.

L’écriture doit pouvoir accueillir aussi ce qui reste injuste, douloureux ou sans signification satisfaisante.

Écrire les progrès

Une psychothérapie peut produire des changements progressifs que la personne finit par ne plus remarquer.

Des notes prises à plusieurs mois d’intervalle permettent parfois de constater :

« Cette situation me paralysait auparavant. »

« Je pensais cela tous les jours. »

« Je n’osais jamais faire ceci. »

L’écrit crée une trace de l’évolution.

Il peut rappeler que certaines capacités devenues ordinaires ont demandé un véritable travail.

Écrire les rechutes

La même méthode peut être utilisée lorsqu’une difficulté revient.

La personne peut comparer la situation actuelle avec les épisodes précédents.

Qu’est-ce qui ressemble à avant ?

Qu’est-ce qui est différent ?

Ai-je réagi exactement de la même manière ?

Ai-je utilisé certaines ressources plus rapidement ?

Une rechute peut ainsi être observée sans conclure immédiatement :

« Je suis revenu au point de départ. »

Le point de départ a parfois disparu depuis longtemps, même lorsque certains symptômes reviennent.

Faut-il montrer ce que l’on écrit au thérapeute ?

Pas nécessairement.

Cette règle doit être claire avant l’exercice.

Certains textes sont écrits pour être lus ensemble.

D’autres restent privés.

Une personne peut également choisir de résumer ce qu’elle a écrit sans donner le texte.

Savoir à l’avance qu’un thérapeute lira obligatoirement chaque phrase peut modifier considérablement la manière d’écrire.

La confidentialité envers le thérapeute lui-même peut parfois être nécessaire pour permettre une expression réellement libre.

Le droit de ne pas lire à voix haute

Lire un texte à haute voix constitue une expérience différente de l’écriture.

Elle peut être utile.

Elle peut aussi être trop exposante.

La personne doit pouvoir choisir.

Une consigne d’écriture n’autorise pas automatiquement le thérapeute ou le groupe à exiger la lecture.

Le texte reste une production intime.

Écrire en groupe

Les ateliers thérapeutiques d’écriture peuvent permettre une expérience collective.

Les participants peuvent travailler à partir d’une même consigne puis, s’ils le souhaitent et si le cadre le prévoit, partager certains textes.

Entendre les productions des autres peut réduire le sentiment d’isolement.

Mais le groupe ne doit pas devenir un atelier de critique littéraire.

La qualité du style n’est pas le sujet.

Les règles de confidentialité et de respect doivent être particulièrement claires.

Confidentialité des écrits

Un texte thérapeutique peut contenir des informations extrêmement sensibles.

Où est-il conservé ?

Qui peut le lire ?

Est-il intégré au dossier ?

Peut-il être photographié ?

Est-il envoyé par courriel ?

Ces questions rejoignent le cadre général de confidentialité.

Un carnet personnel posé sur une table familiale n’est pas confidentiel simplement parce qu’il contient des pensées privées.

La personne doit également réfléchir aux conditions matérielles dans lesquelles elle souhaite conserver ses écrits.

Écriture numérique ou manuscrite ?

Certaines personnes préfèrent le papier.

D’autres écrivent plus facilement sur un ordinateur ou un téléphone.

Il n’existe pas une forme universellement supérieure.

L’écriture manuscrite peut ralentir le rythme et offrir une expérience particulière.

Le numérique permet parfois d’écrire plus rapidement, de modifier facilement ou de conserver beaucoup de contenu.

Le meilleur support est généralement celui qui sert l’objectif sans créer d’obstacle inutile.

Quand l’écriture devient une obligation

Une personne peut commencer avec enthousiasme puis se sentir prisonnière de sa pratique.

« Je dois écrire tous les jours. »

Un jour manqué devient un échec.

Le journal destiné à aider devient une nouvelle discipline dans laquelle il faut être parfait.

