LA SANTÉ AVANT TOUT — FICHES

DRAMATHÉRAPIE — THÉÂTRE THÉRAPEUTIQUE

LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie

DRAMATHÉRAPIE — THÉÂTRE THÉRAPEUTIQUE

38 sections thématiques

La dramathérapie utilise les ressources du théâtre et du jeu dramatique dans un cadre thérapeutique.

Elle peut mobiliser le rôle, le personnage, l’improvisation, la mise en scène, le récit, la voix, le corps, les objets, les costumes, les masques ou encore la création de scènes fictives.

Elle ne consiste pas à apprendre à devenir comédien.

Il n’est pas nécessaire de savoir jouer, de mémoriser un texte ou d’être à l’aise devant un public.

La scène thérapeutique n’a pas pour objectif de produire un spectacle réussi.

Elle crée un espace particulier dans lequel une personne peut expérimenter quelque chose sans devoir nécessairement le vivre directement dans la réalité.

On peut devenir momentanément un autre personnage, rejouer autrement une situation, inventer une histoire, essayer une réponse que l’on n’oserait pas encore utiliser dans la vie ou observer son propre problème depuis une autre position.

Le théâtre thérapeutique utilise la fiction non pour fuir la réalité, mais pour créer une distance permettant parfois de l’explorer autrement.

Entrer dans un rôle pour sortir momentanément du sien

Dans la vie quotidienne, nous occupons déjà de nombreux rôles.

Parent.

Enfant.

Conjoint.

Professionnel.

Ami.

Aidant.

Responsable.

Personne qui doit être forte.

Personne qui ne doit pas déranger.

Certains de ces rôles sont souples.

D’autres deviennent tellement habituels que la personne finit par croire qu’ils constituent l’ensemble de son identité.

La dramathérapie permet d’en expérimenter d’autres.

Quelqu’un qui passe sa vie à prendre soin des autres peut jouer un personnage qui demande.

Une personne très réservée peut expérimenter un personnage qui occupe toute la scène.

Une personne qui se sent continuellement impuissante peut incarner momentanément quelqu’un capable de dire non.

Le rôle ne prouve pas que la personne « est réellement » ce personnage.

Il lui permet simplement d’essayer une autre position.

Le paradoxe de la fiction

Il peut être plus facile de dire quelque chose lorsqu’on prétend que ce n’est pas soi qui parle.

Un personnage peut exprimer une colère que la personne n’ose pas encore reconnaître directement.

Une histoire inventée peut aborder la peur de l’abandon.

Une scène située dans un royaume imaginaire peut parler d’une famille sans représenter littéralement cette famille.

La fiction crée une distance.

Cette distance peut protéger suffisamment pour permettre l’exploration.

Mais elle ne doit pas être supprimée trop vite par une interprétation du thérapeute.

Si une personne invente un roi abandonné par son peuple, il serait imprudent de déclarer immédiatement :

« Le roi, c’est vous et le peuple représente votre famille. »

Peut-être.

Peut-être pas.

La personne doit pouvoir découvrir elle-même les résonances éventuelles de son histoire.

Le « comme si »

Le théâtre repose largement sur le « comme si ».

Faisons comme si cette chaise était un trône.

Comme si cette pièce était une gare.

Comme si nous nous rencontrions dans dix ans.

Comme si vous pouviez parler à quelqu’un qui n’est pas ici.

Ce « comme si » ouvre un espace intermédiaire.

La situation n’est pas réelle.

Mais les émotions, les pensées et les découvertes qui apparaissent pendant l’expérience peuvent l’être.

Cette distinction est fondamentale.

Le thérapeute travaille avec ce qui émerge sans confondre la scène jouée avec une reconstitution objective de la réalité.

Improviser

L’improvisation permet de construire une scène sans texte préétabli.

Le thérapeute peut proposer une situation très simple.

« Vous attendez quelqu’un qui n’arrive pas. »

« Deux personnes veulent utiliser la même chaise. »

« Vous devez annoncer une décision. »

La scène évolue ensuite selon les réactions des participants.

L’intérêt ne réside pas dans la qualité théâtrale.

L’improvisation permet d’observer ce qui apparaît lorsqu’il faut répondre à une situation sans disposer de toutes les étapes à l’avance.

La peur de mal jouer

Beaucoup de personnes répondent immédiatement :

« Je ne sais pas jouer la comédie. »

Cette inquiétude ressemble à celle que l’on retrouve devant une feuille en art-thérapie :

« Je ne sais pas dessiner. »

Elle suppose qu’un résultat sera évalué.

