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APPROCHES INTÉGRATIVES ET MULTIRÉFÉRENTIELLES

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APPROCHES INTÉGRATIVES ET MULTIRÉFÉRENTIELLES

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Les approches intégratives en psychothérapie partent d’un constat relativement simple : aucune école thérapeutique ne possède, à elle seule, une réponse parfaitement adaptée à toutes les personnes, à toutes les difficultés et à tous les moments d’une même thérapie.

Une personne peut avoir besoin de comprendre son histoire, de modifier certains comportements, d’apprendre à mieux réguler ses émotions, de travailler sur ses relations et, à un autre moment, d’aborder certaines expériences corporelles.

L’intégration cherche donc à utiliser plusieurs cadres théoriques ou plusieurs outils de manière cohérente.

Mais intégrer ne signifie pas accumuler.

Une psychothérapie intégrative n’est pas une boîte dans laquelle le thérapeute pioche au hasard une technique différente chaque semaine. La diversité des outils n’a de sens que lorsqu’elle repose sur une compréhension cohérente de la personne et de ce qui est travaillé.

Pourquoi plusieurs approches ?

Les grandes écoles de psychothérapie se sont souvent développées autour de dimensions particulières du fonctionnement humain.

Les approches psychodynamiques accordent notamment une importance aux conflits psychiques, aux relations précoces, aux répétitions et aux processus inconscients.

Les thérapies cognitives et comportementales s’intéressent particulièrement aux apprentissages, comportements, pensées et mécanismes qui entretiennent certaines difficultés.

Les approches humanistes mettent davantage l’accent sur l’expérience subjective, la relation, l’autonomie et le développement de la personne.

Les thérapies systémiques observent les interactions et les systèmes relationnels.

D’autres modèles travaillent davantage sur les émotions, le corps, les traumatismes ou certains processus spécifiques.

Ces regards peuvent être différents sans être nécessairement incompatibles.

Une même personne possède une histoire, un corps, des pensées, des émotions, des comportements et des relations.

Il n’est donc pas surprenant que plusieurs niveaux puissent devenir pertinents au cours d’un travail thérapeutique.

L’intégration n’est pas l’éclectisme improvisé

Il faut distinguer une démarche intégrative structurée d’un simple mélange de techniques.

Un thérapeute pourrait annoncer :

« Je fais un peu de TCC, un peu de psychanalyse, un peu d’hypnose, un peu d’EMDR et parfois de la méditation. »

Cette liste ne suffit pas à démontrer une démarche intégrative.

La question importante est :

Pourquoi utiliser cette intervention avec cette personne, à ce moment précis ?

Le thérapeute doit pouvoir comprendre la fonction de ce qu’il propose et la manière dont cette intervention s’inscrit dans le travail général.

Sinon, la thérapie risque de devenir une succession d’expériences sans continuité.

L’intégration théorique

Une première forme d’intégration consiste à rapprocher plusieurs théories psychologiques afin de construire un modèle plus large.

Le thérapeute ne juxtapose pas simplement des techniques.

Il cherche à comprendre comment différentes dimensions peuvent s’articuler.

Prenons une personne qui évite systématiquement les conflits.

Une lecture comportementale peut observer que l’évitement diminue immédiatement l’anxiété et se trouve ainsi renforcé.

Une lecture liée à l’attachement peut examiner la peur de perdre la relation.

Une perspective psychodynamique peut s’intéresser à certaines expériences anciennes de conflit.

Une approche centrée sur les émotions peut travailler sur la peur ou la honte présentes dans ces situations.

Ces perspectives ne racontent pas nécessairement quatre histoires incompatibles.

Elles peuvent éclairer différents niveaux d’un même fonctionnement.

L’intégration technique

Une autre possibilité consiste à conserver un cadre théorique principal tout en utilisant certains outils provenant d’autres approches.

Un thérapeute peut, par exemple, travailler principalement dans un cadre cognitivo-comportemental tout en utilisant certains exercices de pleine conscience.

Un autre peut avoir une orientation psychodynamique et intégrer ponctuellement des outils favorisant la régulation émotionnelle.

Cette utilisation doit rester cohérente avec la formation du professionnel.

Connaître l’existence d’une technique ne signifie pas savoir l’utiliser correctement.

Certaines méthodes nécessitent une formation spécifique et ne devraient pas être ajoutées simplement parce qu’elles sont populaires.

Les facteurs communs aux psychothérapies

Une partie de la réflexion intégrative s’intéresse également aux éléments que plusieurs psychothérapies partagent.

Malgré leurs différences théoriques, de nombreuses approches comportent notamment :

une relation thérapeutique ;

un cadre ;

une explication ou une compréhension de la difficulté ;

des objectifs ;

une expérience émotionnelle ou cognitive nouvelle ;

l’apprentissage de nouvelles manières de réagir ;

une possibilité d’expérimenter ces changements dans la vie quotidienne.

L’alliance thérapeutique, déjà abordée précédemment, fait partie des éléments particulièrement importants.

