LA SANTÉ AVANT TOUT · Psychothérapie
ACCOMPAGNEMENT PSYCHOTHÉRAPEUTIQUE DE L’ENFANT
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La psychothérapie de l’enfant possède une particularité fondamentale : l’enfant n’arrive pas seul avec une demande clairement formulée et une compréhension précise de ce qui lui pose problème. Ce sont généralement les adultes qui observent une difficulté et décident de consulter.
Un changement de comportement, des peurs, des difficultés scolaires, des troubles du sommeil, une forte colère, un retrait, une séparation familiale, un deuil ou un événement particulièrement difficile peuvent conduire les parents à rechercher une aide.
Mais ce que l’adulte considère comme « le problème » n’est pas nécessairement ce que l’enfant vit comme sa principale difficulté.
Travailler avec un enfant demande donc de comprendre ce qu’il exprime, sans supposer que les mots des adultes racontent à eux seuls toute son expérience.
L’enfant n’est pas un adulte miniature
Les capacités de compréhension, d’expression et de régulation émotionnelle évoluent avec le développement.
Un jeune enfant ne dispose pas nécessairement des mots permettant d’expliquer précisément pourquoi il est inquiet, triste ou en colère. Il peut ressentir une tension importante sans savoir l’identifier ni comprendre ce qui la provoque.
Son comportement devient alors parfois son principal moyen d’expression.
Un enfant qui refuse soudainement d’aller à l’école ne dit pas nécessairement : « Je souffre d’anxiété scolaire. » Il dit peut-être simplement qu’il a mal au ventre chaque matin.
Un autre devient agressif après une modification importante de sa vie familiale sans pouvoir établir lui-même le lien entre les deux événements.
La psychothérapie doit donc s’adapter au niveau de développement réel de l’enfant plutôt que lui demander d’utiliser les capacités verbales et introspectives d’un adulte.
Pourquoi consulter ?
Les motifs peuvent être extrêmement divers.
Des peurs deviennent parfois suffisamment importantes pour limiter les activités de l’enfant. Des crises de colère peuvent se multiplier. L’enfant peut s’isoler, perdre confiance, présenter des difficultés relationnelles ou montrer une modification importante de son comportement.
Une consultation peut également être envisagée dans le contexte d’un deuil, d’une séparation parentale, d’une maladie, de harcèlement, de violences, d’un événement traumatique ou de changements familiaux importants.
Certaines difficultés concernent davantage le développement, l’attention, la communication ou les apprentissages et peuvent nécessiter des évaluations ou interventions complémentaires.
Consulter ne signifie donc pas automatiquement rechercher un trouble psychologique.
Il s’agit d’abord de comprendre ce qui se passe.
Écouter aussi la version de l’enfant
Les adultes arrivent généralement avec une histoire déjà construite.
« Depuis le divorce, il est devenu impossible. »
« Elle fait des crises pour attirer l’attention. »
« Il est jaloux de son petit frère. »
Ces hypothèses peuvent contenir une part de vérité, mais elles restent des interprétations.
L’enfant peut vivre la situation autrement.
Il est donc important qu’il puisse progressivement disposer d’un espace où son expérience possède une valeur propre.
Cela ne signifie pas considérer automatiquement sa version comme plus exacte que celle des parents. Les enfants peuvent eux aussi comprendre partiellement une situation, oublier certains éléments ou interpréter ce qu’ils vivent avec les moyens dont ils disposent.
Le travail thérapeutique cherche moins à désigner celui qui possède « la bonne version » qu’à comprendre les différentes expériences présentes.
Le jeu comme moyen d’expression
Le jeu occupe une place importante dans certaines psychothérapies de l’enfant.
Jouer permet de créer des situations, distribuer des rôles, transformer une histoire, répéter certains scénarios ou expérimenter différentes issues.
Pour un enfant, cette forme d’expression peut être beaucoup plus naturelle qu’une conversation prolongée sur ses états intérieurs.
Cela ne signifie pas que chaque personnage ou chaque action possède une signification cachée précise.
Un enfant qui fait tomber une figurine ne révèle pas automatiquement un traumatisme. Un dessin sombre ne permet pas davantage d’établir un diagnostic.