En dramathérapie, une personne peut parler d’une voix hésitante, oublier ce qu’elle voulait dire, rire ou interrompre la scène.

Tout cela peut faire partie de l’expérience.

Il n’existe pas de note artistique.

Jouer une situation réelle

Une personne peut souhaiter travailler une situation concrète.

Une conversation difficile avec un supérieur.

Une limite à poser à un proche.

Une demande qu’elle n’ose pas formuler.

La scène permet alors une répétition.

Une première version peut être jouée exactement comme la personne imagine qu’elle se déroulera.

Puis une autre réponse peut être essayée.

La personne peut expérimenter plusieurs formulations avant d’en choisir une qui lui ressemble davantage.

Le théâtre devient ici un laboratoire relationnel.

Répéter avant d’agir

Une conversation réelle comporte des conséquences.

Une répétition thérapeutique permet davantage d’essais.

La personne peut dire une phrase.

S’arrêter.

Constater qu’elle ne lui convient pas.

Recommencer.

Modifier son ton.

Raccourcir son explication.

Essayer un refus plus clair.

Cette possibilité peut être particulièrement utile pour travailler l’assertivité ou préparer certaines situations anxiogènes.

La répétition ne garantit pas que la véritable conversation se déroulera comme prévu.

L’autre personne reste imprévisible.

Mais elle augmente parfois la sensation de disposer de plusieurs réponses possibles.

Inverser les rôles

L’inversion des rôles consiste à demander à la personne de prendre momentanément la place d’un autre personnage de la scène.

Elle peut, par exemple, jouer d’abord son propre rôle puis celui de son interlocuteur.

Cette expérience peut faire apparaître une autre perspective.

Que ressent-on lorsqu’on entend sa propre phrase depuis l’autre place ?

Que répondrait probablement l’interlocuteur ?

Qu’imagine-t-on de ses motivations ?

Mais cette technique possède une limite essentielle.

Jouer le rôle d’une autre personne ne donne pas accès à son esprit.

Ce qui apparaît reste une représentation construite par le patient.

L’exercice explore son modèle de l’autre ; il ne révèle pas avec certitude ce que l’autre pense réellement.

Changer de place

Le déplacement physique peut modifier la perception d’une scène.

Une personne parle depuis une chaise.

Puis se place ailleurs.

Elle regarde l’endroit qu’elle occupait.

Cette modification spatiale peut favoriser une prise de distance.

Le changement de perspective devient concret.

Il ne s’agit pas seulement de penser :

« Essayons de voir les choses autrement. »

Le corps change réellement de position dans l’espace.

Le témoin

Une personne peut également sortir momentanément de la scène et devenir observatrice.

Elle regarde d’autres participants rejouer une situation ou observe symboliquement l’espace qu’elle vient de quitter.

Cette position de témoin peut aider à percevoir des éléments moins accessibles lorsque l’émotion est très forte.

Elle peut remarquer :

« Je ne lui laisse jamais le temps de répondre. »

ou :

« Je m’excuse avant même d’avoir demandé quelque chose. »

L’observation devient alors une étape avant une nouvelle expérimentation.

Le miroir

Dans certaines pratiques, un autre participant peut reproduire certains éléments d’une scène ou d’une posture.

La personne peut ainsi observer de l’extérieur une représentation de ce qu’elle vient de faire.

Le miroir doit être utilisé avec prudence.

Il ne doit pas devenir une imitation moqueuse ou une démonstration selon laquelle le thérapeute aurait découvert « la vérité » de la personne.

Son intérêt réside dans le changement de perspective.

Le double

Une autre technique théâtrale consiste à introduire un double.

Une personne se place près du protagoniste et peut proposer des paroles susceptibles de représenter ce qu’il n’arrive pas à exprimer.

Le protagoniste reste libre de les accepter, de les modifier ou de les refuser.

Cette dernière possibilité est essentielle.

Le double ne lit pas dans l’esprit.

Il formule une hypothèse.

La personne peut répondre :

« Non, ce n’est pas du tout ce que je ressens. »

Cette correction fait pleinement partie du travail.

Les personnages imaginaires

La dramathérapie n’a pas besoin de partir d’une situation réelle.

Un personnage entièrement fictif peut être créé.

Son âge.

Son histoire.

Ses qualités.

Ses difficultés.

Ses relations.

La personne peut ensuite l’incarner ou raconter son parcours.

La fiction permet parfois d’aborder indirectement des questions personnelles tout en conservant une distance protectrice.

Elle peut également ouvrir une créativité qui ne se limite pas aux problèmes.

Le héros et ses ressources

Une personne peut inventer un personnage confronté à une difficulté.