Reconnaître ces facteurs communs ne signifie cependant pas que toutes les psychothérapies seraient identiques.

Une relation de qualité ne transforme pas automatiquement n’importe quelle intervention en traitement adapté.

La personne avant l’école thérapeutique

L’un des intérêts de l’intégration est de réduire le risque de faire entrer chaque personne dans le même modèle.

Lorsque le thérapeute ne possède qu’un seul outil, il peut être tenté de considérer tous les problèmes à travers cet outil.

L’approche intégrative cherche davantage à demander :

« De quoi cette personne a-t-elle besoin ? »

plutôt que :

« Comment vais-je appliquer ma méthode habituelle à cette personne ? »

Cette adaptation possède néanmoins une limite importante.

Le thérapeute ne peut pas tout faire.

Reconnaître qu’une autre approche serait mieux adaptée peut parfois conduire à orienter la personne vers un autre professionnel plutôt qu’à improviser une méthode que l’on maîtrise mal.

Une même personne peut avoir des besoins différents

Les besoins thérapeutiques peuvent évoluer.

Au début d’une thérapie, une personne très désorganisée émotionnellement peut avoir besoin de stabilisation, de repères et d’outils concrets.

Une exploration approfondie de certaines expériences difficiles peut être prématurée.

Plus tard, lorsqu’elle dispose de davantage de ressources, le travail peut évoluer.

À un autre moment, la question centrale devient peut-être relationnelle.

Une approche intégrative permet de ne pas supposer que ce qui était pertinent au début doit rester la méthode dominante jusqu’à la dernière séance.

La thérapie peut évoluer avec la personne.

Adapter ne signifie pas céder à toutes les demandes

Une psychothérapie centrée sur la personne réelle doit tenir compte de ses préférences.

Certaines personnes aiment comprendre précisément les mécanismes psychologiques. D’autres apprennent davantage par l’expérience.

Certaines souhaitent des exercices concrets.

D’autres ont besoin d’un espace d’élaboration plus libre.

Mais adapter la thérapie ne signifie pas répondre automatiquement à toutes les demandes.

Un patient peut demander une méthode qui n’est pas adaptée à sa situation.

Il peut vouloir aborder immédiatement une expérience traumatique alors qu’une stabilisation préalable serait nécessaire.

Le thérapeute conserve donc une responsabilité professionnelle.

L’adaptation résulte d’un dialogue entre l’expertise du professionnel et l’expérience de la personne.

Le modèle multiréférentiel

Le terme multiréférentiel souligne la possibilité d’utiliser plusieurs cadres de compréhension sans nécessairement chercher à les fusionner complètement.

Certaines théories reposent sur des conceptions différentes du fonctionnement psychologique.

Vouloir absolument les transformer en une théorie unique peut créer des contradictions.

Le thérapeute peut alors conserver plusieurs grilles de lecture et savoir laquelle devient pertinente selon la question examinée.

Il ne s’agit pas de prétendre que toutes les théories disent exactement la même chose.

Il s’agit d’accepter qu’une réalité complexe puisse parfois être observée depuis plusieurs angles.

Une carte n’est pas le territoire

Les modèles psychothérapeutiques sont des cartes.

Une carte peut être extrêmement utile sans être le territoire lui-même.

Elle sélectionne certains éléments et en laisse d’autres de côté.

Deux cartes d’une même région peuvent montrer des informations différentes : l’une les routes, une autre le relief, une troisième les cours d’eau.

Elles ne sont pas nécessairement concurrentes.

Mais une carte incorrecte reste incorrecte.

La pluralité des modèles ne signifie donc pas que toutes les explications se valent ou que toute théorie doit être acceptée.

Une approche intégrative sérieuse conserve un regard critique sur les connaissances disponibles et sur les limites de chaque modèle.

Construire une formulation du cas

Dans une psychothérapie structurée, le thérapeute cherche généralement à développer une compréhension individualisée de la difficulté.

Cette formulation peut intégrer plusieurs éléments :

l’histoire de la personne, les événements importants, les vulnérabilités, les ressources, les relations, les facteurs déclenchants, les comportements actuels et les mécanismes qui maintiennent le problème.

Elle n’est pas un diagnostic supplémentaire.

Elle cherche à répondre à une question plus concrète :

Comment cette difficulté fonctionne-t-elle chez cette personne particulière ?

Deux personnes présentant des symptômes similaires peuvent avoir des histoires, des déclencheurs et des mécanismes de maintien très différents.

La formulation permet donc d’adapter le travail.

Intégrer le corps sans tout expliquer par le corps

Certaines approches intégratives accordent davantage de place aux sensations corporelles.

Les émotions possèdent une dimension physique : tension, accélération cardiaque, respiration modifiée, chaleur, tremblements ou fatigue.

Prendre en compte ces manifestations peut enrichir le travail psychothérapeutique.

Mais il faut éviter l’excès inverse consistant à expliquer toute difficulté psychologique par un blocage corporel supposé.

Le corps fournit des informations.