Le jeu devient intéressant lorsqu’il est observé dans un ensemble : répétitions, contexte, relation avec le thérapeute, paroles de l’enfant et évolution au cours du travail.
La thérapie par le jeu fera l’objet d’un chapitre spécifique.
Dessiner, créer et raconter
Le dessin, la peinture, les histoires, les figurines et différentes formes de création peuvent également devenir des médiations.
Certains enfants parviennent plus facilement à parler d’un personnage inventé que d’eux-mêmes.
Un enfant peut raconter qu’un petit ours a peur de dormir seul et progressivement mettre des mots sur ses propres peurs.
La distance créée par l’histoire rend parfois l’expression moins menaçante.
Mais ces supports ne doivent pas être transformés en instruments de divination psychologique.
Il n’existe pas de dictionnaire universel permettant de conclure qu’une couleur, la taille d’un personnage ou la position d’un élément dans un dessin révèle automatiquement une réalité psychique déterminée.
La création ouvre une conversation.
Elle ne remplace pas l’évaluation.
Construire la confiance
Un enfant sait souvent qu’il est conduit chez un professionnel parce qu’un adulte considère que quelque chose ne va pas.
Il peut donc arriver méfiant, inquiet ou convaincu qu’il va être interrogé.
La relation thérapeutique se construit progressivement.
Le thérapeute explique avec des mots adaptés à l’âge pourquoi les rencontres ont lieu et ce qui va se passer.
L’enfant doit pouvoir comprendre qu’il n’est pas simplement envoyé là pour être « réparé » afin de devenir plus pratique pour les adultes.
Il possède également le droit de ne pas parler immédiatement de certains sujets.
Forcer une confidence peut détruire précisément la sécurité nécessaire pour qu’elle devienne un jour possible.
La place indispensable des parents
Travailler avec un enfant implique généralement de travailler, d’une manière ou d’une autre, avec les adultes qui prennent soin de lui.
Les parents fournissent des informations essentielles sur le développement, le comportement quotidien, l’école, le sommeil, les relations et les événements importants.
Ils sont également ceux avec lesquels l’enfant retourne vivre après la séance.
Un changement thérapeutique devient difficile si l’environnement quotidien maintient continuellement le problème sans pouvoir évoluer.
Mais travailler avec les parents ne signifie pas leur attribuer automatiquement la responsabilité de toutes les difficultés.
Les modèles expliquant chaque problème de l’enfant par une faute parentale produisent facilement culpabilité et conflit sans nécessairement améliorer la situation.
Les parents peuvent participer au problème, participer à la solution, ou les deux à la fois, comme dans de nombreuses relations humaines.
Confidentialité adaptée à l’enfant
L’enfant a lui aussi besoin d’un espace personnel.
Si tout ce qu’il dit est immédiatement transmis à ses parents, il peut rapidement comprendre qu’il ne dispose d’aucune véritable confidentialité.
Mais le cadre ne peut pas être exactement celui d’une psychothérapie entre adultes.
L’âge de l’enfant, son niveau de développement, les responsabilités parentales et les questions de sécurité doivent être pris en compte.
Le thérapeute explique donc ce qui peut rester dans l’espace thérapeutique et les situations dans lesquelles certaines informations doivent être partagées afin de protéger l’enfant.
Cette règle doit être aussi compréhensible et prévisible que possible.
La confiance se construit plus facilement lorsque l’enfant sait ce qui arrivera à ce qu’il raconte.
Quand le symptôme appartient aussi au système familial
Un comportement de l’enfant peut parfois être lié aux interactions familiales.
Un conflit parental permanent, des règles très variables, des tensions importantes ou des changements de place dans la famille peuvent influencer son comportement.
Cela ne signifie pas que l’enfant serait seulement le « symptôme de la famille ».
Une formulation aussi systématique risquerait d’effacer ses caractéristiques individuelles et ses difficultés propres.
Mais traiter uniquement l’enfant alors que son environnement participe fortement au problème peut également limiter l’efficacité du travail.
Selon les situations, le thérapeute peut donc proposer des rencontres parentales, un travail familial ou une orientation vers une thérapie familiale.