Le travail peut ensuite explorer ce dont ce personnage aurait besoin.

Un allié ?

Une compétence ?

Une protection ?

Une information ?

Du courage ?

Une sortie ?

Cette exploration peut faire apparaître des ressources auxquelles la personne n’avait pas pensé pour elle-même.

Mais le passage du personnage à la personne ne doit pas être forcé.

Le thérapeute peut demander :

« Est-ce que quelque chose de cette histoire vous parle ? »

La personne décide de la réponse.

Les contes et les mythes

Contes, mythes et récits traditionnels offrent des personnages et des situations permettant d’explorer de grandes expériences humaines : perte, séparation, peur, transformation, rivalité, quête, loyauté, pouvoir ou retour.

Un participant peut choisir un personnage qui l’attire ou l’agace.

Il peut modifier l’histoire.

Inventer une autre fin.

Faire parler un personnage resté silencieux.

Ces récits fournissent une structure sans imposer nécessairement une lecture psychologique unique.

Le masque

Le masque crée une expérience particulière.

Il cache une partie du visage tout en permettant d’incarner autre chose.

Pour certaines personnes, cette protection facilite l’expression.

Elles osent davantage lorsqu’elles parlent derrière un personnage.

Pour d’autres, le masque peut être inconfortable ou inquiétant.

Comme toute médiation, il doit être proposé et non imposé.

Le masque ne « révèle » pas automatiquement la personnalité cachée.

Il offre un dispositif permettant d’explorer ce qui devient possible lorsque l’identité habituelle est momentanément déplacée.

Les objets et marionnettes

Des objets, figurines ou marionnettes peuvent devenir des personnages.

Cette médiation est particulièrement connue dans le travail avec les enfants, mais elle peut également être utilisée avec des adultes.

L’objet crée une distance supplémentaire.

Ce n’est pas directement :

« Je suis en colère contre lui. »

La marionnette peut dire :

« Moi, je suis furieuse contre ce personnage. »

Cette distance peut rendre certaines paroles plus accessibles.

Elle doit toutefois être respectée.

Le thérapeute n’a pas à arracher immédiatement le masque de la fiction en affirmant :

« Donc vous êtes furieux contre votre père. »

La voix

Le théâtre permet également de travailler la voix.

Parler très bas.

Plus fort.

Très vite.

Lentement.

Prononcer une phrase en regardant quelqu’un.

L’entendre prononcée par un autre.

Certaines personnes découvrent qu’elles ont l’habitude de rendre leurs demandes presque inaudibles.

D’autres utilisent un volume très important dès qu’elles se sentent menacées.

Le travail vocal permet d’expérimenter d’autres possibilités sans transformer la manière de parler en jugement sur la personnalité.

Le corps sur scène

Comme la danse-thérapie, la dramathérapie implique souvent le corps.

Une personne peut observer comment elle se tient dans un rôle.

Comment elle entre.

Où elle se place.

Comment elle quitte la scène.

Le corps enrichit la représentation.

Mais aucun geste ne doit être interprété à partir d’un code universel.

Le travail corporel reste exploratoire.

Jouer la colère

La scène peut offrir un espace pour explorer la colère.

La personne peut essayer différentes intensités.

Dire une phrase qu’elle n’ose habituellement pas prononcer.

Expérimenter une posture plus ferme.

Mais exprimer la colère ne signifie pas nécessairement la pousser jusqu’à une explosion maximale.

La catharsis spectaculaire n’est pas automatiquement thérapeutique.

Le travail peut également consister à trouver une expression suffisamment forte pour être entendue sans devenir destructrice.

Jouer la peur

Une peur peut être représentée par un personnage, une créature ou une présence sur scène.

La personne peut décider où la placer.

À quelle distance.

Quelle taille elle possède.

Puis expérimenter différentes relations avec elle.

L’objectif n’est pas nécessairement de faire disparaître la peur.

Il peut être de découvrir que la personne peut rester présente même lorsque cette représentation existe.

Jouer une limite

Le théâtre permet de répéter un mot extraordinairement simple et parfois extraordinairement difficile :

non.

Le dire.

Le redire.

Le dire sans justification.

Le dire plus calmement.

Le dire face à une insistance.

Puis expérimenter ce qui se passe intérieurement.

Certaines personnes découvrent que le plus difficile n’est pas de prononcer le mot.

C’est de supporter ensuite la déception, la colère ou le silence de l’autre.

La scène permet également de travailler cette seconde partie.

Explorer plusieurs fins

Une situation passée ne peut pas être changée.

Mais une scène peut être rejouée avec différentes issues.