Il est alors utile de rappeler qu’un outil thérapeutique doit servir la personne.

La personne n’a pas à servir l’outil.

La régularité peut être utile sans devenir une obligation absolue.

Le thérapeute doit savoir pourquoi il propose d’écrire

« Écrivez là-dessus » ne constitue pas toujours une intervention suffisamment pensée.

Pourquoi cette consigne ?

Que cherche-t-on à observer ?

Que fera-t-on ensuite du texte ?

Que se passe-t-il si l’exercice provoque une forte réaction ?

Le thérapeute doit pouvoir répondre à ces questions.

Une médiation n’est pas thérapeutique simplement parce qu’elle semble profonde.

Écriture et bibliothérapie

L’écriture thérapeutique peut naturellement rencontrer la bibliothérapie.

Une personne lit un texte puis écrit ce qu’il lui évoque.

Elle répond à un personnage.

Réécrit une scène.

Note les passages qui la touchent ou l’agacent.

La lecture apporte alors un matériau extérieur ; l’écriture permet de construire une réponse personnelle.

Les deux médiations peuvent se compléter sans être confondues.

Écriture et thérapies narratives

Les thérapies narratives, que nous aborderons séparément, accordent une place importante aux histoires par lesquelles les personnes comprennent leur vie et leur identité.

L’écriture peut y être utilisée, mais les thérapies narratives ne se réduisent pas à écrire son autobiographie.

Inversement, toute écriture thérapeutique n’est pas une thérapie narrative.

Il est utile de conserver cette distinction entre un outil et une approche psychothérapeutique complète.

Quand arrêter d’écrire

Savoir commencer est utile.

Savoir s’arrêter peut l’être tout autant.

Lorsqu’un exercice provoque une activation émotionnelle croissante sans apporter de nouvelles informations, poursuivre pendant plusieurs heures n’est pas nécessairement bénéfique.

La personne peut fermer le carnet.

Revenir à son environnement.

Bouger.

Parler à quelqu’un.

Utiliser une autre stratégie.

Un texte n’a pas besoin d’être terminé pour que l’exercice ait été suffisant.

Écrire puis vivre

L’écriture possède une limite fondamentale.

Elle peut aider à comprendre une décision.

Elle ne la prend pas.

Elle peut préparer une conversation.

Elle ne la remplace pas toujours.

Elle peut identifier une limite.

Il faudra parfois ensuite la poser.

Elle peut montrer qu’une situation ne convient plus.

Le changement devra éventuellement avoir lieu en dehors du carnet.

L’écriture devient particulièrement utile lorsqu’elle permet de retourner vers la vie avec davantage de clarté, plutôt que de remplacer indéfiniment cette vie.

À retenir

L’écriture thérapeutique peut servir à exprimer, organiser, observer et transformer certaines dimensions de l’expérience psychologique.

Elle peut prendre la forme d’un journal, d’une lettre, d’un récit, d’un dialogue, d’une liste, d’une fiction, d’une poésie ou d’un exercice structuré.

Elle ne demande aucune compétence littéraire.

Écrire peut aider à distinguer les faits des interprétations, préciser les émotions, prendre de la distance, explorer plusieurs points de vue ou préparer une action.

Mais l’écriture n’est pas automatiquement bénéfique parce qu’elle est intime ou émotionnelle. Elle peut parfois alimenter la rumination ou réactiver une souffrance lorsqu’elle est utilisée sans mesure.

Un texte produit en thérapie n’est pas davantage une preuve historique ni un moyen infaillible de retrouver des souvenirs.

Et surtout, l’écriture ne doit pas devenir une nouvelle performance à réussir.

On peut écrire pour déposer ce qui encombre, donner une forme à ce qui reste confus, conserver ce que l’on ne veut pas perdre ou chercher une direction. Puis vient un moment où l’on ferme le carnet : parce que les mots ont fait leur travail et que la suite doit désormais se poursuivre dans la vie.

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