Il ne constitue pas un dictionnaire dont chaque tension posséderait une signification psychologique universelle.

Les approches psychocorporelles feront l’objet de chapitres spécifiques.

Intégrer le contexte social et culturel

Une difficulté psychologique n’existe pas dans le vide.

La situation économique, la culture, la famille, les conditions de travail, les discriminations, l’environnement social ou certaines croyances peuvent influencer profondément l’expérience d’une personne.

Une psychothérapie trop centrée sur l’individu peut parfois transformer un problème extérieur réel en défaut psychologique personnel.

Une personne épuisée par des conditions de travail objectivement destructrices n’a pas nécessairement besoin d’apprendre uniquement à « mieux gérer son stress ».

L’intégration consiste aussi à distinguer ce qui peut être travaillé intérieurement de ce qui appartient aux conditions réelles de vie.

L’importance de la cohérence

Une personne peut être déstabilisée si le thérapeute change constamment d’explication.

Une semaine :

« Votre problème vient de vos pensées. »

La suivante :

« Tout vient de votre enfance. »

Puis :

« C’est votre corps qui conserve tout. »

Puis encore :

« Il faut simplement accepter. »

Une telle succession peut produire davantage de confusion que de compréhension.

L’intégration exige donc une capacité à expliquer comment les différentes interventions s’articulent.

Le patient n’a pas besoin de suivre un cours de théorie psychothérapeutique, mais il doit pouvoir percevoir une certaine continuité.

Formation et compétence

Plus une pratique prétend intégrer de méthodes, plus la question de la compétence devient importante.

Suivre une courte initiation ne suffit pas nécessairement pour maîtriser une approche psychothérapeutique complexe.

Un professionnel sérieux doit connaître les limites de sa formation.

Il peut posséder plusieurs compétences approfondies sans prétendre maîtriser toutes les psychothérapies existantes.

La capacité à orienter vers un confrère ou vers une prise en charge complémentaire fait également partie de la compétence.

Être intégratif ne signifie pas être universel.

Quand plusieurs professionnels interviennent

Certaines situations nécessitent plusieurs types d’accompagnement.

Psychothérapie, suivi médical, rééducation, accompagnement social ou autres interventions peuvent parfois coexister.

L’intégration ne signifie pas qu’un seul professionnel doit tout prendre en charge.

Une coordination entre plusieurs intervenants peut être plus pertinente.

Il faut cependant respecter la confidentialité et éviter que la personne devienne simple objet de discussion entre professionnels.

Elle reste au centre de son accompagnement.

Les risques d’une intégration sans méthode

Une démarche intégrative mal construite peut devenir un argument commercial séduisant :

« Je m’adapte à tout le monde et j’utilise toutes les méthodes. »

Cette promesse doit inciter à regarder plus précisément la formation et le cadre proposés.

Le risque est celui d’un assemblage de techniques choisies selon l’intuition du moment, sans logique thérapeutique claire.

Une autre difficulté apparaît lorsque le thérapeute change de méthode dès qu’une intervention devient inconfortable.

Or certaines étapes d’une psychothérapie demandent du temps.

Adapter n’est pas abandonner une méthode pertinente au premier obstacle.

La flexibilité doit rester différente de l’instabilité.

Une psychothérapie construite avec la personne

L’intégration peut enfin concerner la manière même de décider du travail.

Le thérapeute possède des connaissances professionnelles.

La personne possède une connaissance irremplaçable de sa propre expérience.

Aucun des deux savoirs ne suffit entièrement seul.

Le thérapeute peut proposer :

« Voilà ce que je comprends et pourquoi je pense que cette méthode pourrait être utile. »

La personne peut répondre :

« Cela me correspond »,

ou :

« Je ne me reconnais pas dans cette explication. »

Cette conversation permet d’ajuster la formulation et le travail.

L’approche intégrative devient alors moins une collection de techniques qu’une manière de construire une psychothérapie adaptée à une personne réelle.

À retenir

Les approches intégratives et multiréférentielles cherchent à dépasser l’idée qu’une seule école psychothérapeutique pourrait répondre de la même manière à toutes les situations.

Elles peuvent combiner plusieurs modèles, plusieurs techniques ou plusieurs niveaux de compréhension, à condition de conserver une cohérence clinique.

L’intégration ne signifie ni tout mélanger ni considérer toutes les méthodes comme équivalentes. Elle demande au contraire de savoir pourquoi une intervention est utilisée, quelles sont ses limites et comment elle s’inscrit dans l’ensemble du travail.

La personne ne doit pas être découpée artificiellement entre ses pensées, son histoire, ses émotions, son corps et ses relations.

Une psychothérapie intégrative ne cherche pas à utiliser le plus grand nombre possible d’outils. Elle cherche à utiliser, parmi les outils réellement maîtrisés et pertinents, ceux qui permettent de construire le chemin thérapeutique le plus cohérent pour cette personne, à ce moment de sa vie.

Contenu d’information générale. Les techniques de soin et leurs indications demandent une évaluation adaptée à la situation.