Cette technique doit être comprise correctement.

Il ne s’agit pas de prétendre que le passé s’est déroulé autrement.

La personne sait ce qui a réellement eu lieu.

La nouvelle scène explore ce qu’elle aurait voulu pouvoir faire, ce dont elle aurait eu besoin ou ce qu’elle peut aujourd’hui imaginer.

La distinction entre histoire réelle et reconstruction symbolique doit rester claire.

Ne pas fabriquer de faux souvenirs

Cette prudence devient particulièrement importante lorsque la dramathérapie aborde des expériences anciennes.

Une scène créée en séance n’est pas une preuve historique.

Un personnage apparu spontanément ne prouve pas qu’une personne précise existait.

Une émotion intense ne garantit pas qu’une représentation corresponde exactement à un événement passé.

Mémoire, imagination, association et création peuvent se mêler.

Le thérapeute ne doit pas transformer une improvisation en révélation factuelle.

Dramathérapie et traumatisme

La médiation dramatique peut être utilisée dans certains accompagnements du traumatisme.

Elle peut notamment aider à travailler les ressources, la capacité d’action, les limites ou différentes représentations de soi.

Mais rejouer directement un événement traumatique peut être très intense.

La reproduction détaillée n’est pas une obligation thérapeutique.

Une personne n’a pas besoin de « revivre » au maximum un traumatisme pour le travailler.

Le thérapeute doit prendre en compte la stabilité, le consentement, le rythme et la capacité à revenir au présent.

Pouvoir arrêter la scène

Un principe essentiel est la possibilité d’interrompre.

Une personne peut dire stop.

Sortir du rôle.

Demander une pause.

Refuser une proposition.

Cette capacité est particulièrement importante lorsque le travail concerne des situations dans lesquelles la personne a justement perdu le contrôle de ce qui lui arrivait.

Le cadre thérapeutique ne doit pas reproduire cette perte de choix.

Entrer dans un rôle et en sortir

Après une scène intense, il peut être utile de marquer clairement la sortie du rôle.

Retirer un costume ou un accessoire.

Changer de place.

Dire son propre prénom.

Revenir à la pièce réelle.

Parler de ce qui vient de se passer.

Cette transition permet de distinguer l’espace fictif de la réalité présente.

Elle peut être particulièrement importante pour les personnes qui se sont fortement investies émotionnellement dans le personnage.

Le groupe

La dramathérapie peut être pratiquée individuellement ou en groupe.

Le groupe multiplie les possibilités.

D’autres participants peuvent jouer des personnages, servir de témoins ou contribuer à une création collective.

Il permet également d’expérimenter directement des relations.

Mais il ajoute une exposition.

Jouer devant plusieurs personnes peut provoquer gêne ou peur du jugement.

Le cadre doit donc protéger la possibilité de participer progressivement.

Confidentialité dans le groupe

Une scène peut révéler des informations personnelles importantes.

Les participants doivent connaître les règles concernant ce qui peut être raconté à l’extérieur.

La confidentialité d’un groupe dépend cependant de plusieurs personnes et ne peut jamais être garantie exactement de la même manière qu’un secret conservé par un seul professionnel.

Cette réalité doit être expliquée.

L’intensité émotionnelle d’une scène ne doit pas faire oublier les conditions concrètes de protection.

Avec les enfants

Le jeu dramatique est particulièrement naturel pour beaucoup d’enfants.

Une chaise devient un bateau.

Une couverture devient une grotte.

Une figurine devient un personnage.

Le thérapeute peut entrer dans cet univers sans demander à l’enfant d’expliquer continuellement ce qu’il représente.

Le jeu peut permettre d’explorer des peurs, des conflits, des relations ou des solutions.

Mais, comme pour le dessin, le jeu symbolique n’est pas une confession codée.

Un enfant qui fait mourir une poupée n’avoue pas automatiquement avoir été témoin d’un décès ou d’une violence.

L’imagination doit rester reconnue comme imagination.

Avec les adolescents

Le théâtre peut être très riche avec les adolescents, mais également très intimidant.

Certains apprécieront l’improvisation.

D’autres considéreront la proposition comme terriblement gênante.

La forme peut être adaptée : scénarios, dialogues, vidéo, personnages fictifs, scènes très courtes ou travail autour de situations sociales concrètes.

Le thérapeute ne doit pas confondre refus de « faire du théâtre » et refus de la psychothérapie.

Avec les adultes

Chez l’adulte, la dramathérapie peut permettre de retrouver une dimension de jeu souvent abandonnée.

Le jeu ne signifie pas absence de sérieux.