École et autres environnements
L’enfant passe une partie considérable de sa vie en dehors de sa famille.
L’école, les activités, les relations amicales et les autres lieux de socialisation peuvent fournir des informations importantes.
Une difficulté apparaissant uniquement à l’école ne possède pas nécessairement la même signification qu’un comportement présent dans tous les environnements.
De même, un enfant qui semble parfaitement calme à l’école peut exprimer toute sa tension une fois rentré chez lui.
Il serait alors erroné de conclure simplement : « À l’école tout va bien, donc il n’y a pas de problème. »
L’enfant peut mobiliser énormément d’énergie pour s’adapter dans un environnement puis relâcher cette tension dans un lieu où il se sent davantage en sécurité.
L’analyse doit donc considérer plusieurs contextes lorsque cela est nécessaire.
Respecter le rythme sans laisser la situation s’installer
Certains enfants parlent rapidement. D’autres ont besoin de nombreuses rencontres avant d’exprimer directement une difficulté.
Respecter leur rythme ne signifie pas laisser indéfiniment le travail sans direction.
Le thérapeute observe l’évolution, ajuste les médiations et réévalue les objectifs avec les parents et l’enfant lorsque son âge le permet.
Parfois, la difficulté initialement identifiée disparaît mais une autre question devient plus importante.
Dans d’autres situations, quelques rencontres suffisent pour débloquer un problème précis.
La durée du travail ne peut donc pas être déterminée uniquement par l’âge ou le motif initial.
Elle dépend de la nature de la difficulté, de son évolution et du type d’approche utilisé.
Protéger l’enfant lorsque la situation l’exige
Certaines situations dépassent le cadre d’un simple accompagnement psychologique.
Violences, abus, négligences graves, danger actuel, comportements suicidaires ou autres situations mettant l’enfant en sécurité insuffisante nécessitent des mesures adaptées de protection.
Le thérapeute ne peut alors pas conserver une neutralité qui laisserait l’enfant exposé au danger.
Cette responsabilité explique pourquoi les limites de la confidentialité doivent être annoncées clairement.
Protéger l’enfant ne signifie pas interpréter trop rapidement chaque parole comme la preuve d’un événement.
Les situations graves exigent à la fois écoute, prudence et respect des procédures appropriées.
Une suggestion maladroite ou des questions orientées peuvent également influencer le récit d’un enfant. La manière de recueillir sa parole possède donc une importance particulière.
Le but n’est pas de fabriquer un enfant parfaitement sage
Une psychothérapie ne devrait pas avoir pour objectif de supprimer toute colère, toute opposition ou toute tristesse.
Un enfant psychologiquement sain peut être mécontent, contester une règle, pleurer, avoir peur et traverser des périodes difficiles.
L’objectif est davantage de lui permettre de comprendre progressivement ce qu’il ressent, de développer ses capacités d’expression et de régulation et de disposer de réponses plus adaptées lorsque quelque chose devient difficile.
Parfois, ce travail demande également aux adultes de modifier leurs attentes.
Un enfant n’a pas besoin d’être continuellement calme, performant et obéissant pour aller bien.
La disparition du comportement qui dérange les adultes n’est pas toujours le meilleur indicateur de son état psychologique.
À retenir
La psychothérapie de l’enfant doit s’adapter à son développement, à ses capacités d’expression et aux différents environnements dans lesquels il vit.
La parole peut être complétée par le jeu, le dessin, les histoires et d’autres médiations, sans transformer ces productions en codes permettant de « lire » automatiquement l’inconscient de l’enfant.
Les parents occupent généralement une place importante dans le travail, mais ils ne doivent ni être systématiquement accusés ni transformer la thérapie en moyen de contrôler tout ce que l’enfant pense et ressent.
Le comportement constitue parfois une manière d’exprimer ce que l’enfant ne sait pas encore expliquer.
Accompagner un enfant en psychothérapie, ce n’est pas lui demander de parler comme un adulte de ce qu’il ne comprend pas encore entièrement. C’est construire avec lui un langage suffisamment accessible pour que ce qu’il vit puisse progressivement être reconnu, exprimé et transformé.
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