Il permet d’expérimenter sans devoir immédiatement transformer chaque essai en décision réelle.

Cette liberté peut ouvrir des possibilités nouvelles.

Une personne qui explique depuis des années pourquoi elle ne peut pas dire non peut parfois découvrir quelque chose de différent lorsqu’elle essaie simplement de le dire dans une scène.

Avec les personnes âgées

La dramathérapie peut être adaptée à différents âges et capacités.

Elle n’exige pas nécessairement de se déplacer beaucoup.

Une personne peut travailler avec la voix, un récit, un objet, une lecture, un personnage ou une scène jouée en position assise.

Les souvenirs, les rôles traversés au cours de la vie et les changements identitaires liés au vieillissement peuvent également constituer des matériaux de travail.

Le théâtre thérapeutique et la confiance en soi

Jouer devant d’autres personnes peut permettre de découvrir certaines capacités.

Prendre la parole.

Improviser.

Être regardé sans être humilié.

Faire une erreur et continuer.

Ces expériences peuvent soutenir la confiance.

Mais la dramathérapie ne doit pas devenir un cours de performance personnelle.

L’objectif n’est pas nécessairement de rendre tout le monde extraverti ou à l’aise sur une scène.

Une personne réservée n’a pas besoin de devenir spectaculaire pour évoluer.

Créativité et possibilité

La fiction permet d’introduire une question puissante :

« Et si… ? »

Et si ce personnage refusait ?

Et s’il demandait de l’aide ?

Et s’il quittait la pièce ?

Et si quelqu’un venait le soutenir ?

Et s’il ne répondait pas comme d’habitude ?

La scène autorise plusieurs essais.

Cette multiplicité est thérapeutiquement intéressante lorsqu’une personne a l’impression qu’il n’existe qu’une seule manière possible de réagir.

Dramathérapie et psychodrame

Dramathérapie et psychodrame peuvent utiliser des outils proches, notamment le rôle, la scène et l’action.

Ils ne sont pourtant pas parfaitement synonymes.

Le psychodrame, que nous aborderons séparément, possède une histoire, des modèles et des dispositifs spécifiques, notamment issus du travail de Jacob Levy Moreno et de ses développements ultérieurs.

La dramathérapie constitue un champ plus largement organisé autour des ressources du théâtre, de la fiction et de la création dramatique comme médiations thérapeutiques.

Les pratiques peuvent se rencontrer, mais il est utile de conserver leur distinction.

Théâtre thérapeutique et atelier de théâtre

Un atelier de théâtre peut avoir des effets psychologiques bénéfiques.

Il peut favoriser confiance, expression, créativité, relations sociales et plaisir.

Ces bénéfices ne transforment pas automatiquement l’activité en psychothérapie.

La dramathérapie suppose une intention thérapeutique, un cadre adapté et des compétences professionnelles correspondant au travail réalisé.

Un metteur en scène peut être excellent dans son métier sans être psychothérapeute.

Un thérapeute n’a pas besoin, quant à lui, de préparer ses patients pour le Festival d’Avignon.

Les objectifs ne sont pas les mêmes.

Quand cette médiation ne convient pas

Certaines personnes détestent jouer.

D’autres se sentent artificielles dès qu’elles doivent incarner un personnage.

Certaines sont trop préoccupées par le regard extérieur pour pouvoir utiliser cette médiation dans de bonnes conditions.

Il peut être possible de commencer très progressivement.

Mais il est également possible de choisir une autre méthode.

Une psychothérapie n’a pas pour objectif de convaincre une personne d’aimer l’outil préféré du thérapeute.

À retenir

La dramathérapie utilise le théâtre, les rôles, la fiction, l’improvisation, la voix, le corps, les objets et la mise en scène comme médiations thérapeutiques.

Elle ne cherche pas la performance artistique.

Elle permet notamment d’expérimenter différentes positions, de préparer certaines situations, d’explorer les relations, de donner une forme à une émotion ou d’essayer symboliquement des réponses nouvelles.

La fiction offre une distance précieuse, à condition que le thérapeute respecte cette distance et ne transforme pas chaque personnage en confession cachée.

Une scène jouée n’est ni une preuve historique ni un accès direct à l’esprit d’une autre personne. Le participant doit également pouvoir refuser, interrompre une scène et sortir clairement de son rôle.

La scène thérapeutique possède précisément cette liberté que la vie réelle ne donne pas toujours : on peut essayer, arrêter, recommencer, changer de rôle et inventer une autre fin. La scène disparaît ensuite, mais l’expérience d’avoir découvert qu’une autre réponse était possible peut, elle, rester.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.